La dermatite atopique

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Atopie - (0 Comments)
atopie chien peau dermatite vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

© nolamissesyou

Chez les humains, le terme « atopie » renvoie à une triade d’affections allergiques comprenant la rhinite, l’asthme, et la dermatite atopique. Chez les chiens, on ne retiendra que la dermatite atopique. On pense qu’il existe une forme de dermatite atopique féline, mais elle n’est pas encore bien décrite. Les chiens atopiques sont porteurs de gènes à l’origine d’une synthèse excessive d’lgE et d’une altération de la barrière cutanée. Les lgE sont produites en réaction à des allergènes environnementaux qui sont absorbés par l’épiderme ; on retrouve fréquemment des antigènes des acariens de la poussière des maisons (Dermatophagoides farinae, Dermatophagoides pteronyssinus) , ainsi que des pollens (provenant des arbres, des herbes ou des pelouses), les squames d’animaux ou d’humains, les moisissures (de la maison ou des champs) ou encore des allergènes provenant de staphylocoques ou de Malassezia. Les lgE spécifiques d’antigènes se fixent sur les mastocytes présents dans le derme ; lors de la deuxième exposition à l’allergène, les mastocytes libèrent le contenu de leurs vésicules dans le derme : histamine, leucotriènes, prostaglandines, protéases et cytokines. Ces médiateurs de l’inflammation engendrent une vasodilatation,une infiltration de cellules inflammatoires et du prurit. Lorsque les lymphocytes continuent à libérer des cytokines, l’inflammation cutanée devient chronique.

Anamnèse et signes cliniques

Certaines races sont prédisposées à la dermatite atopique, c’est le cas par exemple du West Highland white terrier, du cairn terrier, du golden retriever, du labrador retriever, du boxer, du bouledogue, du setter irlandais, du setter anglais, du shar pei, du dalmatien, du lhassa apso et du berger allemand. Les symptômes feront leur apparition entre 6 mois et 3 ans, parfois plus tard encore. Le principal signe clinique est le prurit, qui est généralement présent toute l’année, mais il peut aussi être saisonnier. Au début, les zones touchées sembleront saines, puis elles deviendront érythémateuses. Généralement la tête, les oreilles et les extrémités des membres seront touchées, mais si une infection secondaire se développe, elle pourra s’étendre à la face ventrale de l’abdomen, aux régions axillaires et au périnée. Au niveau individuel, on peut s’écarter de façon assez importante de ce schéma classique ; ainsi, certains chiens seront présentés avec une zone de prurit uniquement à l’extrémité des membres, sur la face ou au niveau des oreilles.

Techniques diagnostiques spécifiques

Le diagnostic d’une dermatite atopique ne pourra être établi que si l’anamnèse et les signes cliniques (lésions et répartitions) sont caractéristiques, et lorsque les autres dermatoses prurigineuses provoquées par des ectoparasites, des infections ou une hypersensibilité alimentaire auront été écartées des hypothèses diagnostiques. On aura alors le choix entre deux options :

  • un traitement symptomatique à long terme

  • des tests allergologiques pour confirmer l’hypersensibilité à lgE et identifier les allergènes afin de mettre en place une immunothérapie.

L’option choisie dépendra de beaucoup de facteurs, comme la sévérité du prurit, l’âge du chien, les ressources financières du client et ce qu’il souhaite pour son animal. Il est possible de débuter par un traitement symptomatique, puis de réaliser des tests allergologiques si les lésions s’aggravent.

Deux types de tests sont disponibles : un test intradermique et un test sérologique (dosage des lgE sanguines spécifiques d’un allergène). Le résultat du test ne sera significatif que si les signes cliniques concordent avec une dermatite atopique et que toutes les autres causes de prurit ont été éliminées. Les dermatologues recommandent généralement plutôt le test intradermique, car il évalue la réaction d’hypersensibilité directement dans l’organe cible. Cependant, si le chien a été méticuleusement examiné, l’un ou l’autre de ces tests permettra de déterminer les allergènes à utiliser pour les traitements par immunothérapie.

Traitement

Il est important d’informer les clients dès le départ que la dermatite atopique est une maladie incurable, afin qu’ils sachent à quoi s’attendre. Le traitement est donc à vie, et il sera plus palliatif que curatif. Il est ainsi nécessaire d’avoir exclu ou traité toutes les autres hypothèses diagnostiques avant de le démarrer. Le traitement de la dermatite atopique peut inclure certains de ces éléments : éviter certains allergènes, immunothérapie spécifique d’antigène, corticoïdes, ciclosporine, antihistaminiques, acides gras essentiels, herbes chinoises, traitements topiques, contrôle des infections cutanées et auriculaires secondaires. Si nécessaire, on pourra mettre en place jusqu’à trois des traitements précédents en même temps, en particulier si c’est dans le but d’éviter ou de diminuer l’utilisation de corticoïdes. Les cas les plus sévères pourront nécessiter jusqu’à quatre ou cinq traitements simultanés. Le rôle du clinicien est de trouver la bonne combinaison de traitements pour contrôler les signes cliniques tout en limitant les effets secondaires, tout cela en respectant le budget du propriétaire.

Eviter les allergènes est la méthode de choix pour contrôler la dermatite atopique, mais elle est difficile à mettre en place en pratique. Les tentatives de contrôle de la population d’acariens ou pour éviter les pollens sont rarement efficaces.

L’immunothérapie spécifique d’antigène ne peut être entreprise que si le chien a été soumis à un test allergologique. L’immunothérapie est bénéfique dans 50 à 75 % des cas, mais il faut attendre de 2 à 9 mois avant d’en voir les effets. Lorsqu’on vient de la mettre en place, il est souvent nécessaire de lui associer un traitement symptomatique afin de contrôler les signes cliniques. Le risque d’effets secondaires est très faible, et il est extrêmement rare d’observer des complications graves telles qu’un choc anaphylactique.

Les corticoïdes sont probablement les médicaments les plus utilisés pour traiter la dermatite atopique. Ils sont efficaces dans presque 100 % des cas et ne coûtent pas cher. Cependant, comparé à d’autres alternatives, ils sont à l’origine des effets secondaires les plus nombreux, en particulier à long terme. Voici quelques cas dans lesquels ils sont justifiés :

  • comme traitement initial à court terme du prurit , sévère ou lors de poussées (si les infections sont contrôlées)

  • comme traitement à long terme lorsque les propriétaires n’ont pas les moyens ou ne souhaitent pas envisager une autre alternative comme traitement adjuvant lorsque l’animal répond mal aux autres traitements mis en place

  • lors de dermatite atopique saisonnière n’excédant pas 3 mois

  • lorsqu’on débute une immunothérapie et que le 1e prurit est sévère

Il y a deux objectifs à atteindre lorsqu’on prescrit des AIS à long terme : arriver à atteindre la dose minimale efficace et arriver à mettre en place un autre traitement pour alterner. Les doses initiales de prednisolone seront comprises entre 0,5 et 1,0 mg/kg/j sur une durée de 5 à 10 jours. A l’issue de cette période, on espacera à une prise tous les deux jours. Pour une utilisation à long terme, il faudra essayer de réduire le plus possible la dose minimale efficace pour contrôler le prurit. On déconseille l’utilisation de corticoïdes injectables longue action, car on ne peut pas ajuster précisément leur concentration, il n’est pas possible d’alterner un jour sur deux avec un autre traitement et le risque d’effets secondaires est donc plus important.

La ciclosporine est un traitement possédant une AMM pour la dermatite atopique canine, il est efficace dans presque 80 % des cas. L’inconvénient principal de ce médicament est son prix. La posologie est de 5 mg/kg/j en une prise. Il faut l’administrer à jeun car la présence de nourriture dans l’estomac réduit sa biodisponibilité. Il faudra attendre 4 à 6 semaines pour atteindre l’efficacité maximale. Si l’animal répond bien au traitement, on pourra essayer de le donner un jour sur deux, voire de réduire à deux fois par semaine. La ciclosporine provoque moins d’effets secondaires à court ou moyen terme que la prednisolone, bien que ses effets à long terme ne soient pas encore connus. Son effet secondaire le plus courant est l’apparition de vomissements lors des premières prises. Cet effet s’atténuera généralement avec le temps; il est possible de maitriser les vomissements en réduisant ou en arrêtant temporairement le traitement, ou encore de le donner avec de la nourriture lors des premières fois. es effets secondaires moins courants incluent une hyperplasie gingivale, une hypertrichose ou une papillomatose.

Les antihistaminiques utilisés seuls ne sont pas très efficaces contre le prurit, on recommande de les utiliser comme traitement adjuvant. Ils ne possèdent pas d’AMM pour les chiens, mais ils seront efficaces dans 20 % des cas, en particulier au début de l’évolution de la dermatite atopique ou tant qu’elle reste modérée. Lorsqu’on prescrit des antihistaminiques, il est important d’essayer au moins deux médicaments différents durant une semaine chacun, avant de déterminer lequel est le plus efficace pour ce patient à long terme. Voici une liste de quelques molécules disponibles : le maléate de chlorphéniramine, l’association maléate de chlorphéniramine avec de l’hydroxyzine, l’hydroxyzine. Le principal effet secondaire des antihistaminiques est la sédation ; lorqu’elle apparaît, il est préférable d’arrêter le traitement.

Les acides gras essentiels seront bénéfiques dans 20 % des cas, et leur action sera synergique s’ils sont donnés en association avec des antihistaminiques. Afin d’atteindre leur efficacité maximale, on les prescrira durant au moins 6-8 semaines. L’association antihistaminique-acides gras essentiels ne fonctionne que chez une poignée d’animaux car leur action est plus spécifique que les corticoïdes ou la ciclosporine, et également parce qu’ils ne sont pas capables de contrôler une inflammation assez étendue à médiation par les lymphocytes T et les cytokines.

Le Phytopica® est un complément alimentaire contenant trois herbes chinoises différentes, qu’on utilise parfois dans le protocole du traitement de la dermatite atopique. Il est efficace dans environ 20 % des cas.

Les traitements topiques consistent en des shampooings ou des crèmes. Les shampoings sont utiles car ils aident à réduire les infections bactériennes secondaires et les infections à Malassezia ; ils permettent également de retirer les antigènes et les squames qui se déposent, tout en ayant un effet hydratant (bien que ces actions ne durent que 24-48h). Les corticoïdes topiques peuvent aussi être très utiles, en particulier lors d’inflammation difficile à maîtriser dans une région en particulier (ex : périnée, extrémité des membres, pavillon auriculaire).

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il est important de mettre en place un traitement à long terme pour que le propriétaire puisse apprécier l’amélioration des signes cliniques chez son chien, plutôt que de prescrire des médicaments par intermittence lors de chaque visite. Cependant, les différentes options de traitement disponibles pour la dermatite atopique ne sont pas toujours efficaces pour un animal donné ; il est donc nécessaire d’en tester plusieurs afin de trouver la meilleure combinaison. Les causes les plus fréquentes d’échec thérapeutique sont un diagnostic erroné, lorsqu’on essaie d’évaluer l’efficacité du traitement avant d’avoir traité les infections secondaires, ou lorsqu’on initie une immunothérapie basée sur une sérologie (lgE) sans avoir effectué d’évaluation diagnostique et thérapeutique complète. L’aggravation soudaine des symptômes d’un animal dont le traitement était efficace jusqu’à présent ne signifie pas nécessairement que la dermatite atopique se complique, il peut s’agir d’une autre affection cutanée qu’il conviendra donc d’examiner avec attention.

La dermatite atopique est une maladie incurable qui nécessite un traitement à vie. Cette affection impliquera donc inévitablement des dépenses durant toute la vie de l’animal. L’option la plus économique à long terme sera la prescription de corticoïdes, mais il faudra prévenir les propriétaires des effets secondaires possibles.

La dermatite pyotraumatique ou Hot Spot

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Hot Spot - (0 Comments)
dermatite pyotraumatique chien peau dermatite vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

© Dogs

La dermatite pyotraumatique (dermatite aiguë suintante, hot spot, dermatite exsudative aiguë, est à l’origine de lésions focales très prurigineuses. Ces lésions sont souvent auto-infligées à la suite du prurit que provoque une hypersensibilité aux piqûres de puces, une sacculite anale, une otite externe, une dermatite atopique, une hypersensibilité d’origine alimentaire ou une pyodermite à staphylocoque. Il arrive cependant dans certains cas que le hot spot ne puisse être relié à aucune cause apparente. Lorsque l’animal commence à s’auto-mutiler, il entre dans un cycle qui s’entretient et qui aboutit à la macération de l’épiderme, ainsi qu’à des infections bactériennes secondaires. On ne rencontre pas de dermatite pyotraumatique chez les chats.

