Toxocarose : risques et préventions chez l’animal et l’homme

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Les chiens et les chats, malgré la mise en place de vermifugations régulières, sont encore aujourd’hui une source importante de contamination indirecte de l’homme par les nématodes du genre Toxocara spp. Les praticiens doivent garder à l’esprit les risques que la toxocarose représente pour l’homme. La connaissance de la biologie des parasites permet d’élaborer un plan stratégique de prévention adapté à chaque cas et de justifier auprès des propriétaires de chiens ou de chats des mesures hygiéniques à respecter.

Les oeufs de Toxocara canis et T. cati disséminés dans l’environnement par l’intermédiaire des matières fécales des chiens et des chats sont la principale source de contamination humaine. Un développement larvaire, d’une durée de 3 semaines à quelques mois en fonction des conditions environnementales, doit se produire afin que l’oeuf soit infestant : on parle alors d’oeuf embryonné.

L’homme se contamine par ingestion de cette forme infestante, en portant à sa bouche ses mains souillées ou en mangeant des légumes mal lavés. Les occasions sont fréquentes, car il existe une forte contamination des sols, particulièrement dans les jardins publics et les aires de jeu (les bacs à sable sont très exposés), d’autant que les oeufs embryonnés peuvent survivre plusieurs années dans un environnement favorable. les chiens et les chats ne sont pas les seuls responsables de cette contamination environnementale : il semble que l’implantation de renards roux en milieu urbain puisse jouer un rôle non négligeable. La contamination humaine via le pelage des animaux de compagnie est assez improbable, les oeufs adhérant fortement aux poils et étant peu souvent embryonnés. il existe une autre source de contamination possible : l’ingestion de la viande mal cuite d’un hôte paraténique (ruminants, porcs, oiseaux) contenant des larves enkystées.

La toxocarose chez l’homme

L’homme se comporte lui-même comme un hôte paraténique. Après ingestion, les oeufs embryonnés libèrent des larves qui, migrant à travers la paroi du tube digestif, s’enkystent dans divers tissus, pouvant y survivre plusieurs années. il existe plusieurs formes de toxocarosehumaine : la toxocarose commune, parfois asymptomatique,parfois à l’origine de signes cliniques frustrescomme de l’asthénie, des douleurs digestives ou musculaires, des troubles du sommeil, des formes allergiques (rash cutané, prurit, toux) ; la forme appelée larva migrans viscérale, avec atteinte de l’état général, fièvre, hépatomégalie, troubles digestifs, signes pulmonaires et cutanés ; la toxocarose oculaire, avec uvéite et choriorétinite ; la toxocarose neurologique, plus rare, avec méningite ou/et encéphalite. le diagnostic de toxocarose est mal aisé. Un dosage des anticorps circulants anti-Toxocara est possible par une méthode EliSA ou par immuno-empreinte (Western Blot), mais ces anticorps persistent plus de 2 ans après contamination. le diagnostic doit donc prendre en compte le taux d’anticorps, la présence d’une éosinophilie sanguine et de signes cliniques compatibles. Parfois, l’imagerie permet d’observer les larves enkystées dans le tissu hépatique, pulmonaire ou cérébral. lors de forme oculaire, les igG doivent être recherchées dans des prélèvements oculaires.

Quoi qu’il en soit, la contamination humaine par Toxocara sp. n’est pas rare : la séroprévalence dans les pays européens varie de 2,5 à 44 % suivant la région et la tranche d’âge. la moyenne générale est de l’ordre de 19 % aux Pays-Bas. Ces chiffres sont beaucoup plus élevés dans les zones tropicales. Ainsi, à la réunion, la séroprévalence est de 93 % chez les enfants !

La toxocarose chez le chien et le chat

La prévalence chez le chien et le chat est également variable en fonction du mode de vie et de l’âge. En Europe de l’ouest, elle est de 3,5 à 34 % chez le chien et de 8 à 76 % chez le chat. La toxocarose clinique est plus fréquente chez les chiots et les chatons, mais beaucoup d’adultes sont porteurs asymptomatiques et assurent ainsi un rôle de réservoir. Les chiens et les chats se comportent à la fois comme des hôtes définitifs, chez lesquels les larves ingérées se transformeront en adultes dans les voies digestives et comme hôtes paraténiques, des larves pouvant s’accumuler et survivre dans les tissus. La contamination des chiens et des chats se fait par ingestion d’oeufs embryonnés, par ingestion de larves enkystées (rongeurs, oiseaux, alimentation carnée mal cuite), mais aussi par voie galactogène chez le chiot ou le chaton à l’allaitement (jusqu’à au moins 38 jours après la naissance) ou encore par voie intra-utérine chez le chiot : les chiots d’une mère contaminée ont près de 100 % de risques d’être infestés par cette voie. Le délai moyen entre l’ingestion d’un oeuf embryonné et l’excrétion d’oeufs dans les selles est de 4 à 5 semaines chez le chien et de 8 semaines chez le chat.

Application à la prévention de la toxocarose humaine

Aucune action de décontamination de l’environnement n’ayant fait ses preuves, la prévention de la toxocarose humaine passe d’une part par le respect de mesures hygiéniques et d’autre part par une vermifugation régulière des animaux de compagnie. Il faut convaincre les propriétaires de chiens et de chats de ramasser les selles de leur animal, limiter leur accès aux potagers, respecter les restrictions d’accès aux espaces de jeu, aux plages et autres endroits publics, laver soigneusement les légumes, cuire correctement la viande. Ils doivent également mettre en place un traitement stratégique de leur animal. En ce qui concerne les chiots, les risques de contamination par voie intra-utérine puis par le lait justifient une vermifugation dès l’âge de 2 semaines, puis à 4, 6 et 8 semaines, puis tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois. Chez le chaton, pour lequel la contamination intra-utérine n’existe pas, la vermifugation pourra être faite à 3, 5, 7 et 9 semaines, puis tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois. En ce qui concerne les animaux plus âgés, leur rôle de réservoir est à prendre en considération. Il a été démontré qu’une vermifugation tous les 6 mois était insuffisante. Il est donc préférable de recommander a minima 4 vermifugations par an, voire une vermifugation toutes les 4 à 6 semaines en cas de contamination environnementale avérée et de risques majorés (présence de jeunes enfants, de personnes immunodéprimées). La vermifugation des reproductrices en cours de gestation est pertinente si l’on utilise un anthelminthique larvicide. Par ailleurs, les mères seront vermifugées systématiquement en même temps que leur progéniture.

Bibliographie

• Charlot S. : Transmission des ascarides de carnivores domestiques à l’homme : analyse de 20 cas de toxocarose humaine diagnostiqués à Toulouse (Haute-Garonne) et en région parisienne (2007), thèse Doct.Vét, ENVA.

• ESCCAP : Guide n°1 : Lutte contre les nématodes et les cestodes des carnivores domestiques (2013), http://www.esccap.fr/vers-du-chien-et-du-chat.html.

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(source : L’Essentiel n°395)

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