Enquête sur le Border Collie Collapse

janvier 6th, 2017 | Redigé par admin in Etudes - (0 Comments)
border collie border collie collapse

© dvorakveronika

Le « Border Collie Collapse », ou BCC, est reconnu comme une forme d’intolérance à l’exercice chez les border collies, les Kelpies et les races apparentées aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Les chiens expérimentant un « BCC » sont normaux au repos, mais après 5-15 minutes d’exercice intense peuvent développer un manque de coordination ainsi qu’une altération de la lucidité.

Alors que de nombreux vétérinaires et propriétaires de chiens n’ont pas entendu parler de cette affection, Sue Taylor, DVM, DACVIM, chercheur principal sur l’étude BCC imprimée dans le JAAHA, explique que « ce n’est pas rare et c’est un problème important chez ces races. » La Border Collie Association, la AKC Canine Health Foundation et la Border Collie Society of America ont tous reconnu cela et appuyé la recherche du Dr Taylor.

Le « BCC » peut être un problème important, mais il n’existe aucune donnée sur sa prévalence, parce qu’il n’existe encore aucun test de diagnostic. Katie Minor, l’un des chercheurs impliqués dans l’étude, a participé à un test mené à grande échelle au Minnesota, sur un groupe de chiens dont près de 5% manifestaient des signes de BCC. Si ce pourcentage est indicatif de sa présence à travers la race, le BCC est à peu près aussi répandu que « l’exercise induced collapse » (EIC) chez les retrievers, mais les chercheurs doivent trouver la source de BCC pour déterminer plus précisément les chiffres.

L’EIC étudié en laboratoire semblait avoir beaucoup de similitudes avec le BCC, et on pensait d’ailleurs pendant longtemps que les deux étaient probablement connectés, mais il est désormais prouvé que les chiens manifestant le BCC n’ont pas le marqueur génétique qui cause l’EIC. Malgré l’absence de la mutation liée à l’EIC, le Dr Taylor a déclaré: « Nous pensons que le BCC est héréditaire et familiale, mais jusqu’à ce que nous trouvions la cause génétique, il est peu probable que nous comprenons la pathogenèse de ce type de malaise. »

La recherche sur le BCC se concentre maintenant sur la localisation de sa cause génétique. Le Dr. Minor a déclaré avoir collecté des échantillons d’ADN provenant d’environ 200 chiens jusqu’à présent. Les échantillons sont ensuite analysés dans le cadre d’une étude d’association génomique (GEDA) : « La plupart des échantillons d’ADN que nous avons ont été exécutés sur une puce GWAS avec 170 000 marqueurs. Il y aura bientôt une puce GWAS pour les chiens avec environ 700 000 marqueurs, ce qui peut fonctionner mieux avec le border collie, qui est une race diverse et ancienne ». En continuant à recueillir des échantillons de chiens avec BCC et de chiens normaux comme témoins, l’équipe espère déterminer l’emplacement approximatif où la mutation BCC réside et « mener le séquençage complet du génome des cas et des contrôles pour découvrir la mutation (s) sous-jacente causant la sensibilité BCC. »

Bien que la cause n’ait pas encore été déterminée, les études réalisées par l’équipe du Dr Taylor ont trouvé des informations utiles. De l’étude de questionnaire et d’analyse vidéo, le Dr Taylor a déclaré que les chercheurs ont découvert que « les chiens atteints ont une apparence et une altération mentale très typiques pendant les épisodes d’effondrement – ils ont un trouble neurologique épisodique provoqué par l’exercice ou l’hyperventilation, ou encore une hyperthermie induite par l’exercice ». Cela signifierait que l’exercice intense provoquerait des crises, et que les vétérinaires peuvent rechercher un ensemble spécifique de symptômes lors du diagnostic des chiens avec BCC. Le Dr Taylor estime qu’il faut examiner en particulier « les épisodes d’effondrement qui suivent toujours un exercice lié à une excitation intense, avec des caractéristiques qui incluent une altération mentale, l’ataxie des quatre membres, l’éraflure des membres pelviens et l’augmentation du tonus extenseur. »

Avant de diagnostiquer le BCC, les vétérinaires doivent exclure d’autres causes d’effondrement. Les études réalisées par le Dr Taylor montrent que les chiens atteints de BCC ont « une fonction cardiaque normale et des tests métaboliques normaux avant l’exercice et pendant l’effondrement, ainsi que des biopsies musculaires normales ». Par ailleurs, les chiens atteints de BCC démontrent une élévation de température après l’exercice, tout comme les chiens non atteints dans la même situation.

À l’heure actuelle, le seul traitement disponible est d’éviter l’exercice intense, surtout par temps chaud, comme une forme de prévention. L’exercice devrait être arrêté dès qu’un chien montre les premiers signes d’un effondrement, et les chiens symptomatiques doivent être refroidis.

La Dre Taylor souhaite que sa recherche attire l’attention sur le BCC et aide à en découvrir la cause, ce qui permettrait à son équipe de créer un test diagnostique et d’analyser les pratiques d’élevage. L’équipe poursuit son travail de collecte d’échantillons d’ADN, de questionnaires et de vidéos de chiens touchés.

Plus d’informations sur leurs recherches peuvent être trouvées sur leur site Web: http://z.umn.edu/bordercolliecollapse

(NewStat, 14 décembre)

Revue de presse – Décembre 2016

janvier 6th, 2017 | Redigé par admin in Décembre 2016 - (0 Comments)

BREVES

Hongrie

Comme les humains, les chiens ont une mémoire épisodique

Les chiens ont-ils la mémoire d’évènements passés ? Une nouvelle étude démontrerait que c’est bien le cas.

Des chercheurs du groupe de recherche sur l’éthologie comparée du MTA-ELTE et de l’université Eötvös Loránd à Budapest en Hongrie ont conclu que les chiens ont le même type de « mémoire épisodique » que les humains et qu’ils peuvent se rappeler des événements passés.

L’étude a été publiée dans Current Biology le 23 novembre.

Les chercheurs ont profité d’un tour intitulé « Do as I Do ». (Les chiens formés à « faire comme l’autre » peuvent regarder une personne effectuer une action et ensuite faire l’action eux-mêmes) Les chiens ont pu imiter les actions des chercheurs.

Pour prouver davantage la présence de la mémoire épisodique, les chercheurs ont formé 17 chiens pour imiter les actions humaines avec la méthode de formation « Do as I Do ». Ils ont ensuite fait un autre cycle de formation dans lequel les chiens ont été formés à se coucher après avoir regardé une action humaine, quelle qu’elle soit.

Après que les chiens aient appris à se coucher de manière fiable, les chercheurs les ont surpris en disant « Do It » et les chiens ont exécuté l’action. En d’autres termes, les chiens se rappelaient ce qu’ils avaient vu faire, même s’ils n’avaient aucune raison particulière de penser qu’ils auraient besoin de s’en souvenir. Ils ont donc montré une mémoire épisodique.

Les chiens ont été testés de cette façon après une minute et après une heure. Les résultats montrent qu’ils ont été en mesure de rappeler les actions démontrées après les intervalles de temps courts et longs bien que la mémoire se soit évanouie un peu avec le temps.

(NewStat, 28 novembre)

France

Des chiens renifleurs pour dépister le cancer du sein

Le cancer du sein pourrait tuer plus de 5 millions de femmes par an dans le monde d’ici 15 ans. D’où une urgence à développer les méthodes de dépistage précoces efficaces et fiables. On le sait, les chiens ont un odorat qui défie l’imagination : ils sont en effet capables de sentir près de 10 000 odeurs, dix fois plus qu’un humain.

Depuis le début des années 2000, les Etats-Unis utilisent déjà des chiens renifleurs pour détecter notamment les cancers de la prostate. Mais depuis l’automne 2015, l’Institut Curie chapeaute un projet qui a pour nom de code KDOG. Né des travaux d’Isabelle Fromantin, infirmière à l’Institut, spécialiste en plaies et cicatrisations devenue docteur en sciences et ingénierie, il vise à proposer une solution complémentaire de dépistage du cancer du sein, alternative à la mammographie de première intention, qui passe par la détection grâce à l’odorat des chiens.

L’hypothèse d’Isabelle Fromantin est la suivante : il est possible de détecter le cancer par les composés volatiles, qui agissent comme biomarqueurs. Fiable, non-invasive, simple, et peu coûteuse, les avantages d’une telle méthode sont évidents.

Grâce à une campagne de crowdfunding, KDOG a reçu près de 100 000 euros de fonds financiers. L’équipe de recherche est composée de chimistes, chirurgiens, pathologistes, anesthésistes, infirmiers, ingénieurs et bien sûr éducateurs canins, puisque la première étape consiste à dresser les chiens à la détection de l’odeur. Ainsi, depuis début novembre, deux malinois prénommés Thor et Nykios sont entraînés à Magnac-Laval, en Haute-Vienne, sur des échantillons de tumeur afin qu’ils identifient l’odeur. Au fur et à mesure, le travail va s’affiner, de façon à ce qu’à terme, les chiens puissent détecter la présence d’un cancer sur un simple bout de tissu qui aurait été en contactavec un sein.

Les échantillons sont prélevés à l’Institut Curie puis envoyés au centre d’éducation. Jamais les chiens ne sont en contact avec les patientes. Les comportements des chiens sont filmés, de façon à ce que l’équipe puisse évaluer leur travail dans les moindres détails ainsi que leur progrès. Lorsque Thor et Nykios auront atteint l’objectif attendu, l’équipe entamera une étude clinique pour valider les tests sur un pool de patients. Si le diagnostic s’avère positif, les examens complémentaires seront exactement les mêmes qu’à la suite d’une mammographie positive.

Isabelle Fromantin ne cache pas que si le projet rencontre le succès médical espéré, cela pourrait ouvrir la porte à la détection précoce d’autres affections plus difficiles à diagnostiquer, comme le cancer des ovaires, qui reste aujourd’hui très coûteux et invasive, et souvent réalisé très tardivement.

Plus d’informations :

Le site officiel du projet KDOG : http://www.kdog.fr/

La Page Facebook : https://www.facebook.com/KDOG.CancerDetectGroup/

(source : Pet in the City, 16 décembre)

Etats-Unis

L’oncologie comparée pour vaincre le cancer chez les chiens et les humains

Les écoles médicales et vétérinaires s’associent pour trouver de nouveaux traitements contre le cancer. Ce nouveau domaine de « l’oncologie comparative », qui tente de développer de nouveaux traitements pour les chiens en vue de leur adaptation aux humains, devient de plus en plus populaire. L’Institut National américain du cancer, par exemple, supervise actuellement les essais canins dans près de deux douzaines d’écoles vétérinaires universitaires.

A l’Université du Kansas, les chercheurs ont développé un traitement de chimiothérapie injectable. Ils ont commencé à exécuter des essais en 2012 avec sept chiens de grande race, à l’aide de petites formes de cancer de la bouche. Trois chiens sont entrés en rémission et deux avaient une rémission partielle ou un ralentissement de la maladie. L’équipe poursuit les essais et espère qu’ils seront en mesure de commencer les essais humains dans les prochaines années.

D’autres chercheurs, comme ceux de l’Université de Pennsylvanie, ont travaillé sur un traitement d’immunothérapie pour l’ostéosarcome après des traitements d’amputation et de chimiothérapie, comme indiqué dans le Washington Post. Le vaccin est développé pour stimuler le système immunitaire et éliminer les cellules cancéreuses restant après la chimiothérapie. Cette étude a débuté en 2012 avec 18 chiens, qui ont survécu à une médiane de 956 jours après le traitement – une amélioration de la médiane habituelle de 423 jours. Le vaccin est maintenant pris pour des essais à l’échelle nationale. C’est aussi dans les premiers essais pour les humains.

Bien que toujours dans les étapes d’essai, les chercheurs sont optimistes quant à la réussite future qui aidera à traiter le cancer tant chez les chiens que chez les humains.

(source : NewStat, 7 décembre)

Etats-Unis

Enquête sur le « Border Collie Collapse »

Le « Border Collie Collapse », ou BCC, est reconnu comme une forme d’intolérance à l’exercice chez les border collies, les Kelpies et les races apparentées aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Les chiens expérimentant un « BCC » sont normaux au repos, mais après 5-15 minutes d’exercice intense peuvent développer un manque de coordination ainsi qu’une altération de la lucidité.

Alors que de nombreux vétérinaires et propriétaires de chiens n’ont pas entendu parler de cette affection, Sue Taylor, DVM, DACVIM, chercheur principal sur l’étude BCC imprimée dans le JAAHA, explique que « ce n’est pas rare et c’est un problème important chez ces races. » La Border Collie Association, la AKC Canine Health Foundation et la Border Collie Society of America ont tous reconnu cela et appuyé la recherche du Dr Taylor.

Le « BCC » peut être un problème important, mais il n’existe aucune donnée sur sa prévalence, parce qu’il n’existe encore aucun test de diagnostic. Katie Minor, l’un des chercheurs impliqués dans l’étude, a participé à un test mené à grande échelle au Minnesota, sur un groupe de chiens dont près de 5% manifestaient des signes de BCC. Si ce pourcentage est indicatif de sa présence à travers la race, le BCC est à peu près aussi répandu que « l’exercise induced collapse » (EIC) chez les retrievers, mais les chercheurs doivent trouver la source de BCC pour déterminer plus précisément les chiffres.

L’EIC étudié en laboratoire semblait avoir beaucoup de similitudes avec le BCC, et on pensait d’ailleurs pendant longtemps que les deux étaient probablement connectés, mais il est désormais prouvé que les chiens manifestant le BCC n’ont pas le marqueur génétique qui cause l’EIC. Malgré l’absence de la mutation liée à l’EIC, le Dr Taylor a déclaré: « Nous pensons que le BCC est héréditaire et familiale, mais jusqu’à ce que nous trouvions la cause génétique, il est peu probable que nous comprenons la pathogenèse de ce type de malaise. »

La recherche sur le BCC se concentre maintenant sur la localisation de sa cause génétique. Le Dr. Minor a déclaré avoir collecté des échantillons d’ADN provenant d’environ 200 chiens jusqu’à présent. Les échantillons sont ensuite analysés dans le cadre d’une étude d’association génomique (GEDA) : « La plupart des échantillons d’ADN que nous avons ont été exécutés sur une puce GWAS avec 170 000 marqueurs. Il y aura bientôt une puce GWAS pour les chiens avec environ 700 000 marqueurs, ce qui peut fonctionner mieux avec le border collie, qui est une race diverse et ancienne ». En continuant à recueillir des échantillons de chiens avec BCC et de chiens normaux comme témoins, l’équipe espère déterminer l’emplacement approximatif où la mutation BCC réside et « mener le séquençage complet du génome des cas et des contrôles pour découvrir la mutation (s) sous-jacente causant la sensibilité BCC. »

Bien que la cause n’ait pas encore été déterminée, les études réalisées par l’équipe du Dr Taylor ont trouvé des informations utiles. De l’étude de questionnaire et d’analyse vidéo, le Dr Taylor a déclaré que les chercheurs ont découvert que « les chiens atteints ont une apparence et une altération mentale très typiques pendant les épisodes d’effondrement – ils ont un trouble neurologique épisodique provoqué par l’exercice ou l’hyperventilation, ou encore une hyperthermie induite par l’exercice ». Cela signifierait que l’exercice intense provoquerait des crises, et que les vétérinaires peuvent rechercher un ensemble spécifique de symptômes lors du diagnostic des chiens avec BCC. Le Dr Taylor estime qu’il faut examiner en particulier « les épisodes d’effondrement qui suivent toujours un exercice lié à une excitation intense, avec des caractéristiques qui incluent une altération mentale, l’ataxie des quatre membres, l’éraflure des membres pelviens et l’augmentation du tonus extenseur. »

Avant de diagnostiquer le BCC, les vétérinaires doivent exclure d’autres causes d’effondrement. Les études réalisées par le Dr Taylor montrent que les chiens atteints de BCC ont « une fonction cardiaque normale et des tests métaboliques normaux avant l’exercice et pendant l’effondrement, ainsi que des biopsies musculaires normales ». Par ailleurs, les chiens atteints de BCC démontrent une élévation de température après l’exercice, tout comme les chiens non atteints dans la même situation.

À l’heure actuelle, le seul traitement disponible est d’éviter l’exercice intense, surtout par temps chaud, comme une forme de prévention. L’exercice devrait être arrêté dès qu’un chien montre les premiers signes d’un effondrement, et les chiens symptomatiques doivent être refroidis.

La Dre Taylor souhaite que sa recherche attire l’attention sur le BCC et aide à en découvrir la cause, ce qui permettrait à son équipe de créer un test diagnostique et d’analyser les pratiques d’élevage. L’équipe poursuit son travail de collecte d’échantillons d’ADN, de questionnaires et de vidéos de chiens touchés.

Plus d’informations sur leurs recherches peuvent être trouvées sur leur site Web: http://z.umn.edu/bordercolliecollapse

(NewStat, 14 décembre)

France

Cellules souches : des résultats prometteurs

Le 9 juin dernier, Vetbiobank a organisé à Paris la toute première conférence médicale sur la médecine régénérative pour les petits animaux de compagnie. En particulier, Vetbiobank présentait plus en détail son offre « Canipren®-Joint » applicable aux lésions articulaires canines. Ce sont des cellules souches néonatales canines qualifiées, disponibles sous forme de doses prêtes à l’emploi et conditionnées en seringue pré-remplies. Vetbiobank a publié toutes les caractéristiques de ce produit dans le journal Veterinary Immunology & Immunopathology en février 2016.

Le Dr Jean-François Bardet était l’invité de marque car il a déjà intégré depuis plusieurs mois cette nouvelle technologie dans sa clinique. Il a présenté son expérience portant sur 10 cas.

En préambule, le Dr Bardet a proposé une revue des applications des cellules souches aujourd’hui chez l’homme, qui dépassent largement le contexte des atteintes de l’appareil locomoteur. Puis il a repris l’évolution dont il a été le témoin privilégié de l’approche cellulaire en médecine des animaux de compagnie : il a d’abord utilisé le tissu adipeux de l’animal confié à un laboratoire pour en extraire les cellules et obtenir un concentré plusieurs jours après avec une logistique complexe. Cette approche a été abandonnée au profit d’un kit permettant au vétérinaire de réaliser lui-même cette technique à la clinique. Si cette approche est attractive, car elle évite le recours à un laboratoire extérieur et d’attendre plusieurs jours avant de disposer du produit, elle présente plusieurs inconvénients : la procédure requiert deux heures de travail au laboratoire et ne permet pas de connaître la qualité du produit final, sans contrôle qualité. Aujourd’hui avec Vetbiobank, il est possible de disposer sous 24-48 h d’un produit cellulaire contrôlé, prêt à l’emploi. De plus le caractère néonatal confère aux cellules des propriétés biologiques supérieures à celles des cellules adultes de la graisse ; elles sont plus indifférenciées, plus prolifératives et elles évitent de devoir réaliser un prélèvement sur l’animal malade. Leur naïveté immunologique permet l’utilisation des cellules d’un animal donneur.

Parmi la dizaine de cas réalisés par le Dr Bardet, celui d’un jeune bulldog anglais de 9 mois avec une boiterie des antérieurs, plus marquée à droite. Les examens d’imagerie révèlent une fragmentation des processus coronoïdes bilatérale associée du côté droit à une ostéochondrite disséquante du condyle huméral médial. Au cours de l’arthroscopie les débris ont été retirés et l’articulation a été nettoyée. L’injection d’une dose de cellules souches néonatales a été réalisée dans l’articulation 15 jours après. Alors que classiquement les signes d’arthroses se développent rapidement, dans ce cas, quatre mois après, la comparaison des examens d’imagerie médicale (radiographies et scanner) avant et après l’injection ne révèle aucune évolution défavorable des lésions. A l’arthroscopie de contrôle, en revanche, la synovite importante initiale a complètement disparu, sans autre traitement anti-inflammatoire ; 80 % de la surface articulaire éburnée est recouverte par un fibrocartilage. Cliniquement, le chien est redevenu asymptomatique et a retrouvé tout son entrain de jeune chiot. Ce cas met en avant le potentiel anti-inflammatoire et régénératif des cellules souches néonatales qui améliorent de manière rapide et importante le bien-être d’un animal présentant une pathologie considérée dans le passé comme désespérée.

S’en sont suivies des questions/réponses passionnantes de la part des 14 participants ayant répondu présents à cette conférence. La question du prix a bien sûr été abordée. Et contrairement aux prix pratiqués aux États-Unis, 1 500 dollars pour une procédure plus lourde et complexe sans les frais vétérinaires, Vetbiobank annonce un prix unitaire de lancement à 475 euros HT ; au vu des résultats cliniques préliminaires encourageants (des études devraient être publiées dans l’année à venir), ce prix permet d’envisager un développement favorable de cette approche thérapeutique qui représente une opportunité supplémentaire de valorisation du savoir-faire vétérinaire. Vetbiobank a annoncé la mise à disposition d’ici la fin de l’année 2016 d’une banque Felipren® de cellules souches néonatales consacrée aux chats. Elle sera d’une grande utilité pour traiter des affections compliquées, comme la gingivo-stomatite chronique fréquente dans cette espèce. En effet une première publication de l’Université de Davis à San Francisco a montré l’intérêt des cellules souches dans cette affection. Le groupe de recherche clinique a utilisé dans ce cas des cellules souches du tissu adipeux du chat malade lui-même (autologue) avec plusieurs cas de guérison et des améliorations cliniques significatives. Vetbiobank met déjà à disposition ce service « à façon » aux vétérinaires qui voient ce genre de maladies. Mais les cellules souches néonatales permettront d’éviter le prélèvement de graisse et de pouvoir traiter plus rapidement le chat. L’utilisation des cellules souches semble donc très prometteuse dans un grand nombre d’affections canines et félines.

ETUDE

Bien-être animal : quelle perception de la part du grand public ?

A. CORNISH : What We Know about the Public’s Level of Concern for Farm Animal Welfare in Food Production in Developed Countries. Animals, 2016

La production de nourriture à partir d’animaux pose de nombreux défis éthiques. Cette étude explore ce que nous savons sur les différents niveaux de préoccupation pour le bien-être des animaux dans la production alimentaire par les intervenants tels que les vétérinaires, les agriculteurs et le grand public. Malgré le niveau élevé de préoccupation du public pour le bien-être des animaux dans la production alimentaire, leur compréhension et leurs connaissances sont médiocres. Ainsi, il est suggéré que grâce à une sensibilisation généralisée, nous pouvons encourager le public à traduire avec précision ses préoccupations auprès des principaux acteurs du marché, qui à leur tour pourront améliorer le bien-être de milliards d’animaux.

La croissance démographique et la consommation croissante de viande, de produits laitiers, d’œufs et de poisson obligent le monde à faire face aux défis croisés que pose la façon de nourrir durablement une population qui devrait dépasser 9 milliards d’individus d’ici 2050, tout en contrôlant l’impact de la production alimentaire sur la planète, les personnes et les animaux. Cet examen reconnaît l’absence d’une définition mondialement acceptée du bien-être des animaux et explore ensuite la littérature concernant les différents niveaux de préoccupation pour le bien-être des animaux dans la production alimentaire par les acteurs tels que les vétérinaires, les agriculteurs et le grand public. Il met l’accent sur la preuve que le niveau de préoccupation du public pour le bien-être des animaux est lié à diverses caractéristiques démographiques et personnelles, telles que l’âge, le sexe, la religion, l’environnement de vie, la viande et la connaissance du bien-être animal. Certains animaux ont des caractéristiques qui influent sur leur bien-être, les espèces considérées comme plus intelligentes étant plus préoccupantes. Il existe des preuves convaincantes que la compréhension du public en général sur le bien-être des animaux dans la production alimentaire est médiocre. Reconnaissant que le souci du public peut être une force motrice pour changer les méthodes de production actuelles, les auteurs suggèrent une prise de conscience généralisée pour redéfinir les méthodes socialement acceptables de production alimentaire des animaux et pour s’assurer qu’elle reste en phase avec les préoccupations sociétales.

L’utilisation humaine des animaux peut prendre diverses formes. De loin, le plus grand nombre d’animaux dans le domaine humain est utilisé dans la production alimentaire, avec des chiffres annuels totaux estimés à plus de 70 milliards d’ animaux. Avec la population mondiale qui devrait dépasser les 9 milliards d’individus d’ici 2050, la production alimentaire devra augmenter de 70% à 100% d’ici 2050. Pour répondre à cette demande, l’agriculture animale a évolué dans les pays développés loin des exploitations agricoles familiales qui étaient en majorité petites avant la deuxième révolution agricole, et est devenue de plus en plus intensive. D’un côté, elle permet de nourrir une population humaine croissante, mais elle a également donné lieu à de nombreux problèmes de bien-être non durables et nuisibles de l’ environnement, la santé animale et humaine.

La mesure dans laquelle les animaux souffrent dans l’agriculture moderne présente un dilemme éthique pour les consommateurs et les producteurs. Malgré sa popularité actuelle, les préoccupations du public en matière de bien-être animal ne sont ni nouvelles, ni susceptibles de diminuer. Les deux dernières décennies ont vu les préoccupations du public pour le bien-être des animaux continuent d’augmenter, et aujourd’hui, la législation sur la protection des animaux existe dans de nombreux pays. Notre connaissance et notre compréhension du bien-être des animaux et du concept de « sentience » sous-tendent les préoccupations sociétales qui engendrent de  telles législations. Les auteurs démontrent néanmoins que le public a seulement une connaissance rudimentaire du bien-être animal dans la production alimentaire. Pour améliorer le bien-être des milliards d’animaux destinés à l’alimentation chaque année, nous devons d’abord aborder les lacunes de la compréhension, de la connaissance et de la prise de conscience des impacts environnementaux, sociaux, de la santé humaine et du bien-être des animaux de tous les systèmes de production animale. 

A leur tour, les consommateurs peuvent être une force motrice pour relever les normes actuelles de bien-être des animaux d’élevage en traduisant avec précision leurs préférences et préoccupations auprès des acteurs du marché.

Qu’est-ce que le bien-être des animaux et comment le mesure-t-on?

Pour comprendre l’intérêt du public pour le bien-être des animaux, il faut d’abord réussir à définir le concept de bien-être. Historiquement, les vétérinaires et les agriculteurs ont principalement compris le bien-être des animaux en termes de santé animale et de productivité, et ils ont moins tenu compte des sentiments des animaux et de leurs états mentaux, mais au cours des dernières décennies, on a u un développement rapide dans les approches scientifiques du bien-être des animaux. 

L’une des premières grandes manifestations publiques de préoccupation pour le bien-être des animaux, en particulier en ce qui concerne le nouveau système de production du confinement, a été déclenchée par le livre de Ruth Harrison, Animal Machines  (1964), qui a exposé les questions de bien-être dans l’ agriculture intensive. Le livre de Harrison a incité le gouvernement britannique à mener une enquête en 1965, dirigée par le professeur Roger Brambell, sur le bien-être des animaux d’élevage intensifs. Depuis cette enquête, l’idée de   « Cinq libertés »   a été posée par le Farm Animal Welfare Council du Royaume-Uni (FAWC) en 1979. Depuis lors, les cinq libertés sont devenus internationalement reconnues comme un énoncé des principes fondamentaux du bien-être animal et continuent à fournir un cadre précieux pour mesurer le bien-être des animaux.

Dans l’Union européenne, les préoccupations du public concernant le bien-être des animaux et les conclusions selon lesquelles les consommateurs ne se sentent pas suffisamment informés sur le bien-être des animaux d’élevage ont conduit l’UE à financer le développement du projet Welfare Quality en 1994, un projet visant à développer des outils fondés sur des données probantes pour évaluer le bien-être des animaux dans les fermes et les abattoirs, identifier les principaux problèmes de bien-être animal et élaborer des stratégies d’amélioration du bien-être. L’approche Welfare Quality a identifié 12 critères et quatre principes qui résument les principaux domaines de préoccupation qui ont besoin d’être évalués.

Le bien-être animal est un concept multidimensionnel. Les scientifiques ont débattu ce que la direction de la recherche sur le bien – être animal devrait être, avec de nombreuses propositions sur différentes définitions, méthodes de recherche et des moyens d’interpréter le bien-être. Actuellement, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) est l’organisation de normalisation internationale essentielle en matière vétérinaire, et elle fournit des lignes directrices, des codes et des normes scientifiques pour divers aspects de la santé animale aux Etats membres. L’OIE veille à ce que le bien-être des animaux soit une priorité internationale dans le Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’OIE (Code terrestre). L’OIE définit le bien-être des animaux ainsi : « Comment un animal fait face aux conditions dans lesquelles il vit. Un animal est en bon état de bien-être s’il est sain, confortable, bien nourri, sûr, capable d’exprimer un comportement inné et s’il ne souffre pas d’états désagréables tels que la douleur, la peur et détresse ».

A l’ heure actuelle, les trois principales approches scientifiques de la protection des animaux les plus largement utilisées pour définir et évaluer l’état du bien-être d’un animal sont la fonction biologique, l’état affectif, et la vie naturelle. La première de ces approches est apparue au début des années 1980 et a mis l’accent sur le fonctionnement biologique des organismes, comme dans la reproduction, avec un bon bien-être nécessitant l’absence de stress. Au début des années 1990, la seconde approche a visé les aspects psychologiques du bien-être et des expériences mentales des animaux. Au début des années 2000, cette proposition était devenue largement acceptée et aujourd’hui , il est à la base de beaucoup de discours sur le bien-être animal. La troisième approche, la plus récente, met en évidence la nécessité pour les animaux à vivre naturellement et d’avoir la capacité d’exprimer des comportements innés.

Comme la science du bien-être des animaux a évolué, l’acceptation des expériences mentales représentatives du bien-être a pris de l’importance. La notion de   « Qualité de vie »   (QoL) a été développée pour fournir une approche multifactorielle et globale pour évaluer le bien-être mental d’un animal. Bien que les évaluations de la qualité de vie puissent donner lieu à des spéculations empathiques et à des projections anthropomorphiques, ces problèmes peuvent être minimisés grâce à l’utilisation de méthodes objectivement fondées. A cette fin, la FAWC a affiné le concept de la qualité de vie en  « une vie ne vaut pas la vie »,  «  Une vie digne d’être vécue »   et   « Une bonne vie ». Cela a permis de faire des évaluations de la qualité de vie à l’aide d’une échelle allant de la pire vie possible à une vie qui n’est ni bonne ni mauvaise jusqu’à la meilleure vie possible. Par la suite, Yeates a ajouté le concept de   « vie à éviter », qui met en évidence le rôle de l’ intervention vétérinaire lorsque les expériences négatives l’emportent sur les expériences positives.

De nos jours, la compréhension scientifique du bien-être animal a évolué au-delà de l’absence de souffrance pour inclure la qualité de l’expérience entière de l’animal avec son environnement, comme les états positifs, les préférences, les motivations et les aversions. Malgré, ou peut-être même à cause de ces progrès, il n’existe pas de moyen simple de mesurer le bien-être d’un animal. Pour les chercheurs, évaluer le bien-être animal nécessite un certain nombre d’hypothèses, principalement en raison de différences dans les mesures, les critères de bien- être et leurs interprétations. Néanmoins, l’importance de mesurer le bien-être des animaux est essentielle à tout effort visant à identifier les systèmes agricoles qui offrent les niveaux les plus élevés de bien-être animal. La littérature scientifique sur le bien-être des animaux propose plusieurs façons de mesurer le bien-être animal, y compris les mesures physiologiques de productivité et les réponses comportementales. Ceux-ci sont évalués, entre autres, en utilisant des mesures de santé comme les lésions cutanées, les traits de productivité, tels que la production de lait, et les réactions de stress physiologiques, tels que la fréquence cardiaque.

Le débat sur la sagesse animale qui sous-tend l’intérêt du public pour le bien-être des animaux

La science de la sensibilité animale sous-tend tout le mouvement de protection des animaux et reconnaît que les animaux sont susceptibles de sentir la souffrance et doivent donc être protégés. 

La notion de « sentience animale » se réfère à l’idée selon laquelle un animal éprouve non seulement de la douleur , mais les émotions positives et négatives, telles que la joie et le plaisir. Comme avec   la notion de bien-être animal,   il y a aussi un manque de consensus autour d’ une définition acceptée au niveau mondial pour la sensibilité animale. Néanmoins, si les animaux de ferme sont sensibles, il y a des implications importantes pour l’éthique de la production alimentaire.

Le débat quant à savoir si les animaux sont des êtres sensibles remonte à plusieurs siècles. Par exemple, Descartes, philosophe français du 17ème siècle, voyait les animaux comme rien de plus que des automates, incapables de sentiment ou de souffrance, alors que le théoricien de l’ évolution Charles Darwin a très vite postulé que les animaux étaient capables de conscience de soi, et ses travaux de recherche, dans une perspective de remise en forme évolutive, ont validé le concept de sentience. La sensibilité animale était également soutenue par des éthologistes comme Nicol et Guilford, et Dawkins, dont la recherche pionnière dans les études de motivation chez les animaux (évaluation des efforts qu’un animal est prêt à entreprendre pour atteindre ou éviter un stimulus).

Malgré ces avancées, les progrès scientifiques concernant la sensibilité des animaux ont souvent été entravés par notre incapacité à la mesurer de façon fiable. Néanmoins, aujourd’hui, on reconnaît largement la sensibilité des animaux, en particulier chez les espèces de vertébrés, et les animaux ont été reconnus comme des êtres sensibles dans le traité d’ Amsterdam   en 1997. Le   Traité d’Amsterdam   confère une attention particulière pour les animaux dans le cadre du droit européen. En outre, en 2012, un groupe de scientifiques internationaux de renom ont signé la Déclaration de Cambridge sur la conscience, affirmant leur soutien à l’idée que les animaux possèdent une conscience et sont conscients au même niveau que les humains. Cependant, il reste un débat concernant la sensibilité chez les poissons car ils manquent des structures neuro-anatomiques complexes qui sont associées à des états subjectifs conscients chez les humains. Des exemples de capacités cognitives complexes chez les poissons ont été proposés comme preuve de leur capacité neurologique et physiologique à expérimenter des états subjectifs, mais les critiques suggèrent que ces réponses révèlent simplement les voies réflexes inconscients.

Malgré leur grand nombre, le bien-être des invertébrés est souvent négligé par rapport aux vertébrés en raison de la controverse entourant la sensibilité des invertébrés et l’hypothèse que ces animaux sont incapables de ressentir de la douleur et de la souffrance, mais les rapports scientifiques continuent de révéler des indicateurs comportementaux qui pourraient déduire une sensibilité chez les invertébrés. Ceux-ci se sont intéressés les réponses de la douleur par les mollusques céphalopodes et crabes, le comportement reproducteur complexe par les écrevisses, et le biais cognitif pessimiste comme une mesure d’états émotionnels négatifs chez les abeilles.

Niveau de préoccupation des vétérinaires et des étudiants en médecine vétérinaire pour le bien-être des animaux

Les vétérinaires jouent un rôle fondamental dans la promotion et la sauvegarde du bien-être des animaux. Malgré ce rôle critique, ils ont souvent des responsabilités qui se chevauchent et parfois contradictoires aux animaux dans leurs soins, à leurs clients, les employeurs et le grand public. La littérature révèle que le sexe est un indicateur cohérent du niveau de préoccupation des vétérinaires pour le bien-être des animaux, les femmes vétérinaires et les étudiants en médecine vétérinaire se montrant plus préoccupés par le bien-être des animaux que les hommes.

Une grande partie de la littérature scientifique sur le bien-être animal explore les attitudes des vétérinaires et des étudiants en médecine vétérinaire à la douleur chez les animaux. Une étude menée auprès de vétérinaires en Nouvelle-Zélande a révélé que les femmes éprouvaient des « douleurs animales » plus élevées que celles de leurs collègues masculins, ce qui impliquait que les vétérinaires de sexe féminin étaient plus sensibles à la possibilité que les animaux éprouvent de la douleur. Une étude canadienne a révélé que l’utilisation du traitement de la douleur par les vétérinaires était insuffisante et qu’ils ne donnaient souvent pas de traitement contre la douleur aux jeunes animaux, particulièrement au moment de la castration. En outre, moins de la moitié des vétérinaires de bétail au Royaume-Uni ont indiqué qu’ils avaient une connaissance suffisante de l’ évaluation et du traitement de la douleur des animaux d’élevage. De même, 42% des vétérinaires de petits animaux en Nouvelle-Zélande ont rapporté une connaissance insuffisante de l’évaluation et du traitement de la douleur animale. Plusieurs études ont exploré les raisons données par les vétérinaires pour leur mauvaise utilisation du traitement de la douleur. Il s’agit notamment de l’anesthésie et de l’analgésie qui prennent trop de temps, du doute quant à la volonté du grand public de supporter des coûts supplémentaires, à la difficulté de reconnaître la douleur chez les animaux, à la sécurité alimentaire humaine.

Il existe des preuves que les préoccupations des vétérinaires et des étudiants vétérinaires en matière de bien-être animal varient d’une espèce à l’autre. Les étudiants en médecine vétérinaire de l’université de Cornell aux Etats-Unis ont admis que les chiens et les chats avaient des capacités cognitives, par opposition aux animaux de ferme. En outre, les évaluations de la douleur et l’utilisation du traitement de la douleur par les vétérinaires varient selon les espèces, avec plus de considération pour les chevaux que les vaches et les porcs. En outre, une étude américaine a constaté que les membres du corps professoral des collèges vétérinaires et membres de la faculté des sciences animales considéraient les méthodes de production actuelles en phase avec le bien-être animal pour les filières bovines, ovines et les produits laitiers, mais pas pour les filières porcines et avicoles.

La littérature suggère aussi des liens entre le stade de l’étude dans le cursus vétérinaire et les attitudes des élèves face au bien-être animal, les étudiants en premières années attribuant des niveaux plus élevés de sensibilité aux animaux que ceux proches de la sortie du cursus. Une étude américaine a révélé que les étudiants de quatrième année étaient moins susceptibles que les étudiants de deuxième ou troisième année de traiter les animaux pour la douleur, ce qui suggère que la perception des élèves de la douleur chez les animaux a diminué à mesure qu’ils progressaient dans leur parcours universitaire. De même, la sensibilité au rôle du lien humain-animal allait en diminuant à mesure que les étudiants progressaient dans leurs études. Malgré les implications inquiétantes de ces résultats, des interventions telles qu’un cours sur le bien-être animal et l’éthique, et l’ apprentissage en milieu de travail ont été identifiées pour améliorer le niveau de préoccupation et de l’ empathie pour les animaux chez les étudiants.

Niveau de préoccupation des agriculteurs pour le bien-être des animaux

Les agriculteurs sont les aidants naturels des animaux et sont donc des influenceurs clé du bien – être des animaux, de leur comportement, leur santé, et leur production. Plusieurs études ont examiné les attitudes des agriculteurs à l’égard du bien-être des animaux et l’impact de mesures spécifiques d’amélioration du bien-être sur les animaux d’élevage. L’attitude des agriculteurs est cohérente et fortement préoccupée par le comportement des animaux ; ils accordent également beaucoup d’importance à la relation homme-animal ainsi qu’au stress, à la productivité de leurs animaux.

Des études ont révélé une discordance entre le public et les agriculteurs dans leur perception du bien-être des animaux. En général, le public s’inquiète du bien-être des animaux de ferme qui ont une capacité compromise à exprimer des comportements naturels et ont suffisamment d’espace pour se déplacer librement, tandis que les agriculteurs sont surtout préoccupés par la condition physique et la productivité des animaux plutôt que par leurs besoins comportementaux et/ou sociaux. En outre, les agriculteurs perçoivent la vie des animaux d’ élevage comme positive ou satisfaisante, tandis que les consommateurs en ont globalement une perception négative.