Anamnèse et signes cliniques

La dermatite pyotraumatique apparaît brutalement, ou lorsque le propriétaire ne s’est pas rendu compte que son chien souffrait d’une affection cutanée. Elle est souvent localisée sur la croupe, le cou ou la tête. Sans traitement, le chien va lécher, mordiller et gratter la zone atteinte en permanence. A l’examen clinique, les lésions apparaitront bien délimitées, exsudatives, érodées, et souvent recouvertes de poils abimés. Elles peuvent être douloureuses, assez étendues et sentir mauvais.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est facile de reconnaître une dermatite pyotraumatique car sa présentation clinique est très caractéristique. Si l’on veut examiner de façon plus détaillée la lésion afin de mettre en place un traitement efficace, on coupera délicatement les poils qui peuvent être collés à la peau ou autour de la lésion. Comme les lésions sont souvent douloureuses et que le chien peut s’agiter lorsqu’on essaie de couper les poils, il faudra assurer une bonne contention et faire attention avec les ciseaux. Il sera parfois nécessaire de sédater l’animal. On examinera ensuite attentivement la lésion pour évaluer la sévérité de l’infection bactérienne. Si on n’observe qu’une érosion bien délimitée et que la peau autour est encore saine, il s’agit d’une dermatite pyotraumatique superficielle. En revanche, si la lésion se présente comme une plaque épaisse, suintante et purulente, et que la peau autour présente ce que l’on appelle des lésions satellites (papules, pustules, nodules), il s’agit alors d’une dermatite pyotraumatique profonde. Cette distinction est importante à prendre en compte pour le traitement. Après avoir caractérisé correctement la lésion, les cliniciens examineront le reste du corps à la recherche d’une affection sous-jacente (comme décrit précédemment) qu’il faudra également traiter.

Traitement

Après avoir retiré tous les poils collés, on nettoiera les lésions avec une solution de chlorhexidine ou de povidone-iodée diluée pour enlever les exsudats et les croûtes. Comme les dermatites pyotraumatiques superficielles et profondes sont accompagnées d’un prurit sévère, on prescrira des corticoïdes pour briser le cycle prurigineux. Une injection de dexaméthasone à action rapide ou un traitement PO sur 3 à 5 jours de prednisolone à dose anti-inflammatoire est généralement suffisant. l’application topique d’une crème à base d’antibiotiques et d’AIS sera bénéfique pour atténuer le prurit et traitera également une infection bactérienne superficielle. Le traitement sera poursuivi jusqu’à disparition du prurit et cicatrisation de la peau. Lorsqu’on est face à une dermatite pyotraumatique profonde, on devra mettre en place un traitement antibiotique systémique. On pourra utiliser l’association amoxicilline-acide clavulanique, de la céfalexine, de la clindamycine, de la céfovécine, ou des sulfamides potentialisés. Certains cliniciens conseillent également le port d’une collerette pour empêcher le chien d’aggraver les lésions. Bien que cette stratégie soit très efficace, certains chiens les tolèrent très mal, et chez les races les plus grandes, elles peuvent poser problème au sein d’une maison encombrée. De plus, les collerettes ne peuvent pas se substituer à un traitement médical du prurit. Ainsi, les collerettes ne sont pas suffisamment bien tolérées pour que leur utilisation soit justifiée lors de dermatite pyotraumatique. Il conviendra aussi de traiter toute affection sous­-jacente. On pourra par exemple mettre en place un traitement contre les puces, vidanger les glandes anales, traiter une otite externe ou une allergie sous­-jacente.

Le traitement de la dermatite pyotraumatique est généralement rapidement efficace. Si les lésions ne régressent pas, les cliniciens devront vérifier qu’ils n’ont pas traité une dermatite pyotraumatique profonde comme une superficielle. Il conviendra alors de démarrer un traitement antibiotique systémique. Si les lésions ne s’améliorent toujours pas, on envisagera de faire une biopsie et une cytologie pour rechercher une infection atypique ou une tumeur.

Si les lésions disparaissent complètement à la suite du traitement, mais reviennent systématiquement, il faut rechercher une cause sous-jacente. Si le clinicien n’en trouve aucune, il faudra recommencer un traitement symptomatique à chaque récidive. Le mieux est alors que les propriétaires conservent chez eux un tube d’antibiotiques ou de corticoïdes pour traiter rapidement leur chien en cas de besoin. Ils éviteront ainsi que les lésions ne s’aggravent rapidement.

Le traitement d’une dermatite pyotraumatique superficielle ne revient généralement pas très cher. On pourra réduire le coût du traitement d’une dermatite pyotraumatique profonde en prescrivant des sulfamides potentialisés.

La polyurie-polydipsie

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Polyurie-polydipsie - (0 Comments)
polyurie polydipsie chien vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

© K. Thalhofer

La polyurie et la polydipsie (souvent abréviées par PUPD) sont des symptômes fréquemment rencontrés en pra­tique canine. On définit la polydipsie comme une prise d’eau supérieure à 100 ml/kg/j, et la polyurie comme la production anormalement importante d’urine. Il peut être difficile de déterminer avec précision la quantité d’eau ingérée, surtout lorsque le client possède plusieurs animaux ou lorsque l’animal a accès à l’extérieur. Pour des raisons pratiques, on considérera donc qu’une prise de boisson supérieure à 2 ou 3 fois la normale sur plusieurs jours sera pathologique. Notez que le passage d’une alimentation humide vers une alimentation sèche peut être à l’origine d’une augmentation de la prise d’eau, mais sans aller jusqu’à une véritable polydipsie. La polydipsie dé­coule le plus souvent d’une anomalie ou d’une maladie à l’origine d’une polyurie, classiquement due à une osmola­rité urinaire ou à une mauvaise réponse à l’hormone anti­ diurétique (un mécanisme connu sous le nom de diabète insipide néphrogénique secondaire). Il est important de se souvenir que la PUPD est presque toujours l’expression d’une maladie assez sévère.

Principaux diagnostics différentiels

  • Troubles endocriniens, ex : diabète sucré, syndrome de Cushing, hyperthyroïdie (chats) ou maladie d’Addi­son

  • Atteinte rénale, ex : insuffisance rénale chronique ou pyélonéphrite

  • Pyomètre

  • Déséquilibre électrolytique, ex :hypokaliémie, hyper­ calcémie

  • Administration de certains médicaments, ex : furosémide, glucocorticoïdes ou phénobarbital.

On peut aussi inclure certains diagnostics différentiels moins communs comme une atteinte hépatique (ex : shunt porto-systémique ou insuffisance hépatique), une polyglobulie, une maladie rénale congénitale, un diabète insipide primaire ou une polydipsie primaire (psychogé­nique = potomanie).

Approche diagnostique

Il est essentiel d’adopter une approche structurée face à une PUPD, la première étape consistant à s’assurer qu’elle est bien présente. Si c’est faisable, le mieux est de demander au propriétaire de mesurer la quantité d’eau bue par jour, afin de confirmer la polydipsie. La polyurie est plus difficile à mettre en évidence, surtout chez les chats, et il faut bien la différencier de l’incontinence urinaire ou d’une dysurie. Les chiens souffrant d’incontinence urinaire tacheront souvent l’endroit où ils dorment avec de l’urine, on pourra aussi voir de petites pertes intermittentes au cours de la journée ;alors que les chiens souffrant de polyurie chercheront à sortir plus souvent, ou urineront de grandes quantités à côté de la porte. Il peut cependant aussi arriver qu’une polyurie concomitante aggrave les signes d’incontinence. La dysurie se caractérise par l’émission fréquente de petites quantités d’urine. Pour établir son diagnostic, on pourra aussi s’aider d’autres renseignements tels que l’âge de l’animal,s’il est stérilisé ou non, son appétit, d’éventuelles variations du poids et l’administration éventuelle de médicaments de façon récente. Un examen clinique complet peut permettre de trouver des indices sur la cause des symptômes, comme par exemple un écoulement vulvaire chez une chienne souffrant d’un pyomètre, une tachycardie ou un goître chez un chat souffrant d’hyperthyroïdie, une modification du pelage lors d’un syndrome de Cushing, ou encore une adénomégalie ou une augmentation de la taille des glandes anales qui peuvent être cohérents avec une hypercalcémie d’origine tumorale (Hypercalcémie Humorale Maligne : HHM).

L’étape suivante consiste à analyser un échantillon d’urine (densité, bandelette et sédimentation), pour évaluer sa concentration et afin de détecter un diabète sucré (glycosurie) ou une pyélonéphrite (qui sera mise en évidence par des signes d’inflammation après analyse du culot). Les échantillons récoltés au cours d’une miction spontanée chez les chiens seront conservés dans un pot propre. Il faut en fournir au propriétaire afin d’éviter qu’il emploie un vieux pot ayant déjà été utilisé et présentant des traces de produits interférant avec les tests qui seront réalisés, comme de la confiture pouvant être à l’origine d’une glycosurie artéfactuelle.

Il est possible d’obtenir de l’urine chez les chats en leur proposant une litière non absorbante dans leur caisse. Certains chats ou chiens nécessiteront la récolte d’urine par sondage ou par cystocentèse.

Dans tous les cas de PUPD, on réalisera une biochimie et une numération-formule sanguine indépendamment des informations obtenues dans l’anamnèse, l’examen clinique ou les analyses urinaires, parce que plusieurs maladies peuvent être présentes en même temps. Les paramètres les plus importants à évaluer dans la biochimie sont le glucose, l’urée, la créatinine, l’albumine, les globulines, les enzymes hépatiques, les acides biliaires, le sodium, le potassium, le calcium et le cholestérol. Ces premières analyses permettront de détecter un diabète sucré, une insuffisance rénale, un trouble hépatique ou un désordre électrolytique. Elles peuvent aussi mettre sur la voie d’un syndrome de Cushing (influence des corticoïdes sur la NF-sanguine, PAL augmentées, cholestérol augmenté) ou d’une maladie d’Addison (hyponatrémie, hyperkaliémie), justifiant alors de poursuivre les investigations. Chez les chats âgés, il est intéressant de mesurer la thyroxinémie.

S’il n’est pas possible de parvenir à un diagnostic à l’issue de ces premières analyses, il faut effectuer d’autres examens complémentaires. Chez les chiennes non stérilisées, l’hypothèse du pyomètre doit être privilégiée (ex : échographie). Si on suspecte une pyélonéphrite, on prélèvera un échantillon d’urine par cystocentèse pour analyse bactériologique. Mais attention, l’excrétion des bactéries peut être intermittente, et si c’est la principale hypothèse diagnostique, il peut être indiqué d’essayer un traitement antibiotique.

Si l’on suspecte un syndrome de Cushing, de par des signes cliniques évocateurs ou des résultats d’analyses, il faut effectuer un test de stimulation à l’ACTH. Ce test peut aussi servir à confirmer une maladie d’Addison (notez qu’on n’aura pas toujours de déséquilibre électrolytique chez les chiens atteint de cette maladie). Si le test de stimulation à l’ACTH est normal, ou douteux, il faut éliminer l’hypothèse d’un syndrome de Cushing en réalisant un freinage à la dexaméthasone à dose faible, ou en calculant le rapport cortisol / créatinine urinaire, même s’il n’y a pas d’autres signes indiquant un syndrome de Cushing. Une fois que les maladies les plus courantes ont été éliminées (ce qui peut être difficile à faire avec certitude dans le cas d’un syndrome de Cushing, de troubles rénaux débutant ou d’une pyélonéphrite), les hypothèses principales qui restent sont alors une polydipsie primaire ou un diabète insipide. Pour explorer ces deux hypothèses, il faut soit réaliser un test de restriction hydrique, soit essayer un traitement à base d’un analogue de la vasopressine (desmopressine ou DDAVP). Il faut tout de même savoir que les tests de restriction hydrique ne sont pas sans danger (en particulier si on est passé à côté d’un problème rénal), et qu’ils sont longs et difficiles à réaliser. L’interprétation de ces tests de restriction ainsi que des résultats d’un traitement à base de DDAVP est également délicate. Il est préférable de discuter du cas avec un spécialiste en médecine interne avant de se lancer dans ces procédures.

