Revue de presse – Juin 2016

juillet 7th, 2016 | Redigé par admin in Juin 2016 - (0 Comments)

BREVES

Japon

Entre le chocolat et l’ami qui se noie, le rat n’hésite pas

On sait que les rats seront toujours les premiers à quitter un navire qui coule. Mais ils ne seront pas les derniers à sauver leurs compagnons de la noyade, même si cela implique de se priver d’un appétissant morceau de chocolat. Pourquoi ? Les rats éprouvent de l’empathie pour leurs congénères, tout simplement.

Une récente étude menée par des chercheurs démontre que les rats viendront à la rescousse d’un camarade en mauvaise posture, même s’ils sont tentés par un morceau de chocolat offert à proximité. Ils sont également plus enclins à jouer les secouristes si eux-mêmes ont déjà vécu une expérience traumatisante avec l’eau.

Peggy Mason, neurobiologiste à l’université de Chicago, mais qui ne participait pas à l’étude, souligne que plusieurs études déjà parues avaient souligné l’empathie des rats, toujours prêts à aider un compagnon en détresse. Une étude de 2011 montrait ainsi qu’un rat avait cherché la solution pour libérer un de ses congénères prisonnier d’un tube en plastique. Des chercheurs plus sceptiques estimaient que les rongeurs aidaient les autres parce qu’ils craignent avant tout la solitude, et non pour leur éviter de souffrir.

Mais l’étude japonaise paru dans Animal Cognition démontrerait vraiment l’altruisme des rats. Pou tester leur comportement, l’équipe de chercheurs a divisé une boîte en deux compartiments, séparés par une plaque transparente. D’un côté, un rat devait nager, ce qui ne lui plaisait pas du tout, même s’il n’avait aucun risque de se noyer. La seule planche de salut dépendait d’un second rat, assis bien au sec sur une plateforme, qui pouvait ouvrir une petite porte ronde entre les deux compartiments, permettant ainsi au premier rat de se mettre à l’abri.

En peu de temps, les rats à l’abri aidaient régulièrement leurs compagnons infortunés en ouvrant la fameuse porte. Ils ne l’ouvraient pas lorsque la piscine était vide, ce qui prouverait bien que les rats aident leurs congénères lorsque ceux-ci sont en danger, et non pas pour avoir de la compagnie. Les rats ayant vécu l’expérience de l’eau apprennent beaucoup plus vite que les autres comment sauver leurs compagnons, ce qui montrerait que l’empathie gouverne leur comportement. Non seulement le rat sait identifier la détresse de l’autre, mais il a la mémoire de sa propre expérience traumatisante, ce qui le pousse à agir d’autant plus rapidement.

Deuxième phase de l’expérience, encore plus révélatrice : les rats au sec devaient choisir entre deux portes, l’une permettant au rat prisonnier de l’eau de s’échapper, l’autre donnant accès à une friandise au chocolat. Dans 50 à 80% des cas, les rats préféraient ouvrir à leur compagnon plutôt que de régaler ! Aider un copain était donc plus fort que l’envie de se goinfrer…

Les humains diffèrent des rats sous de nombreux aspects, néanmoins l’étude soutient que l’altruisme, et l’aide envers ses semblables, serait avant tout une caractéristique biologique, indépendante de la culture ou de l’éducation.

(source : Science magazine)

Suède
Les saumons d’élevage connaissent la dépression

Dans toute ferme d’élevage de saumons, on déplore ce qu’on appelle des « pertes », des saumons malingres, flottant sans vie à la surface des bassins. L’explication d’un tel état serait finalement assez simple : ces poissons souffriraient de dépression sévère.

On les appelle communément les « suicidaires » à cause de leur comportement, laissant à penser qu’ils ont cessé de lutter. Les nouveaux éléments scientifiques publiés dans la revue Royal Society Open Science montrent que le terme n’est en rien exagéré : « Physiologiquement, ces poissons sont à la limite de ce qui est tolérable pour eux, et ils sont condamnés à vivre dans cet environnement qui ne leur convient pas. Donc oui, on peut dire que face à de telles conditions de vie, ils préfèrent mourir et se suicider« , explique Marco Vindas, chercheur de l’université de Göteborg (Suède) qui a mené l’étude.

La chimie à l’oeuvre dans le cerveau de ces poissons et leur comportement sont comparables aux symptômes de dépression observés chez d’autres espèces animales. Les chercheurs ont notamment observé un taux de cortisol, l’hormone du stress, plus élevé chez les saumons suicidaires. Leur système sérotoninergique semblait hyperactif et dysfonctionnel, ce qui confirmerait la similitude entre entre ce problème et les syndromes de dépression chez les humains.

Chez les humains, les personnes vivant dans la pauvreté ou subissant des difficultés socio-économiques peuvent plus facilement connaître une dépression ou développer une maladie mentale. De la même façon, un environnement contre-nature et stressant aura un effet similaire sur les poissons d’élevage.

Ci-dessus, (a) un saumon de taille normale (b) un saumon dit « suicidaire », beaucoup plus malingre que son congénère

« Ces poissons vivent dans un environnement épouvantablement stressant pour eux, puisque les conditions de vie dans l’aquaculture sont extrêmement différentes de celles qu’ils peuvent connaître dans la nature et auxquelles ils sont adaptés« , souligne Vindas. Dans les fermes d’élevage, les saumons vivent dans des bassins en compagnie d’autres espèces agressives, et tous se battent pour la nourriture. Ils doivent également subir des changements de lumière, de quantité d’eau, de température etc.

Les chercheurs espèrent que leur travail permettra de faire prendre conscience aux aquaculteurs qu’une amélioration des conditions de vie de ces poissons est essentiel. Du côté des scientifiques, cette recherche pourrait fournir de nouveaux éléments sur la compréhension des mécanismes chimiques qui agissent sur la dépression.

(source : UPI.com)

Grande-Bretagne
Le loup, deux fois domestiqué ?

Le chien descend du loup. Et plutôt deux fois qu’une, si l’on en croit de nouvelles analyses sur l’origine débattue de notre meilleur ami. La domestication du loup, qui a conduit à l’apparition du premier animal façonné par l’homme, en fonction de ses propres besoins, reste un sujet très discuté. La dernière étude en date pourrait réconcilier deux positions opposées, expliquent ses signataires dans la revue Science du 3 juin.

« Combinés, nos résultats suggèrent que les chiens auraient pu être domestiqués indépendamment dans l’est et dans l’ouest de l’Eurasie à partir de populations distinctes de loups, écrivent les chercheurs. Les chiens d’Asie auraient pu ensuite voyager vers l’Europe, avec l’homme, où ils auraient partiellement remplacé les chiens paléolithiques européens. »

En science, chacun cherche son chien : certaines équipes estiment qu’il est apparu en Europe il y a plus de 30 000 ans environ. D’autres considèrent qu’il est né en Extrême-Orient, à la même époque. Chaque publication ou presque donne lieu à des commentaires, réfutations, réponses et contre-argumentaires dans les revues scientifiques. « Notre étude montre que tout le monde avait raison », se réjouit Laurent Frantz (Université d’Oxford), premier signataire de l’article de Science.

Cette position de consensus découle d’une double approche qui a mobilisé une trentaine de chercheurs de multiples disciplines, dont l’archéozoologie, la génétique et la bioinformatique. L’analyse a porté sur des séquences d’ADN de 59 fossiles de chiens européens datés entre 14 000 et 3 000 ans, et sur le génome complet d’un chien vieux de 4 800 ans trouvé lors de la fouille d’un site néolithique à Newgrange, en Irlande. Ces données ont été comparées à des séquences et des génomes complets provenant de près de 2 500 chiens modernes de toutes races.

Le résultat ? « On observe un signal fort d’expansion depuis l’Asie chez les chiens modernes », répond Laurent Frantz. Tout se passe comme si, à une période comprise entre – 14 000 et – 6 000 ans, les chiens alors présents en Europe avaient été remplacés au moins partiellement par l’arrivée de chiens originaires de l’est de l’Eurasie. Le husky sibérien et le chien de traîneau groenlandais sont les rares à encore présenter des traces de cette double origine.

L’analyse détaillée du génome entier du chien de Newgrange permet d’enrichir les hypothèses. Son ADN le distingue très nettement des chiens modernes, mais aussi des loups d’aujourd’hui. « Il y a une portion de son génome qu’on ne parvient pas à retracer, on parle de génome fantôme », explique Laurent Frantz. Peut-être était-il issu d’une population de loups aujourd’hui éteinte, et a-t-il fait partie d’une race de canidé qui n’a pas non plus eu de descendance.

Les données archéologiques documentent la présence de chien en Europe et au Proche-Orient il y a 15 000 ans, et il y a 12 500 ans en Extrême-Orient, tandis qu’il faut attendre – 8 000 ans pour trouver des fossiles de chiens en Asie centrale. Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique auraient donc séparément, à chaque extrémité du continent eurasiatique, « inventé » le chien, avant que celui de l’Est ne conquière la planète.

Une double origine pour la domestication du loup n’est pas une hypothèse gratuite. Greger Larson (Université d’Oxford), qui a dirigé l’étude de Science, l’avait déjà avancée dans le cas du porc en 2005, une piste qu’il a validée à l’aide d’analyses génétiques en 2015 avec notamment Laurent Frantz. Mais « pour le porc, la question était plus facile à résoudre, d’un point de vue génétique et archéologique, explique ce dernier. Les restes fossiles sont présents sur plus de sites du Néolithique, et tout le monde est d’accord sur le fait qu’il y a eu double domestication en Asie et en Europe. »

Pour le chien, les choses sont plus complexes, parce qu’il faut remonter au Paléolithique, avant l’avènement de l’agriculture, pour trouver des fossiles plus rares, moins riches en ADN exploitable, et plus ambigus. L’existence de chiens européens du Paléolitique, autour de 30 000 ans, thèse défendue par Mietje Germonpré (Institut royal belge des sciences naturelles, Bruxelles), est ainsi très controversée : s’agissait-il d’une forme de loups aujourd’hui éteinte, ou de chiens issus d’une première domestication par les chasseurs-cueilleurs nomades ? La chercheuse se réjouit en tout cas des résultats présentés dans Science, qu’elle juge « tout à fait convaincants ». Ils appuient en effet son hypothèse d’une présence ancienne de paléo-chiens indigènes d’Europe, qui auraient été ensuite remplacés par ceux d’Eurasie orientale. « L’ancêtre de ces deux groupes de chiens était chaque fois une population de loups éteinte aujourd’hui », rappelle-t-elle.

Dans le camp de la thèse « asiatique », Peter Savolainen (Institut royal de technologie de Suède) n’est pas vraiment convaincu par la position de consensus. « La double origine n’est qu’une hypothèse, comme les auteurs le mentionnent à la fin de leur article, souligne-t-il. Ce qui est excitant, c’est qu’ils montrent que le génome des chiens européens a pour origine l’est de l’Asie. Peut-être d’autres chiens ont-ils été domestiqués en Europe, mais ils ont disparu. » Pour lui, les chiens paléolithiques n’en sont pas. « Ils ne ressemblent ni à des chiens, ni à des loups. » La présence de leurs ossements dans des campements ne signifie pas qu’ils aient été domestiqués : « Si vous voulez récupérer leurs dents pour faire des colliers par exemple, ou leur peau, on retrouvera bien sûr des fossiles sur place. C’est la même chose pour les mammouths, qui à ma connaissance n’ont pas été domestiqués… »

Les horloges moléculaires déduites des données génétiques indiquent pourtant une séparation entre loups et chiens vers 35 000 ans. Mais les « vrais » chiens ne sont attestés en Europe qu’il y a 15 000 ans. Ce qui s’est passé dans l’intervalle « reste mal connu », insiste Peter Savolainen. Et les horloges moléculaires pas toujours fiables : il suffit de recroisements intempestifs survenus dans le passé avec des loups pour fausser les datations. Or de tels croisements, y compris à trois – chien, loup, coyote, observé aux Etats-Unis – ne sont pas inédits…

Comment les premiers loups se sont-ils laissés domestiquer ? Il est difficile d’imaginer qu’ils aient fait l’objet d’une sélection intentionnelle : l’homme n’avait aucune idée que cela soit chose possible – alors que celle du lapin par des moines, au Moyen Age, pour consommer pendant le carême ses fœtus considérés comme des créatures aquatiques, a été délibérée. La théorie favorite des chercheurs est celle d’une auto-domestication progressive par les loups eux-mêmes : certains auraient trouvé autour des camps des chasseurs des restes de nourriture plus faciles à récupérer. Les moins farouches auraient trouvé là un avantage, ils auraient été mieux tolérés par l’homme, ce qui aurait pu donner lieu à un rapprochement progressif. Un peu comme ces « chiens de village » qui, dans diverses parties du monde, cohabitent avec l’homme sans avoir de maître. « Mais on n’a aucune certitude que ça s’est passé comme ça », prévient Peter Savolainen.

Quant à l’allure des premiers chiens – l’espèce qui présente aujourd’hui la plus grande diversité morphologique de la planète – il est difficile de la décrire précisément. Les restes sont fragmentaires, et un travail de bénédictin est en cours : « On effectue des mesures 3D, des reconstitutions sur ordinateur, en parallèle avec l’extraction d’ADN, dit Laurent Frantz. Nous avons plus de 1 000 échantillons que nous testons les uns après les autres. » Autant d’os à ronger, et à partager avec notamment les chercheurs chinois, devenus très actifs sur ces questions ces dernières années. C’est d’ailleurs en Chine qu’aura lieu en septembre la prochaine conférence internationale sur les origines du chien.


(source : Le Monde.fr)

Etats-Unis
Un outil de détection de l’hyper coagulation canine

Les patients gravement malades manifestent plus facilement des troubles de la coagulation sanguine, soit sous la forme d’un saignement incontrôlé ou d’une hypercoagulation.

Des chercheurs de l’Université de Pennsylvania School of Veterinary Medicine (Penn Vet) ont constaté qu’un outil de diagnostic commun souvent utilisé pour identifier les patients à risque de saignements pouvait également être utilisé pour identifier ceux qui sont prédisposés à une coagulation excessive. L’étude a été publiée dans le Journal of Veterinary Medicine and Critical Care le 13 Avril.

Les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux de centaines de chiens traités à l’hôpital vétérinaire Ryan Penn Vet entre 2006 et 2011, ciblant prioritairement les animaux ayant reçu un test de diagnostic appelé TEG.

Un TEG, ou thromboélastogramme, est considéré comme le mètre-étalon pour évaluer la dynamique de la coagulation, mais est effectuée avec un équipement coûteux et peu courant dans les pratiques vétérinaires ordinaires.

Sur les 540 chiens étudiés, les chercheurs en ont relevé 23 qui avaient un temps de céphaline activité raccourci enregistrés de la même période de 24 heures comme le test TEG. 23 autres chiens ayant un temps de céphaline activé normal ont servi de groupe témoin.

Les chercheurs ont ensuite examiné les dossiers médicaux pour trouver des indications d’une constatation clinique de l’hyper coagulation, tels que des caillots formés dans le cathéter intraveineux ou dans le système circulatoire, ou encore des cas de thromboembolie pulmonaire.

En comparant ces éléments et les signes cliniques entre le groupe de chiens avec PT raccourci ou des TCA et le groupe de contrôle, les chercheurs ont constaté des différences statistiquement significatives : plus de chiens avec PT comportant un temps de céphaline activé raccourci montraient des signes cliniques d’hyper coagulation et de thromboembolie pulmonaire suspectée par rapport au groupe témoin.

Ils ont également trouvé une corrélation entre les chiens ayant un temps de céphaline activé raccourci et une augmentation du niveau de D-dimère, un fragment de protéine qui est produite quand un caillot est décomposé.

« Je pense que sur la base de cette étude rétrospective, nous devrions accorder plus d’attention aux temps de coagulation raccourcis et les regarder avec un degré de valeur diagnostique », a déclaré l’auteur principal Deborah C. Silverstein, DVM, DACVECC. « Dans cette population de patients très malades, cela peut permettre d’identifier les patients risquant une thrombose. »

(source : NewStat, 31 mai)

Etats-Unis
Une étude permet de faire la différence entre les blessures liées à un accident et celles liées à la maltraitance

Comment déterminer si un animal blessé à la tête et aux côtes a été victime d’un accident ou de violences ? Une récente étude, publiée le 3 mars dans le Journal of Forensic Sciences, espère donner quelques pistes pour le savoir.

En utilisant des données provenant des affaires pénales impliquant de la maltraitance enversles animaux, des chercheurs de l’école de médecine vétérinaire Cummings de l’Université Tufts et la Société américaine pour la prévention de la cruauté envers les animaux (ASPCA) ont démontré que les accidents impliquant des véhicules à moteur et les cas de traumatisme contondant non-accidentelle chez les chiens et les chats présentaient des types de blessures très différents.

Les chercheurs ont comparé les dossiers de 50 affaires pénales d’abus fournies par le service juridique de l’ASPCA avec un échantillon de 426 cas d’accidents de la voie publique issus du Foster Hospital for Small Animals de l’école vétérinaire Cummings. C’est la première étude de ce type comparant ainsi deux populations d’animaux aux blessures clairement identifiées.

« Notre recherche a révélé que les blessures non-accidentelles et les accidents de la voie publique provoquent différents types de lésions des tissus mous et du squelette », a déclaré Nida P. Intarapanich, l’un des principaux auteurs de l’étude et étudiant vétérinaire en quatrième année à la Cummings School.

Les chercheurs ont constaté que les animaux maltraités avaient généralement plus de blessures à la tête et de fractures des côtes, ainsi que des fractures des dents et des blessures aux griffes. Les animaux victimes d’accidents de la voie publique ont plutôt subi des abrasions de la peau ou des blessures dans laquelle la peau est déchirée, des atteintes pulmonaires, des ecchymoses et des blessures de l’arrière-train, ce qui selon les chercheurs pourrait être le résultat d’une fuite face à un véhicule en mouvement

Une nette différence dans les modèles de fracture des côtes a été démontrée, les blessures liées à de la maltraitance causant généralement des fractures des deux côtés du corps, tandis que les fractures des côtes causées par les accidents de voiture ont tendance à apparaître sur un seul côté du corps, avec les nervures les plus proches de la tête plus susceptibles de se fracturer.

Les chercheurs ont également constaté que les victimes de blessures non accidentelles étaient plus susceptibles d’avoir des preuves de fractures anciennes, un phénomène que l’on remarque également chez les humains victimes de violences domestiques.

(source : NewStat, 7 juin)

PUBLICATION

Réduire le stress des patients en utilisant leurs 5 sens

Pour les vétérinaires qui souhaitent diminuer le stress de leurs petits patients, la réponse peut être juste sous leur nez… ou leurs yeux, oreilles, bouche, bref corps ! En effet, selon les auteurs du livre Canine Medical Massage : techniques and clinical applications, les vétérinaires pourraient, en manipulant les animaux de façon simple et en stimulant leurs cinq sens, réduire efficacement le stress environnemental qui les atteint souvent.

Vue : réduire la quantité de lumières fluorescentes et autres lumières, connues pour interrompre le rythme circadien naturel du corps. Minimiser les bruits offensifs et, si possible, éliminer les patients des zones à fort passage et activité incessante.

Ouïe : parce que la musique modulant les fonctions cardiaques et neurologiques, ne pas hésiter à diffuser de la musique dans les salles de consultation et la salle d’attente. La musique classique et les rythmes lents réduisent particulièrement le stress, facilitent le sommeil, et réduisent la douleur.

Odorat : mettre un diffuseur d’odeurs dans les salles de repos et les salles d’attente. Les phéromones, les fleurs de camomille, de lavande, et l’air frais réduisent l’anxiété. Au moins, il faut tâcher de minimiser les odeurs désagréables telles que la fumée de cigarette et de produits de nettoyage concentrés.

Goût : s’assurer que les patients reçoivent une alimentation bien équilibrée de haute qualité pour assurer les fonctions corporelles sans stress. De plus, s’assurer les gencives de patients sont en bonne santé, et qu’ils reçoivent des probiotiques et des fibres adéquates pour assurer une digestion facile.

Corps / Touché : masser les patients, les brosser ou les peigner réduit leur stress. Si possible, ajouter l’exercice, ou les laisser se reposer au soleil lors d’une journée douce, ou près d’une source d’air frais s’il fait plus chaud. Et jamais sous-estimer la valeur de la compagnie de l’humain !

En plus de réduire le stress, le massage médical canin et la thérapie des tissus mous ont été particulièrement efficaces sur de nombreuses conditions cliniques, y compris la dysplasie de la hanche, l’arthrose et l’épilepsie, notent les auteurs. Leur ouvrage contient ces conseils et de nombreux autres, ainsi que des séquences de massage et les conditions précises pour que le massage soit le plus efficace possible.

Livre en vente à cette adresse : https://www.aaha.org/professional/store/product_detail.aspx?code=CNMDM&title=canine_medical_massage_techniques_and_clinical_applications#gsc.tab=0

ETUDE

Une stérilisation précoce augmente les risques de troubles articulaires et l’incontinence urinaire chez le berger allemand

B.L Hart, Neutering of German Shepherd Dogs: associated joint disorders, cancers and urinary incontinence, Veterinary Medicine and Science.

Connus pour leur intelligence, leur obéissance et leur fidélité, les bergers allemands sont souvent la race préférée pour la police et le travail militaire, ainsi que comme chiens de service et bien sûr animaux de compagnie. Mais ils sont également sujets à des troubles articulaires.

Des chercheurs de l’Université Davis en Californie ont découvert que la stérilisation ou la castration des bergers allemands avant un an triple le risque d’un ou plusieurs troubles articulaires – en particulier du ligament croisé crânial et d’incontinence urinaire. Le risque de cancers ne semble pas augmenté par cette pratique, d’après l’étude.

Celle-ci a été publiée le 16 mai dans la revue Veterinary Medicine and Science.

De plus en plus, aux USA notamment, de stérilisations précoces (avant l’âge de 6 mois) sont pratiquées. En Europe, les habitudes varient selon les pays. Des études ont montré que cette manière de procéder pouvait favoriser l’apparition de maladies débilitantes telles que la dysplasie de la hanche, les ruptures des ligaments croisés, la dysplasie du coude. Le risque serait doublé voire triplé pour les ligaments croisés. Des recherches récentes, menées chez les golden et Labrador retrievers, ont montré après stérilisation précoce un risque multiplié par un facteur de 4 à 5 de développer ces troubles orthopédiques chez les premiers, doublé chez les seconds. Certains cancers, par ailleurs, se développent plus volontiers chez les animaux stérilisés. Il en va ainsi des ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes. Le risque d’ostéosarcome est doublé, celui d’hémangiosarcome cardiaque quadruplé chez les femelles. Le risque de mastocytome cutané serait quadruplé également, aussi bien chez les mâles que chez les femelles. Les auteurs de cet article en accès libre passent ensuite en revue toutes les études ayant montré une augmentation des risques cancéreux lors de stérilisation précoce.

Les chercheurs ont examiné les dossiers de cliniques vétérinaires sur une période de 14 ans, étudiant les cas de près de 1170 chiens bergers allemands intact et stérilisés (y compris castrés). Ils ont investigué pour trouver des cas de troubles articulaires et ainsi que de cancers communs déjà associés à la stérilisation. Les maladies ont été suivis pendant 8 ans, à l’exception du cancer du sein chez les femelles qui a été suivi pendant 11 ans.

Les chiens ont été classés comme intact (non castré), castrés avant 6 mois, castrés entre 6 à 11 mois, ou castrés entre 12 à 23 mois et 2 à 8 ans.

En résumé, les constatations sont les suivantes :

  • Chez les mâles intacts, 7% des mâles intacts ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, contre 21% des mâles castrés avant un an

  • Chez les femelles intactes, 5% ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, alors que chez les femelles stérilisées avant un an, le chiffre augmente de façon significative à 16%

  • Le cancer mammaire a été diagnostiquée chez 4% des femelles intactes par rapport à moins de 1% chez les femelles stérilisées avant un an (l’apparition des autres cancers suivie pendant 8 ans n’a pas été plus élevée dans les animaux stérilisés que chez les chiens intacts).

  • L’incontinence urinaire, non diagnostiquée chez les femelles intactes, a été diagnostiquée chez 7% des femmes stérilisées avant un an

Troubles orthopédiques

La maladie la plus concernée est la rupture des ligaments croisés avec une incidence de moins de
1 % chez les mâles entiers, de 12,5 % lors de stérilisation précoce, de 8,3 % en cas de castration entre 6 et 11 mois. La différence observée pour la dysplasie de la hanche n’est pas significative. L’incidence de la dysplasie du coude est également supérieure mais de manière statistiquement non significative.

Au moins une anomalie de l’appareil locomoteur était présente chez 5,1 % des chiennes non stérilisées, versus 12,5 % lors de stérilisation avant 6 mois et 17 % quand elle intervenait entre 6 et 11 mois. Comme chez les mâles, les lésions des ligaments croisés sont plus fréquentes : 1 % chez les femelles non stérilisées, 4,6 % lors de stérilisation avant 6 mois, 8,3 % entre 6 et 11 mois. Toujours comme chez les mâles, l’incidence de la dysplasie de la hanche est plus importante, mais sans atteindre la significativité statistique. La dysplasie du coude n’est pas concernée.

Cancers

3% des mâles ont présenté un des cancers parmi les plus couramment observés (ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes). La stérilisation pour ces animaux n’augmente pas le risque de néoplasies même si on observe un peu plus de lymphomes : 4,2 % chez les chiens stérilisés avant 6 mois contre 1,5 % chez les mâles entiers. Chez les femelles, l’incidence globale des cancers était inférieure à 1 %. On ne note qu’une augmentation (non significative) de celle des mastocytomes.

Incontinence urinaire et pyomètre

Aucune femelle non stérilisée n’a développé d’incontinence urinaire, mais l’incidence est de 4,7 % chez les femelles opérées avant 6 mois. Le chiffre est de 7,3 % lors de stérilisation entre 6 et 11 mois. L’incontinence survient en moyenne à l’âge de 5,2 ans. Enfin, des pyomètres ont été diagnostiqués chez 1,5 % des chiennes non stérilisées. Les auteurs attribuent les troubles orthopédiques constatés chez les animaux stérilisés précocement à une influence hormonale sur des plaques de croissance non encore entièrement matures. Ils notent que contrairement à ce qui a été décrit chez le golden retriever, surtout chez la femelle, la stérilisation précoce ne semble pas, chez le berger allemand, favoriser l’éclosion de cancers. Pour autant, le risque de cette pratique doit être soigneusement pesé.

ETUDE

Races canines et cancers : une étude japonaise

KOMAZAWA.S, Canine tumor development and crude incidence of tumors by breed based on

domestic dogs in Gifu Prefecture. Journal of Veterinary Medical Science

Publiés le 6 mai 2016 dans le Journal of Veterinary Medical Science, les résultats d’une étude sur l’épidémiologie des tumeurs canines au Japon permettent de confirmer certaines prédispositions raciales et également d’en préciser d’autres. Plus de 3 500 tumeurs sont passées au crible, tous les diagnostics ayant été validés par une analyse histopathologique. Les vingt races numériquement les plus importantes au Japon ont été sélectionnées.