Les agriculteurs peuvent se classer en deux catégories concernant leur perception du bien-être de leurs animaux : ceux qui considèrent les normes de bien-être animal comme un moyen d’obtenir des résultats économiques ; et ceux qui considèrent ces normes comme un moyen de considérations morales et éthiques satisfaisantes dans la production animale. Des études suggèrent que les préoccupations des agriculteurs pour la protection des animaux varient selon les techniques agricoles et si les répondants sont engagés dans des programmes tiers. Par exemple, les agriculteurs européens engagés dans des programmes de protection biologique ou spécifique des animaux sont davantage concernés par la capacité des animaux à exprimer des comportements naturels, tandis que les agriculteurs engagés dans un système d’assurance qualité (par exemple, sécurité alimentaire ou systèmes de traçabilité) jugent du bien-être des animaux en fonction de leur productivité.

Les attitudes des agriculteurs vis-à-vis des interactions positives entre les humains et les animaux influent sur leurs comportements et ont une incidence positive sur le bien-être et la productivité des animaux. Des relations homme-animal positives, telles que caresser des animaux, favorisent les états affectifs positifs chez les animaux et améliorent la production. A l’ inverse, les agriculteurs qui ont utilisé des techniques de manipulation aversives, ont été associés à une moins bonne protection des animaux et à une qualité réduite de la viande. Bertenshaw et Rowlinson, par exemple, ont constaté que la production de lait par lactation était de 258 litres plus élevée dans les fermes où les vaches ont été appelées par des noms individuels. Compte tenu des preuves abondantes démontrant que l’attitude et le comportement des agriculteurs influencent le bien-être, la santé, le comportement et la productivité des animaux, des études ont examiné le rôle des programmes de formation pour modifier les attitudes et les comportements des agriculteurs, avec des résultats prometteurs pour le bien-être des animaux.

Les connaissances du public en matière de bien-être des animaux dans la production alimentaire

Pour comprendre l’intérêt du public pour le bien-être animal, il faut d’abord comprendre le rôle de la connaissance dans la formation des attitudes envers le bien-être des animaux. Dans l’UE, les connaissances sur le bien-être animal sont un indicateur plus puissant d’une sensibilité au bien-être animal que les facteurs sociaux ou démographiques. Aujourd’hui, la consommation alimentaire est souvent séparée de la production alimentaire, et le grand public a très peu d’expérience directe avec les agriculteurs, les animaux de production ou les abattoirs. En conséquence, les consommateurs semblent confus et mal informés sur les questions de bien-être des animaux d’élevage et des pratiques agricole. En outre, de nombreux consommateurs évitent activement l’ apprentissage sur les conditions imposées aux animaux de ferme ou souhaitent rester dans une ignorance volontaire (par exemple, en dissociant la viande de son origine animale) afin d’éviter les réalités de la production alimentaire.

Dans l’UE, on a constaté que la connaissance du bien-être des animaux de production était partiellement associée à l’âge et à l’éducation. Par exemple, les répondants formés après l’âge de 20 ans étaient les plus susceptibles (76%) de signaler au moins certaines connaissances sur le bien-être des animaux. Les répondants qui ont déclaré qu’ils étaient bien informés sur le bien-être des animaux de ferme, et ont estimé qu’il devait être amélioré, étaient plus susceptibles de voir le bien-être des animaux comme une question importante. Cela est confirmé dans la littérature, par exemple, par une étude américaine à l’Université de Michigan State, permettant des réponses multiples, qui a révélé que 40% des étudiants en sciences animale initiale et 70% des étudiants en comportement animal ont montré un certain souci sur la façon dont les animaux étaient traités dans les systèmes intensifs. 

De même, une étude canadienne a rapporté que la plupart des répondants ont exprimé un désir de connaissances supplémentaires sur les pratiques de production animale.

Une fois de plus, dans l’UE, 69% des répondants prétendent posséder « une certaine » connaissance de l’élevage dans leur pays, 57% ont affirmé savoir « un peu », 28% ont déclaré ne rien savoir du tout et seulement 12% avoir « beaucoup » de connaissances. En outre, 54% ont convenu qu’il était pas facile de trouver des informations sur le bien-être des animaux lors de l’ achat et 58% ont déclaré qu’ils aimeraient avoir plus d’ informations. De même, 44%, 39% et 45% des consommateurs en Italie, en Grande-Bretagne et en Suède, ne s’estiment pas suffisamment informés sur les conditions d’élevage des animaux. De même, Hall et al. ont constaté que la plupart des répondants britanniques savaient très peu de choses sur la façon dont les poulets de chair ont été élevés.

La recherche suggère que la connaissance des questions de bien-être animal est souvent basée sur l’expérience personnelle avec les animaux, les médias, les groupes de défense des animaux, les magazines, la radio, les journaux, les amis et la famille. Une étude de l’ UE a constaté que la télévision était la source d’information la plus citée, suivie par Internet et les journaux, et la plupart des informations relatives à la protection des animaux dans ces médias étaient axées sur des images négatives (vache folle ou épidémies de salmonelle).

Récemment, un sondage en ligne auprès de près de 800 ménages américains a révélé que plus de la moitié (56%) des répondants ne pouvaient pas citer une source d’information sur le bien-être des animaux, comme l’association PETA. Tonsor et Olynk ont trouvé un lien clair entre l’information négative sur le bien-être animal et une baisse de la demande de viande dans tous les secteurs de l’ élevage. Ces découvertes ont été soutenues par McKendree et al., qui ont constaté que l’ attention médiatique récente autour de l’industrie porcine américaine avait poussé près de 14% des personnes interrogées à réduire leur consommation de porc de 50%,  en raison de problèmes de protection animale.

Niveau de préoccupation du public pour le bien-être des animaux

La préoccupation du public pour le bien-être des animaux est en hausse. La recherche suggère que les attitudes positives envers les animaux sont associées à des niveaux plus élevés de préoccupation et d’empathie pour leur bien-être. On a vu plus haut que le degré de connaissances en matière de bien-être animal avait plus d’influence que la démographie ou le facteur économique. Ainsi, les conclusions concernant les préférences d’achat d’oeufs, par exemple en Colombie-Britannique, ont révélé que la préférence des consommateurs pour les œufs différait considérablement selon la démographie. Les consommateurs d’oeufs en cage étaient moins préoccupés par le bien-être des animaux, moins instruits, plus âgés, plus sensibles aux prix et achetés dans les grands magasins de la chaîne. Les consommateurs d’oeufs de poules élevées en plein air étaient plus préoccupés par le bien-être des animaux, moins sensibles aux prix et achetés sur les marchés des agriculteurs, et les détaillants locaux ou d’épicerie biologique.

La préoccupation des consommateurs pour le bien-être des animaux est bien documentée dans la littérature. Une étude australienne a révélé que 71% d’entre eux considèrent « le bien – être des animaux d’élevage comme important ». De même, 68% des répondants en Ecosse se sentent
« concernés » (48%) ou « fortement préoccupés » (20%), et 86% des Néerlandais étaient « assez inquiets » (45%) ou « très préoccupés » (41%) par le bien-être des animaux de production. En outre, 74% des personnes interrogées dans les pays de l’UE a estimé qu’ils pourraient influer sur les conditions de protection des animaux en achetant 

le bien-être de l’ environnement des produits. En outre, 43% des consommateurs européens ont déclaré avoir considéré le bien-être des animaux lors d’un achat de viande, 34% ont déclaré que le bien-être des animaux était de la plus haute importance, contrairement à seulement 2%.

Les consommateurs ne tiendraient pas les agriculteurs pour responsables de la souffrance des animaux dans la production alimentaire. Mais ils critiquent l’industrie axée sur le profit et la demande croissante des consommateurs pour la nourriture à bas coût, sans penser aux implications que cela peut avoir sur le bien-être des animaux. Le grand public semble également assez cynique au sujet de la capacité des consommateurs à améliorer le bien-être des animaux.

Age et niveau de préoccupation du public pour le bien-être des animaux

Les études révèlent une corrélation négative entre les préoccupations du public pour les animaux et l’ âge. Jamieson et al.  ont trouvé que, malgré qu’une connaissance limitée des problèmes de bien-être des animaux d’élevage, les adolescents britanniques étaient préoccupés par le sujet, mais ne croyaient pas qu’ils avaient le pouvoir de susciter des changements positifs pour les animaux, et le plus souvent confiaient alors la responsabilité du bien-être des animaux d’élevage aux gouvernements et aux agriculteurs. Néanmoins, les jeunes montrent de plus en plus de préoccupation pour l’ utilisation des animaux et sont plus engagés dans les questions de bien-être animal que les personnes âgées. Les personnes âgées ont une vision plus utilitariste des animaux auxquels ils accordent une valeur pratique et matérielle, par rapport aux enfants, qui ont une vision plus naturaliste. Les jeunes sont plus concernés par le bien-être animal, mais ils sont moins préoccupés par celui des animaux d’élevage que par celui des animaux de compagnie, et ils utilisent des mécanismes de distanciation pour mieux accepter l’ utilisation humaine des animaux.

Genre et sensibilisation du public au bien-être des animaux

Le sexe est un indicateur cohérent de préoccupation pour les animaux, les femmes montrant plus d’inquiétude et étant plus susceptibles de soutenir les mouvements de protection des animaux. Les femmes démontrent des attitudes plus négatives envers l’ utilisation humaine des animaux et ont été plus fortement opposées à l’ expérimentation animale. Les femmes attachent également plus d’ importance au bien-être animal par rapport à d’ autres caractéristiques dans un produit d’origine animale, et considèrent l’état actuel du bien-être animal en général comme pauvre. Deux études menées auprès d’étudiants en médecine vétérinaire ont révélé que les étudiantes considéraient que le rôle du lien humain-animal était très important, et qu’elles avaient une croyance plus forte dans la capacité d’un animal à éprouver des émotions comme la douleur et la faim que les hommes.

Baron-Cohen suggère que, en raison de différences hormonales et génétiques entre les sexes, les femmes sont plus susceptibles de faire preuve d’ empathie spontanée, alors que les hommes sont plus susceptibles de systématiser spontanément et sont moins susceptibles de faire preuve d’ empathie. Cependant, d’autres chercheurs ont identifié que le rôle du genre dans la préoccupation pour le bien-être des animaux n’est pas nécessairement aussi simple qu’une opposition entre l’opinion des femmes contre celle des hommes. Certaines études ont postulé que ce sont les dimensions masculines et féminines des orientations sexuelles, plutôt que le sexe, qui se rapportent à la préoccupation pour les animaux. Par exemple, Herzog et al. ont constaté que les personnes qui s’identifient comme féminin plutôt que masculin, ont montré une plus grande préoccupation pour le bien-être des animaux. En outre, Peek et al. Estime que c’est le rôle social des femmes et de leur emplacement structurel dans la société qui tient compte de leur préoccupation élevée pour les animaux. De même, Kendall et al. ont fait valoir que les femmes sont généralement les principaux dispensateurs de soins pour les familles et les responsables des tâches ménagères qui les mettent en contact avec des animaux, notamment de compagnie. De telles découvertes suggèrent que les femmes prennent position sur le bien-être animal en fonction de leur position dans le ménage ou la société.

De plus, quand on regarde le rôle des hommes ou de la masculinité dans la société, historiquement, les hommes étaient responsables de la chasse, alors que les femmes rassemblaient des fruits et des légumes. Des études ont montré que la chasse est associée à une moindre préoccupation pour le bien-être des animaux et Kellert (1996) ont constaté que les hommes sont plus susceptibles de se livrer à des activités telles que la chasse. En outre, dans de nombreuses sociétés modernes, la consommation de viande, surtout la viande rouge, est très masculine et les hommes sont souvent responsables des activités telles que les barbecues ou la cuisson des viandes. Ainsi, ces résultats pourraient aussi expliquer un certain degré de la différence entre les sexes montré entre les hommes et les femmes dans le souci du bien-être des animaux.

En outre, il y a une différence entre les sexes évidente dans la façon dont les gens justifient manger de la viande. Adams (1990) explique ainsi que le fait de manger de la viande est lié à la masculinité, au patriarcat et au pouvoir, tandis que le végétarisme est lié à la féminité. Une étude des étudiants universitaires de premier cycle a constaté que les hommes étaient susceptibles de manger plus de viande que les femmes et ont utilisé des stratégies directes pour justifier la consommation de viande, comme approuver les attitudes pro-viande ou nier la capacité des animaux à souffrir. Les femmes mangeaient moins de viande et étaient plus désolées d’en consommer, et utilisaient des stratégies indirectes, telles que dissociant les animaux de la nourriture, pour justifier leur choix. 

Religion et niveau du public de préoccupation pour le bien-être des animaux

La religion influence les préoccupations et les attitudes envers les animaux. Une étude américaine a trouvé une corrélation négative entre un sens plus élevé de religiosité et la préoccupation pour le bien-être des animaux d’élevage. Le christianisme a montré une association positive avec le soutien de l’ utilisation des animaux dans la recherche. Par exemple, l’étude de Bowd et Bowd a interrogé des personnes de cinq confessions chrétiennes différentes, des plus libéraux aux plus conservateurs, et démontre que les libéraux ont une attitude plus humaine envers les animaux. Driscoll a constaté que les opinions des gens diffèrent entre les confessions chrétiennes, les personnes sans aucune affiliation religieuse ou affiliés à l’Eglise catholique considèrent l’ utilisation des animaux pour la recherche comme étant moins acceptable que ceux qui se déclarent protestants. En outre, il est intéressant de noter que d’ autres religions considèrent différemment certaines espèces animales, et que ceci influer sur le niveau de préoccupation des gens pour ces espèces, comme les vaches respectées dans l’ hindouisme ou la viande de porc étant évitée dans le judaïsme.

Niveau de préoccupation du public pour les animaux de laboratoire

La recherche a montré que le souci de bien-être animal était influencé par les expériences passées et la familiarité avec les animaux, comme par exemple la possession d’un animal de compagnie. L’ expérience dans la petite enfance est d’une importance déterminante pour les futures attitudes envers les animaux. Les gens qui ont eu un animal de compagnie se sont avérés plus susceptibles d’évaluer la recherche animale comme moins acceptable, plus susceptibles d’être végétarien ou végétalien, et plus susceptibles de soutenir les groupes de protection des animaux. Ces résultats confirment d’l’hypothèse d’Allport (1954) qui suppose qu’un contact et de l’ expérience avec les membres d’un autre groupe (par exemple, les animaux non humains) conduit à une meilleure compréhension, et favorise l’ attachement émotionnel plus fort et de l’empathie.   

L’influence du milieu de vie (rural ou urbain) dans le niveau de préoccupation du public envers les animaux

Les ruraux et urbains ont des considérations différentes sur le bien-être animal, ce qui indique que les circonstances de vie offrent des expériences différentes et des relations avec les animaux qui affectent les attitudes des gens. Les paysans montreraient moins d’ intérêt pour le bien-être des animaux d’élevage par rapport aux urbains. En outre, lors de l’ exploration du niveau de connaissances en ce qui concerne les systèmes de protection et de production des animaux d’élevage, les résidents ruraux se sont révélés avoir une meilleure connaissance et une expérience agricole, tandis que les citadins avaient plus pauvres connaissances sur l’ élevage.

Le spécisme

Le livre de Peter Singer, Animal Liberation, d’ abord publié en 1975, a discuté de la notion de spécisme et de l’idée que l’ être humain n’a pas à mériter davantage de droits moraux que les animaux non-humains. 

Aujourd’hui, le débat se poursuit, avec l’article de Kagan « Quel est le problème avec le spécisme ? » (une critique des revendications de Singer), et la réponse subséquente de Singer « Pourquoi le spécisme est inacceptable : une réponse à Kagan ». Néanmoins, il semble que la préoccupation humaine pour le bien-être des animaux et l’ acceptation de la sensibilité animale est liée à la perception de la position de l’animal dans l’échelle phylogénétique par rapport à l’homme. L’idée que les animaux soient dotés d’un esprit leur attribue des capacités mentales, telles que l’ intellect et les émotions. C’est un facteur prédictif de la désapprobation de l’ utilisation des animaux. De même, les préoccupations des gens pour le bien-être des animaux sont influencées par leur perception des capacités cognitives d’un animal, comme l’intelligence. Knight et Barnett ont ainsi observé qu’au Royaume-Uni, les personnes interrogées contestaient l’ utilisation des animaux à certaines fins selon leur perception des capacités mentale des animaux, ainsi qu’en fonction de leur connaissance et de l’ expérience passée avec ces espèces.

Une étude américaine a demandé aux personnes interrogées d’évaluer 33 espèces en termes d’intelligence et de sympathie. Elle a constaté que les mieux notés étaient les primates et les grands mammifères; les plus mal-aimés étaient les araignées, les insectes et certains mammifères. Les animaux utilisés à des fins alimentaires, tels que les poulets, les homards et la truite, ont été jugés les plus bas sur l’ intelligence Une étude similaire a demandé aux étudiants de plusieurs pays de classer plusieurs espèces par degré de « sentience ». On trouvait par ordre décroissant (du plus sentient au moins sentient) singe, chien, nouveau-né humain, renard, porc, poulet, rat et poisson. L’étude a également constaté que l’acceptation de la sensibilité animale des élèves était liée à leurs attitudes face à l’ utilisation des animaux. Par exemple, les étudiants qui ont attribué des niveaux plus élevés de sentience aux poulets, sont en désaccord avec l’énoncé « Si l’alimentation, la chaleur et la lumière sont fournis en quantité suffisante, il n’y a rien de vraiment cruel sur l’ agriculture batterie-hen ». Récemment, une étude australienne roman qui a impliqué l’utilisation de poulets pour enseigner les compétences de formation des animaux à des étudiants de premier cycle a constaté que les attitudes des élèves à sentience chez les animaux améliorés. L’expérience a aussi amélioré la perception de l’intelligence et de la capacité de poulets à l’ expérience des états affectifs.

La consommation de viande

Manger de la viande pose un paradoxe moral à beaucoup de gens. Des études ont identifié des variations socio-démographiques entre les consommateurs de viande : les femmes, ceux qui sont très instruits, dont les revenus sont plus élevés, et vivant en milieu urbain, mangent moins de viande et achètent plus de produits protégeant l’environnement. Les gens qui aiment manger de la viande sont souvent des hommes, et montrent moins d’intérêt moral pour les animaux. De plus, les gens qui ont déclaré être contre l’expérimentation animale étaient plus souvent végétariens ou soutiennent le végétarisme. En outre, une étude de l’UE démontre que les végétariens sont plus préoccupés par le bien-être animal et font des dons plus volontiers à des organismes de bienfaisance envers les animaux. Bastian et al. ont trouvé un lien inversé entre l’attribution des capacités mentales à certaines espèces (par exemple, les vaches et les poulets) et leur cote de comestibilité. En outre, Prunty et Apple ont trouvé que les étudiants américains non-végétariens montraient plus d’inquiétude pour le bien-être des animaux et étaient ouverts à manger moins de viande, en accord avec cette affirmation : « Les animaux ne doivent pas souffrir inutilement dans la production de viande », ce qui implique que les élèves ont réorienté leurs attitudes pour résoudre la contradiction entre leurs attitudes et leurs comportements.

Selon la théorie de Festinger de dissonance cognitive, l’état affectif aversif qui se pose lorsque les consommateurs sont en conflit entre manger de la viande et se préoccuper du bien-être des animaux exige généralement une résolution. Par exemple, Loughnan et al. Ont demandé aux sondés au Royaume-Uni d’évaluer leur niveau de préoccupation morale pour les animaux, chez les vaches en particulier, tout en mangeant du bœuf séché ou des noix séchées. L’étude a révélé que les mangeurs de viande séchée ont montré une plus faible préoccupation morale pour les animaux, en évaluant le statut moral des vaches plus bas que les autres mangeurs l’ont fait. De même, des sondés australiens ont d’ abord été invités à évaluer leur croyance dans les capacités mentales de certains animaux avant de subir un test, puis ont été évalués à nouveau tout en mangeant un produit de viande issu de ces mêmes animaux. Leur humeur, positive ou négative, était également évaluée. Les résultats ont montré que les répondants qui accordent peu de capacités intellectuelles aux animaux tout en consommant de la viande n’ont montré aucun signe négatif, tandis que les répondants qui accordaient une valeur à la pensée animale et qui consommaient des produits issus d’animaux voyaient leur humeur se dégrader.

Conclusions

Malgré la discordance entre les attitudes et les niveaux de préoccupation présentés par le grand public, les vétérinaires et les agriculteurs, il existe des preuves indiquant que une préoccupation croissante pour le bien-être des animaux dans de nombreux pays développés. Les préoccupations du grand public peut être une force motrice pour changer les méthodes de production actuelles. Les consommateurs ont le pouvoir d’élever le niveau du bien-être des animaux dans les exploitations agricoles, en traduisant fidèlement leurs préférences et leurs préoccupations auprès des acteurs du marché et de la production. A leur tour, les agriculteurs peuvent être motivés à changer leurs pratiques pour répondre aux attentes des consommateurs. En outre, souligner que les performances et la productivité seront améliorées par une meilleure protection des animaux peut en outre encourager les agriculteurs à améliorer les méthodes de production actuelles.

Il est prouvé que le niveau de préoccupation pour le bien-être des animaux du grand public est lié aux caractéristiques démographiques et personnelles, telles que l’âge, le sexe, la religion, les zones urbaines ou rurales, ainsi que la perception de l’intelligence et les capacités cognitives de certaines espèces, les animaux considérés comme plus intelligents et plus proches de l’homme étant souvent mieux considérés. Cependant, en dépit de ces influences démographiques et sociales, la littérature suggère que la connaissance de l’animal en question est une influence encore plus forte sur le souci du bien-être des animaux. Il existe des preuves d’un manque de connaissances généralisé existant en ce qui concerne le bien-être des animaux dans la production alimentaire.

La connaissance joue un rôle fondamental dans l’influence et sous-tend le souci de bien-être animal. La littérature suggère que la connaissance auto-déclarée des questions de bien-être des animaux d’élevage et de l’exposition aux animaux d’élevage, par exemple grâce à l’expérience agricole directe, ont été liés à des niveaux accrus de préoccupation pour le bien-être des animaux et plus de comportements envers la protection de l’environnement. Aujourd’hui, les consommateurs modernes sont confrontés à de nombreux scandales alimentaires et sanitaires. En conséquence, les gens ont un a-priori négatif des questions de bien-être animal dans la production animale, en particulier dans la production alimentaire intensive moderne. 

Ainsi, il est plus nécessaire que jamais d’informer le public et l’aider à prendre conscience de la nécessité de protéger l’environnement, et de connaître les impacts des systèmes de production animale sur la santé animale et humaine. En améliorant la connaissance du public, la sensibilisation et la compréhension du bien-être animal dans la production alimentaire, nous pouvons élever le niveau de connaissance et l’aligner avec les préoccupations actuelles de la société, afin de redéfinir à terme des méthodes de production alimentaire socialement acceptables et améliorer la vie des milliards d’animaux d’élevage chaque année.

CAS CLINIQUE

Hypoadrénocorticisme atypique : démarche diagnostique chez un golden retriever de 8 ans

L’hypoadrénocorticisme est une affection rare qui peut avoir une présentation clinique très variable et ainsi représenter un défi diagnostique pour le clinicien. Le cas présenté ici est particulier à plusieurs égards, il s’agissait d’un hypoadrénocorticisme primaire atypique avec déficit isolé en glucocorticoïdes. (in l’Essentiel n°429)

Une chienne golden retriever de 8 ans correctement vaccinée et vermifugée est présentée en consultation pour une diarrhée chronique évoluant depuis 3 mois, associée à une perte de poids (perte de 4 kg durant cette période) sans diminution de la prise alimentaire. Il y a 1 mois, un bilan sanguin réalisé par le vétérinaire traitant révélait une anémie normochrome normocytaire arégénérative (9,8 g/dl VU 12,4 – 19,1) modérée sans autre anomalie associée. Un changement alimentaire (alimentation hypoallergénique) n’a pas permis d’amélioration. Le volume des selles est augmenté, la fréquence d’émission est normale. Le propriétaire ne rapporte pas la présence de mucus ou de sang.

Examen clinique

A l’examen clinique, le chien reste en bon état général malgré un score corporel évalué à 3/9. La palpation abdominale est souple et non douloureuse. Le reste de l’examen clinique ne présente pas d’anomalie.

Hypothèse diagnostique

L’anamnèse, l’examen clinique nous oriente vers une diarrhée de l’intestin grêle. Les principales hypothèses diagnostiques retenues sont rapportées dans le tableau suivant.

Examens complémentaires

L’examen coproscopique réalisé sur des selles collectées durant 3 jours est négatif. Une anémie normochrome normocytaire arégénérative (10,4 g/dl VU 12,4 – 19,1) est confirmée à l’examen hématologique. A l’examen biochimique on note une hypoalbuminémie modérée à 20 g/l (VU 23-34 g/l) et une faible hypoglycémie à 3,2 mmol/l (3,5-6,5 mmol/l). Le ionogramme (Na K Cl) est normal. Un dosage de TLI (Trypsine-like-immunoreactivity), folates, et vitamine B12 ne révèle pas d’anomalie.

Un épaississement diffus de la paroi intestinale sans perte d’échostructure est noté à l’examen échographique abdominal. La surrénale gauche est de taille un peu diminuée (3,1 mm). Le reste de l’examen est normal. Le cortisol basal est indosable (< 5 nmol/l). La présence d’une concentration faible en cortisol basal restant insuffisante pour confirmer le diagnostic d’un hypoadrénocorticisme, un test de stimulation à l’ACTH est réalisé. Le cortisol poststimulation (ACTH 5 μg/kg) est indosable (< 5 nmol/l). Ce résultat est en faveur d’un hypoadrénocorticisme. Malgré l’absence d’anomalies électrolytiques, un déficit en minéralocorticoïde est recherché avec un dosage en aldostérone. En théorie, la mesure de la concentration plasmatique en aldostérone peut permettre de différencier les chiens avec un hypoadrénocorticisme primaire (insuffisance surrénalienne) ou secondaire (insuffisance de production d’ACTH endogène par l’hypophyse). La majorité des chiens affectés par un hypoadrénocorticisme primaire ont une concentration en aldostérone faible contrairement aux formes secondaires. En effet, l’ACTH a seulement un effet mineur sur la production de minéralocorticoïdes. Le dosage de l’aldostérone est de 314 pmol/l excluant un déficit en minéralocorticoïdes. Un dosage d’ACTH endogène est réalisé pour rechercher un déficit isolé en ACTH. L’ACTH endogène est normal (291 ng/l) confirmant une forme primaire d’hypoadrénocorticisme.

Diagnostic

Un diagnostic d’hypoadrénocorticisme primaire atypique avec une déficience isolée en glucocorticoïdes est posé.

Traitement et pronostic

Une supplémentation en glucocorticoïdes (prednisolone) est initiée à dose physiologique à 0,2 mg/kg/jour, avec diminution progressive sur plusieurs semaines jusqu’à trouver la dose minimale efficace permettant de contrôler les signes cliniques. Le pronostic est bon pour la forme typique d’hypoadrénocorticisme et cela semble être également le cas pour la forme atypique. Un ionogramme est réalisé chaque mois durant 6 mois puis tous les 3 mois pour rechercher une éventuelle progression vers une déficience en minéralocorticoïde. Le chien est suivi actuellement depuis 18 mois et n’a à ce jour pas développé de déficience en minéralocorticoïdes.

Discussion

Une destruction bilatérale des glandes surrénales est à l’origine d’un hypoadrénocorticisme primaire pour la grande majorité des chiens (95 %). Une perte de plus de 90 % des fonctions corticales est nécessaire avant l’apparition des signes cliniques. L’hypoadrénocorticisme secondaire est beaucoup plus rare et résulte d’une sécrétion réduite en ACTH par l’hypophyse. Cette déficience en ACTH entraîne une altération isolée de la sécrétion de glucocorticoïdes mais la sécrétion en minéralocorticoïdes reste préservée.

L’hypoadrénocorticisme atypique

Les signes cliniques de la maladie d’Addison sont souvent vagues et non pathognomoniques. De l’anorexie, des troubles digestifs tels que vomissements, diarrhée, une perte de poids sont fréquemment rapportés. L’ensemble de ce tableau clinique peut être secondaire à une carence en glucocorticoïdes isolée. Les chiens sans trouble électrolytique ont tendance à être plus âgés et les signes cliniques sont plus chroniques. En cas de déficit en minéralocorticoïdes, la symptomatologie est souvent plus sévère et plus aiguë avec de la polyurie, polydipsie, une déshydratation, un choc hypovolémique. L’hyponatrémie et l’hyperkaliémie font partie des modifications électrolytiques classiques de l’hypoadrénocorticisme. En effet, dans une étude rétrospective de 225 chiens avec hypoadrénocorticisme, 96 % des chiens étaient hyperkaliémiques et 81 % étaient hyponatrémiques.

Ces altérations du ionogramme sont souvent utiles au clinicien dans la démarche diagnostique et peuvent augmenter l’index de suspicion pour une maladie d’Addison. L’hyponatrémie et l’hyperkaliémie sont causées par une carence en aldostérone résultant en une incapacité des reins à conserver le sodium. Les ions sodium étant échangés contre des ions potassium ou hydrogène au niveau des tubules rénaux, on observe une hyperkaliémie et une acidose métabolique. Cependant, près de 30 % des chiens avec hypoadrénocorticisme ne présentent pas ces modifications électrolytiques. La raison est encore incomplètement élucidée. Une déficience en sécrétion en ACTH lors d’hypoadrénocorticisme secondaire, une destruction sélective de la zone fasciculée et réticulée, une compensation de la natriurèse par un apport en sel augmenté ou des affections concomitantes (hypothyroïdie) pouvant masquer des changements d’électrolytes, sont autant d’hypothèses avancées.

La prise en charge de l’hypoadrénocorticisme atypique

Une fois le diagnostic d’hypoadrénocorticisme établi, une supplémentation en glucocorticoïdes doit être initiée. La dose initiale est de 0,1 à 0,22 mg/kg/jour avec diminution progressive en fonction de la réponse clinique jusqu’à trouver la dose minimale efficace. Dans une étude de 205 chiens avec hypoadrénocorticisme, la dose de prednisone utilisé pour la gestion à long terme variait entre 0,05 à 0,4 mg/kg/jour2. Il semble que seule une minorité des chiens affectés développe ultérieurement un déficit en minéralocorticoïdes. Pour la majorité, la carence se développe durant la première année suivant le diagnostic. Une supplémentation en minéralocorticoïdes n’est pas recommandée dans le cadre du traitement initial. Cependant une surveillance du ionogramme est nécessaire durant les premiers mois du diagnostic et ce, durant la première année. L’hypoadrénocorticisme ou maladie d’Addison est donc une affection rare qui peut avoir une présentation clinique très variable et ainsi représenter un défi diagnostique pour le clinicien. La forme atypique est secondaire à un déficit isolé en glucocorticoïdes. L’absence d’hyponatrémie ou hyperkaliémie chez un chien ne doit pas constituer un critère d’exclusion d’un hypoadrénocorticisme.

CAS CLINIQUE

Masses nasopharyngées chez quatre chats Maine Coon : apport de l’examen

tomodensitométrique

Les otites récidivantes du chat sont des affections assez couramment rencontrées et dont le diagnostic différentiel peut être difficile. Leurs causes peuvent être variées. L’observation de ces quatre cas cliniques montre l’intérêt que peut revêtir l’examen tomodensitométrique dans un tel contexte. Il est intéressant pour définir les options thérapeutiques à mettre en oeuvre. (in l’Essentiel n°427)

Quatre chats type Maine coon sont reçus pour un examen tomodensitométrique des bulles tympaniques suite à des otites externes chroniques voire récidivantes.

Examen clinique

A l’examen clinique, tous les chats présentaient une otite externe à gauche. Cette otite était récidivante pour trois chats tandis que le dernier (cas 4) ne manifestait des symptômes que depuis 10 jours. Ce dernier présentait également du stertor, des modifications de la voix, une hypersalivation et une mydriase à gauche. Seul un chat (cas 2) présentait une dyspnée.

Examens complémentaires par imagerie médicale

Après pose d’une voie veineuse, tous les chats ont subi une anesthésie générale afin de subir un examen tomodensitométrique. Une première acquisition spiralée avec filtre de reconstruction osseux et parenchymateux est réalisée. Puis, après injection de Télébrix 35 NDH, une seconde acquisition complète l’examen. Le cas 4 présentait également une lésion lytique du plancher de l’encéphale et un envahissement débutant du tronc cérébral. Les oreilles internes étaient intègres pour les quatre animaux. Au réveil, le cas 4 a développé des déficits neurologiques. Ceux-ci se manifestaient par une amaurose, une paralysie faciale et un syndrome de Claude Bernard Horner à gauche. Si un polype nasopharyngé est la première hypothèse au vu de l’espèce, de la race et de l’âge de ces animaux, le diagnostic différentiel d’une masse tissulaire nasopharyngée détectée au scanner comprend également le lymphome, le carcinome épidermoïde, le mélanome, l’inflammation lympho-plasmocytaire ou encore la cryptococcose. Cependant, la lésion lytique du plancher de l’encéphale et l’envahissement débutant du tronc cérébral notés lors de l’examen du dernier animal seraient plutôt en faveur d’un phénomène agressif type tumoral.

Traitement chirurgical et diagnostic histopathologique

Les masses ont été retirées chirurgicalement puis envoyées à l’analyse histopathologique pour un diagnostic définitif. Les prélèvements des trois premiers chats se sont avérés être des polypes inflammatoires faisant partie de l’entité « Polype nasopharyngien ». La masse du dernier cas (cas 4), en revanche, montrait une prolifération tumorale massive, mal délimitée, de croissance infiltrante et de densité cellulaire élevée, avec des anomalies cellulaires caractéristiques d’un lymphome nasopharyngé de haut grade avec envahissement cérébral selon les images tomodensitométriques.

Suivi

Les animaux ayant développé un polype inflammatoire n’ont plus manifesté de signes cliniques après l’extraction chirurgicale. Suite au diagnostic de lymphome posé sur le dernier chat (cas 4), un bilan d’extension par radiographie et échographie a été réalisé. Celui-ci s’est révélé négatif. La lésion étant très localisée, un protocole de traitement par radiothérapie a été proposé. Celui-ci consistait en 12 séances de 3,75 grays sur une période de 4 semaines. Une hémorragie pharyngée associée à des signes d’hémorragie cérébrale s’est déclarée après la première séance. Le traitement par radiothérapie a donc été suspendu pendant une semaine et un traitement par chimiothérapie à base de cytarabine a été mis en place pendant cet intervalle. Un traitement médical à base de corticoïdes, d’antibiotiques suite à un abcès pharyngé et de fer suite à une anémie à la numération de la formule sanguine a également été prescrit. A la fin du traitement par radiothérapie, les symptômes neurologiques avaient disparu et l’état général de l’animal était stable. Un contrôle par scanner était prévu 2 mois après la fin de ce traitement mais son état s’étant dégradé, le chat a été euthanasié 1,5 mois après la fin du traitement, soit 3 mois après le diagnostic.

Discussion

Les masses nasopharyngées sont des lésions retrouvées chez le chat principalement. Elles affectent également le chien et le cheval mais restent assez peu décrites dans ces espèces. Le diagnostic différentiel de ces masses comprend les polypes nasopharyngés (28 %) et le lymphome (49 %) en majorité, mais aussi, dans une moindre mesure, le carcinome épidermoïde, le mélanome, l’inflammation lympho-plasmocytaire, l’adénocarcinome, le rhabdomyosarcome ou encore la cryptococcose (Allen, 1999). Les polypes nasopharyngés sont des masses non tumorales, inflammatoires, dont l’origine n’est pas formellement identifiée. Ils pourraient être la conséquence d’une inflammation chronique de cette région, d’une otite moyenne ou d’une otite externe. L’hypothèse d’une affection congénitale est également avancée. En effet, ce phénomène touche essentiellement des animaux jeunes (1 à 2,5 ans d’âge moyen selon les études) (Oliveira, 2012, Veir, 2002) ce qui semble être confirmé ici puisque nous avons une moyenne d’âge à 6 mois. Cependant, cette affection peut également toucher des chats adultes voire âgés, le plus vieil animal décrit ayant 17,5 ans (Oliveira, 2012). A l’inverse, le lymphome nasopharyngé touche des animaux adultes à âgés comme pour la plupart des processus néoplasiques. L’âge moyen de ces animaux varie de 8 à 9 ans selon les études mais celles-ci décrivent des cas de lymphomes chez des animaux plus jeunes (3 ans) (Little, 2007, Chang, 2006). Cette affection tumorale est le plus souvent un lymphome épithéliotrope (80 %). Parmi ceux-ci, les lymphomes B sont majoritaires (Little, 2007). Bien que nous n’ayons que des animaux type Maine coon dans cette étude, il ne semble pas y avoir de prédisposition de races. Les chats les plus touchés seraient les domestic shorthair ou « Européens » mais les auteurs ne font pas de rapport entre les incidences apparentes dans les différentes études et l’incidence de ces races dans la population globale féline. Les signes cliniques ne sont pas pathognomoniques d’une affection du nasopharynx mais entrent tous dans le tableau clinique d’une atteinte des voies respiratoires supérieures : jetage, éternuements, stertor, dyspnée inspiratoire, dysphagie, hypersalivation, changement de voix. Cependant, si la masse s’étend aux structures adjacentes (oreilles interne, moyenne, externe…), d’autres signes d’atteinte de ces structures peuvent être également présents : otorrhée, syndrome vestibulaire, ataxie, syndrome de Claude Bernard Horner, nystagmus, mydriase. Il s’agit souvent d’affections chroniques voire récidivantes pouvant avoir une répercussion sur l’état général à terme. Dans cette étude, les animaux présentaient tous au moins une otite externe chronique et récidivante malgré leur jeune âge. La moitié présentait d’autres symptômes pouvant orienter le diagnostic vers une atteinte du nasopharynx (cas 2 et 4).

De nombreux outils sont disponibles pour mettre en évidence une masse nasopharyngée et en déterminer la nature. La masse peut être palpée manuellement à travers le palais mou sur un animal anesthésié et visualisée grâce à l’utilisation de miroir de dentisterie ou par endoscopie. Cependant, l’imagerie médicale reste le meilleur moyen de décrire précisément la masse et surtout d’apprécier l’étendue des lésions. La radiographie du crâne est l’examen le plus accessible, le plus facile à réaliser et le moins coûteux pour la majorité des cliniciens. Cependant, la superposition des structures ne permet pas une bonne visualisation du nasopharynx. Elle permet néanmoins d’évaluer partiellement l’intégrité des bulles tympaniques qui sont censées être radiotransparentes. Un contenu tissulaire de ces structures traduit la présence de tissus de prolifération ou d’exsudat. En cas d’atteinte chronique, des lésions osseuses peuvent également apparaître : lyse, épaississement ou déformation de la paroi de la bulle. Ces modifications radiographiques permettent de confirmer l’hypothèse d’otite moyenne. Pour évaluer correctement l’ensemble des lésions du nasopharynx et des conduits auditifs, il est préférable de recourir à l’imagerie en coupe. Si l’IRM est plus indiquée pour un bilan lésionnel des tissus mous, le recours à un examen tomodensitométrique ou scanner permet une meilleure visualisation des structures osseuses. L’injection de produit de contraste type Télébrix 35 NDH (iode) par voie intraveineuse permet de bien distinguer les tissus inflammatoires et néoplasiques des débris nécrotiques.