Traitement

Il n’existe pas de traitement symptomatique pour une PUPD ; pour améliorer l’état de l’animal, il faut trouver la cause et la traiter de façon adéquate. Une PUPD sévère chez un chien peut être gênante pour les propriétaires s’il éprouve le besoin d’uriner même la nuit ; il faut cependant les avertir des dangers auxquels ils exposent leur animal s’ils décident de réduire son apport hydrique.

Le traitement efficace d’une PUPD implique d’avoir identifié sa cause et de l’avoir traitée. Mais il faut avertir les propriétaires lorsque la maladie est incurable et nécessite un traitement à vie. Il faut aussi les avertir qu’il arrive que la polydipsie persiste malgré un traitement adapté, en particulier lors d’insuffisance rénale ou de maladie hépatique. Si la PUPD ne disparaît pas comme attendu, il faut envisager la présence d’une maladie concomitante ou une erreur de diagnostic.

La diarrhée

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Diarrhée - (0 Comments)
diarrhée chien vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

© javier brosch

La diarrhée se définit par la production de fèces trop riches en eau, ce qui provoque une augmentation de la fréquence d’émission, du volume et/ou une baisse de la fermeté des fèces. L’origine peut être gastro-intestinale ou non, et la diarrhée est fréquemment rencontrée en pratique générale, en particulier chez les chiens. Généralement, elle trouve son origine dans l’intestin grêle ou le gros intestin. Si elle provient de l’intestin grêle (IG), on observera une légère augmentation de la fréquence d’émission, une augmentation du volume des fèces mais pas de mucus ni de ténesme. Il est parfois possible d’observer du méléna (sang partiellement digéré). Une diarrhée chronique de l’IG sera à l’origine d’une perte de poids et parfois de polyphagie. Les vomissements sont plus fréquemment associés à une diarrhée de l’IG plutôt que du gros intestin. Lors de diarrhée provenant du gros intestin, on observera souvent une forte augmentation de la fréquence de défécation, avec la production de fèces en petite quantité à chaque fois. Si l’on observe une hématochézie (sang en nature), du mucus ou du ténesme, il est probable que la diarrhée provienne du gros intestin, tandis qu’on ne s’attendra pas à constater d’amaigrissement ou de polyphagie.

Ce chapitre se concentre sur les diarrhées provenant de l’intestin grêle ; celles provenant du gros intestin (colites) chez le chien seront traitées dans une autre fiche.

Principaux diagnostics référentiels

Diarrhée aiguë de l’intestin grêle

  • Origine alimentaire : mauvaises habitudes alimentaires, intolérance ou allergie

  • Maladie infectieuse : vers ronds, infection virale (parvovirus, coronavirus), infection bactérienne (Campylobacter; Salmonella, Clostridia), protozoaires (Giardia)

  • Affection du tube digestif : gastro-entérite hémorragique, obstruction partielle (intussusception, corps étranger), MICI, affection hépatique, pancréatite (provoque plutôt des vomissements et une diarrhée du gros intestin)

  • Affection métabolique/endocrinienne : insuffisance rénale aiguë, maladie d’Addison

  • Certains médicaments ou produits toxiques.

Diarrhée chronique de l’intestin grêle

  • Origine alimentaire : intolérance ou allergie

  • Maladie infectieuse : vers ronds, protozoaires (Giardia ; Trichomonas chez les chats provoque normalement plus une diarrhée du gros intestin), affection associée à une infection par le FeLV, le FIV ou la PIF chez les chats

  • Affection du tube digestif : MICI, entéropathie répondant aux antibiotiques, intussusception chronique, lymphangiectasie, insuffisance du pancréas exocrine, affection hépatique, tumeur (lymphome, adénocarcinome)

  • Affection métabolique/endocrinienne : maladie d’Addison, hyperthyroïdie (chez les chats).

Approche diagnostique

Il est important d’obtenir une anamnèse complète, en s’attardant surtout sur l’alimentation, l’aspect des fèces, l’identification de l’origine de la diarrhée (IG, gros intestin ou les deux), la présence ou non de vomissements, une baisse de l’appétit ou une perte de poids. Il convient d’effectuer un examen clinique complet en n’oubliant pas d’évaluer le comportement général de l’animal, sa note d’état corporel, son degré de déshydratation ainsi qu’une palpation abdominale consciencieuse.

Diarrhée aiguë de l’IG

La majorité de ces diarrhées est due à de mauvaises habitudes alimentaires lorsque l’état général de l’animal est conservé. Un traitement symptomatique sera suffisant et ce n’est pas la peine d’envisager d’autres analyses. En revanche, on recommande de poursuivre les investigations lorsque l’état général de l’animal est atteint, que la diarrhée est sévère, si l’on a observé du méléna ou lorsque le problème est récurrent.

Pour les cas aigus et sévères, l’origine est généralement infectieuse. Il est possible de mettre en évidence un agent pathogène entérique de nombreuses manières, par exemple en effectuant une culture, des analyses parasitologiques, un test ELISA ou une PCR. La PCR peut être utilisée pour isoler de nombreux agents pathogènes à partir d’un échantillon de selles (ex : Giardia, Cryptospondium, Salmonella, gène de l’entérotoxine A de Clostridium perfrignens, coronavirus à tropisme intestinal ; ainsi que pour les chiens le parvovirus et le virus de la maladie de Carré, et pour les chats Trichomonas fœtus, Toxoplasma et le parvovirus responsable du typhus. Un test ELISA sur fèces est disponible disponible pour le parvovirus canin. Remarquez qu’il est possible d’isoler Campylobacter à partir des fèces de beaucoup de chiens asymptomatiques ; la signification clinique de ce résultat n’est donc pas toujours évidente.

Cependant, lorsque le chien présente des symptômes et que cette bactérie a été isolée à partir des fèces, on recommande de le traiter dans ce sens (voir plus loin). Une coproscopie n’est pas la méthode la plus sensible pour mettre en évidence Giardia, on recommande plutôt d’effectuer une PCR ou un traitement d’essai avec du fenbendazole à la dose de 50 mg/kg durant 3-5 jours. Pour évaluer le degré de déshydratation et explorer les hypothèses de diarrhée d’origine extra-intestinale, on pourra effectuer une NF sanguine, une biochimie (avec l’urée, la créatinine, les globulines,les enzymes hépatiques, le glucose, le sodium, le potassium, le calcium et le cholestérol) et une analyse urinaire. On effectuera un cliché radiographique de l’abdomen pour rechercher des signes d’obstruction partielle qui pourrait nécessiter une opération chirurgicale.

Diarrhée chronique de l’IG

De la même façon, pour les cas de diarrhée chronique de l’IG, on recommande d’effectuer une coproscopie ou une PCR (s’ils n’ont pas déjà été réalisés). Lorsqu’on en est là, il est aussi conseillé d’envisager une origine alimentaire en mettant en place un régime d’exclusion, et d’essayer un traitement avec de l’oxytétracycline ou du métronidazole durant 2-3 semaines en cas de diarrhée répondant aux antibiotiques. S’il n’y a aucune amélioration, que les symptômes récidivent ou que le patient est en mauvais état général, il convient d’exclure une origine extra-intestinale en réalisant une analyse sanguine, une biochimie et une analyse urinaire. On dépistera les chats pour le FIV et le FeLV, et on effectuera un dosage de la T4.

Pour les chiens, on effectuera un dosage des acides biliaires pré- et postprandiaux ainsi qu’un test de stimulation de l’ACTH afin d’exclure les hypothèses d’une affection hépatique ou d’une maladie d’Addison (on ne retrouvera pas forcément de déséquilibre électrolytique chez tous les animaux). Pour une suspicion de pancréatite, le dosage de l’immunoréactivité du trypsinogène {TLI} permettra d’exclure une insuffisance pancréatique exocrine. Le dosage de la concentration sérique de la vitamine B9 et B12 peut être utile mais n’est pas indispensable ; une concentration élevée en vitamine B9 associée à une concentration faible en vitamine B12 suggère une prolifération bactérienne ; une baisse de la concentration en vitamine 89 suggère une atteinte de l’IG proximal et une concentration faible en vitamine B12 suggère une atteinte sévère de l’IG distal. Bien qu’il existe des tests sérologiques pour explorer l’hypothèse d’une allergie alimentaire, des études ont montré que leurs résultats ne concordent pas avec ceux des régimes d’exclusion ; il n’est donc pas recommandé de les utiliser.

Selon les hypothèses qu’envisage le clinicien, les radiographies seront effectuées avant ou après les analyses sanguines. Une radiographie de l’abdomen permettra d’exclure une obstruction partielle ; on pourra réaliser un transit baryté si un doute persiste. Une échographie abdominale réalisée par un clinicien spécialisé aidera à détecter une cause extra-digestive de diarrhée, permettra de mesurer l’épaisseur de la paroi intestinale, la taille des nœuds lymphatiques mésentériques et à détecter des lésions focales. Lors de méléna, on envisagera plutôt l’hypothèse d’un saignement provenant du tube digestif supérieur (ulcère ou tumeur) ou un trouble de l’hémostase.

Si toutes ces analyses ne permettent pas de déterminer l’origine de la diarrhée chronique, on pourra effectuer une endoscopie ou une laparotomie exploratrice afin d’obtenir plusieurs biopsies de l’IG.

Traitement

Pour le traitement symptomatique d’une diarrhée aiguë modérée de l’IG, on mettra en place un jeûne court (pas plus de 24h), suivi d’une réintroduction progressive de petites quantités d’aliments hautement digestibles et peu gras. On ne prescrira pas d’antibiotiques pour ces cas-là. Il existe des médicaments contenant des probiotiques, des prébiotiques, du kaolin et des pectines ; bien que leur utilisation soit largement répandue, il n’y a que peu d’études publiées démontrant leur efficacité. Les anti-spasmodiques tels que la butylscopolamine sont utiles lors de gêne abdominale ; cependant, il faudra dans ce cas envisager une cause plus sévère de diarrhée comme une obstruction. En l’absence d’amélioration, il convient d’examiner à nouveau le patient 2-3 jours plus tard. Il est important de ne pas oublier le traitement anti-parasitaire, surtout chez les chiots et les chatons.

Pour les cas sévères et aigus, il est généralement nécessaire de mettre en place une fluidothérapie pour réhydrater l’animal. Lors de méléna, on prescrira un gastro-protecteur (sucralfate, oméprazole ou un antagoniste des récepteurs H tel que la cimétidine). La suite du traitement dépend de l’origine de la diarrhée.

Lors d’une infection par Campylobacter symptomatique, on prescrira des comprimés d’érythromycine gastro­ résistants ; il ne faudra pas non plus oublier d’avertir le propriétaire de la nature zoonotique de cet agent afin qu’il maintienne une bonne hygiène. Lorsqu’un chien souffre d’une parvovirose, il lui faudra généralement des soins intensifs incluant une fluidothérapie (avec éventuellement des colloïdes et/ou du sang), un anti­-émétique, un gastro-protecteur, un soutien nutritionnel adapté ainsi que des antibiotiques en IV pour limiter le phénomène de translocation bactérienne lors d’hémorragie. Des études ont démontré l’efficacité de l’interféron oméga, recombinant d’origine féline, pour réduire la mortalité lors de parvovirose canine. Il ne faut pas oublier d’isoler les animaux souffrant d’une maladie infectieuse. Lorsqu’un chaton ou un chiot souffre de diarrhée, il ne faut pas négliger l’hypoglycémie qui s’installe rapidement ; on les supplémentera avec du glucose PO et IV.

Lors de diarrhée chronique ou récidivante de l’IG, il faut d’abord éliminer les origines parasitaires et alimentaires. Ceci étant fait, le traitement dépendra de la nature de l’affection sous-jacente.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

La majorité des cliniciens adopte une démarche par étape comme décrite précédemment pour le diagnostic et le traitement des diarrhées, car elles ne mettent généralement pas le pronostic vital en jeu. Bien que cette démarche soit justifiée sur le plan médical et qu’elle n’engendre pas de frais excessifs, elle signifie aussi que la diarrhée peut persister malgré le traitement initial. Il est donc important d’en informer les propriétaires afin qu’ils sachent que d’autres analyses seront peut-être nécessaires. Il arrive que certains animaux ne guérissent pas avant d’avoir établi le bon diagnostic et mis en place le traitement adapté.