Depuis quelques décennies, rappellent les auteurs, l’incidence de nombreuses maladies a augmenté chez le chien, en raison de l’allongement de l’espérance de vie. Il en va ainsi particulièrement des cancers qui sont ici étudiés d’après les archives du service d’anatomie pathologique de l’Université Vétérinaire de Gifu (Japon). Les matériels et méthodes sont exposés dans cet article en accès libre. L’étude porte sur 3 597 cas de tumeurs (1 598 mâles, 2 160 femelles, 161 chiens de sexe indéterminé). Les diagnostics ont été portés sur une période de 8 ans (2005 à 2012). 388 chiens étaient porteurs de plus d’une tumeur. 6,95 % des animaux souffraient de deux tumeurs, 1,03 % de trois tumeurs et plus.

Des races épargnées ou prédisposées

L’âge moyen des chiens était de 10,4 ± 2,98 ans chez les mâles, de 10,4 ± 2,83 ans chez les femelles. Il n’existe donc pas de différence significative. La proportion de tumeurs malignes était de 57,5 %. Dans cinq races, le pourcentage de tumeurs malignes était significativement plus faible : Yorkshire terrier (31,1 %), bichon maltais (42,4 %), caniche (44,4 %), shih tzu (48 %) et teckel (48,2 %). En revanche, le phénomène inverse est observé dans d’autres races. Ainsi, le pourcentage de tumeurs malignes est-il de 63,2 chez le labrador retriever, de 65,9 chez le Welsh corgi, de 68,1 chez le Shiba Inu, de 69 chez le shetland, de 70 chez le chihuahua, de 73,4 chez le beagle, de 80 chez le bouvier bernois.

Les tumeurs cutanées en première ligne

Les auteurs étudient également la localisation des tumeurs : 24,4 % intéressaient la peau et les tissus sous-cutanés. Le golden retriever et le labrador retriever, en particulier, ont une plus forte incidence pour cette localisation (32 % et 26,8 %, respectivement). On observe au contraire une faible incidence (14,3 % et 12,1 %) des tumeurs cutanées chez le yorkshire terrier et le spitz. Les tumeurs gastrointestinales viennent ensuite, comptant pour 18,1 % des cas. 55% d’entre elles correspondaient à des mélanomes de la cavité buccale, 21 % à des tumeurs périanales. Le troisième type tumoral le plus fréquent est représenté par les tumeurs mammaires (17,8 %). Elles sont plus fréquentes chez les chiennes de petit format : elles comptent pour 41,5 % chez le teckel, pour
41,2 % chez l’épagneul cavalier King Charles, 36,7 % chez le papillon, 36,4 % chez le spitz, 33,9 % chez le yorkshire terrier, 33,7% chez le bichon maltais. A l’inverse, les chiennes de moyen ou grand format sont sous-représentées, comme le bouvier bernois (0 %), le golden retriever (6,4 %), le shetland (7 %), le shiba inu (10,8 %), le labrador retriever (12,2 %). Le carlin fait exception avec un faible pourcentage de tumeurs mammaires (6 %). On note par ailleurs que les mastocytomes sont très fréquents dans deux races : le carlin toujours (46,4 %) et le bouvier bernois (23,3 %).

Variations d’incidence

Une estimation de l’incidence brute des tumeurs est également fournie, elle est faible chez le spitz (0,1 %), le caniche (0,2 %), le shiba inu (0,5 %), le teckel (0,7 %), les chiens de race croisée (0,6 %). Les chiffres sont plus élevés pour le golden retriever (4,3 %), le Welsh corgi (3 %), le labrador retriever (2,6 %), le Shetland (2,5 %), le beagle (2,3 %). L’incidence brute des tumeurs malignes connaît également des variations raciales : faible chez le chihuahua (0,2 %), le spitz (0,3 %), le caniche (0 %), les chiens de race croisée (0,4 %), elle est nettement supérieure chez le labrador retriever (1,9 %), le golden retriever (2,8 %), le Welsh corgi (2,1 %), le shetland (1,7 %), le beagle (1,8 %) et, sans surprise, chez le bouvier bernois (6,4 %). Il est nécessaire de replacer ces données dans le contexte japonais, concluent les auteurs, dans la mesure où les chiens de petit format, dans ce pays, forment l’essentiel des effectifs. De plus, vingt races seulement ont été étudiées et des prédispositions ont pu, dès lors, être ignorées.

ETUDE

Santé mentale des chiens en élevage intensif : lorsque la peur domine…

McMillan FD et al., Mental health of dogs formerly used as ‘breeding stock’ in commercial

breeding establishments, Applied Animal Behavior Science (2011)

Un article co-écrit par des vétérinaires institutionnels et une association de protection animale explore pour la première fois le profil comportemental de chiens nord-américains ayant vécu en élevage intensif pour y produire des chiots, avant d’être adoptés en famille. Sans surprise, l’article démontre que la caractéristique dominante que manifestent ces chiens est la peur, même plusieurs années après le début de leur « 2ème vie » en famille d’adoption.

Les élevages commerciaux produisent une grande part des chiens de race dans le monde entier. Les Commercial Breeding Establishment ou CBE (appelés vulgairement moulins à chiots, ou « puppy mills », dans les pays anglosaxons) doivent répondre à des impératifs économiques et de production souvent comparables à ceux de l’élevage du bétail. Les éleveurs tendent dès lors à conserver le plus de chiens dans le minimum d’espace légalement autorisé et dans des conditions de salubrité très variables. Les chiens sont ainsi détenus dans un espace restreint pour toute la durée de leur vie de reproducteur, parfois sans sortie, ni enrichissement de l’environnement et avec des interactions sociales réduites au minimum. Les auteurs ont cherché à objectiver, via un questionnaire comportemental, les troubles comportementaux chroniques des chiens ayant vécu en CBE et ré-adoptés à l’âge adulte, en comparaison avec une population de chiens de compagnie adoptés jeunes.

Un questionnaire C-BARQ (Hsu & Serpell, 2003) était rempli par les propriétaires/adoptants, qui documentaient également l’âge d’adoption de leur chien et la possession éventuelles d’autres animaux. Les chiens issus de CBE étaient recrutés via les contacts d’associations de protection animale, une partie des chiens ayant été saisis dans des CBE par ces mêmes associations. L’étude était présentée comme visant à « évaluer, chez leur chien, l’impact de son ancienne vie en « puppy mill » sur son comportement et son équilibre psychologique ». Le terme « puppy mill », certes péjoratif, était choisi car plus reconnaissable que celui de CBE dans le texte de sollicitation à l’étude. Pour être inclus (groupe CBE, 332 chiens), le chien devait avoir vécu jusqu’à 8 mois au moins en CBE (1 an pour les non-reproducteurs) et avoir été adopté depuis. Les chiens du groupe contrôle (groupe C, 332 chiens) étaient recrutés via des sites internet, des clubs de race et des hôpitaux vétérinaires et étaient appariés aux chiens du groupe CBE selon l’âge (à 6 mois près), la race et en moindre mesure le sexe (les chiens du groupe CBE étant majoritairement stérilisés). Logiquement, le délai de possession (temps depuis l’adoption) était inférieur dans le groupe CBE (20 mois) par rapport au groupe C (56 mois), pour une moyenne d’âge de 7 ans environ. Dans le groupe C, les chiens étaient issus d’un élevage (55 %), d’un refuge (19 %), d’une animalerie (7 %), le reste étant nés à la maison (3 %), chez des connaissances (10 %), ou acquis différemment. Enfin, 83 % des chiens du groupe CBE vivaient dans des foyers « multi-chiens », contre 56 % des chiens du groupe C.

Dans le groupe CBE, 24 % des chiens présentent un problème de santé (contre 17 % dans le groupe C), 83 % présentent un trouble du comportement (contre 56 % dans le groupe C), se décomposant en 33 % présentant un trouble modéré à sérieux du comportement (20 % dans le groupe C) et 50 % un trouble mineur (36 % dans le groupe C). Les troubles du comportement sont donc fréquents dans les deux populations, mais statistiquement plus représentés dans le groupe CBE. Le C-BARQ permet de mettre en évidence les variables les plus augmentées dans le groupe CBE en comparaison

avec le groupe contrôle : peur des étrangers (OR = 8,12), peurs non sociales (OR = 6,62), sensibilité au toucher (OR = 3,19), marquage urinaire (OR = 2,06), malpropreté urinaire (OR = 2,06), mictions ou défécations quand reste seul (OR = 2,81 et 2,07), comportements compulsifs. A l’inverse, certaines variables sont significativement moins présentes dans le groupe CBE, par rapport au groupe C : agressions sur les propriétaires (OR = 0,55), les personnes étrangères (OR = 0,4), les autres chiens (OR = 0,30), capacité d’apprentissage, d’entraînement (OR = 0,25), excitabilité (OR = 0,47), énergie (OR= 0,29), comportement de chasse de petits animaux (OR = 0,20), fugues, vagabondage (OR = 0,56). Par ailleurs, les résultats montrent que le fait de vivre dans un foyer « multi-chiens » améliore les scores des chiens de CBE pour de nombreuses variables en comparaison avec les chiens de CBE vivant seuls en foyer (ce que souligne l’effet positif de ce que l’on peut appeler le « chien thérapeute » pour un chien peureux, NDR). Le fait d’être stérilisé ou non a peu d’effets en revanche et uniquement sur les symptômes reliés à la malpropreté. Enfin, sur la majorité des variables, l’augmentation du délai de possession diminue la différence entre le groupe CBE et le groupe C, indiquant une amélioration des symptômes avec le temps.

La variable qui différencie le plus les groupes CBE et C est la « peur », même après plusieurs années en famille. Associée à la diminution des agressions, les chiens de CBE manifestent donc majoritairement une réponse « flight » (fuite, évitement) plutôt que « fight » (combat) face à un évènement inquiétant. Pour expliquer ce constat d’un profil-type du chien de CBE, les auteurs avancent trois types de causes :

- Psychopathologie induite par le stress : plusieurs études ont exploré le bien-être des chiens vivant en environnement confiné ; les premières ont d’ailleurs étudié les chiens de laboratoire, pour lesquels le stress fait varier les variables lors des expérimentations. Les éléments statistiquement associés au stress dans ces études sont : la restriction spatiale, une mauvaise régulation des températures, les interactions aversives avec le personnel du chenil, l’impossibilité pour le chien de contrôler son exposition à des situations aversives, l’accès limité aux contacts positifs intra- et interspécifiques. Tous ces éléments sont présents en CBE, leur influence étant sans doute maximisée par le nombre d’années que passe le chien dans l’élevage. Une étude récente en refuge montre que le stress chronique des chiens est confirmé par les scores physiques et comportementaux, une autre étude y démontre le développement de comportementaux anormaux type timidité, agressivité, hypermotricité ou comportements locomoteurs stéréotypés. De plus, la mise en évidence de problèmes de santé en plus grand nombre dans le groupe CBE illustre ce que l’on sait de la répercussion physique du stress : cette association stress chronique/maladie physique a été démontrée dans de nombreuses espèces, y compris chez l’homme.

- Un défaut de socialisation précoce (défaut d’exposition aux situations classiques d’une vie typique de chien de compagnie) : la période sensible pour la socialisation du chiot finit entre 4 et 6 mois. Le plus souvent, les reproducteurs des CBE y sont eux-mêmes nés et y ont passé leur période de socialisation. Plusieurs études expérimentales ont montré que de jeunes chiens élevés dans des conditions appauvries (déprivation sensorielle), au cours de leurs 4 à 6 premiers mois, avaient de grandes difficultés à s’adapter à un nouvel environnement, développant ce que l’on appelle le syndrome du chien de chenil (ou « kennel syndrom », NDR), caractérisé par une peur et une timidité excessive lors de l’exposition à un nouvel environnement humain et physique. Une autre étude a montré que des chiots isolés et déprivés entre 3 et 20 semaines manifestent des perturbations à vie et une altération des capacités d’apprentissages. Ces effets de l’exposition à un milieu de développement précoce hypostimulant sont le plus souvent extrêmement persistants et résistants à la réhabilitation, sans doute à cause d’altérations irréversibles de la structure du cerveau en développement du chiot. Dans cette étude, une grande partie des comportements typiques des chiens de CBE concordent avec les symptômes liés au défaut de socialisation précoce et à la privation sensorielle dans le jeune âge (et évoque fortement le tableau du Syndrome de Privation Sensorielle au stade 2, anxiété permanente, ou au stade 3, dépression chronique, tel que décrit par Pageat, 1995, NDR).


- Des traumatismes précoces : l’influence de la période prénatale ne doit pas être écartée, si l’on considère que les futurs reproducteurs ont d’abord été conçus et sont eux-mêmes nés en CBE. Plusieurs études ont montré à quel point le stress maternel pendant la gestation influence la santé et le comportement ultérieur du chiot, qui manifestera notamment : dysfonctionnement neuro-hormonal, sensibilité, peur, émotivité augmentées, exagération des réponses de stress, difficultés d’apprentissage, augmentation de la susceptibilité aux troubles psychopathologiques… Pour ce qui concerne la période post-natale, les conséquences des traumatismes précoces (ELA ou « Early Life Adversity ») ont été largement étudiées chez l’enfant et ont révélé -chez les adultes qu’ils devenaient- un risque accru de problèmes psychologiques, tels que l’instabilité des relations sociales, des troubles de l’humeur de type anxieux ou dépressif. La modélisation des ELA chez les rongeurs ou les primates (privation maternelle ou sociale) a confirmé la corrélation entre ELA et vulnérabilité ultérieure aux troubles psychopathologiques, de par des altérations à long terme de la réponse neuroendocrine au stress, de la régulation émotionnelle, de l’adaptabilité, des fonctions cognitives, de l’attachement et même une modification épigénétique de l’expression des gènes associés aux troubles anxieux ou de l’humeur.

De telles études chez le chien sont rares (et anciennes), mais concluent que la période de socialisation du chiot constitue une période à risque pour des dommages psychologiques permanents, une période de vulnérabilité au cours de laquelle une expérience aversive même unique (notamment autour de 8 semaines) peut avoir des conséquences à long terme.

La genèse de la pathologie comportementale manifestée chez les chiens de CBE est sans doute multi-factorielle et composite des trois catégories précitées. Les auteurs se sont appliqués à proposer une méthodologie statistique très sérieuse, menée par ailleurs sur un nombre significatif de chiens. La bibliographie riche et la proposition de causes générant les troubles observés chez les chiens de CBE permettent d’argumenter autour de la genèse du « kennel syndrom » (et par extension de celle du syndrome de privation sensorielle de l’école française, NDR).

CAS CLINIQUE

Corps étranger trachéal : gestion médicale et chirurgicale

Les affections trachéales sont rares chez le chat et sont le plus souvent secondaires à un traumatisme. Que ce soit chez le chien ou le chat, les corps étrangers trachéaux sont également peu communs et sont le plus souvent extraits par contrôle endoscopique ou fluoroscopique. (in l’Essentiel n°412)

Une chatte européenne, entière, âgée de 8 mois, est présentée pour des épisodes de dyspnée sévère apparus une semaine auparavant. La chatte a un accès libre à l’extérieur. Les propriétaires rapportent des épisodes de dyspnée mixte observés après des périodes d’activité marquée (jeu) durant environ 5 minutes. La chatte au repos ne présente pas de difficulté respiratoire ni de toux ou de signe de fatigabilité entre les épisodes de dyspnée. Elle ne présente aucun autre symptôme et aucun antécédent médical.

Symptômes

L’examen clinique révèle un bon état général, avec un score corporel de 4/9. L’auscultation cardiaque est normale. L’observation de la courbe respiratoire permet d’observer une légère dyspnée expiratoire au repos. La palpation de la trachée cervicale ne provoque pas de toux. L’auscultation respiratoire révèle un bruit de clapet en fin d’inspiration ainsi qu’un sifflement intermittent à l’expiration. Suite au stress de la consultation, un épisode de dyspnée important, principalement expiratoire, est noté. L’auscultation respiratoire révèle alors des bruits de sifflements

très marqués à l’expiration. Etant données les difficultés respiratoires présentées par la chatte, celle-ci est placée sous oxygénothérapie puis une injection de butorphanol est réalisée à 0,3 mg/kg par voie intraveineuse (Torbugesic® ).

Examens complémentaires

La dyspnée s’étant largement améliorée avec l’oxygénothérapie et l’injection de butorphanol, des radiographies thoraciques sont réalisées, le risque d’une décompensation respiratoire en raison des manipulations étant jugé maîtrisé. Les radiographies thoraciques révèlent la présence d’un élément radio-opaque, de densité minérale, mesurant 1 cm de diamètre, au sein de la lumière trachéale. Ce corps étranger semble être circulaire et relativement plat. Il est situé juste crânialement à la carina.

Diagnostic

La présence d’un corps étranger trachéal de densité radiographique minérale est donc reconnue chez ce chat âgé de 8 mois.

Traitement

Une introduction du corps étranger par inhalation est fortement suspectée pour expliquer sa localisation. Etant donnée l’absence de signes digestifs et de signes de réponse inflammatoire systémique, une origine digestive avec présence d’une fistule oesophago-trachéale est très peu probable. Une endoscopie des voies respiratoires est décidée afin de confirmer le diagnostic et l’absence de fistule oesophago-trachéale. Cette endoscopie a également pour objectif de retirer le corps étranger sous contrôle vidéo.

Une prémédication est réalisée par une injection de butorphanol à 0,3 mg/kg par voie intramusculaire puis un cathéter intraveineux est placé dans une veine céphalique. Après une pré-oxygénation de 5 minutes, l’induction anesthésique est effectuée par une injection intraveineuse de propofol à 3 mg/kg puis l’anesthésie est maintenue par des bolus de propofol. Une endoscopie des voies respiratoires est alors réalisée immédiatement après l’induction à l’aide d’un fibroscope souple de 3,9 mm de diamètre (Optomed FB 70® ). Durant la procédure, l’oxygénation est apportée

via le canal opérateur du fibroscope. La cavité buccale et le larynx ne présentent aucune anomalie, tout comme les deux tiers crâniaux de la trachée. Une inflammation modérée de la muqueuse trachéale est observée dans le tiers distal de la trachée. Le corps étranger trachéal suspecté sur les radiographies est visualisé ; il est situé juste crânialement à la bifurcation des bronches souches et semble très légèrement enserré par les parois dorsale et ventrale de la trachée. Une pince à préhension est insérée dans le canal opérateur du fibroscope jusqu’à ce que l’extrémité de celle-ci soit observée sur le moniteur vidéo. Le corps étranger est alors saisi solidement par la pince à préhension et le fibroscope et la pince à préhension sont reculés progressivement et simultanément afin de ressortir le corps étranger. Une fois celui-ci extrait, une endoscopie de contrôle permet de s’assurer de l’absence d’un autre élément éventuel ainsi que de l’absence de fistule oesophago-trachéale. Les bronches souches ne présentent pas d’anomalie. Une oxygénation au masque est apportée jusqu’au réveil du chat.

Pronostic

Le réveil se déroule sans complication et une injection de dexaméthasone (Dexadreson® ) par voie intraveineuse est réalisée à 0,1 mg/kg en postopératoire immédiat en raison de l’inflammation locale engendrée par la présence du corps étranger et par la procédure de retrait. Le chat est rendu à ses propriétaires le soir de la procédure avec une prescription de prednisolone (Dermipred® ) par voie orale à 1 mg/kg pendant 5 jours. Une fois le corps étranger trachéal retiré, la période postopératoire s’est déroulée sans complication. Deux ans plus tard, la chatte ne présente aucun signe clinique et aucune séquelle. Le pronostic à court terme ainsi qu’à long terme est donc excellent.

Discussion

Les affections trachéales sont communes chez le chien et sont constituées très majoritairement par le collapsus trachéal. Chez le chat, elles sont beaucoup plus rares et comprennent les ruptures trachéales, les avulsions trachéales, les fistules oesophago-trachéales, les masses et les corps étrangers trachéo-bronchiques. La rupture trachéale est le plus souvent secondaire à des manipulations de la sonde trachéale alors que le ballonnet de la sonde est gonflé. Une intubation traumatique, notamment lors d’utilisation d’un stylet, est également incriminée1 . Les avulsions trachéales sont secondaires à un traumatisme alors que le chat est en hyperextension cervicale. Des morsures par un chien ont également été démontrées comme cause d’avulsion trachéale. Les masses trachéales félines sont le plus souvent des granulomes, associés à la migration erratique de larves de Cuterebra. Les fistules oesophago-trachéales peuvent être congénitales ou acquises mais sont le plus souvent acquises et secondaires à la présence d’un corps étranger oesophagien. Enfin, les tumeurs trachéales sont très rares et de diverses origines histologiques.

Les corps étrangers trachéaux sont donc rares chez le chat. En effet, la littérature fait mention de 21 cas rapportés, dont une étude rétrospective sur une période de 8 ans ayant révélé 12 cas. La prévalence des corps étrangers trachéaux chez le chien est également très faible. Du fait du diamètre du tractus respiratoire dans cette espèce, les corps étrangers sont plus fréquemment en localisation bronchique. Des corps étrangers de diverses natures ont été extraits chez le chat : végétaux, épingle à nourrice, gravier, os, dent et une balle.

La faible prévalence des corps étrangers trachéaux chez les carnivores domestiques peut être expliquée par deux hypothèses principales. La première est qu’une obstruction trachéale importante puisse mener à une dyspnée très sévère, rapidement suivie par la mort de l’animal par asphyxie, dont la cause est en général non confirmée. La seconde hypothèse est que les corps étrangers trachéaux semblent être rapidement expulsés de façon physiologique. En effet, une étude portant sur 22 chiens sains chez lesquels des corps étrangers bronchiques de diverses natures ont été volontairement introduits a montré que 20 de ces 22 chiens ont expulsé par eux-mêmes le corps étranger, via la toux, dans une période entre 1 et 14 jours suivant l’introduction du corps étranger.

De plus, chez le chat, un laryngospasme est présent, ce qui peut expliquer là encore la très faible prévalence des corps étrangers trachéaux dans cette espèce. La présence de signes cliniques intermittents chez ce chat fait suspecter une certaine mobilité du corps étranger au sein de la trachée. En effet, le chat présentait une courbe respiratoire très peu modifiée en dehors des épisodes de dyspnée très sévère, se résolvant spontanément en quelques minutes. Un effet « clapet » du corps étranger trachéal, avec obstruction temporaire du départ des bronches souches, peut être envisagé pour expliquer l’intermittence des signes respiratoires. Plusieurs traitements ont été décrits pour la gestion des corps étrangers trachéaux. Certains auteurs conseillent de placer l’animal la tête en bas et le secouer légèrement avec pour espoir que le corps étranger soit expulsé par gravité. Le retrait par endoscopie, rigide ou souple, à l’aide d’une pince à préhension, est la technique la plus couramment employée. Certains auteurs ont également décrit l’utilisation d’une sonde de Foley munie d’un ballonnet gonflable, passée en aval du corps étranger et permettant de l’extraire par glissement lorsque le corps étranger n’est pas manipulable par une pince à préhension (forme

sphérique par exemple). Le retrait du corps étranger à l’aide d’une préhension sous contrôle fluoroscopique a également été décrit et peut être entrepris en première intention ou en cas d’échec du retrait par contrôle endoscopique. Le traitement chirurgical ne doit être envisagé que lors d’échec des traitements fluoroscopiques ou endoscopiques. Il consiste en la réalisation d’une trachéotomie ou une résection-anastomose trachéale, par abord cervical ou intercostal selon la localisation du corps étranger. Dans le cas présenté ici, l’endoscopie a été préférée à la fluoroscopie pour son avantage en matière de diagnostic car elle permet d’écarter l’hypothèse de fistule oesophago-trachéale. L’endoscopie a également l’avantage de ne pas exposer le patient et les manipulateurs à l’émission de rayons X, au contraire de la fluoroscopie. L’utilisation d’une pince à préhension a également été préférée à l’utilisation d’une sonde de Foley en première intention en raison de l’expérience du manipulateur et de la préhension aisée du corps étranger par la pince.

L’endoscopie a bien évidemment été préférée en première intention à la thoracotomie intercostale en raison d’une morbidité largement inférieure. La rapidité de l’intervention est fondamentale dans ce contexte, notamment du fait de la très petite taille du patient. En effet, au contraire d’un chien, il n’est pas possible d’intuber un chat de 8 mois d’âge et d’insérer le fibroscope au sein de la sonde endotrachéale via un connecteur en T permettant une administration continue d’oxygène et éventuellement de gaz anesthésique. Lorsque le fibroscope est inséré, très peu de passage d’air est autorisé à son pourtour, ce qui implique que la procédure doive être très rapide afin de ne pas provoquer une désaturation de l’hémoglobine en oxygène. Toutefois, afin de limiter la diminution d’apport en oxygène, celui-ci peut être administré via le canal opérateur du fibroscope lorsque celui-ci n’est pas comblé par un instrument de type pince à préhension par exemple. Cet apport en oxygène ne reste que partiel et nécessite tout de même une intervention rapide. Le retrait sous contrôle fluoroscopique a l’avantage de n’introduire dans la trachée qu’une pince à préhension de faible diamètre et ainsi de faciliter le passage de l’air au pourtour de l’instrument. Selon la seule série de cas disponibles, le pronostic à long terme est excellent, que le retrait du corps étranger soit effectué par contrôle fluoroscopique ou endoscopique. Les complications possibles sont presque inexistantes lors de retrait sous contrôle endoscopique en l’absence de fistule oesophago-trachéale. Ainsi, ce cas rapporte le succès du retrait d’un corps étranger trachéal à l’aide d’une pince à préhension sous contrôle endoscopique. La période post-anesthésique s’est déroulée sans complication et le chat ne présente aucune séquelle 2 ans après la procédure. Les corps étrangers trachéaux chez le chat sont donc associés à un pronostic excellent lorsqu’ils ne sont pas secondaires à une fistule oesophago-trachéale. La prise en charge en urgence de la dyspnée est fondamentale avant d’envisager le retrait du corps étranger par contrôle endoscopique, procédure qui se doit d’être aussi rapide que possible.

Bibliographie

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CAS CLINIQUE

Elles courent, elles courent… les puces ! De la nécessité d’éduquer les propriétaires

Faire effectuer un traitement antiparasitaire contre les puces quand celles-ci ne sont pas visibles n’est pas toujours aisé. Mais quand elles sont apparentes en grande quantité, faire passer le message de la nécessité d’un traitement sur le long terme de la totalité des animaux et également de l’environnement n’est pas forcément simple non plus. Ce cas illustre bien ce propos. Il n’a rien de très original mais nous permet de rappeler la démarche pédagogique qu’il est nécessaire d’adopter vis-à-vis des propriétaires. (in l’Essentiel n°410)

Chipie, chatte de race Chartreux, âgée de 10 ans, est présentée à la consultation de dermatologie pour un prurit se manifestant par un léchage intensif et une alopécie évoluant depuis 1 an. Les premiers symptômes sont apparus au cours de l’été précédent et persistent sans interruption depuis. Chipie a un accès libre à l’extérieur et côtoie quotidiennement deux autres chats. Ses congénères n’ont aucun problème de santé connu (dermatologique ou autre). Les propriétaires ne mentionnent aucune contamination les concernant.

Examen clinique

A l’examen clinique, Chipie est en bon état général au moment de la consultation. L’examen clinique dermatologique nous permet de mettre en évidence une alopécie diffuse, marquée qui concerne la base de la queue, l’intérieur des cuisses, le ventre, les flancs ainsi que la face médiale des carpes. De nombreuses squames et croûtes de petite taille peuvent être visualisées en zone dorso-lombaire correspondant à des lésions de dermatite miliaire. Le prurit, qualifié d’intense par les propriétaires, est observable lors de la consultation. Lors de l’examen clinique et sans que les propriétaires s’en soient aperçu auparavant, de nombreuses puces adultes et déjections de puces sont

retrouvées sur tout l’animal. Nous sommes donc en présence d’une dermatose chronique prurigineuse s’exprimant essentiellement par des lésions de dermatite miliaire et d’alopécie multi-focale associée à une présence abondante de puces.