Selon l’étendue des polypes, différentes lésions peuvent apparaître : une masse tissulaire dans le nasopharynx plus ou moins obstructive, une masse tissulaire et des exsudats dans la bulle tympanique voire dans le conduit auditif externe, un amincissement ou un épaississement de la paroi de la bulle associés ou non à un oedème des tissus mous adjacents. Une masse bien délimitée, pédonculée avec une structure liant la masse du conduit auditif à la bulle tympanique est souvent caractéristique d’un polype (Oliveira, 2012). De même, une prise de contraste plus importante en périphérie de la lésion est en faveur d’une inflammation du stroma superficiel et la largeur de cet anneau est directement reliée à la sévérité de ce processus (Lamb, 2016). A l’inverse, une prise de contraste dans la partie de l’encéphale adjacente à la lésion ou une lyse osseuse en regard de celle-ci est plutôt en faveur d’une affection tumorale (lymphome) même si ces lésions ont parfois été décrites pour les polypes nasopharyngés. Le diagnostic des masses nasopharyngées repose donc sur un bon examen clinique mais surtout sur des examens complémentaires d’imagerie médicale adaptés. En effet, le tableau clinique est très variable selon les structures atteintes et les symptômes peuvent être assez frustes et peu indicatifs d’une atteinte nasopharyngée en particulier. Même si les examens d’imagerie médicale en coupe comme le scanner restent coûteux et moins accessibles que d’autres examens (radiographie, endoscopie…), ils permettent de déterminer les structures atteintes et d’évaluer la gravité de ces lésions. Le diagnostic différentiel de ces masses tissulaires se fait, en majorité, entre le polype, lésion inflammatoire, et le lymphome, phénomène néoplasique. Si, sur l’examen tomodensitométrique, le lymphome peut se manifester par des lésions osseuses agressives et un envahissement de l’encéphale, le polype nasopharyngé ne doit cependant pas être écarté puisque l’inflammation chronique, cause ou conséquence de cette affection, peut être à l’origine de lésions similaires.

Enfin, le but de ces examens est également de déterminer si l’exérèse chirurgicale de ces masses est envisageable ou non. Cette exérèse est curative dans le cas d’un polype tandis qu’elle fait partie du traitement palliatif dans le cas d’un lymphome et doit être associée à de la radiothérapie voire à de la chimiothérapie. Cependant cette exérèse ne prévient nullement des récidives, que ce soit dans l’atteinte inflammatoire ou dans l’atteinte tumorale. Dans les deux cas, l’option chirurgicale avec analyse histopathologique de la pièce d’exérèse est indispensable pour parvenir à un diagnostic définitif, les images obtenues au scanner n’étant pas pathognomoniques.

Bibliographie

ALLEN H, Nasopharyngeal diseases in Cats: a retrospective study of 53 cases (1991–1998), J Am Anim Hosp Assoc 1999 ; 35 : 457–61.

CHANG Y et al., Clinical and magnetic resonance imaging features of nasopharyngeal lymphoma in two cats with concurrent intracranial mass, Journal of Small Animal Practice (2006), 47, 678–68.

LAMB C, SIBBING K, PRIESTNALL S, Pathologic basis for rim enhancement observed in computed tomographic images of feline nasopharyngeal polyps, Vet Radiol Ultrasound, Vol. 57, No. 2, 2016, pp 130-136.

LITTLE L, PATEL R, GOLDSCHMIDT M, Nasal and nasopharyngeal lymphoma in cats: 50 cases (1989-2005). Vet Pathol. 2007 Nov ; 44 (6) : 885 – 92.

MACPHAIL C et al., Atypical manifestations of feline inflammatory polyps in three cats, Journal of Feline Medicine and Surgery (2007) 9, 219 – 225.

OLIVEIRA C. et al., Computed tomographic features of feline nasopharyngeal polyps, Vet Radiol Ultrasound. 2012 Jul-Aug ; 53 (4) : 406-11.

SCHWARZ T, SAUNDERS J, Veterinary computed tomography, Wiley-Blackwell, 2011, 175-184.

VEIR JK, LAPPIN MR, FOLEY JE, GETZY DM., Feline inflammatory polyps: historical, clinical, and PCR findings for feline calici virus and feline herpes virus-1 in 28 cases, J Feline Med Surg. 2002 Dec ; 4 (4) : 195-9.

SYNTHESE

Suspicion de pancréatite : ce que peut apporter l’exploration biologique

Selon les données anatomopathologiques disponibles, les lésions de pancréatite seraient extrêmement fréquentes chez les chats : 45 % des chats présenteraient des lésions du pancréas à l’autopsie. Lors du Congrès du chat en mai dernier (AFVAC, Arcachon 2016), Olivier Dossin a montré comment confirmer une suspicion de pancréatite chez un chat en combinant les résultats des examens cliniques, biologiques, de l’imagerie et parfois de la biopsie. (In l’Essentiel n°426)

Face à une suspicion de pancréatite, il convient d’abord de ne pas confondre une lésion pancréatique avec un simple phénomène de cytolyse. Dans le cas de la pathologie hépatique, l’augmentation des taux d’enzymes (ALT ou AST) n’implique pas la présence d’une hépatite. Il en est de même dans le contexte de la pathologie pancréatique : l’élévation d’un marqueur ne signifie pas toujours qu’une lésion spécifique existe mais peut traduire une augmentation transitoire et sans conséquences majeures de la perméabilité membranaire des cellules acinaires du pancréas.

Peu d’orientation à attendre de la clinique

Chez le chat, les signes cliniques d’une pancréatite aiguë sont plus équivoques que chez le chien. S’il s’agit d’une pancréatite chronique, la situation est encore plus floue, bien que des symptômes digestifs récidivants puissent mettre sur la piste d’une pancréatite. En revanche, les complications d’une pancréatite (insuffisance pancréatique exocrine, diabète sucré, etc.) s’accompagnent de signes cliniques plus nets. Il n’existe pas de « gold standard » du diagnostic de pancréatite, sauf l’autopsie avec examen histologique de la totalité du pancréas.

Les marqueurs sanguins spécifiques d’une affection aiguë

Les dosages de la lipase et de l’amylase conventionnelles ont une sensibilité diagnostique médiocre chez le chat. De nombreux facteurs extra-pancréatiques peuvent entraîner une variation de ces marqueurs. Chez un chat non azotémique, l’association d’une suspicion clinique forte et d’une lipasémie multipliée par 4 ou 5 par rapport aux valeurs usuelles de référence peut cependant orienter en faveur d’une cytolyse pancréatique. Une autre méthode de dosage de la lipase a été proposée : il s’agit de la DGGR lipase ; grâce à une approche différente, la sensibilité diagnostique de ce marqueur s’approcherait de celle du Spec fPL. Contrairement au test Spec fPL qui nécessite un envoi dans un laboratoire extérieur, la lipase DGGR peut être mesurée à la clinique si l’on dispose de l’automate Solo® (SCIL).

La lipase pancréatique spécifique (fPL) : ce dosage immunologique est le plus utilisé pour explorer une cytolyse pancréatique. Le Snap fPL est un dosage semi quantitatif réalisable au chevet du malade tandis que le Spec fPL donne un résultat quantitatif. Des dosages discordants peuvent parfois être observés entre les deux tests ; une forte suspicion clinique de pancréatite aiguë associée à un SNAP fPL négatif doit donc inciter à réaliser un Spec fPL. La sensibilité du Spec fPL avoisine 80 %. Cependant, une azotémie d’origine rénale peut s’accompagner d’une élévation des fPL.

L’immunoréactivité trypsique (fTLI) : le trypsinogène n’est produit que dans le pancréas et ce test est donc plus spécifique que les précédents. Sa spécificité est de 80-90 % mais en revanche la sensibilité est basse : entre 23 et 33 %. De plus, le délai de réponse est assez long car ce test n’est réalisé que dans un laboratoire au monde.

Pancréatites aiguës : rôle de la cytoponction pancréatique

La cytoponction pancréatique est un outil d’exploration validé chez le chien mais pas encore chez le chat. La cytologie permet de confirmer l’inflammation, parfois d’identifier des agents pathogènes ou des cellules tumorales. De plus, un examen bactériologique (aéro et anaérobie) pratiqué sur le liquide de cytoponction ou sur le contenu de l’aiguille (flushé avec du soluté NaCl isotonique stérile) peut donner des indications diagnostiques. En effet, une infection bactérienne serait en cause dans 35 à 40 % des cas de pancréatite modérée à sévère. Il pourrait s’agir de bactéries d’origine digestive ayant diffusé par voie hématogène jusqu’au pancréas. Des maladies concomitantes (intestinales et hépatiques) sont souvent associées, formant une triade pathologique. Pour confirmer une pancréatite aiguë chez un chat, le meilleur moyen est actuellement de s’appuyer sur le dosage fPL (ou de la lipase DGGR), sur les résultats de l’échographie associée à une cytoponction et surtout de faire une bonne démarche de diagnostic différentiel.

Pas de test fiable pour les formes chroniques

Il n’existe pas de test réellement fiable et validé pour le diagnostic des pancréatites chroniques. Plus encore que pour les formes aiguës, une démarche diagnostique rigoureuse reposant sur l’exclusion des hypothèses alternatives associée à la biologie et l’imagerie est l’approche la plus efficace. Dans certains cas, la biopsie pancréatique pourra aider.

ETUDE

Quand chiens et chats font leur deuil : modifications comportementales à la mort d’un compagnon

J.K WALKER, Owners’ Perceptions of Their Animal’s Behavioural Response to the Loss of an Animal Companion, Animals 2016

La revue Animals (accès libre) publie les résultats d’une enquête réalisée en Nouvelle-Zélande et en Australie, à propos de la perception, par les propriétaires de chiens et de chats, du deuil d’un compagnon par leur animal. Sans verser dans l’anthropomorphisme, on constate des réactions objectives qui se manifestent sous la forme de modifications du comportement, des pratiques alimentaires, de la recherche d’affection.

Cette publication émane de deux pays où la compagnie des chiens et chats est parmi les plus appréciées au monde : 44 % des foyers néo-zélandais, 29 % des maisonnées australiennes hébergent un chat, les chiffres étant respectivement de 28 % et 39 % pour les chiens. Comme dans tous les pays développés, chiens et chats sont désormais considérés comme des membres de la famille à part entière et leur décès revêt parfois la forme d’un drame pour leurs propriétaires. Chagrin et deuil sont au rendez-vous pour les humains.

Un deuil presque « humain »

Ces deuils sont reconnus chez l’homme, ils peuvent être pathologiques, mais peu d’études ont été consacrées à celui que pourraient éprouver chiens et chats auparavant compagnons de l’animal défunt. Connaître les émotions des animaux, estiment les auteurs, permet de progresser dans la connaissance de leurs besoins et d’améliorer leur bien-être. Ces dernières années, des méthodes ont été développées pour mesurer les émotions positives et négatives, sur les bases de critères physiologiques, comportementaux, même si, bien entendu, l’expérience « interne » que peuvent éprouver les animaux nous demeurera toujours inconnue. Pour autant, certaines réactions objectives à la séparation sont similaires à celles que manifestent les humains. Du point de vue de l’évolution, ce « chagrin » pourrait avoir un intérêt pour l’animal, en renforçant la cohésion du groupe quand il s’agit d’êtres grégaires. La notion de deuil animal, dans cet article, est considérée comme une réaction biphasique à la disparition d’un compagnon. Lors d’une première étape, elle consiste à chercher l’animal manquant de manière active, par des pérégrinations, des vocalises, puis, lors d’une seconde, l’activité décroît et le sujet se met en retrait.

Une étude sur près de 300 propriétaires

Les auteurs ont exploité 279 questionnaires remplis par 254 femmes et 23 hommes néo-zélandais et australiens. 770 animaux étaient concernés dont 356 étaient morts récemment. Parmi les 414 chiens et chats survivant à leur compagnon de vie, 311 (75 %) avaient présenté au moins une modification comportementale (159 chiens, 152 chats).

Des chiens et chats qui deviennent « collants »

A la suite du décès d’un des animaux, les propriétaires ont rapporté en moyenne 4,8 ± 0,2 changements de comportement chez les chiens et 4,5 ± 0,2 chez les chats. 74% des chiens se montraient plus affectueux, 26 % devenaient « collants » selon les dires de leurs propriétaires. 10%, en revanche, devenaient plus distants. 60% des chiens présentaient des modifications de leur comportement territorial, s’intéressant davantage aux lieux préférés du disparu. 42% des chiens avaient un sommeil modifié, 34 % dormaient plus longtemps. La quantité de nourriture et la vitesse à laquelle elle était absorbée étaient également l’objet de changements : 35 % des chiens mangeaient moins et 31 % moins vite.

Vocalises félines

Chez les chats, la principale modification (78 %) concernait la recherche d’affection. 40% en demandaient plus, 22 % devenaient « collants ». 15% à l’inverse se mettaient en retrait. 63% des chats avaient changé leurs habitudes territoriales, 36 % se rendaient très souvent dans les endroits favoris du défunt. Les miaulements étaient aussi modifiés : la fréquence dans 46 % des cas, le volume dans 32 %, étaient augmentés. La durée de ces modifications, de ce deuil, en somme, était (médiane) de 2 à 6 mois selon les propriétaires en ce qui concerne la demande d’affection, les modifications territoriales et sonores durant environ 2 mois.

Qu’importe l’espèce

Il est intéressant de constater que l’espèce (chien ou chat) du compagnon disparu importe peu. 82%

des animaux avaient perdu un compagnon de leur propre espèce. Dans les autres cas, un chat avait perdu un chien ou l’inverse. Les comportements de deuil sont exactement les mêmes mis à part la vitesse de consommation de la nourriture : les chiens ayant perdu un compagnon de leur espèce avaient tendance à s’alimenter encore moins rapidement. 58% des chiens, 42 % des chats, ont vu le cadavre du disparu. Ceci ne modifie pas, apparemment, l’expression des comportements de deuil. 73% de ces animaux ont reniflé ou exploré le corps de leur compagnon. Bien entendu, ces observations sont faites à l’aune de l’appréciation des propriétaires et peuvent être biaisées. On ne sait pas pour quelle part ces derniers suscitent eux-mêmes ces modifications comportementales, mais force est de constater qu’il se passe quelque chose…

SYNTHESE

L’anesthésie et l’analgésie des petits animaux : principales évolutions récentes

Lors d’un « Rendez-vous Grand Partenaire » du dernier congrès national de l’Afvac, le laboratoire Virbac avait invité deux spécialistes en anesthésiologie et réanimation. Rocio Fernandez Parra a d’abord présenté les moyens de surveillance de l’anesthésie puis Luca Zilberstein a fait l’inventaire des molécules anesthésiques et analgésiques à notre disposition aujourd’hui, en insistant sur les nouvelles façons de les utiliser. (in l’Essentiel n°427)

Le taux de mortalité péri-anesthésique en médecine vétérinaire est en moyenne de 0,1-0,2 % versus 0,000007 % en médecine humaine. Plusieurs éléments expliquent cetteénorme différence : la variété des espèces à anesthésier, les conditions d’anesthésie qui entourent les interventions urgentes, l’absence de formation spécifique à l’anesthésie, les moyens techniques différents à notre disposition, etc.

Risque péri-anesthésique maximal en postopératoire

Au cours de ces dernières années, le monitorage per-opératoire performant a permis de diminuer le risque anesthésique pendant l’anesthésie elle-même. Aujourd’hui, c’est en période postopératoire que les décès liés à l’anesthésie sont les plus nombreux, lorsque l’animal est extubé et que la surveillance fait souvent défaut. Un problème cardiovasculaire est à l’origine de 60 % des décès liés à l’anesthésie ; les troubles respiratoires comptent pour 30 % des cas. La mortalité péri-anesthésique est particulièrement élevée chez les NAC. Les chats sont plus à risque que les chiens ; dans cette espèce, une intubation oro-trachéale ou une fluidothérapie mal maîtrisées sont souvent à l’origine d’accidents.

La mortalité est plus élevée chez les animaux très jeunes et les animaux âgés. La race n’est pas un facteur de risque en tant que tel : c’est plutôt l’état de santé de l’animal qu’il faut prendre en compte (classe de risque ASA). Par exemple, tous les animaux brachycéphales ne présentent pas le même risque anesthésique. L’analyse de la mortalité péri-anesthésique ne permet pas aujourd’hui de cibler un produit anesthésiant en particulier. Le risque semblerait dépendre du contexte (urgence ou opération programmée), des particularités physiologiques de l’animal en cause et de notre capacité à le surveiller et à lui fournir le support adapté à son état. Il faut absolument tenir compte de l’âge et de la classe ASA. Même un « simple » détartrage chez un animal âgé peut s’avérer à très grand risque. De même, des précautions particulières s’imposent lors des procédures pédiatriques.

Les moyens de surveillance de l’animal anesthésié

Selon Rocio Fernandez Parra, « le meilleur moniteur de l’anesthésie, c’est nous-mêmes ! » Aucun appareil électronique ne peut remplacer la surveillance clinique mais un bon monitorage repose sur l’association des deux approches : clinique et instrumentale.

Contrôle de la fonction cardiaque

Un moniteur ECG est très utile pour contrôler la fréquence cardiaque, dépister une arythmie, repérer un bloc atrioventriculaire, une fibrillation ou un arrêt cardiaque. L’étalonnage du moniteur doit être adapté aux fréquences cardiaques des animaux, sinon, l’alarme risque de se déclencher inutilement. Attention aussi à ne pas abîmer la peau (nécrose) avec des pinces « fait maison » risquant d’être traumatisantes.

Capnographie

Cette technique est facile à utiliser, elle permet de confirmer que l’intubation endotrachéale s’est bien déroulée et donne beaucoup d’informations pendant l’anesthésie sur le patient et sur le matériel utilisé. Une apnée, une modification de la ventilation, un changement de débit cardiaque ou une embolie pulmonaire sont immédiatement détectés.

Pression artérielle

Surveiller la pression artérielle s’avère utile même une fois l’anesthésie terminée. Une pression systolique inférieure à 60 indique par exemple une réduction significative de la perfusion rénale. Dans l’idéal, contrôler la pression artérielle implique de mettre en place un cathéter artériel mais cette technique présente des risques, notamment lors du retrait du cathéter. Des moyens non invasifs peuvent être préférés : doppler ou oscillométrie. L’oscillométrie est facile à utiliser mais ce n’est pas une technique fiable pour les petits animaux ou les individus obèses. En revanche, la récente technologie « High Definition Oscillometry » réduit les interférences de mesure et s’adapte à de nombreuses espèces.

Pulsoxymétrie

En médecine humaine, la plupart des complications anesthésiques sont prévenues en utilisant conjointement la capnographie et la pulsoxymétrie. Cette dernière indique le pourcentage de saturation de l’hémoglobine par l’oxygène et la fréquence du pouls. La pulsoxymétrie est encore plus utile lorsque l’animal a des problèmes respiratoires et/ou respire de l’air ambiant.

Les nouvelles molécules anesthésiques

L’alfaxalone a un effet anesthésique similaire à celui du propofol. Elle agit pendant environ 20 mn et sa formulation actuelle en a réduit les effets secondaires. Le réveil est plutôt calme, à condition de bien gérer l’analgésie et la sédation du patient. L’alfaxalone peut être administrée par voie intramusculaire mais, chez les chats de petit gabarit, les doses à injecter sont parfois trop volumineuses. Cependant une faible « sédation » intramusculaire est possible, surtout sur les patients âgés. L’alfaxalone est aussi adaptée à l’anesthésie intraveineuse en continu, au pousse-seringue (« TIVA »).

L’isoflurane et le sévoflurane sont actuellement les deux gaz anesthésiques de référence. Ils permettent une anesthésie facile, rapide, maîtrisable et le réveil est beaucoup plus confortable qu’avec l’halothane. La sécurité du chirurgien est également bien meilleure : bien utilisés, ces produits sont presque sans risque, même chez la femme enceinte. Le rapport prix/effet est nettement en faveur de l’isoflurane, même si l’on manque encore de recul pour juger. L’absence d’odeur du sévoflurane peut cependant parfois faciliter l’induction, en particulier chez les NAC.

Rappelons que l’induction d’une anesthésie volatile en cage de plexiglas est une technique
« dangereuse », très coûteuse et surtout polluante. Elle est à réserver à certains cas pédiatriques ou à un animal de toute petite taille impossible à maîtriser autrement (NAC).

Le propofol est aujourd’hui disponible dans un nouvel excipient (alcool benzylique), qui permet de conserver le produit 28 jours après ouverture. Le risque de septicémie est donc maintenant drastiquement limité.

Les nouvelles molécules analgésiques

L’AMM vétérinaire pour la méthadone exclut de recourir désormais à la morphine. La puissance analgésique de la méthadone est de toute façon comparable à celle de la morphine. Elle peut être administrée par les mêmes voies et elle est beaucoup plus efficace pour tranquilliser l’animal en préopératoire. En postopératoire, l’absence de nausée rend le réveil plus confortable. Indéniablement la méthadone peut être désormais considérée comme l’opioïde de « référence » à la place de la morphine.

La buprénorphine est une molécule sûre et de durée d’action longue (jusqu’à 7-8 heures), qui est donc intéressante pour traiter les douleurs résiduelles postopératoires. La buprénorphine ne doit pas être utilisée avec d’autres morphiniques et son efficacité analgésique reste moindre que celle de la méthadone.

Le butorphanol est un opioïde largement utilisé pour ses capacités sédatives et de contrôle sur les douleurs viscérales et est presque dénué d’effets secondaires. Il est indiqué pour des douleurs moyennes et l’administration est à répéter toutes les 2-3 heures.

Le maropitant est un anti-vomitif mais il a un bon effet analgésique lors de douleurs viscérales, où une dose de 1 mg/kg semblerait produire le même effet que 0,5 mg/kg de morphine. Son mécanisme d’action n’est pas encore complètement élucidé mais le sujet est en plein développement. Son utilisation n’exclut pas l’association à un opioïde ; au contraire leur synergie d’effets est remarquable.


• Le fentanyl a une action analgésique puissante, quel que soit le type de douleur : par voie intraveineuse, il est utilisable aussi bien lors d’ovariectomie que de thoracotomie. Il ne faut pas avoir peur de ses effets car le fentanyl agit seulement 15 mn et les effets d’un éventuel surdosage sont faciles à gérer lorsque l’animal est intubé. Le fentanyl doit impérativement faire partie de l’arsenal thérapeutique analgésique. La forme administrable par voie transcutanée, qui permet de traiter l’animal pendant 4 à 5 jours, est plus délicate à utiliser.

Le méloxicam et le carprofène restent les AINS sur lesquels on possède le plus d’expérience et de recul mais de nombreux AINS sont récemment apparus : robénacoxib, mavacoxib, déracoxib, firocoxib, tépoxalin… Le choix aujourd’hui disponible permet d’adapter le traitement à l’animal, en fonction de sa tolérance individuelle aux AINS. Le traitement peut ainsi être envisagé à long terme. La pharmacopée vétérinaire offre aujourd’hui de nombreuses possibilités de scénario pour établir des protocoles anesthésiques et analgésiques satisfaisants. Le choix dépend évidemment du contexte clinique.

Décider d’un protocole anesthésique et analgésique implique de prendre en compte la facilité d’utilisation, la sécurité, la stabilité cardio-vasculaire, le confort de l’animal, etc. Jouer sur la synergie entre différents produits permet de diminuerles doses et d’équilibrer le budget anesthésique. Plusieurs associations sont actuellement en cours de tests, en particulier en ce qui concerne les protocoles injectables…

Le « kétofol » : kétamine + propofol

La kétamine est un anesthésique dissociatif largement utilisé pour faciliter la contention. Le propofol est un anesthésiant qui agit très rapidement. Associer les deux à doses réduites (9 mg/ml de propofol et 10 mg/ml de kétamine) permet d’induire l’anesthésie en limitant les effets secondaires, en particulier l’hypotension dose-dépendante du propofol.

Le « zoléfol » : tilétamine-zolazépam (Zolétil®) + propofol

L’association de 9 parts de propofol et 1 part de tilétamine-zolazépam 100 a été testée : les premiers résultats montrent que l’induction obtenue limite les séquelles dissociatives du produit et que la stabilité cardio-vasculaire est encore meilleure qu’avec le « kétofol ».

Ces deux protocoles expérimentaux, encore à confirmer, sont réservés à l’induction de l’anesthésie ; il ne s’agit pas d’une anesthésie fixe à part entière. Comme pour les protocoles anesthésiques, associer plusieurs analgésiques pendant la période opératoire (ou post-opératoire immédiate) est intéressant. Les mélanges FLK (fentanyl, lidocaïne et kétamine) et MLK (morphine/méthadone, lidocaïne et kétamine) donnent par exemple de très bons résultats.

L’ajout de lidocaïne aux opioïdes permet de mieux contrôler les douleurs viscérales, de maintenir la motilité de l’intestin grêle et de stabiliser les membranes pour éviter le risque de translocation bactérienne.

La kétamine inhibe les récepteurs NMDA et prévient le développement de la douleur chronique et neuropathique.

SYNTHESE

De l’intérêt de peser les chats : détecter très précocement la maladie rénale chronique

Maigreur et perte d’appétit sont fréquentes chez les chats souffrant de maladie rénale chronique (MRC). Pour autant la chronologie de la perte de poids, avant et après le diagnostic, n’a pas été évaluée en détail. C’est chose faite avec cette étude ayant concerné 569 chats de propriétaires atteints de MRC. La perte de poids médiane au cours des 12 mois précédant le diagnostic est de 8,9 %. Mais des modifications peuvent être déjà constatées trois années plus tôt. (in l’Essentiel n°425)

La perte de poids est très fréquente lors de MRC. La littérature signale une prévalence allant de 42 à 82 %, en fonction du stade de la maladie. Il est difficile de préciser la chronologie et l’importance de cet amaigrissement dans la mesure où la plupart des études ont été de nature rétrospective. L’une d’entre elles, cependant, a comparé les poids de chats au moment du diagnostic de MRC et un an auparavant. Elle a montré que les animaux avaient présenté (médiane) une perte de poids de 10,8 %. On ignore si cette dernière débute avant ce délai et quand. La littérature indique par ailleurs que 36 à 81 % des chats souffrant de MRC sont maigres ou émaciés.

Perte de poids et espérance de vie

La pathogénie de la perte de poids contemporaine de l’évolution de la MRC est complexe : inflammation, malabsorption, augmentation des besoins en énergie, baisse de l’appétit. La prévalence de ce dernier symptôme varie selon les études entre 21 % et 92 %. Une publication a quantifié la baisse d’appétit en interrogeant plus de 1 000 propriétaires de chats, on a trouvé 43 % d’anomalies de la prise alimentaire avec un score d’appétit (quantifié de 0 à 10) de 5,5 ± 2,2.

Une perte de poids importante obère l’espérance de vie pour diverses raisons comme la fonte musculaire, une baisse de l’immunité, etc. La baisse de l’état général, souvent très visible, provoque aussi des décisions ou demandes d’euthanasie. Chez les animaux de compagnie, on a démontré l’existence d’un lien entre la perte de poids et l’espérance de vie lors d’insuffisance cardiaque ou de cancer. Les études sur la MRC sont beaucoup plus rares. Une d’elles indique que le risque relatif de décès est multiplié par 2,5 chez des chats pesant moins de 4 kg au moment du diagnostic.

Une étude sur 569 chats

Les auteurs ont repris les dossiers de tous les chats ayant souffert de MRC entre 2006 et 2014 dans 6 universités vétérinaires américaines. Matériel et méthode sont décrits précisément dans cet article en accès libre. 569 chats répondaient aux critères d’inclusion. On comptait 55,5 % de femelles et 44,5 % de mâles, tous stérilisés. Au moment du diagnostic de MRC, l’âge médian était de 14,9 ans (5 à 22,8 ans). 6% des patients étaient en stade IRIS 1, 61 % en stade 2, 25 % en stade 3 et 9 % en stade 4. Le poids médian était de 4,2 kg (1,6 à 9,9 kg) toujours au moment du diagnostic. Le poids médian était plus faible pour les quartiles d’âges les plus élevés : médianes de 4,6 kg avant 13 ans, 4,4 kg entre 13 et 15 ans, 4,1 kg entre 15 et 16,5 ans, 3,7 kg au-delà de 16,5 ans. Comme attendu, ce poids médian est également variable selon le stade IRIS des patients : 4,3 kg en stade 1, 4,4 kg en stade 2, 3,8 kg en stade 3, 3,8 kg en stade 4.

Un amaigrissement progressif

Les malades avaient été pesés à plusieurs reprises au cours des années précédant l’apparition de leur MRC. Le nombre médian de pesées au cours des 3 ans passés a été de 6 (1 à 47). 96 chats ont été pesés au cours des 3 mois précédents, 273 ont été pesés plus d’un an avant le diagnostic de MRC. Chez ces derniers, la perte de poids médiane au cours de l’année passée avant le diagnostic a été de 8,9 % (- 47,7 % à + 45,9 %). Au cours de l’année suivant le diagnostic, la perte de poids médiane a été de 6,2 % (-57,9 % à + 29,7 %). La construction d’un modèle mathématique a permis de préciser le cours de cet amaigrissement. La perte de poids estimée au cours des trois années précédant le diagnostic est la suivante : – 0,21 kg en année -3, 0,28 kg en année -2, 0,37 kg en année -1. Puis les chiffres sont de -0,47 kg en année +1, 0,58 kg en année +2, 0,71 kg en année + 3.

Une survie de 17,7 mois

Dans cette cohorte de chats, la durée médiane de survie (mort naturelle ou euthanasie) a été de 17,7 mois (0 à 93,4 mois). 58,8 % des patients étaient encore en vie au moment de la conclusion de l’étude. Le sexe n’influence pas le pronostic, qui est évidemment lié au stade IRIS, avec une survie plus longue aux stades 1 et 2 par rapport aux stades 3 et 4. Comme attendu également, l’espérance de vie diminue avec l’âge des malades. En revanche, les chats ayant un poids corporel plus élevé au moment du diagnostic ont un meilleur pronostic.

Dans la discussion, les auteurs retiennent les éléments suivants :

la perte de poids médiane est de 8,9 % au cours de l’année précédant le diagnostic. Ce résultat est cohérent avec celui obtenu lors d’une étude antérieure (10,8 %) ;

la perte de poids peut être objectivée très précocement, jusqu’à 3 ans avant le diagnostic de MRC. Elle s’accélère après ce dernier : en prenant en compte les résultats médians, on peut s’attendre à ce qu’un chat de 4,2 kg perde 0,86 kg au cours des trois ans précédant le diagnostic et 1,76 kg au cours des trois années suivantes ;

l’espérance de vie est plus courte en stades IRIS 3 et 4, mais il existe ici un biais possible dans la mesure où le propriétaire d’un chat en mauvais état général aura davantage tendance à solliciter l’euthanasie ;

si un poids faible est associé à un pronostic plus réservé, un poids très élevé l’est aussi. L’indice de condition corporelle n’a pas été pris en compte ici, mais il semble que les chats « modérément » obèses ont un meilleur pronostic. C’est le « paradoxe de l’obésité », bien décrit en médecine humaine : si l’obésité obère l’espérance de vie des sujets sains, elle peut la prolonger lors de l’existence de diverses affections comme la MRC ou l’insuffisance cardiaque.

Les auteurs conviennent de certaines limites de cette étude : on n’a pas pris en compte les traitements médicaux et diététiques qui peuvent influencer le pronostic. On n’a pas inclus non plus dans l’analyse l’existence éventuelle de maladies concomitantes. Quoi qu’il en soit, cette étude permet de préciser l’ampleur de la perte de poids contemporaine de la MRC 3 ans avant et après le diagnostic de MRC. Elle montre tout l’intérêt d’établir des courbes de poids chez les seniors.

SYNTHESE

Dermatologie pédiatrique : dix dermatoses à reconnaître

La dermatologie pédiatrique est une discipline à part en dermatologie médicale, certains services hospitaliers étant dévolus aux particularités de l’enfant. Chez le chien et le chat la dermatologie du jeune animal présente également quelques caractéristiques et certaines dermatoses sont à connaître, comme évoqué par le Dr Helton Rhodes dans un récent article* dont un résumé est présenté ici. (in l’Essentiel n°429)

Il peut s’agir de maladies localisées ou systémiques, parfois spécifiques de race. Ce florilège non exhaustif en sélectionne quelques-unes, plus ou moins faciles à diagnostiquer.

Otite proliférative et nécrosante du chaton

Cette entité, de cause inconnue, a été rapportée récemment chez des chats âgés de 2 à 12 mois. Les lésions sont cliniquement typiques : apparition brutale d’une prolifération tissulaire majeure dans le conduit auditif, au niveau de l’orifice auriculaire, du conduit vertical et de la face interne du pavillon. Les lésions consistent en des plaques coalescentes, noirâtres, friables, qui ont tendance à l’ulcération et à saigner. Les lésions sont le plus souvent d’emblée bilatérales et douloureuses, mais dans certains cas seul un prurit modéré est observé. Des infections secondaires (bactériennes et fongiques) peuvent survenir. Les remaniements inflammatoires sont caractérisés par une apoptose kératinocytaire, ressemblant à un érythème polymorphe, mais à ce jour aucun virus n’a pu être mis en évidence. Le traitement n’est pas codifié : plusieurs chats ont bénéficié d’un traitement avec le tacrolimus par voie locale (un ligand des immunophilines), d’autres ont été améliorés par l’application topique d’imiquimod, l’administration systémique de ciclosporine, de famciclovir et/ou d’interféron. Un traitement chirurgical peut être nécessaire dans les cas sévères.

Dermatite et oedème éosinophilique (syndrome de Wells)

Le syndrome de Wells est une entité rapportée régulièrement chez l’homme caractérisée par une cellulite éosinophilique, souvent d’origine médicamenteuse. Chez le chien, des lésions semblables ont été rapportées, le plus souvent d’origine immunologique (alimentation, morsure d’arthropode, cause médicamenteuse ou virale). Les chiens de races de grand format (notamment les Labrador) seraient à risque. Des signes digestifs sont souvent associés (vomissements, diarrhée), nécessitant parfois une hospitalisation. Les lésions sont typiques et consistent en des macules érythémateuses, à tendance arciforme, serpigineuses parfois, associées à des plaques, volontiers ortiées. La surface ventrale du corps (abdomen, thorax) et les pavillons auriculaires sont les zones de prédilection. Les biopsies montrent un infiltrat éosinophilique avec des figures en flammes. Le traitement repose sur une corticothérapie orale pendant quelques jours à quelques semaines.

Syndrome de mutilation acrale

Il s’agit d’une génodermatose (transmission autosomale récessive) atteignant les nerfs (neuropathie sensitive). Plusieurs races semblent à risque : pointer, épagneul français, springer spaniel et pinscher. Les lésions débutent dans le jeune âge (entre 1 et 5 mois) et sont typiquement caractérisées par des mordillements et un prurit/douleur localisé au niveau des extrémités digitées : les animaux atteints se mutilent les doigts et/ou les coussinets, sans sembler par ailleurs présenter de gêne manifeste. Les réflexes restent intacts. Le diagnostic clinique est évident. Un test de dépistage

génétique est disponible depuis quelques mois. Aucun traitement n’est efficace et l’euthanasie est nécessaire.

Dermatite ulcérative du Bengal

Cette dermatose est probablement d’origine génétique car rapportée seulement chez le Bengal. On observe des lésions limitées à la truffe, sur la zone médiane, avec un assèchement puis une hyperkératose progressive qui a tendance à l’érosion, la fissuration et se recouvre finalement de croûtes. Une dépigmentation peut être associée. Le traitement repose sur l’application locale de tacrolimus.

Cellulite juvénile

Relativement fréquente, cette maladie reste pourtant un mystère et sa cause est à ce jour inconnue (intervention de virus ? maladie immunologique ? anomalie génétique ?). Il s’agit d’une hypodermite granulomateuse stérile. Les lésions, d’apparition brutale, sont initialement localisées à

la face avec gonflements et érosions suintantes. Une otite suppurée est presque systématiquement présente. Une lymphadénopathie est souvent associée. D’autres localisations ont été plus rarement décrites : abdomen, thorax, fourreau… Le prurit est en général modéré, mais les lésions sont douloureuses et évoluent dans un contexte fébrile (hyperthermie, abattement). Les complications infectieuses sont la règle si la dermatose n’est pas diagnostiquée et gérée précocement. Il faut faire un diagnostic différentiel avec une pyodémodécie ou une dermatophytose inflammatoire (cf. infra). Le traitement repose sur une corticothérapie orale pendant quelques jours à quelques semaines. La ciclosporine s’est avérée efficace dans certains cas.

Dysplasies folliculaires liées à la couleur

Rencontrées préférentiellement chez les chiens présentant un pelage bleu, gris ou chocolat, elles sont également notées chez des chiens à poil noir. Les lésions regroupent initialement un « éclaircissement » du pelage, rapidement suivi par une alopécie non inflammatoire, limité aux zones diluées ou noires de la robe. Il est également possible d’observer des taches dépigmentées qui sont assez évocatrices de l’affection. Aucun prurit n’est noté sauf en cas d’infection bactérienne secondaire. Le diagnostic passe par la trichoscopie, qui permet de mettre en évidence une anomalie de répartition du pigment mélanique dans les tiges pilaires, à l’origine de fissurations et de fractures des poils. L’examen histopathologique est toutefois indispensable pour confirmer la maladie. Aucun traitement spécifique n’existe et des soins cosmétiques sont indiqués régulièrement pour diminuer le risque de pyodermite bactérienne.

Papillomatose virale

Les papillomes viraux sont rencontrés assez fréquemment chez des chiens jeunes, le plus souvent au niveau de la cavité buccale. Les lésions sont pathognomoniques : masses blanches ou grises, en relief, avec un aspect « grumeleux » en « chou-fleur » très typique. Parfois uniques, parfois multiples, de taille variable, elles sont en général asymptomatiques. Il n’existe pas de traitement codifié. Si l’exérèse chirurgicale reste une option, elle ne devrait être envisagée que pour les cas très extensifs, en effet la « stimulation » des lésions peut être responsable d’une explosion locale verruqueuse difficile par la suite à gérer. Les traitements systémiques ayant une efficacité rapportée dans la littérature sont la cimétidine et les interférons (alpha ou oméga). Localement, l’application d’imiquimod peut également être intéressante (bien que l’utilisation de cette molécule sur la muqueuse buccale puisse être à risque d’effets secondaires).