La démarche par étapes décrite permet de limiter les frais, plutôt que d’effectuer tout un panel de tests d’un coup. La gestion des diarrhées aiguës modérées n’engendre généralement que très peu de frais, il suffit de donner quelques conseils simples sur l’alimentation. En revanche, pour les patients déshydratés dont l’état général est altéré, les frais seront forcément plus élevés, car il faudra les hospitaliser pour les réhydrater et les ré-alimenter. Pour les cas chroniques, des essais alimentaires et thérapeutiques successifs avec des anti-parasitaires ou des antibiotiques, tels que l’oxytétracycline ou le métronidazole, permettront de limiter les frais et de résoudre les signes cliniques dans de nombreux cas. Comme mentionné précédemment, les propriétaires doivent savoir qu’il peut être nécessaire de réaliser d’autres analyses, à l’origine de frais supplémentaires.

Le collapsus

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Collapsus - (0 Comments)
collapsus chien perte de connaissance urgences vétérinaires Pont de Neuilly Neuilly-sur-Seine Thierry Bedossa David Benaïm

© Mikkel Bigandt

Un « collapsus » peut être provoqué par une perte de conscience ou une incapacité à conserver sa posture nor­male. On peut grossièrement regrouper les causes de col­lapsus en trois catégories. Un collapsus brutal se réfère aux patients chez qui un mécanisme physiopathologique aigu provoque une chute brutale. Un collapsus épisodique décrit des patients souffrant d’épisodes de collapsus récurrents, pouvant être causés par un problème inter­mittent, ou par un problème chronique se compliquant de crises (ex : exacerbation d’une cardiopathie au cours d’un exercice). Ces épisodes durent en général très peu de temps et l’animal semblera normal lorsqu’il sera amené chez le vétérinaire. Un collapsus apparent décrit des pa­tients couchés possédant encore la capacité de se dépla­cer, mais préférant ne pas le faire.

Principaux diagnostics différentiels

*Origine des collapsus brutaux

  • Choc hypovolémique : hémorragie à la suite d’un traumatisme ou d’une rupture d’une tumeur splé­nique, choc septique, dilatation-torsion d’estomac

  • Cardiopathie : insuffisance cardiaque congestive sévère, épanchement péricardique, thrombo-embolie aortique chez les chats

  • Affection respiratoire : obstruction des voies aé­riennes, pneumonie, atteinte de l’espace pleural

  • Affection orthopédique : fracture d’un membre

  • Désordre électrolytique : hypoglycémie, maladie d’Addison, altération sévère de l’équilibre électroly­ tique, encéphalose hépatique, acido-cétose diabé­tique, obstruction vésicale

  • Maladie neurologique/neuromusculaire, exemple : trau­matisme crânien, tumeur cérébrale, intoxication, syndrome vestibulaire, maladie inflammatoire du sys­tème nerveux central (SNC), botulisme

  • Atteinte de la colonne vertébrale, ex : fracture, hernie discale, embolie fibro-cartilagineuse, infarctus de la moelle épinière, subluxation atlanto-axiale (certains souffriront de collapsus épisodiques)

  • Anémie sévère.

*Origine des collapsus épisodiques

  • Convulsions provoquées par une atteinte intracrâ­nienne, extracrânienne (comme lors d’encéphalose hépatique ou d’hypoglycémie épisodique), ou par une épilepsie idiopathique

  • Épisodes de syncopes

  • Cardiopathie : sténose sub-aortique, sténose pulmonaire, arythmies intermittentes (bradydysrythmies ou tachyarythmies soutenues), cardio­ myopathie dilatée, cardiomyopathie hypertrophique (chats)

  • Troubles métaboliques : hypoglycémie inter­ mittente chez les patients ayant un insulinome

  • Hyperviscosité : polycythémie

  • Hypotension orthostatique, instabilité vasomotrice (mal définie chez le chien et le chat)

  • Troubles neuromusculaires, ex : myasthénie, narco­ lepsie/cataplexie, myopathies héréditaires

  • Episodes de collapsus induits par l’exercice chez les patients souffrant d’une maladie chronique car­ diaque, respiratoire ou neuromusculaire

* Origine des collapsus apparents

  • Affection orthopédique, ex : arthrose, polyarthrite, atteinte bilatérale des ligaments croisés

  • Douleur sévère, ex : postchirurgicale ou traumatique

  • Neuropathies et myopathies, ex : myopathie induite par les corticoïdes

  • On arrivera parfois à faire se relever et marcher cer­ tains patients souffrant d’un collapsus apparent selon la sévérité de l’atteinte.

Approche diagnostique

Lors de son arrivée au cabinet, il faut examiner rapidement l’animal afin d’écarter toute urgence vitale. On évaluera donc son système respiratoire (schéma respiratoire, fréquence respiratoire, obstacles), son système cardiovasculaire (fréquence et rythme cardiaque, qualité du pouls, couleur des muqueuses) et son système nerveux (facultés mentales, signes de convulsions, réflexes médullaires), puis on évaluera succinctement s’il peut encore se tenir debout ou marcher, et s’il présente des signes de globe vésical (chats). On prendra sa température si on soupçonne la présence d’une hyperthermie ou d’une hypothermie.

A l’issue de cet examen, les patients dont le pronostic vital est engagé devront être stabilisés avant d’envisager un examen clinique complet et de recueillir une anamnèse détaillée. On fera une prise de sang pour déterminer les paramètres d’urgence tels que l’hématocrite, les protéines totales, l’urée, le glucose, le sodium et le potassium. On réalisera un frottis pour l’examiner plus tard, et on mettra de côté des tubes de sang pour faire des analyses sanguines et biochimiques si besoin. On pourra aussi prendre des clichés radiographiques ou faire une échographie s’ils sont indiqués. Il n’est en général pas nécessaire de sédater les patients souffrant d’un collapsus. L’échographie permet en particulier de détecter rapidement une accumulation intracavitaire de liquide, par exemple lors d’hémorragie. Les autres examens dépendront des conclusions de l’examen clinique rapide.

Les animaux souffrant de collapsus épisodiques peuvent sembler cliniquement sains lors de leur examen. Il faudra alors interroger les propriétaires pour en apprendre plus sur la nature, la durée et la fréquence des crises, si elles se déclarent au repos ou lors d’exercice, toute modification de l’environnement précédant une crise, un changement de conscience ou une modification du schéma respiratoire, et s’il y a des signes neuro-végétatifs durant les crises comme une salivation, une défécation ou une miction. Il faut essayer d’établir si les crises s’apparentent à des syncopes ou à des convulsions. Une syncope se produit généralement au cours d’une excitation ou d’un exercice, et dure quelques secondes au cours desquelles l’animal apparaît « mou » ; il se remet ensuite en général rapidement et complètement. Les convulsions se produisent plutôt lorsque l’animal est au repos et peuvent durer de quelques secondes à plusieurs minutes ; elles sont souvent associées à des mouvements musculaires tonico-cloniques avec des signes neuro-végétatifs, puis suivies d’un état post-ictal.

Lorsqu’on débute les investigations d’un cas présen­tant des collapsus épisodiques, il faut commencer par un examen clinique et neurologique complet, réaliser des analyses sanguines et biochimiques (comprenant les électrolytes et la glycémie à jeun), et faire une ana­lyse urinaire. Il peut parfois être utile de demander au propriétaire de filmer une crise. Les autres examens complémentaires à effectuer dépendront du cas, on pourra envisager d’étudier un électrocardiogramme (ECG) – un examen Hotter durant 24h est particulière­ ment indiqué chez les races prédisposées aux dysryth­mies ventriculaires intermittentes comme les boxers et les dobermans; une mesure de la pression artérielle,des radiographies, une échocardiographie, une analyse des gaz sanguins artériels, un test de stimulation à lACTH.

Quel traitement ?

Les premiers examens devront permettre d’identifier tout problème mettant immédiatement en danger la vie de l’animal, afin de pouvoir les traiter de façon appropriée. Par exemple, il faudra administrer aux animaux en choc hypovolémique des bolus de fluides en IV (attention aux patients présentant des lésions pulmonaires ou avec une cardiopathie), supplémenter en oxygène ceux qui sont en détresse respiratoire en attendant d’identifier l’origine du problème et de le traiter, et administrer en urgence des anti-convulsivants tels que le diazépam aux animaux qui convulsent. La suite du traitement dépend de la nature de la maladie.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement efficace repose sur l’identification de la cause des collapsus, en utilisant une approche efficace et ordonnée. Certains patients souffrant d’un collapsus ont en réalité une maladie en stade terminal et il faudra alors envisager l’euthanasie.

Les investigations des collapsus épisodiques peuvent se révéler coûteuses et frustrantes, et les propriétaires doivent en être avertis dès le début. Pour les patients dont les crises restent rares et aucune anomalie n’est détectée à l’issue des premiers examens, on conseillera d’attendre de voir comment son état évolue. Toutefois, ceci n’est pas conseillé chez les boxers et les dobermans car ils sont prédisposés aux dysrythmies ventriculaires intermittentes pouvant potentiellement mettre leur vie en danger. Il faudra donc réaliser une échocardiographie et un examen Holter.

Les ictères

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Ictères - (0 Comments)
ictère chien jaunisse urgences vétérinaires Pont de Neuilly Neuilly-sur-Seine Thierry Bedossa David Benaïm

© alexei_tm

Un ictère, appelé communément « jaunisse », correspond à une coloration jaune de la peau, des muqueuses et de la sclère à cause d’une accumula­tion de bilirubine. La bilirubine est le produit de dégradation des hématies. Elle est normalement mé­tabolisée par le foie puis excrétée dans la bile, mais elle peut s’accumuler lorsqu’elle est présente en trop grande quantité et que les capacités du foie sont dépassées, ou bien si le foie ne fonctionne plus normalement, ou encore lorsque les voies biliaires sont obstruées ou altérées.

On classe ces trois mécanismes respectivement comme causes d’ictères pré-hépatique, hépatique, ou posthé­patique. En général, un ictère ne sera pas cliniquement détectable avant que la valeur sérique de la bilirubine ne dépasse environ 25 µmol/L (l’intervalle de référence est typiquement 0-10 µmol/L).

Principaux diagnostics différentiels

Ictère pré-hépatique

- Hémolyse, ex : anémie hémolytique à médiation immunitaire ou infection par M. haemofelis chez les chats

Ictère hépatique

  • Hépatite aiguë (médicamenteuse, toxique, leptospi­rose ou hépatite de Rubarth [CAV-11)

  • Hépatite chronique (auto-immune, médicamenteuse, ex : phénobarbital, maladie génétique, ex : maladie de Wilson)

  • Cholangite

  • Tumeur (primitive ou métastatique)

  • Lipidose hépatique (chats)

  • PIF (chats)

  • Cirrhose

  • Septicémie

Ictère posthépatique

  • Pancréatite ou tumeur pancréatique

  • Tumeur touchant les voies biliaires

  • Rupture des voies biliaires (péritonite biliaire)

Approche diagnostique

Il faut recueillir des commémoratifs détaillés auprès du propriétaire, en particulier concernant le statut vaccinal ou certains symptômes tels qu’un manque d’appétit, une modification de la prise de boisson,des vomissements, une diarrhée, une exposition à des médicaments ou à des toxiques. On réalisera un examen clinique complet, bien qu’il ne soit pas possible de distinguer les différentes origines possibles d’un ictère uniquement à partir de ce dernier. On soupçonnera une maladie hémolytique en cas de pâleur extrême. La présence d’une hépatomégalie ou d’une masse abdominale en région crâniale peut indiquer un processus tumoral, mais l’hépatomégalie n’implique pas forcément une origine hépatique, comme lors d’anémie hémolytique. On peut parfois palper des masses pancréatiques, mais elles sont souvent difficiles à différencier d’une tumeur hépatique ou d’une autre masse localisée dans l’abdomen crânial.

Pour poursuivre les investigations, il faudra faire appel à des examens complémentaires. On réalisera d’abord des analyses sanguines et biochimiques. La pâleur peut être difficile à détecter lors d’ictère sévère, mais un hématocrite normal permettra d’exclure une maladie hémolytique. Une hémolyse provoque généralement une anémie fortement régénérative. On retrouvera souvent une sphérocytose, une agglutination et/ou un test de Coombs positifs lors d’hémolyse à médiation immunitaire.