A ce stade, notre hypothèse diagnostique principale correspond à une dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces (DHPP), même si l’hypothèse de dermatophytose doit être également évoquée. Nous réalisons donc, comme examen complémentaire immédiat, une trichoscopie, qui révèle la présence de nombreux poils cassés mais ne montre pas la présence de spores de dermatophytes. Par ailleurs, un examen à la lampe de Wood de l’ensemble du pelage ne permet pas la mise en évidence d’une fluorescence pilaire. Afin d’éliminer totalement l’hypothèse de dermatophytose, une culture mycologique sur milieu de Sabouraud est réalisée à partir de poils et débris cutanés. Elle s’avérera négative.

Traitement et suivi

L’examen clinique dermatologique et la présence en quantité de puces nous orientant préférentiellement vers un diagnostic de DHPP, nous mettons en place un traitement antiparasitaire externe. Celui-ci consiste en l’application à chaque chat de la maisonnée d’une pipette de Vectra Felis® à raison d’une application mensuelle. Nous réalisons devant les propriétaires l’application de la pipette à Chipie afin de bien leur montrer comment l’effectuer correctement sur les autres chats. Un traitement de l’environnement est également prescrit avec l’application d’un spray insecticide associé à un régulateur de croissance des insectes (IGR) dans le lieu d’habitation. Chipie est revue en consultation un mois plus tard. La pipette a été appliquée avec succès sur les deux autres chats. Le traitement de l’environnement n’a pas encore été réalisé. Le prurit a diminué. La chatte se lèche encore les flancs et le ventre par intermittence. Les lésions d’alopécie restent inchangées. Les squames sont moins nombreuses. Après peignage de 5 minutes, aucune puce n’est retrouvée sur l’animal. Le traitement à base de la même spécialité est poursuivi, à raison d’une pipette mensuelle sur chaque chat de la maison. Il est de nouveau conseillé de réaliser le traitement

de l’environnement. Trois mois après la première visite, Chipie est revue en consultation, son prurit a disparu. Les poils repoussent progressivement. Les propriétaires sont très satisfaits de l’évolution de l’état de leur animal et convaincus de la nécessité d’un traitement antiparasitaire externe régulier. Ils n’ont par ailleurs toujours pas effectué le traitement de l’environnement à ce stade du suivi.

Discussion

Ce cas, particulièrement banal, illustre bien la difficulté que le vétérinaire peut avoir lors du traitement des parasites externes. Ici, les propriétaires consultent pour une dermatose chronique évoluant depuis 1 an sur un chat qui est recouvert de nombreuses puces, qu’ils n’avaient par ailleurs pas visualisées. Pour nous, le diagnostic paraît évident. Gardons à l’esprit que pour un propriétaire, l’examen rapproché de son animal n’est pas toujours aisé. Dans notre cas, outre le grand nombre de puces, la présence de 2 congénères, a fortiori deux chats, renforce la problématique. Il est évident que plus le nombre d’animaux vivant dans la maisonnée est grand, plus l’éradication des puces sera difficile. Outre la nécessité de traiter l’animal vu en consultation, ce que les propriétaires n’ont ici aucun mal à comprendre en raison du grand nombre de puces vu sur lui, il faudra les convaincre d’effectuer un traitement sur les deux chats de la maison qui n’ont aucun symptôme, aucune lésion et qui ne se grattent même pas ! D’autre part, étant donné le nombre important de parasites vus sur Chipie, il convient également d’insister sur le traitement de la maison qui héberge des oeufs, larves, cocons et prendre le temps à ce stade d’expliquer le cycle de la puce.

Une fois les propriétaires convaincus de cette nécessité, il convient donc de leur prescrire un schéma de traitement (aspiration des zones à risques et application d’un spray insecticide). Le choix de l’antiparasitaire externe prescrit ici n’est pas anodin. Nous privilégions un traitement à base de dinotéfurane, réputé agir rapidement (dès 2 heures) de façon à limiter au plus vite la prolifération parasitaire et contenant également un régulateur de croissance des insectes (pyriproxyfène) qui aidera à gérer les formes immatures des puces, présentes dans l’environnement. Le suivi nous montre que l’état de Chipie s’améliore, aucune puce n’est retrouvée sur elle à 1 mois et son prurit a totalement disparu à 3 mois en même temps que ses lésions. Les autres chats de la maison ont été traités de façon identique sans souci. En revanche, le traitement de l’environnement prescrit à la première visite, n’a pas été effectué au jour du premier suivi à 1 mois et malgré de nouveau une incitation forte à le faire, celui-ci n’est toujours pas effectué au suivi à 3 mois. Ceci met en avant une problématique bien connue au quotidien : il n’est pas toujours aisé de faire réaliser un traitement de l’environnement par les propriétaires. Le lieu de vie peut être vaste, composé de plusieurs habitations (granges, abris de jardin, cave, grenier…) et rendre le traitement difficile. Les propriétaires sont aussi parfois réticents à appliquer ces produits qu’ils jugent « nocifs » pour l’environnement. Nombre d’entre eux sont demandeurs d’ailleurs de produits « bio ». Il ressort de tout ceci que l’utilisation d’un produit associant un adulticide à un IGR montre ici tout son intérêt.

Dans notre cas, si les propriétaires étaient bien convaincus de la nécessité de traiter contre les puces, étant donné le grand nombre visualisé, ils ont été beaucoup plus réfractaires concernant le traitement de la maison et c’est bien grâce à l’association d’un adulticide et d’un IGR que la situation a pu être gérée de façon optimale.

Bibliographie

Siak M and Burrows M. “Flea control in cats New concepts and the current armoury” JFMS Clinical Practice 31 Clinical Review (2013) 15, 31–40.

Dryden MW. “Flea and tick control in the 21st century: challenges and opportunities”. Vet Dermatol. (2009) Oct;20(5-6):435-40.

Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Small Animal Dermatology, 7th ed. Philadelphia. W.B.Saunders, (2013) 322-29, 410-12

SYNTHESE

Dermatite atopique et théorie hygiéniste : le chien aussi ?

La dermatite atopique du chien (DAC) étant assez proche de celle de l’homme (même nom, même patron lésionnel, anomalies de la barrière cutanée ou du microbiote), il est tentant de calquer sur le chien les notions développées chez l’homme. La théorie hygiéniste n’échappe pas à la règle, même si un animal velu couvert de puces, coprophile et vivant à quatre pattes n’a pas la même hygiène de vie qu’un bipède imberbe adepte du savon. (in l’Essentiel n°410)

On a du mal à expliquer en médecine humaine la croissance spectaculaire de l’allergie dans les populations des pays développés (20 % des enfants). Les nombreuses études épidémiologiques faites chez l’homme montrent :

une nette prévalence de la DA en milieu urbain par rapport au milieu rural ;

que les immigrants reproduisent les maladies du pays d’adoption ;

que la DA est plus fréquente dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement ;

que le risque est plus élevé chez les enfants élevés dans les milieux aisés et chez les enfants uniques que dans les familles nombreuses.

Toutes ces données suggèrent une part importante de l’environnement dans le développement de la DAH. A la fin des années 1980, en Grande-Bretagne, la mise en évidence d’un risque accru avec le rang de naissance a donné naissance à la théorie hygiéniste : les premiers enfants font l’objet de soins plus attentifs et d’une hygiène beaucoup plus rigoureuse que les suivants et sont donc moins exposés au microbisme. Les revues de toutes les nombreuses études publiées ont permis de faire un tri dans ce foisonnement de publications.

Hygiène de base

On a longtemps pensé que les phénomènes de protection liés au rang de naissance étaient dus à un défaut d’hygiène de base. Une étude récente montre que cette théorie est recevable, l’augmentation de la fréquence des nettoyages entraînant une augmentation du risque de développement de la DA.

Soins journaliers

De grandes études de cohortes aux USA et en Europe montrent une relation inverse entre les soins quotidiens et le risque de DA, avec une réduction de risque allant jusqu’à 88 % chez les plus négligés !

Mode de vie anthroposophique

Dans une étude suédoise, les enfants élevés selon ces principes présentent un risque de développement de DA diminué de 20 %. Les auteurs attribuent cette nette diminution du risque à la très faible prescription d’antibiotiques et de vaccins dans ce type de médecine. D’autre part, des facteurs diététiques entrent possiblement en jeu, ces communautés consommant beaucoup de légumes fermentés, riches en lactobacilles.

Environnement rural

L’environnement rural a un effet protecteur lors de la gestation, mais pas durant l’enfance. Si en outre les enfants issus de ces mères vivant en milieu rural consomment du lait cru pendant les 2 premières années de leur vie, le risque de DA est diminué de 80 % !

Animaux de compagnie

Contrairement à une idée reçue, la présence d’animaux (chien, animaux de rente) dans l’entourage de l’enfant n’est pas un facteur de risque de développement d’allergie mais bien un possible élément favorisant un développement équilibré du système immunitaire (surtout durant la prime enfance).

Infestation parasitaire par des helminthes

Cet aspect de la théorie hygiéniste est un des plus controversés. Les meilleurs arguments en faveur d’une relation inverse entre risque de DA et infestation parasitaire vient de populations lourdement infestées notamment par des schistosomes et des ankylostomes. Dans ces populations, une vermifugation des mères enceintes dans les derniers mois de grossesse augmente significativement le risque de DA chez les enfants.

Vaccinations infantiles

De très nombreuses études ont été publiées, dont les résultats sont parfois contradictoires. La plupart montrent un risque légèrement accru chez les enfants vaccinés. Il existe toutefois souvent un biais de recrutement : plus les enfants sont suivis, donc vaccinés, plus on diagnostiquera une DA. D’autre part, une étude montre un effet « protecteur » de la vaccination vis-à-vis des formes graves.

Antibiotiques

Les antibiotiques, en altérant la flore intestinale peuvent altérer les réactions de tolérance digestive, accroissant le risque de développement d’une allergie. La plus faible colonisation par des lactobacilles chez les enfants atopiques est en faveur de cette hypothèse. La grande majorité des études montre une association entre antibiothérapie dans la prime enfance et développement d’une DA (OR poolé de 1,43). Ce risque est accru si les prescriptions sont répétées. Dans une étude allemande, le risque est plus important avec des antibiotiques à spectre large (macrolides, céphalosporines) par rapport aux ß-lactamines, à spectre plus étroit.

Théorie hygiéniste chez le chien

De telles études ouvrent des perspectives de recherche chez le chien : vaccinations, parasitisme digestif, alimentation de la mère ou du chiot, flore digestive, antibiotiques, probiotiques… Certaines d’entre elles sont en cours d’exploration (parasitisme digestif, probiotiques, endotoxines). L’effet des endotoxines a été démontré dans une première étude : le taux d’endotoxines dans le pelage des chiens est inversement proportionnel au risque de développement d’une DAC. Par contre, d’autres éléments recherchés dans le pelage dans cette même étude, comme des glycanes fongiques ou des allergènes de Dermatophagoides sp., ne semblent pas être des facteurs de risque. Les données issues des trois études les mieux documentées sont résumées dans le tableau.

Alimentation de la mère

Une étude suédoise chez des chiens de races prédisposées (boxer, bull terrier et West Highland white terrier) montre que l’alimentation de la mère avec des aliments ménagers (en totalité ou partiellement) durant la lactation aurait un effet protecteur (odds ratio deux fois moins important). Ces résultats doivent être confirmés par des études prospectives contrôlées, avec moins de biais de recrutement (ubi infra ).

Hygiène corporelle (shampooings)

Des bains ou shampooings réguliers apparaissent comme un facteur de risque dans l’étude suisse. Toutefois, l’interprétation de ce critère est très discutable, la fréquence des shampooings pouvant être la conséquence même de la dermatite dont souffrent ces animaux.

Lieu de vie

Les chiens vivant en milieu rural présentent un risque moindre de développement de DA. A contrario , ceux vivant en milieu urbain présentent un risque accru. Il s’agit même d’un critère de diagnostic de la DAC dans un des deux jeux de critères de confirmation de cette affection. Le type de revêtement au sol ou la présence de poussière ne sont pas des facteurs influents. D’ici à faire un lien avec la théorie hygiéniste il n’y a qu’un pas qu’il est très difficile de franchir. En effet, ces études épidémiologiques souffrent de nombreux biais, pas toujours pris en compte. Ainsi, dans une revue sur les biais expérimentaux, l’étude suédoise basée sur les données de chiens assurés a été prise en exemple : si les propriétaires de chiens atopiques sont plus motivés que ceux des chiens témoins pour participer à l’enquête, tout comme ceux préparant une alimentation ménagère, alors les résultats sont complètement différents et l’effet d’une alimentation ménagère n’est pas significative. A vouloir trop faire coller la mode de la théorie hygiéniste au chien, on oublie la place majeure de la génétique dans cette espèce, illustrée par les variations de phénotype et d’étiologie en fonction des races. Ainsi, les facteurs de risque décrits plus haut n’existent pas chez le West Highland white terrier.

Essais thérapeutiques

Les essais thérapeutiques dérivés de cette hypothèse sont pour l’heure peu convaincants.

-Administration d’endoparasites

L’administration de trichures pendant 3 mois à des chiens atopiques ne permet pas d’apporter une amélioration clinique. Cet échec était assez prévisible, les nématodes digestifs ayant peu ou pas d’influence sur la réponse immunitaire (contrairement aux nématodes ayant un cycle viscéral).

-Injections d’extraits de mycobactéries

Un seul essai randomisé contre placebo a été publié chez le chien. Une injection intradermique unique d’extraits de Mycobacterium vaccae n’apporte une amélioration que dans les formes mineures de la maladie. D’autre part, des réactions au site d’injection sont fréquentes et parfois assez spectaculaires. Cette voie est aujourd’hui abandonnée.

-Administration de probiotiques

L’administration de probiotiques est l’intervention thérapeutique ou prophylactique la plus prometteuse. Toutefois, les essais sont difficiles à mettre en place et le peu de publications sur ce sujet ne concerne qu’un nombre très limité d’animaux. Dans un essai comparant deux portées issues de parents identiques atopiques, mais nourries avec et sans probiotiques (10 gélules de Culturelle® par jour pendant la gestation et la lactation, puis 5 par jour aux chiots de 3 semaines à 6 mois), les scores cliniques sont plus faibles à un an dans le groupe traité, mais paradoxalement les concentrations plasmatiques en IL-10 sont plus faibles dans ce groupe. De tels résultats méritent confirmation sur des lots d’animaux plus importants et avec des protocoles moins lourds et moins onéreux. En conclusion, alors même que le mode de vie d’un chien est très différent de celui d’un humain, la théorie hygiéniste trouve un écho dans la pathogénie et la prévention de la DAC. L’influence de l’environnement microbien tant dans le pelage que dans le tube digestif pourrait jouer un rôle prépondérant. C’est d’ailleurs sur les microbiotes digestifs et cutanés que se portent aujourd’hui les recherches afin de tenter de trouver des outils thérapeutiques pour limiter le développement de la DAC et celui des infections bactériennes ou fongiques associées

Bibliographie

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6. Meury S, Molitor V, Doherr MG, Roosje P, Leeb T, Hobi S et al. Role of the environment in the development of canine atopic dermatitis in Labrador and golden retrievers. Vet Dermatol. 2011;22(4):327-34.

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9. Flohr C, Quinnell RJ, Britton J. Do helminth parasites protect against atopy and allergic disease? Clin Exp Allergy. 2009;39(1):20-32.

10. Gutzwiller ME, Reist M, Peel JE, Seewald W, Brunet LR, Roosje PJ. Intradermal injection of heat-killed Mycobacterium vaccae in dogs with atopic dermatitis: a multicentre pilot study. Vet Dermatol.

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Revue de presse – Avril 2016

mai 20th, 2016 | Redigé par admin in Avril 2016 - (0 Comments)

BREVES

FRANCE

SAVE THE DATE ! « Dog Revolution », un séminaire sur les comportements gênants canins début octobre à Nanterre

Sous l’égide des vétérinaires comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, l’unversité Nanterre Paris Ouest accueillera les 1er et 2 octobre un séminaire consacré à la gestion des comportements gênants chez le chien. De la prévention à la socialisation du chien à la place du chien dans notre société via les aspects législatifs, les connaissances en matière cognitive et de bien-être, de nombreux intervenants (scientifiques, chercheurs, éducateurs canins) exploreront la relation homme-chien, les souffrance que chacun peut vivre au sein de cette relation et les solutions pratiques pour y remédier.

Ce séminaire aura pour originalité de proposer une étude de cas pratiques avec présentation de propriétaires accompagnés de leur animal pendant la deuxième journée. Un appel à candidatures sera bientôt lancé !

FRANCE
Votre chien sait exactement ce que vous pensez et ressentez !

D’après une étude menée par Charlotte Duranton, éthologue de l’université de Marseille, les chiens peuvent dire ce que leurs propriétaires pensent des inconnus en observant leurs réactions.

Nos amis canins sauraient donc pratiquer ce que l’on nomme le référencement social : ils basent leur comportement envers les inconnus selon le comportement de leur propriétaire. Cette information leur permet de savoir s’ils doivent être amicaux ou hostiles envers la personne concernée.

Dans l’étude, publiée dans la revue Animal Behaviour, l’attitude des chiens variait selon que leur maître approchait, restait ou déplacé loin des personnes inconnues.

« Les chiens lançaient des regards référentiels vers leur propriétaire, et observaient également les alternances de regards entre l’expérimentateur, la personne inconnue, et leur propriétaire, » rapporte l’étude.

Lorsque les propriétaires s’éloignaient de la personne inconnue, les chiens l’observaient très rapidement et mettaient nettement plus de temps à entamer un contact avec elle que lorsque leur propriétaire s’en était approché.

Les chiens interagissaient également plus avec leurs propriétaires lorsqu’ils s’éloignaient.

Le phénomène de référencement social est également observé chez les jeunes enfants qui se tournent vers leurs parents pour observer leur réaction face à des inconnus, avant de formuler une réponse.

Pour les chercheurs, ces éléments pourraient permettre de mieux gérer les réactions des chiens face à des personnes inconnues dans des lieux publics.

Le sexe des chiens étudiés a également eu un effet sur leurs comportements – les mâles cherchaient moins d’informations auprès de leurs propriétaires que les femelles.

La race fut également un facteur impactant les réactions des chiens, les molosses type mastiff ou bouledogues étant plus indépendants que les chiens de berger, par exemple.

(source : Daily Mail, 20 mars 2016)

ETATS-UNIS

Et si votre chien était raciste ?

Oh stupeur ! Et si votre chien était raciste ? Bien sûr, ça ne vient pas de lui… mais les scientifiques se demandent si le comportement d’un propriétaire en la matière ne pourrait pas avoir une influence sur celui de son chien.

Sur le site Psychology Today, Stanley Coren célèbre professeur de psychologie, chercheur en neuropsychologie et auteur de nombreux livres sur l’intelligence et les capacités mentales des chiens, raconte cette anecdote : « Une dame est venue discuter avec moi, me confiant que le chien de sa fille était peut-être raciste. Elle était allée lui rendre visite à Boston. Le chien était un croisé entre un berger allemand et un border collie. C’est un gentil chien, avec la grande majorité des gens, pourtant d’après elle, lors d’une promenade, il semblait agir de façon raciste. A chaque fois qu’une personne noire s’approchait d’elles, le chien semblait inquiet, se rapprochant de sa maîtresse, et grognant lorsque la personne ‘suspecte’ passait à côté d’elles. »

Pour le chercheur, c’est évident : il n’est pas du tout plaisant de se dire que le meilleur ami de l’homme puisse manifester ce genre d’attitudes négatives et stéréotypées. Mais en l’occurrence, des propriétaires, souvent des femmes, se sont également plaints du fait que leur chien semblait sexiste : le chien semblait ne pas aimer les hommes ou en avait peur.

Il y a aussi les chiens qui n’aiment pas les personnes âgées, et puis ceux qui ont un problème avec les uniformes comme ceux des militaires ou de la police…

Nous savons que les préjugés humains tels que le racisme, le sexisme, le « jeunisme » et autres sont des comportements acquis, résultats très souvent d’une éducation, d’expériences traumatiques avec certaines catégories de personnes, ou encore d’une exposition à un environnement où ce genre d’attitudes est commun. Stanley Coren a donc voulu en savoir un peu plus sur le passé de la jeune femme en question : avait-elle vécu une expérience négative avec une personne noire dans un passé proche ? Il se trouvait qu’elle avait été agressée par un jeune homme en sweat, qui avait voulu lui voler son sac. Il n’avait pas réussi son coup, mais il avait tiré tellement fort qu’il avait projeté la jeune femme à terre et lui avait cassé le poignet. Pour sa mère, sa fille s’en est remise et n’a pas développé de préjugés particuliers envers les personnes noires. Pour elle, c’était simplement quelqu’un d’agressif qui se trouvait être afro-américaine, sans plus.

Le problème, c’est que même les comportements les plus discrets, les plus subtils à détecter, peuvent malgré tout influencer le comportement d’un chien et son attitude envers d’autres gens, suffisamment pour que l’animal finisse par développer du racisme ou du sexisme. La récente étude de Charlotte Duranton (voir plus haut) démontre que les chiens sont extrêmement attentifs aux comportements de leur propriétaire avant de fournir une réponse comportementale face à un étranger. C’est ce qu’on nomme le référencement social : un individu lit le comportement de ses congénères, ou des autres êtres qu’il connaît, de façon à déterminer la valeur de sa propre réponse face à une situation, une personne, un objet. Une toute petite nuance dans le comportement de l’humain peut faire la différence pour le chien. En l’occurrence, lorsqu’un propriétaire s’éloigne d’une personne inconnue, le chien se sent en insécurité. Il regardera plus intensément l’inconnu, et observera les jeux de regards entre les deux humains. Même comportement si le propriétaire reste figé sur place : pour un chien, rester sans bouger n’est pas naturel, aussi voir son propriétaire agir ainsi peut être négatif ou étrange pour lui. Cette attitude de se figer étant par ailleurs adoptée par de nombreux animaux sauvages à l’approche d’une menace.

Comment s’étonner que tout ce jeu subtil de comportements finisse par construire des comportements biaisés envers certaines catégories de personnes ? La jeune femme évoquée plus haut n’est sans doute pas devenue raciste, mais il est naturel pour elle, compte tenu de sa mauvaise expérience, d’hésiter, de s’arrêter et peut-être même de reculer à l’approche d’un homme noir en sweat-shirt, tandis qu’elle se promène dans la rue avec son chien. Si le chien sait lire ces indices émotionnels, même discrets, et qu’ils se manifestent suffisamment souvent, il est plus que naturel pour l’animal de développer une méfiance ou un désamour certain pour ces personnes. Alors non, le chien n’est pas raciste, mais reflète l’insécurité de son propriétaire.

D’une façon similaire, une femme qui n’est pas très confiante avec les hommes pourra hésiter ou reculer spontanément lors de rencontres fortuites, construisant ainsi une méfiance envers les hommes chez son chien. Toute crainte sociale peut être ainsi inculquée au chien, ça peut aller de la peur ou de la méfiance envers les policiers à la terreur des clowns !

Pour clore son analyse, Stanley Coren a demandé à la mère de la jeune femme si le chien exprimait les mêmes comportements envers les femmes noires. La réponse était non, confirmant l’hypothèse de départ d’un sentiment d’insécurité à l’approche de jeunes hommes noirs. Son chien n’est donc pas un raciste, mais simplement un bon lecteur des émotions de sa maîtresse.

Plus d’informations

Stanley Coren est l’auteur de nombreux livres comme Comment parler chien ? ou Ce que savent les chiens : l’intelligence canine

L’étude évoquée a pour auteurs Charlotte Duranton, Thierry Bedossa et Florence Gaunet (2016). When facing an unfamiliar person, pet dogs present social referencing based on their owners’ direction of movement alone. Animal Behaviour, 113, 147-156

ETATS-UNIS

La grippe canine touche également les chats

Et si parler de grippe ‘canine » était un abus de langage? Peut-être, à la lumière d’une récente découverte.

Le Programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire de l’Université du Wisconsin a confirmé que le virus qui a touché un grand nombre de chiens dans le Midwest l’an dernier a infecté également un groupe de chats dans la région.

L’équipe de chercheurs a récemment testé plusieurs chats d’un refuge pour animaux au nord-ouest de l’Indiana et les a trouvés positifs au virus H3N2 de la grippe canine.

« Les soupçons d’une épidémie chez les chats ont d’abord été soulevées quand un groupe a montré des signes inhabituels de maladie respiratoire », a déclaré Sandra Newbury, DVM, MS, professeur adjoint de clinique et directeur du programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire.

« Bien que ce premier rapport ait confirmé que plusieurs chats ont été testés positifs à la grippe canine aux Etats-Unis, ce qui montre que le virus peut affecter les félins, nous espérons que les infections et les maladies continueront d’être assez rares.« 

Des cas similaires ont été signalés précédemment en Corée du Sud ont suggéré que le virus, qui n’avait pas été détecté aux États-Unis jusqu’en 2015, était capable de passer des chiens aux chats. Cependant, un seul chat a été testé positif à H3N2 aux Etats-Unis l’an dernier. Aucun échantillonnage supplémentaire n’avait été fait, parce que l’échantillon initial n’a été détecté comme positif que bien après la convalescence du chat et la disparition de ses symptômes.

Il semble maintenant que le virus puisse se répliquer et se propager de chat à chat.

« L’échantillonnage séquentiel de ces chats s’est révélé positif et a montré une augmentation de la charge virale dans le temps », a déclaré Kathy Toohey-Kurth, PhD, section de virologie au Laboratoire de diagnostic vétérinaire du Wisconsin, se référant à la quantité de virus trouvé dans un échantillon donné.

Les travaux préliminaires pour étudier la signature génétique du virus montre qu’il est identique au virus H3N2 qui infecte les chiens. Les chercheurs de WVDL finalisent actuellement une analyse génétique complète et l’étude du virus.

Newbury et l’équipe de médecine de l’école vétérinaire travaillent en étroite collaboration avec un refuge pour animaux pour gérer l’épidémie de grippe, un certain nombre de chiens ayant également été testés positifs pour le virus.

« A cette époque, tous les chats infectés ont été mis en quarantaine, et aucun des chats ou des chiens infectés n’a quitté ce refuge » , dit Newbury. « Nous allons continuer à surveiller attentivement les cas de la maladie. »

Les chats qui ont contracté le virus au refuge ont affiché des symptômes des voies respiratoires importants, tels que écoulement nasal, congestion et malaise général, ainsi que des claquements de lèvres et une salivation excessive. Les symptômes ont disparu rapidement et à ce jour, le virus n’a pas été fatal aux chats.

Les chiens infectés peuvent développer une toux persistante, un écoulement nasal et de la fièvre. Certains chiens ne présentent aucun symptôme, tandis que d’autres présentent des signes plus graves de la maladie. Le virus a été lié à certains décès chez les chiens, mais la plupart des chiens récupérent avec des soins de soutien.

Les chiens et les chats infectés par le virus de la grippe canine doivent être logés séparément des autres animaux et des mesures d’hygiène doivent êtr eprises pour éviter la propagation du virus via les mains et les vêtements.

Un vaccin H3N2 est maintenant disponible pour les chiens, mais il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ou recommandé pour les chats. Un vétérinaire peut recommander ou non de demander un vaccin contre la grippe canine H3N2 pour les chiens.