Dermatomyosite familiale

La dermatomyosite est une maladie héréditaire atteignant la peau et les muscles chez des chiens jeunes. Les races colley, Shetland et berger de Beauce sont prédisposées. La pathogénie est mal comprise et est probablement complexe. Outre des facteurs génétiques, certains auteurs ont avancé une origine infectieuse, probablement virale (coxsackievirus B, coronavirus, picornavirus). D’autres auteurs, au contraire, suspectent une origine immunologique, en mettant en avant l’élévation des complexes immuns circulants (dont le taux est en rapport avec la gravité des signes cliniques), la présence de lésions de vascularite dans certaines biopsies cutanées et l’atrophie des follicules pileux. Les lésions apparaissent tôt, chez des animaux jeunes à très jeunes (1 à 6 mois). Typiquement, la dermatomyosite est d’abord une maladie cutanée, avec des symptômes musculaires

discrets. Les symptômes cutanés débutent sur la face, l’extrémité des pavillons auriculaires, la queue et l’extrémité des membres. Il s’agit de dépigmentation, d’érythème, de papules et de placards alopéciques et kératoséborrhéiques. Le diagnostic passe par l’histopathologie et éventuellement l’examen électromyographique. Le pronostic est imprévisible : une guérison définitive peut survenir à l’âge de six mois. Certains animaux montrent des régressions spontanées mais récidivent, alors que d’autres répondent mal à toute thérapeutique et doivent finalement être euthanasiés. Les animaux sévèrement touchés présentent des cicatrices disharmonieuses, notées surtout sur le chanfrein et autour des yeux. Une photoprotection est souhaitable. Il faut en outre éviter les traumatismes et en particulier le couchage sur des surfaces dures. Le traitement médical est fonction de la gravité des signes cliniques. Il varie depuis l’expectative jusqu’à la mise en place d’une corticothérapie à doses immunosuppressives (prednisone ou prednisolone 2 à 4 mg/kg/j jusqu’à régression des signes cliniques puis diminution et passage en jours alternés). La pentoxifilline, un dérivé des méthylxanthines, peut être utilisée, pour son effet oxygénateur des tissus par accroissement du flux sanguin à la dose de 10 à 20 mg/kg trois fois par jour. L’utilisation associée de shampooings antiseptiques et/ou kératorégulateurs est également bénéfique.

Troubles génétiques de la cornification

Différentes génodermatoses sont rapportées chez le jeune chien et sont, pour la plupart, l’objet de recherches poussées visant à étudier leur déterminisme et les anomalies génétiques en cause dans des buts de diagnostic et de pathologie comparée. L’ichtyose en est un bon exemple : chez le chien, on distingue les ichtyoses épidermolytiques dues à un défaut des kératines épidermiques et les ichtyoses non épidermolytiques. Même si ces génodermatoses rares sont observées dans de nombreuses races, il existe des formes spécifiques dans certaines d’entre elles : les ichtyoses non épidermolytiques chez le golden retriever, le Cairn terrier, le Jack Russell terrier et le bouledogue américain et les ichtyoses épidermolytiques chez le Norfolk terrier et le cavalier King Charles. Certaines formes d’ichtyose rapportées chez le chien sont des modèles spontanés de maladie de l’homme, comme récemment démontré pour l’ichtyose du golden retriever, due à une mutation du gène PNPLA ou pour le Jack Russel terrier avec une mutation de la transglutaminase.

Les symptômes sont variables. Chez le golden retriever, l’ichtyose (non épidermolytique) se caractérise par de larges squames fines polygonales, blanchâtres, s’exfoliant facilement sans atteinte des coussinets. Avec le temps, les squames ont tendance à devenir noirâtres. Elles sont initialement notées sur la surface ventrale du corps, mais peuvent s’étendre au thorax voire se généraliser. Après tonte, la peau présente des lésions squameuses qui rappellent parfois des écailles. Chez le Jack Russell terrier et le bouledogue américain, les lésions regroupent dessquames fines à épaisses, blanches à brunes, avec un aspect parcheminé. Les coussinets peuvent être atteints. L’ichtyose épidermolytique du Norfolk terrier se caractérise par des stries pigmentées, avec un aspect de peau « en papier de verre ».

Le diagnostic passe par l’examen histopathologique de biopsies cutanées, par la microscopie électronique et pour certaines formes d’ichtyose par la recherche de la mutation génétique par prise de sang ou écouvillonnage buccal. Le traitement fait appel pour les stades débutants à des soins topiques avec shampooings et réhydratants. Pour les cas nécessitant un traitement systémique, il peut être utile de proposer la vitamine A. Dans tous les cas, l’utilisation d’acides gras essentiels par voie orale (ou en utilisant une alimentation adaptée) semble intéressante pour essayer de régulariser la cinétique cutanée.

Kérion

Les lésions nodulaires cutanées peuvent être liées à des causes variées. Il est important de ne pas se laisser piéger ni de s’enfermer dans l’hypothèse néoplasique : tout nodule n’est pas tumeur, surtout chez un jeune animal. Chez le jeune chien chasseur ou fouisseur, chez le Persan, certaines dermatophytoses peuvent se manifester sous la forme de lésions nodulaires, d’apparition brutale, d’aspect érythémateux et suintant, volontiers croûteux, dénommées « kérions ». La pathogénie de ces lésions est encore mal comprise. Certains auteurs proposent que la dissémination dans le derme des champignons serait responsable d’une violente réaction inflammatoire à corps étranger. D’autres suspectent une réaction d’hypersensibilité vis-à-vis des dermatophytes. Microsporum gypseum (Nannizzia fulva, gypsea, nana )est dans notre expérience assez fréquemment en cause dans ces lésions nodulaires mais Microsporum canis peutégalement être responsable. Une culture fongique est toujours indiquée pour diagnostiquer l’espèce de dermatophyte en cause, ce qui permet de prévoir des mesures thérapeutiques adaptées. Le traitement des kérions est le plus souvent facile : un traitement local, à base d’un azolé, suffit dans la plupart des cas, sans traitement systémique associé. Il doit être poursuivi jusqu’à la guérison clinique ou mieux jusqu’à la guérison mycologique. Un traitement systémique peut parfois être nécessaire. Enfin, chez le chat, il peut parfois être indiqué de réaliser une exérèse chirurgicale.

SYNTHESE

Epilepsie canine : les propriétaires détectent mal les crises partielles

Le diagnostic de l’épilepsie, chez le chien, est souvent basé sur les descriptions des propriétaires des patients, il est rare que l’une d’elles se déclenche en consultation. Si cette description est pathognomonique quand il s’agit d’épilepsie généralisée, les signes sont plus discrets et parfois ignorés lors d’épilepsie focale ou partielle. L’objectif de cette étude parue dans le Veterinary Record était de mieux connaître les attitudes des propriétaires lors de la survenue de cette forme d’épilepsie qui, bien que moins spectaculaire, a aussi des conséquences sur le fonctionnement de l’encéphale. (in l’Essentiel n°430)

Le vétérinaire se repose sur les descriptions des propriétaires de ses patients pour diagnostiquer initialement une épilepsie et pour adapter ensuite le schéma posologique. Une augmentation de la fréquence des crises entraîne ainsi une augmentation des doses ou un changement de médicament. Les auteurs signalent qu’en médecine humaine, les crises sont souvent sous-rapportées. En général, les crises focales (partielles) sont moins volontiers signalées que les crises tonico-cloniques généralisées. En médecine humaine, toujours, jusqu’à 73,2 % des crises partielles ne sont pas signalées, indique une étude récente. Or, les crises focales sont courantes lors d’épilepsie idiopathique.

56 réponses analysées

Cette étude menée par Packer et coll. (Royal Veterinary College) dont les résultats ont paru dans le Veterinary Record avait pour objectif de mettre en évidence la capacité des propriétaires de chiens à rapporter ces crises partielles. Elle repose sur une enquête Internet réalisée sur Surveymonkey® , les propriétaires de chiens épileptiques ayant été recrutés via des médias sociaux. Les chiens devaient répondre pour être recrutés aux critères de l’International Veterinary Epilepsy Task Force et avoir souffert d’une crise partielle dans les 3 mois précédents. Les troubles possiblement observés étaient expliqués aux propriétaires (clignements rythmiques des paupières, contractions musculaires d’une extrémité, ptyalisme, vomissements, mydriase, troubles du comportement, anxiété, recherche d’attention, frayeurs inexpliquées, etc.). 56 réponses ont pu être exploitées, provenant essentiellement de femmes (91 %). On comptait chez les chiens à peu près autant de mâles que de femelles. L’âge moyen était de 63,3 ± 36,6 mois.

Un chien qui devient « collant »

En matière de sémiologie, les propriétaires rapportaient le plus souvent les signes suivants : chien devenant « collant » (57,1 %), léchage des lèvres (50 %), tremblements de la face (53,6 %). Le nombre de crises partielles par mois jugé « acceptable » était de un (0-2), alors que les propriétaires acceptaient moins les crises généralisées qu’ils jugeaient plus dangereuses pour la santé cérébrale de leurs animaux. 52,1 % d’entre eux pensaient que les crises groupées avaient davantage d’impact sur la qualité de vie de leur compagnon. Ils se sentaient plus capables (40,4 %) de gérer une crise partielle par rapport à une crise généralisée. 62% estimaient que leur vétérinaire était plus concerné par ces dernières, mais la moitié rapportait aussi l’occurrence de crises partielles lors de leurs visites chez le praticien. 44,9 % attendaient plus de leur vétérinaire qu’il permette le contrôle des crises généralisées, les crises partielles étant en somme considérées comme plus gérables.

Une sous-estimation des crises partielles

On constate donc que les propriétaires sous-rapportent les crises partielles parce qu’ils les considèrent comme moins graves. Dès lors, on peut craindre un traitement mal adapté si l’on ignore leur existence. De plus, les maîtres n’identifient pas certains signes comme étant des symptômes de crises partielles, par exemple la mydriase, le nystagmus, les déglutitions répétées, etc. En attendant la mise au point de capteurs adaptés qui pourraient être insérés dans des colliers, le vétérinaire doit donc lister avec son client tous les symptômes évocateurs de crises partielles. Ceci est d’autant plus important que ces crises ne sont pas bénignes : on a en effet démontré, chez les rongeurs, que leur répétition entraîne une sclérose de l’hippocampe ou de la corne d’Ammon. Il convient donc de les traiter avec le même sérieux que les crises généralisées.

R.M.A PACKER, Owner perception of focal seizures in canine epilepsy, Veterinary Record.

SYNTHESE

Tumeurs mammaires : rechercher une glomérulopathie

Les tumeurs mammaires (TM) de la chienne sont dans certains cas un modèle intéressant des cancers du sein dans l’espèce humaine. Dans cette dernière, on observe parfois des glomérulopathies paranéoplasiques qui peuvent mener à l’insuffisance rénale ou à un syndrome néphrotique. L’étiopathogénie de ces lésions demeure obscure. Les résultats de cette étude parue dans PLoS One (accès libre) montrent que la chienne développe également ce type d’anomalies. (in l’Essentiel n°427)

Le lien causal éventuel entre glomérulopathie et cancer du sein n’est pas fermement établi. Les glomérulopathies membraneuses (GMN) sont chez la femme les anomalies les plus fréquemment découvertes en cas de cancers, il arrive aussi qu’on observe des lésions discrètes (LD) ou encore des gloméruloscléroses focales segmentaires (GMFS) ou des glomérulonéphrites membranoprolifératives (GMMP). Il est plus rare qu’on découvre des microangiopathies thrombotiques (MAT).

Une étude sur 32 TM

L’objectif de cette étude était d’évaluer des biopsies rénales réalisées chez 32 chiennes présentant des carcinomes mammaires et chez 11 chiennes témoins. Les prélèvements ont été observés en microscopie optique, électronique et immunohistochimie. Chez les chiennes malades, les biopsies rénales ont été effectuées lors de l’ovariohystérectomie contemporaine de l’exérèse des TM.

Lésions glomérulaires

Des lésions discrètes ont été observées chez 25 chiennes (78,1 %) souffrant de TM. On notait : une expansion focale de la matrice mésangiale glomérulaire (60 %), une prolifération des cellules mésangiales (36 %), une GMFS (36 %), des synéchies (28 %), une sclérose glomérulaire (24 %), une fibrose interstitielle discrète à modérée avec atrophie tubulaire (20 %). Cinq chiennes (20 %) présentaient une dégénérescence hydropique des cellules épithéliales tubulaires, plus rarement, on notait une artériolosclérose hyaline (12 %) et des lésions d’ischémie glomérulaire (12 %), des dépôts d’hémosidérine (8 %). Les reins des chiennes saines, en revanche, à âge comparable, ne présentaient pas de lésions. On note que chez les malades, les altérations glomérulaires étaient corrélées positivement au volume tumoral. Les auteurs présentent ensuite les résultats des examens immunohistochimiques, on note un dépôt d’IgM dans 96 % des cas, associé ou non à des dépôts d’IgG, d’IgA et de C3. Les images obtenues en microscopie électronique sont enfin interprétées, on observait, surtout, des dépôts de matériel dense sousendothéliaux ou mésangiaux et des anomalies podocytaires des cellules mésangiales.

Un bon modèle de la maladie humaine

Les auteurs interprètent ces lésions dans la discussion. Il est certain que nombre de chiennes souffrant de TM développent une protéinurie subclinique et des lésions glomérulaires, similaires à celles qui sont observées chez la femme. Le RPCU augmente et un tiers des malades en moyenne souffre de protéinurie, avec des lésions microscopiques qui semblent indiquer l’évolution de lésions structurelles glomérulaires. Le taux d’IgM n’a pas été mesuré dans ce travail, mais il est probablement augmenté au vu des lésions observées. En revanche, les IgA et IgG sériques ne sont pas différentes selon les lots. L’observation la plus intéressante est l’association de la gravité des lésions glomérulaires au volume tumoral. C’est en 1966, en médecine humaine, que les premières descriptions de glomérulopathies contemporaines des cancers du sein ont été décrites. Pour autant, aucune étude contrôlée et randomisée n’a été réalisée depuis sur ce sujet. A ce jour, les principaux travaux sur ce thème ont été entrepris sur les cancers hématopoïétiques et les carcinomes solides, où la présence de glomérulopathies paranéoplasiques est avérée. Plusieurs facteurs pouvant expliquer l’apparition de glomérulopathies ont été évoqués : diminution de la perfusion rénale, lésions infligées par les métabolites des cellules cancéreuses, dépôts d’immuns-complexes, cette dernière anomalie avérée ici pouvant suggérer une origine immunitaire. Dans ce contexte, la chienne semble constituer un très bon modèle des glomérulopathies paranéoplasiques humaines

Bilans biologiques

Les chiennes atteintes de TM présentaient des augmentations de certains paramètres par rapport aux témoins : protéines, transferrine, haptoglobine. Les taux de globulines étaient corrélés au format de la TM. Le nombre de nodules mammaires allait de 1 à 10, leur volume total variait entre 0,04 et 567,1 cm3. Il s’agissait pour l’essentiel de tumeurs de bas grade (27/32). On comptait deux cancers de grade intermédiaire et 3 de haut grade. 65,6 % des chiennes ne présentaient qu’un seul type tumoral, 34,4 % étaient atteintes de deux types de cancers. Le rapport protéines/créatinine urinaire (RPCU) était plus élevé chez les chiennes cancéreuses par rapport aux chiennes indemnes de la même catégorie d’âge. Aucun des animaux témoins ne présentait de protéinurie, mais c’était le cas de 10 chiennes cancéreuses. L’électrophorèse des protéines urinaires suggérait l’existence chez ces patientes d’altérations à la fois tubulaires et glomérulaires.

SYNTHESE

Découverte fortuite d’une masse surrénalienne : l’attitude à adopter

Il n’est pas rare de découvrir fortuitement une masse surrénalienne à la faveur d’un examen tomodensitométrique réalisé pour tout autre motif. Cette découverte est en général faite chez des chiens âgés. Dans le Javma du 15 novembre 2016, une équipe de l’Université Vétérinaire de Floride fait le point sur ce sujet. Plusieurs critères doivent guider le praticien dans sa décision, qui sera, raisonnablement et dans la plupart des cas, l’attentisme. (in l’Essentiel n°428)

En médecine humaine, on parle de découverte fortuite d’une masse surrénalienne pour désigner une telle observation réalisée chez un patient auparavant non suspect d’une affection de cette glande. Ces tumeurs peuvent être bénignes (adénomes de la corticosurrénale, granulomes, kystes, hyperplasies) ou malignes (carcinomes corticosurrénaliens, phéochromocytomes, métastases d’autres cancers). Ces mises en évidence fortuites de lésions surrénaliennes sont aussi fréquentes en médecine vétérinaire. Une récente étude rapportait une prévalence de 4 % à l’occasion d’examens échographiques effectués pour d’autres motifs. Elle a montré que ce phénomène était plus habituel

chez des chiens âgés (médiane de 11,25 ans) et plutôt lourds (médiane de 21 kg) par rapport aux animaux témoins (9,5 ans, 14 kg). En médecine humaine, toujours, on trouve à l’autopsie 2,3 % de lésions surrénaliennes et 1 à 10 % à la faveur d’examens tomodensitométriques ou en IRM. La prévalence est inférieure à 1 % chez les jeunes adultes, de 3 % à l’âge de 50 ans et jusqu’à 15 % chez les plus de 70 ans. Enfin, une étude irlandaise menée en clinique courante montre 0,98 % de détection à l’occasion d’un scanner abdominal, 0,81 % lors d’un scanner thoracique.

L’objectif de cette étude était de déterminer la prévalence des découvertes fortuites de tumeurs surrénaliennes au cours de scanners effectués pour un autre motif, d’évaluer les facteurs de risque, l’hypothèse des auteurs étant qu’on en trouverait davantage via la tomodensitométrie que par l’échographie.

Une étude sur 270 chiens

270 chiens remplissaient les critères d’inclusion. On a rencontré une masse surrénalienne, fortuitement, chez 25 d’entre eux soit 9,3 %. Neuf de plus présentaient une hyperplasie modérée (3,3 %) mais n’entraient pas dans le champ de l’étude. Le poids médian des chiens concernés était de 28,4 kg (4,1 à 46,1 kg). Il n’était pas significativement différent de celui des patients indemnes de lésion des surrénales (médiane de 21 kg, 0,9 à 75 kg). En revanche, l’âge médian (12 ans, 8 à 15 ans) était significativement plus élevé chez les porteurs de tumeurs que chez les sujets dont les surrénales étaient normales (médiane de 8,2 ans, 0,1 à 16,1 ans).

Souvent un autre cancer associé

Chez 51,1 % des individus (138 chiens), une néoplasie était le motif initial de réaliser un scanner. Chez ces chiens, on a découvert fortuitement une tumeur surrénalienne dans 15,9 % des cas : ces chiens cancéreux sont donc nettement plus souvent porteurs en outre d’une telle lésion par rapport aux patients examinés pour d’autres raisons qu’un cancer (2,3 %). Les chiens cancéreux étaient néanmoins plus âgés (médiane de 10 ans, 2 à 15,6 ans) que les individus faisant l’objet d’un scanner pour d’autres motifs.

L’activité des phosphatases alcalines, la densité urinaire, n’étaient pas prédictives de la découverte d’une masse surrénalienne. Certains chiens (132/270) ont fait l’objet, de surcroît, d’une échographie abdominale en sus du scanner. Quatre avaient une tumeur surrénalienne détectée à l’échographie mais pas au scanner, 3 au scanner et pas à l’échographie, 6 avec les deux méthodes.

Des tumeurs en général petites

Chez les 25 chiens pour lesquels la découverte était fortuite, le format médian de la masse surrénalienne était de 1,4 cm (0,3 à 6 cm). Chez 3 patients, on notait un envahissement de la veine cave caudale. Une exérèse de la glande a été effectuée chez 3 sujets autres que ceux dont la veine cave caudale était atteinte. Deux chiens souffraient d’un adénome cortical, un patient souffrait d’un adénome et d’un phéochromocytome. On n’a donc pas eu de confirmation histologique pour les 22 autres tumeurs. Chez deux chiens qui ont été réévalués après un délai de quelques mois, les masses néoplasiques n’avaient pas évolué.

L’échographie est moins sensible

Dans la discussion, les auteurs concluent donc à une prévalence de 9,3 %, avec une prédisposition des chiens âgés et des patients présentant un autre cancer (qui sont en général aussi plus âgés). Cette prévalence est plus élevée que celle qui a été décrite antérieurement avec une étude échographique (4 %) bien moins performante que le scanner, ce que confirme ce travail. On sait, en médecine humaine, que l’échographie est moins sensible et moins spécifique que la tomodensitométrie pour détecter les lésions surrénaliennes. Une publication a montré une sensibilité de 84 % et une spécificité de 98 % pour le scanner, les chiffres étant de 79 % et 61 %, respectivement, pour l’échographie. Le fait que ces découvertes fortuites de tumeurs surrénaliennes concernent davantage les chiens âgés n’est pas une surprise. Il corrobore des études réalisées en médecine humaine et vétérinaire. Les chiens souffrant d’un autre cancer sont à risque, ce qui permet aux auteurs de rappeler le travail de Cook et coll., qui ont montré que lors d’examens échographiques, 28,5 % des chiens présentant une masse surrénalienne de découverte fortuite souffraient concomitamment d’un autre cancer. Dans l’étude présentée ici, 15,9 % des chiens (22/138) examinés pour un cancer avaient aussi une masse surrénalienne.

Les métastases surrénaliennes sont fréquentes

Par ailleurs, la plus forte prévalence des masses surrénaliennes chez des chiens souffrant d’un autre cancer peut aussi correspondre à des métastases. Une étude antérieure a montré en effet que la fréquence des métastases surrénaliennes était de 21 % lors de l’extension des cancers en général. Dans ces conditions, les auteurs conseillent de faire passer systématiquement un scanner thoracique et abdominal lors de la détermination du stade chez un patient cancéreux âgé, à la recherche de lésions surrénaliennes.

Ils conviennent de certaines limites de leur étude : ce n’est pas le même radiologue qui a examiné tous les clichés. Ceci a pu introduire certains biais. Les clichés n’ont pas été réinterprétés a posteriori et le radiologue de garde ne portait pas spécialement son attention sur les glandes surrénales. Dès lors, l’incidence a peut-être été sous-estimée. Une limite est aussi l’absence de diagnostic histologique des lésions. Se pose la question, alors, de ce qu’il faut faire face à ces découvertes fortuites. Il n’existe pas de consensus en la matière. En médecine humaine, tout dépend de la taille de la tumeur. Dans le cas des masses de moins de 3 cm, apparemment inactives biologiquement, on répète les scanners tous les 2-3 ans avec entre temps des évaluations biochimiques. Ces recommandations peuvent servir de base chez le chien.

Tenir compte de la clinique

Les auteurs estiment que chez le chien, face à une tumeur de plus de 2 cm, s’il y a de plus invasion vasculaire, si des signes cliniques compatibles avec une maladie surrénalienne sont présents, un bilan endocrinien complet apparaît nécessaire. Ceci consiste à rechercher un hypercortisolisme et accessoirement des signes cliniques évocateurs d’un phéochromocytome. Cook et coll. ont indiqué que des dimensions de plus de 20 mm, quel que soit le plan de coupe, sont fortement évocatrices de malignité.

Deux études récentes ont montré que des analyses fines des images obtenues par échographie et scanner permettent d’orienter parfois le diagnostic sur la base de la vascularisation des tumeurs qui n’est pas la même selon leur type histologique. Il est évident que face à un patient hypertendu, polyuropolydipsique, présentant des phosphatases alcalines élevées, une recherche de maladie surrénalienne doit être effectuée pour tout type de tumeur, aussi petite soit-elle, même s’il s’agit d’une découverte fortuite. Pour le reste des cas (tumeurs de moins de 20 mm), l’attentisme est sans doute la meilleure attitude à adopter. Avec éventuellement la réalisation d’une échographie (moins onéreuse) tous les 2 à 3 mois.

BAUM (JA) : Prevalence of adrenal gland masses as incidental findings during abdominal computed tomography in dogs: 270 cases (2013–2014). Journal of the American Veterinary Medical Association. 2016. Vol 249, N°10, p 1165-1169.

SYNTHESE

Détecter précocement les lésions rénales lors de maladie valvulaire mitrale : intérêt de la SDMA et de la cystatine C

L’insuffisance cardiaque peut générer des lésions rénales, on parle alors de syndrome cardiorénal. Dans le cadre de la gestion de la maladie valvulaire mitrale, un suivi attentif de la fonction rénale est nécessaire, de manière à pouvoir intervenir précocement pour éviter l’installation trop rapide de lésions. Créatinine, urée, sont des marqueurs utiles, mais d’autres méritent d’être utilisés, comme la SDMA et la cystatine C. Ils ont l’intérêt de mettre en évidence beaucoup plus tôt des anomalies du taux de filtration glomérulaire, ce qui autorise la prise de mesures diverses, médicales et diététiques. Un article paru dans le Journal of Veterinary Medical Science fait le point sur l’utilisation de ces marqueurs d’apparition récente en médecine vétérinaire.

Le syndrome cardiorénal est une complication bien connue de l’insuffisance cardiaque chez l’homme, où « le dysfonctionnement chronique d’un organe peut induire le dysfonctionnement aigu ou chronique de l’autre ». Un tiers des humains admis pour insuffisance cardiaque souffrent concomitamment d’insuffisance rénale. La maladie valvulaire mitrale dégénérative (MVMD) est la cause la plus fréquente d’insuffisance cardiaque chez les chiens de petit format. A long terme, elle peut entraîner un défaut de perfusion des organes dont les reins.

Cystatine C

La cystatine C est un biomarqueur de la fonction rénale récemment proposé, il témoigne de l’efficacité de la filtration glomérulaire. Sa mesure est plus précise que celle de l’urée et de la créatinine pour évaluer la fonction rénale même si d’autres affections peuvent provoquer une augmentation de la valeur de ce paramètre : maladies à médiation immune, endocriniennes, cutanées, cardiaques et néoplasiques.

SDMA

La diméthylarginine symétrique (SDMA) est également un biomarqueur étroitement corrélé à la filtration glomérulaire. Elle est spécifique de la fonction rénale et n’est pas modifiée par d’autres affections, particulièrement cardiaques ou hépatiques. Lors d’affections rénales, son augmentation est plus précoce que celle de la créatinine.

Des chiens à divers stades d’insuffisance cardiaque

L’objectif de cette étude parue dans le JVMS (accès libre) était d’évaluer les concentrations de cystatine C et de SDMA chez des chiens à divers stades d’insuffisance cardiaque. Un groupe témoin de 10 chiens de petit format a été constitué. On a également recruté 33 petits chiens âgés de 7 à 15 ans, souffrant de maladie valvulaire mitrale. Ils ne présentaient pas de maladies concomitantes. Ils ont été classés à l’aune des critères de l’ISACHC (International Small Animal Cardiac Health Council). Certains chiens étaient traités pour leur MVMD, avec des molécules comme l’énalapril, le furosémide, la spironolactone, le pimobendane, la dioxine ou l’amlodipine. Les chiens étaient maintenus à jeun 12 heures avant les prélèvements. Les auteurs détaillent les méthodes d’analyse employées. Des échocardiographies ont été pratiquées.

Principaux résultats

Les concentrations de cystatine C étaient les suivantes : 1,4 ± 0,4 mg/l chez les témoins, 2,1 ± 0,9 mg/l chez les chiens ISACHC I, 2,9 ± 0,8 mg/l chez les sujets ISACHC II, 3,6 ± 0,6 mg/l chez les animaux ISACHC III. Pour la SDMA, les valeurs respectives étaient de 8 ± 2μg/dl (témoins), 14 ± 3 μg/dl (I), 18 ± 6 μg/dl (II) et 22 ± 7 μg/dl (III). Les taux d’urée étaient les suivants : 18 ± 7 mg/dl (témoins), 19 ± 8 mg/dl (I), 34 ± 19 mg/dl (II), 46 ± 36 mg/dl (III). Les taux de créatinine étaient de 0,7 ± 0,2 mg/dl (témoins), 0,8 ± 0,4 mg/dl (I), 1,2 ± 0,4 mg/dl (II) et 1,4 ± 0,6 mg/dl (III). Enfin, les taux de NT-ProBNP ont été mesurés, avec des valeurs de 396 ± 200 pmole/l chez les témoins, 1 337 ± 1 422 pmole/l chez les ISACHC I, 2 853 ± 2 634 pmole/l chez les ISACHC II et 3 546 ± 2 754 pmole/l chez les ISACHC III. Une différence significative est observée pour la cystatine C, la SDMA et le NT-ProBNP entre les témoins et les sujets souffrant de MVMD (tous stades) et entre les stades ISACHC II et III.

Des modifications plus précoces qu’avec l’urée et la créatinine

Le nombre de chiens ayant un taux d’urée supérieur à la normale était de 1/10 dans le lot témoin, de 3/8 dans le lot ISACHC I, de 7/10 dans le lot ISACHC II, de 9/15 dans le lot ISACHC III. Pour la créatinine, les chiffres sont respectivement de 0/10, 1/8, 5/10, 6/15. Toujours, respectivement, pour la cystatine C, les chiffres étaient de 2/10, 5/8, 10/10 et 15/15. Enfin, pour la SDMA, les chiffres sont de 0/10, 6/8, 9/10 et 14/15. Les concentrations de cystatine et de SDMA ne sont pas corrélées à l’âge ou au poids. Elles le sont en revanche au stade de l’insuffisance cardiaque et aux marqueurs échocardiographiques. La concentration de SDMA était faiblement corrélée à celle du NT-ProBNP et au score de Buchanan. La concentration de cystatine C n’est pas corrélée à ces deux variables.

Evaluer les reins de tous les cardiaques

Dans la discussion, les auteurs insistent sur le fait que l’azotémie et les dysfonctionnements rénaux sont des observations couramment effectuées dans le cadre de la MVMD. Détecter ces anomalies, dès lors, doit faire partie intégrante de l’évaluation du patient cardiaque. La cystatine C est un marqueur idéal de la baisse du taux de filtration glomérulaire, tout comme la SDMA. Les valeurs de cette dernière augmentent plus précocement que celles de la créatinine. Contrairement à ce qui se passe pour la créatinine, la SDMA n’est pas affectée par la perte de masse maigre.

Cette étude montre très clairement une augmentation des marqueurs de la fonction rénale au fur et à mesure que la maladie cardiaque progresse, ceci suggérant que la réduction du taux de filtration glomérulaire s’aggrave avec l’évolution de l’insuffisance cardiaque. Une récente étude a montré que la SDMA commence à augmenter quand environ 40 % des néphrons sont détruits. Pour la créatinine, le chiffre est de 70 %. La SDMA permet donc d’identifier beaucoup plus précocement l’apparition des lésions rénales. Les choses ne sont pas aussi bien codifiées pour la cystatine C, des références restent à établir chez le chien. Une étude a indiqué des valeurs de 1,08 ± 0,16 mg/l (0,76 à 1,44 mg/l) chez les chiens sains et de 4,37 ± 1,79 mg/l (1,12 à 9,13 mg/l) chez des chiens cardiaques. A partir de ces données, les auteurs ont retenu le seuil supérieur de 1,44 mg/l. Dans ce cas de figure, tous les ISACHC II et III avaient des valeurs anormalement élevées. La cystatine C, tout comme la SDMA, permet de détecter les lésions rénales plus tôt que la créatinine.

Dès le stade préclinique

On notera que 6 chiens sur 8, présentant une MVMD asymptomatique (stade I) avaient des valeurs de SDMA supérieures à la normale, alors que 3 sur 8 et 1 sur 8, respectivement, avaient une urémie et une créatininémie anormalement élevées. Ceci suggère que des asymptomatiques peuvent, déjà, présenter une réduction du taux de filtration glomérulaire. Il s’agit d’une constatation importante pour le clinicien qui peut aisément ignorer ce phénomène chez des asymptomatiques s’il se contente de mesurer urée et créatinine.

Quelques limites sont à signaler pour interpréter cette étude. Beaucoup de chiens étaient sous traitement. Or, on sait que si la concentration en créatinine est peu influencée par l’administration au long cours d’énalapril, cette dernière molécule et le furosémide peuvent augmenter le taux d’urée. Certains médicaments employés ici peuvent par ailleurs réduire spécifiquement ou secondairement le taux de filtration glomérulaire. En revanche, l’influence de ces molécules sur les taux de SDMA et de cystatine C n’est pas encore connue. De plus, le furosémide peut réduire le taux de filtration glomérulaire et peut donc influencer les niveaux des différents marqueurs chez des chiens recevant des doses élevées. Ce phénomène est moins probable pour la SDMA et la cystatine C puisque dans cette étude, leurs taux étaient plus élevés chez les chiens en stade I ne recevant pas de furosémide, par rapport aux témoins. En dernier lieu, la population étudiée est somme toute modeste et ce travail gagnerait à être réitéré sur un plus grand nombre d’animaux. Quoi qu’il en soit, cette étude démontre clairement que le taux de filtration glomérulaire est diminué dès les premiers stades de l’insuffisance cardiaque, ce que mettent en évidence des augmentations précoces des taux de cystatine C et de SDMA. Ces nouveaux critères permettent au vétérinaire d’intervenir plus tôt pour prévenir les lésions rénales contemporaines du début de la MVMD.

B.S CHOI, Evaluation of cystatin C and symmetric dimethylarginine in dogs with heart failure from chronic mitral valvular insufficiency. Journal of Veterinary Medical Science, 2016.

Revue de presse – Novembre 2016

janvier 6th, 2017 | Redigé par admin in Novembre 2016 - (0 Comments)

BREVES

Grande-Bretagne

La pollution sonore impacte l’odorat des animaux

Des chercheurs de l’Université de Bristol au Royaume-Uni ont conclu que le bruit causé par l’homme peut avoir un effet préjudiciable sur l’odorat des animaux, ce qui les expose davantage à être attaqués par les prédateurs. L’étude a été publiée dans le numéro d’octobre de Current Biology.

Les chercheurs ont combiné des enregistrements sonores et des échantillons de matières fécales pour démontrer que la lecture des bruits routiers affectait négativement la capacité des mangoustes à détecter les selles des prédateurs. Même après la détection, le bruit supplémentaire a conduit à moins de collecte d’informations et moins de vigilance, rendant les mangoustes plus vulnérables au danger.

« Nous savons depuis longtemps que le bruit provenant de l’urbanisation, de la circulation et des aéroports peut nuire aux humains en causant du stress, des privations de sommeil, des problèmes cardiaques et un apprentissage plus lent », a déclaré Andrew N. Radford, PhD, l’un des auteurs de l’étude. « Ce qui est de plus en plus clair, c’est que beaucoup d’autres espèces – les mammifères, les oiseaux, les poissons, les insectes et les amphibiens – sont également touchées de toutes sortes par le bruit anthropique ou humain. »

(NewStat, 3 novembre)

Etats-Unis

Les chats sauvages ne répondent pas à la pression évolutive

La taille du lobe frontal, tant chez les mammifères que chez les humains, indique t-elle la sociabilité et, plus encore, quel rôle joue l’évolution dans cette taille ?

Des chercheurs de l’Université du Michigan (MSU) ont conclu que le cerveau des chats sauvages ne répondent pas nécessairement aux mêmes pressions évolutives que celles de leurs collègues mammifères, humains et primates. La taille globale du cerveau ne différait pas, en moyenne, entre les espèces sociales et solitaires des chats sauvages. L’étude a été publiée en ligne dans la revue Frontiers in Neuroanatomy le 20 octobre.

Les chercheurs ont examiné 75 crânes félins sauvages, représentant 13 espèces, provenant de collections de musées, y compris celles de leur université. Les chercheurs ont utilisé la tomodensitométrie et des logiciels sophistiqués pour « remplir » numériquement les zones où le cerveau se serait trouvé. A partir de ce processus, ils ont déterminé le volume du cerveau.

« Nous voulions savoir si cette idée, appelée l’hypothèse du » cerveau social « , s’appliquait à d’autres mammifères sociaux, en particulier les carnivores et en particulier les chats sauvages, » Sharleen T. Sakai, Ph.D. « Nos résultats suggèrent que les facteurs qui conduisent l’évolution du cerveau chez les chats sauvages sont susceptibles de différer de la sélection des pressions identifiées dans l’évolution du cerveau des primates. »

(NewStat, 2 novembre)

Grande-Bretagne

L’environnement impacte la fertilité des chiens

Des chercheurs de l’Université de Nottingham au Royaume-Uni ont constaté que la qualité du sperme dans une population de chiens étudiés sur une période de 26 ans avait chuté de manière significative. De plus, un lien potentiel avec des contaminants environnementaux a été identifié. L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports le 16 septembre.

L’étude a porté sur des échantillons prélevés sur des chiens reproducteurs à un centre d’élevage de chiens d’assistance au cours des 26 dernières années. Cinq races ont été étudiées, y compris le labrador, le golden retriever, le curly-coat retriever, le border collie et le berger allemand.

Le sperme a été prélevé chez les chiens et analysé pour évaluer le pourcentage de spermatozoïdes qui présentait un modèle de motilité normale et qui semblait normal au microscope (morphologie).

Au cours des 26 années de l’étude, les chercheurs ont trouvé une diminution frappante du pourcentage de sperme mobile normal. De 1988 à 1998, la motilité des spermatozoïdes a diminué de 2,5% par an et après une courte période où les chiens à la fertilité compromise avaient été retirés de l’étude. La mobilité des spermatozoïdes entre 2002 et 2014 a continué de baisser à un rythme de 1,2% par an.

De plus, les chercheurs ont découvert que les chiots mâles produits par les chiens avec une diminution de la qualité du sperme avaient une incidence accrue de cryptorchidie, une condition dans laquelle les testicules des chiots ne descendent pas correctement dans le scrotum.

Les spermatozoïdes prélevés chez la même population reproductrice de chiens et les testicules récupérés chez des chiens soumis à une castration systématique présentaient des contaminants environnementaux à des concentrations capables de perturber la motilité et la viabilité des spermatozoïdes lorsqu’ils étaient testés.

Les mêmes produits chimiques qui ont perturbé la qualité du sperme ont également été découverts dans une gamme d’aliments pour chiens disponibles dans le commerce, y compris les marques spécifiquement commercialisés pour les chiots.

(NewStat, 9 novembre)

Etats-Unis

Les consommateurs préfèrent des aliments naturels pour leurs animaux

Un rapport récent démontre l’intérêt grandissant des propriétaires d’animaux pour les aliments naturels ou biologiques.

Packaged Facts, une division de MarketResearch.com, a publié son rapport « Natural, Organic et Eco-Friendly Pet Products » aux États-Unis, 6e édition, et a noté que les consommateurs estiment que les produits naturels et biologiques sont plus purs et plus sûrs que les produits réguliers. La sécurité des produits et le risque de contamination sont également des préoccupations des consommateurs. Le rapport a été publié le 12 octobre.

Packaged Facts a également identifié trois tendances clés affectant la croissance du marché des aliments pour animaux de compagnie :

  • Aliments pour animaux sans céréales: le mouvement sans grain occupe une grande partie du marché des aliments pour animaux de compagnie

  • Transparence accrue: l’éducation des consommateurs a donné lieu à une exigence sur l’étiquetage des produits et ce qu’ils contiennent

  • Disponibilité des sources protéinées éthiques : les propriétaires d’animaux qui veulent à la fois des aliments éthiques et de bonne qualité considèrent que les protéines de graminées et l’élevage en liberté valent la peine de payer un peu plus cher.

(NewStat, 16 novembre)

NOTES DE CLINIQUE

COMPORTEMENT : Variations de la température lors d’anxiété de séparation

La thermographie infrarouge est de plus en plus utilisée dans divers domaines. Les auteurs de cette étude l’ont employée pour mesurer les variations de la température auriculaire chez des chiens pour la corréler au stress induit par une anxiété de séparation. Elle a été menée à l’université de Lincoln (Grande-Bretagne) auprès de 6 chiens. Les animaux ont été testés lors d’interactions brèves avec leur propriétaire, avec un étranger et lors de périodes de séparation de 2 minutes. Ces tests ont été filmés à l’aide d’une caméra infrarouge placée dans un coin supérieur de la pièce d’expérimentation, à peu près à 7 mètres de l’endroit où les animaux passaient le plus de temps. La température a été mesurée au niveau de différentes zones des pavillons auriculaires, prédéterminées. Les températures des deux pavillons ont diminué significativement pendant les périodes de séparation et ont augmenté quand une personne était présente dans la pièce, qu’il s’agisse du propriétaire ou d’un étranger. On ne notait pas de différences de température entre les deux oreilles. Cette technique semble donc intéressante pour mesurer le stress contemporain de l’anxiété de séparation, mais doit tenir compte de la pilosité des pavillons, toutes les races de chien ne pouvant convenir à l’application de la méthode.