Une analyse biochimique aidera à établir le diagnostic et à évaluer l’état général du patient, mais on ne pourra pas compter dessus pour trouver l’origine de l’ictère. On évaluera le taux d’alanine aminotransférace (ALAT), les PAL, la bilirubine totale, l’urée, la créatinine, l’albumine, les globulines, le glucose, le sodium, le potassium, le calcium et le cholestérol, ainsi que la Ɣ-glutamyl transférase (ƔGT) chez les chats. Parmi ces paramètres, les enzymes hépatiques seront utiles pour déterminer l’origine de l’ictère, mais il faut garder à l’esprit que toutes les causes d’ictère pourront engendrer une élévation des enzymes hépatiques. L’ALAT est un marqueur de souffrance hépatocellulaire, alors que les PAL, les ƔGT et le cholestérol sont des marqueurs de cholestase ; les élévations respectives aideront à trouver l’origine de l’ictère. L’hypoxie que peut provoquer une hémolyse peut entraîner une augmentation modérée (du double au triple) des enzymes hépatiques. Lors d’atteinte hépatique, toutes les enzymes sont susceptibles d’être augmentées significativement (plus de 4-5 fois la norme), sauf pour certaines maladies où le volume hépatique diminue beaucoup (ex : cirrhose terminale), elles pourront alors être dans la norme. Lors d’obstruction biliaire, les PAL, les ƔGT et le cholestérol seront plus élevés que les ALAT ; mais les ALAT seront quand même en général légèrement élevées à cause de la cytotoxicié de la bile. Le dosage des ƔGT chez les chats est intéressant car elles sont de bons marqueurs de cholangiohépatite, mais pas de lipidose hépatique. L’évaluation du taux d’acides biliaires chez les patients présentant un ictère n’est pas très utile, car l’ictère interfère en général avec les analyses. Le dosage de la bilirubine permettra de confirmer une suspicion d’ictère si la clinique est équivoque, et il permettra aussi d’évaluer l’efficacité du traitement qui sera mis en place ; mais il ne permettra pas d’identifier l’origine de l’ictère. Les mesures de la bilirubine conjuguée et de la bilirubine libre ne sont pas fiables et il n’est plus conseillé de les réaliser.

Les autres paramètres biochimiques n’aideront pas à déterminer l’origine de l’ictère, mais serviront à éclairer d’autres aspects de la santé du patient. Un ictère sévère peut interférer avec la mesure de la créatinine et du phosphore, selon la technique utilisée au laboratoire. Le dosage de l’amylase et de la lipase sérique peut être utile lors de pancréatite aiguë ; en effet, une augmentation de ces deux paramètres de quatre à cinq fois la normale, accompagnée des signes cliniques adéquats sera compatible avec un diagnostic de pancréatite aiguë. Cependant, ces paramètres ne sont pas très sensibles ni spécifiques, il est plutôt conseillé de faire un dosage de l’immunoréactivité de la lipase pancréatique spécifique d’espèce (cPLI ou fPLI).

Pour distinguer une origine hépatique d’une origine posthépatique, l’examen de choix sera une échographie abdominale par un vétérinaire compétent. On pourra ainsi évaluer la taille et l’architecture du foie, et déceler des anomalies telles qu’un processus tumoral. S’il y a une obstruction biliaire posthépatique complète, la vésicule biliaire et les voies biliaires extra-hépatiques deviendront visibles après 24h, les voies biliaires intra-hépatiques le seront au bout d’une semaine. Il faut aussi examiner le pancréas et mesurer la lipase pancréatique féline ou canine si l’on suspecte une pancréatite. Une échographie permettra aussi de déceler toute accumula­tion de liquide, pouvant être provoquée par une hypertension portale associée à une maladie hépatique au stade terminale, ou suggérant une péritonite biliaire. Des clichés radiographiques permettront d’évaluer la taille du foie, aideront à identifier d’éventuelles masses, et peuvent suggérer la présence de liquide dans l’abdomen, mais ils ne permettront pas d’identifier la cause de l’ictère aussi facilement que l’échographie.

Les autres tests pouvant être envisagés (selon le cas) incluent une sérologie pour Leptospira, des investigations spécifiques pour les chats suspects de PIF, une abdominocentèse, une cytoponction ou une biopsie hépatique (après évaluation de toute l’hémostase). Lorsqu’on a exclu une hémolyse, une infection ou une intoxication comme origines potentielles de l’hépatite, et qu’il n’est pas possible de réaliser une échographie (ou qu’elle n’a pas éclairé le diagnostic), il reste trois options. On peut d’abord garder l’animal sous soins intensifs durant quelques jours ; on peut aussi envisager une chirurgie exploratrice pour trouver l’étiologie ; ou encore le référer à un spécialiste en échographie pour poursuivre les investigations/traitement de façon appropriée. Notez que les chirurgies exploratrices ainsi que les traitements des ictères posthépatiques sont difficiles et seront mieux conduits avec l’aide d’un spécialiste.

Quel traitement ?

Pour traiter un ictère, il faut identifier son origine. Dans le cas où il est causé par une anémie hémolytique à médiation immunitaire primaire, on démarrera le traitement par des doses immunosuppressives de corticoïdes associées à des soins de soutien comportant des produits sanguins si nécessaire.

Beaucoup de patients seront déshydratés à la suite de la baisse de leur prise de boisson et d’un manque d’appétit, il faudra donc les perfuser et stimuler leur prise alimentaire en attendant les résultats des examens complémentaires. Les anti-émétiques sont indiqués chez les patients présentant des vomissements. Ceux qui présentent une péritonite biliaire ou une obstruction complète des voies biliaires doivent être opérés en urgence, et de préférence référés à un spécialiste dès que possible.

Si on soupçonne une leptospirose (par exemple chez les chiens non vaccinés qui se seraient baignés ou qui auraient été en contact avec des rats), il faut isoler l’animal, le perfuser et lui administrer de l’ampicilline. On continuera l’ampicilline durant au moins 2 semaines puis on poursuivra par 2 semaines sous doxycycline, afin d’aider l’organisme à se débarrasser des bactéries dans les reins. L’hépatite de Rubarth est de moins en moins courante, mais il faut quand même l’envisager chez les animaux non vaccinés.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement efficace nécessite d’avoir trouvé et traité l’origine de l’ictère. Les maladies telles qu’une anémie hémolytique à médiation immunitaire, une hépatopathie toxique, une hépatite, une leptospirose, une lipidose hépatique ou encore une pancréatite possèdent un pronostic assez bon, et un traitement approprié pourra conduire à une rémission complète. Cependant, pour les cas de néoplasie ou de cirrhose, le pronostic est mauvais et on pourra être amené à considérer l’euthanasie.

Lorsque le budget est restreint, l’objectif principal est de déterminer le pronostic aussi rapidement que possible. Mais comme ce dernier est très lié au diagnostic, il n’est parfois pas possible de l’établir sans avoir suivi toute la démarche diagnostique décrite ci-dessus. On pourra évaluer !’hématocrite pour éliminer facilement une hémolyse comme origine de l’ictère. Après cette analyse, le clinicien risque d’être obligé d’établir un pronostic en se basant sur la probabilité de chaque hypothèse diagnostique envisagée. On retiendra que souvent, un ictère chez un chien ou un chat âgé résulte d’une atteinte hépatique terminale ou d’une tumeur en phase terminale et on pourra envisager l’euthanasie.

On pourra faire un traitement d’essai avec des antibiotiques si l’on a écarté l’hypothèse d’une hémolyse mais que les propriétaires ne souhaitent pas poursuivre les investigations. Une origine bactérienne étant rare chez les chiens (à part en cas de leptospirose), ce traitement ne sera pas souvent efficace. Pour les chats (chez qui une cholangite suppurée est plus fréquente), un traitement initial avec des antibiotiques à large spectre peut être bénéfique avec de la prednisolone à dose anti-inflammatoire si son état ne s’améliore pas. Il faut cependant informer les propriétaires des risques encourus lors de la prescription de prednisolone, à la fois concernant les effets secondaires, mais aussi en cas de maladie infectieuse non diagnostiquée.

Les pododermatites

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Pododermatites - (0 Comments)
pododermatite chien chat urgences vétérinaires pont de neuilly urgences vétérinaires neuilly-sur-seine

Crédit : Fotolia

Il existe une grande variété d’affections touchant les doigts des chiens et des chats. Les lésions peuvent se limiter aux extrémités, mais il est fréquent qu’elles soient associées à une affection cutanée plus étendue. Certaines de ces affections sont traitées dans d’autres chapitres, nous nous restreindrons donc aux affections purement podales. Les causes peuvent être multiples, et l’évaluation attentive des lésions ainsi que de leur répartition aidera le clinicien dans sa démarche. Les affections podales peuvent être prurigineuses et/ou douloureuses, et ainsi engendrer du léchage, des mordillements ou une faiblesse du membre atteint.

Principaux diagnostics différentiels

*Chiens

Prurit et érythème interdigités

  • Démodécie

  • Infestation par Trombicula

  • Dermatite à Malassezia

  • Syndrome de prolifération bactérienne

  • Dermatite atopique

  • Allergie alimentaire

  • Dermatite de contact

Nodule(s) interdigité(s) ± fistule(s)

  • Démodécie

  • Corps étranger

  • Furonculose bactérienne et pyogranulome

  • Granulome fongique

  • Furonculose traumatique (poils incarnés)

  • Rupture d’un kyste folliculaire

  • Pyogranulome stérile

  • Tumeur (adénome sébacé, papillome, tumeur plasmocytaire, histiocytome, mastocytome, tumeur des glandes sudoripares)

Affections des coussinets

  • Hyperkératose liée à l’âge (Cocker Spaniel, Beagle, Basset Hound)

  • Hyperkératose liée à la race (Golden Retriever, Labrador Retriever, Irish Terrier, Norfolk Terrier, Kerry Blue Terrier, Dogue de Bordeaux)

  • Kératome/corne cutanée (Greyhound)

  • Syndrome hépatocutané

  • Pemphigus foliacé

  • Dermatose répondant à l’administration de zinc

  • Acrodermatite létale (Bull Terrier)

  • Vitiligo (dépigmentation)

Affection des griffes

  • Traumatisme

  • Onychodystrophie lupoïde

  • Onychomycose

  • Tumeurs de la racine des griffes (carcinome spino­ cellulaire, kérato-acanthome, mélanome)

*Chats

  • Abcès par morsure de chat

  • Infections associées au FeLV/FIV

  • Infection cutanée virale (poxvirus, herpesvirus, caIicivirus)

  • Infestation par Trombicula

  • Démodécie

  • Pododermatite allergique

  • Granulome éosinophilique

  • Dermatophytose

  • Pododermatite plasmocytaire féline

  • Vitiligo des coussinets (dépigmentation)

  • Traumatisme des griffes

  • Tumeur de la racine des griffes (carcinome épidermoïde, fibrosarcome, métastase digitée d’une tumeur pulmonaire)

  • Paronychie (infection bactérienne, pemphigus foliacé)

Approche diagnostique

Lorsqu’un animal est présenté avec une affection podale, les cliniciens essaieront d’abord de déterminer si l’anamnèse et l’examen clinique permettent la « reconnaissance d’un schéma ». Cette approche est particulièrement utile lorsqu’il est possible de voir distinctement le point d’entrée d’un corps étranger ou d’une larve de Trombicula. Les cliniciens expérimentés et les dermatologues seront aussi capables de reconnaître un vitiligo (dépigmentation bénigne des coussinets), une pododermatite plasmocytaire féline (une affection particulière dans laquelle les coussinets deviennent congestionnés, mous et parfois ulcérés) ou une onychodystrophie lupoïde (chute de plusieurs griffes sans raison apparente). Lorsque des lésions cutanées sont présentes ailleurs, elles peuvent donner des indices importants sur le diagnostic. Par exemple, la dermatite atopique, le pemphigus foliacé, la dermatose répondant au zinc et le syndrome hépato-cutané produisent tous des lésions cutanées caractéristiques dans d’autres zones du corps.