(NewStat, 7 avril)

ETATS-UNIS

Les troubles urinaires liés à l’eau de boisson des animaux ?

Si vous vivez dans un secteur où votre eau a une teneur élevée en minéraux, aussi appelé « eau dure, » il se pourrait que vous constatiez une hausse des problèmes urinaires.

Le 7 Avril, Trupanion, une compagnie d’assurance pour animaux de compagnie, a publié des données qui établissent un lien entre les conditions de santé urinaires chez les animaux et la cartographie des villes ayant une note d’eau dure élevée, telles qu’identifiées par l’Environmental Protection Agency (EPA).


Dans les zones à « eau extrêmement dure, » les chats mâles avaient une incidence beaucoup plus élevée de problèmes de santé, surtout de calculs urinaires. Ils étaient aussi trois fois plus susceptibles d’avoir des complications urinaires par rapport aux chats mâles vivant dans des zones à eau « un peu dure », « dure » ou « très dure » de l’eau. En ce qui concerne les chiens, les propriétaires de chiennes sont 2,5 fois plus susceptibles de présenter leur animal à un vétérinaire pour des problèmes urinaires que les propriétaires de chiens mâles.

Ainsi la Floride, l’Illinois, certaines parties du Texas et du Michigan sont les Etats où les animaux domestiques rencontrent le plus de problèmes urinaires.


(Source : NewStat, 12 avril)

ETUDE

Caractéristiques comportementales de chiens suite à des situations de hoarding

F. McMillan, R. Vanderstichel, H. Stryhn, J. Yu, J. Serpell, Behavioural characteristics of dogs removed from hoarding situations, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 69–79

Le « Hoarding » désigne une manie d’accumulation compulsive. On qualifie une situation de « hoarding » lorsqu’une personne accumule trop d’animaux dans un espace restreint, ce qui ne permet pas de satisfaire correctement les besoins des animaux notamment en terme de liberté et de besoin de repos. Les environnements typiques de ces situations sont généralement extrêmement insalubres et malsains, les animaux souffrant de malnutrition, maladies, pouvant entraîner la mort. Plusieurs rapports réalisés sur des chiens sortis de situations de hoarding relèvent de nombreux comportements « anormaux » chez ces animaux. Le but de la présente étude était d’établir les différences comportementales entre ces chiens et les chiens domestiques ordinaires.

Les chiens qui ont participé à l’étude ont été sélectionnés auprès de diverses associations américaines qui s’occupent de retrouver un foyer aux chiens sortis de cas de hoarding. Les évaluations comportementales ont été réalisées grâce au questionnaire C-BARQ (Canine Behavioural Assessment ad Research Questionnaire), qui a recours à des échelles pour quantifier l’intensité ou la fréquence de certains comportements.

Près de 408 chiens ont participé à l’étude. Parmi eux, le ratio mâle-femelle était de 0.82:1, et tous avaient déjà passé une moyenne de 2,2 ans dans leur nouveau foyer adoptif au moment de la réalisation du questionnaire. 28 éléments comportementaux ont été comparés entre ces chiens et des chiens ordinaires représentant un échantillon fiable de chiens domestiques (de même race, âge etc) comme groupe de contrôle. Par rapport à ces chiens, ceux qui avaient vécu une situation de hoarding montraient notamment :

  • beaucoup plus de signes d’anxiété (envers les étrangers, leurs congénères, voire un manque total de sociabilité)

  • une plus grande sensibilité au toucher

  • une forte demande d’attention et d’attachement

  • de l’anxiété de séparation

  • des problèmes d’incontinence lorsqu’ils se retrouvaient seuls à la maison

Des points positifs néanmoins : les chiens victimes de hoarding étaient nettement moins agressifs envers les étrangers (s’ils avaient été « relogés » dans une famille sans aucun autre chien) ainsi qu’envers leurs congénères (si les chiens en question avaient moins de 2 ans). Ils sont moins faciles à éduquer, chassent moins les petits animaux, sont moins facilement excités (seulement pendant les 2,5 premières années dans leur nouveau foyer), moins énergiques, recherchent moins la compétition avec leurs congénères et aboient également moins (s’ils sont là encore « relogés » sans autre compagnon canin dans le foyer). Ces éléments sont précieux afin de mieux comprendre les caractéristiques des troubles comportementaux de ces chiens et ainsi offrir des approches thérapeutiques adaptées en vue de leur réhabilitation.

ETUDE

Le chien idéal, vu par les Italiens

S. Diverio, B. Boccini, L. Menchetti, P. C. Bennett, The Italian perception of the ideal companion dog, Journal of Veterinary Behavior 12 (2016) 27-35

Le sentiment des Italiens envers les animaux est globalement positif et teinté de respect. Les chiens sont très souvent perçus comme des membres à part entière de la famille et on considère qu’ils font beaucoup de bien à l’humain sur le plan psychologique et psychique. Pour autant, la relation entre l’humain et le chien peut parfois se rompre, comme en témoignent les nombreux animaux abandonnés. Cette rupture de lien entre un propriétaire et son chien peut survenir en raison d’un manque de correspondance entre l’idée que le propriétaire peut se faire du chien idéal et la réalité des faits. Le but de cette étude était d’identifier les caractéristiques démographiques, morphologiques et comportementales qui correspondent selon les Italiens au chien idéal, par l’intermédiaire d’un questionnaire déjà proposé au public australien. Les données récoltées émanaient de 770 volontaires (dont 74,3% étaient des femmes) entre 18 et 64 ans. Les caractéristiques physiques n’avaient pas grande importance pour définir le chien idéal, mais le pourcentage d’Italiens préférant un chien stérilisé était nettement plus faible que celui des Australiens (35% contre 64%). De surcroit, les hommes italiens préfèrent les chiens mâles non castrés à 68%. Les Italiennes sont plus disposées à passer du temps avec leur chien que les Italiens. La plupart des personnes interrogées ont affirmé que le coût généré par l’entretien du chien n’avait aucune importance, mais la majorité des propriétaires ont déclaré dépensé moins de 21 euros par semaine pour leur chien (70% d’entre eux).

En cohérence avec l’opinion des Australiens, le chien idéal doit être pour les Italiens gentil avec les enfants, éduqué, en bonne santé, gentil avec les humains et ses congénères, pouvant vivre longtemps et surtout obéissant.

Sur le plan comportemental, les auteurs ont retenu 5 critères majeurs : calme, sociabilité, bonne santé, facile à éduquer et s’adaptant à toutes les situations, énergique et facile à gérer. Il semblerait que les hommes préfèrent les chiens énergiques, et les propriétaires ayant des enfants privilégient un chien sociable et en bonne santé. Les séniors et les propriétaires vivant seuls attachent beaucoup d’importance à l’éducation. Il faut globalement que le chien soit facile à gérer pour son propriétaire.

En conclusion, le genre, les expériences passés, les préjugés sur la stérilisation et le sentiment global envers les animaux peuvent avoir une influence sur les attentes des propriétaires envers leur chien idéal. Les écarts entre cet idéal et la réalité auraient besoin d’investigations plus poussées.

Néanmoins, cet écart peut être réduit par davantage d’informations auprès des propriétaires sur la physiologie et l’éthologie du chien, et sur les effets positifs de l’éducation sur son comportement.

ETUDE

Caractéristiques génétiques et comportementales du chien de l’île de St Kitts

E. Grigg, B. Nibblett, B. N. Sacks, R. Hack, J. Serpell, L. Hart, Genetic and behavioral characteristics of the St. Kitts ‘island dog’, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 88–95

Les études récentes sur les races anciennes de chiens, tout en nous donnant des informations sur les origines du chien domestique et sur le processus de domestication, peuvent également nous permettre de mieux comprendre le comportement des chiens d’aujourd’hui. Des traces génétiques des origines des chiens américains seraient potentiellement présentes chez les chiens libres de St. Kitts, une île des Caraïbes, qui vivent parmi les zones résidentielles humaines.

La palette comportementale est un entrelacs complexe de prédispositions génétiques et d’expériences individuelles, et toute tendance comportementale distinctive présente chez ces chiens peut représenter des adaptations (au sens évolutionniste du terme) au contexte culturel humain dans lequel ils évoluent.

Les auteurs ont cherché à savoir si ces chiens représentaient un modèle de chiens d’origine indigène vivant en étroite relation avec les humains, ce qui permettrait de comprendre l’impact des facteurs (génétiques VS contextuels) qui contribuent au comportement des chiens d’aujourd’hui.

Pour savoir si ces chiens insulaires possèdent une signature génétique d’origine indigène, les chercheurs ont utilisé l’acide mitochondrial désoxyribonucléique et le chromosome Y pour évaluer les origines géographiques et ancestrales de ces chiens. Pour savoir si ces chiens avec des caractéristiques comportementales différentes de celles des chiens croisés d’Amérique du Nord et donc issus d’une population plus large, les chercheurs ont comparé les scores des deux populations au questionnaire C-BARQ.

Aucun haplotype génétique, parmi ceux généralement associés à des origines indigènes chez les chiens d’Amérique, n’a été trouvé dans les échantillons issus des chiens insulaires, et les analyses génétiques indiquaient plutôt une origine européenne (donc post-coloniale). Ces chiens sont, de façon significative, plus peureux que les autres : ils montrent des signaux de peur ou d’inquiétude face à des bruits violents et/ou soudains, au trafic, à des situations ou objets qui ne leur sont pas familiers. La néophobie et la peur des bruits ont peut-être été sélectionnées chez ces chiens, compte tenu de la réalité de leur existence dans la rue, avec peu de soins et de surveillance de la part des humains.

D’un autre côté, ces chiens ont été sensibilisés à un certain nombre de stimuli, et à réagir en conséquence pour une question de survie, contrairement aux chiens domestiques nord-américains où les propriétaires humains interviennent en très grande majorité pour limiter les risques et fournir des soins médicaux.

En conclusion, ces chiens insulaires sont susceptibles de répondre à des pressions de sélection et des influences dans leur développement similaires à celles des chiens domestiques : les facteurs associés à la vie en relation avec les humains (notamment les pressions de sélection associées à la domestication).

CAS CLINIQUE

Les complications et l’efficacité de la dérivation ventriculo-péritonéale : illustration par un cas clinique

L’hydrocéphalie peut être acquise ou congénitale. Les cas acquis sont principalement dus aux encéphalites et/ou aux tumeurs alors que les cas congénitaux résultent principalement de malformations cérébrales (kystes, sténoses, agénésies) génétiques ou d’une exposition à des germes et/ou toxiques pendant la vie in utero. (in l’Essentiel n°404)

Les traitements médicaux donnent le plus souvent des résultats insuffisants. Seule la dérivation ventriculo-péritonéale est susceptible d’apporter un résultat notoire compatible avec une vie normale. Cependant elle nécessite une mise en garde particulière des propriétaires concernant les complications éventuelles et les résultats. Nous décrivons ici la réalisation d’une correction chirurgicale de cette anomalie.

Commémoratifs et anamnèse

Un Chihuahua mâle entier de 5 mois est présenté en consultation, pour retard de croissance et d’apprentissage.

Examen clinique

L’examen clinique révèle une déformation marquée de la tête, le crâne forme un dôme et la fontanelle encore ouverte laisse apparaître la masse cérébrale. Sur le plan neurologique l’animal présente un syndrome vestibulaire central avec une parésie des membres pelviens.

Examens complémentaires

Une échographie de l’encéphale par les fontanelles est réalisée afin de vérifier la taille des ventricules. Celle-ci met en évidence une dilatation des ventricules latéraux ainsi qu’une structure kystique anormale en région postérieure.

Une IRM de l’encéphale vient compléter l’exploration de l’anomalie cérébrale : elle confirme la dilatation des ventricules latéraux et du troisième ventricule. Le parenchyme cérébral est nettement réduit (3 mm d’épaisseur en région pariétale) avec des sillons cérébraux d’aspect normal. A l’étage sous-tentoriel, on observe la présence d’une structure kystique (image 4). Le quatrième ventricule ainsi que l’aqueduc mésencéphalique sont de taille normale. Absence d’anomalie de Chiari.

Diagnostic

Le diagnostic est le suivant :

hydrocéphalie par défaut d’écoulement au niveau de l’aqueduc mésencéphalique ;

kyste quadrigéminé.

Traitement

Après l’échec du traitement médical (furosémide, corticoïde), la mise en place d’une dérivation ventriculo-péritonéale de Sophysa est envisagée. Celle-ci est composée d’un cathéter-réservoir néonatal McComb, d’une valve anti-retour basse pression et d’un cathéter péritonéal.

Technique chirurgicale

Après l’assemblage des différents éléments précités une incision de 2 cm au niveau caudo-latéral de l’os pariétal est réalisée. La dérivation est passée sous la peau et une deuxième incision cutanée est effectuée à sa sortie en regard de l’abdomen et juste en arrière de la dernière côte. Le crâne est fraisé afin de créer un trou de diamètre légèrement supérieur au drain ventriculaire, puis la duremère est incisée et coagulée. Afin que le drain ne bouge pas, on suture le réservoir aux tissus adjacents avec un fil Nylon 4-0. Le drain ventriculaire est ensuite introduit à travers le cortex cérébral jusqu’au ventricule à l’aide d’un guide métallique. Après avoir vérifié la présence d’un écoulement de LCR au niveau du drain abdominal, on peut introduire celui-ci dans l’abdomen. Suture plan par plan avec un fil Polyglécaprone. Une radiographie postopératoire est réalisée afin de vérifier la bonne position du système.

Suivi

Une amélioration considérable est observée les trois premiers jours postopératoire avec disparition du syndrome vestibulaire et de la parésie des postérieurs. Puis une dégradation brutale est survenue en fin de première semaine. Une radiographie du crâne ainsi qu’une échographie des ventricules ont mis en évidence un déplacement du drain ventriculaire. Une reprise chirurgicale n’a pu être effectuée que 3 semaines plus tard avec forage d’un deuxième trou crânien afin de fixer le drain solidement au crâne. La dérivation était obstruée et le flush de celle-ci a permis d’extraire un imposant caillot sanguin. L’animal a retrouvé un état d’éveil quasi normal avec disparition du syndrome vestibulaire mais aucune amélioration de la parésie des postérieurs n’est notée à 1 mois après la deuxième chirurgie.

Discussion

Les complications

On constate environ 22-29 % de complications per et postopératoires. La plupart surviennent dans les trois premiers mois suivant la chirurgie et la majorité entraînent une rechute clinique brutale, parfois progressive, avec aggravation des signes cliniques originels lors de surinfection. La complication la plus fréquente (11-21 %) est l’obstruction du système. Elle peut se localiser à n’importe quel endroit. Dans l’abdomen par interposition du mésentère, dans le ventricule par prolifération de tissu glial ou interposition de cellules épendymaires et au niveau des valves par formation de caillot sanguin ou bouchon protéinique. Dans tous les cas il est souvent nécessaire de réintervenir chirurgicalement afin de déboucher le montage.

Cependant certains montages possédant un réservoir et une valve unidirectionnelle permettent l’évacuation vigile des obstructions. Un dosage des protéines dans le LCR peut être utile en préopératoire. Les animaux avec un haut taux protéinique (principalement les hydrocéphalies acquises, secondaires aux maladies inflammatoires ou tumeurs) seront plus enclins à cette complication. Il arrive parfois que le système se contamine par des germes et entraîne une méningo-encéphalite (8,5-14,2 %). La plupart du temps les infections surviennent secondairement aux obstructions et/ou aux migrations du système. Il n’est donc pas nécessaire de mettre en place une antibiothérapie postopératoire systématique. Une bonne asepsie chirurgicale ainsi qu’un suivi régulier de l’état clinique sont les points clés pour éviter ce problème. L’infection du système est très contraignante, elle peut être suspectée cliniquement et/ou à l’IRM mais le diagnostic doit être fait par prélèvement de liquide céphalorachidien avec analyse cytologique et mise en culture. Une antibiothérapie avec antibiogramme est indiquée en première intention pendant minimum 4 semaines, malheureusement les récidives sont fréquentes et un remplacement total de la dérivation est parfois nécessaire.

La migration et/ou la déconnexion du système n’est pas rare (2,8-7,1 %), elle est facilement visible à la radiographie et/ou à l’échographie. Dans la majorité des cas le déplacement concerne le drain ventriculaire, il est important de fixer cette partie de la dérivation au crâne de l’animal. Le déplacement abdominal est plus rare mais il peut être évité en fixant le drain à la dernière côte. Un repos strict est obligatoire les premières semaines afin de limiter les contraintes appliquées au système. Le retour à un état de conscience normale du patient ainsi que l’enthousiasme des propriétaires entraînent souvent un non-respect du repos pouvant provoquer la migration de la dérivation. D’autres complications comme le collapsus cérébral lors de vidange trop brutale ou l’apparition de crises épileptiformes sont décrites (1 %). Le collapsus peut être évité par la mise en place de valves haute pression ou de valves basse pression à ouverture progressive, parfois plus adaptées à la basse pression intracrânienne des patients atteints d’hydrocéphalie congénitale (< 1 cm H2O). L’apparition des crises reste encore d’origine inconnue mais le site d’implantation ventriculaire pourrait en être à l’origine. Les fractures ou écrasements d’implant et nécroses cutanées sont décrits mais restent néanmoins très rares.

L’efficacité de la chirurgie

La dérivation ventriculo-péritonéale est un traitement palliatif qui ne traite pas la cause de l’hydrocéphalie, c’est pourquoi elle n’apportera une amélioration clinique que si les symptômes neurologiques sont en majorité liés à l’hydrocéphalie elle-même et non à la cause primaire. La dérivation d’une hydrocéphalie associée à une malformation de type lissencéphalie aura un effet bénéfique très faible voire nul. Dans le cas d’une tumeur cérébrale une amélioration à long terme sera très peu probable, mais elle est envisageable à court terme. Dans ce cas clinique, un kyste quadrigéminé est observé. Les kystes de ce type peuvent entraîner des symptômes neurologiques par compression et nécessiter une fenestration ou dérivation. Toutefois ce sont des découvertes fortuites sans conséquence clinique dans 50 % des cas. Sur la base de ces informations associées aux images IRM et à l’amélioration clinique satisfaisante de l’animal lors de la première chirurgie, le traitement chirurgical du kyste n’a pas été envisagé.

L’hydrocéphalie elle-même entraîne des lésions cérébrales progressives par compression du parenchyme menant à sa destruction directe ou secondaire à l’hypovascularisation de celui-ci. Dans un premier temps les lésions sont réversibles et correspondent à un oedème, une démyélinisation, une dégénérescence axonale et une prolifération d’astrocytes au niveau de la substance blanche périventriculaire. Dans un deuxième temps le cortex est détruit avec formation de vacuoles par perte neuronale localisée. La chirurgie doit être entreprise dans les plus brefs délais, lorsque les symptômes sont peu marqués afin que les lésions neurologiques ne deviennent pas irréversibles.

La première chirurgie effectuée dans ce cas clinique est réalisée précocement ce qui peut expliquer

l’amélioration clinique spectaculaire du patient. Cependant le délai d’intervention plus long de la deuxième chirurgie et les symptômes neurologiques avancés du patient peuvent expliquer une récupération partielle même après une chirurgie réussie. Le caractère réversible des symptômes nerveux va dépendre de la capacité du cerveau à supporter une compression ainsi que de la quantité de matière grise atteinte. Lorsque le cortex est préservé, le shunt ventriculaire entraîne une réexpansion de la substance blanche avec une remyélinisation et une régénération axonale. Si le cortex est atteint, les dommages neuronaux persistent dans le temps, même après la chirurgie. Malheureusement, mis à part certaines lésions évidentes, le caractère irréversible ou non des dommages cérébraux est presque impossible à évaluer en préopératoire.

La dérivation ventriculo-péritonéale est donc une chirurgie complexe encore peu pratiquée en médecine vétérinaire par la peur de l’échec, en raison du coût pour le propriétaire et de l’incertitude d’amélioration clinique. Cependant on observe une amélioration neurologique partielle ou totale dans 75 % des cas à court terme et dans 64 % des cas à long terme Ces chiffres sont encourageants mais ne doivent pas faire oublier qu’elle reste source de complications nécessitant une réintervention.

Bibliographie

1. William B.Thomas. Hydrocephalus in dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract 2010 Jan;40(1):143-59.

2. Heejaung K. Application of ventriculoperitoneal shunt as a treatment for hydrocephalus in a dog with syringomyelia and chiari I malformation. J Vet Sci 2006 Jun;7(2):203-6.

3. Takashi H. Surgical management of combined hydrocephalus, syringohydromyelia and ventricular cyst in a dog. J Am Anim Hosp Assoc. 2005 Jul-Aug;41(4):267-72.

4. Shihab N.Treatment of hydrocephalus with ventriculoperitoneal shunting in twelve dogs. Vet Surg. 2011 Jun;40(4):477-84.

5. M.Biel. Outcome of ventriculoperitoneal shunt implantation for treatment of congenital internal hydrocephalus in dogs and cats: 36 cases (2001-2009). J Am Vet Med Assoc. 2013 Apr 1;242(7):948-58.

6. S.M. Platt. Imaging diagnosis-ventriculoperitoneal shunt associated infection in a dog. 2012 Veterinary Radiology & Ultrasound, Vol. 53, No. 1, 2012, pp 80-83.

7. A De Stefani. Surgical technique, Post operative complications and outcomes in 14 dogs treated for hydrocephalus by ventriculoperitoneal shunting. Vet Surg 2011 feb;40(2).183-91.

SYNTHESE

Le chat constipé : traitement médical ou chirurgical ?

La constipation chronique est un motif de consultation relativement fréquent chez nos patients félins. L’inconfort et les conséquences physiologiques qu’elle entraîne en font un réel syndrome. A l’occasion du congrès Afvac 2015, les Drs Lecoindre, Priymenko et Maitre ont fait le point sur la prise en charge médicale, nutritionnelle et chirurgicale de cette affection. (in l’Essentiel n°404)

La constipation correspond au ralentissement du transit des matières fécales associé à leur déshydratation. On s’intéressera ici à la constipation chronique qui traduit ou entraîne une anomalie fonctionnelle du côlon.

Aspects cliniques

La constipation chronique touche surtout les chats adultes de 5-6 ans en moyenne, le plus souvent des mâles, sans prédisposition raciale connue. Le mégacôlon idiopathique et la sténose du canal pelvien (suite à une fracture du bassin par exemple) sont les deux principales causes de constipation chronique (respectivement 62 et 23 % des cas). Viennent ensuite les troubles métaboliques (hypokaliémie, hypercalcémie), les causes neurologiques innées ou acquises, les maladies infiltratives (MICI, tumeur), les troubles comportementaux et l’obésité. Le mégacôlon dilaté (ou atrophique) se caractérise par une dilatation anormale de l’organe. Irréversible, il peut être idiopathique ou secondaire à un mégacôlon obstructif.

Les propriétaires relatent des défécations espacées, du ténesme, de la dyschésie, des selles dures et sèches. L’émission de glaires, de sang ou de mucus, secondaire à l’irritation mécanique de la paroi du côlon, est parfois confondue avec de la diarrhée. La palpation abdominale suffit généralement à poser le diagnostic : le côlon est distendu, rempli et douloureux. La région anale est examinée avec attention pour rechercher une éventuelle cause à la difficulté de défécation : abcès, fistule, déformation, dermatose. L’examen clinique général peut mettre en évidence une déshydratation, un amaigrissement, un affaiblissement. D’éventuels autres signes de dysautonomie doivent être recherchés : mydriase, bradycardie, incontinence. La palpation rectale, sous sédation, peut mettre en évidence une sténose secondaire à un processus inflammatoire de l’anus et/ou du rectum ou une anomalie du détroit pelvien.

L’examen radiographique permet de confirmer la suspicion clinique et de rechercher une masse abdominale, une fracture ou déformation du bassin, une ostéofibrose. Le diamètre normal du côlon doit être inférieur à 1,5 fois la longueur de L7. Une échographie abdominale est utile lors de masse extraluminale, une endoscopie est utilisée lors de lésion pariétale (à la recherche d’un mastocytome colique notamment).

Prise en charge médicale

Le traitement médical ou chirurgical consiste avant tout à traiter la cause de l’obstruction lorsque celle-ci est identifiée. Soulager l’animal et pratiquer une réanimation liquidienne sont les premiers soins à prodiguer. Le lavement colorectal se pratique sous anesthésie générale et intubation trachéale (car la manipulation du côlon peut engendrer des vomissements) et en surveillant étroitement l’animal, le plus souvent choqué et déshydraté. La vidange du côlon est facilitée par l’introduction de 5-10 ml/kg d’eau tiédie. Les selles sont évacuées petit à petit, sans chercher à évacuer l’intégralité du côlon pour ne pas prolonger l’anesthésie. Le risque de translocations bactériennes n’est pas nul et un traitement antibiotique doit être initié. Lors de constipation occasionnelle, le traitement à court terme vise à stimuler la motricité par l’administration de laxatifs hyperosmotiques (lactulose 0,5 ml/kg), d’émollients (dioctyl sulfosuccinate de sodium (5-10 ml/chat) et de stimulants du transit (bisacodyl 5 mg/chat/jour). Les laxatifs lubrifiants (paraffine et vaseline) ont un effet modeste et empêchent l’absorption de certains nutriments. Ils sont donc à utiliser à court terme sur des constipations bénignes. Les agents prokinétiques, associés au lactulose, sont réservés aux constipations fonctionnelles sans obstruction : le cisapride n’étant plus disponible en France, du prucalopride peut être prescrit mais la posologie chez le chat n’est pas encore déterminée. La ranitidine et le misoprostol ont un effet prokinétique démontré in vitro.

Prise en charge nutritionnelle

Les grands principes de la prise en charge nutritionnelle des patients atteints de constipation chronique sont les suivants :

favoriser l’abreuvement, en augmentant l’eau de boisson ou la quantité d’eau disponible dans les aliments en proposant une alimentation ménagère ou industrielle humide ;

éviter la prise de poids et/ou faire maigrir si nécessaire, en diminuant de 10 à 20 % la prise calorique journalière ;

hydrater les selles en apportant des fibres solubles ;

stimuler le transit en apportant des fibres insolubles.

Les fibres insolubles (son de blé par exemple) stimulent la motricité intestinale en augmentant le volume du bol alimentaire donc des fèces. Les fibres solubles (psyllium, lactulose), fermentées par les bactéries du côlon, forment des gels qui favorisent l’hydratation des selles.

L’approche nutritionnelle doit s’adapter au patient : lorsque la motricité est ralentie, on apporte essentiellement des fibres insolubles. En cas de constipation sans mégacôlon, fibres solubles et insolubles sont ajoutées. Lors de mégacôlon, on commence par proposer une alimentation hyperdigestible puis les fibres solubles et insolubles sont ajoutées très progressivement (maximum 1/2-1 cuillère à café/jour dans l’alimentation et après trempage pour le psyllium). L’idéal est probablement de proposer une ration ménagère équilibrée car les matières premières sont d’excellente qualité et l’apport d’eau est important. Par exemple, pour un chat de 4 kg, stérilisé à l’entretien, le besoin énergétique (100 x poids (kg)0,67 x 0,8) est couvert par l’apport de 80 g de filet de poulet, 1 cuillère à café d’huile de colza, 55 g de riz blanc cuit, 2 g de Vit’i 5 Ca/P® = 3, ó cuillère à café de psyllium et 15 g de légumes verts cuits. Lorsque l’observance de la ration ménagère pose problème, il est possible de proposer une transition alimentaire vers un aliment industriel conçu pour la constipation du chat, malheureusement uniquement disponible sous forme sèche, en humidifiant les croquettes.