RIEMER S., Dynamic changes in ear temperature in relation to separation distress in dogs. Physiol Behav. 2016 Sep 5.

DENTISTERIE : Protozoaires et maladie parodontale

La maladie parodontale, en l’absence de soins préventifs, est extrêmement fréquente chez les chiens dès l’âge adulte. La plupart des études réalisées à propos de cette affection se sont focalisées sur la mise en évidence des espèces bactériennes pouvant intervenir dans la genèse de cette affection. Les auteurs ont ici utilisé un nouveau test en PCR en conjonction avec les plus récentes méthodes de séquençage pour étudier l’intervention de protozoaires dans l’évolution de la maladie parodontale, à la recherche de protistes. La présence de Trichomonas sp. et Entamoeba sp. a été recherchée dans 92 échantillons de plaque dentaire analysés. Elle a été respectivement confirmée dans 56,52 % et 4,34 % des prélèvements. Les Trichomonas spp. étaient présents chez 3,51 % des chiens en bonne santé, chez 6,07 % des individus lors de gingivite, chez 6,07 % des patients en cas de maladie parodontale débutante et chez 35,94 % des chiens quand l’affection était marquée. Pour Entamoeba sp., ces chiffres sont respectivement de 0,01 %, 0,01 %, 0,80 % et 7,91 %. Il s’agit de la première étude publiée qui suggère un rôle probable de ces protozoaires dans l’étiopathogénie de la maladie parodontale.

PATEL N., The prevalence of canine oral protozoa and their association with periodontal disease. J. Eukaryot. Microbiol. En ligne le 29 août 2016.

NUTRITION : Apport de la nutrition et des IECA dans la MRC

Traiter la protéinurie limite la progression de la maladie rénale chronique (MRC) chez le chien et l’utilisation d’aliments dédiés associés à des IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine) fait consensus. On ignore pour le moment quels IECA il conviendrait de préférer, et, en particulier, le choix du bénazépril ou de l’énalapril fait débat. Les auteurs ont recruté 44 chiens souffrant de MRC aux stades IRIS compris entre 1 et 4 et présentant une protéinurie. Tous ont reçu un aliment à objectif spécial pendant 30 jours, à la suite de quoi ils ont été traités soit par l’énalapril à la dose de 0,5 mg/kg BID, soit par le bénazépril à la dose de 0,5 mg/kg/jour. Les animaux recevaient toujours le même aliment. Ils ont été suivis durant 120 jours. Le poids, l’indice de masse corporelle, la créatinémie, l’urémie, l’albuminémie, la protéinémie, le rapport protéine/créatinine urinaire (RPCU), ont été comparés à différentes étapes du traitement. Aucune différence entre les deux lots n’a été observée pour les paramètres suivants : poids, IMC, albumine, protéines, créatinine, urée. En revanche, le RPCU des chiens sous énalapril était significativement inférieur à celui constaté chez les patients sous bénazépril à J60, J90 et J150, groupe dans lequel il n’a pas varié. Les auteurs concluent à l’intérêt du régime alimentaire dédié, associé de préférence à l’énalapril.

ZATELLI A., The effect of renal diet in association with enalapril or benazepril on proteinuria in dogs with proteinuric chronic kidney disease. Open Veterinary Journal. 2016. Vol 6, N°2, p 121-127.

REPRODUCTION : Déterminer le statut sexuel

Détecter la présence de tissu gonadique fonctionnel peut être difficile, spécialement chez les chiennes en anoestrus ou dont on ignore si elles ont été ovariectomisées préalablement. Il en va de même chez les mâles dont les testicules ne sont pas descendus. Enfin, chez un mâle traité par la desloréline, la confirmation d’une dérégulation complète de l’axe hypothalamo-hypophysogonadique peut être ardue, surtout si la taille des testicules ou de la prostate n’a pas été vérifiée au départ. L’objectif de cet essai était de valider la pertinence d’un essai immunoradiométrique de mesure du taux de FSH dans l’urine, et d’évaluer l’intérêt du rapport FSH/créatinine pour s’affranchir le cas échéant de la mesure de la concentration de FSH plasmatique, afin de vérifier le statut sexuel et les effets des implants de desloréline. Les concentrations de FSH plasmatique (moyenne de deux échantillons collectés à 40 minutes d’intervalle) et le rapport FSH/créatinine urinaire ont été déterminés avant gonadectomie puis après un délai médian de 140 jours (121 à 225 jours) chez 13 chiennes et 5 chiens. La même opération a été réalisée chez 13 mâles avant et après un délai médian de 132 jours (117-174 jours) après la mise en place d’un implant de desloréline. Chez les mâles et chez les femelles, la concentration plasmatique de FSH et le rapport FSH/créatinine urinaire étaient significativement supérieurs après gonadectomie. En revanche, ce test ne permet pas de suivre précisément l’évolution des effets de l’implant de desloréline. Sinon, dans les autres cas, il permet une approche moins invasive et ne nécessite qu’un seul prélèvement.

ALBERS-WOLTHERS CHJ., Validation of a non invasive diagnostic tool to verify neuter status in dogs : the urinary FSH to creatinine ratio. Theriogenology. 2016. Vol 86, N°5.

ÉPIDÉMIOLOGIE : Espérance de vie et causes de la mort chez le bouvier bernois

Les auteurs, en collaboration avec le club suisse du bouvier bernois, ont mené cette étude pour préciser l’espérance de vie et les causes de la mort dans cette race. Elle porte sur des chiens enregistrés et nés en 2001 et 2002, soit un total de 1 290 animaux, 389 dossiers ont pu être analysés.

À la fin de l’étude, 97,9 % des chiens étaient morts. La durée de vie médiane a été de 8,4 ans, les femelles ayant une espérance de vie médiane un peu supérieure à celle des mâles (8,8 ans versus 7,7 ans). La cause de la mort est demeurée inconnue dans 23,4 %des cas. Pour le reste des chiens, comme attendu, les cancers prédominaient largement (58,3 %) puis venaient les affections articulaires dégénératives (4,2 %), les troubles rachidiens (3,4 %), les maladies rénales (3,1 %), les volvulus gastriques ou mésentériques (1,8 %). Malheureusement, beaucoup de chiens cancéreux sont décédés de cette maladie sans qu’on procède à des analyses histopathologiques. La plus faible espérance de vie (6,8 ans) a été observée chez les animaux souffrant de troubles rénaux. Cette étude confirme la très forte prévalence des cancers dans cette race.

KLOPFENSTEIN M., Life expectancy and causes of death in Bernese mountain dogs in Switzerland. BMC Veterinary Research.

CAS CLINIQUE

Oestrus ovis, chez le chien aussi : une parasitose méconnue

La description dans la revue Case Reports in Veterinary Medicine de juillet 2016 d’un cas de myiase à Oestrus ovis sur un chien en Italie du Nord est l’occasion de faire un point sur cette affection très rarement rencontrée dans cette espèce, mais dont la fréquence pourrait augmenter. L’extension géographique d’Oestrus ovis, présent dans les pays de climat méditerranéen et tropical, pourrait en effet être favorisée par le réchauffement climatique. (in l’Essentiel n°422)

Oestrus ovis est un parasite habituel des cavités nasales des petits ruminants, hôtes définitifs. Son cycle de reproduction comprend une phase externe et une phase interne. L’adulte d’ Oestrus ovis se présente sous l’aspect d’une mouche à peine velue, gris brunâtre et mesurant environ 1 cm de longueur. les larves sont projetées au stade l1 à l’entrée des naseaux de l’hôte par les femelles vivipares. Ces larves, dotées d’organes thermosensitifs, gagnent les fosses nasales où elles peuvent subir une hypobiose si les conditions climatiques, trop froides ou trop sèches, sont défavorables. les larves migrent ensuite vers les sinus frontaux, se transformant d’abord en l2 puis en l3. A ce stade, il se produit une descente des sinus vers les fosses nasales, ce qui permet l’expulsion de la larve lors d’un éternuement. Après enfouissement dans le sol et pupaison, émerge un nouvel adulte. Cet adulte est incapable de se nourrir et vit sur ses réserves pendant une quinzaine de jours. la durée totale du cycle est variable en fonction des conditions environnementales et des périodes d’hypobiose de la larve l1 et de la pupe, c’est pourquoi elle s’étend, suivant les régions du globe, de 10 semaines à près d’un an.

Epidémiologie

Oestrus ovis est un parasite omniprésent dans les régions d’élevage ovin et caprin. Ainsi, l’oestrose est-elle reconnue comme une affection parasitaire banale dans le monde entier, pour peu que le climat soit favorable à la survie de l’imago. En France, deux études (citées par 2) menées sur des têtes prélevées à l’abattoir ont montré une prévalence de l’ordre de 40 à 60 % chez le mouton et de 30 à 50 % chez la chèvre. En italie centrale et du sud, c’est également une maladie connue pour atteindre un très grand nombre de moutons (56 à 91 %3). Hormis le mouton et la chèvre, il semble que d’autres ruminants comme le cerf ou le mouflon soient des hôtes définitifs. D’autres espèces animales et même l’homme peuvent être des hôtes accidentels. Seuls quelques cas d’oestrose ont été décrits dans les espèces canine et féline.

Présentation du cas clinique

L’article de Sergio et coll.3 décrit un cas de contamination canine observé dans la région de Milan. il s’agissait d’une chienne de race Staffordshire bull-terrier âgée de 8 mois. l’animal a été présenté en consultation car il manifestait de violentes crises d’éternuements, apparues deux jours auparavant. l’enquête anamnestique a révélé que ces éternuements avaient commencé à la suite d’une promenade à la campagne, à proximité du lieu de résidence habituel de l’animal. les examens cliniques à distance et rapproché se sont révélés normaux, hormis la présence de crises d’éternuements. les hypothèses diagnostiques retenues ont été :

1- la présence d’un corps étranger inhalé dans les voies respiratoires supérieures

2- le développement d’un syndrome obstructif respiratoire des chiens brachycéphales (BAOS). la réalisation d’examens complémentaires par endoscopie a été décidée, à savoir une laryngoscopie, une trachéoscopie, une rhinoscopie par voie rétrograde et antérograde.

La laryngoscopie a permis d’observer une éversion des ventricules laryngés. La rhinoscopie rétrograde a mis en évidence la présence de petites érosions et d’un oedème de la muqueuse. La rhinoscopie antérograde a révélé la présence dans chacune des fosses nasales de petits organismes vivants ressemblant à des larves de Diptères mais qu’il n’a pas été possible de capturer à la pince. Un lavage nasal a été effectué, lequel a permis la récupération de plusieurs éléments et leur envoi au laboratoire de Parasitologie de la Faculté vétérinaire de Milan pour identification. Une nette diminution de la fréquence et de la force des éternuements a été notée dès le réveil de l’animal. Un traitement à l’ivermectine injectable (300 μg/kg, 3 fois à une semaine d’intervalle) a été instauré dans l’attente des résultats d’analyse. L’observation microscopique a permis d’identifier les organismes provenant des cavités nasales comme étant des larves d’Oestrus ovis de stade L1.

Discussion

L’originalité de ce cas clinique réside d’une part dans l’espèce hôte, d’autre part dans sa localisation géographique. Ce type d’observation reste rare chez le chien, probablement pour plusieurs raisons. La première est la difficulté diagnostique, la rhinoscopie endoscopique n’étant pas dans les faits un examen de routine à l’heure actuelle. Aussi l’observation de crises d’éternuements peut facilement être mise sur le compte d’une autre cause et l’expulsion des larves lors de ces éternuements passer totalement inaperçue. La deuxième est la nécessité d’une promiscuité entre les chiens et les hôtes définitifs et donc les adultes d’Oestrus ovis attirés par les troupeaux de petits ruminants. Ce contact peut se produire en milieu rural chaud et humide avec présence de nombreuses exploitations ovines ou caprines. À ce sujet, les commémoratifs incitant à penser qu’il s’agit bien d’un cas autochtone, les auteurs soulignent que si la région milanaise est sujette à une forte urbanisation, elle n’en reste pas moins une zone importante de transhumance. Ils indiquent que jusqu’à présent le nord de l’Italie n’était pas une région considérée comme propice à la reproduction d’Oestrus ovis, mais que, depuis cette observation, le parasite a été identifié par le même laboratoire dans des prélèvements issus de petits ruminants de la région. Cette extension du parasite au nord de l’Italie pourrait s’expliquer par le réchauffement climatique, lequel favoriserait la survie des adultes. On peut imaginer qu’une telle extension pourrait se produire dans le sud de la France.

Bibliographie

1. Association Française des Enseignants de Parasitologie et Mycologie : Myiases et Tungoses. Cours de l’Université Médicale Virtuelle Francophone (2014),

http://campus.cerimes.fr/parasitologie/enseignement/myiase/site/html/cours.pdf.

2. Élodie, Dominique, Marie-Laure Dumas E. : Étude expérimentale d’infestations d’ovins par Oestrus ovis et Teladorsagia circumcincta. Thèse doct. Vét. (2008), ENVT.

3. Sergio A. Zanzani, Luigi Cozzi, Emanuela Olivieri, Alessia L. Gazzonis et Maria Teresa Manfredi, “Oestrus ovis L. (Diptera: OEstridae) induced nasal myiasis in a dog from northern Italy,” Case Reports in Veterinary Medicine, vol. 2016, Article ID 5205416, 4 pages, 2016. doi:10.1155/2016/5205416, https://www.hindawi.com/journals/crivem/2016/5205416/.

ETUDE

Les changements de comportement et de perception durant l’euthanasie chez les animaux de compagnie

G. E. Dickinson, C. H.C Hoffmann, The difference between dead and away : an exploratory study of behavior change during companion animal euthanasia, Journal of Veterinary Behavior (2016)

De nombreuses anecdotes suggèrent que les animaux pourraient avoir le sentiment de mourir et la conscience de la mort, bien qu’il existe peu de recherches scientifiques conduites sur ce sujet chez les animaux.

Les auteurs ont demandé à des vétérinaires de leur faire part de leurs propres observations sur les éventuels changements de comportement chez les animaux, lorsqu’un patient était euthanasié.

Dans leur enquête auprès de 153 vétérinaires de Caroline du Sud (Etats-Unis), 54% déclaraient
« rarement, parfois, souvent, toujours » observer un changement dans le comportement des animaux au moment de l’euthanasie. Le changement de comportement est le plus souvent manifeste chez les chiens (silence, agitation et aboiements soudains), mais les chevaux montreraient également un changement de comportement. Les raisons avancées par les vétérinaires pour ces changements de comportement étaient les suivantes : la détection de l’odeur des changements chimiques dans le corps mourant, la conscience que l’animal est malade et / ou décédé, l’empathie, en réponse aux changements dans l’état physique / émotionnel de l’animal, la perception de la libération de l’esprit de l’animal euthanasié, une douleur semblable à celle des humains, et des réactions aux émotions des humains.

Des enquêtes d’opinion auprès du public démontrent que les gens croient massivement au fait que les animaux non-humains font l’expérience, comme nous, de la perte et du chagrin (McGrath et al, 2013). La communauté scientifique est cependant plus divisée quant à savoir si les animaux ont conscience de la mort, les observations étant généralement empiriques, anecdotiques et potentiellement sujettes à l’anthropomorphisme des humains. Peu de réelles études scientifiques ont été menées sur la thanatologie animale (Pierce, 2013), ce champ de recherche étant encore relativement jeune. Des récits sur le comportement animal face à la mort existent pour les chimpanzés, les dauphins, les éléphants et les oiseaux. Des études menées sur des rats font état d’une accélération du rythme cardiaque et de la pression artérielle lorsque des individus étaient témoins de décapitations d’autres rats (Balcombe et al, 2004). Une étude plus récente s’était concentrée sur le célèbre chat Oscar. Hébergé dans une maison de retraite de Rhode Island, Oscar semblait avoir un sixième sens lui permettant de sentir avec une extrême précision quel patient était sur le point de mourir. Il se rendait alors dans la chambre du patient concerné, s’installait sur son lit à ses côtés et restait jusqu’à sa mort. Oscar a ainsi veillé près de 25 patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Le comportement de ce chat a suscité un intérêt scientifique suffisant pour être relaté dans la revue The New England Journal of Medicine (Dosa, 2007).

Néanmoins, quel était le sentiment détecté par Oscar ?

Pour le vétérinaire M. W. Fox (2007), « il ne fait aucun doute que les animaux ont une forme de compréhension de la mort ». L’étude menée auprès des vétérinaires par les auteurs de la présente étude a permis de révéler de nombreux comportements « peu ordinaires », surtout chez les chiens, lorsqu’un animal était euthanasié. Les praticiens font état d’un silence soudain survenant chez les animaux témoins de l’acte, des hululements ou vocalises chez certaines races. Jessica Pierce (2013) et d’autres ont noté l’ubiquité des changements comportementaux des animaux lorsqu’un animal non-humain venait à décéder.

Qu’est-ce qui, chez les chiens, chats, chevaux et autres, leur permet de « sentir » la mort ? Bien que nous ne comprenions pas encore totalement la profondeur du sens du monde que peuvent avoir les animaux non-humains, il est de plus en plus admis que les animaux ont une façon propre de comprendre la mort (Pierce, 2013). Détectent-ils la mort par rapport aux émotions et réactions des humains, ou la perçoivent-ils par certains traits qui nous échappent ? Le comportement humain varie généralement lorsqu’on sait que quelqu’un va mourir, aussi il n’est pas absurde de se demander si les animaux répondent aux indices émotionnels et comportementaux des humains. Cette hypothèse est tout à fait probable puisque les scientifiques démontrent de plus en plus que les chiens ont une habilité particulièrement poussée à lire et à interpréter nos comportements, que ce soit les gestes ou les regards (Katz, 2003).

Lorsque les animaux détectent « quelque chose » au moment de la mort, peut-être est-ce grâce à leur odorat extrêmement perfectionné. Gregory Berns, neurologue reconnu, estime que l’odorat d’un chien est 100 000 fois plus sensible que celui d’un humain. Une large partie du cerveau canin est ainsi dédié à l’analyse des odeurs, ce que Horowitz (2009) affirme en écrivant « les chiens ont davantage de gènes et de cellules dédiées au codage et à l’analyse des différentes odeurs. » Peut-être que les animaux sentent par leur odorat le moment où les organes vitaux « s’éteignent » lorsqu’un autre animal meurt. Pierce (2013) suggère que les animaux ont une conscience olfactive de la mort et de l’agonie, et que c’est sans doute ainsi que le chat Oscar pouvait détecter les changements chimiques opérant chez les patients humains en fin de vie. Horowitz (2009) renchérit en soulignant que si les chiens sont capables de retrouver des traces chimiques laissées dans une empreinte, pourquoi ne serait-ils pas capables d’analyser les odeurs présentes lors d’une agonie ou d’un décès ?

La plupart des « preuves » étant anecdotiques et la littérature scientifique peu diserte sur le sujet, les auteurs ont essayé de savoir à quelle fréquence les vétérinaires ont pu observer des changements de comportement chez les animaux témoins d’une euthanasie, et pourquoi selon eux ce changement s’opère. Le choix des vétérinaires leur semblait pertinent en raison de leur objectivité en la matière.

54% d’entre eux ont ainsi rapporté de tels phénomènes. Par ailleurs, les vétérinaires ne sous-estiment pas l’apport des récits empiriques. Néanmoins, comme le note Jessica Pierce (2013), analyser le comportement animal est complexe car il faut prendre garde à toute tentation d’anthropomorphisme, tout en restant conscient que les animaux disposent peut-être de leur propre compréhension de la mort. Le recours à l’IRM peut en ce sens apporter des pistes de réponses : chez les humains, l’IRM a permis de localiser les zones du cerveau liées au chagrin et qui sont stimulées par des mots ou des images. Si les animaux non-humains réagissent bien à l’effondrement chimique d’un corps vivant ou à un lâché de phéromones associées à la mort, un IRM pourrait établir le chemin neurobiologique qui préside à leurs changements de comportement.

Dans l’hypothèse où il n’y aurait aucune connexion neurobiologique il faudrait examiner d’autres explications, tels que les réactions des chiens à la tristesse, la solennité ou d’autres émotions manifestées par des humains familiers en réaction à l’euthanasie d’un animal, ce qui tendrait à démontrer qu’ils calquent leurs réactions sur les émotions des humains, qu’ils savent interpréter.

SYNTHESE

Insuffisance pancréatique exocrine : une étude rétrospective de 150 cas

XENOULIS (PG) : Feline exocrine pancreatic insufficiency : a retrospective study of 150 cases,

Journal of Veterinary Internal Medicine. 2016

L’insuffisance pancréatique exocrine du Chat (IPE) est moins connue que son homologue canine, mais son diagnostic est devenu plus facile depuis la mise sur le marché de tests de diagnostic spécifiques. Dans cet article paru dans le JVIM (accès libre), Xenoulis et coll. présentent une série de 150 cas qui permet de préciser le diagnostic et le traitement de cette maladie. Elle apporte de nombreuses nouveautés utiles à la gestion au quotidien d’une affection probablement sous-diagnostiquée qu’il convient de suspecter chez tout chat amaigri. (in l’Essentiel n°421)

L’insuffisance pancréatique exocrine (IPE) est due à une production enzymatique déficiente par les cellules acineuses de cet organe, la littérature l’ayant longtemps considérée comme rare. Celle consacrée à ce sujet comporte pour l’essentiel de petites séries de cas ou la description de cas cliniques, dix articles seulement ont été publiés entre 1975 et 2009. Depuis la mise à disponibilité des vétérinaires du test fTLI, (lipase pancréatique spécifique féline), l’IPE est diagnostiquée plus souvent. Le but de cette étude était de mieux décrire les symptômes, les anomalies clinicopathologiques de cette affection, d’identifier les maladies concomitantes éventuelles et la réponse au traitement. Les auteurs ont également cherché à mettre en évidence des facteurs pronostiques.

Effectif étudié

Cette étude a été menée à l’Université Vétérinaire du Texas. Pendant la période de celle-ci, 46 259 chats ont subi un test fTLI et 2,4 % (1 095) des animaux présentaient des concentrations inférieures à 8 μg/l. Des questionnaires ont alors été adressés au hasard à 261 vétérinaires traitants de ces animaux et 150 dossiers ont été retenus car contenant suffisamment de renseignements. Les races des patients étaient très variées : européens à poil court (94), européens à poil long (15), à poil médium (11), Maine coon (7), British shorthair (6), Siamois (6), etc. On comptait 41 % de femelles (toutes stérilisées) et 59 % de mâles (86 castrés). L’âge médian des animaux était de 7,7 ans (5,5 à 11,4 ans).

Biochimie : folates et vitamine B12

Les concentrations sériques de vitamine B12 et de folates étaient disponibles pour 119 chats. Parmi ceux-ci, 77 % avaient une cobalaminémie inférieure aux valeurs normales. La médiane était de 149 ng/l. 70% des malades présentaient une cobalaminémie inférieure aux seuils de détection, à savoir 150 ng/l. Les valeurs de fTLI chez les chats atteints de cette dernière anomalie étaient (médiane de 3,2 μg/l) significativement plus faibles que celles observées chez les animaux dont la cobalaminémie était normale (médiane de 5,5 μg/l). 47% des patients présentaient une augmentation des concentrations en folates, 5 % une diminution (médiane de 21,1 μg/l). Chez 38 % des chats, on observait à la fois une hypocobalaminémie et une augmentation des concentrations en folates.

Signes cliniques : essentiellement un amaigrissement

Dans cette série de cas, le signe clinique cardinal était une perte de poids qui a été rapportée chez 91 % des chats. Chez 5,3 % des patients, il s’agissait du seul symptôme. La perte de poids médiane était de 1,41 kg (40 g à 6,8 kg), la note de score corporel médiane était de 3/9. Les chats perdaient du poids depuis 6 mois (médiane) au moment de la consultation. Par ailleurs, on observait des fèces molles chez 62 % des malades, parmi lesquels 65 % présentaient épisodiquement des diarrhées aqueuses. Le poil était souvent piqué (50 %), l’appétit augmenté (42 %) mais on pouvait tout aussi bien noter une anorexie (42 %). 40% des chats étaient léthargiques, 19 % présentaient des vomissements. Seuls 32 % des patients ont été présentés avec les symptômes suivants associés : perte de poids, fèces molles, augmentation de l’appétit. 56% cumulaient seulement fèces molles et perte de poids

Maladies concomitantes

58% des chats souffraient d’une maladie concomitante. Il s’agissait principalement de troubles gastro-intestinaux (20 % des sujets), plus rarement d’affections endocriniennes (14 %). Dans ce dernier cas, on trouvait 9 % de diabètes sucrés. 11% des patients présentaient une pancréatite et 6 % une lipidose hépatique.

Traitements entrepris

Des renseignements suffisants sur le traitement étaient disponibles pour 121 chats. Comme attendu, les enzymes pancréatiques formaient l’essentiel de la thérapeutique, qu’il s’agisse de poudres ou de comprimés. On n’en savait pas davantage, en particulier si les vétérinaires utilisaient des comprimés gastrorésistants ou non. Aucun chat ne recevait d’extraits de pancréas frais. Les chats qui recevaient

des enzymes étaient plus maigres, leur perte de poids était plus ancienne, ils avaient aussi des concentrations de fTLI et de vitamine B12 plus faibles. Des antibiotiques ont été utilisés chez 45 % des malades. Le plus employé était le métronidazole, utilisé seul dans 60 % des cas. Plus rarement, les vétérinaires prescrivaient de l’enrofloxacine, de l’amoxicilline/acide clavulanique, de la tylosine et de la clindamycine. 49% des patients ont reçu de la vitamine B12. Aucun n’était traité avant le diagnostic de la maladie. Des corticoïdes ont été utilisés chez 23 % des chats. Occasionnellement, les praticiens ont aussi prescrit des probiotiques, des antagonistes des récepteurs H2, des antiparasitaires et les médicaments nécessaires au traitement des éventuelles affections concomitantes. Le régime alimentaire a été modifié chez 52 % des malades, de manière très variée : régimes hypoallergéniques, aliments dédiés aux troubles digestifs, riches en fibres, alimentation ménagère, aliments standard, etc.

Possible chez des chats de tous âges

Dans la discussion, les auteurs rappellent qu’il s’agit ici de la plus importante série de cas d’IPE jamais publiée. Ils insistent sur le large éventail des âges constatés des malades, alors que l’IPE, traditionnellement, est considérée comme une maladie des chats d’âge moyen ou âgés. Le diagnostic doit donc être envisagé quel que soit l’âge du patient. Par ailleurs, il a été suggéré antérieurement que l’IPE puisse être une séquelle de pancréatite chronique dans de nombreux cas. Le fait de trouver dans cette série des chats très jeunes laisse à penser qu’une autre étiologie doit être envisagée pour ces animaux, à moins qu’une pancréatite sévère soit capable de détruire une bonne partie du pancréas pendant un court laps de temps. Pour autant, chez les jeunes chats, on peut aussi suspecter une atrophie des acini, une hypoplasie ou aplasie pancréatique ou une infestation par Eurytrema procyonis. Il s’agit d’une forme de douve du pancréas, dont les hôtes définitifs sont le chat, le raton laveur, les renards gris et roux, qui n’existe pas en Europe.

Le chat n’est pas un petit chien

L’amaigrissement est le signe d’appel majeur (90 % dans cette série). Ici, on n’observe de diarrhée ou fèces molles que dans 65 % des cas alors que des études antérieures avançaient des chiffres de l’ordre de 95 %. La présence d’une diarrhée aqueuse (33 %) occasionnelle est également une observation originale, on l’observe, par exemple, très rarement chez le chien. Les auteurs soulignent que les symptômes de l’IPE féline diffèrent radicalement de ceux de son homologue canine chez certains animaux, ce qui peut rendre le diagnostic plus ardu. En tout état de cause, tout amaigrissement important chez le chat doit faire suspecter une IPE et conduire à réaliser un test rapide.

Supplémenter systématiquement en B12

Il n’est pas étonnant de constater une hypocobalaminémie dans 77 % des cas puisque le pancréas est la principale source de facteur intrinsèque. Les chats carencés en B12, dans cette étude, présentaient des valeurs de fTLI plus basses, par rapport aux patients dont la cobalaminémie était normale. Dans la mesure où la fTLI reflète la capacité fonctionnelle du pancréas exocrine, cette observation suggère que les chats souffrant d’IPE, à cobalaminémie normale, sont probablement l’objet d’une affection d’intensité modérée ou précoce. En somme, ils n’ont pas eu le temps de développer leur hypocobalaminémie. L’administration de B12 a favorablement influencé l’issue du traitement même si on constate qu’une hypocobalaminémie avant son initiation n’a pas de valeur pronostique. De plus, des chats dont les taux de B12 étaient normaux ont été améliorés par une supplémentation par cette vitamine. Dans ces conditions, les auteurs conseillent de supplémenter même en l’absence de carence avérée. Les taux de folates étaient le plus souvent augmentés mais les anomalies étaient plus rares que pour la vitamine B12. Chez 38 % des patients, on a noté l’association d’une augmentation des taux de folates avec une hypocobalaminémie. La valeur diagnostique de cette association demeure à préciser. L’étude montre aussi que les chats dont les valeurs de fTLI sont les plus basses répondent le mieux au traitement. Ceci signifie probablement que les chats présentant une IPE sévère bénéficient davantage du traitement et répondent de manière plus spectaculaire que les patients souffrant d’IPE faible à modérée. Une autre hypothèse est que, la spécificité du test n’étant pas de 100 %, quelques chats de cette dernière catégorie ont pu être diagnostiqués par excès.

Antibiotiques inutiles

Au total, la réponse au traitement a été jugée bonne dans 60 % des cas, ce qui correspond à ce qui est observé chez le chien. 13% des patients seulement ont subi un échec thérapeutique, moins que ce qui est constaté dans l’espèce canine. Les auteurs émettent quelques hypothèses pour expliquer ces échecs : supplémentation en vitamine B12 insuffisante, influence des maladies concomitantes, etc.

Dans 50 % des cas d’IPE, les vétérinaires ont utilisé des antibiotiques. Leur usage n’affecte pas l’issue du traitement. Chez le chien, l’antibiothérapie est indiquée pour contrôler la dysbiose digestive qui peut accompagner l’IPE, sans que son effet bénéfique ne soit clairement démontré. On ignore si des modifications du microbiome digestif sont contemporaines de l’IPE féline. Les auteurs conviennent des limites de leur travail, inhérentes à la nature des études rétrospectives même si des précautions ont été prises. Tous les vétérinaires contactés ont repris les dossiers cliniques de leurs patients pour répondre à l’enquête, ne faisant pas seulement appel à leur mémoire. Par ailleurs, l’évaluation de la réponse au traitement est forcément subjective, d’autant plus qu’aucun score clinique n’a été établi. L’IPE du chat est donc une maladie qui diffère notablement de ce qui est observé chez le chien et il est vraisemblable que bon nombre d’animaux atteints échappent au diagnostic. D’une manière générale, tout chat présentant un amaigrissement, avec ou sans diarrhée

ou fèces molles, indépendamment de la présence éventuelle d’autres signes cliniques, doit faire l’objet d’un examen dans le but d’écarter ou de confirmer une IPE. Il est important de retenir que cette affection frappe des chats de tous âges. La vitamine B12 a un impact positif sur l’évolution de la maladie, même quand la cobalaminémie est normale. L’antibiothérapie ne semble pas nécessaire. Un pronostic plutôt favorable peut être exposé au propriétaire.

SYNTHESE

De l’intérêt de peser les chats : détecter très précocement la maladie rénale chronique

FREEMAN (LM) : Evaluation of Weight Loss Over Time in Cats with Chronic Kidney Disease.

Journal of Veterinary Internal Medicine.

Maigreur et perte d’appétit sont fréquentes chez les chats souffrant de maladie rénale chronique (MRC). Pour autant la chronologie de la perte de poids, avant et après le diagnostic, n’a pas été évaluée en détail. C’est chose faite avec cette étude ayant concerné 569 chats de propriétaires atteints de MRC. La perte de poids médiane au cours des 12 mois précédant le diagnostic est de 8,9 %. Mais des modifications peuvent être déjà constatées trois années plus tôt. (in l’Essentiel n°425)

La perte de poids est très fréquente lors de MRC. La littérature signale une prévalence allant de 42 à 82 %, en fonction du stade de la maladie. Il est difficile de préciser la chronologie et l’importance de cet amaigrissement dans la mesure où la plupart des études ont été de nature rétrospective. L’une d’entre elles, cependant, a comparé les poids de chats au moment du diagnostic de MRC et un an auparavant. Elle a montré que les animaux avaient présenté (médiane) une perte de poids de 10,8 %. On ignore si cette dernière débute avant ce délai et quand. La littérature indique par ailleurs que 36 à 81 % des chats souffrant de MRC sont maigres ou émaciés.

Perte de poids et espérance de vie

La pathogénie de la perte de poids contemporaine de l’évolution de la MRC est complexe : inflammation, malabsorption, augmentation des besoins en énergie, baisse de l’appétit. La prévalence de ce dernier symptôme varie selon les études entre 21 % et 92 %. Une publication a quantifié la baisse d’appétit en interrogeant plus de 1 000 propriétaires de chats, on a trouvé 43 % d’anomalies de la prise alimentaire avec un score d’appétit (quantifié de 0 à 10) de 5,5 ± 2,2. Une perte de poids importante obère l’espérance de vie pour diverses raisons comme la fonte musculaire, une baisse de l’immunité, etc. La baisse de l’état général, souvent très visible, provoque aussi des décisions ou demandes d’euthanasie. Chez les animaux de compagnie, on a démontré l’existence d’un lien entre la perte de poids et l’espérance de vie lors d’insuffisance cardiaque ou de cancer. Les études sur la MRC sont beaucoup plus rares. Une d’elles indique que le risque relatif de décès est multiplié par 2,5 chez des chats pesant moins de 4 kg au moment du diagnostic.

Une étude sur 569 chats

Les auteurs ont repris les dossiers de tous les chats ayant souffert de MRC entre 2006 et 2014 dans 6 universités vétérinaires américaines. Matériel et Méthode sont décrits précisément dans cet article en accès libre. 569 chats répondaient aux critères d’inclusion. On comptait 55,5 % de femelles et 44,5 % de mâles, tous stérilisés. Au moment du diagnostic de MRC, l’âge médian était de 14,9 ans (5 à 22,8 ans). 6% des patients étaient en stade IRIS 1, 61 % en stade 2, 25 % en stade 3 et 9 % en stade 4. Le poids médian était de 4,2 kg (1,6 à 9,9 kg) toujours au moment du diagnostic. Le poids médian était plus faible pour les quartiles d’âges les plus élevés : médianes de 4,6 kg avant 13 ans, 4,4 kg entre 13 et 15 ans, 4,1 kg entre 15 et 16,5 ans, 3,7 kg au-delà de 16,5 ans. Comme attendu, ce poids médian est également variable selon le stade IRIS des patients : 4,3 kg en stade 1, 4,4 kg en stade 2, 3,8 kg en stade 3, 3,8 kg en stade 4.

Un amaigrissement progressif

Les malades avaient été pesés à plusieurs reprises au cours des années précédant l’apparition de leur MRC. Le nombre médian de pesées au cours des 3 ans passés a été de 6 (1 à 47). 96 chats ont été pesés au cours des 3 mois précédents, 273 ont été pesés plus d’un an avant le diagnostic de MRC. Chez ces derniers, la perte de poids médiane au cours de l’année passée avant le diagnostic a été de 8,9 % (- 47,7 % à + 45,9 %). Au cours de l’année suivant le diagnostic, la perte de poids médiane a été de 6,2 % (-57,9 % à + 29,7 %). La construction d’un modèle mathématique a permis de préciser le cours de cet amaigrissement. La perte de poids estimée au cours des trois années précédant le diagnostic est la suivante : – 0,21 kg en année -3, 0,28 kg en année -2, 0,37 kg en année -1. Puis les chiffres sont de -0,47 kg en année +1, 0,58 kg en année +2, 0,71 kg en année + 3.

Une survie de 17,7 mois

Dans cette cohorte de chats, la durée médiane de survie (mort naturelle ou euthanasie) a été de 17,7 mois (0 à 93,4 mois). 58,8 % des patients étaient encore en vie au moment de la conclusion de l’étude. Le sexe n’influence pas le pronostic, qui est évidemment lié au stade IRIS, avec une survie plus longue aux stades 1 et 2 par rapport aux stades 3 et 4. Comme attendu également, l’espérance de vie diminue avec l’âge des malades. En revanche, les chats ayant un poids corporel plus élevé au moment du diagnostic ont un meilleur pronostic.

Dans la discussion, les auteurs retiennent les éléments suivants :

• la perte de poids médiane est de 8,9 % au cours de l’année précédant le diagnostic. Ce résultat est cohérent avec celui obtenu lors d’une étude antérieure (10,8 %) ;

• la perte de poids peut être objectivée très précocement, jusqu’à 3 ans avant le diagnostic de MRC. Elle s’accélère après ce dernier : en prenant en compte les résultats médians, on peut s’attendre à ce qu’un chat de 4,2 kg perde 0,86 kg au cours des trois ans précédant le diagnostic et 1,76 kg au cours des trois années suivantes ;

• l’espérance de vie est plus courte en stades IRIS 3 et 4, mais il existe ici un biais possible dans la mesure où le propriétaire d’un chat en mauvais état général aura davantage tendance à solliciter l’euthanasie ;

• si un poids faible est associé à un pronostic plus réservé, un poids très élevé l’est aussi. L’indice de condition corporelle n’a pas été pris en compte ici, mais il semble que les chats « modérément » obèses ont un meilleur pronostic. C’est le « paradoxe de l’obésité », bien décrit en médecine humaine : si l’obésité obère l’espérance de vie des sujets sains, elle peut la prolonger lors de l’existence de diverses affections comme la MRC ou l’insuffisance cardiaque. Les auteurs conviennent de certaines limites de cette étude : on n’a pas pris en compte les traitements médicaux et diététiques qui peuvent influencer le pronostic. On n’a pas inclus non plus dans l’analyse l’existence éventuelle de maladies concomitantes. Quoi qu’il en soit, cette étude permet de préciser l’ampleur de la perte de poids contemporaine de la MRC 3 ans avant et après le diagnostic de MRC. Elle montre tout l’intérêt d’établir des courbes de poids chez les seniors.

FREEMAN (LM) : Evaluation of Weight Loss Over Time in Cats with Chronic Kidney Disease.

Journal of Veterinary Internal Medicine.