Il est important pour le diagnostic de décrire précisément les lésions podales (voir plus haut). Chez les chiens, les cliniciens rechercheront aussi des anomalies anatomiques ou pathologiques pouvant avoir déclenché ou entretenu les affections décrites précédemment, en particulier celles résultant de la rupture de follicules pileux. Ils examineront par exemple la conformation des membres et des coussinets à la fois lorsque le chien est debout et lorsqu’il ne s’appuie pas dessus. Chez certains chiens, la conformation des coussinets est anormale, et quelques poils peuvent se retrouver sous une zone d’appui (ex : coussinet en fer à cheval). Les follicules pileux vont alors créer des lésions traumatiques en s’implantant dans le derme, en particulier chez les races à poils courts, et provoquer une furonculose et une réaction inflammatoire pyogranulomateuse. Des phénomènes prolifératifs chroniques, comme une hyperplasie et une fibrose interdigitée, vont ensuite augmenter les phénomènes de friction, les traumatismes et l’inflammation.

L’étape suivante pour essayer d’établir un diagnostic précis implique l’examen au microscope de prélèvements réalisés au niveau des extrémités. Il est capital d’éliminer l’hypothèse d’une démodécie lorsque les lésions podales touchent les follicules pileux. La pododémodécie peut se manifester de façon localisée, et en l’absence d’autres lésions sur le reste du corps, c’est une maladie souvent chronique et difficile à traiter chez les chiens. Plus elle est diagnostiquée tôt, plus le traitement aura de chances d’être efficace. Elle complique souvent le diagnostic car on peut être confronté à plusieurs formes, avec par exemple de l’érythème, de l’alopécie, des nodules, ou des fistules. Il est possible de mettre en évidence les acariens grâce à un raclage ou un trichogramme.

Il est nécessaire d’effectuer un examen cytologique d’un scotch test et d’un calque pour identifier une 1 dermatite à Malassezia ou une infection bactérienne. Ces examens peuvent aussi révéler un syndrome de prolifération bactérienne, qui correspond à une maladie prurigineuse dans laquelle un nombre très important de micro-organismes sont présents sans signe de réponse neutrophilique. Les infections podales récurrentes peuvent être provoquées par beaucoup de maladies sous-jacentes, comme par exemple une hypersensibilité alimentaire à tropisme cutané, une hypothyroïdie, un syndrome de Cushing, une administration excessive de corticoïdes, une maladie systémique, une infection par le FeLV/ FIV ou une prédisposition raciale (surtout chez les Bull terriers). Lorsque l’on rencontre des bactéries peu courantes lors de l’examen cytologique (ex : coques), ou lorsqu’une infection bactérienne ne régresse pas suite à un premier traitement, il est préférable d’effectuer une culture avec un antibiogramme. L’examen cytologique est aussi précieux dans le diagnostic des granulomes éosinophiliques, des pododermatites plasmocytaires, des dermatophytoses, _ des pemphigus foliacés, des tumeurs et des dermatoses répondant à l’administration de zinc.

Il est possible de réaliser d’autres examens complémentaires selon la nature des lésions et des signes cliniques. Lorsque les pattes sont rouges et prurigineuses, il convient de s’orienter vers une origine allergique une fois que les hypothèses parasitaires et infectieuses ont été éliminées. Lorsqu’une alopécie étendue est présente, il convient de rechercher une dermatophytose. Lorsque des nodules interdigités ± des fistules sont présents, on recherchera la présence d’un corps étranger, d’une démodécie ou d’une infection bactérienne avant d’envisager d’autres examens complémentaires. Une fois ces affections éliminées ou traitées, il est conseillé de réaliser une biopsie cutanée afin de caractériser le processus pathologique impliqué, et d’identifier la nature de la réponse inflammatoire, ainsi que la présence ou l’absence de kystes folliculaires, de follicules pileux dans le derme, d’éléments fongiques, de fibrose ou d’une tumeur. Une biopsie est également indiquée lorsque l’on suspecte une infection Ivirale ou une maladie touchant les coussinets, à moins que les modifications ne semblent pas cliniquement pertinentes (ex : vitiligo ou hyperkératose liée à l’âge). Si l’on suspecte la présence d’une tumeur, on pourra explorer cette hypothèse en réalisant une biopsie ou une aspiration à l’aiguille fine.

Quel traitement envisager ?

Il faut d’abord traiter toute infection ou infestation parasitaire pouvant être à l’origine de la pododermatite.

Si l’on détecte des micro-organismes peu courants, ou si l’on suspecte une résistance, on réalisera une culture puis un antibiogramme à partir d’une biopsie cutanée ou d’une fistule profonde, afin d’adapter le traitement antibiotique. Tant que les lésions régressent, il faut poursuivre le traitement antibiotique, ce qui peut nécessiter de 1 à 3 mois de traitement dans les cas chroniques. Chez certains patients, ce traitement permettra une disparition complète des lésions, alors que chez d’autres, il ne sera pas suffisant. Dans ce cas, il conviendra de poursuivre les investigations afin de déterminer la cause sous-jacente.

Un traitement local à base de shampoings et de crèmes antiseptiques peut être associé au traitement des infections purement bactériennes, mais peut également être utilisé seul lors d’une dermatite à Malassezia ou d’un syndrome de prolifération bactérienne. Les pommades à base d’acide fusidique (Fucidine®, Vetxx) ou de mupirocine (Bactroban®) sont très efficaces pour traiter les nodules hébergeant une infection bactérienne profonde.

Si une allergie cutanée sous-jacente est présente, il faudra la prendre en charge à long terme.

Les cas de pododermatite les plus difficiles chez le chien sont ceux qui sont associés à des ruptures de follicules pileux et à des kystes folliculaires multiples provoquant l’apparition de nodules interdigités. Ils peuvent être associés à une infection bactérienne sévère et il arrive souvent que des pyogranulomes stériles persistent, même après une administration prolongée d’antibiotiques. Il convient alors de prescrire des corticoïdes systémiques ou locaux pour limiter la réaction inflammatoire et permettre la guérison des nodules récalcitrants. Si le problème fait suite à une conformation anormale des doigts, l’utilisation à long terme de corticoïdes peut être appropriée. Dès que les lésions entrent en rémission, il faudra déterminer la dose efficace la plus faible, avec une administration à jours alternés. Des résultats similaires pourront être obtenus avec de la ciclosporine et/ou du tacrolimus topique, mais ces médicaments sont beaucoup plus cher. Des bains quotidiens de sels d’Epsom (une solution saturée en MgS0 ) peuvent aussi être utiles pour assouplir la couche cornée, et permettre au matériel étranger incrusté de s’extraire de la peau.

Un dermatologue est souvent plus compétent pour prendre en charge et traiter les cas de pododermatite, car leurs origines sont très diverses, et il est important d’établir un diagnostic précis avant d’initier un traitement.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Il existe deux situations dans lesquelles le propriétaire peut penser que le traitement est inefficace : lorsque le problème est récurrent ou lorsque les lésions sont réfractaires au traitement initié.

La principale raison pour que des lésions récidivent après un traitement apparemment efficace, est l’échec de l’identification de la cause sous-jacente. Le scénario le plus courant est une infection podale récurrente secondaire à une dermatite allergique sous-jacente, une affection endocrinienne ou une maladie systémique. Si la cause sous-jacente ne peut être déterminée, mais que les lésions semblent répondre au traitement antibiotique, on peut envisager de l’administrer par intermittence. Il est préférable de référer ces cas à des spécialistes.

La pododermatite peut être réfractaire au traitement si le diagnostic est incorrect ou si la cause sous-jacente n’a pas été traitée en même temps. De plus, les complications principales d’une pododermatite sont une fibrose et des cicatrices. Elles peuvent être causées par une inflammation chronique, une infection, une furonculose ou par réaction vis-à-vis d’un corps étranger et peuvent être à l’origine de séquelles irréversibles.

Les traitements spécifiques envisageables en cas de fibrose ou de cicatrice sont :

  • Les corticoïdes – utilisés pour réduire la production de tissus cicatriciels

  • La pentoxifylline – utilisée pour ses vertus anti­ fibrotiques à la dose de 15 mg/kg deux fois par jour. Son efficacité est variable mais peut être bénéfique dans certains cas

  • La chirurgie – l’exérèse chirurgicale des nodules récalcitrants ou des zones focales cicatricielles peut être envisagée lors de lésions chroniques. L’opération est assez simple lorsque les lésions sont isolées et modérées. Lorsque l’on est face à des lésions interdigitées sévères, chroniques et fibrosées, on peut effectuer une podoplastie. Il faut alors retirer le tissu interdigité lésé puis, soit séparer les orteils de façon permanente, soit fusionner les coussinets des zones d’appui. Ces opérations, bien que potentiellement curatives, comportent un risque élevé de complications et devront être réalisées par des chirurgiens expérimentés dans ce domaine.

La démodécie

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Démodécie - (0 Comments)
démodécie chien chat urgences vétérinaires pont de neuilly urgences vétérinaires neuilly-sur-seine

© Dogs

La démodécie est une affection cutanée provoquée par la prolifération des acariens Demodex canis, Demodex injai ou d’un Demodex auquel on n’a pas encore attribué de nom ayant un corps plus court. Certains demodex font partie de la flore cutanée commensale des animaux de compagnie et de l’homme ; on les retrouve au niveau des follicules pileux de la tête et des paupières. Ces acariens colonisent les animaux durant leurs premiers jours de vie à l’occasion de l’allaitement. Le chien est la seule espèce à être assez couramment atteinte de démodécie. On pense que les chiens déclarant une démodécie et âgés de moins de 18 mois seraient porteurs d’une anomalie empêchant leur système immunitaire de réguler la multiplication des demodex. Chez les adultes, le développement de cette maladie peut être dû à un traitement avec des corticoïdes, des médicaments cytotoxiques, à un syndrome de Cushing, une hypothyroïdie, une tumeur ou encore être idiopathique.

Anamnèse et signes cliniques

Lors de démodécie, on observe classiquement une chute de poils. Du prurit est associé dans 30 % des cas. La démodécie peut se présenter sous une forme localisée, généralisée ou podale. La peau peut être érythémateuse, de couleur normale ou parfois hyperpigmentée. Lorsqu’on examine la peau de près, on pourra trouver des comédons ou des manchons pilaires qui sont révélateurs d’une hyperkératose folliculaire. Lors d’infections bactériennes secondaires, on observe des pustules, des nodules ou des fistules.

Techniques diagnostiques spécifiques

La démodécie fait partie du diagnostic différentiel de toute alopécie focale, multifocale ou généralisée (que du prurit soit associé ou non), mais également de façon générale dès lors qu’on observe du prurit et que son , origine reste inconnue. On ne peut établir un diagnostic de démodécie qu’après visualisation des demodex à partir d’un prélèvement cutané. Il est fortement déconseillé de baser son diagnostic uniquement sur les signes cliniques, car le traitement d’une démodécie est long et fastidieux, et nécessite un suivi régulier de la prolifération des demodex pour être efficace.

Voici quelques tests pouvant être utilisés afin de détecter la présence de Demodex :

  • Raclage profond : il faut aller jusqu’à la rosée sanguine. On conseille de placer le prélèvement dans une goutte de lactophénol puis sur une lame ; on pourra l’observer au microscope au grossissement x4. Chez les chiens souffrant de démodécie, on observera facilement leur présence. Certains cliniciens pensent qu’il est normal de trouver quelques demodex chez un chien sain. Ce n’est pas vrai : si l’on trouve des Demodex sur un raclage cutané, c’est que le chien souffre d’une démodécie clinique. La population commensale n’est pas suffisamment nombreuse pour que l’on puisse en trouver sur un raclage.

  • Arracher quelques poils (trichogramme) : il est plus facile à réaliser qu’un raclage, en particulier autour de la tête ou au niveau des membres. On cherchera les acariens au niveau du bulbe et de la tige.

  • Biopsie cutanée : elle n’est normalement pas indiquée pour diagnostiquer une démodécie. Si le diagnostic est établi par cette voie, c’est que le clinicien a mal évalué les signes cliniques de l’animal.

Quel traitement ?

Pour qu’un chien guérisse d’une démodécie, il faut que les symptômes disparaissent et qu’on ne trouve plus de demodex lors de l’examen microscopique. Il s’agit d’une différence majeure comparé au traitement des autres atteintes parasitaires. Il est important de suivre cette recommandation car l’animal peut sembler guéri cliniquement, alors que les demodex sont toujours nombreux ; un arrêt du traitement provoquerait alors une rechute. C’est pour cela qu’il faut mettre en place un suivi de l’animal et effectuer un raclage et/ou un trichogramme régulièrement.