Les traitements médical et nutritionnel offrent généralement une amélioration clinique de quelques mois mais les récidives chez certains chats amènent à envisager un traitement chirurgical.

Prise en charge chirurgicale

Il y a une indication chirurgicale lors de mégacôlon hypertrophique obstructif. Si les lésions ont moins de 6 mois, le mégacôlon hypertrophique est généralement réversible. L’objectif de la chirurgie est alors de lever le plus rapidement possible cette obstruction. Plusieurs cas de figure existent en fonction de l’origine de l’obstruction. Lors d’obstruction secondaire à un rétrécissement de la filière pelvienne par une fracture du bassin par exemple, la chirurgie consiste à réduire la fracture pour restaurer la filière. Une hernie périnéale, un abcès anal, une masse colique ou rectale intra-luminale entravant le passage normal des selles peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. Lors de mégacôlon atrophique irréversible (idiopathique ou si les lésions sont anciennes), une colectomie sub-totale doit être envisagée. Les coloplasties et colectomies partielles ne fonctionnent pas dans cette indication. Le côlon est réséqué dans sa quasi-totalité, depuis la jonction iléocaecale ou l’iléon jusqu’au côlon descendant. L’anastomose est réalisée sans tension par sutures (fil monofilament résorbable déc.1,5 aiguille ronde, sertie, points simples ou surjet), par pince automatique ou anneaux biofragmentables. Des diarrhées postopératoires sont fréquentes et durent quelques jours à quelques semaines. Elles sont consécutives à la diminution du temps de transit et au manque d’absorption de l’eau des selles par le côlon. Certains chats peuvent présenter des selles molles à diarrhéiques toute leur vie (8-10 % des cas), à la limite de la continence, notamment si la valvule iléo-c.cale a été retirée. Le taux de récidive est faible, la gestion de ces cas est médicale et nutritionnelle. Les déhiscences postopératoires, heureusement assez rares, entraînent une péritonite grave nécessitant une intervention en urgence. La période à risque est maximale les 3 à 4 premiers jours après la chirurgie. L’alimentation proposée en période postopératoire est hyperdigestible. La prise en charge des constipations chroniques du chat est donc le plus souvent triple : médicale et nutritionnelle en première intention puis chirurgicale pour les cas les plus graves. La chirurgie est bien souvent curative et il est rarissime de revoir ensuite les chats opérés pour constipation.

SYNTHESE

Torsion splénique : une étude rétrospective de 102 cas

Dans le JAVMA du 15 mars 2016, DeGroot et coll. font le point sur une affection rare chez le chien, la torsion du pédicule splénique, à partir de l’étude de 102 cas. Cette publication confirme les prédispositions raciales de ce trouble et détaille le pronostic, qui est globalement bon, en l’absence de complications majeures comme les péritonites ou les hémorragies. (in l’Essentiel n°404)

La torsion du pédicule splénique (TPS) est une affection rare, correspondant à une rotation de la rate autour des ligaments gastrosplénique et phrénicosplénique. Elle est le plus souvent rapportée chez les chiens de grand format, particulièrement chez le berger allemand et le dogue allemand. Des formes aiguës et chroniques sont décrites. Lors de présentations aiguës, on peut observer une douleur abdominale intense, un collapsus cardiovasculaire. Il s’agit d’une urgence. En revanche, la torsion chronique peut poser des dilemmes diagnostiques, avec des signes cliniques comme des vomissements, une léthargie, une faiblesse, une douleur abdominale, une hématurie, une diarrhée, des symptômes peu spécifiques et frustes.

Dogue et berger allemands en première ligne

L’étiologie de la TPS est encore mal connue. Parmi les causes proposées, une faiblesse ou une absence congénitale des ligaments qui soutiennent la rate ou une hyperlaxité acquise à la suite d’une intervention chirurgicale, d’un traumatisme ou d’un syndrome dilatation torsion de l’estomac. Même si des chirurgies permettant de conserver la rate ont été décrites, le traitement habituel est la splénectomie. Peu d’études ont été consacrées à cette affection, la plus importante enquête rétrospective concernant 19 chiens. Elle indiquait une prédisposition des bergers allemands et dogues allemands mâles.

102 cas passés en revue

Ici, les auteurs passent en revue une série de 102 cas. Les signes cliniques incluaient notamment une splénomégalie (69,4 %), un hémopéritoine (30,6 %), une péritonite septique (8,2 %). 9,8 % des patients présentaient des troubles cardiaques (tachycardie et extrasystoles ventriculaires). 70 chiens ont subi une radiographie abdominale. Elle a confirmé une splénomégalie dans 67,6 % des cas. Plus rarement, on observait une dilatation de l’estomac (11,8 %), une position anormale de la rate (7,4%) et la présence de gaz dans cet organe (4,4 %). A l’échographie, pratiquée chez 83 chiens, on pouvait confirmer la splénomégalie (86,6 %), une réduction ou l’absence de vascularisation splénique (73,2 %), une hypoéchogénicité de la rate (46,3 %), un épanchement péritonéal (46,3 %).

Moins souvent, on pouvait constater une position anormale de la rate (31,7 %), une hyperéchogénicité du mésentère (28 %), la présence de gaz (2,4 %). Chez les 102 chiens, le diagnostic a été confirmé par la laparotomie exploratrice.

Résultats de la splénectomie

Une chirurgie épargnant la rate n’a été réalisée que dans un cas, le reste des patients subissant une splénectomie. 68 chiens ont également bénéficié d’une gastropexie prophylactique. Quatre animaux avaient déjà subi cette intervention auparavant. La durée médiane des procédures chirurgicales a été de 90 minutes (31 à 265 minutes). 28,4 % des patients ont souffert de complications sous la forme d’hémorragies importantes (9,8 %), d’arythmies ventriculaires (8,8 %), de bloc auriculoventriculaire (3,9 %), etc. 26,5 % des malades ont nécessité une transfusion. Cent chiens ont survécu à l’intervention, non sans complications (35 %), principalement des anémies et des troubles cardiaques, les différents événements survenus étant détaillés par les auteurs. Les résultats des examens histopathologiques sont sans surprise, consécutifs à l’occlusion vasculaire : congestion, hémorragies, nécrose, etc. La durée médiane d’hospitalisation a été de 3 jours. Au total, 8,8 % des chiens sont morts. Les risques relatifs majeurs de décès sont la préexistence d’une péritonite septique (x 32,4), la survenue d’une hémorragie pendant l’intervention (x 22,6), une détresse respiratoire postopératoire (x 35,7), le poids (x 1,6 chez les chiens de plus de 20 kilos). Le pronostic de ces affections est donc globalement favorable.

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© kulkann

Et si parler de grippe « canine » était un abus de langage? Peut-être, à la lumière d’une récente découverte.

Le Programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire de l’Université du Wisconsin a confirmé que le virus qui a touché un grand nombre de chiens dans le Midwest l’an dernier a infecté également un groupe de chats dans la région.

L’équipe de chercheurs a récemment testé plusieurs chats d’un refuge pour animaux au nord-ouest de l’Indiana et les a trouvés positifs au virus H3N2 de la grippe canine.

« Les soupçons d’une épidémie chez les chats ont d’abord été soulevées quand un groupe a montré des signes inhabituels de maladie respiratoire », a déclaré Sandra Newbury, DVM, MS, professeur adjoint de clinique et directeur du programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire.

« Bien que ce premier rapport ait confirmé que plusieurs chats ont été testés positifs à la grippe canine aux Etats-Unis, ce qui montre que le virus peut affecter les félins, nous espérons que les infections et les maladies continueront d’être assez rares.« 

Des cas similaires ont été signalés précédemment en Corée du Sud ont suggéré que le virus, qui n’avait pas été détecté aux États-Unis jusqu’en 2015, était capable de passer des chiens aux chats. Cependant, un seul chat a été testé positif à H3N2 aux Etats-Unis l’an dernier. Aucun échantillonnage supplémentaire n’avait été fait, parce que l’échantillon initial n’a été détecté comme positif que bien après la convalescence du chat et la disparition de ses symptômes.

Il semble maintenant que le virus puisse se répliquer et se propager de chat à chat.

« L’échantillonnage séquentiel de ces chats s’est révélé positif et a montré une augmentation de la charge virale dans le temps », a déclaré Kathy Toohey-Kurth, PhD, section de virologie au Laboratoire de diagnostic vétérinaire du Wisconsin, se référant à la quantité de virus trouvé dans un échantillon donné.

Les travaux préliminaires pour étudier la signature génétique du virus montre qu’il est identique au virus H3N2 qui infecte les chiens. Les chercheurs de WVDL finalisent actuellement une analyse génétique complète et l’étude du virus.

Newbury et l’équipe de médecine de l’école vétérinaire travaillent en étroite collaboration avec un refuge pour animaux pour gérer l’épidémie de grippe, un certain nombre de chiens ayant également été testés positifs pour le virus.

« A cette époque, tous les chats infectés ont été mis en quarantaine, et aucun des chats ou des chiens infectés n’a quitté ce refuge » , dit Newbury. « Nous allons continuer à surveiller attentivement les cas de la maladie. »

Les chats qui ont contracté le virus au refuge ont affiché des symptômes des voies respiratoires importants, tels que écoulement nasal, congestion et malaise général, ainsi que des claquements de lèvres et une salivation excessive. Les symptômes ont disparu rapidement et à ce jour, le virus n’a pas été fatal aux chats.

Les chiens infectés peuvent développer une toux persistante, un écoulement nasal et de la fièvre. Certains chiens ne présentent aucun symptôme, tandis que d’autres présentent des signes plus graves de la maladie. Le virus a été lié à certains décès chez les chiens, mais la plupart des chiens récupèrent avec des soins de soutien.

Les chiens et les chats infectés par le virus de la grippe canine doivent être logés séparément des autres animaux et des mesures d’hygiène doivent être prises pour éviter la propagation du virus via les mains et les vêtements.

Un vaccin H3N2 est maintenant disponible pour les chiens, mais il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ou recommandé pour les chats. Un vétérinaire peut recommander ou non de demander un vaccin contre la grippe canine H3N2 pour les chiens.

(NewStat, 7 avril)

Revue de presse – Mars 2016

avril 29th, 2016 | Redigé par admin in Mars 2016 - (0 Comments)

BREVES

Russie

Un chien de 12 400 ans retrouvé en Sibérie !

C’est une incroyable découverte qui pourrait bien faire avancer la science. Un chien, âgé de près de 12 400 ans, qui serait mort lors d’un glissement de terrain durant la période du Paléolithique supérieur, a été retrouvé en Sibérie. L’animal a été retrouvé particulièrement bien conservé par la glace. Il « est préservé de la truffe à la queue, en passant par les poils » a précisé Sergueï Fedorov de l’université fédérale du Nord-est à Yakutsk, cité par le Telegraph. Il a par ailleurs expliqué qu’une « IRM a permis de constater que 70 % à 80 % du cerveau étaient intacts ».

Après avoir été retrouvé, l’animal a bien sûr été autopsié. C’est d’ailleurs la première fois qu’un canidé d’une époque si ancienne est observé par les scientifiques. Ces derniers pensent en apprendre davantage sur cette époque grâce à ces examens. Ils espèrent notamment que les bactéries et les tiques présentes sur la fourrure de l’animal leur en apprendront d’avantage sur les micro-organismes vivant en Sibérie à cette période.

L’autopsie en vidéo sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=47-dllA69AY

(source : La Dépêche.fr)

France

Soirées d’information « spécial rage » à destination des vétérinaires

La France est régulièrement confrontée à des cas de rage liés à des importations illégales d’animaux de compagnie en provenance de pays où cette maladie est endémique. La dernière campagne d’information de grande ampleur sur cette thématique remonte à 2005 « Ne ramenez pas la rage dans vos valises ». Depuis, seule une communication autour des cas de rage importés a été émise au coup par coup.

En 2014, un plan d’information « La rage une maladie toujours d’actualité » et de formations a été programmé par le Ministère de l’Agriculture. Des soirées d’information et d’échanges seront organisées localement sur cette thématique en rassemblant les différentes parties prenantes et partenaires locaux actifs dans la prévention et la surveillance de la rage. 

Ces soirées sont avant tout à l’intention des vétérinaires, leurs objectifs étant de leur rappeler les bons réflexes et de les aider à trouver les informations utiles dans le cadre de leur pratique.

C’est dans ce cadre qu’a eu lieu une première soirée à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort le mardi 9 février 2016, organisée par le SRAL (Service Régional de l’Alimentation) de la DRIAAF (Direction régionale et interdépartementale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) en étroite collaboration avec l’ENVA, le Centre Antirabique de l’Institut Pasteur et les DDPP (Directions Départementales de la Protection des Populations) d’Ile-de-France. Plus de 80 vétérinaires praticiens franciliens (maillons indispensables de la surveillance) et une trentaine d’agents de l’administration (en plus du Service régional de l’alimentation, les 8 DDPP franciliennes étaient représentées) ont assisté aux 3 exposés suivis de questions et réponses.
Les diaporamas des différentes présentations sont en ligne :

Des informations utiles sont également en ligne sur le site du Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt : http://agriculture.gouv.fr/transport-des-animaux-de-compagnie

Etats-Unis

La plus vaste cartographie génétique canine enfin achevée

Notre ADN contient des gènes qui indiquent les fonctions de l’organisme. Ces gènes sont transmis de génération en génération avec des traits et des maladies héréditaires. On le sait pour les humains. Désormais, on en sait un peu plus sur le « paysage » génétique canin, grâce à la plus vaste opération de cartographie jamais réalisée.

Les chercheurs du Collège de médecine vétérinaire de l’Université de Cornell (Cornell) ont terminé la plus grande étude génétique menée à ce jour sur des chiens, comprenant l’analyse génétique de 4 200 individus.

L’étude, publiée le 22 janvier dans la revue Nature Communications, a étudié 180 000 marqueurs génétiques, des séquences d’ADN avec un emplacement physique connu sur un chromosome.

« Plus nous avons de connaissances sur la base génétique des maladies, plus nous sommes à même maintenir les populations de chiens de race pure génétiquement saines », a déclaré Adam R. Boyko, PhD, professeur adjoint de sciences biomédicales au Collège Cornell de médecine vétérinaire.

« Nous avons détecté 17 gènes lié à la taille chez les chiens, et en regardant ces gènes, nous pouvions prédire la taille d’un chien avec 90% de précision« , a déclaré Boyko.

Des simulations menées au cours de cette étude ont montré que « chez les chiens, nous devrions pouvoir identifier les facteurs de risque génétiques pour la plupart des maladies les plus courantes ».

Les chercheurs ont analysé des échantillons de plus de 150 races, 170 chiens de race mêlée, et 350 chiens du village en liberté de la Cornell vétérinaire Biobank.

(source : NewStats, 22 février)

Etats-Unis
Les régimes mettent-ils les chats de mauvais poil ?

Si vous avez déjà suivi un régime alimentaire, vous savez que cela peut vous rendre irascible et de mauvaise humeur. Est-ce la même chose pour nos amis félins? Pas nécessairement !

Les chercheurs du College of Veterinary Medicine de l’université de Cornell ont fait suivre à des félins deux régimes différents pour voir le poids qu’ils perdraient et si leurs comportements envers leurs propriétaires changeraient pendant ces régimes. Tous les chats ont perdu du poids. Et bien que les chats suivant un régime amaigrissant aient exprimé des comportements tels que la mendicité avant d’être nourris, ils ont également affiché plus d’affection après avoir mangé.

L’étude a été publiée dans le Journal of Veterinary Behavior, le 30 novembre 2015.

58 chats ont été divisés en deux groupes et mis sur différents régimes alimentaires, l’un riche en fibres, l’autre faible en glucides et riche en protéines. Le poids et les comportements envers leurs propriétaires ont été vérifiés à quatre et huit semaines.

Quel que soit le régime, tous les chats ont perdu du poids au bout de huit semaines. En outre, chez les chats qui ont montré des changements de comportement, beaucoup ont réagi à la diète en mendiant, en miaulant, et en changeant de rythme avant le repas. Post-repas, les chats ont augmenté leur affection pour leurs propriétaires en sautant sur leurs genoux et en utilisant le bac à litière.(source : NewStats, 23 février)

Etats-Unis

Le trouble compulsif canin aurait une origine génétique

Les symptômes du trouble compulsif canin (CCD) peuvent inclure la chasse obsessionnelle de la queue, un toilettage excessif, une succion du flanc ou de couverture, selon l’Ecole Cummings de médecine vétérinaire de l’Université Tufts. Une nouvelle étude, cependant, offre des indices sur sa source génétique.

Des chercheurs en médecine humaine et vétérinaire des secteurs universitaires ont identifié les voies génétiques qui exacerbent la gravité du CCD chez le doberman pinscher. L’étude a été publiée dans le International Journal of Applied Research in Veterinary Medicine le 29 février.

L’équipe de recherche a comparé le séquençage complet du génome de 70 doberman pinscher pour rechercher des facteurs héréditaires qui exacerbent CCD. Les chercheurs ont identifié deux loci sur des chromosomes qui ont été fortement corrélées avec un CCD sévère, ainsi que d’un troisième locus qui a montré des preuves d’association.

Le lieu le plus fortement associé à un CCD sévère a été trouvé sur le chromosome 34, une région contenant trois gènes des récepteurs de la sérotonine.

Le second locus significativement corrélé avec un CCD sévère était sur le chromosome 11. Cette découverte, ainsi que des preuves trouvées sur le chromosome 16 reliant le CCD à la tolérance au stress, peuvent aussi expliquer la physiopathologie du TOC, selon les auteurs de l’étude.

« La génomique comparative est une approche particulièrement intéressante pour révéler les fondements moléculaires de la maladie chez les animaux consanguins, avec l’espoir d’obtenir de nouvelles connaissances sur ces maladies chez les chiens et les humains », a déclaré Edward I. Ginns, PhD à l’Université de Massachusetts Medical School et l’un des auteurs de l’étude.

(source : NewStat, 29 février)

Grande-Bretagne

Les signes de douleur chez le chat à l’étude

Il est généralement difficile, surtout pour les propriétaires, d’identifier les signes de douleur chez leur chat. Une nouvelle étude a tenté de mener l’enquête et de les cataloguer.

Universitaires et praticiens cliniques à travers le monde, spécialistes en médecine interne, anesthésiologie, oncologie, dentisterie, comportement, dermatologie, ophtalmologie et neurologie ont identifié 25 signes comportementaux que les chats affichent et qui pourraient indiquer qu’ils souffrent de douleur. La recherche a été publiée dans la revue scientifique PLOS ONE le 24 février.

Le but de l’étude était de recueillir et de classer l’opinion d’experts sur les signes comportementaux possibles chez les chats qui dénotent la douleur. Ces signes ont été classés comme « suffisant» (leur présence indique que le chat a mal) ou « nécessaire » (ces signes doivent être présents pour conclure que le chat a mal) afin de permettre une évaluation de la présence ou non de douleur.

En répétant un processus d’analyse du comportement et de la sélection, le travail des chercheurs a révélé 25 principaux signes « suffisants », comme une absence de toilettage, une posture voûtée, un évitement des zones trop exposées à la lumière, un changement de comportement alimentaire, et de la difficulté à sauter, qui tous indiquent la présence d’une douleur, mais aucun signe « nécessaire ».

« Les propriétaires et les vétérinaires sont clairement capables de reconnaître de nombreux changements de comportement chez les chats qui se rapportent à la douleur », a déclaré Daniel S. Mills, Ph.D., professeur de médecine vétérinaire comportementale à l’Université de Lincoln et un des auteurs de l’étude. « Toutefois, les propriétaires ne peuvent pas toujours reconnaître la pertinence clinique de ce qu’ils voient. Par exemple, ils peuvent voir les changements comme une partie inévitable du vieillissement naturel, et ne pas les signaler… jusqu’à ce que les comportements deviennent très graves. Nous espérons que d’avoir une liste convenue de critères plus objectifs, qui se rapporte à des signes spécifiques de la douleur, pourrait améliorer la capacité des propriétaires et des vétérinaires pour le reconnaître. « 

« Behavioral signs of pain in cats : an expert consensus »

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0150040

(source : PLOS ONE, 24 février)

Etats-Unis

Les troubles sanguins canins traités par la thérapie génique

Le déficit en facteur VII est une maladie du sang rare et héréditaire qui provoque une coagulation du sang légère à modérée. Elle frappe surtout les beagles, airedales, Alaskan Klee kais, schnauzers géants et races deerhound écossais, selon l’Université de Californie UC Davis. Une nouvelle étude suggère cependant un remède.

Des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord et le Centre Raymond G. Perelman de l’Hôpital des enfants de Philadelphie ont utilisé une injection unique de thérapie génique pour corriger le déficit en facteur VII chez les chiens. L’étude a été publiée le 23 décembre 2015, dans la revue scientifique Blood.

« Nous avons développé un modèle animal unique de cette maladie après avoir identifié les chiens naturellement déficients en facteur VII », a déclaré Paris Margaritis, DPhil, et auteur principal de l’étude. « Nos enquêtes nous ont permis de concevoir le gène correctif à insérer dans notre vecteur de virus. »

Les chercheurs ont caractérisé le facteur VII chez quatre chiens. En utilisant les vecteurs AAV fournis par Margaritis, les chercheurs ont injecté aux chiens des doses variables et surveillé leurs effets sur leur santé et leurs marqueurs biologiques sur plusieurs années.

D’après l’état des fonctions rénales, hépatiques, et des résultats des prises de sang chez les chiens, le traitement était sûr et n’a pas provoqué de réponses immunitaires indésirables.

(source : NewStat, 15 mars)

CAS CLINIQUE

Intoxications par la fumée : conduite à tenir

Les intoxications par les fumées d’incendie sont assez rares chez les carnivores domestiques et peu documentées. Nous décrivons ici la conduite à tenir lors de ces événements à la faveur d’un cas clinique rencontré chez une chienne croisée beagle âgée de 4 ans. (in l’Essentiel n°399)

Une chienne croisé beagle, âgée de 3 ans, pesant 20 kg est présentée en consultation d’urgence suite à un début d’incendie de maison (court-circuit à l’origine de la combustion de fils électriques). L’animal était resté pendant 3 heures dans une pièce d’une surface d’environ 40 m2 , suite au départ

de ses propriétaires, avec un congénère de race Terre-Neuve, âgé de 8 ans, ce dernier ayant été retrouvé mort.

Examen clinique

A l’admission, la chienne a le pelage couvert de suie et dégage une odeur à la fois tenace et âcre ; elle est déshydratée (5 %), en polypnée (60/min), tachycardie (140/min) et présente un abattement marqué, ainsi qu’une congestion importante des muqueuses oculaires et buccale. La température est normale. Sa démarche est ébrieuse. Une toux sèche, spontanée, est constatée au moindre effort et des râles sifflants sont perçus à l’auscultation. Une conjonctivite aiguë, avec les yeux mi-clos est observée.

Examens complémentaires

La saturation initiale en oxygène est de 96 %. Elle remontera à 98 % après 1 heure d’oxygène, puis à 100 % après 3 heures. Un test à la fluorescéine sur les deux yeux se révèle négatif (absence d’abrasion ou d’ulcération liées à l’exposition à la fumée et à la chaleur). Un examen radiographique thoracique révèle une importante inflammation bronchique (bronchogrammes). Il n’y a pas de signe d’oedème pulmonaire.

Traitement

Une fluidothérapie est mise en place pour combler la déshydratation et couvrir les besoins d’entretien. Un abondant rinçage oculaire est effectué avec du sérum physiologique et une pommade ophtalmique est appliquée (framycétine et dexaméthasone). Une oxygénothérapie est mise en place, en cage, pendant 5 heures. L’animal est nettoyé afin de retirer un maximum de particules de suie de son pelage, d’en éviter l’ingestion par léchage et de limiter l’odeur irritante pouvant exacerber les anomalies respiratoires observées.

Evolution

Après 24 heures, les muqueuses oculaires et buccales restent très congestives. La tachycardie persiste à 130/min, ainsi qu’une toux sèche. L’abattement est moindre et la conjonctivite évolue favorablement.

Après 48 heures, l’animal est rendu à son propriétaire avec le traitement oculaire initialement instauré et un traitement symptomatique de la toux (pentoxyvérine 2 mg/kg/j, terpine 10 mg/kg/j et théophylline 20 mg/kg/j, en 2 prises quotidiennes pendant 8 jours). Le repos strict est conseillé. Un contrôle est effectué 8 jours après : une toux sèche et une intolérance à l’effort persistent. L’appétit est normal, ainsi que le comportement de l’animal. Enfin, trois semaines plus tard, seule une intolérance lors d’efforts plus importants, accompagnée d’une toux sèche, sont décrits par le propriétaire.

Discussion

Plus de 80 % des morts relatives à des incendies résultent de l’inhalation de fumées plutôt que de brûlures. L’intoxication par les fumées lors d’incendie dépend de beaucoup de facteurs inhérents à l’animal (antécédents, âge, durée d’exposition…), au type d’incendie (grandes variations de la nature des fumées selon les matériaux qui se consument) et enfin au local dans lequel a lieu l’incendie (volume de la pièce, aération…).

Nature des toxiques lors d’inhalation de fumées

La fumée est une association complexe entre des vapeurs, des gaz, des émanations, de l’air chaud, des particules, des aérosols solides et liquides produits par la décomposition thermique. Elle peut être produite en l’absence de flammes et les produits gazeux de la combustion ne sont pas toujours visibles.

Les toxiques issus de fumées sont classés en 3 catégories :

simples asphyxiants ;

toxines irritantes ;

asphyxiants chimiques.

La combustion consommant de l’O2, les simples asphyxiants (CO2 et méthane) sont de plus en plus concentrés, entraînant narcose et asphyxie. Les toxiques irritants (ammoniac, acroléine, dioxyde de soufre, phosgène, iso-cyanates…) produisent des effets locaux sur les tissus des voies respiratoires.

La suie et les fines particules (de 1 à 3 micromètres, elles atteignent les alvéoles pulmonaires) augmentent l’effet des toxines irritantes. Les asphyxiants chimiques (CO et cyanure, CN) produisent des effets toxiques systémiques à distance des poumons. Le CO, considéré comme le plus toxique, est généré lors de combustion incomplète. Le CN est issu de la combustion de la laine, la soie, le nylon, le plastique, le papier…, donc très souvent présent. D’autres toxiques asphyxiants chimiques sont retrouvés selon la nature des matériaux brûlés.

Physiopathologie des intoxications aux fumées

L’air à très haute température et la vapeur de la fumée induisent des brûlures des tissus respiratoires. Plus la température de l’air et l’humidité augmentent, plus importante est la mortalité. L’hydrosolubilité des toxines augmente leur capacité toxique (ammoniac). Les lésions muqueuses générées par les toxiques irritants entraînent la libération de médiateurs de l’inflammation et de radicaux libres, à l’origine d’oedèmes. Ceux-ci peuvent survenir dans les minutes et jusqu’à plusieurs heures après exposition et peuvent aller jusqu’à une obstruction totale des voies respiratoires. Les molécules peu hydrosolubles, quant à elles, réagissent lentement avec le parenchyme pulmonaire, d’où des effets toxiques décalés. C’est le cas par exemple de l’acroléine, molécule liposoluble. Des exsudats riches en protéines, cellules inflammatoires et débris nécrotiques s’accumulent, à l’origine d’une toux grasse et d’une obstruction progressive des petites voies respiratoires. Concernant les asphyxiants chimiques, le CO se fixe à l’hémoglobine à la place de l’O2 (formation de carboxy-hémoglobine (COHb)) ; il inhibe le relargage d’O2 (entraînant hypoxémie donc hypoxie) et a un effet toxique propre (dommages indirects aux membranes cellulaires). Chez le chien, des taux atmosphériques de 13 % de CO entraînent la mort en 1 heure après que la COHb ait atteint de 54 à 90 %.