SYNTHESE

Déhiscences intestinales suite à une entérectomie réalisée à l’aide de sutures ou d’agrafes : facteurs de risque

L’entérectomie est une intervention chirurgicale fréquemment pratiquée en médecine vétérinaire canine et féline. Même si cette chirurgie peut être considérée comme courante, le risque de complications postopératoires existe et peut aller jusqu’à des conséquences dramatiques pour la survie de l’animal. (in l’Essentiel n°425)

Nous analysons ici deux articles très récemment parus dans Veterinary Surgery et proposons une courte revue de la littérature. Parmi les complications, la plus préoccupante est la déhiscence intestinale qui conduit souvent au développement d’une péritonite septique, par fuite du contenu intestinal dans la cavité péritonéale. Celle-ci apparaît généralement 2 à 5 jours postopératoires. L’entérectomie est souvent réalisée soit à l’aide de sutures manuelles conventionnelles, soit par l’utilisation d’une agrafeuse linéaire GIA (gastro-intestinal anastomosis) ou TA (thoraco-abdominale).

Les avantages de l’agrafeuse sur une technique conventionnelle incluent une diminution du temps chirurgical ainsi qu’une réduction de la manipulation du site chirurgical par l’opérateur, tout en facilitant l’anastomose des deux abouts intestinaux de diamètre différent. Cependant, en pratique courante, l’agrafeuse a un coût élevé et est donc peu utilisée. En médecine humaine, l’agrafeuse diminue le taux de déhiscence intestinale. A ce jour, aucune étude comparative entre les deux techniques n’a été réalisée en médecine vétérinaire et les facteurs de risque de déhiscence intestinale avec l’agrafeuse ne sont pas connus. L’objectif de ces deux études est d’estimer et de comparer la fréquence de déhiscence intestinale après une anastomose réalisée avec des sutures conventionnelles et avec l’utilisation d’une agrafeuse chez le chien et ensuite d’évaluer les facteurs de risque de déhiscences intestinales.

Etude rétrospective sur 214 chiens

Tous les dossiers médicaux des chiens ayant subi une entérectomie entre 2006 et 2014 dans 5 centres de référés sont enregistrés. Toutes ces chirurgies ont été réalisées soit à l’aide de sutures conventionnelles (points simples ou surjet continu), soit avec une agrafeuse. Les animaux ayant eu recours aux deux techniques chirurgicales ou qui sont décédés durant la phase postopératoire immédiate sont exclus de cette étude, car le délai n’est pas suffisamment long pour observer une déhiscence de plaie. Les données recueillies incluent le signalement, les signes cliniques, la présence d’une péritonite septique avant l’intervention, l’indication de l’intervention et la localisation de l’anomalie, la technique chirurgicale utilisée (sutures ou agrafes), la durée de l’intervention, l’expérience du chirurgien, l’évaluation de la présence d’une déhiscence de plaie et son temps d’apparition postopératoire. Tous les types de sutures conventionnelles sont inclus dans cette étude, ainsi que les agrafeuses TA (thoracoabdominales) et GIA (gastro-intestinal anastomosis). Les indications chirurgicales sont classées par catégorie.

Les populations des deux groupes sont homogènes en ce qui concerne le signalement et l’indication chirurgicale et sont donc comparables. Les sutures conventionnelles prennent plus de temps que la mise en place des agrafes (140 > < 108 minutes). Parmi les 214 chiens recrutés, 9 chiens sont exclus cardécédés en phase postopératoire immédiate. Une déhiscence intestinale postopératoire est observée dans 14 % des cas sans différence significative entre les deux groupes (16 % pour le groupe suture et 11 % pour le groupe agrafe). Les chiens présentant une péritonite septique en pré-opératoire présentent un risque plus important de déhiscence intestinale (25 % > < 10 %). La déhiscence intestinale engendre un taux de mortalité avant la sortie beaucoup plus important (76 %) que les chiens sans déhiscence (2 %). Ce haut taux de mortalité est comparable aux études précédentes (74-85 %). La déhiscence intestinale apparaît en moyenne 3,3 jours après l’intervention chirurgicale avec une apparition plus précoce lors de sutures conventionnelles (3 > < 4,3 jours). Cette étude ne montre pas de différence sur la fréquence des déhiscences entres les deux techniques chirurgicales, en comparaison avec les études en médecine humaine. La limite de cet article est bien évidemment son caractère rétrospectif et ce sur 5 centres. De plus, toutes les sutures conventionnelles (points simples, surjet, hémi-surjets) sont utilisées.

Etude rétrospective sur 53 chiens

Les dossiers médicaux de tous les chiens ayant eu une entérectomie réalisée avec une agrafeuse TA et/ou GIA à l’université du Colorado entre 2001 et 2012 sont présentés dans un autre article. Les facteurs pré-opératoires recueillis incluent le signalement, la durée des signes cliniques, la présence d’une maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI), le diagnostic d’une péritonite septique pré-opératoire et le traitement de l’animal au préalable (anti-inflammatoires stéroïdiens, chimiothérapie, etc.) Les données per-opératoires incluent la localisation de l’anastomose, la longueur du segment réséqué, la réalisation ou non d’une entérotomie additionnelle ou d’une biopsie, la mise en place ou non d’un drain aspiratif et/ou d’un tube d’alimentation, la durée de l’anesthésie, la présence ou l’absence d’hypotension (< 60 mmHg) et la présence ou l’absence d’une déhiscence de plaie et son temps d’apparition postopératoire.

Une déhiscence intestinale est observée chez 6 chiens (11 %) avec un temps médian d’apparition postopératoire de 4 jours (2-5 jours). Un traitement corticoïde a été mis en place avant l’intervention chirurgicale sur 10 cas : trois de ceux-ci ont présenté une déhiscence en postopératoire, associée à un diagnostic de MICI (Maladie Inflammatoire Chronique Intestinale). Les cas présentés avec une MICI sont souvent caractérisés par un épaississement de la paroi intestinale avec une infiltration lymphocytaire, éosinophilique ou granulomateuse. Une hypotension per-opératoire est mise en évidence dans 33 % des cas et 24 % de ceux-ci présentent également une déhiscence intestinale. Les

chiens avec une déhiscence intestinale ont présenté des épisodesd’hypotension plus nombreux et plus longs que les chiens sans déhiscence. Selon cette étude, les chiens avec une déhiscence ont 46 fois plus souvent des MICI concomitantes diagnostiquées et présentent 13 fois plus souvent des hypotensions per-opératoires. L’hypotension a déjà été mise en évidence comme facteur de risque dans l’étude de Grimes. L’hypoalbuminémie n’est pas un facteur de risque dans cette étude mais a souvent été incriminée dans d’autres études. La localisation de l’anastomose est également un facteur prédisposant avec une augmentation des risques lorsqu’elle se trouve au niveau du côlon. Le taux de mortalité des chiens présentant une déhiscence est de 83% en comparaison à 21 % pour les chiens sans déhiscence.

Des risques identiques avec agrafes et sutures

A la lumière de ces résultats, la déhiscence intestinale est la complication majeure des entérectomies et présente un taux de mortalité très important. Même si plusieurs avantages sont observés avec l’utilisation d’une agrafeuse pour réaliser l’anastomose, le risque de déhiscence intestinale entre la suture conventionnelle et l’agrafeuse reste cependant similaire. Plusieurs facteurs de risque sont mis en évidence au travers de ces deux études, comme la présence d’une péritonite septique pré-opératoire, l’hypotension per-opératoire, le diagnostic d’une MICI concomitante ainsi que la localisation de l’anastomose.

Bibliographie

1. Duell JR, Thieman Mankin JM, Rochat MC, Regier PJ, Singh A, Luther JK, Mison MB, Leeman JJ, Budke CM, Frequency of Dehiscence in Hand-Sutured and Stapled Intestinal Anastomoses in Dogs, Veterinary Surgery 2016 ; 45 : 100–103.

2. Snowdon KA, Smeak DD, Chiang S, Risk Factors for Dehiscence of Stapled Functional Endto-End Intestinal Anastomoses in Dogs: 53 Cases (2001–2012), Veterinary Surgery 2016 ; 45 : 91–99.

3. Allen DA, Smeak DD, Schertel ER: Prevalence of small intestinal dehiscence and associated clinical factors: a retrospective study of 121 dogs. J Am Anim Hosp Assoc 1992;28:70–76.

4. Brown DC: Small intestine, in Tobias KM, Johnston SA (eds): Veterinary surgery: small animal. St. Louis, MO, Elsevier, 2012, pp 1513- 1541.

5. Grimes JA, Schmiedt CW, Cornell KK et al.: Identification of risk factors for septic peritonitis and failure to survive following gastrointestinal surgery in dogs. J Am Vet Med Assoc 2011;238:486-494.

6. Ralphs SC, Jessen CR, Lipowitz AJ: Risk factors for leakage following intestinal anastomosis in

dogs and cats: 115 cases (1991–2000). J Am Vet Med Assoc 2003;223:73–77.

SYNTHESE

Végétarisme félin et canin : possible à certaines conditions

KNIGHT (A) : Vegetarian versus meat-based diets for companion Animals. Animals (Basel).

En ligne le 21 septembre 2016.

Dans Animals (accès libre), Andrew Knight et coll. (Université de Winchester) font le point sur les régimes végétariens pour chiens et chats. Il n’est pas de jour sans que le propriétaire d’un patient ne s’enquière de cette possibilité auprès de son vétérinaire, alors que le végétarisme et le véganisme humains sont en forte progression. Certains y verront un anthropomorphisme débridé, d’autres considèreront que ces pratiques sont utiles à la préservation de notre environnement. Il n’existe pas encore d’étude sur ce sujet qui adoptent les principes de la médecine factuelle, mais le végétarisme canin et félin est sans doute possible, en respectant certaines précautions. (in l’Essentiel n°423)

En introduction, les auteurs rappellent que le végétarisme, au-delà des modes, concerne de plus en plus de nos contemporains, pour des raisons éthiques (perception de l’animal en tant qu’être sensible), de protection de l’environnement (réchauffement de la planète), de santé (effets délétères des régimes alimentaires occidentaux classiques, promoteurs de maladies cardiovasculaires, cancers, obésité, diabète…). Ils ajoutent que l’homme tue pour se nourrir 66 milliards d’animaux terrestres chaque année (chiffre de 2010).

Les raisons d’un choix

Il n’est dès lors pas étonnant que ces changements sociétaux puissent inciter certains propriétaires d’animaux de compagnie à souhaiter un régime végétarien pour leurs compagnons ou pour le moins à limiter la quantité de protéines d’origine animale dans leurs rations : en Grande-Bretagne, on a lancé en 2014 trois fois plus d’aliments sur le marché végétarien qu’au cours des trois années précédentes. Une étude menée auprès de 233 propriétaires d’animaux de compagnie, en Autriche, Suisse et Allemagne, montre que 90 % d’entre eux avaient fait ce choix pour des raisons éthiques. D’autres publications donnent des résultats similaires. Cet article pose plusieurs questions : un régime alimentaire végétarien est-il sûr chez le chien et le chat ? Des carences existent-elles ? Comment procéder ?

Des besoins bien identifiés

Chiens et chats sont des carnivores. Le régime de leurs ancêtres reposait, peu ou prou, exclusivement sur la capture de proies. Leurs tractus digestifs sont proportionnellement plus courts que ceux des herbivores et ils sont équipés d’un système enzymatique et d’une flore digestive radicalement différents, qui requièrent des temps de digestion prolongés.

Voici environ 30 000 ans (les avis divergent) que le chien a été domestiqué et a commencé à dépendre des restes de l’alimentation humaine. Il s’est adapté, on note d’ailleurs que le chien métabolise mieux les glucides que le loup et qu’il peut subsister avec un régime plus pauvre en protéines. Parmi les adaptations biochimiques constatées, la capacité de transformer le maltose en glucose, des modifications de l’amylase pancréatique, une absorption plus performante du glucose dans l’intestin. On considère que le chien domestique est omnivore.

Le chat a été domestiqué voici 10 000 ans, pour une utilisation bien différente, l’élimination des nuisibles. Ce que continuent à faire nos chats de compagnie. La pression de sélection exercée pour une adaptation à l’alimentation humaine a donc été beaucoup moins forte. Dès lors, les chats, à l’inverse des chiens, n’ont pas les adaptations génétiques, biochimiques et comportementales pour passer facilement à un régime omnivore.

Oublier l’alimentation ménagère

Cependant, expliquent les auteurs, les comportements de la vie sauvage antérieure des chiens et des chats (préférence pour une alimentation pour des aliments concentrés en énergie, instinct de chasse, « gloutonnerie » à la faveur de la capture d’une proie) ne sont pas forcément compatibles avec leur existence moderne, à leur espérance de vie prolongée et peuvent faire, par exemple, le lit de l’obésité. Chiens et chats ont besoin d’aliments suffisamment appétents, équilibrés, adaptés à leur stade de vie. Une attention spéciale lors de passage à un régime végétarien doit être portée pour assurer une couverture suffisante de nutriments tels que les protéines, acides aminés (spécialement taurine, carnitine, méthionine, lysine, tryptophane), vitamines (A, B3, B9, B12), minéraux (calcium, fer, zinc, cuivre) et certaines graisses. Les auteurs soulignent que chiens et chats ont besoin de nutriments davantage que d’ingrédients : en théorie, rien ne s’oppose à ce qu’un régime végétarien puisse être équilibré. Des régimes industriels sont d’ores et déjà disponibles dans de nombreux pays. La ration ménagère est beaucoup plus difficile à confectionner et reste marginale chez les adeptes du végétarisme animal.

Etudes critiques de produits végétariens

Après avoir rappelé le rôle des instances qui président au contrôle des aliments pour animaux de compagnie, les auteurs passent en revue les études les plus récentes qui ont été réalisées à propos des aliments végétariens.

• En 2015, Kanakubo et coll. ont étudié 13 aliments secs et 11 aliments humides végétariens vendus aux USA. Pour les protéines, les recommandations de l’AAFCO étaient respectées pour tous les produits. Mais 25 % d’entre eux n’étaient pas au point en matière d’acides aminés. Les sociétés fabriquant ces aliments ont répondu aux auteurs et leurs arguments sont exposés en détail dans cet article. On notera que les trois aliments végétariens vendus par les vétérinaires étaient plus performants que les produits vendus directement au grand public. Mais aucun de ces derniers n’était totalement exempt de produits d’origine animale.

• En 2014, Semp et coll. se livraient à l’étude de quatre régimes végétariens pour chiens et de deux aliments pour chats. Trois aliments étaient déficients en énergie, un en protéines, trois en potassium. Les régimes pour chiens adhéraient à l’essentiel des recommandations, mais étaient insuffisants en méthionine et en cystéine, B12 et sodium.

• Une étude plus ancienne (2004) de Gray et coll. a consisté à soumettre à analyse, en aveugle, deux aliments vegans pour chats. On a noté une déficience en taurine, méthionine et acide arachidonique. Mais depuis ces années, des progrès importants ont été réalisés dans la formulation et le process.

• Kienzle et Engelhard (2001) ont étudié 86 régimes végétariens pour chiens et 8 pour chats dans différents pays européens. Deux aliments pour chiens pouvaient être recommandés sans aucune réserve. Les défauts de formulation les plus souvent rencontrés concernaient les protéines, le rapport phosphocalcique, le sodium, les vitamines A et B12, la taurine, l’acide arachidonique, etc. Ici encore, notons que cette étude a 15 ans et que les choses ont probablement évolué.

Santé des animaux végétariens

Malgré la quasi-absence d’études menées selon les principes de la médecine factuelle, des publications néanmoins sérieuses semblent montrer de plus en plus souvent que chiens et chats peuvent survivre et surtout vivre, sous régime végétarien. Dans des publications éparses, certains bénéfices sont couramment rapportés : absence de réactions d’intolérance alimentaire, moindre fardeau parasitaire, amélioration de la qualité du pelage, réduction de l’obésité, de l’arthrose, du diabète, des cataractes, des maladies du bas appareil urinaire, etc. Pour autant, des études contrôlées et randomisées manquent encore pour assumer totalement la pertinence de cette démarche. Les auteurs présentent ici les conclusions de publications récentes.

• Semp et coll. ont réalisé en 2014 une étude par le biais des forums Internet et ont effectué des bilans sanguins chez 20 chiens et 15 chats végétariens sélectionnés au hasard dans les réponses. Les animaux devaient consommer un tel régime depuis au moins 6 mois et on n’a retenu que les chats strictement d’intérieur. Empiriquement, les propriétaires signalaient une meilleure qualité du pelage,

moins d’odeurs désagréables, une augmentation du volume et de la consistance des fèces. Les examens cliniques des animaux sélectionnés étaient normaux. Du point de vue des analyses biologiques, la protéinémie était normale. Aucune anomalie hématobiochimique n’a été décelée chez les chiens, on n’a pas observé en particulier de carence en vitamine B12 ou fer. Chez les chats, l’anomalie la plus souvent constatée était une carence en acide folique qui peut entraîner une hyperhomocystéinémie elle-même associée au risque de maladie thromboembolique. Les chats n’étaient pas davantage que les chiens carencés en fer, B12 ou acide folique.

• Brown et coll. (2009) ont réalisé une étude sur 12 Siberian huskies sportifs qui ont reçu soit un aliment standard pour chiens actifs, soit un aliment végétarien qui ont été distribués durant 16 semaines dont 10 semaines de course. Tous les chiens sont demeurés en bonne forme physique, aucun n’a développé, en particulier, d’anémie.

• Wakefield et coll. (2006) ont publié une étude sur la santé de chats végétariens (la plupart vegans). 34 animaux recevaient ce régime, 52 autres une alimentation conventionnelle. Les chats ont été suivis pendant au moins un an. Les lots étaient homogènes. Les taux de vitamine B12 sont demeurés normaux dans tous les cas. Les taux sériques de taurine étaient normaux chez 82,4 % des chats végétariens.

• Les travaux anciens de Kienzle et coll. (voir infra) avaient en revanche mis en évidence chez 86 chiens et 8 chats végétariens des troubles surtout chez ces derniers, avec, chez l’un d’eux, des symptômes d’atrophie rétinienne.

• PETA (People Ethical Treatment for Animals) a pour sa part rapporté les résultats d’une étude menée sur 300 chiens dont 65,3 % étaient végétariens et le reste vegans. Ce régime était en place depuis 5,7 ans en moyenne. Il n’existait pas de conséquences délétères sur la santé des animaux. 28 chiens sont morts au cours du suivi, à un âge moyen de 12 ans, principalement de cancers et de maladies cardiovasculaires. Les principaux soucis de santé rencontrés ont été de nature infectieuse, on observait aussi des troubles digestifs, des cas d’hypothyroïdie, des déficits de la vision et de l’audition, mais pas davantage que dans la population générale.

Les auteurs rappellent encore que ces études ne sont pas adaptées aux standards actuels de la médecine factuelle. Il est dans ces conditions impossible de tirer des conclusions définitives. Elles sont néanmoins l’amorce d’une preuve de faisabilité de ces régimes.

Des régimes non naturels ?

Le concept de « naturel » est important dans l’esprit de nos contemporains et force est de constater que le régime végétarien n’a rien de naturel chez les chiens et les chats. Mais les aliments conventionnels ne sont pas plus « naturels » à cette aune, puisque leurs ingrédients sont également assez éloignés de ce que consomment les carnivores sauvages.

Précautions à prendre

Les aliments végétariens peuvent faire courir un risque de malnutrition, tout spécialement quand on utilise des rations ménagères sans complément alimentaire. Il existe aussi quelques exemples qui montrent la nécessité de recourir aux conseils du vétérinaire : en cas de risque de cardiomyopathie dilatée, par exemple, une supplémentation en L-carnitine est fortement conseillée. Les auteurs, étant donné le manque d’informations sur la composition réelle des régimes végétariens, conseillent d’alterner les marques tous les quelques mois, en espérant que d’éventuelles carences de tel aliment seront compensées par l’autre. Ces changements doivent être graduels, de l’ordre de 10 % d’un aliment remplacé par l’autre tous les quelques jours.

Acidifier l’urine

Un autre facteur mérite considération : les végétaux sont relativement pauvres en acides aminés acidifiants et le régime végétarien conduit souvent à une alcalinisation de l’urine. Ce pH alcalin peut faire le lit des urolithiases à struvites. Les auteurs conseillent une mesure hebdomadaire du pH urinaire, tout au moins pendant les phases de transition alimentaire, puis tous les mois. Des compléments diététiques peuvent permettre de faire baisser le pH urinaire, ce que font aussi les asperges, les pois, le riz brun, les lentilles, le maïs, les choux de Bruxelles, etc. La vitamine C a les mêmes propriétés. Les différentes manières de procéder sont indiquées sur le site www.vegepets.info .

En conclusion, les auteurs prédisent un bel avenir au végétarisme des animaux de compagnie, pour peu que des études sérieuses soient menées, sur le long terme, à propos des conséquences éventuelles de cette pratique sur la santé.

SYNTHESE

Canitie précoce : plus fréquente chez les anxieux et les impulsifs

KING (C) : Anxiety and Impulsivity: Factors Associated with Premature Graying in Young Dogs.

Applied Animal Behaviour Science. En ligne le 11 octobre 2016.

La canitie (blanchiment des poils) du museau est un phénomène normal contemporain du vieillissement. Elle peut néanmoins survenir chez des chiens jeunes. Dans Applied Animal Behaviour, King et coll. (article en accès libre), publient une étude menée sur 400 chiens. Ses résultats montrent que l’anxiété et l’impulsivité, mesurées à l’aune de questionnaires comportementaux, sont associées à la canitie précoce. (in l’Essentiel n°424)

Il est courant, chez le chien vieillissant, d’observer un grisonnement des poils de la face (canitie), notamment au niveau du museau. Les auteurs, passant en revue des études de cas de comportement, ont noté que ce phénomène pouvait affecter des chiens jeunes (4 ans ou moins) qui étaient volontiers impulsifs ou anxieux. Ils se sont aperçus qu’aucune étude, dans la littérature, n’avait été publiée à propos de la canitie canine précoce.

Des causes multiples

Chez l’homme, l’étiologie de la canitie précoce fait encore débat. L’examen de photos « avant après » de présidents des États-Unis montre que la plupart d’entre eux présentent un blanchiment des cheveux à l’issue de leur mandat et certains auteurs évoquent la responsabilité du stress. Quatre causes majeures sont proposées pour expliquer l’apparition d’une canitie : stress oxydatif physiologique au niveau cellulaire, causes génétiques, maladie concomitante, stress émotionnel ou lié au travail.

Stress et canitie

L’existence de canities précoces associées à des maladies somatiques suggère qu’un mode de vie stressant puisse diminuer la résistance au vieillissement des mélanocytes et des follicules pileux. La propension héréditaire à ce trouble, par ailleurs, peut être potentialisée par des facteurs environnementaux, inflammatoires ou psychologiques. La littérature rapporte d’autres éléments favorisants : influence du mode de vie, personnalité, douleur, anxiété. D’autre part, le stress s’accompagne d’une surproduction d’adrénaline, dont on sait qu’elle est associée à des modifications de la couleur des cheveux chez l’homme. Un phénomène identique est possible chez le chien.

Une étude sur 400 chiens

Dans cette espèce, une seule étude publiée en 2013 s’est penchée sur l’influence de l’anxiété sur le métabolisme pilaire : elle concluait que des taux de cortisol élevés étaient présents dans les poils des chiens présentant certains comportements comme : se cacher, se sauver, rechercher l’attention, haleter, adopter une posture basse.

Le travail présenté ici avait pour but de répondre aux questions suivantes :

• les propriétaires rapportent-ils des niveaux élevés d’impulsivité et d’anxiété chez les chiens sujets à la canitie précoce ?

• est-ce que des réponses spécifiques à des stimuli phobogènes (orages, bruits sourds, mise en relation avec desétrangers, etc.) sont associées à la canitie précoce ?

• est-ce que la présence d’autres chiens, de chats, au quotidien, la participation à des manifestations ou compétitions, le temps passé dehors sans supervision, sont associés à la canitie précoce ?

L’étude a porté sur 400 chiens (198 femelles et 202 mâles). Les auteurs ont développé pour l’occasion un questionnaire comportemental comportant 42 items. Des photographies des chiens ont été réalisées et des observateurs ont noté la canitie sur une échelle de 0 à 3. Les méthodes statistiques employées sont décrites. L’âge moyen des animaux était de 2,54 ans. Etaient évidemment exclus de l’étude les animaux dont la robe comportait des poils de couleur grise ou blanche. 46% des chiens ne présentaient pas de canitie. A l’examen des tests comportementaux, comme attendu, on notait que l’anxiété globale était associée à la peur des bruits et aux contacts avec des humains ou animaux non familiers. L’impulsivité n’était pas associée à ces variables, mise à part la peur des individus non familiers. De forts niveaux d’impulsivité et d’anxiété sont, effectivement, dans cette étude, corrélés à l’intensité de la canitie. Il en va de même pour l’âge, alors qu’on note que les femelles sont plus atteintes que les mâles. En revanche, le format du chien, le statut sexuel, la présence de maladies concomitantes n’a pas d’influence sur le risque de canitie. Il en va de même quant au temps passé sans supervision et la participation à des manifestations publiques. La peur des bruits sourds, des individus non familiers, sont quant à eux associés au blanchiment précoce des poils. Les auteurs concluent donc qu’impulsivité et anxiété canines prédisposent à une canitie précoce, entre l’âge de 2 et 4 ans. Il n’est donc pas inutile, quand on observe ce phénomène, de questionner le propriétaire de l’animal sur le comportement de ce dernier.

certificat de capacité CCAD clinique vétérinaire du pont de neuilly

© highwaystarz

Dans la foulée du colloque Dog Revolution qui s’est tenu début octobre à Nanterre, les docteurs vétérinaires Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse proposent une formation pour l’obtention du certificat de capacité (CCAD),  qui sera certifiée par la SCP Bedossa, durant trois jours, les 19, 20 et 21 décembre.

Ce certificat est, depuis le décret du 16 juin 2014, obligatoire pour toute personne exerçant une activité commerciale en lien avec les animaux de compagnie. Sont ainsi concernés les éleveurs, éducateurs, mais aussi promeneurs, pensions, fourrières, dresseurs, handlers… Seuls les professionnels de santé animale et les toiletteurs n’ont pas pour obligation d’obtenir ce certificat, qui doit faire l’objet d’un renouvellement tous les dix ans de façon à être au fait des évolutions législatives.

Demandez le programme !

Aucun pré-requis n’est demandé pour suivre les 20 heures de cours réparties en quatre modules, avec deux fois 30 minutes d’évaluation :

  1. Approche réglementaire : 4 heures
    • Le cadre juridique
      • Les principes légaux
      • Identification des animaux
      • Réglementation sur le commerce
      • Obligations incombant aux propriétaires d’animaux
      • Rôles et missions des acteurs de la protection animale
    • Le logement
      • Les différentes installations
      • Aménagement et fonctionnement des locaux
      • Maîtrise de l’ambiance dans les locaux
      • Lutte contre les nuisances
      • Dispositions relatives à l’élevage
      • Nettoyage, désinfection, marche en avant
    • Le transport
      • Transport inférieur à 65km
      • Autorisations de transport et qualifications
      • Dispositif réglementaire
      • Connaissance de l’animal et de ses comportements
      • Mesures d’urgences
  1. Approche vétérinaire : 6 heures
    • La santé animale
      • Anatomie fonctionnelle
      • Notions de base en gastro-entérologie
      • Notions de base en dermatologie
      • Les parasites
      • Les maladies infectieuses
      • Prophylaxie
      • Vaccination des chiots
    • L’alimentation
      • Equilibre nutritionnel
      • Principe de distribution d’eau et de nourriture
      • Hygiène alimentaire
      • Calcul de la ration d’un chien adulte
    • La reproduction
      • Notion d’anatomie des appareils génitaux
      • Notions nécessaires au bon déroulement des différentes étapes de la

reproduction

      • Soins à apporter aux nouveaux-nés
  1. Approche pluridisciplinaire : 6 heures
    • Comportement
      • Evolution, domestication du chien domestique
      • Expression de la socialité chez le chien domestique
      • Ontogenèse chez le chien domestique
      • Identifier les signes de stress et évaluer le bien-être
      • Grands principes d’éducation
    • Principes et pratiques dans la sélection
      • Les groupes de races
      • Les principales races de chiens
      • Les différents organismes officiels
      • Les démarches à effectuer
      • Les notions basiques de génétique
      • Bien-être et sélection artificielle
      • Les facteurs impactant l’espérance de vie

La formation est assurée par des vétérinaires, des scientifiques éthologues et des professionnels du secteur, basée sur des exercices de construction et d’acquisition des connaissances, avec les supports classiques (présentation, livret pédagogique complet imprimé pour chaque candidat).

L’évaluation de la formation se fera sous la forme de QCM réalisé sur le site Internet du ministère de l’Agriculture (ccad.educagri.fr).

Les modalités retenues sont les suivantes :

  • Nombre de questions variables (en fonction du nombre de catégories choisies) : 30 questions pour 1 catégorie, 45 questions pour 2 catégories, 60 questions pour 3 catégories
  • Durée variable maximale de l’évaluation : 30 minutes (1 catégorie), 45 minutes (2 catégories), 60 minutes (3 catégories)
  • Seuil de réussite : 60 % de bonnes réponses au total et minimum 45 % pour chaque catégorie. Le logiciel propose un 2ème essai en cas d’échec. Chaque candidat a donc 2 essais pour valider l’attestation de connaissance. En cas d’échec au 2 essais, le candidat doit repasser par la voie de la formation.

A l’issue de l’évaluation, chacun des candidats reçoit de l’organisme de formation habilité :

  • Un bordereau de score d’évaluation personnalisé, précisant la date de l’évaluation, le n° de session, les catégories d’animaux objets de l’évaluation et le seuil de réussite
  • Une attestation de fin de formation, conforme à l’article L.6353-1 du code du travail
  • Feuille d’émargement et attestation de présence

Infos pratiques 

Où ? Clinique vétérinaire du Pont de Neuilly, SCP Bedossa

8 rue Ybry, 92200 Neuilly-sur-Seine

Quand ? 19, 20, 21 décembre 2016
Horaires : 8h30 – 12h30 / 14h-18h

Combien ? 380 euros nets pour l’intégralité de la formation, catégories « chien » et « chat » ainsi que le passage de l’examen (majoration de 10% en cas de prise en charge par un organisme de financement)
Hébergement et repas à la charge des participants

Nombre de participants : 10 personnes maximum

Inscription et contact : ccadformation@gmail.com

Event Facebook : https://www.facebook.com/events/721013548075273/

Les infections auriculaires

septembre 6th, 2016 | Redigé par admin in Infections auriculaires - (0 Comments)
infections auriculaires chien chat otites urgences vétérinaires 92 thierry bedossa

© antoine-photographe

Les infections auriculaires sont très courantes chez les chiens, moins chez les chats. Elles ont toujours pour origine une otite (inflammation du conduit auditif). L’otite peut être externe, dans ce cas elle sera limitée au conduit auditif externe vertical et horizontal, ou bien elle peut être interne lorsqu’elle touche l’oreille moyenne. Dans ce cas, l’infection aura progressé au-delà de la membrane tympanique jusqu’à la bulle tympanique. Les otites internes sont extrêmement rares et correspondent à une inflammation touchant la cochlée ou les conduits semi­ circulaires. Tout comme les autres affections cutanées, les infections auriculaire sont généralement secondaires à une maladie sous-jacente.

Différents facteurs et maladies prédisposant au développement d’otites chez le chien.

*Facteurs prédisposants :

  • oreilles tombantes

  • conduit auditif étroit congénital

  • nombreux poils dans les conduits auditifs

  • production de cérumen excessive

  • bains trop fréquents

*Causes primaires :

  • corps étranger (ex : épillet)

  • infestation par Otodectes cynotis

  • modification transitoire de la flore

  • dermatite atopique

  • allergie alimentaire

  • polype ou tumeur dans le conduit auditif

  • intolérance à certains médicaments auriculaires

  • hypothyroïdie

  • affections séborrhéiques

  • hyperplasie des glandes cérumineuses

  • otite à démodécie

*Facteurs d’entretien :

  • infection bactérienne résistante (ex : Pseudomonas)

  • otite moyenne

  • sténose progressive du conduit auditif

  • fibrose du conduit auditif

  • calcification du conduit auditif

  • ostéomyélite de la bulle tympanique

Les causes sous­ jacentes d’une otite sont regroupées en trois groupes : les facteurs de prédisposition, les causes primaires et les facteurs d’entretien. Les facteurs de prédisposition sont de nature anatomique, physiologique, ou comportementale ; ils favorisent le développement de l’otite, mais ne sont pas nécessairement des facteurs déterminants. Les causes primaires sont des maladies spécifiques, dans lesquelles les otites font partie du tableau clinique. Les facteurs d’entretien correspondent à des modifications chroniques pathologiques qui rendront les otites récurrentes ou réfractaires aux traitements. Chez les chats, les deux principales causes d’otite sont les Otodectes et les masses situées dans le canal auriculaire (polypes et tumeurs).

Indépendamment de l’origine de l’otite, le conduit auditif est généralement infecté par des levures ou des bactéries. Au départ, il s’agit d’une multiplication de la flore commensale, avec notamment Staphycococcus intermedius, Streptocoçcus canis ou Malassezia pachydermatis. Avec leur multiplication, on verra également apparaître des bactéries gram négatives comme Escherichia Coli, Proteus spp. ou Pseudomonas aeruginosa, en particulier lorsque le traitement initié au début de l’otite était inadapté.

Anamnèse et signes cliniques

On observe typiquement du prurit, des signes de douleur, une inflammation du conduit auditif,une odeur désagréable, un écoulement et l’animal secoue la tête. Les symptômes d’une otite moyenne sont les mêmes que ceux d’une otite externe; cependant, ils sont généralement plus persistants et récurrents, et peuvent conduire à une paralysie faciale. Bien que les otites internes soient rares, elles peuvent entrainer une surdité et un syndrome vestibulaire (tête penchée, nystagmus, ataxie). On interrogera en détail le propriétaire et on réalisera un examen dermatologique complet afin de détecter des signes d’une affection sous­-jacente. Par exemple, lorsque le chien se met brusquement à secouer la tête, l’hypothèse du corps étranger est la plus probable, alors qu’une apparition progressive du prurit est plus caractéristique d’une allergie.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il existe deux techniques particulières à réaliser dès que l’on suspecte une otite : un examen otoscopique et une analyse cytologique de l’écoulement. L’examen otoscopique permettra de mettre en évidence un éventuel corps étranger, la présence d’acariens, l’aspect des conduits auditifs horizontaux et verticaux, l’aspect et l’intégrité de la membrane tympanique et de caractériser la nature de l’écoulement. Lorsqu’une seule oreille est touchée, le clinicien examinera en premier celle qui est saine. Il évitera ainsi de propager l’infection à l’oreille saine et gardera l’examen inconfortable pour la fin. Il peut arriver que le conduit soit trop douloureux, enflé, ou rempli de sécrétions au point qu’il soit difficile de réaliser un examen otoscopique complet. Il conviendra alors soit de sédater le chien, soit de l’anesthésier pour examiner correctement son oreille, ou encore de démarrer un traitement pour l’examiner à nouveau quelques jours plus tard. Le choix de la marche à suivre dépendra de la sévérité de l’atteinte, et du degré de suspicion des autres hypothèses diagnostiques. Tôt ou tard, il sera de toute façon indispensable de réaliser un examen otoscopique complet.

On effectuera une analyse cytologique de l’exsudat lors de la première visite ainsi que lors des visites de suivi. Cet examen est toujours réalisable, même lorsque l’oreille est trop douloureuse pour qu’il soit possible d’effectuer un examen complet. Il permet de déterminer rapidement la nature des agents infectieux en cause (coques, bacilles ou Malassezia). Lorsqu’on trouve des coques ou Malassezia, il est possible de démarrer un traitement empirique, car leur profil de sensibilité est assez facilement prévisible. En revanche, si l’on rencontre des bacilles, il est recommandé de faire une culture bactérienne afin d’obtenir un antibiogramme permettant d’adapter l’antibiothérapie. En effet, la résistance aux antibiotiques est beaucoup plus fréquente chez les bactéries Gram négatives. On recommande aussi d’en faire une lorsque le traitement se révèle inefficace.

Lorsqu’on est limité par le temps, plusieurs stratégies existent afin de faciliter l’introduction des examens cytologiques dans la clinique :

  • Apprendre à une auxiliaire spécialisée vétérinaire comment colorer et examiner les lames pendant que le client patiente

  • Garder le chien à la clinique quelques heures afin d’examiner la lame lorsqu’on en a le

temps

  • Mettre de côté le prélèvement pour l’examiner plus tard. Dans l’hypothèse où il faudrait réaliser une culture bactérienne parce que des bacilles sont présents, on collectera également un échantillon stérile. On recommande moins cette méthode car le choix du traitement doit être de préférence prescrit à la lumière de l’examen cytologique. Idéalement, il faudrait que le client attente les résultats de l’analyse pour démarrer le traitement.

En plus de diagnostiquer et traiter l’infection en elle­- même, le clinicien doit essayer de déterminer l’affection sous-jacente. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux souffrant d’otites récurrentes. Si le vétérinaire n’effectue pas cette démarche, l’otite risque de devenir chronique ou réfractaire.

Quel traitement ?

Certaines otites surviennent sans raison identifiable et peuvent être soignées en un seul traitement. Ces cas sont susceptibles d’être causés par des modifications passagères de l’écosystème dans le conduit auditif induites par des changements de température, d’humidité ou de la population microbienne. Cependant, si l’infection revient quelques jours ou quelques semaines plus tard, on recherchera une cause sous-jacente afin de la traiter pour éviter qu’elle ne devienne chronique.

Les infections limitées aux canaux verticaux et horizontaux pourront être traitées avec des gouttes auriculaires disponibles dans le commerce contenant diverses associations d’antibiotiques, antifongiques et corticoïdes. Les cliniciens choisiront les médicaments en fonction des organismes mis en évidence par la cytologie ou après culture et antibiogramme. Traiter des otites sans savoir quel est le type d’organisme présent favorise le développement d’antibiorésistances. Pour les infections n’impliquant que des coques, les antibiotiques de choix sont l’acide fusidique ou la polymyxine B. Lorsqu’il y a des bacilles, les options possibles (en attendant les résultats de la culture et de l’antibiogramme) sont la néomycine, la framycétine, la polymyxine B, la gentamicine ou la marbofloxacine, bien que ces deux dernières molécules aient le plus large spectre d’activité contre les bactéries gram-négatives. Il est possible de choisir l’un de ces antibiotiques avant réception des résultats de la culture, mais il faudra parfois en changer selon les résultats de l’antibiogramme. Si la membrane tympanique s’est rompue, ou si son intégrité ne peut être déterminée, on évitera de prescrire de la gentamicine car elle est la plus ototoxique. Les autres agents topiques peuvent généralement être utilisés en toute sécurité, mais les cliniciens doivent être conscients que tout médicament peut se révéler ototoxique, et il faudra envisager de référer si un doute persiste.

Lorsque seules des Malassezia sont présentes,l a résistance n’est pas un problème, et toutes les molécules antifongiques disponibles dans le commerce sous forme de gouttes auriculaires sont susceptibles d’être efficaces, comme le miconazole, le clotrimazole ou la nystatine. Il est donc préférable de choisir des gouttes ne contenant pas d’antibiotiques de dernière génération si un antifongique efficace est disponible. Ainsi, on évitera les produits contenant de la gentamicine ou de la marbofloxacine en association avec des molécules antifongiques, car ils sont très utiles pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, et leur utilisation irraisonnée peut favoriser le développement de résistances, en particulier si seules des Malassezia sont présentes.