Les jeunes chiens atteints de démodécie localisée modérée guériront spontanément dans 90% des cas grâce à une réponse efficace de leur système immunitaire. Dans ces cas-là, on conseille de l’expliquer au propriétaire et d’attendre avant de débuter un traitement. On programmera une visite de contrôle quatre semaines plus tard pour s’assurer que son état s’est amélioré. Cette approche permettra de savoir si le chien est prédisposé à développer une nouvelle démodécie plus tard dans sa vie, en particulier s’il est amené à prendre des molécules immuno-suppressives pour le traitement d’une autre maladie. S’il s’avère nécessaire de traiter une démodécie localisée dès le départ, en particulier lorsque le propriétaire insiste, on se limitera à des molécules peu agressives comme de la moxidectine ou une application topique d’amitraz.

Lorsque les lésions sont plus sévères et très étendues, il est peu probable que la guérison soit spontanée, il faut donc mettre en place un traitement. Pour le moment, seules l’amitraz en topique et la moxidectine en spot-on ont une AMM pour traiter la démodécie, les cliniciens préfèreront donc l’utilisation de l’un de ces deux molécules. Toutefois, la moxidectine en spot-on n’est pas la plus efficace pour traiter une démodécie généralisée ; on choisira donc plutôt soit l’amitraz en première intention, soit on démarrera le traitement avec de la moxidectine pour le poursuivre avec de l’amitraz si elle se révèle inefficace.

Le protocole classique consiste à réaliser des shampoings toutes les semaines avec de l’amitraz et de revenir pour un contrôle tous les mois. Chez les races à poils longs, il pourra être nécessaire de couper leurs poils afin que le traitement pénètre plus facilement dans la peau. Si la peau est recouverte de nombreuses squames ou croûtes, on effectuera un premier shampoing à base de peroxyde de benzoyl. Si c’est le propriétaire qui effectue les shampoings, on lui recommandera de porter des gants et un tablier de protection, ainsi que de faire le shampoing dans un endroit bien ventilé. On préparera la solution d’amitraz selon les recommandations du fabricant, puis on la répartira sur tout le corps de l’animal avec une éponge, et on la laissera sécher.Dans les zones difficiles comme la tête, on pourra répartir la solution avec du coton. Pour bien traiter l’extrémité des membres, on conseille de mettre le chien debout avec l’extrémité des membres dans la solution pendant qu’on l’applique au reste du corps. Il faudra empêcher le chien de se lécher le temps que le produit sèche.

On pratiquera des raclages cutanés tous les mois afin de déterminer quand on pourra arrêter le traitement. Il sera terminé lorsque les lésions auront disparu et que deux raclages à un mois d’intervalle seront négatifs. Ainsi, la plupart du temps, le traitement devra être poursuivi durant au moins 2 mois, et pour les cas les plus sévères il pourra durer jusqu’à six mois.

Voici quelques conseils à suivre pour augmenter les chances de réussite :

  • Ne jamais administrer de corticoïdes à un chien atteint de démodécie, même lorsqu’il souffre d’un prurit sévère. Ils augmenteront la durée du traitement et empêcheront une guérison complète.

  • Lors d’infection bactérienne secondaire, on associera aux shampoings des antibiotiques par voie systémique jusqu’à résolution de la pyodermite

  • Les chiennes non-stérilisées devront l’être lorsque la maladie commence à guérir mais avant sa résolution complète. En effet, les variations hormonales survenant autour de l’œstrus peuvent déstabiliser les interactions entre le système immunitaire et les demodex, et provoquer une rechute

  • Si le chien est adulte lorsque la maladie se déclare, il faut s’assurer qu’il ne souffre pas d’une maladie sous-jacente. On réalisera des analyses de routine telles qu’une NF sanguine, une biochimie, une analyse d’urine, et on éliminera l’hypothèse d’un syndrome de Cushing.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

La plupart des cas de démodécie guériront si les consignes précédentes ont été bien suivies pendant le temps nécessaire. Mais il peut arriver que les demodex persistent malgré la disparition des lésions. Si le chien n’a reçu qu’un traitement en spot-on de moxidectine, on démarrera les shampoings d’amitraz. On envisagera un traitement hors AMM si, à l’issue de 3 à 6 mois de traitement avec de l’amitraz, les demodex sont toujours présents. Le plus souvent, on prescrira de la milbémycine ou de l’ivermectine. Les cliniciens ne s’engageront dans ces protocoles que s’ils sont familiers avec les posologies et les effets secondaires potentiels. Il peut arriver que les demodex ne disparaissent pas complètement lors des contrôles malgré de nombreux traitements avec différentes molécules : il faudra alors mettre en place un traitement à poursuivre à vie.

Enquête sur le Border Collie Collapse

janvier 6th, 2017 | Redigé par admin in Etudes - (0 Comments)
border collie border collie collapse

© dvorakveronika

Le « Border Collie Collapse », ou BCC, est reconnu comme une forme d’intolérance à l’exercice chez les border collies, les Kelpies et les races apparentées aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Les chiens expérimentant un « BCC » sont normaux au repos, mais après 5-15 minutes d’exercice intense peuvent développer un manque de coordination ainsi qu’une altération de la lucidité.

Alors que de nombreux vétérinaires et propriétaires de chiens n’ont pas entendu parler de cette affection, Sue Taylor, DVM, DACVIM, chercheur principal sur l’étude BCC imprimée dans le JAAHA, explique que « ce n’est pas rare et c’est un problème important chez ces races. » La Border Collie Association, la AKC Canine Health Foundation et la Border Collie Society of America ont tous reconnu cela et appuyé la recherche du Dr Taylor.

Le « BCC » peut être un problème important, mais il n’existe aucune donnée sur sa prévalence, parce qu’il n’existe encore aucun test de diagnostic. Katie Minor, l’un des chercheurs impliqués dans l’étude, a participé à un test mené à grande échelle au Minnesota, sur un groupe de chiens dont près de 5% manifestaient des signes de BCC. Si ce pourcentage est indicatif de sa présence à travers la race, le BCC est à peu près aussi répandu que « l’exercise induced collapse » (EIC) chez les retrievers, mais les chercheurs doivent trouver la source de BCC pour déterminer plus précisément les chiffres.

L’EIC étudié en laboratoire semblait avoir beaucoup de similitudes avec le BCC, et on pensait d’ailleurs pendant longtemps que les deux étaient probablement connectés, mais il est désormais prouvé que les chiens manifestant le BCC n’ont pas le marqueur génétique qui cause l’EIC. Malgré l’absence de la mutation liée à l’EIC, le Dr Taylor a déclaré: « Nous pensons que le BCC est héréditaire et familiale, mais jusqu’à ce que nous trouvions la cause génétique, il est peu probable que nous comprenons la pathogenèse de ce type de malaise. »

La recherche sur le BCC se concentre maintenant sur la localisation de sa cause génétique. Le Dr. Minor a déclaré avoir collecté des échantillons d’ADN provenant d’environ 200 chiens jusqu’à présent. Les échantillons sont ensuite analysés dans le cadre d’une étude d’association génomique (GEDA) : « La plupart des échantillons d’ADN que nous avons ont été exécutés sur une puce GWAS avec 170 000 marqueurs. Il y aura bientôt une puce GWAS pour les chiens avec environ 700 000 marqueurs, ce qui peut fonctionner mieux avec le border collie, qui est une race diverse et ancienne ». En continuant à recueillir des échantillons de chiens avec BCC et de chiens normaux comme témoins, l’équipe espère déterminer l’emplacement approximatif où la mutation BCC réside et « mener le séquençage complet du génome des cas et des contrôles pour découvrir la mutation (s) sous-jacente causant la sensibilité BCC. »

Bien que la cause n’ait pas encore été déterminée, les études réalisées par l’équipe du Dr Taylor ont trouvé des informations utiles. De l’étude de questionnaire et d’analyse vidéo, le Dr Taylor a déclaré que les chercheurs ont découvert que « les chiens atteints ont une apparence et une altération mentale très typiques pendant les épisodes d’effondrement – ils ont un trouble neurologique épisodique provoqué par l’exercice ou l’hyperventilation, ou encore une hyperthermie induite par l’exercice ». Cela signifierait que l’exercice intense provoquerait des crises, et que les vétérinaires peuvent rechercher un ensemble spécifique de symptômes lors du diagnostic des chiens avec BCC. Le Dr Taylor estime qu’il faut examiner en particulier « les épisodes d’effondrement qui suivent toujours un exercice lié à une excitation intense, avec des caractéristiques qui incluent une altération mentale, l’ataxie des quatre membres, l’éraflure des membres pelviens et l’augmentation du tonus extenseur. »

Avant de diagnostiquer le BCC, les vétérinaires doivent exclure d’autres causes d’effondrement. Les études réalisées par le Dr Taylor montrent que les chiens atteints de BCC ont « une fonction cardiaque normale et des tests métaboliques normaux avant l’exercice et pendant l’effondrement, ainsi que des biopsies musculaires normales ». Par ailleurs, les chiens atteints de BCC démontrent une élévation de température après l’exercice, tout comme les chiens non atteints dans la même situation.

À l’heure actuelle, le seul traitement disponible est d’éviter l’exercice intense, surtout par temps chaud, comme une forme de prévention. L’exercice devrait être arrêté dès qu’un chien montre les premiers signes d’un effondrement, et les chiens symptomatiques doivent être refroidis.

La Dre Taylor souhaite que sa recherche attire l’attention sur le BCC et aide à en découvrir la cause, ce qui permettrait à son équipe de créer un test diagnostique et d’analyser les pratiques d’élevage. L’équipe poursuit son travail de collecte d’échantillons d’ADN, de questionnaires et de vidéos de chiens touchés.

Plus d’informations sur leurs recherches peuvent être trouvées sur leur site Web: http://z.umn.edu/bordercolliecollapse

(NewStat, 14 décembre)

Les infections auriculaires

septembre 6th, 2016 | Redigé par admin in Infections auriculaires - (0 Comments)
infections auriculaires chien chat otites urgences vétérinaires 92 thierry bedossa

© antoine-photographe

Les infections auriculaires sont très courantes chez les chiens, moins chez les chats. Elles ont toujours pour origine une otite (inflammation du conduit auditif). L’otite peut être externe, dans ce cas elle sera limitée au conduit auditif externe vertical et horizontal, ou bien elle peut être interne lorsqu’elle touche l’oreille moyenne. Dans ce cas, l’infection aura progressé au-delà de la membrane tympanique jusqu’à la bulle tympanique. Les otites internes sont extrêmement rares et correspondent à une inflammation touchant la cochlée ou les conduits semi­ circulaires. Tout comme les autres affections cutanées, les infections auriculaire sont généralement secondaires à une maladie sous-jacente.

Différents facteurs et maladies prédisposant au développement d’otites chez le chien.

*Facteurs prédisposants :

  • oreilles tombantes

  • conduit auditif étroit congénital

  • nombreux poils dans les conduits auditifs

  • production de cérumen excessive

  • bains trop fréquents

*Causes primaires :

  • corps étranger (ex : épillet)

  • infestation par Otodectes cynotis

  • modification transitoire de la flore

  • dermatite atopique

  • allergie alimentaire

  • polype ou tumeur dans le conduit auditif

  • intolérance à certains médicaments auriculaires

  • hypothyroïdie

  • affections séborrhéiques

  • hyperplasie des glandes cérumineuses

  • otite à démodécie

*Facteurs d’entretien :

  • infection bactérienne résistante (ex : Pseudomonas)

  • otite moyenne

  • sténose progressive du conduit auditif

  • fibrose du conduit auditif

  • calcification du conduit auditif

  • ostéomyélite de la bulle tympanique

Les causes sous­ jacentes d’une otite sont regroupées en trois groupes : les facteurs de prédisposition, les causes primaires et les facteurs d’entretien. Les facteurs de prédisposition sont de nature anatomique, physiologique, ou comportementale ; ils favorisent le développement de l’otite, mais ne sont pas nécessairement des facteurs déterminants. Les causes primaires sont des maladies spécifiques, dans lesquelles les otites font partie du tableau clinique. Les facteurs d’entretien correspondent à des modifications chroniques pathologiques qui rendront les otites récurrentes ou réfractaires aux traitements. Chez les chats, les deux principales causes d’otite sont les Otodectes et les masses situées dans le canal auriculaire (polypes et tumeurs).