L’inhalation de cyanure interrompt l’usage normal de l’O2 en se liant à la cytochrome-oxydase d’où un effet délétère sur la respiration cellulaire (hypoxie histotoxique). Il existe un effet synergique avec l’intoxication au CO. L’hypoxie, associée à l’augmentation de la concentration en CO2 de l’air ambiant, induit une augmentation de la ventilation, d’où augmentation de l’inhalation des gaz toxiques (cercle vicieux). Le CO2 est également responsable d’une acidification du sang, augmentant alors le passage des acides faibles vers les cellules du cerveau.

Symptômes des intoxications aux fumées lors d’incendie

Cette intoxication combine trois mécanismes :

brûlures thermiques et abrasions cornéennes ;

irritation broncho-pulmonaire ;

détresse respiratoire asphyxique.

Les deux systèmes les plus atteints sont le système respiratoire et le système nerveux (avec des symptômes immédiats et décalés pour ce dernier). Dans le cas clinique exposé, le chien ne présente pas de lésions externes. De la suie est présente en quantité abondante sur la peau et les babines, laissant à penser qu’il en soit pénétré dans l’arbre bronchique, expliquant en partie les troubles respiratoires observés. Les troubles nerveux observés (abattement, démarche ébrieuse) sont liés au syndrome asphyxique.

Examens complémentaires à l’admission

En priorité, quatre examens complémentaires sont à réaliser :

la saturation en O2 : celle-ci peut être faussement élevée lorsque de la méthémoglobine et de la carboxyhémoglobine sont présentes (dans le cas de cyanose persistante) ;

le dosage de la carboxyhémoglobine sur l’air expiré ou sur du sang hépariné (plus précis) est systématique en médecine humaine et permet de quantifier une intoxication au CO (oxymètres portables) ; Des animaux ont survécu à une exposition aux fumées avec des taux de COHb de 8,8 à 37 % ;

une radiographie pulmonaire ; celle-ci s’avère souvent initialement normale. Lors de symptômes respiratoires persistants, des clichés ultérieurs permettent de mettre en évidence des lésions décalées d’atélectasie ou d’oedème pulmonaire ;

un test à la fluorescéine pour rechercher d’éventuelles lésions d’abrasion cornéenne.

A ces examens peuvent s’ajouter, selon la disponibilité du matériel :

le dosage des lactates sériques : la norme doit être inférieure à 2,5 mmol/l chez le chien et 2 mmol/l chez le chat ;

le dosage des gaz du sang, afin de confirmer une hypoxémie et/ou une acidose métabolique ;

un ionogramme sanguin et une évaluation de la fonction rénale ;

des examens électrocardiographiques répétés afin de déceler des anomalies du rythme ;

un dosage de la méthémoglobine, en cas de cyanose persistante ;

un dosage de cyanure sanguin (sur tube sec) sera réalisé en cas de suspicion avant de mettre en place un éventuel traitement antidote (valeur seuil pour l’apparition de symptômes d’une intoxication cyanhydrique chez l’homme à partir de 0,5 à 1 mg/l. Il a été constaté que si la concentration sanguine en cyanure dépasse 1 mg/l, la mortalité est de 34 à 87 %).

Les doses toxiques ne sont pas documentées chez les carnivores domestiques. Dans notre cas, la symptomatologie étant assez bénigne, les examens minimaux ont été réalisés, sauf le dosage de la carboxyhémoglobine car nous ne disposions pas d’appareil de mesure. De même, un électrocardiogramme aurait pu être justifié, mais une amélioration étant constatée rapidement après l’oxygénothérapie, il n’a pas été effectué. Cependant, on ne peut exclure la présence de cyanure à faible concentration dans la fumée inhalée, d’autant que son congénère est décédé, mais l’autopsie n’a pas été possible.

Traitement et conduite à tenir

Le traitement à instaurer en première intention, avant même d’avoir les résultats du bilan biologique, repose sur une oxygénothérapie et des mesures de décontamination immédiate. L’oxygène doit être systématiquement administré, à fort débit, afin de prévenir et corriger une hypoxémie et déplacer le CO de l’hémoglobine. En cas de non-amélioration rapide avec un masque à oxygène, une intubation endotrachéale doit être mise en place. La décontamination consiste en un nettoyage du pelage afin de retirer un maximum de suie et d’éviter le léchage de particules toxiques par l’animal. De plus, une irrigation abondante des yeux doit être effectuée, avant instillation d’un collyre cicatrisant ou anti-inflammatoire selon l’état de la cornée. Un monitoring sera à mettre en place, avec une surveillance de la saturation en O2. Une fluidothérapie (NaCl 0, 9 %) intensive est instaurée en cas de brûlures cutanées. Elle est cependant controversée en raison du risque d’apparition d’oedème pulmonaire, d’où la nécessité d’intuber les animaux. La corticothérapie est également controversée, le bénéfice des corticoïdes se révèle mineur à néfaste chez les animaux ayant inhalé de la fumée.

L’antibiothérapie est discutable en première intention, avec un risque d’apparition d’antibiorésistance. Elle est réservée aux animaux présentant une infection déclarée. Il est recommandé de réaliser un prélèvement des sécrétions bronchiques pour un examen bactériologique. Dans les cas bénins, du fait de la fréquence des détériorations et décompensations soudaines possibles, il est recommandé d’observer les animaux pendant 6 à 8 heures avant de les rendre à leur propriétaire. Ces animaux seront ensuite contrôlés après 72 heures afin de vérifier l’absence de lésions pulmonaires non présentes initialement. En cas de bronchospasme, l’utilisation de bronchodilatateurs (sulfate de terbutaline, Bricanyl®, pharmacopée humaine, à la posologie de 0,1 à 0,2 mg/kg en inhalation) peut s’avérer bénéfique.

Lors d’obstruction des voies respiratoires, de bronchospasme, de troubles nerveux importants et persistants ou encore de modifications électrocardiographiques, une intubation trachéale voire une trachéostomie seront pratiquées afin d’assurer l’oxygénation. L’oxygène sera humidifié afin de limiter le dessèchement des muqueuses et si besoin, une aspiration sera pratiquée.

Si des troubles nerveux centraux graves (stupeur) sont présents, l’utilisation de mannitol (0,5 g/kg par voie IV) peut aider à limiter le risque d’oedème cérébral. Une forte suspicion d’intoxication au CO ou au cyanure est émise lors de troubles de la conscience, qui peut nécessiter alors la mise en caisson hyperbare (mais difficilement applicable chez l’animal). Coma et hypotension suggèrent une intoxication par le cyanure. La fixation du cyanure sur l’hémoglobine est réversible si le traitement antidote est entrepris rapidement (hydroxycobalamine, Cyanokit® 2, 5 g, pharmacopée humaine, 70 mg/kg à 150 mg/kg si lactatémie élevée, par voie veineuse). Enfin, une cyanose non répondante à l’oxygénothérapie peut suggérer une méthémoglibinisation (rare). L’administration de bleu de méthylène par voie intraveineuse (1 mg/kg toutes les 8 heures dans du glucose à 5%) est réservée aux cas où la concentration en méthémoglobine dépasse 20 à 30 %. Le traitement intensif d’animaux présentant des troubles nerveux et respiratoires marqués à l’admission peut aboutir à de bons résultats mais avec des soins excessivement lourds et donc très onéreux à l’échelle de la médecine vétérinaire.

Pronostic des intoxications à la fumée d’incendie

Il dépend de nombreux facteurs. Les signes de dysfonctionnements respiratoires aigus dans les premières heures post-exposition sont associés à un pronostic sombre : 92 % de morts chez le chien dans une étude. La mortalité augmente de manière importante lors d’inhalation de fumée associée à des brûlures cutanées. Elle est rapportée à 60 % chez le chien, dans les 72 premières heures, en cas de dysfonctionnement neurologique important. En cas de simple inhalation de fumée, comme dans notre cas, le taux de survie est assez élevé : 91% chez le chien.

Enfin, des formes chroniques de bronchite, bronchiectasie, fibrose pulmonaire, asthme, atélectasie pulmonaire, voire parfois des évolutions vers des néoplasies pulmonaires, peuvent résulter de l’exposition aux fumées. Par conséquent, un suivi rigoureux et régulier peut être nécessaire, incluant

des examens radiographiques ou bronchoscopiques. Les cas d’animaux amenés en consultation après une exposition à la fumée sont donc assez rares. L’ inhalation de fumées toxiques représente la cause principale de mortalité lors d’incendie. De nombreux facteurs influent sur la nature des fumées inhalées et donc sur les symptômes qui en découlent ; il en résulte des prises en charge qui peuvent être simples ou au contraire très lourdes. Plus cette prise en charge est précoce, meilleurs sont les résultats. Il faut garder à l’esprit que des lésions retardées peuvent survenir et que des affections respiratoires chroniques peuvent nécessiter un suivi régulier dans le temps.

Bibliographie

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3- Drobatz K.J., Walker L.M., Hendricks J.C. Smoke exposure in cats: 22 cases (1986-1997). J Vet Med Assoc 1999 Nov 1; 215 (9):1312-6.

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CAS CLINIQUE

Glaucome unilatéral : un cas de mélanome de l’uvée

Nous décrivons ici le cas d’une chienne de 10 ans référée pour uvéite hypertensive. Les différents examens complémentaires ont permis de révéler l’existence d’un mélanome de l’uvée. Les démarches diagnostique et thérapeutique sont indiquées, l’évolution ayant été favorable après traitement chirurgical (in l’Essentiel n°401).

Une chienne rottweiler de 10 ans est présentée à la consultation d’ophtalmologie pour une uvéite hypertensive unilatérale à droite évoluant depuis 2 semaines. Le confrère référant a prescrit un traitement topique hypotenseur (dorzolamide – Trusopt® et pilocarpine – Isopto-pilocarpine® 5%), antibiotique (ciprofloxacine – Ciloxan® ) et anti-inflammatoire (dexaméthasone – Maxidex® ) ainsi qu’une antibiothérapie systémique (amoxicilline + acide clavulanique – Kesium® ).

Examen clinique

La chienne est présentée en bon état général. L’examen clinique ne révèle aucune anomalie. L’examen à distance met en évidence une baisse de l’acuité visuelle à droite (absence de réponse de clignement à la menace et clignement à l’éblouissement discrètement positif). L’examen rapproché en lampe à fente de l’oeil gauche permet de constater la présence d’un papillome de la paupière inférieure, de zones pigmentées sur l’iris et une discrète sclérose du cristallin. L’oeil droit présente un chémosis très intense, un blépharospasme modéré, un oedème cornéen diffus et une masse sclérale à 2 h de la taille d’un petit pois.

Examens spécifiques

La pression intra-oculaire (PIO) est mesurée à l’aide d’un Tonovet® . Elle est diminuée à gauche (PIO OG = 12 mmHg) et très augmentée à droite (PIO OD = 55 mmHg [Valeurs usuelles : 15-25 mmHg]). Une échographie oculaire droite est réalisée (fig. 3) compte tenu de l’opacification de la cornée rendant impossible la visualisation des milieux internes de l’oeil : elle révèle la présence d’un décollement rétinien complet avec la présence d’éléments inflammatoires dans l’espace supra-choroïdien. Une masse de près d’un centimètre est présente en regard des corps ciliaires. La gonioscopie de l’oeil adelphe ne montre aucune anomalie de l’angle irido-cornéen. Une cytologie de la masse sclérale réalisée à la clinique révèle la présence de nombreux mélanocytes.

Hypothèses diagnostiques

Cette chienne présente une uvéite hypertensive (le glaucome primaire est rare chez le rottweiler). D’après les examens complémentaires réalisés, l’uvéite semble être consécutive à une néoplasie intra-oculaire (mélanome, adénocarcinome, lymphome…).

Traitement médical

Devant la forte probabilité de l’origine tumorale et compte tenu de l’âge de la chienne, une énucléation est proposée d’emblée et refusée par le propriétaire tout comme le bilan d’extension. Un suivi de la pression intra-oculaire sur 24 h est réalisé après traitement acétazolamide (Diamox® 250 mg), prednisolone (2 mg/kg – Dexazone®) et Mannitol® 20 % (10 ml/kg) par voie intraveineuse et traitement topique brinzolamide/timolol (Azarga® TID) et dexaméthasone (Maxidex®). Dans les heures qui suivent le début du traitement, la PIO est revenue à un niveau normal et l’oedème cornéen est quasiment résorbé. Une échographie de contrôle est réalisée le lendemain, la rétine est toujours décollée mais l’inflammation est moins marquée.

La chienne est alors rendue au propriétaire avec un traitementtopique brinzolamide-timolol / dexaméthasone et un traitement par voie générale acétazolamide / prednisolone.

Suivi

La chienne est contrôlée une semaine après. Malgré une évolution favorable au début, la pression est élevée ce jour (PIO = 48 mmHg), un oedème stromal de la cornée est présent en regard de la lésion nodulaire qui a plus que doublé de volume en une semaine. Compte tenu de l’évolution de cette masse, l’hypothèse de tumeur intra-oculaire (mélanome ou adénocarcinome) est très forte. La décision d’énucléation est prise avec le propriétaire. L’intervention est réalisée dans la foulée par une technique transpalpébrale qui permet de limiter l’essaimage tumoral lors de l’exérèse de l’oeil.

L’oeil est envoyé au laboratoire d’anatomie pathologique VetDiagnostics. L’examen révèle un épaississement des corps ciliaires par des cellules rondes s’étendant dans la cornée, la choroïde et la sclère. Les cellules ont un abondant cytoplasme éosinophile contenant une grande quantité de pigment globuleux brun à noir (mélanine). L’index mitotique est de 4 pour 10 champs x 40. Quelques amas de cellules tumorales sont retrouvés dans des structures cavitaires compatibles avec des lumières vasculaires. Un mélanome malin de l’uvée antérieure avec emboles vasculaires est diagnostiqué. Le propriétaire a fait réaliser un bilan d’extension complet qui n’a pas permis de déceler de métastases. Six mois après, la chienne est en pleine forme et son cancer ne semble pas avoir évolué.

Discussion

Les tumeurs intraoculaires sont assez rares chez le chien. Elles peuvent être primaires ou secondaires. La grande majorité des tumeurs primaires siègent en chambre antérieure. La dissémination d’emboles métastatiques dans le reste de l’organisme est peu fréquente mais l’invasion tissulaire locale et les hypertensions intra-oculaires consécutives sont légion. La différenciation entre tumeurs et masses intra-oculaires (kystes iriens, lésions granulomateuses et staphylomes) doit être réalisée. Toute opacification d’un oeil ou de cas de glaucome secondaire doit évoquer la possibilité d’une néoplasie sous-jacente.

Leur diagnostic passe par la réalisation d’examens ophtalmologique et général complets. Les tumeurs peuvent atteindre un oeil ou être bilatérales, uniques ou multiples, en relief ou planes, stationnaires ou évolutives. Par ordre décroissant de fréquence de survenue, on trouve des tumeurs primitives oculaires comme les tumeurs de l’épithélium ciliaire ainsi que des néoplasies secondaires pouvant survenir suite à des lymphomes, hémangiosarcomes, mélanomes, histiocytose maligne, adénocarcinomes…

Le mélanome intraoculaire est la néoplasie oculaire primaire la plus fréquente. Il survient plus souvent chez le chien que dans les autres espèces. Une dichotomie étymologique distingue les atteintes bénignes sous le terme de mélanocytomes ou mélanomes bénins selon les études des atteintes malignes (mélanome malin). Les atteintes bénignes sont différenciées des formes malignes par la présence d’un pléomorphisme nucléaire, un rapport nucléo-cytoplasmique et un index mitotique plus faible. Les mélanocytomes sont plus fréquents chez les chiens après 9 ans, avec une surreprésentation chez le berger allemand et les retrievers, aucun lien au sexe des animaux n’a pu être prouvé.

Les mélanomes chez le chien se manifestent par un aspect nodulaire plutôt que diffus comme chez le chat. L’iris est souvent épaissi, une dyscorie (déformation de la pupille) peut être présente si la masse est importante, une cécité et une douleur oculaire peuvent également motiver le propriétaire à consulter. Ils se compliquent souvent de lésions de kératite, d’uvéite, d’hyphéma, de glaucome secondaire, buphtalmie voire de décollement rétinien. Il faut le différencier des kystes uvéaux (diagnostic par transillumination), des staphylomes de l’iris et des mélanocytomes limbiques (plus souvent à la surface du globe). Leur diagnostic passe habituellement par la réalisation d’examens complémentaires comme l’échographie, la gonioscopie (examen de l’angle irido-cornéen). Il convient également lors de suspicion de réaliser un bilan d’extension rigoureux de toutes les surfaces cutanées en ne négligeant pas les espaces interdigités et la cavité buccale. Seuls 4 à 10 % des mélanomes primaires intra-oculaires ont métastasé au moment du diagnostic.

Dans la majorité des cas, la tumeur intra-oculaire ne peut être excisée et l’envahissement est souvent trop important pour espérer préserver l’oeil ou encore moins la vision comme dans le cas présenté. Ainsi l’énucléation est souvent la règle mais doit être motivée par une forte suspicion de néoplasie et doit être précédée d’un bilan d’extension rigoureux et méthodique permettant d’indiquer un pronostic au propriétaire.

ETUDE

La sociabilité chez les chats : analyse / état des lieux comparatif

J.WS Bradshaw, Sociality in cats : a comparative review, Journal of Veterinary Behavior 11 (2016) 113-124

Le chat domestique est le seul membre de la famille des félidés à former des relations sociales avec les humains, et également le seul petit félin à former des groupes sociaux intraspécifiques lorsqu’il vit en total liberté. Ces derniers sont des matriarcats, et n’ont qu’une ressemblance superficielle avec ceux du lion ou du guépard, qui ont évolué séparément et en réponse à des pressions de sélection très différentes.

Il n’y a aucune preuve de comportement social intraspécifique manifeste chez les ancêtres de l’espèce Felis Sivestris, par conséquent, la capacité à former un groupe a très certainement évolué en même temps que l’auto-domestication du chat durant une période de 10 000 à 5 000 ans avant nos jours. Les groupes sociaux de Felis Catus sont caractérisées par la coopération entre les femelles adultes pour l’élevage des chatons dès la mise-bas et la compétition entre les mâles adultes.

Contrairement à d’autres carnivores plus sociaux, les chats manquent de signaux de soumission ritualisés, et bien que des hiérarchies «picorer ordre» puissent être construites à partir d’échanges incluant des comportements d’agression et de défense, ceux-ci ne permettent pas de prédire le succès de reproduction chez les femelles, ou la priorité d’accès aux ressources clés, et donc n’apportent pas d’éclairage utile sur ce que sont les bases d’une société féline normale.

La cohésion dans les colonies de chats s’exprime et se maintient probablement parle toilettage mutuel ; la transmission de signaux par les phéromones peut également jouer un rôle en grande partie inexploré. Les avantages de la vie en groupe par rapport à un mode de vie ancestral solitaire et territorial n’ont pas été quantifiés de manière adéquate, mais sont susceptibles d’inclure la défense des ressources alimentaires permanentes et des sites de mise-bas, ainsi que la protection contre les prédateurs et peut-être contre l’infanticide des mâles venus de l’extérieur. Ces avantages pèsent sans doute plus lourds que les inconvénients liés à la vie et à la reproduction en communauté, notamment la transmission des parasites et des maladies.

Compte tenu de l’absence de preuves archéologiques sur la vie des chats domestiques au-delà de 4000 ans, le comportement social intraspécifique avait probablement son stade évolutif maximum avant que la sociabilité interspécifique n’émerge. On distingue en effet trois catégories de signaux émis par les chats à l’attention de leurs propriétaires :

  • ceux qui dérivent d’actions typiques de l’espèce, comme sauter sur le propriétaire, qui est devenu un signal par association

  • les signaux dérivés du lien mère-chaton et de sa communication (miaulements, pétrissage)

  • enfin ceux de signaux intraspécifiques cohésifs

Le stress social semble répandu chez les chats domestiques, provenant à la fois des relations agonistiques au sein des foyers et des conflits territoriaux avec les chats du quartier, mais trouver des solutions simples à ces problématiques est illusoire, en grande partie parce que chaque chat réagit différemment lors de ses rencontres avec d’autres chats.

Le système social des chats domestiques apparaît unique à plusieurs égards. Il est très différent des deux autres systèmes sociaux qui ont évolué au sein de la famille des félidés, et qui sont exclusivement matriarcaux ; il a été adapté pour (ou, et c’est moins plausible, adapté depuis) un système social interspécifique qui a permis aux chats de former des relations affectives avec les humains. En l’absence de toute preuve ferme sur la sociabilité de leurs ancêtres, ce système semble avoir émergé sur une période de temps très courte, du moins d’un point de vue évolutionniste.

Aucun des deux systèmes sociaux bien documentés adoptés par des félidés sauvages ne ressemblent au modèle présenté par le chat domestique. Le caractère social du guépard, réduit à la défense contre les prédateurs laissée aux jeunes, et aux stratégies des mâles pour monopoliser les femelles,

n’a pas d’équivalent chez le chat domestique. Chez le lion, mâles et femelles forment des groupes sociaux, principalement pour la protection des jeunes et dès lors sont en mesure de chasser de grosses proies.

Comme les lionnes, les chattes domestiques ne tentent pas de supprimer toute reproduction par d’autres femelles de leur troupe. Cependant, contrairement au chat domestique, les lionnes s’isolent temporairement lorsque la mise-bas approche et durant les débuts de la lactation, et les soins aux petits administrés par tout le groupe ne commencent pas avant qu’ils aient atteints l’âge de 6 semaines. A l’inverse, les chattes domestiques s’assistent mutuellement lors des naissances et allaitent leurs petits indifféremment. De plus, les chats domestiques mâles attachés à une colonie peuvent assurer aux chatons une alimentation issue des ressources clés, tandis que les lions mâles peuvent aller jusqu’à tuer les lionceaux.

De par ces deux aspects, le chat domestique semble être plus social que le lion, mais à bien d’autres égards, il est moins sociable. Il n’y a pas de preuves permettant de penser que les chats domestiques

vivant en groupes chassent des proies plus imposantes que celles poursuivies par leurs ancêtres sauvages, mais ils ont gagné l’avantage, que n’avait pas Felis Silvestris, d’exploiter de grandes concentrations de proies et de nourriture se trouvant dans des environnements humains.

Chacun des trois systèmes sociaux des félidés a évolué séparément, les similitudes éventuelles sont donc susceptibles d’être analogues plutôt qu’homologues. Cependant, plusieurs petites espèces de félins au sein de la famille des félidés, dont certains membres de la branche sud-américaine à l’évolution quelque peu différente, présentent une version primitive de la capacité du chat domestique à former des liens sociaux interspécifiques (Cameron-Beaumont et al., 2002). Si sociabilité intraspécifique et interspécifique sont liées, alors il est possible que tous les félidés aient une propension à évoluer vers un système social coopératif dans certaines conditions de sélection, en particulier les espèces les plus petites, puisque ceux-ci sont plus « encéphalisés » que les grands félidés.

A bien des égards, le système social du chat domestique est plus faible que celui du lion. La société des lions a été décrite sous le terme « fission-fusion » (Packer et al., 2001), se référant à l’habitude des lionnes de quitter la troupe pour donner naissance, et celle consistant à former de petits groupes s’éloignant temporairement de la troupe pour chasser, si aucune grande proie ne se présente, mais la troupe se reforme généralement sans problème à leur retour.

Les chats domestiques vivant en colonies chassent seuls, mais entrent en contact les uns avec les autres sur une base quotidienne: l’agression au sein du groupe se traduit généralement par une scission irréversible, avec un ou plusieurs individus quittant le groupe et étant par la suite considérés comme des étrangers. Ainsi, il apparaît que l’état par défaut du chat domestiques est d’être solitaire et territorial, et que les groupes exigent un échange régulier de comportements affiliatifs pour maintenir leur cohésion.

Le toilettage mutuel joue un rôle important dans ce processus, mais il apparaît que d’autres échanges comportementaux, moins évidents, impliquant notamment les sens olfactifs, jouent un rôle qui n’a pas encore été assez étudié.

Bien qu’il soit possible de construire des hiérarchies de dominance sur la base d’échanges de comportements agressifs et défensifs au sein de colonies de chats, les chats domestiques, contrairement à la plupart des carnivores sociaux, manquent comme nous l’avons dit en introduction de comportements de soumission ritualisés. De plus, les chats semblent cognitivement incapables les relations tiers (Smith et al., 2012). Ainsi, la domination ne joue pas plus qu’un rôle périphérique dans l’organisation de groupes homogènes de chats domestiques, même si elle peut apparaître comme prenant le relais si ces groupes sont perturbés par l’activité humaine. Les principes généraux d’organisation des colonies libres, dépourvues d’intervention humaine, restent donc à élucider.

En l’absence de tout élément tangible sur la sociabilité du chat sauvage F. silvestris, à part en ce qui concerne les relations des femelles avec les jeunes dépendants, il semble probable que le groupe qui constitue aujourd’hui Felis Catus a évolué au cours du processus d’auto-domestication sur une période courant entre 10 000 et 5000 ans avant notre ère. Ce fut une réponse à l’émergence d’un nouveau créneau convenable pour un petit prédateur nocturne, à savoir les concentrations de proies offertes par l’adoption par l’homme du stockage alimentaire à long terme, et par la vie communautaire et sédentaire dans des villages, puis des villes fixes. La disponibilité de plus de proies que nécessaire pour nourrir une femelle et sa progéniture aurait permis un assouplissement des comportements territoriaux, permettant à la vie en groupe d’évoluer, sur une base de défense commune des chatons contre les prédateurs et, éventuellement, des infanticides menés par les mâles, bien que ces derniers soient observés aujourd’hui de façon très occasionnelle, et il est de toute façon peu probable que ce comportement ait été aussi fort que chez les lions (Mosser et Packer, 2009).

La transmission des parasites et maladies peuvent être un inconvénient pour les groupes notamment dans l’élevage des chatons, mais n’a vraisemblablement pas été suffisante pour en inhiber l’évolution.

Le rôle de « prédation » des humains n’a pas été discuté dans cette étude, car il est en grande partie non évalué et diffère considérablement entre les cultures et les lieux, et les attitudes envers les chats sont tout aussi multiples (Serpell, 2014). Néanmoins, le contrôle de la population, par exemple, par noyade du « surplus » de chatons, a été pratiqué pendant des millénaires (Hérodote, 1890) et doit avoir eu un certain effet sur l’évolution de la vie des groupes, même si ce ne fut que localement.

Des facteurs anthropiques étaient probablement responsables des différences exceptionnelles observées chez les chats (notamment en terme de taille) entre les lieux et les temps en Europe pendant le Moyen Age (O’Connor, 2007), ce qui implique une forte, mais jusqu’à présent non caractérisé, pression de sélection.

Dans le scénario d’auto-domestication (Driscoll et al., 2009), il est possible que les chats aient été d’abord des dératiseurs, et que le comportement affiliatif envers les humains ait suivi plus tard, le cas échéant plusieurs milliers d’années plus tard. Si cela est exact, le comportement interspécifique social a probablement évolué à partir d’un comportement intraspécifique plutôt que l’inverse. Le répertoire de signaux sociaux émis par les chats à l’attention des humains sont en grande partie dérivées de signaux d’espèces typiques utilisés entre chats, aussi bien entre les chats adultes (toilettage, jeu), et entre les mères et les chatons (miaulements, pétrissage), et peut-être que l’origine de tout ceci soit tout simplement les rapports mère-chaton.