La présence de corticoïdes dans les gouttes est intéressante pour réduire l’inflammation et la douleur ; le type de corticoïde ne semble pas être important et n’est pas pris en compte dans le choix du traitement. Lorsque le conduit auditif est extrêmement sténosé, un traitement court à base de corticoïdes systémiques peut s’avérer efficace pour réduire l’inflammation et rétablir la lumière du conduit. Les solutions auriculaires contenant des céruménolytiques et des agents asséchants peuvent également être bénéfiques pour la gestion des otites. Ces produits sont particulièrement utiles lorsque le conduit auditif est très cérumineux ou trop sale pour permettre aux gouttes antibiotiques de pénétrer, ou encore dans la gestion à long terme des otites chroniques cérumineuses.

Les animaux traités pour une otite doivent être ré­examinés après 5-7 jours de traitement afin d’assurer un suivi clinique. Ceci est important car les clients ne sont pas en mesure d’évaluer si l’infection a bien été traitée dans le canal horizontal. On recommande d’effectuer des examens cytologiques réguliers afin de surveiller l’évolution de la nature des micro-organismes présents, car il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de modifier le traitement. Si l’infection n’a pas totalement disparu,on poursuivra le traitement. Si la nature de l’otite a changé (ex : micro-organisme différent), le traitement doit être modifié.

Si une cause sous-jacente est identifiée, il faut la prendre en compte et la traiter. Une mauvaise aération et une humidité accrue, associées à des facteurs de prédisposition nécessiteront d’effectuer des nettoyages réguliers des oreilles et éventuellement d’épiler les poils. Si ces mesures sont insuffisantes, et que le clinicien n’est pas certain de leur implication dans le processus pathologique, un traitement chirurgical du conduit auditif par résection de la paroi latérale ou ablation du canal vertical peut être bénéfique.

Les causes primaires nécessitent un traitement spécifique : retrait des épillets et autres corps étrangers, traitement des acariens, retrait des polypes ou des tumeurs. Cependant, si l’origine est allergique, le traitement sera long, tout comme la gestion de la composante cutanée. Une intervention chirurgicale n’est pas indiquée pour le traitement des causes primaires, sauf s’il faut retirer une tumeur.

Les facteurs d’entretien sont parfois les plus difficiles à traiter car ils peuvent rendre l’infection récurrente ou chronique. Si les facteurs d’entretien ne sont pas traités, le canal auditif peut finir par être définitivement et irréversiblement endommagé. Si les démarches diagnostiques et thérapeutiques décrites ci-dessus sont bien suivies, il est généralement possible d’éviter que ne se développent des facteurs d’entretien. Une fois qu’ils sont installés en revanche, il sera nécessaire de réaliser une intervention médicale et/ou chirurgicale assez complexe pour les traiter.

Technique standard de nettoyage des oreilles

Afin d’augmenter les chances de réussite du traitement, on montrera aux propriétaires comment nettoyer correctement les oreilles de leur animal. On inonde le conduit de nettoyant auriculaire tout en tenant fermement le pavillon. Ensuite, il faut masser les cartilages des conduits horizontaux et verticaux. Il faut ensuite montrer aux propriétaires comment masser la partie profonde du conduit afin que le nettoyage soit efficace. Lorsqu’il est bien effectué, on entendra un bruit caractéristique de succion. Le chien peut ensuite secouer la tête pour éliminer une bonne partie du produit. On retirera doucement le surplus avec une compresse légèrement humide ou un morceau de coton. Il est préférable d’éviter d’utiliser des cotons-tiges car ils repoussent les débris au fond du conduit. Les propriétaires devront bien examiner la compresse pour voir ce qu’elle a ressorti de l’oreille. Cette étape est très importante lorsque les nettoyages sont effectués à long terme, car elle permet de déterminer la fréquence des nettoyages nécessaire. Ces nettoyages pourront n’être effectués que temporairement, afin d’augmenter l’efficacité du traitement de l’infection. En revanche, s’ils sont poursuivis à long terme, l’aspect de la compresse après le nettoyage permet de déterminer à quelle fréquence les renouveler. Si la compresse est très sale, on renouvellera le nettoyage des oreilles le lendemain. Si elle ressort complètement propre, le nettoyage pourra être espacé à un jour sur deux. Si la compresse reste propre lors des nettoyages suivants, on espacera à deux fois par semaine, et on pourra parfois réduire à une seule fois. Lorsque la compresse redevient sale, il faut augmenter à nouveau la fréquence des nettoyages.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il y a deux issues que le propriétaire peut considérer comme des « échecs ». Il est d’abord possible que l’infection initiale régresse, mais elle peut récidiver. Il est alors presque sûr que le clinicien est passé à côté d’une infection sous-jacente. Tant qu’elle n’aura pas été identifiée, le problème ne sera jamais complètement résolu. Sinon, il est possible que l’infection ne réponde pas au traitement mis en place initialement. Cette situation est généralement due à la présence de germes résistants tels que Pseudomonas aeruginosa. On réalisera alors une culture associée à un antibiogramme afin d’utiliser un antibiotique approprié.

Si l’origine est établie de façon certaine et qu’elle est traitable (corps étranger, acariens, modification de la flore suite à de nombreux bains), la gestion de l’infection ne devrait pas impliquer de frais importants. Les coûts supplémentaires qu’engendreront les examens cytologiques seront largement compensés par le risque que représente la mise en place d’un traitement inadapté, pouvant conduire à la sélection de bactéries résistantes. Les otites nécessitant un traitement chirurgical (tumeur dans le conduit auditif) ou associées à des affections à vie (allergies) reviendront inévitablement plus cher à traiter. La facture deviendra très élevée lorsque des facteurs d’entretien s’installent, tels que des infections à Pseudomonas résistants, une otite moyenne ou un autre processus irréversible. Il est la plupart du temps possible d’éviter cet écueil en initiant rapidement un traitement adapté dès la première visite.

La distension abdominale

septembre 2nd, 2016 | Redigé par admin in Distension abdominale - (0 Comments)
distension abdominale chien obésité ventre gaz vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

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La distension abdominale peut être un motif de consulta­tion ou être remarquée par le clinicien au cours d’un exa­men clinique. Elle peut être due à l’accumulation de gaz, de liquide, à une augmentation de taille d’un organe ou à une combinaison de ces éléments. Certains propriétaires auront l’impression que leur animal a pris du poids, sans remarquer qu’une distension abdominale progressive peut être associée à un amaigrissement du reste du corps et à une fonte musculaire, particulièrement marquée sur le dos et la croupe.

Principaux diagnostics différentiels

  • Dilatation-torsion gastrique

  • Gestation ou pyomètre

  • Globe vésical (chats surtout)

  • Accumulation de liquide (ascite)

- Transsudat – hypoprotéinémie, hypertension por­tale préhépatique

- Transsudat modifié – affection hépatique, tumeur, affection péricardique, insuffisance cardiaque congestive droite, PIF (chats)

- Exsudat – péritonite, PIF (chats)

- Autre liquide – bile, sang,urine, chyle

  • Augmentation de taille d’un organe : en particulier, les affections infiltrantes et cancéreuses du foie ou de la rate

  • Syndrome de Cushing : rassemble une hépatomégalie, une faiblesse musculaire et une redistribution de la graisse (abdomen pléthorique)

Approche diagnostique

Lors d’une atteinte aiguë, on essaiera d’évaluer s’il faut mettre en place un traitement d’urgence ou non. Par exemple, les patients souffrant d’une obstruction vésicale ou d’une dilatation-torsion de l’estomac devront être pris en charge rapidement. Si l’atteinte est chronique, on prendra soin de recueillir une anamnèse complète en s’attardant surtout au passé reproducteur des chiennes non stérilisées. On réalisera aussi un examen clinique complet. Il est possible de palper un organe hypertrophié, mais il est souvent difficile d’identifier avec certitude duquel il s’agit. La présence d’un épanchement peut être révélée par un signe du flot positif. Une fois sa présence identifiée, on recherchera la présence d’un reflux hépato-jugulaire. Pour ce faire, un assistant exerce une pression ferme et continue sur le foie, ce qui provoque une augmentation du retour veineux vers l’atrium droit ; si la pression atriale droite était déjà élevée à cause d’une atteinte péricardique ou d’une insuffisance cardiaque droite, l’atrium droit n’arrivera pas à évacuer le surplus de sang et on pourra observer une distension jugulaire. Ce test est facile à réaliser,bien qu’il ne soit pas très sensible. On retiendra qu’il ne faut pas éliminer trop vite une affection péricardique ou une affection du cœur droit comme origine de l’ascite.

Lorsqu’on suspecte fortement la présence de liquide dans l’abdomen, on pratiquera une abdominocentèse et on enverra le prélèvement pour faire une analyse cy­tologique, biochimique (dont les protéines totales, l’al­bumine et d’autres paramètres énoncés plus haut), ain­si qu’éventuellement une culture avec antibiogramme. Il est intéressant de faire également une analyse bio­ chimique du sérum afin de comparer les résultats, ainsi que pour identifier une hypoalbuminémie sévère (va­leur en général < 15 g/L), pouvant être à l’origine de la formation d’un transsudat. La présence dans l’épanche­ment de granulocytes neutrophiles toxiques avec des inclusions bactériennes intracellulaires, associée à une glycémie basse et une lactatémie augmentée, orientera vers une péritonite septique nécessitant une chirurgie d’urgence. Dans le cas d’un uropéritoine, la concentration en créatinine de l’épanchement sera supérieure à celle du sérum. De même lors d’une pancréatite, les concentrations en amylase et lipase seront supérieures dans le hquide par rapport au sérum; et lors d’une péritonite biliaire, la concentration de la bilirubine sera supérieure dans le liquide d’épanchement. On pourra mieux cerner la chronicité et la sévérité d’une hémorragie chez les patients ayant un hémoabdomen grâce à la mesure de !’hématocrite et des protéines totales. On pourra réaliser ces analyses avec la majorité des analyseurs disponibles en clinique.

Une échographie permettra de confirmer la présence de liquide. Elle pourra aussi révéler une hypertrophie d’un organe, un pyomètre ou une gestation. Si on identifie une organomégalie, il est possible d’envisager de faire une biopsie. L’échographie permet aussi de vérifier qu’il n’y a pas d’épanchement pleural concomitant ; la mise en évidence d’une effusion bi­-cavitaire restreint les hypothèses diagnostiques à une hypoprotéinémie, une insuffisance cardiaque droite, une tumeur ou la PIF (chats). On l’utilisera également pour diagnostiquer une affection péricardique ou une insuffisance cardiaque droite.

Une radiographie peut aider à identifier les lésions grossières, mais ne présente qu’un intérêt limité lors de la présence de fluide à cause de la perte de contraste qu’il induit. On pourra cependant identifier un épanchement pleural ou une cardiomégalie grâce à des clichés radiographiques.

Traitement

La prise en charge initiale dépend de l’origine de la distension abdominale. Une dilatation-torsion de l’estomac, une obstruction vésicale, un uroabdomen, une péritonite septique ou un pyomètre sont des urgences. Les patients souffrant d’une hémorragie abdominale aiguë nécessiteront également une prise en charge en urgence afin de les perfuser, de poser un bandage abdominal compressif, et éventuellement d’envisager une chirurgie. Lors d’effusion péricardique, il faudra parfois réaliser une péricardiocentèse en urgence, selon la sévérité de la tamponnade cardiaque.

L’évolution des autres causes de distension abdominale est en général plus lente. La prise en charge initiale visera à établir un diagnostic pour traiter la maladie de façon adéquate. Il arrive lors d’ascite sévère qu’une ponction thérapeutique de suffisamment de liquide soulage l’animal en attendant les résultats des analyses. Lors d’hémoabdomen en revanche, il ne faut pas ponctionner, car ceci peut faire empirer l’hémorragie et empêche la réabsorption de l’hémoglobine et des protéines. Il ne faut pas répéter les drainages trop souvent au risque d’épuiser les réserves protéiques de l’animal.

Si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement ne sera efficace que si l’origine de la maladie a été déterminée. Si le diagnostic n’est pas certain, il faut réexaminer l’animal, se pencher à nouveau sur les résultats des analyses, et faire de nouveaux examens complémentaires si nécessaire.

Excepté lors d’une gestation, les affections responsables d’un épanchement engendreront des frais assez élevés. Elles sont toutes susceptibles de nécessiter des soins d’urgence, une chirurgie ou une gestion médicale conséquente. Il faut essayer d’estimer le pronostic pour en informer le propriétaire avant de se lancer dans des analyses ou une chirurgie poussée. Pour les cas chroniques, il faudra procéder par étape, en réalisant d’abord une échographie complète (ou une abdominocentèse suivie d’une analyse du liquide s’il y en a) pour tenter d’aboutir à un diagnostic. Bien que des radiographies puissent donner quelques renseignements, elles nécessitent souvent une sédation, et l’échographie permettra d’établir un diagnostic plus facilement.

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© koszivu

Un article co-écrit par des vétérinaires institutionnels et une association de protection animale explore pour la première fois le profil comportemental de chiens nord-américains ayant vécu en élevage intensif pour y produire des chiots, avant d’être adoptés en famille. Sans surprise, l’article démontre que la caractéristique dominante que manifestent ces chiens est la peur, même plusieurs années après le début de leur « 2ème vie » en famille d’adoption.

Les élevages commerciaux produisent une grande part des chiens de race dans le monde entier. Les Commercial Breeding Establishment ou CBE (appelés vulgairement moulins à chiots, ou « puppy mills », dans les pays anglosaxons) doivent répondre à des impératifs économiques et de production souvent comparables à ceux de l’élevage du bétail. Les éleveurs tendent dès lors à conserver le plus de chiens dans le minimum d’espace légalement autorisé et dans des conditions de salubrité très variables. Les chiens sont ainsi détenus dans un espace restreint pour toute la durée de leur vie de reproducteur, parfois sans sortie, ni enrichissement de l’environnement et avec des interactions sociales réduites au minimum. Les auteurs ont cherché à objectiver, via un questionnaire comportemental, les troubles comportementaux chroniques des chiens ayant vécu en CBE et ré-adoptés à l’âge adulte, en comparaison avec une population de chiens de compagnie adoptés jeunes.

Un questionnaire C-BARQ (Hsu & Serpell, 2003) était rempli par les propriétaires/adoptants, qui documentaient également l’âge d’adoption de leur chien et la possession éventuelles d’autres animaux. Les chiens issus de CBE étaient recrutés via les contacts d’associations de protection animale, une partie des chiens ayant été saisis dans des CBE par ces mêmes associations. L’étude était présentée comme visant à « évaluer, chez leur chien, l’impact de son ancienne vie en « puppy mill » sur son comportement et son équilibre psychologique ». Le terme « puppy mill », certes péjoratif, était choisi car plus reconnaissable que celui de CBE dans le texte de sollicitation à l’étude. Pour être inclus (groupe CBE, 332 chiens), le chien devait avoir vécu jusqu’à 8 mois au moins en CBE (1 an pour les non-reproducteurs) et avoir été adopté depuis. Les chiens du groupe contrôle (groupe C, 332 chiens) étaient recrutés via des sites internet, des clubs de race et des hôpitaux vétérinaires et étaient appariés aux chiens du groupe CBE selon l’âge (à 6 mois près), la race et en moindre mesure le sexe (les chiens du groupe CBE étant majoritairement stérilisés). Logiquement, le délai de possession (temps depuis l’adoption) était inférieur dans le groupe CBE (20 mois) par rapport au groupe C (56 mois), pour une moyenne d’âge de 7 ans environ. Dans le groupe C, les chiens étaient issus d’un élevage (55 %), d’un refuge (19 %), d’une animalerie (7 %), le reste étant nés à la maison (3 %), chez des connaissances (10 %), ou acquis différemment. Enfin, 83 % des chiens du groupe CBE vivaient dans des foyers « multi-chiens », contre 56 % des chiens du groupe C.

Dans le groupe CBE, 24 % des chiens présentent un problème de santé (contre 17 % dans le groupe C), 83 % présentent un trouble du comportement (contre 56 % dans le groupe C), se décomposant en 33 % présentant un trouble modéré à sérieux du comportement (20 % dans le groupe C) et 50 % un trouble mineur (36 % dans le groupe C). Les troubles du comportement sont donc fréquents dans les deux populations, mais statistiquement plus représentés dans le groupe CBE. Le C-BARQ permet de mettre en évidence les variables les plus augmentées dans le groupe CBE en comparaison

avec le groupe contrôle : peur des étrangers (OR = 8,12), peurs non sociales (OR = 6,62), sensibilité au toucher (OR = 3,19), marquage urinaire (OR = 2,06), malpropreté urinaire (OR = 2,06), mictions ou défécations quand reste seul (OR = 2,81 et 2,07), comportements compulsifs. A l’inverse, certaines variables sont significativement moins présentes dans le groupe CBE, par rapport au groupe C : agressions sur les propriétaires (OR = 0,55), les personnes étrangères (OR = 0,4), les autres chiens (OR = 0,30), capacité d’apprentissage, d’entraînement (OR = 0,25), excitabilité (OR = 0,47), énergie (OR= 0,29), comportement de chasse de petits animaux (OR = 0,20), fugues, vagabondage (OR = 0,56). Par ailleurs, les résultats montrent que le fait de vivre dans un foyer « multi-chiens » améliore les scores des chiens de CBE pour de nombreuses variables en comparaison avec les chiens de CBE vivant seuls en foyer (ce que souligne l’effet positif de ce que l’on peut appeler le « chien thérapeute » pour un chien peureux, NDR). Le fait d’être stérilisé ou non a peu d’effets en revanche et uniquement sur les symptômes reliés à la malpropreté. Enfin, sur la majorité des variables, l’augmentation du délai de possession diminue la différence entre le groupe CBE et le groupe C, indiquant une amélioration des symptômes avec le temps.

La variable qui différencie le plus les groupes CBE et C est la « peur », même après plusieurs années en famille. Associée à la diminution des agressions, les chiens de CBE manifestent donc majoritairement une réponse « flight » (fuite, évitement) plutôt que « fight » (combat) face à un évènement inquiétant. Pour expliquer ce constat d’un profil-type du chien de CBE, les auteurs avancent trois types de causes :

- Psychopathologie induite par le stress : plusieurs études ont exploré le bien-être des chiens vivant en environnement confiné ; les premières ont d’ailleurs étudié les chiens de laboratoire, pour lesquels le stress fait varier les variables lors des expérimentations. Les éléments statistiquement associés au stress dans ces études sont : la restriction spatiale, une mauvaise régulation des températures, les interactions aversives avec le personnel du chenil, l’impossibilité pour le chien de contrôler son exposition à des situations aversives, l’accès limité aux contacts positifs intra- et interspécifiques. Tous ces éléments sont présents en CBE, leur influence étant sans doute maximisée par le nombre d’années que passe le chien dans l’élevage. Une étude récente en refuge montre que le stress chronique des chiens est confirmé par les scores physiques et comportementaux, une autre étude y démontre le développement de comportementaux anormaux type timidité, agressivité, hypermotricité ou comportements locomoteurs stéréotypés. De plus, la mise en évidence de problèmes de santé en plus grand nombre dans le groupe CBE illustre ce que l’on sait de la répercussion physique du stress : cette association stress chronique/maladie physique a été démontrée dans de nombreuses espèces, y compris chez l’homme.

- Un défaut de socialisation précoce (défaut d’exposition aux situations classiques d’une vie typique de chien de compagnie) : la période sensible pour la socialisation du chiot finit entre 4 et 6 mois. Le plus souvent, les reproducteurs des CBE y sont eux-mêmes nés et y ont passé leur période de socialisation. Plusieurs études expérimentales ont montré que de jeunes chiens élevés dans des conditions appauvries (déprivation sensorielle), au cours de leurs 4 à 6 premiers mois, avaient de grandes difficultés à s’adapter à un nouvel environnement, développant ce que l’on appelle le syndrome du chien de chenil (ou « kennel syndrom », NDR), caractérisé par une peur et une timidité excessive lors de l’exposition à un nouvel environnement humain et physique. Une autre étude a montré que des chiots isolés et déprivés entre 3 et 20 semaines manifestent des perturbations à vie et une altération des capacités d’apprentissages. Ces effets de l’exposition à un milieu de développement précoce hypostimulant sont le plus souvent extrêmement persistants et résistants à la réhabilitation, sans doute à cause d’altérations irréversibles de la structure du cerveau en développement du chiot. Dans cette étude, une grande partie des comportements typiques des chiens de CBE concordent avec les symptômes liés au défaut de socialisation précoce et à la privation sensorielle dans le jeune âge (et évoque fortement le tableau du Syndrome de Privation Sensorielle au stade 2, anxiété permanente, ou au stade 3, dépression chronique, tel que décrit par Pageat, 1995, NDR).

- Des traumatismes précoces : l’influence de la période prénatale ne doit pas être écartée, si l’on considère que les futurs reproducteurs ont d’abord été conçus et sont eux-mêmes nés en CBE. Plusieurs études ont montré à quel point le stress maternel pendant la gestation influence la santé et le comportement ultérieur du chiot, qui manifestera notamment : dysfonctionnement neuro-hormonal, sensibilité, peur, émotivité augmentées, exagération des réponses de stress, difficultés d’apprentissage, augmentation de la susceptibilité aux troubles psychopathologiques… Pour ce qui concerne la période post-natale, les conséquences des traumatismes précoces (ELA ou « Early Life Adversity ») ont été largement étudiées chez l’enfant et ont révélé -chez les adultes qu’ils devenaient- un risque accru de problèmes psychologiques, tels que l’instabilité des relations sociales, des troubles de l’humeur de type anxieux ou dépressif. La modélisation des ELA chez les rongeurs ou les primates (privation maternelle ou sociale) a confirmé la corrélation entre ELA et vulnérabilité ultérieure aux troubles psychopathologiques, de par des altérations à long terme de la réponse neuroendocrine au stress, de la régulation émotionnelle, de l’adaptabilité, des fonctions cognitives, de l’attachement et même une modification épigénétique de l’expression des gènes associés aux troubles anxieux ou de l’humeur.

De telles études chez le chien sont rares (et anciennes), mais concluent que la période de socialisation du chiot constitue une période à risque pour des dommages psychologiques permanents, une période de vulnérabilité au cours de laquelle une expérience aversive même unique (notamment autour de 8 semaines) peut avoir des conséquences à long terme.

La genèse de la pathologie comportementale manifestée chez les chiens de CBE est sans doute multi-factorielle et composite des trois catégories précitées. Les auteurs se sont appliqués à proposer une méthodologie statistique très sérieuse, menée par ailleurs sur un nombre significatif de chiens. La bibliographie riche et la proposition de causes générant les troubles observés chez les chiens de CBE permettent d’argumenter autour de la genèse du « kennel syndrom » (et par extension de celle du syndrome de privation sensorielle de l’école française, NDR).

Source :

McMillan FD et al., Mental health of dogs formerly used as ‘breeding stock’ in commercial breeding establishments, Applied Animal Behavior Science (2011)

berger allemand stérilisation troubles urinaires troubles articulaires

© Grigory Bruev

Connus pour leur intelligence, leur obéissance et leur fidélité, les bergers allemands sont souvent la race préférée pour la police et le travail militaire, ainsi que comme chiens de service et bien sûr animaux de compagnie. Mais ils sont également sujets à des troubles articulaires.

Des chercheurs de l’Université Davis en Californie ont découvert que la stérilisation ou la castration des bergers allemands avant un an triple le risque d’un ou plusieurs troubles articulaires – en particulier du ligament croisé crânial et d’incontinence urinaire. Le risque de cancers ne semble pas augmenté par cette pratique, d’après l’étude.

Celle-ci a été publiée le 16 mai dans la revue Veterinary Medicine and Science.

De plus en plus, aux USA notamment, de stérilisations précoces (avant l’âge de 6 mois) sont pratiquées. En Europe, les habitudes varient selon les pays. Des études ont montré que cette manière de procéder pouvait favoriser l’apparition de maladies débilitantes telles que la dysplasie de la hanche, les ruptures des ligaments croisés, la dysplasie du coude. Le risque serait doublé voire triplé pour les ligaments croisés. Des recherches récentes, menées chez les golden et Labrador retrievers, ont montré après stérilisation précoce un risque multiplié par un facteur de 4 à 5 de développer ces troubles orthopédiques chez les premiers, doublé chez les seconds. Certains cancers, par ailleurs, se développent plus volontiers chez les animaux stérilisés. Il en va ainsi des ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes. Le risque d’ostéosarcome est doublé, celui d’hémangiosarcome cardiaque quadruplé chez les femelles. Le risque de mastocytome cutané serait quadruplé également, aussi bien chez les mâles que chez les femelles. Les auteurs de cet article en accès libre passent ensuite en revue toutes les études ayant montré une augmentation des risques cancéreux lors de stérilisation précoce.

Les chercheurs ont examiné les dossiers de cliniques vétérinaires sur une période de 14 ans, étudiant les cas de près de 1170 chiens bergers allemands intact et stérilisés (y compris castrés). Ils ont investigué pour trouver des cas de troubles articulaires et ainsi que de cancers communs déjà associés à la stérilisation. Les maladies ont été suivis pendant 8 ans, à l’exception du cancer du sein chez les femelles qui a été suivi pendant 11 ans.

Les chiens ont été classés comme intact (non castré), castrés avant 6 mois, castrés entre 6 à 11 mois, ou castrés entre 12 à 23 mois et 2 à 8 ans.

En résumé, les constatations sont les suivantes :

  • Chez les mâles intacts, 7% des mâles intacts ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, contre 21% des mâles castrés avant un an
  • Chez les femelles intactes, 5% ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, alors que chez les femelles stérilisées avant un an, le chiffre augmente de façon significative à 16%
  • Le cancer mammaire a été diagnostiquée chez 4% des femelles intactes par rapport à moins de 1% chez les femelles stérilisées avant un an (l’apparition des autres cancers suivie pendant 8 ans n’a pas été plus élevée dans les animaux stérilisés que chez les chiens intacts).
  • L’incontinence urinaire, non diagnostiquée chez les femelles intactes, a été diagnostiquée chez 7% des femmes stérilisées avant un an.

Troubles orthopédiques

La maladie la plus concernée est la rupture des ligaments croisés avec une incidence de moins de 1 % chez les mâles entiers, de 12,5 % lors de stérilisation précoce, de 8,3 % en cas de castration entre 6 et 11 mois. La différence observée pour la dysplasie de la hanche n’est pas significative. L’incidence de la dysplasie du coude est également supérieure mais de manière statistiquement non significative.

Au moins une anomalie de l’appareil locomoteur était présente chez 5,1 % des chiennes non stérilisées, versus 12,5 % lors de stérilisation avant 6 mois et 17 % quand elle intervenait entre 6 et 11 mois. Comme chez les mâles, les lésions des ligaments croisés sont plus fréquentes : 1 % chez les femelles non stérilisées, 4,6 % lors de stérilisation avant 6 mois, 8,3 % entre 6 et 11 mois. Toujours comme chez les mâles, l’incidence de la dysplasie de la hanche est plus importante, mais sans atteindre la significativité statistique. La dysplasie du coude n’est pas concernée.

Cancers

3% des mâles ont présenté un des cancers parmi les plus couramment observés (ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes). La stérilisation pour ces animaux n’augmente pas le risque de néoplasies même si on observe un peu plus de lymphomes : 4,2 % chez les chiens stérilisés avant 6 mois contre 1,5 % chez les mâles entiers. Chez les femelles, l’incidence globale des cancers était inférieure à 1 %. On ne note qu’une augmentation (non significative) de celle des mastocytomes.

Incontinence urinaire et pyomètre

Aucune femelle non stérilisée n’a développé d’incontinence urinaire, mais l’incidence est de 4,7 % chez les femelles opérées avant 6 mois. Le chiffre est de 7,3 % lors de stérilisation entre 6 et 11 mois. L’incontinence survient en moyenne à l’âge de 5,2 ans. Enfin, des pyomètres ont été diagnostiqués chez 1,5 % des chiennes non stérilisées. Les auteurs attribuent les troubles orthopédiques constatés chez les animaux stérilisés précocement à une influence hormonale sur des plaques de croissance non encore entièrement matures. Ils notent que contrairement à ce qui a été décrit chez le golden retriever, surtout chez la femelle, la stérilisation précoce ne semble pas, chez le berger allemand, favoriser l’éclosion de cancers. Pour autant, le risque de cette pratique doit être soigneusement pesé.

Source :

B.L Hart, Neutering of German Shepherd Dogs: associated joint disorders, cancers and urinary incontinence, Veterinary Medicine and Science.

Revue de presse – Juin 2016

juillet 7th, 2016 | Redigé par admin in Juin 2016 - (0 Comments)

BREVES

Japon

Entre le chocolat et l’ami qui se noie, le rat n’hésite pas

On sait que les rats seront toujours les premiers à quitter un navire qui coule. Mais ils ne seront pas les derniers à sauver leurs compagnons de la noyade, même si cela implique de se priver d’un appétissant morceau de chocolat. Pourquoi ? Les rats éprouvent de l’empathie pour leurs congénères, tout simplement.

Une récente étude menée par des chercheurs démontre que les rats viendront à la rescousse d’un camarade en mauvaise posture, même s’ils sont tentés par un morceau de chocolat offert à proximité. Ils sont également plus enclins à jouer les secouristes si eux-mêmes ont déjà vécu une expérience traumatisante avec l’eau.

Peggy Mason, neurobiologiste à l’université de Chicago, mais qui ne participait pas à l’étude, souligne que plusieurs études déjà parues avaient souligné l’empathie des rats, toujours prêts à aider un compagnon en détresse. Une étude de 2011 montrait ainsi qu’un rat avait cherché la solution pour libérer un de ses congénères prisonnier d’un tube en plastique. Des chercheurs plus sceptiques estimaient que les rongeurs aidaient les autres parce qu’ils craignent avant tout la solitude, et non pour leur éviter de souffrir.

Mais l’étude japonaise paru dans Animal Cognition démontrerait vraiment l’altruisme des rats. Pou tester leur comportement, l’équipe de chercheurs a divisé une boîte en deux compartiments, séparés par une plaque transparente. D’un côté, un rat devait nager, ce qui ne lui plaisait pas du tout, même s’il n’avait aucun risque de se noyer. La seule planche de salut dépendait d’un second rat, assis bien au sec sur une plateforme, qui pouvait ouvrir une petite porte ronde entre les deux compartiments, permettant ainsi au premier rat de se mettre à l’abri.

En peu de temps, les rats à l’abri aidaient régulièrement leurs compagnons infortunés en ouvrant la fameuse porte. Ils ne l’ouvraient pas lorsque la piscine était vide, ce qui prouverait bien que les rats aident leurs congénères lorsque ceux-ci sont en danger, et non pas pour avoir de la compagnie. Les rats ayant vécu l’expérience de l’eau apprennent beaucoup plus vite que les autres comment sauver leurs compagnons, ce qui montrerait que l’empathie gouverne leur comportement. Non seulement le rat sait identifier la détresse de l’autre, mais il a la mémoire de sa propre expérience traumatisante, ce qui le pousse à agir d’autant plus rapidement.

Deuxième phase de l’expérience, encore plus révélatrice : les rats au sec devaient choisir entre deux portes, l’une permettant au rat prisonnier de l’eau de s’échapper, l’autre donnant accès à une friandise au chocolat. Dans 50 à 80% des cas, les rats préféraient ouvrir à leur compagnon plutôt que de régaler ! Aider un copain était donc plus fort que l’envie de se goinfrer…

Les humains diffèrent des rats sous de nombreux aspects, néanmoins l’étude soutient que l’altruisme, et l’aide envers ses semblables, serait avant tout une caractéristique biologique, indépendante de la culture ou de l’éducation.

(source : Science magazine)

Suède
Les saumons d’élevage connaissent la dépression

Dans toute ferme d’élevage de saumons, on déplore ce qu’on appelle des « pertes », des saumons malingres, flottant sans vie à la surface des bassins. L’explication d’un tel état serait finalement assez simple : ces poissons souffriraient de dépression sévère.

On les appelle communément les « suicidaires » à cause de leur comportement, laissant à penser qu’ils ont cessé de lutter. Les nouveaux éléments scientifiques publiés dans la revue Royal Society Open Science montrent que le terme n’est en rien exagéré : « Physiologiquement, ces poissons sont à la limite de ce qui est tolérable pour eux, et ils sont condamnés à vivre dans cet environnement qui ne leur convient pas. Donc oui, on peut dire que face à de telles conditions de vie, ils préfèrent mourir et se suicider« , explique Marco Vindas, chercheur de l’université de Göteborg (Suède) qui a mené l’étude.

La chimie à l’oeuvre dans le cerveau de ces poissons et leur comportement sont comparables aux symptômes de dépression observés chez d’autres espèces animales. Les chercheurs ont notamment observé un taux de cortisol, l’hormone du stress, plus élevé chez les saumons suicidaires. Leur système sérotoninergique semblait hyperactif et dysfonctionnel, ce qui confirmerait la similitude entre entre ce problème et les syndromes de dépression chez les humains.

Chez les humains, les personnes vivant dans la pauvreté ou subissant des difficultés socio-économiques peuvent plus facilement connaître une dépression ou développer une maladie mentale. De la même façon, un environnement contre-nature et stressant aura un effet similaire sur les poissons d’élevage.

Ci-dessus, (a) un saumon de taille normale (b) un saumon dit « suicidaire », beaucoup plus malingre que son congénère

« Ces poissons vivent dans un environnement épouvantablement stressant pour eux, puisque les conditions de vie dans l’aquaculture sont extrêmement différentes de celles qu’ils peuvent connaître dans la nature et auxquelles ils sont adaptés« , souligne Vindas. Dans les fermes d’élevage, les saumons vivent dans des bassins en compagnie d’autres espèces agressives, et tous se battent pour la nourriture. Ils doivent également subir des changements de lumière, de quantité d’eau, de température etc.

Les chercheurs espèrent que leur travail permettra de faire prendre conscience aux aquaculteurs qu’une amélioration des conditions de vie de ces poissons est essentiel. Du côté des scientifiques, cette recherche pourrait fournir de nouveaux éléments sur la compréhension des mécanismes chimiques qui agissent sur la dépression.

(source : UPI.com)

Grande-Bretagne
Le loup, deux fois domestiqué ?

Le chien descend du loup. Et plutôt deux fois qu’une, si l’on en croit de nouvelles analyses sur l’origine débattue de notre meilleur ami. La domestication du loup, qui a conduit à l’apparition du premier animal façonné par l’homme, en fonction de ses propres besoins, reste un sujet très discuté. La dernière étude en date pourrait réconcilier deux positions opposées, expliquent ses signataires dans la revue Science du 3 juin.

« Combinés, nos résultats suggèrent que les chiens auraient pu être domestiqués indépendamment dans l’est et dans l’ouest de l’Eurasie à partir de populations distinctes de loups, écrivent les chercheurs. Les chiens d’Asie auraient pu ensuite voyager vers l’Europe, avec l’homme, où ils auraient partiellement remplacé les chiens paléolithiques européens. »

En science, chacun cherche son chien : certaines équipes estiment qu’il est apparu en Europe il y a plus de 30 000 ans environ. D’autres considèrent qu’il est né en Extrême-Orient, à la même époque. Chaque publication ou presque donne lieu à des commentaires, réfutations, réponses et contre-argumentaires dans les revues scientifiques. « Notre étude montre que tout le monde avait raison », se réjouit Laurent Frantz (Université d’Oxford), premier signataire de l’article de Science.

Cette position de consensus découle d’une double approche qui a mobilisé une trentaine de chercheurs de multiples disciplines, dont l’archéozoologie, la génétique et la bioinformatique. L’analyse a porté sur des séquences d’ADN de 59 fossiles de chiens européens datés entre 14 000 et 3 000 ans, et sur le génome complet d’un chien vieux de 4 800 ans trouvé lors de la fouille d’un site néolithique à Newgrange, en Irlande. Ces données ont été comparées à des séquences et des génomes complets provenant de près de 2 500 chiens modernes de toutes races.

Le résultat ? « On observe un signal fort d’expansion depuis l’Asie chez les chiens modernes », répond Laurent Frantz. Tout se passe comme si, à une période comprise entre – 14 000 et – 6 000 ans, les chiens alors présents en Europe avaient été remplacés au moins partiellement par l’arrivée de chiens originaires de l’est de l’Eurasie. Le husky sibérien et le chien de traîneau groenlandais sont les rares à encore présenter des traces de cette double origine.

L’analyse détaillée du génome entier du chien de Newgrange permet d’enrichir les hypothèses. Son ADN le distingue très nettement des chiens modernes, mais aussi des loups d’aujourd’hui. « Il y a une portion de son génome qu’on ne parvient pas à retracer, on parle de génome fantôme », explique Laurent Frantz. Peut-être était-il issu d’une population de loups aujourd’hui éteinte, et a-t-il fait partie d’une race de canidé qui n’a pas non plus eu de descendance.

Les données archéologiques documentent la présence de chien en Europe et au Proche-Orient il y a 15 000 ans, et il y a 12 500 ans en Extrême-Orient, tandis qu’il faut attendre – 8 000 ans pour trouver des fossiles de chiens en Asie centrale. Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique auraient donc séparément, à chaque extrémité du continent eurasiatique, « inventé » le chien, avant que celui de l’Est ne conquière la planète.

Une double origine pour la domestication du loup n’est pas une hypothèse gratuite. Greger Larson (Université d’Oxford), qui a dirigé l’étude de Science, l’avait déjà avancée dans le cas du porc en 2005, une piste qu’il a validée à l’aide d’analyses génétiques en 2015 avec notamment Laurent Frantz. Mais « pour le porc, la question était plus facile à résoudre, d’un point de vue génétique et archéologique, explique ce dernier. Les restes fossiles sont présents sur plus de sites du Néolithique, et tout le monde est d’accord sur le fait qu’il y a eu double domestication en Asie et en Europe. »

Pour le chien, les choses sont plus complexes, parce qu’il faut remonter au Paléolithique, avant l’avènement de l’agriculture, pour trouver des fossiles plus rares, moins riches en ADN exploitable, et plus ambigus. L’existence de chiens européens du Paléolitique, autour de 30 000 ans, thèse défendue par Mietje Germonpré (Institut royal belge des sciences naturelles, Bruxelles), est ainsi très controversée : s’agissait-il d’une forme de loups aujourd’hui éteinte, ou de chiens issus d’une première domestication par les chasseurs-cueilleurs nomades ? La chercheuse se réjouit en tout cas des résultats présentés dans Science, qu’elle juge « tout à fait convaincants ». Ils appuient en effet son hypothèse d’une présence ancienne de paléo-chiens indigènes d’Europe, qui auraient été ensuite remplacés par ceux d’Eurasie orientale. « L’ancêtre de ces deux groupes de chiens était chaque fois une population de loups éteinte aujourd’hui », rappelle-t-elle.