Indépendamment de l’origine de l’otite, le conduit auditif est généralement infecté par des levures ou des bactéries. Au départ, il s’agit d’une multiplication de la flore commensale, avec notamment Staphycococcus intermedius, Streptocoçcus canis ou Malassezia pachydermatis. Avec leur multiplication, on verra également apparaître des bactéries gram négatives comme Escherichia Coli, Proteus spp. ou Pseudomonas aeruginosa, en particulier lorsque le traitement initié au début de l’otite était inadapté.

Anamnèse et signes cliniques

On observe typiquement du prurit, des signes de douleur, une inflammation du conduit auditif,une odeur désagréable, un écoulement et l’animal secoue la tête. Les symptômes d’une otite moyenne sont les mêmes que ceux d’une otite externe; cependant, ils sont généralement plus persistants et récurrents, et peuvent conduire à une paralysie faciale. Bien que les otites internes soient rares, elles peuvent entrainer une surdité et un syndrome vestibulaire (tête penchée, nystagmus, ataxie). On interrogera en détail le propriétaire et on réalisera un examen dermatologique complet afin de détecter des signes d’une affection sous­-jacente. Par exemple, lorsque le chien se met brusquement à secouer la tête, l’hypothèse du corps étranger est la plus probable, alors qu’une apparition progressive du prurit est plus caractéristique d’une allergie.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il existe deux techniques particulières à réaliser dès que l’on suspecte une otite : un examen otoscopique et une analyse cytologique de l’écoulement. L’examen otoscopique permettra de mettre en évidence un éventuel corps étranger, la présence d’acariens, l’aspect des conduits auditifs horizontaux et verticaux, l’aspect et l’intégrité de la membrane tympanique et de caractériser la nature de l’écoulement. Lorsqu’une seule oreille est touchée, le clinicien examinera en premier celle qui est saine. Il évitera ainsi de propager l’infection à l’oreille saine et gardera l’examen inconfortable pour la fin. Il peut arriver que le conduit soit trop douloureux, enflé, ou rempli de sécrétions au point qu’il soit difficile de réaliser un examen otoscopique complet. Il conviendra alors soit de sédater le chien, soit de l’anesthésier pour examiner correctement son oreille, ou encore de démarrer un traitement pour l’examiner à nouveau quelques jours plus tard. Le choix de la marche à suivre dépendra de la sévérité de l’atteinte, et du degré de suspicion des autres hypothèses diagnostiques. Tôt ou tard, il sera de toute façon indispensable de réaliser un examen otoscopique complet.

On effectuera une analyse cytologique de l’exsudat lors de la première visite ainsi que lors des visites de suivi. Cet examen est toujours réalisable, même lorsque l’oreille est trop douloureuse pour qu’il soit possible d’effectuer un examen complet. Il permet de déterminer rapidement la nature des agents infectieux en cause (coques, bacilles ou Malassezia). Lorsqu’on trouve des coques ou Malassezia, il est possible de démarrer un traitement empirique, car leur profil de sensibilité est assez facilement prévisible. En revanche, si l’on rencontre des bacilles, il est recommandé de faire une culture bactérienne afin d’obtenir un antibiogramme permettant d’adapter l’antibiothérapie. En effet, la résistance aux antibiotiques est beaucoup plus fréquente chez les bactéries Gram négatives. On recommande aussi d’en faire une lorsque le traitement se révèle inefficace.

Lorsqu’on est limité par le temps, plusieurs stratégies existent afin de faciliter l’introduction des examens cytologiques dans la clinique :

  • Apprendre à une auxiliaire spécialisée vétérinaire comment colorer et examiner les lames pendant que le client patiente

  • Garder le chien à la clinique quelques heures afin d’examiner la lame lorsqu’on en a le

temps

  • Mettre de côté le prélèvement pour l’examiner plus tard. Dans l’hypothèse où il faudrait réaliser une culture bactérienne parce que des bacilles sont présents, on collectera également un échantillon stérile. On recommande moins cette méthode car le choix du traitement doit être de préférence prescrit à la lumière de l’examen cytologique. Idéalement, il faudrait que le client attente les résultats de l’analyse pour démarrer le traitement.

En plus de diagnostiquer et traiter l’infection en elle­- même, le clinicien doit essayer de déterminer l’affection sous-jacente. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux souffrant d’otites récurrentes. Si le vétérinaire n’effectue pas cette démarche, l’otite risque de devenir chronique ou réfractaire.

Quel traitement ?

Certaines otites surviennent sans raison identifiable et peuvent être soignées en un seul traitement. Ces cas sont susceptibles d’être causés par des modifications passagères de l’écosystème dans le conduit auditif induites par des changements de température, d’humidité ou de la population microbienne. Cependant, si l’infection revient quelques jours ou quelques semaines plus tard, on recherchera une cause sous-jacente afin de la traiter pour éviter qu’elle ne devienne chronique.

Les infections limitées aux canaux verticaux et horizontaux pourront être traitées avec des gouttes auriculaires disponibles dans le commerce contenant diverses associations d’antibiotiques, antifongiques et corticoïdes. Les cliniciens choisiront les médicaments en fonction des organismes mis en évidence par la cytologie ou après culture et antibiogramme. Traiter des otites sans savoir quel est le type d’organisme présent favorise le développement d’antibiorésistances. Pour les infections n’impliquant que des coques, les antibiotiques de choix sont l’acide fusidique ou la polymyxine B. Lorsqu’il y a des bacilles, les options possibles (en attendant les résultats de la culture et de l’antibiogramme) sont la néomycine, la framycétine, la polymyxine B, la gentamicine ou la marbofloxacine, bien que ces deux dernières molécules aient le plus large spectre d’activité contre les bactéries gram-négatives. Il est possible de choisir l’un de ces antibiotiques avant réception des résultats de la culture, mais il faudra parfois en changer selon les résultats de l’antibiogramme. Si la membrane tympanique s’est rompue, ou si son intégrité ne peut être déterminée, on évitera de prescrire de la gentamicine car elle est la plus ototoxique. Les autres agents topiques peuvent généralement être utilisés en toute sécurité, mais les cliniciens doivent être conscients que tout médicament peut se révéler ototoxique, et il faudra envisager de référer si un doute persiste.

Lorsque seules des Malassezia sont présentes,l a résistance n’est pas un problème, et toutes les molécules antifongiques disponibles dans le commerce sous forme de gouttes auriculaires sont susceptibles d’être efficaces, comme le miconazole, le clotrimazole ou la nystatine. Il est donc préférable de choisir des gouttes ne contenant pas d’antibiotiques de dernière génération si un antifongique efficace est disponible. Ainsi, on évitera les produits contenant de la gentamicine ou de la marbofloxacine en association avec des molécules antifongiques, car ils sont très utiles pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, et leur utilisation irraisonnée peut favoriser le développement de résistances, en particulier si seules des Malassezia sont présentes.

La présence de corticoïdes dans les gouttes est intéressante pour réduire l’inflammation et la douleur ; le type de corticoïde ne semble pas être important et n’est pas pris en compte dans le choix du traitement. Lorsque le conduit auditif est extrêmement sténosé, un traitement court à base de corticoïdes systémiques peut s’avérer efficace pour réduire l’inflammation et rétablir la lumière du conduit. Les solutions auriculaires contenant des céruménolytiques et des agents asséchants peuvent également être bénéfiques pour la gestion des otites. Ces produits sont particulièrement utiles lorsque le conduit auditif est très cérumineux ou trop sale pour permettre aux gouttes antibiotiques de pénétrer, ou encore dans la gestion à long terme des otites chroniques cérumineuses.

Les animaux traités pour une otite doivent être ré­examinés après 5-7 jours de traitement afin d’assurer un suivi clinique. Ceci est important car les clients ne sont pas en mesure d’évaluer si l’infection a bien été traitée dans le canal horizontal. On recommande d’effectuer des examens cytologiques réguliers afin de surveiller l’évolution de la nature des micro-organismes présents, car il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de modifier le traitement. Si l’infection n’a pas totalement disparu,on poursuivra le traitement. Si la nature de l’otite a changé (ex : micro-organisme différent), le traitement doit être modifié.

Si une cause sous-jacente est identifiée, il faut la prendre en compte et la traiter. Une mauvaise aération et une humidité accrue, associées à des facteurs de prédisposition nécessiteront d’effectuer des nettoyages réguliers des oreilles et éventuellement d’épiler les poils. Si ces mesures sont insuffisantes, et que le clinicien n’est pas certain de leur implication dans le processus pathologique, un traitement chirurgical du conduit auditif par résection de la paroi latérale ou ablation du canal vertical peut être bénéfique.

Les causes primaires nécessitent un traitement spécifique : retrait des épillets et autres corps étrangers, traitement des acariens, retrait des polypes ou des tumeurs. Cependant, si l’origine est allergique, le traitement sera long, tout comme la gestion de la composante cutanée. Une intervention chirurgicale n’est pas indiquée pour le traitement des causes primaires, sauf s’il faut retirer une tumeur.

Les facteurs d’entretien sont parfois les plus difficiles à traiter car ils peuvent rendre l’infection récurrente ou chronique. Si les facteurs d’entretien ne sont pas traités, le canal auditif peut finir par être définitivement et irréversiblement endommagé. Si les démarches diagnostiques et thérapeutiques décrites ci-dessus sont bien suivies, il est généralement possible d’éviter que ne se développent des facteurs d’entretien. Une fois qu’ils sont installés en revanche, il sera nécessaire de réaliser une intervention médicale et/ou chirurgicale assez complexe pour les traiter.

Technique standard de nettoyage des oreilles

Afin d’augmenter les chances de réussite du traitement, on montrera aux propriétaires comment nettoyer correctement les oreilles de leur animal. On inonde le conduit de nettoyant auriculaire tout en tenant fermement le pavillon. Ensuite, il faut masser les cartilages des conduits horizontaux et verticaux. Il faut ensuite montrer aux propriétaires comment masser la partie profonde du conduit afin que le nettoyage soit efficace. Lorsqu’il est bien effectué, on entendra un bruit caractéristique de succion. Le chien peut ensuite secouer la tête pour éliminer une bonne partie du produit. On retirera doucement le surplus avec une compresse légèrement humide ou un morceau de coton. Il est préférable d’éviter d’utiliser des cotons-tiges car ils repoussent les débris au fond du conduit. Les propriétaires devront bien examiner la compresse pour voir ce qu’elle a ressorti de l’oreille. Cette étape est très importante lorsque les nettoyages sont effectués à long terme, car elle permet de déterminer la fréquence des nettoyages nécessaire. Ces nettoyages pourront n’être effectués que temporairement, afin d’augmenter l’efficacité du traitement de l’infection. En revanche, s’ils sont poursuivis à long terme, l’aspect de la compresse après le nettoyage permet de déterminer à quelle fréquence les renouveler. Si la compresse est très sale, on renouvellera le nettoyage des oreilles le lendemain. Si elle ressort complètement propre, le nettoyage pourra être espacé à un jour sur deux. Si la compresse reste propre lors des nettoyages suivants, on espacera à deux fois par semaine, et on pourra parfois réduire à une seule fois. Lorsque la compresse redevient sale, il faut augmenter à nouveau la fréquence des nettoyages.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il y a deux issues que le propriétaire peut considérer comme des « échecs ». Il est d’abord possible que l’infection initiale régresse, mais elle peut récidiver. Il est alors presque sûr que le clinicien est passé à côté d’une infection sous-jacente. Tant qu’elle n’aura pas été identifiée, le problème ne sera jamais complètement résolu. Sinon, il est possible que l’infection ne réponde pas au traitement mis en place initialement. Cette situation est généralement due à la présence de germes résistants tels que Pseudomonas aeruginosa. On réalisera alors une culture associée à un antibiogramme afin d’utiliser un antibiotique approprié.

Si l’origine est établie de façon certaine et qu’elle est traitable (corps étranger, acariens, modification de la flore suite à de nombreux bains), la gestion de l’infection ne devrait pas impliquer de frais importants. Les coûts supplémentaires qu’engendreront les examens cytologiques seront largement compensés par le risque que représente la mise en place d’un traitement inadapté, pouvant conduire à la sélection de bactéries résistantes. Les otites nécessitant un traitement chirurgical (tumeur dans le conduit auditif) ou associées à des affections à vie (allergies) reviendront inévitablement plus cher à traiter. La facture deviendra très élevée lorsque des facteurs d’entretien s’installent, tels que des infections à Pseudomonas résistants, une otite moyenne ou un autre processus irréversible. Il est la plupart du temps possible d’éviter cet écueil en initiant rapidement un traitement adapté dès la première visite.