Néanmoins, il est possible que les chats soient devenus des animaux sociaux d’abord avec les humains, comme cela est suggéré par la facilité avec laquelle d’autres félidés asociaux peuvent être apprivoisés (Cameron-Beaumont et al., 2002). Les chats auraient simplement par la suite adapté leur répertoire nouvellement acquis de signaux interspécifiques pour faciliter la coopération au sein de groupes de chats. Toutefois, les données archéologiques ne révèlent pas de relations étroites entre les humains et les chats individuels au-delà de 4000 ans avant J-C (en dehors d’un enterrement à Chypre, dont l’importance est contestée ; Rothwell, 2004), indiquant que cette hypothèse est peu probable.

Les groupes sociaux de chats en liberté s’auto-sélectionnent, et il est évident que l’équilibre entre comportements territoriaux et coopératifs varie sensiblement selon les chats (Turner, 2000). Ainsi, la vie en colonie convient davantage à certains individus, de telle sorte qu’il est impossible d’affirmer que la vie en groupe est mieux pour les chats que la vie en solitaire ou l’inverse, que ce soit dans un foyer ou dans des chatteries de types divers. Les exigences de chaque chat devraient donc être primordiales et évaluée grâce à l’interprétation du comportement de l’individu et de l’analyse des hormones de stress.

Il devient de plus en plus évident pour les professionnels, si ce n’est au grand public, que de nombreux chats de compagnie, vivant en particulier dans des grands centres urbains à très forte densité, sont chroniquement stressés par un manque général de contrôle sur leur environnement social, et en particulier par leur incapacité à résoudre les différends avec d’autres chats dans leur propre maison, ou avec les chats dont les territoires se chevauchent avec les leurs. Encore une fois, parce que les chats ont des sensibilités individuelles et des stratégies d’adaptation, l’évaluation de leur comportement est essentielle à la résolution réussie de tels stress.

Toutefois, les procédures d’introduction simples sont disponibles pour les propriétaires, qui réduisent ainsi la probabilité d’une relation devenant stressante pour un ou plusieurs chats. Une grande partie de notre compréhension du comportement social du chat vient de l’observation de sa vie en colonie : de nouvelles études sur le comportement des chats entre eux au sein des foyers humains seraient utiles pour éclairer les différences de structures, induites par les différences d’environnement et d’activité reproductive évidentes. De telles recherches permettraient d’améliorer les recommandations pour la gestion des chats de compagnie afin de maximiser leur bien-être.

ETUDE

Démographie de la population canine au Bhoutan : implications pour sa gestion et le contrôle des zoonoses

K. Rinzin, T. Tenzin, I. Robertson, Size and demographgy pattern of the domestic dog population in Bhutan : implications for dog population management and disease control, Preventive Veterinary Medicine 126 (2016) 39–47

Comprendre la démographie des chiens domestiques est essentiel pour planifier efficacement des programmes de contrôle des populations canines et de la rage.

Dans cette étude, les auteurs ont tenté de recenser la population de chiens errants et de chiens domestiques au Bhoutan. Pour cela, une enquête auprès des foyers a été menée dans six districts (zones urbaines et rurales) et deux villes frontalières dans le sud du Bhoutan. L’estimation des populations a été faite par extrapolation du nombre moyen de chiens par foyer et de chien par habitant, tandis qu’une enquête suivant la méthode de marquage-recapture a été réalisée pour estimer la proportion de chiens domestiques vivant en liberté.

1301 personnes (zone rurale : 585 ; zone urbaine : 716) ont été interviewées, parmi lesquelles 173 ménages (24,4%) de zones urbaines possédaient 237 chiens, tandis que 238 ménages (40,8%) dans les zones rurales possédaient 353 chiens. Le nombre moyen de chiens par foyer possédant un animal a été estimé à 44 (ratio en zone urbaines : 1,37 chiens ; en zone rurale : 1,48 chiens) et les chiens par ménage a été estimé à 0,45 (urbain: 0,33; rural: 0,60).

Le ratio humain/chien était de 1: 16.30 (0.06 chiens par personne) dans les zones urbaines et 1: 8,43 (0.12 chiens par personne) dans les zones rurales. La population totale de chiens domestiques, basée sur le nombre moyen de chiens par foyer et par personne a été estimée respectivement à 65 312 et 71 245 pour le pays entier. Le ratio mâle/femelle parmi les chiens domestiques était de 1,31: 1 dans les zones urbaines et 2,05: 1 dans les zones rurales.

La majorité des chiens observés étaient de race locale non identifiée, tant en milieu urbain (60,8%) que rural (78%). Les chiens étaient généralement acquis via la famille ou les amis (44,7%). Les auteurs ont estimé la population de chiens errants à 48 379 individus (zone urbaine : 22 772 ; zone rurale : 25 607). Sur la population de chiens domestiques dans les deux villes frontalières étudiées, la proportion d’individus vivant en liberté a été estimée à 31%. Les différentes méthodes d’estimation des populations ont été comparées et discutées dans la présente étude. Cette dernière constitue une première base de données sur les tendances démographiques des chiens domestiques et errants au Bhoutan, des éléments plus que nécessaires pour une planification efficace et un suivi sérieux de la gestion de la population canine et d’un programme de lutte contre la rage dans le pays.

ETUDE

Participation des propriétaires de chiens à une évaluation des contrôles anti-rabiques en Indonésie

E. Wera, M. CM Mourits, H. Hogeveen, Intention of dog owners to participate in rabies control measures in Flores Island, Indonesia, Preventive Veterinary Medicine 126 (2016) 138–150

Le succès d’une stratégie de lutte contre la rage dépend de l’engagement et de la collaboration des propriétaires de chiens. Dans la présente étude, la théorie du comportement planifié (TPB) a été utilisée pour identifier les facteurs assocéis avec l’intention des propriétaires de chiens à participer à des contrôles anti-rabiques sur l’île de Flores, en Indonésie.

Des questionnaires ont été fournis à 450 propriétaires de chiens issus de 44 villages choisis au hasard. 96% des propriétaires de chiens avaient l’intention de participer à une campagne de vaccination gratuite. L’intention a chuté à 24% lorsqu’il a été demandé au propriétaire de payer des frais de vaccination équivalant le prix d’un vaccin (Rp 18 000 par dose = 2 $ US).

Environ 81% des propriétaires avaient l’intention à garder leurs chiens à l’intérieur de leur maison ou de les promener en laisse jour et nuit pendant une période d’au moins trois mois en cas d’incidence de la rage dans la population canine de leur village. Seulement 40% avaient l’intention d’abattre leurs chiens en cas d’un incident de rage au sein de leur communauté.

Il apparaît que la notion de vaccination « pour réduire la transmission à l’homme », et les éléments de contrôle du comportement des chiens tels que « disponibilité » , « capacité à confiner les chiens » sont significativement associés à l’intention des propriétaires de participer à une campagne de vaccination gratuite. L’attitude consistant à « abattre les chiens porteurs de la rage pour éviter la transmission à l’homme » était logiquement associée aux démarches visant à euthanasier les chiens porteurs en masse. L’attitude consistant à « tenir les chiens en laisse pour prévenir toute agression et transmission à l’homme », « disponibilité », « dépense pour l’achat d’une laisse », était associé à l’intention des propriétaires de tenir leurs chiens attachés en cas d’incidence de la rage. Les attitudes, variables, étant souvent associées significativement à l’intention de participer à des campagnes contre la rage, il se pourrait que des campagnes d’information en amont, mettant l’accent sur les bénéfices des contrôles anti-rabiques, reçoivent un bon accueil et augmentent le nombre de propriétaires prêts à participer à de telles campagnes.

Par ailleurs, fournir aux propriétaires les moyens techniques et matériels de confiner leurs chiens si besoin, les aider à gérer les coûts des vaccins et des laisses, en impliquant ONG et associations de protection des animaux, seraient des politiques connexes utiles. Un choix réfléchi du moment opportun pour lancer les campagnes de vaccination, par exemple pendant le week-end, pourrait également augmenter le nombre de propriétaires participants, en leur permettant de se rendre facilement disponibles.

ETUDE

Age, race, sexe et tumeurs : une importante étude suisse

Graf et coll., de l’Université Vétérinaire de Zurich, proposent dans le Journal of Comparative Pathology une très importante étude épidémiologique sur les cancers félins, reprenant les données du registre suisse des néoplasies survenant dans cette espèce. Elle porte sur près de 20 000 tumeurs et permet pour certains points d’apporter un éclairage nouveau sur l’oncologie féline : prédisposition des animaux stérilisés (sauf pour les tumeurs mammaires), âge moyen lors de l’apparition des tumeurs, sensibilités raciales, etc. Elle met aussi en évidence une forte augmentation de l’incidence des fibrosarcomes, contemporaine de la diminution de celle des lymphomes. (in l’Essentiel n°401)

R. Graf, The Influence of Sex, Breed and Age on Tumour Types and Tumour Locations, Journal of Comparative Pathology. 2016.

La tenue de registres des cancers est un important outil de recherche épidémiologique en matière d’oncologie féline, rappellent les auteurs, qui soulignent l’intérêt de l’étude des néoplasies spontanées en pathologie comparée, le chat partageant souvent le même environnement que l’homme. L’étude présentée ici concerne 51 322 cas de pathologie féline, archivés entre 1965 et 2008 en Suisse. L’objectif est de mettre en évidence, pour les cancers, d’éventuelles prédispositions raciales et d’évaluer le rôle de l’âge et du sexe.

Plus de 80 % de tumeurs malignes

Le Swiss Feline Cancer Registry a ainsi permis d’identifier, dans les dossiers archivés de plus de 50 000 patients ayant subi un examen histopathologique, 17 856 tumeurs, ce qui représente 34,79 % de l’effectif. Certains chats présentaient plusieurs néoplasies, le nombre total de tumeurs analysées se monte donc à 18 375. Parmi ces tumeurs, 80,32 % étaient malignes. La très grande majorité des chats étaient des Européens à poil court.

Adénocarcinomes

Parmi les 18 375 tumeurs, 19,1 % (3 515) étaient des adénomes ou des adénocarcinomes. Dans ce nombre, on décompte 2 613 (74,3 %) d’adénocarcinomes. A noter que dans les années 60, la moitié environ des tumeurs diagnostiquées correspondaient à des adénomes ou adénocarcinomes, la fréquence relative de ces néoplasies diminue sensiblement en cours d’étude. Les localisations préférentielles sont les glandes mammaires, le tractus digestif et l’appareil cardiorespiratoire. Quelques prédispositions apparaissent par rapport aux chats européens : Siamois (x 2,4), Oriental (x 2,86). Le risque augmente comme attendu avec l’âge. Par ailleurs, le risque est plus élevé chez les chats mâles castrés par rapport aux chats entiers. Cette différence n’est pas observée entre femelles stérilisées ou non. En revanche, le risque est plus important chez une femelle que chez un mâle.

Fibrosarcomes : une explosion dans les années 1990

3390 tumeurs (18,4 %) étaient des fibromes ou des fibrosarcomes, avec une nette prédominance des lésions malignes (94,8 %). Ces diagnostics étaient rares dans les années 1960, avec une explosion au début des années 1990. Les fibrosarcomes prennent en général naissance dans le tissu conjonctif (88,5 %), beaucoup plus rarement au niveau de la cavité buccale et du pharynx (3,1 %). Aucune race n’est spécialement à risque par rapport aux Européens mais certaines semblent relativement et très modestement protégées. Les fibrosarcomes surviennent d’habitude chez des chats d’âge moyen à élevé, mâles entiers et castrés présentent un risque identique. Les femelles stérilisées ont un risque plus élevé que les femelles intactes (x 1,26), c’est le cas aussi des femelles en général par rapport aux mâles (x 1,12).

Lymphomes : de moins en moins fréquents

2868 prélèvements (15,6 %) correspondaient à des lymphomes. Ce type tumoral était beaucoup plus fréquent (38 %) de 1972 à 1994. Les sites tumoraux les plus souvent rencontrés sont le tractus digestif et les noeuds lymphatiques. L’Oriental et le Somali sont assez nettement prédisposés par rapport à l’Européen. Le phénomène inverse est observé pour le Maine coon, le Persan, le chat des forêts norvégiennes. L’âge moyen au moment du diagnostic de lymphome était de 8,5 ans. Les lymphomes sont les tumeurs les plus fréquentes chez les chats de moins de 5 ans. Ici encore, le risque est plus élevé chez les mâles castrés (x 1,37) que chez les entiers, chez les femelles stérilisées par rapport aux chattes intactes (x 1,49), mais il est plus faible (x 0,88) chez les femelles en général que chez les mâles.

Carcinomes épidermoïdes

9,9 % des tumeurs diagnostiquées étaient des carcinomes épidermoïdes. Assez curieusement, la fréquence de ces tumeurs a décru constamment entre 1960 et 1990 pour augmenter de nouveau significativement après cette date. La localisation préférentielle de cette néoplasie est la peau (49,3 %), suivie par la cavité buccale et le pharynx (29 %). On ne retrouve pas de prédispositions raciales. L’âge moyen au moment du diagnostic était de 12,2 ans. Les chats castrés sont prédisposés (x 1,32) par rapport aux entiers, les femelles stérilisées également (x 1,30) par rapport aux chattes non ovariectomisées. Pas de différence en revanche entre mâles et femelles en général.

Des facteurs environnementaux impliqués

Dans la discussion, les auteurs précisent les enseignements à tirer de cette étude. Ils conviennent qu’il est difficile de la comparer avec d’autres, plus anciennes, les méthodes n’étant pas identiques. Il se peut aussi que la population féline suisse présente des particularités génétiques expliquant certaines différences. Les constatations les plus intéressantes ont trait à l’épidémiologie des cancers félins. Ainsi, les fibrosarcomes ne représentaient que 0 à 10 % des tumeurs entre 1965 et 1990, ils passent à 20 % au début des années 1990 pour demeurer stables par la suite. Cette augmentation substantielle est contemporaine de la mise sur le marché en Suisse d’un vaccin contre le FeLV, indiquent les auteurs. A l’inverse, des années 1979 au début des années 1990, les lymphomes représentaient jusqu’à 38 % des tumeurs rencontrées, pour baisser ensuite aux environs de 10 %. Bon nombre de ces tumeurs étaient liées à une infection par le FeLV et, ici, c’est très probablement la pression vaccinale qui a limité l’ampleur de ces néoplasies. Le très grand nombre de chats inclus dans cette étude, sa durée exceptionnelle, permet donc aux auteurs de dresser un tableau de la cancérologie féline au fil du temps. A leur connaissance, aucun travail d’une telle ampleur n’a jamais été présenté. Ils voient dans les évolutions constatées des influences environnementales et des politiques vaccinales.

Les âges auxquels apparaissent les différents types tumoraux sont en accord avec les données de la littérature. On remarque de plus forts risques, pour la grande majorité des cancers, chez les animaux stérilisés, même si les différences sont souvent ténues. Seules les tumeurs mammaires sont plus fréquentes chez les chattes non stérilisées. Cette étude, grâce au grand nombre d’animaux recrutés, permet aussi, ce qui est exceptionnel dans l’espèce féline, de jeter les bases d’une épidémiologie raciale des cancers. On peut ainsi affirmer que par rapport à l’Européen, l’Oriental, le Somali, l’Abyssin et le Siamois présentent davantage de risque de présenter une tumeur mammaire maligne. Il en va de même pour le Chartreux, le Siamois et le Somali en ce qui concerne les cancers du tube digestif. En revanche, pas de prédisposition raciale pour les tumeurs pulmonaires et bronchiques. Ce travail serait avantageusement complété par des données issues d’autres pays, concluent les auteurs, mais il conviendrait d’harmoniser entre ces derniers les méthodes employées pour proposer des registres homogènes.

Encadré : localisations tumorales

Les auteurs passent en revue dans cet article les localisations anatomiques des tumeurs rencontrées. La peau et le tissu sous-cutané regroupent 41,5 % des tumeurs. Parmi celles-ci, 76,1 % étaient malignes. Dans les années 1990, la proportion de tumeurs malignes dans cette localisation a fortement augmenté, de 20 à 40 %. Les types tumoraux les plus fréquents sont les fibrosarcomes, les épithéliomas basocellulaires et les carcinomes épidermoïdes. Le risque relatif est le plus élevé chez les Européens. L’âge moyen au moment du diagnostic était de 10,5 ans. Les différences de risque entre les sexes sont négligeables. 8,2 % des tumeurs concernaient les glandes mammaires. 83% étaient malignes. Leurs caractéristiques évoluent peu pendant la période étudiée. Adénomes et carcinomes représentent 83,08 % des cas. Au niveau de l’appareil digestif (7,5 % des tumeurs), 87,1 % des néoplasies étaient malignes. Leur fréquence diminue pendant la durée de l’étude. On comptait 50,2 % de tumeurs intestinales, 27,8 % de tumeurs hépatiques et de la vésicule biliaire, 13,6 % des lésions étaient localisées au pancréas, 6,3 % à l’estomac, 1,5 % à la région anale, 0,75 % à l’oesophage. Les adénocarcinomes et les lymphomes sont les plus fréquents. Les Persans (x 0,64) et les Maine coon (x 0,45) ont un risque plus faible de développer ces cancers par rapport aux Européens. Le Siamois est la seule race à présenter un risque plus élevé (x 1,45, x 1,92 pour l’intestin seulement). Toujours pour l’intestin pris isolément, les races à risque sont le Chartreux (x 2,65), le Somali (x 3,41) alors que le Persan se trouve relativement protégé (x 0,5) tout comme le Maine coon (aucune tumeur répertoriée). L’âge moyen au moment du diagnostic des tumeurs digestives était de 11,2 ans. Le risque est plus élevé chez les mâles castrés versus les mâles entiers, chez les femelles ovariectomisées par rapport aux animaux non stérilisés, mais on n’observe pas de différence entre les sexes.

L’appareil cardiorespiratoire était affecté dans 6,7 % des cas, avec 85,9 % de tumeurs malignes. 70,2 % des cancers prenaient naissance dans le poumon ou les bronches, 21 % dans les cavités nasales ou l’oreille moyenne. Les adénocarcinomes et lymphomes sont les plus fréquents. Aucune race n’est spécifiquement à risque, mais certaines semblent développer moins volontiers ces tumeurs : Abyssin (x 0,24) et Birman (x 0,13). L’âge moyen au moment du diagnostic était de 11,2 ans. Les mâles stérilisés, les femelles stérilisées, sont plus à risque que les animaux intacts, mais on ne note pas de différence de prédisposition entre les sexes. 5,3 % des tumeurs se situaient dans le pharynx ou la cavité buccale. 88% d’entre elles étaient malignes. Leur fréquence a presque doublé dans les années 1990 par rapport aux années 1960. Carcinomes épidermoïdes et fibrosarcomes prédominent. Siamois (x 0,45) et Abyssins (x 0,14) sont relativement moins à risque. Ces tumeurs surviennent en moyenne à l’âge de 12,2 ans. Ici encore, les animaux stérilisés sont davantage concernés. Les femelles sont moins atteintes que les mâles en général.

SYNTHESE

Le bouledogue français, son syndrome brachycéphale et son tube digestif

Quelle démarche diagnostique adopter ?

Le bouledogue français cumule un florilège de maladies affectant plusieurs systèmes d’organes. Les plus fréquentes sont les maladies respiratoires associées au syndrome brachycéphale, les troubles digestifs, les maladies neurologiques et cutanées. Nous vous proposons ici une visite guidée de ce musée pathologique. (in l’Essentiel n°398)

Une question qui se pose fréquemment est celle de l’origine des vomissements ou régurgitations, car leur(s) cause(s) peuvent être digestives et/ou la conséquence d’un syndrome brachycéphale marqué. Leur gestion dépend de la cause sous-jacente.

Les anomalies de la sphère respiratoire

Les anomalies de la sphère respiratoire font partie du syndrome brachycéphale et comprennent l’un ou plusieurs des défauts suivants : la sténose des narines, l’élongation du voile du palais (photo 1), l’éversion des ventricules laryngés, l’hypoplasie trachéale (chez 36 % d’entre eux). La sténose des narines est la plus fréquente et est visible lors de l’examen clinique. Elle est à l’origine de ronflements. L’élongation du voile du palais et l’éversion des ventricules laryngés sont observables lors de l’examen de la cavité buccale sur un animal sédaté. L’hypoplasie trachéale est une anomalie congénitale, souvent visible à la radiographie thoracique ou lors d’une trachéoscopie si le doute persiste. L’éversion des ventricules laryngés est souvent d’apparition plus tardive et secondaire à la dépression causée par les 2 autres anomalies lors de la respiration.

Les anomalies de la sphère digestive

Cette dépression à l’inspiration se répercute sur les organes des cavités thoracique et abdominale et est ainsi à l’origine de troubles digestifs : vomissements, régurgitations, léchage des babines, du sol, pica (secondaires à des reflux).

24% de mégaoesophages, 6 % d’oesophages redondants et 3 % de hernies hiatales/gastrooesophagiennes sont rapportés chez les brachycéphales. Cliniquement le mégaoesophage est à l’origine de régurgitations et non de vomissements, à moins qu’il ne soit secondaire à une oesophagite, elle-même causée par une hyperacidité gastrique (MICI par exemple ou hernie hiatale intermittente). On note alors des vomissements associés aux régurgitations. L’oesophage redondant est une déviation de l’oesophage, anatomiquement trop long par rapport à la distance sphincter oesophagien proximal à distal, le plus souvent crânialement et ventralement au coeur.

La redondance oesophagienne peut être asymptomatique et peut se résoudre au cours de la croissance. Les hernies hiatales sont soit congénitales, soit la conséquence de la dépression intrathoracique secondaire au syndrome brachycéphale lors de l’inspiration ou enfin (chez toutes les races) la conséquence d’un trauma. Elles sont à l’origine de vomissements ou de régurgitations après les repas et d’un reflux acide gastro-oesophagien à l’origine d’oesophagite, elle-même potentiellement la cause d’un mégaoesophage focal.

Dans les races brachycéphales, l’hypertrophie pylorique muqueuse ou musculeuse pylorique fait également partie des anomalies digestives diagnostiquées. Cette hypertrophie peut être de diverses origines : l’hypertrophie musculeuse est souvent congénitale alors que l’hypertrophie muqueuse est volontiers secondaire à une maladie inflammatoire chronique gastrique. Les deux sont à l’origine de syndromes de rétention gastriques et de vomissements alimentaires ou liquidiens. Il est important de différencier les 2 formes car leur traitement est très différent : chirurgical pour le premier, médical pour le deuxième. Cette différenciation se fait avec la combinaison d’une échographie abdominale qui permet la visualisation des différentes couches de la paroi gastrique et d’une gastroscopie permettant la visualisation directe de l’hypertrophie, de déterminer sa gravité et de prélever des biopsies de la muqueuse et sous-muqueuse (rarement musculeuse) gastrique et duodénale. Des biopsies gastriques en série, effectuées sur des chiens à syndrome brachycéphale marqué (symptômes respiratoires et digestifs rapportés par les propriétaires) au moment de leur chirurgie du syndrome brachycéphale ont mis en évidence la présence d’une infiltration lymphoplasmocytaire de la paroi gastrique (Poncet et al. , JSAP, 2005 et 2006). Cependant, sur ce même groupe de chiens, la chirurgie du syndrome brachycéphale associée à la gestion médicale de la maladie digestive permet d’améliorer les suites. L’origine de cette maladie inflammatoire est méconnue mais permet d’établir la démarche diagnostique chez ces patients.

La démarche diagnostique proposée

L’anamnèse, les commémoratifs et l’examen clinique permettront d’identifier l’origine des troubles digestifs car ceux-ci peuvent être d’origine digestive ou secondaires au syndrome brachycéphale ou les deux. Les vomissements peuvent donc être causés par : une hypertrophie pylorique, une hernie gastro-oesophagienne, une MICI (maladie inflammatoire chronique de l’intestin). Un corps étranger, un phénomène néoplasique ou une malformation congénitale ne sont pas exclus. Cependant, sur un syndrome brachycéphale marqué, associé à des vomissements chroniques, sans perte de poids ni diarrhée, il paraît raisonnable de proposer la correction chirurgicale du syndrome brachycéphale en premier lieu mais si l’endoscopie digestive est disponible elle peut être informative. L’observation rapide, par gastroscopie du sphincter oesophagien distal, lors d’une expiration forcée, permet la détection précoce et non invasive d’une hernie hiatale. Enfin, la présence de diarrhées chroniques ou de perte de poids modifie ce schéma diagnostique et oriente vers une exploration plus complète et rapide du tableau digestif, puisque des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, intolérances alimentaires ou des colites histiocytaires sont également décrites dans ces races.

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Il est généralement difficile, surtout pour les propriétaires, d’identifier les signes de douleur chez leur chat. Une nouvelle étude a tenté de mener l’enquête et de les cataloguer.

Universitaires et praticiens cliniques à travers le monde, spécialistes en médecine interne, anesthésiologie, oncologie, dentisterie, comportement, dermatologie, ophtalmologie et neurologie ont identifié 25 signes comportementaux que les chats affichent et qui pourraient indiquer qu’ils souffrent de douleur. La recherche a été publiée dans la revue scientifique PLOS ONE le 24 février.

Le but de l’étude était de recueillir et de classer l’opinion d’experts sur les signes comportementaux possibles chez les chats qui dénotent la douleur. Ces signes ont été classés comme « suffisant» (leur présence indique que le chat a mal) ou « nécessaire » (ces signes doivent être présents pour conclure que le chat a mal) afin de permettre une évaluation de la présence ou non de douleur.

En répétant un processus d’analyse du comportement et de la sélection, le travail des chercheurs a révélé 25 principaux signes « suffisants », comme une absence de toilettage, une posture voûtée, un évitement des zones trop exposées à la lumière, un changement de comportement alimentaire, et de la difficulté à sauter, qui tous indiquent la présence d’une douleur, mais aucun signe « nécessaire ».

« Les propriétaires et les vétérinaires sont clairement capables de reconnaître de nombreux changements de comportement chez les chats qui se rapportent à la douleur », a déclaré Daniel S. Mills, Ph.D., professeur de médecine vétérinaire comportementale à l’Université de Lincoln et un des auteurs de l’étude. « Toutefois, les propriétaires ne peuvent pas toujours reconnaître la pertinence clinique de ce qu’ils voient. Par exemple, ils peuvent voir les changements comme une partie inévitable du vieillissement naturel, et ne pas les signaler… jusqu’à ce que les comportements deviennent très graves. Nous espérons que d’avoir une liste convenue de critères plus objectifs, qui se rapporte à des signes spécifiques de la douleur, pourrait améliorer la capacité des propriétaires et des vétérinaires pour le reconnaître. « 

« Behavioral signs of pain in cats : an expert consensus »

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0150040

(source : PLOS ONE, 24 février)

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Les tumeurs des glandes mammaires sont fréquentes chez les chiennes âgées (> 10 ans), elles se développent généralement chez un quart des chiennes non stérilisées. Les spaniels, caniches, teckels et bergers allemand sont particulièrement prédisposés. Il est possible de réduire significativement leur incidence en réalisant une ovariectomie ou ovario-hystérectomie chez les jeunes chiennes. Lorsqu’on les stérilise avant leurs premières chaleurs, le risque de tumeur mammaire devient négligeable, et il est divisé par 10 avant les deuxièmes chaleurs. Une stérilisation plus tardive peut diminuer le risque de développement d’une tumeur bénigne mais elle n’a pas d’effet sur le risque d’apparition d’une tumeur maligne. Les tumeurs mammaires sont rares chez les chiens mâles, qu’ils soient entiers ou castrés.

Le développement d’une tumeur mammaire est, au moins en partie, sous influence hormonale, et les traitements à base de progestatifs pour retarder les chaleurs chez les chiennes entières augmentent l’incidence des tumeurs bénignes, mais pas des malignes. Au contraire des humains, il n’a pas été prouvé qu’une gestation ou une lactation précoce ait un effet protecteur.

Signes cliniques

Généralement, le propriétaire a remarqué l’apparition d’une masse abdominale ventrale. Mais il arrive également souvent qu’il ne la remarque pas et que le vétérinaire la détecte au cours de l’examen clinique annuel pour le rappel de vaccination. La plupart des tumeurs mammaires sont encore asymptomatiques lorsque le chien est présenté en consultation ou lorsque le vétérinaire la détecte avant de faire le vaccin. En revanche, lorsqu’elle a eu le temps de se développer, le chien peut présenter des symptômes associés à la présence de métastases (ex: toux ou dyspnée lors de métastases pulmonaires). Les tumeurs mammaires sont souvent localisées au niveau des glandes caudales, et peuvent se présenter comme une masse ou un nodule de n’importe quelle taille. Elles sont fixées dans la peau ou dans le tissu sous-jacent, et elles peuvent être associées à un mamelon ou non. Dans la moitié des cas, soit il y a déjà plusieurs masses qui sont présentes, soit lorsque la masse est encore unique, d’autres se développeront. Un carcinome inflammatoire est une forme très invasive de tumeur mammaire (produisant beaucoup de métastases) ; il se présente comme un gonflement très douloureux, érythémateux et œdémateux de la glande mammaire ainsi que de la partie proximale du membre. On observe alors souvent des signes d’atteinte systémique tels qu’une léthargie ; il faut donc faire attention à ne pas confondre cette présentation clinique avec celle d’une mammite aiguë.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est généralement assez facile d’écarter les autres hypothèses diagnostiques correspondant au gonflement d’une mamelle en se basant sur une anamnèse et un examen clinique complets. Il est possible de trouver des nodules hyperplasiques chez les chiennes non gestantes lorsqu’elles sont en metœstrus, ou juste après l’administration de progestatifs. Lorsque la chienne a mis bas récemment, il ne faut pas oublier d’envisager la possibilité d’une mammite ou d’une ectasie canalaire (dilatation après un blocage). Les cliniciens doivent aussi penser aux autres types de tumeurs pouvant être présentes dans cette région mais ne dérivant pas du tissu mammaire (ex : lipome ou mastocytome). Lorsque l’on détecte la présence d’une masse, il est essentiel de bien palper toutes les glandes mammaires, ainsi que les nœuds lymphatiques régionaux (axillaires et inguinaux superficiels). On peut détecter une adénomégalie des nœuds lymphatiques lombo­ aortiques par toucher rectal. Il faut noter la taille de toutes les masses identifiées. Les indices de malignité d’une tumeur mammaire en faveur d’un pronostic assez mauvais sont une taille supérieure à 3 cm, une augmentation rapide de volume, une infiltration des tissus environnants, une ulcération ou la présence de plusieurs nodules. Il n’est cependant pas possible de faire la différence entre une masse maligne ou bénigne en se basant uniquement sur la palpation. De plus, comme la majorité des tumeurs mammaires sont de nature assez hétérogène, un examen cytologique ne permet pas toujours de déterminer cette information. Il est conseillé de réaliser une cytoponction à l’aiguille fine lorsqu’on détecte une masse mammaire afin d’exclure en premier lieu les autres hypothèses diagnostiques, plutôt que directement dans le but de déterminer le comportement de la tumeur. On ne pourra établir la nature de la tumeur ainsi que son évolution la plus probable qu’à l’aide d’un examen histologique (généralement effectué après excision). Ce n’est pas parce qu’il est difficile de différencier une masse mammaire bénigne d’une masse maligne sans biopsie, qu’il faut attendre de voir comment elle évolue, car les tumeurs bénignes ont tendance à devenir malignes avec le temps. Il est conseillé d’intervenir le plus précocement possible afin d’éviter qu’une petite masse pouvant être retirée avec une chirurgie curative simple, ne s’aggrave au point de nécessiter une chirurgie plus complexe, ou ne produise des métastases à distance.

Quel traitement ?

La chirurgie est le traitement de choix de toutes les tumeurs mammaires, à l’exception des carcinomes inflammatoires ou lorsqu’il y a des métastases à distance. Ces deux dernières conditions comportent un pronostic très mauvais. L’exérèse locale est l’opération la plus indiquée pour une masse de petite taille (moins d’l cm de diamètre). Une telle opération, qui correspond au final à une biopsie excisionnelle, est généralement curative lors de lésion bénigne, et si elle est correctement réalisée, n’empêche pas d’effectuer une chirurgie plus invasive si la lésion s’avère être maligne ou si les marges étaient insuffisantes. Si la masse mesure plus d’un cm, ou si elle présente des caractéristiques de tumeur maligne, il faut faire un bilan d’extension avant d’opérer. Il convient également d’envisager l’exérèse chirurgicale comme si l’on savait que la masse est maligne.

Lorsque l’on suspecte une masse d’être maligne, le bilan d’extension doit comporter une NF sanguine, une biochimie, une aspiration à l’aiguille fine des nœuds lymphatiques régionaux hypertrophiés, une radiographie thoracique (pour rechercher la présence de métastases pulmonaires ou d’une adénomégalie en région sternale) ainsi qu’une échographie abdominale. La tumeur métastase généralement via les voies lymphatiques; on les retrouve souvent dans le parenchyme pulmonaire, le parenchyme hépatique ou les nœuds lymphatiques lombo-aortiques ou sternaux. On réalisera une biopsie incisionnelle lorsque la masse est de taille importante, lorsqu’il y a plusieurs masses, ou si l’on détecte des signes de malignité. On pourra ensuite utiliser les informations fournies par la biopsie afin d’envisager la meilleure solution chirurgicale curative.

Lorsqu’il n’y a qu’une seule masse de plus d’un cm, on retirera une partie ou la glande mammaire en entier afin de respecter des marges de 2-3 cm. Lorsqu’il y a de multiples masses, on conseille de retirer d’autres glandes mammaires. Il est généralement moins traumatisant de retirer les glandes en respectant leur unité anatomique (par exemple, en retirant les glandes 4 et 5 ensemble), plutôt que d’effectuer de multiples mastectomies partielles. Il faut retirer le nœud lymphatique inguinal superficiel avec la glande 5 en bloc. Lorsque l’examen cytologique indique que la tumeur est invasive, il faut essayer de retirer le nœud lymphatique axillaire avec la glande.

On doit retirer toute la chaîne mammaire si plusieurs tumeurs affectent plusieurs glandes. Cette opération n’est pas d’un meilleur pronostic, mais elle est moins traumatisante que plusieurs mastectomies. On ne pourra envisager de retirer les deux chaînes mammaires dans un but prophylactique, que chez de jeunes chiens présentant des masses multiples et dont la probabilité d’apparition de nouvelles masses est élevée. La réalisation d’une ovario-hystérectomie en même temps que l’exérèse de la masse mammaire n’est pas forcément bénéfique et augmente considérablement la morbidité de l’opération.

Si l’on constate au cours de l’opération que la masse est très infiltrante ou qu’elle est fixée à des structures musculaires plus profondes, il ne faut pas se contenter de la retirer avec une simple exérèse. Il faut également effectuer une biopsie incisionnelle, refermer l’animal et le référer pour qu’il bénéficie d’un examen d’imagerie de pointe, et potentiellement d’une chirurgie reconstructrice.

A l’heure actuelle, ni la radiothérapie, ni la chimiothérapie ne représentent le traitement de choix d’une tumeur mammaire. La meilleure solution est d’effectuer une évaluation complète du patient puis de réaliser une première opération adaptée afin d’optimiser le pronostic. Indépendamment du type d’opération choisie, il faut envoyer le tissu retiré pour analyse histopathologique afin de déterminer la nature de la tumeur et de vérifier les marges d’excision. Dans la vaste majorité des cas, une exérèse complète d’une masse de petite taille qu’elle soit bénigne, ou maligne mais encore localisée, sera curative.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Chez les chiennes stérilisées, plus de la moitié des tumeurs mammaires sont des adénomes bénins, et leur description histologique (simple, complexe, canalaire, papillaire ou fibroadénome) n’a aucune incidence sur le pronostic. Il n’en est pas de même pour les carcinomes, car si la tumeur est décrite comme simple, elle sera probablement plus agressive qu’un carcinome complexe ou localisé. Les sarcomes forment des métastases plus facilement, mais ils sont plus rares que les carcinomes. Les carcinomes inflammatoires ont un pronostic désespéré et il n’existe aucune option thérapeutique viable.

Si une lésion bénigne a été entièrement retirée, il suffit simplement de revoir l’animal régulièrement afin de surveiller l’éventuelle apparition de nouvelles tumeurs. Il est de même très probable que l’exérèse d’un carcinome peu agressif à l’histologie et bien encapsulé soit curative. La moyenne de survie des chiens ayant subi une exérèse complète d’une ou plusieurs masses malignes agressives mais sans néovascularisation, ni invasion des vaisseaux lymphatiques visible à l’histologie, est supérieure à un an. Si l’exérèse d’une tumeur maligne biendélimitée ou d’une tumeur bénigne est incomplète, il faut opérer à nouveau l’animal (par exemple, retirer la glande complète si l’on n’a effectué qu’une exérèse locale). Lorsque l’histologie met en évidence une invasion vasculaire ou lymphatique, le pronostic est plus réservé, et l’espérance de survie moyenne est d’environ 3 mois. Il est recommandé d’examiner régulièrement l’animal et de demander conseil à un vétérinaire spécialisé en oncologie afin de savoir s’il vaut mieux opérer à nouveau l’animal, ou démarrer une chimiothérapie adjuvante.

Si le budget du propriétaire ne permet pas de retirer la masse chirurgicalement, il est essentiel de suivre l’animal de près. Certaines masses mammaires bénignes peuvent devenir de taille très importante avant de s’ouvrir, alors que les masses malignes peuvent s’ulcérer plus rapidement. Dans les deux cas, on conseille de traiter l’ouverture comme une plaie classique, tout en gardant à l’esprit qu’elles ne pourront probablement pas cicatriser. Il ne coûte quasiment rien de prescrire un analgésique, d’effectuer des soins palliatifs et de surveiller l’alimentation lors d’un cancer.

On envisagera de référer les animaux qui présentent une masse de grande taille, très étendue ou infiltrant le plan musculaire nécessitant une chirurgie très invasive et de maîtriser les techniques de reconstruction. On conseille également de référer les animaux nécessitant une deuxième opération chirurgicale après une première exérèse incomplète. Si l’histologie met en évidence une invasion de la masse par des structures vasculaires ou lymphatiques, ou s’il y a des métastases microscopiques, il faut consulter un oncologue ; cependant, une chimiothérapie n’apportera pas un bénéfice très important. Au contraire des humains, les thérapies hormonales (ex : tamoxifène) ne sont pas adaptées aux chiens.

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Les chiens et les chats, malgré la mise en place de vermifugations régulières, sont encore aujourd’hui une source importante de contamination indirecte de l’homme par les nématodes du genre Toxocara spp. Les praticiens doivent garder à l’esprit les risques que la toxocarose représente pour l’homme. La connaissance de la biologie des parasites permet d’élaborer un plan stratégique de prévention adapté à chaque cas et de justifier auprès des propriétaires de chiens ou de chats des mesures hygiéniques à respecter.

Les oeufs de Toxocara canis et T. cati disséminés dans l’environnement par l’intermédiaire des matières fécales des chiens et des chats sont la principale source de contamination humaine. Un développement larvaire, d’une durée de 3 semaines à quelques mois en fonction des conditions environnementales, doit se produire afin que l’oeuf soit infestant : on parle alors d’oeuf embryonné.

L’homme se contamine par ingestion de cette forme infestante, en portant à sa bouche ses mains souillées ou en mangeant des légumes mal lavés. Les occasions sont fréquentes, car il existe une forte contamination des sols, particulièrement dans les jardins publics et les aires de jeu (les bacs à sable sont très exposés), d’autant que les oeufs embryonnés peuvent survivre plusieurs années dans un environnement favorable. les chiens et les chats ne sont pas les seuls responsables de cette contamination environnementale : il semble que l’implantation de renards roux en milieu urbain puisse jouer un rôle non négligeable. La contamination humaine via le pelage des animaux de compagnie est assez improbable, les oeufs adhérant fortement aux poils et étant peu souvent embryonnés. il existe une autre source de contamination possible : l’ingestion de la viande mal cuite d’un hôte paraténique (ruminants, porcs, oiseaux) contenant des larves enkystées.

La toxocarose chez l’homme

L’homme se comporte lui-même comme un hôte paraténique. Après ingestion, les oeufs embryonnés libèrent des larves qui, migrant à travers la paroi du tube digestif, s’enkystent dans divers tissus, pouvant y survivre plusieurs années. il existe plusieurs formes de toxocarosehumaine : la toxocarose commune, parfois asymptomatique,parfois à l’origine de signes cliniques frustrescomme de l’asthénie, des douleurs digestives ou musculaires, des troubles du sommeil, des formes allergiques (rash cutané, prurit, toux) ; la forme appelée larva migrans viscérale, avec atteinte de l’état général, fièvre, hépatomégalie, troubles digestifs, signes pulmonaires et cutanés ; la toxocarose oculaire, avec uvéite et choriorétinite ; la toxocarose neurologique, plus rare, avec méningite ou/et encéphalite. le diagnostic de toxocarose est mal aisé. Un dosage des anticorps circulants anti-Toxocara est possible par une méthode EliSA ou par immuno-empreinte (Western Blot), mais ces anticorps persistent plus de 2 ans après contamination. le diagnostic doit donc prendre en compte le taux d’anticorps, la présence d’une éosinophilie sanguine et de signes cliniques compatibles. Parfois, l’imagerie permet d’observer les larves enkystées dans le tissu hépatique, pulmonaire ou cérébral. lors de forme oculaire, les igG doivent être recherchées dans des prélèvements oculaires.

Quoi qu’il en soit, la contamination humaine par Toxocara sp. n’est pas rare : la séroprévalence dans les pays européens varie de 2,5 à 44 % suivant la région et la tranche d’âge. la moyenne générale est de l’ordre de 19 % aux Pays-Bas. Ces chiffres sont beaucoup plus élevés dans les zones tropicales. Ainsi, à la réunion, la séroprévalence est de 93 % chez les enfants !

La toxocarose chez le chien et le chat

La prévalence chez le chien et le chat est également variable en fonction du mode de vie et de l’âge. En Europe de l’ouest, elle est de 3,5 à 34 % chez le chien et de 8 à 76 % chez le chat. La toxocarose clinique est plus fréquente chez les chiots et les chatons, mais beaucoup d’adultes sont porteurs asymptomatiques et assurent ainsi un rôle de réservoir. Les chiens et les chats se comportent à la fois comme des hôtes définitifs, chez lesquels les larves ingérées se transformeront en adultes dans les voies digestives et comme hôtes paraténiques, des larves pouvant s’accumuler et survivre dans les tissus. La contamination des chiens et des chats se fait par ingestion d’oeufs embryonnés, par ingestion de larves enkystées (rongeurs, oiseaux, alimentation carnée mal cuite), mais aussi par voie galactogène chez le chiot ou le chaton à l’allaitement (jusqu’à au moins 38 jours après la naissance) ou encore par voie intra-utérine chez le chiot : les chiots d’une mère contaminée ont près de 100 % de risques d’être infestés par cette voie. Le délai moyen entre l’ingestion d’un oeuf embryonné et l’excrétion d’oeufs dans les selles est de 4 à 5 semaines chez le chien et de 8 semaines chez le chat.

Application à la prévention de la toxocarose humaine

Aucune action de décontamination de l’environnement n’ayant fait ses preuves, la prévention de la toxocarose humaine passe d’une part par le respect de mesures hygiéniques et d’autre part par une vermifugation régulière des animaux de compagnie. Il faut convaincre les propriétaires de chiens et de chats de ramasser les selles de leur animal, limiter leur accès aux potagers, respecter les restrictions d’accès aux espaces de jeu, aux plages et autres endroits publics, laver soigneusement les légumes, cuire correctement la viande. Ils doivent également mettre en place un traitement stratégique de leur animal. En ce qui concerne les chiots, les risques de contamination par voie intra-utérine puis par le lait justifient une vermifugation dès l’âge de 2 semaines, puis à 4, 6 et 8 semaines, puis tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois. Chez le chaton, pour lequel la contamination intra-utérine n’existe pas, la vermifugation pourra être faite à 3, 5, 7 et 9 semaines, puis tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois. En ce qui concerne les animaux plus âgés, leur rôle de réservoir est à prendre en considération. Il a été démontré qu’une vermifugation tous les 6 mois était insuffisante. Il est donc préférable de recommander a minima 4 vermifugations par an, voire une vermifugation toutes les 4 à 6 semaines en cas de contamination environnementale avérée et de risques majorés (présence de jeunes enfants, de personnes immunodéprimées). La vermifugation des reproductrices en cours de gestation est pertinente si l’on utilise un anthelminthique larvicide. Par ailleurs, les mères seront vermifugées systématiquement en même temps que leur progéniture.

Bibliographie

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• ESCCAP : Guide n°1 : Lutte contre les nématodes et les cestodes des carnivores domestiques (2013), http://www.esccap.fr/vers-du-chien-et-du-chat.html.

• Fillaux J., Magnaval J.-F.: Laboratory diagnosis of human toxocariasis (2013), Veterinary Parasitology, 193, 327–336.

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(source : L’Essentiel n°395)

La toux de chenil

mars 30th, 2016 | Redigé par admin in Toux de chenil - (0 Comments)
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La toux de chenil, ou trachéo-bronchite infectieuse canine, est une affection respiratoire courante et très contagieuse du chien. Bien qu’un ou plusieurs agents pathogènes puissent être impliqués, la toux de chenil est le plus souvent attribuable à une infection bactérienne et virale simultanées. La maladie se transmet le plus souvent par contact étroit entre les chiens via les aérosols de sécrétions respiratoires (par exemple lors d’éternuement ou de toux).

Signes cliniques

La toux de chenil se caractérise par une toux paroxystique et aiguë pouvant s’aggraver lors d’excitation ou d’activité. Les quintes de toux se terminent généralement par une sensation d’étouffement, ce qui engendre la sortie d’une petite quantité d’écume. On trouvera souvent dans l’anamnèse un contact récent (typiquement dans les 2 à 10 jours précédents) avec d’autres chiens (ex : séjour en chenil, exposition canine ou entrainement sportif). La majorité des chiens n’auront pas de fièvre lorsqu’ils sont présentés, il est cependant possible que certains expriment une fièvre transitoire. Bien que la plupart des chiens conservent un bon état général et un bon appétit, d’autres pourront être léthargiques et anorexiques. Certains chiens peuvent aussi présenter un écoulement nasal ou oculaire. Il arrive de façon exceptionnelle que la toux de chenil évolue en pneumonie.

Agents pathogènes pouvant être à l’origine de la toux de chenil.

  • Virus parainfluenza canin

  • CAV 2

  • Bordetella bronchiseptica

  • Réovirus

  • Virus canin (CAV) de Herpesvirus canin

  • Virus de la maladie de Carré

  • Mycoplasmes

L’anamnèse et l’examen clinique sont généralement suffisants pour établir le diagnostic de la toux de chenil. La manipulation de la trachée provoque souvent une quinte de toux, ce qui permet de confirmer la sensibilité trachéale. L’auscultation des poumons ne révèle le plus souvent aucun bruit anormal, à moins qu’une pneumonie ne se soit développée.

Quel traitement ?

Bien que la plupart des infections guérissent généralement spontanément, on recommande de prescrire un traitement à base d’antibiotiques efficaces envers Bordetella bronchiseptica et les autres infections bactériennes opportunistes. Bien qu’ils ne soient pas efficaces contre la composante virale de la maladie, ils empêcheront le développement d’une pneumonie bactérienne secondaire. L’antibiotique de premier choix est la doxycycline, mais il est tout à fait possible de prescrire à la place de l’oxytétracycline, des sulfamides potentialisés ou l’association amoxicilline­-acide clavulanique. On prescrit généralement un traitement de 7 à 10 jours, mais il peut être nécessaire d’allonger la durée du traitement dans certains cas, car Bordetella branchiseptica peut persister dans les voies respiratoires jusqu’à 3 mois. Excepté lors de pneumonie, on conseille de prescrire également un antitussif tel que le butorphanol afin de soulager la toux. Face à une infection active, on pourrait penser qu’il faut éviter d’utiliser des corticoïdes, pourtant paradoxalement quelques études anecdotiques rapportent que l’administration de 0,5-1 mg/kg/j de prednisolone durant cinq jours associée aux antibiotiques améliorerait la toux plus rapidement qu’avec des antibiotiques seuls. Cependant, cette approche ne doit être utilisée que sur des chiens adultes qui ne présentent pas de fièvre,avec une toux sévère, dont l’état général est bon et dont l’auscultation pulmonaire ne révèle aucun bruit anormal.

Pour prévenir et contrôler de façon optimale la toux de chenil, on conseille de vacciner et d’isoler de façon stricte les chiens à risque. Les chiens ne sont généralement plus contagieux lorsqu’ils cessent de tousser. On pourra également réduire l’incidence dans les chenils et les locaux vétérinaires en limitant la densité des animaux et en augmentant la ventilation.

En plus de la vaccination annuelle parentérale, il existe des vaccins par voie intranasale protégeant contre Bordetella bronchiseptica et le virus para-influenza canin. L’immunité contre Bordetella bronchiseptica met 72 h à se mettre en place contre trois semaines pour le virus parainfluenza. Bien qu’on considère que l’immunité soit bonne et dure un an, il faut prévenir les propriétaires que ces vaccins n’offrent pas une garantie de protection certaine contre la toux de chenil, les chiens vaccinés peuvent quand même développer des symptômes.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

On informera les propriétaires que généralement les chiens atteints de la toux de chenil guérissent au bout d’une à deux semaines, mais il arrive que certains continuent à tousser durant six semaines. Les infections virales peuvent être à l’origine d’une toux chronique associée à une réactivité bronchique augmentée ; ce syndrome est connu sous le nom de « syndrome de trachéo-bronchite chronique ». La toux peut également devenir chronique si les voies respiratoires se collabent ou si une pneumonie/infection bactérienne secondaire se développe.

Si la toux persiste plus longtemps que prévu (par exemple 2-6 semaines), on recommande d’effectuer d’autres examens complémentaires (ex : NF sanguine complète, radiographie thoracique ou bronchoscopie) afin d’écarter les autres hypothèses diagnostiques ou maladie(s) concomitante(s). Le diagnostic de syndrome de trachéo-bronchite chronique est établi par exclusion, son traitement repose en général sur l’administration d’antitussifs tels que le butorphanol. Lors d’inflammation non spécifique concomitante des voies respiratoires inférieures, on prescrira un AIS. Une pneumonie peut engager le pronostic vital, il faut la traiter avec des antibiotiques à large spectre (on démarrera le traitement avec une dose en IV), une fluidothérapie, des soins de soutien et une supplémentation en oxygène humidifié.

Les chiens atteints de la toux de chenil guérissent généralement spontanément sans traitement. Chez les chiens modérément atteints, il suffit simplement que le propriétaire suive de près l’évolution de la maladie, du moment que le chien malade ne peut pas contaminer d’autres chiens. Si un traitement semble nécessaire, les antibiotiques les plus appropriés et les moins chers sont l’oxytétracycline ou les sulfamides potentialisés.

Les chiens qui présentent une toux de chenil peuvent être traités facilement dans une clinique classique et ne nécessitent pas d’être hospitalisés. On pourra référer les rares cas où la toux persiste plus longtemps que prévu et lorsque la clinique n’est pas suffisamment équipée ou les cliniciens peu habitués à explorer d’autres hypothèses diagnostiques. Les chiens atteints d’une pneumonie devront être tout d’abord hospitalisés et recevoir des soins intensifs durant 24h ; on les réfèrera à une clinique spécialisée si la première ne possède pas l’équipement adéquat.

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Si vous avez déjà suivi un régime alimentaire, vous savez que cela peut vous rendre irascible et de mauvaise humeur. Est-ce la même chose pour nos amis félins? Pas nécessairement !

Les chercheurs du College of Veterinary Medicine de l’université de Cornell ont fait suivre à des félins deux régimes différents pour voir le poids qu’ils perdraient et si leurs comportements envers leurs propriétaires changeraient pendant ces régimes. Tous les chats ont perdu du poids. Et bien que les chats suivant un régime amaigrissant aient exprimé des comportements tels que la mendicité avant d’être nourris, ils ont également affiché plus d’affection après avoir mangé.

L’étude a été publiée dans le Journal of Veterinary Behavior, le 30 novembre 2015.

58 chats ont été divisés en deux groupes et mis sur différents régimes alimentaires, l’un riche en fibres, l’autre faible en glucides et riche en protéines. Le poids et les comportements envers leurs propriétaires ont été vérifiés à quatre et huit semaines.

Quel que soit le régime, tous les chats ont perdu du poids au bout de huit semaines. En outre, chez les chats qui ont montré des changements de comportement, beaucoup ont réagi à la diète en mendiant, en miaulant, et en changeant de rythme avant le repas. Post-repas, les chats ont augmenté leur affection pour leurs propriétaires en sautant sur leurs genoux et en utilisant le bac à litière.

(source : NewStats, 23 février)

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Les chats et les chevaux pie (noir et blanc) acquièrent leurs couleurs lors de la gestation. Mais quelle est la cause exacte de cette pigmentation ? Des chercheurs des universités de Bath et d’Edimbourg ont observé l’agissement des cellules de pigmentation chez les souris, et ont découvert que celles-ci évoluent et se multiplient de façon aléatoire lors des étapes primitives du développement de l’embryon, au lieu de suivre des « instructions ».

Publiées le 6 janvier dans la revue Nature Communications, les données de cette étude contredisent une théorie jusqu’alors prédominante, expliquant l’apparition de la couleur pie chez certains animaux en raison de la lenteur de déplacement des cellules pigmentaires, pas assez rapides pour atteindre toutes les parties de l’embryon avant qu’il n’atteigne son terme. En réalité, il semblerait qu’il n’existe aucune communication élaborée entre les cellules, leur indiquant dans quelle direction particulière il leur faudrait se diriger. « La couleur pie peut apparaître à cause d’un gène défectueux appelé « kit », explique Christian Yates, biologiste mathématicien à l’université de Bath et co-directeur de l’étude. « Ce que nous avons découvert va contre les intuitions. Jusqu’à présent, on pensait que le gène défectueux ralentissait les cellules, mais il semblerait qu’il diminue plutôt la vitesse à laquelle elles se multiplient. Il y a trop peu de cellules pigmentaires pour que celles-ci couvrent toute la peau de l’animal, c’est la raison pour laquelle il se retrouve souvent avec le ventre blanc. En plus de ce fameux gène, il y en a d’autres qui peuvent générer la couleur pie. Le modèle mathématique peut d’ailleurs expliquer ces colorations sans impliquer de gènes. »

(source : NewStat, 25 janvier)