Dans le camp de la thèse « asiatique », Peter Savolainen (Institut royal de technologie de Suède) n’est pas vraiment convaincu par la position de consensus. « La double origine n’est qu’une hypothèse, comme les auteurs le mentionnent à la fin de leur article, souligne-t-il. Ce qui est excitant, c’est qu’ils montrent que le génome des chiens européens a pour origine l’est de l’Asie. Peut-être d’autres chiens ont-ils été domestiqués en Europe, mais ils ont disparu. » Pour lui, les chiens paléolithiques n’en sont pas. « Ils ne ressemblent ni à des chiens, ni à des loups. » La présence de leurs ossements dans des campements ne signifie pas qu’ils aient été domestiqués : « Si vous voulez récupérer leurs dents pour faire des colliers par exemple, ou leur peau, on retrouvera bien sûr des fossiles sur place. C’est la même chose pour les mammouths, qui à ma connaissance n’ont pas été domestiqués… »

Les horloges moléculaires déduites des données génétiques indiquent pourtant une séparation entre loups et chiens vers 35 000 ans. Mais les « vrais » chiens ne sont attestés en Europe qu’il y a 15 000 ans. Ce qui s’est passé dans l’intervalle « reste mal connu », insiste Peter Savolainen. Et les horloges moléculaires pas toujours fiables : il suffit de recroisements intempestifs survenus dans le passé avec des loups pour fausser les datations. Or de tels croisements, y compris à trois – chien, loup, coyote, observé aux Etats-Unis – ne sont pas inédits…

Comment les premiers loups se sont-ils laissés domestiquer ? Il est difficile d’imaginer qu’ils aient fait l’objet d’une sélection intentionnelle : l’homme n’avait aucune idée que cela soit chose possible – alors que celle du lapin par des moines, au Moyen Age, pour consommer pendant le carême ses fœtus considérés comme des créatures aquatiques, a été délibérée. La théorie favorite des chercheurs est celle d’une auto-domestication progressive par les loups eux-mêmes : certains auraient trouvé autour des camps des chasseurs des restes de nourriture plus faciles à récupérer. Les moins farouches auraient trouvé là un avantage, ils auraient été mieux tolérés par l’homme, ce qui aurait pu donner lieu à un rapprochement progressif. Un peu comme ces « chiens de village » qui, dans diverses parties du monde, cohabitent avec l’homme sans avoir de maître. « Mais on n’a aucune certitude que ça s’est passé comme ça », prévient Peter Savolainen.

Quant à l’allure des premiers chiens – l’espèce qui présente aujourd’hui la plus grande diversité morphologique de la planète – il est difficile de la décrire précisément. Les restes sont fragmentaires, et un travail de bénédictin est en cours : « On effectue des mesures 3D, des reconstitutions sur ordinateur, en parallèle avec l’extraction d’ADN, dit Laurent Frantz. Nous avons plus de 1 000 échantillons que nous testons les uns après les autres. » Autant d’os à ronger, et à partager avec notamment les chercheurs chinois, devenus très actifs sur ces questions ces dernières années. C’est d’ailleurs en Chine qu’aura lieu en septembre la prochaine conférence internationale sur les origines du chien.


(source : Le Monde.fr)

Etats-Unis
Un outil de détection de l’hyper coagulation canine

Les patients gravement malades manifestent plus facilement des troubles de la coagulation sanguine, soit sous la forme d’un saignement incontrôlé ou d’une hypercoagulation.

Des chercheurs de l’Université de Pennsylvania School of Veterinary Medicine (Penn Vet) ont constaté qu’un outil de diagnostic commun souvent utilisé pour identifier les patients à risque de saignements pouvait également être utilisé pour identifier ceux qui sont prédisposés à une coagulation excessive. L’étude a été publiée dans le Journal of Veterinary Medicine and Critical Care le 13 Avril.

Les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux de centaines de chiens traités à l’hôpital vétérinaire Ryan Penn Vet entre 2006 et 2011, ciblant prioritairement les animaux ayant reçu un test de diagnostic appelé TEG.

Un TEG, ou thromboélastogramme, est considéré comme le mètre-étalon pour évaluer la dynamique de la coagulation, mais est effectuée avec un équipement coûteux et peu courant dans les pratiques vétérinaires ordinaires.

Sur les 540 chiens étudiés, les chercheurs en ont relevé 23 qui avaient un temps de céphaline activité raccourci enregistrés de la même période de 24 heures comme le test TEG. 23 autres chiens ayant un temps de céphaline activé normal ont servi de groupe témoin.

Les chercheurs ont ensuite examiné les dossiers médicaux pour trouver des indications d’une constatation clinique de l’hyper coagulation, tels que des caillots formés dans le cathéter intraveineux ou dans le système circulatoire, ou encore des cas de thromboembolie pulmonaire.

En comparant ces éléments et les signes cliniques entre le groupe de chiens avec PT raccourci ou des TCA et le groupe de contrôle, les chercheurs ont constaté des différences statistiquement significatives : plus de chiens avec PT comportant un temps de céphaline activé raccourci montraient des signes cliniques d’hyper coagulation et de thromboembolie pulmonaire suspectée par rapport au groupe témoin.

Ils ont également trouvé une corrélation entre les chiens ayant un temps de céphaline activé raccourci et une augmentation du niveau de D-dimère, un fragment de protéine qui est produite quand un caillot est décomposé.

« Je pense que sur la base de cette étude rétrospective, nous devrions accorder plus d’attention aux temps de coagulation raccourcis et les regarder avec un degré de valeur diagnostique », a déclaré l’auteur principal Deborah C. Silverstein, DVM, DACVECC. « Dans cette population de patients très malades, cela peut permettre d’identifier les patients risquant une thrombose. »

(source : NewStat, 31 mai)

Etats-Unis
Une étude permet de faire la différence entre les blessures liées à un accident et celles liées à la maltraitance

Comment déterminer si un animal blessé à la tête et aux côtes a été victime d’un accident ou de violences ? Une récente étude, publiée le 3 mars dans le Journal of Forensic Sciences, espère donner quelques pistes pour le savoir.

En utilisant des données provenant des affaires pénales impliquant de la maltraitance enversles animaux, des chercheurs de l’école de médecine vétérinaire Cummings de l’Université Tufts et la Société américaine pour la prévention de la cruauté envers les animaux (ASPCA) ont démontré que les accidents impliquant des véhicules à moteur et les cas de traumatisme contondant non-accidentelle chez les chiens et les chats présentaient des types de blessures très différents.

Les chercheurs ont comparé les dossiers de 50 affaires pénales d’abus fournies par le service juridique de l’ASPCA avec un échantillon de 426 cas d’accidents de la voie publique issus du Foster Hospital for Small Animals de l’école vétérinaire Cummings. C’est la première étude de ce type comparant ainsi deux populations d’animaux aux blessures clairement identifiées.

« Notre recherche a révélé que les blessures non-accidentelles et les accidents de la voie publique provoquent différents types de lésions des tissus mous et du squelette », a déclaré Nida P. Intarapanich, l’un des principaux auteurs de l’étude et étudiant vétérinaire en quatrième année à la Cummings School.

Les chercheurs ont constaté que les animaux maltraités avaient généralement plus de blessures à la tête et de fractures des côtes, ainsi que des fractures des dents et des blessures aux griffes. Les animaux victimes d’accidents de la voie publique ont plutôt subi des abrasions de la peau ou des blessures dans laquelle la peau est déchirée, des atteintes pulmonaires, des ecchymoses et des blessures de l’arrière-train, ce qui selon les chercheurs pourrait être le résultat d’une fuite face à un véhicule en mouvement

Une nette différence dans les modèles de fracture des côtes a été démontrée, les blessures liées à de la maltraitance causant généralement des fractures des deux côtés du corps, tandis que les fractures des côtes causées par les accidents de voiture ont tendance à apparaître sur un seul côté du corps, avec les nervures les plus proches de la tête plus susceptibles de se fracturer.

Les chercheurs ont également constaté que les victimes de blessures non accidentelles étaient plus susceptibles d’avoir des preuves de fractures anciennes, un phénomène que l’on remarque également chez les humains victimes de violences domestiques.

(source : NewStat, 7 juin)

PUBLICATION

Réduire le stress des patients en utilisant leurs 5 sens

Pour les vétérinaires qui souhaitent diminuer le stress de leurs petits patients, la réponse peut être juste sous leur nez… ou leurs yeux, oreilles, bouche, bref corps ! En effet, selon les auteurs du livre Canine Medical Massage : techniques and clinical applications, les vétérinaires pourraient, en manipulant les animaux de façon simple et en stimulant leurs cinq sens, réduire efficacement le stress environnemental qui les atteint souvent.

Vue : réduire la quantité de lumières fluorescentes et autres lumières, connues pour interrompre le rythme circadien naturel du corps. Minimiser les bruits offensifs et, si possible, éliminer les patients des zones à fort passage et activité incessante.

Ouïe : parce que la musique modulant les fonctions cardiaques et neurologiques, ne pas hésiter à diffuser de la musique dans les salles de consultation et la salle d’attente. La musique classique et les rythmes lents réduisent particulièrement le stress, facilitent le sommeil, et réduisent la douleur.

Odorat : mettre un diffuseur d’odeurs dans les salles de repos et les salles d’attente. Les phéromones, les fleurs de camomille, de lavande, et l’air frais réduisent l’anxiété. Au moins, il faut tâcher de minimiser les odeurs désagréables telles que la fumée de cigarette et de produits de nettoyage concentrés.

Goût : s’assurer que les patients reçoivent une alimentation bien équilibrée de haute qualité pour assurer les fonctions corporelles sans stress. De plus, s’assurer les gencives de patients sont en bonne santé, et qu’ils reçoivent des probiotiques et des fibres adéquates pour assurer une digestion facile.

Corps / Touché : masser les patients, les brosser ou les peigner réduit leur stress. Si possible, ajouter l’exercice, ou les laisser se reposer au soleil lors d’une journée douce, ou près d’une source d’air frais s’il fait plus chaud. Et jamais sous-estimer la valeur de la compagnie de l’humain !

En plus de réduire le stress, le massage médical canin et la thérapie des tissus mous ont été particulièrement efficaces sur de nombreuses conditions cliniques, y compris la dysplasie de la hanche, l’arthrose et l’épilepsie, notent les auteurs. Leur ouvrage contient ces conseils et de nombreux autres, ainsi que des séquences de massage et les conditions précises pour que le massage soit le plus efficace possible.

Livre en vente à cette adresse : https://www.aaha.org/professional/store/product_detail.aspx?code=CNMDM&title=canine_medical_massage_techniques_and_clinical_applications#gsc.tab=0

ETUDE

Une stérilisation précoce augmente les risques de troubles articulaires et l’incontinence urinaire chez le berger allemand

B.L Hart, Neutering of German Shepherd Dogs: associated joint disorders, cancers and urinary incontinence, Veterinary Medicine and Science.

Connus pour leur intelligence, leur obéissance et leur fidélité, les bergers allemands sont souvent la race préférée pour la police et le travail militaire, ainsi que comme chiens de service et bien sûr animaux de compagnie. Mais ils sont également sujets à des troubles articulaires.

Des chercheurs de l’Université Davis en Californie ont découvert que la stérilisation ou la castration des bergers allemands avant un an triple le risque d’un ou plusieurs troubles articulaires – en particulier du ligament croisé crânial et d’incontinence urinaire. Le risque de cancers ne semble pas augmenté par cette pratique, d’après l’étude.

Celle-ci a été publiée le 16 mai dans la revue Veterinary Medicine and Science.

De plus en plus, aux USA notamment, de stérilisations précoces (avant l’âge de 6 mois) sont pratiquées. En Europe, les habitudes varient selon les pays. Des études ont montré que cette manière de procéder pouvait favoriser l’apparition de maladies débilitantes telles que la dysplasie de la hanche, les ruptures des ligaments croisés, la dysplasie du coude. Le risque serait doublé voire triplé pour les ligaments croisés. Des recherches récentes, menées chez les golden et Labrador retrievers, ont montré après stérilisation précoce un risque multiplié par un facteur de 4 à 5 de développer ces troubles orthopédiques chez les premiers, doublé chez les seconds. Certains cancers, par ailleurs, se développent plus volontiers chez les animaux stérilisés. Il en va ainsi des ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes. Le risque d’ostéosarcome est doublé, celui d’hémangiosarcome cardiaque quadruplé chez les femelles. Le risque de mastocytome cutané serait quadruplé également, aussi bien chez les mâles que chez les femelles. Les auteurs de cet article en accès libre passent ensuite en revue toutes les études ayant montré une augmentation des risques cancéreux lors de stérilisation précoce.

Les chercheurs ont examiné les dossiers de cliniques vétérinaires sur une période de 14 ans, étudiant les cas de près de 1170 chiens bergers allemands intact et stérilisés (y compris castrés). Ils ont investigué pour trouver des cas de troubles articulaires et ainsi que de cancers communs déjà associés à la stérilisation. Les maladies ont été suivis pendant 8 ans, à l’exception du cancer du sein chez les femelles qui a été suivi pendant 11 ans.

Les chiens ont été classés comme intact (non castré), castrés avant 6 mois, castrés entre 6 à 11 mois, ou castrés entre 12 à 23 mois et 2 à 8 ans.

En résumé, les constatations sont les suivantes :

  • Chez les mâles intacts, 7% des mâles intacts ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, contre 21% des mâles castrés avant un an

  • Chez les femelles intactes, 5% ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, alors que chez les femelles stérilisées avant un an, le chiffre augmente de façon significative à 16%

  • Le cancer mammaire a été diagnostiquée chez 4% des femelles intactes par rapport à moins de 1% chez les femelles stérilisées avant un an (l’apparition des autres cancers suivie pendant 8 ans n’a pas été plus élevée dans les animaux stérilisés que chez les chiens intacts).

  • L’incontinence urinaire, non diagnostiquée chez les femelles intactes, a été diagnostiquée chez 7% des femmes stérilisées avant un an

Troubles orthopédiques

La maladie la plus concernée est la rupture des ligaments croisés avec une incidence de moins de
1 % chez les mâles entiers, de 12,5 % lors de stérilisation précoce, de 8,3 % en cas de castration entre 6 et 11 mois. La différence observée pour la dysplasie de la hanche n’est pas significative. L’incidence de la dysplasie du coude est également supérieure mais de manière statistiquement non significative.

Au moins une anomalie de l’appareil locomoteur était présente chez 5,1 % des chiennes non stérilisées, versus 12,5 % lors de stérilisation avant 6 mois et 17 % quand elle intervenait entre 6 et 11 mois. Comme chez les mâles, les lésions des ligaments croisés sont plus fréquentes : 1 % chez les femelles non stérilisées, 4,6 % lors de stérilisation avant 6 mois, 8,3 % entre 6 et 11 mois. Toujours comme chez les mâles, l’incidence de la dysplasie de la hanche est plus importante, mais sans atteindre la significativité statistique. La dysplasie du coude n’est pas concernée.

Cancers

3% des mâles ont présenté un des cancers parmi les plus couramment observés (ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes). La stérilisation pour ces animaux n’augmente pas le risque de néoplasies même si on observe un peu plus de lymphomes : 4,2 % chez les chiens stérilisés avant 6 mois contre 1,5 % chez les mâles entiers. Chez les femelles, l’incidence globale des cancers était inférieure à 1 %. On ne note qu’une augmentation (non significative) de celle des mastocytomes.

Incontinence urinaire et pyomètre

Aucune femelle non stérilisée n’a développé d’incontinence urinaire, mais l’incidence est de 4,7 % chez les femelles opérées avant 6 mois. Le chiffre est de 7,3 % lors de stérilisation entre 6 et 11 mois. L’incontinence survient en moyenne à l’âge de 5,2 ans. Enfin, des pyomètres ont été diagnostiqués chez 1,5 % des chiennes non stérilisées. Les auteurs attribuent les troubles orthopédiques constatés chez les animaux stérilisés précocement à une influence hormonale sur des plaques de croissance non encore entièrement matures. Ils notent que contrairement à ce qui a été décrit chez le golden retriever, surtout chez la femelle, la stérilisation précoce ne semble pas, chez le berger allemand, favoriser l’éclosion de cancers. Pour autant, le risque de cette pratique doit être soigneusement pesé.

ETUDE

Races canines et cancers : une étude japonaise

KOMAZAWA.S, Canine tumor development and crude incidence of tumors by breed based on

domestic dogs in Gifu Prefecture. Journal of Veterinary Medical Science

Publiés le 6 mai 2016 dans le Journal of Veterinary Medical Science, les résultats d’une étude sur l’épidémiologie des tumeurs canines au Japon permettent de confirmer certaines prédispositions raciales et également d’en préciser d’autres. Plus de 3 500 tumeurs sont passées au crible, tous les diagnostics ayant été validés par une analyse histopathologique. Les vingt races numériquement les plus importantes au Japon ont été sélectionnées.

Depuis quelques décennies, rappellent les auteurs, l’incidence de nombreuses maladies a augmenté chez le chien, en raison de l’allongement de l’espérance de vie. Il en va ainsi particulièrement des cancers qui sont ici étudiés d’après les archives du service d’anatomie pathologique de l’Université Vétérinaire de Gifu (Japon). Les matériels et méthodes sont exposés dans cet article en accès libre. L’étude porte sur 3 597 cas de tumeurs (1 598 mâles, 2 160 femelles, 161 chiens de sexe indéterminé). Les diagnostics ont été portés sur une période de 8 ans (2005 à 2012). 388 chiens étaient porteurs de plus d’une tumeur. 6,95 % des animaux souffraient de deux tumeurs, 1,03 % de trois tumeurs et plus.

Des races épargnées ou prédisposées

L’âge moyen des chiens était de 10,4 ± 2,98 ans chez les mâles, de 10,4 ± 2,83 ans chez les femelles. Il n’existe donc pas de différence significative. La proportion de tumeurs malignes était de 57,5 %. Dans cinq races, le pourcentage de tumeurs malignes était significativement plus faible : Yorkshire terrier (31,1 %), bichon maltais (42,4 %), caniche (44,4 %), shih tzu (48 %) et teckel (48,2 %). En revanche, le phénomène inverse est observé dans d’autres races. Ainsi, le pourcentage de tumeurs malignes est-il de 63,2 chez le labrador retriever, de 65,9 chez le Welsh corgi, de 68,1 chez le Shiba Inu, de 69 chez le shetland, de 70 chez le chihuahua, de 73,4 chez le beagle, de 80 chez le bouvier bernois.

Les tumeurs cutanées en première ligne

Les auteurs étudient également la localisation des tumeurs : 24,4 % intéressaient la peau et les tissus sous-cutanés. Le golden retriever et le labrador retriever, en particulier, ont une plus forte incidence pour cette localisation (32 % et 26,8 %, respectivement). On observe au contraire une faible incidence (14,3 % et 12,1 %) des tumeurs cutanées chez le yorkshire terrier et le spitz. Les tumeurs gastrointestinales viennent ensuite, comptant pour 18,1 % des cas. 55% d’entre elles correspondaient à des mélanomes de la cavité buccale, 21 % à des tumeurs périanales. Le troisième type tumoral le plus fréquent est représenté par les tumeurs mammaires (17,8 %). Elles sont plus fréquentes chez les chiennes de petit format : elles comptent pour 41,5 % chez le teckel, pour
41,2 % chez l’épagneul cavalier King Charles, 36,7 % chez le papillon, 36,4 % chez le spitz, 33,9 % chez le yorkshire terrier, 33,7% chez le bichon maltais. A l’inverse, les chiennes de moyen ou grand format sont sous-représentées, comme le bouvier bernois (0 %), le golden retriever (6,4 %), le shetland (7 %), le shiba inu (10,8 %), le labrador retriever (12,2 %). Le carlin fait exception avec un faible pourcentage de tumeurs mammaires (6 %). On note par ailleurs que les mastocytomes sont très fréquents dans deux races : le carlin toujours (46,4 %) et le bouvier bernois (23,3 %).

Variations d’incidence

Une estimation de l’incidence brute des tumeurs est également fournie, elle est faible chez le spitz (0,1 %), le caniche (0,2 %), le shiba inu (0,5 %), le teckel (0,7 %), les chiens de race croisée (0,6 %). Les chiffres sont plus élevés pour le golden retriever (4,3 %), le Welsh corgi (3 %), le labrador retriever (2,6 %), le Shetland (2,5 %), le beagle (2,3 %). L’incidence brute des tumeurs malignes connaît également des variations raciales : faible chez le chihuahua (0,2 %), le spitz (0,3 %), le caniche (0 %), les chiens de race croisée (0,4 %), elle est nettement supérieure chez le labrador retriever (1,9 %), le golden retriever (2,8 %), le Welsh corgi (2,1 %), le shetland (1,7 %), le beagle (1,8 %) et, sans surprise, chez le bouvier bernois (6,4 %). Il est nécessaire de replacer ces données dans le contexte japonais, concluent les auteurs, dans la mesure où les chiens de petit format, dans ce pays, forment l’essentiel des effectifs. De plus, vingt races seulement ont été étudiées et des prédispositions ont pu, dès lors, être ignorées.

ETUDE

Santé mentale des chiens en élevage intensif : lorsque la peur domine…

McMillan FD et al., Mental health of dogs formerly used as ‘breeding stock’ in commercial

breeding establishments, Applied Animal Behavior Science (2011)

Un article co-écrit par des vétérinaires institutionnels et une association de protection animale explore pour la première fois le profil comportemental de chiens nord-américains ayant vécu en élevage intensif pour y produire des chiots, avant d’être adoptés en famille. Sans surprise, l’article démontre que la caractéristique dominante que manifestent ces chiens est la peur, même plusieurs années après le début de leur « 2ème vie » en famille d’adoption.

Les élevages commerciaux produisent une grande part des chiens de race dans le monde entier. Les Commercial Breeding Establishment ou CBE (appelés vulgairement moulins à chiots, ou « puppy mills », dans les pays anglosaxons) doivent répondre à des impératifs économiques et de production souvent comparables à ceux de l’élevage du bétail. Les éleveurs tendent dès lors à conserver le plus de chiens dans le minimum d’espace légalement autorisé et dans des conditions de salubrité très variables. Les chiens sont ainsi détenus dans un espace restreint pour toute la durée de leur vie de reproducteur, parfois sans sortie, ni enrichissement de l’environnement et avec des interactions sociales réduites au minimum. Les auteurs ont cherché à objectiver, via un questionnaire comportemental, les troubles comportementaux chroniques des chiens ayant vécu en CBE et ré-adoptés à l’âge adulte, en comparaison avec une population de chiens de compagnie adoptés jeunes.

Un questionnaire C-BARQ (Hsu & Serpell, 2003) était rempli par les propriétaires/adoptants, qui documentaient également l’âge d’adoption de leur chien et la possession éventuelles d’autres animaux. Les chiens issus de CBE étaient recrutés via les contacts d’associations de protection animale, une partie des chiens ayant été saisis dans des CBE par ces mêmes associations. L’étude était présentée comme visant à « évaluer, chez leur chien, l’impact de son ancienne vie en « puppy mill » sur son comportement et son équilibre psychologique ». Le terme « puppy mill », certes péjoratif, était choisi car plus reconnaissable que celui de CBE dans le texte de sollicitation à l’étude. Pour être inclus (groupe CBE, 332 chiens), le chien devait avoir vécu jusqu’à 8 mois au moins en CBE (1 an pour les non-reproducteurs) et avoir été adopté depuis. Les chiens du groupe contrôle (groupe C, 332 chiens) étaient recrutés via des sites internet, des clubs de race et des hôpitaux vétérinaires et étaient appariés aux chiens du groupe CBE selon l’âge (à 6 mois près), la race et en moindre mesure le sexe (les chiens du groupe CBE étant majoritairement stérilisés). Logiquement, le délai de possession (temps depuis l’adoption) était inférieur dans le groupe CBE (20 mois) par rapport au groupe C (56 mois), pour une moyenne d’âge de 7 ans environ. Dans le groupe C, les chiens étaient issus d’un élevage (55 %), d’un refuge (19 %), d’une animalerie (7 %), le reste étant nés à la maison (3 %), chez des connaissances (10 %), ou acquis différemment. Enfin, 83 % des chiens du groupe CBE vivaient dans des foyers « multi-chiens », contre 56 % des chiens du groupe C.

Dans le groupe CBE, 24 % des chiens présentent un problème de santé (contre 17 % dans le groupe C), 83 % présentent un trouble du comportement (contre 56 % dans le groupe C), se décomposant en 33 % présentant un trouble modéré à sérieux du comportement (20 % dans le groupe C) et 50 % un trouble mineur (36 % dans le groupe C). Les troubles du comportement sont donc fréquents dans les deux populations, mais statistiquement plus représentés dans le groupe CBE. Le C-BARQ permet de mettre en évidence les variables les plus augmentées dans le groupe CBE en comparaison

avec le groupe contrôle : peur des étrangers (OR = 8,12), peurs non sociales (OR = 6,62), sensibilité au toucher (OR = 3,19), marquage urinaire (OR = 2,06), malpropreté urinaire (OR = 2,06), mictions ou défécations quand reste seul (OR = 2,81 et 2,07), comportements compulsifs. A l’inverse, certaines variables sont significativement moins présentes dans le groupe CBE, par rapport au groupe C : agressions sur les propriétaires (OR = 0,55), les personnes étrangères (OR = 0,4), les autres chiens (OR = 0,30), capacité d’apprentissage, d’entraînement (OR = 0,25), excitabilité (OR = 0,47), énergie (OR= 0,29), comportement de chasse de petits animaux (OR = 0,20), fugues, vagabondage (OR = 0,56). Par ailleurs, les résultats montrent que le fait de vivre dans un foyer « multi-chiens » améliore les scores des chiens de CBE pour de nombreuses variables en comparaison avec les chiens de CBE vivant seuls en foyer (ce que souligne l’effet positif de ce que l’on peut appeler le « chien thérapeute » pour un chien peureux, NDR). Le fait d’être stérilisé ou non a peu d’effets en revanche et uniquement sur les symptômes reliés à la malpropreté. Enfin, sur la majorité des variables, l’augmentation du délai de possession diminue la différence entre le groupe CBE et le groupe C, indiquant une amélioration des symptômes avec le temps.

La variable qui différencie le plus les groupes CBE et C est la « peur », même après plusieurs années en famille. Associée à la diminution des agressions, les chiens de CBE manifestent donc majoritairement une réponse « flight » (fuite, évitement) plutôt que « fight » (combat) face à un évènement inquiétant. Pour expliquer ce constat d’un profil-type du chien de CBE, les auteurs avancent trois types de causes :

- Psychopathologie induite par le stress : plusieurs études ont exploré le bien-être des chiens vivant en environnement confiné ; les premières ont d’ailleurs étudié les chiens de laboratoire, pour lesquels le stress fait varier les variables lors des expérimentations. Les éléments statistiquement associés au stress dans ces études sont : la restriction spatiale, une mauvaise régulation des températures, les interactions aversives avec le personnel du chenil, l’impossibilité pour le chien de contrôler son exposition à des situations aversives, l’accès limité aux contacts positifs intra- et interspécifiques. Tous ces éléments sont présents en CBE, leur influence étant sans doute maximisée par le nombre d’années que passe le chien dans l’élevage. Une étude récente en refuge montre que le stress chronique des chiens est confirmé par les scores physiques et comportementaux, une autre étude y démontre le développement de comportementaux anormaux type timidité, agressivité, hypermotricité ou comportements locomoteurs stéréotypés. De plus, la mise en évidence de problèmes de santé en plus grand nombre dans le groupe CBE illustre ce que l’on sait de la répercussion physique du stress : cette association stress chronique/maladie physique a été démontrée dans de nombreuses espèces, y compris chez l’homme.

- Un défaut de socialisation précoce (défaut d’exposition aux situations classiques d’une vie typique de chien de compagnie) : la période sensible pour la socialisation du chiot finit entre 4 et 6 mois. Le plus souvent, les reproducteurs des CBE y sont eux-mêmes nés et y ont passé leur période de socialisation. Plusieurs études expérimentales ont montré que de jeunes chiens élevés dans des conditions appauvries (déprivation sensorielle), au cours de leurs 4 à 6 premiers mois, avaient de grandes difficultés à s’adapter à un nouvel environnement, développant ce que l’on appelle le syndrome du chien de chenil (ou « kennel syndrom », NDR), caractérisé par une peur et une timidité excessive lors de l’exposition à un nouvel environnement humain et physique. Une autre étude a montré que des chiots isolés et déprivés entre 3 et 20 semaines manifestent des perturbations à vie et une altération des capacités d’apprentissages. Ces effets de l’exposition à un milieu de développement précoce hypostimulant sont le plus souvent extrêmement persistants et résistants à la réhabilitation, sans doute à cause d’altérations irréversibles de la structure du cerveau en développement du chiot. Dans cette étude, une grande partie des comportements typiques des chiens de CBE concordent avec les symptômes liés au défaut de socialisation précoce et à la privation sensorielle dans le jeune âge (et évoque fortement le tableau du Syndrome de Privation Sensorielle au stade 2, anxiété permanente, ou au stade 3, dépression chronique, tel que décrit par Pageat, 1995, NDR).


- Des traumatismes précoces : l’influence de la période prénatale ne doit pas être écartée, si l’on considère que les futurs reproducteurs ont d’abord été conçus et sont eux-mêmes nés en CBE. Plusieurs études ont montré à quel point le stress maternel pendant la gestation influence la santé et le comportement ultérieur du chiot, qui manifestera notamment : dysfonctionnement neuro-hormonal, sensibilité, peur, émotivité augmentées, exagération des réponses de stress, difficultés d’apprentissage, augmentation de la susceptibilité aux troubles psychopathologiques… Pour ce qui concerne la période post-natale, les conséquences des traumatismes précoces (ELA ou « Early Life Adversity ») ont été largement étudiées chez l’enfant et ont révélé -chez les adultes qu’ils devenaient- un risque accru de problèmes psychologiques, tels que l’instabilité des relations sociales, des troubles de l’humeur de type anxieux ou dépressif. La modélisation des ELA chez les rongeurs ou les primates (privation maternelle ou sociale) a confirmé la corrélation entre ELA et vulnérabilité ultérieure aux troubles psychopathologiques, de par des altérations à long terme de la réponse neuroendocrine au stress, de la régulation émotionnelle, de l’adaptabilité, des fonctions cognitives, de l’attachement et même une modification épigénétique de l’expression des gènes associés aux troubles anxieux ou de l’humeur.

De telles études chez le chien sont rares (et anciennes), mais concluent que la période de socialisation du chiot constitue une période à risque pour des dommages psychologiques permanents, une période de vulnérabilité au cours de laquelle une expérience aversive même unique (notamment autour de 8 semaines) peut avoir des conséquences à long terme.

La genèse de la pathologie comportementale manifestée chez les chiens de CBE est sans doute multi-factorielle et composite des trois catégories précitées. Les auteurs se sont appliqués à proposer une méthodologie statistique très sérieuse, menée par ailleurs sur un nombre significatif de chiens. La bibliographie riche et la proposition de causes générant les troubles observés chez les chiens de CBE permettent d’argumenter autour de la genèse du « kennel syndrom » (et par extension de celle du syndrome de privation sensorielle de l’école française, NDR).

CAS CLINIQUE

Corps étranger trachéal : gestion médicale et chirurgicale

Les affections trachéales sont rares chez le chat et sont le plus souvent secondaires à un traumatisme. Que ce soit chez le chien ou le chat, les corps étrangers trachéaux sont également peu communs et sont le plus souvent extraits par contrôle endoscopique ou fluoroscopique. (in l’Essentiel n°412)

Une chatte européenne, entière, âgée de 8 mois, est présentée pour des épisodes de dyspnée sévère apparus une semaine auparavant. La chatte a un accès libre à l’extérieur. Les propriétaires rapportent des épisodes de dyspnée mixte observés après des périodes d’activité marquée (jeu) durant environ 5 minutes. La chatte au repos ne présente pas de difficulté respiratoire ni de toux ou de signe de fatigabilité entre les épisodes de dyspnée. Elle ne présente aucun autre symptôme et aucun antécédent médical.

Symptômes

L’examen clinique révèle un bon état général, avec un score corporel de 4/9. L’auscultation cardiaque est normale. L’observation de la courbe respiratoire permet d’observer une légère dyspnée expiratoire au repos. La palpation de la trachée cervicale ne provoque pas de toux. L’auscultation respiratoire révèle un bruit de clapet en fin d’inspiration ainsi qu’un sifflement intermittent à l’expiration. Suite au stress de la consultation, un épisode de dyspnée important, principalement expiratoire, est noté. L’auscultation respiratoire révèle alors des bruits de sifflements

très marqués à l’expiration. Etant données les difficultés respiratoires présentées par la chatte, celle-ci est placée sous oxygénothérapie puis une injection de butorphanol est réalisée à 0,3 mg/kg par voie intraveineuse (Torbugesic® ).

Examens complémentaires

La dyspnée s’étant largement améliorée avec l’oxygénothérapie et l’injection de butorphanol, des radiographies thoraciques sont réalisées, le risque d’une décompensation respiratoire en raison des manipulations étant jugé maîtrisé. Les radiographies thoraciques révèlent la présence d’un élément radio-opaque, de densité minérale, mesurant 1 cm de diamètre, au sein de la lumière trachéale. Ce corps étranger semble être circulaire et relativement plat. Il est situé juste crânialement à la carina.

Diagnostic

La présence d’un corps étranger trachéal de densité radiographique minérale est donc reconnue chez ce chat âgé de 8 mois.

Traitement

Une introduction du corps étranger par inhalation est fortement suspectée pour expliquer sa localisation. Etant donnée l’absence de signes digestifs et de signes de réponse inflammatoire systémique, une origine digestive avec présence d’une fistule oesophago-trachéale est très peu probable. Une endoscopie des voies respiratoires est décidée afin de confirmer le diagnostic et l’absence de fistule oesophago-trachéale. Cette endoscopie a également pour objectif de retirer le corps étranger sous contrôle vidéo.

Une prémédication est réalisée par une injection de butorphanol à 0,3 mg/kg par voie intramusculaire puis un cathéter intraveineux est placé dans une veine céphalique. Après une pré-oxygénation de 5 minutes, l’induction anesthésique est effectuée par une injection intraveineuse de propofol à 3 mg/kg puis l’anesthésie est maintenue par des bolus de propofol. Une endoscopie des voies respiratoires est alors réalisée immédiatement après l’induction à l’aide d’un fibroscope souple de 3,9 mm de diamètre (Optomed FB 70® ). Durant la procédure, l’oxygénation est apportée

via le canal opérateur du fibroscope. La cavité buccale et le larynx ne présentent aucune anomalie, tout comme les deux tiers crâniaux de la trachée. Une inflammation modérée de la muqueuse trachéale est observée dans le tiers distal de la trachée. Le corps étranger trachéal suspecté sur les radiographies est visualisé ; il est situé juste crânialement à la bifurcation des bronches souches et semble très légèrement enserré par les parois dorsale et ventrale de la trachée. Une pince à préhension est insérée dans le canal opérateur du fibroscope jusqu’à ce que l’extrémité de celle-ci soit observée sur le moniteur vidéo. Le corps étranger est alors saisi solidement par la pince à préhension et le fibroscope et la pince à préhension sont reculés progressivement et simultanément afin de ressortir le corps étranger. Une fois celui-ci extrait, une endoscopie de contrôle permet de s’assurer de l’absence d’un autre élément éventuel ainsi que de l’absence de fistule oesophago-trachéale. Les bronches souches ne présentent pas d’anomalie. Une oxygénation au masque est apportée jusqu’au réveil du chat.

Pronostic

Le réveil se déroule sans complication et une injection de dexaméthasone (Dexadreson® ) par voie intraveineuse est réalisée à 0,1 mg/kg en postopératoire immédiat en raison de l’inflammation locale engendrée par la présence du corps étranger et par la procédure de retrait. Le chat est rendu à ses propriétaires le soir de la procédure avec une prescription de prednisolone (Dermipred® ) par voie orale à 1 mg/kg pendant 5 jours. Une fois le corps étranger trachéal retiré, la période postopératoire s’est déroulée sans complication. Deux ans plus tard, la chatte ne présente aucun signe clinique et aucune séquelle. Le pronostic à court terme ainsi qu’à long terme est donc excellent.

Discussion

Les affections trachéales sont communes chez le chien et sont constituées très majoritairement par le collapsus trachéal. Chez le chat, elles sont beaucoup plus rares et comprennent les ruptures trachéales, les avulsions trachéales, les fistules oesophago-trachéales, les masses et les corps étrangers trachéo-bronchiques. La rupture trachéale est le plus souvent secondaire à des manipulations de la sonde trachéale alors que le ballonnet de la sonde est gonflé. Une intubation traumatique, notamment lors d’utilisation d’un stylet, est également incriminée1 . Les avulsions trachéales sont secondaires à un traumatisme alors que le chat est en hyperextension cervicale. Des morsures par un chien ont également été démontrées comme cause d’avulsion trachéale. Les masses trachéales félines sont le plus souvent des granulomes, associés à la migration erratique de larves de Cuterebra. Les fistules oesophago-trachéales peuvent être congénitales ou acquises mais sont le plus souvent acquises et secondaires à la présence d’un corps étranger oesophagien. Enfin, les tumeurs trachéales sont très rares et de diverses origines histologiques.

Les corps étrangers trachéaux sont donc rares chez le chat. En effet, la littérature fait mention de 21 cas rapportés, dont une étude rétrospective sur une période de 8 ans ayant révélé 12 cas. La prévalence des corps étrangers trachéaux chez le chien est également très faible. Du fait du diamètre du tractus respiratoire dans cette espèce, les corps étrangers sont plus fréquemment en localisation bronchique. Des corps étrangers de diverses natures ont été extraits chez le chat : végétaux, épingle à nourrice, gravier, os, dent et une balle.

La faible prévalence des corps étrangers trachéaux chez les carnivores domestiques peut être expliquée par deux hypothèses principales. La première est qu’une obstruction trachéale importante puisse mener à une dyspnée très sévère, rapidement suivie par la mort de l’animal par asphyxie, dont la cause est en général non confirmée. La seconde hypothèse est que les corps étrangers trachéaux semblent être rapidement expulsés de façon physiologique. En effet, une étude portant sur 22 chiens sains chez lesquels des corps étrangers bronchiques de diverses natures ont été volontairement introduits a montré que 20 de ces 22 chiens ont expulsé par eux-mêmes le corps étranger, via la toux, dans une période entre 1 et 14 jours suivant l’introduction du corps étranger.

De plus, chez le chat, un laryngospasme est présent, ce qui peut expliquer là encore la très faible prévalence des corps étrangers trachéaux dans cette espèce. La présence de signes cliniques intermittents chez ce chat fait suspecter une certaine mobilité du corps étranger au sein de la trachée. En effet, le chat présentait une courbe respiratoire très peu modifiée en dehors des épisodes de dyspnée très sévère, se résolvant spontanément en quelques minutes. Un effet « clapet » du corps étranger trachéal, avec obstruction temporaire du départ des bronches souches, peut être envisagé pour expliquer l’intermittence des signes respiratoires. Plusieurs traitements ont été décrits pour la gestion des corps étrangers trachéaux. Certains auteurs conseillent de placer l’animal la tête en bas et le secouer légèrement avec pour espoir que le corps étranger soit expulsé par gravité. Le retrait par endoscopie, rigide ou souple, à l’aide d’une pince à préhension, est la technique la plus couramment employée. Certains auteurs ont également décrit l’utilisation d’une sonde de Foley munie d’un ballonnet gonflable, passée en aval du corps étranger et permettant de l’extraire par glissement lorsque le corps étranger n’est pas manipulable par une pince à préhension (forme

sphérique par exemple). Le retrait du corps étranger à l’aide d’une préhension sous contrôle fluoroscopique a également été décrit et peut être entrepris en première intention ou en cas d’échec du retrait par contrôle endoscopique. Le traitement chirurgical ne doit être envisagé que lors d’échec des traitements fluoroscopiques ou endoscopiques. Il consiste en la réalisation d’une trachéotomie ou une résection-anastomose trachéale, par abord cervical ou intercostal selon la localisation du corps étranger. Dans le cas présenté ici, l’endoscopie a été préférée à la fluoroscopie pour son avantage en matière de diagnostic car elle permet d’écarter l’hypothèse de fistule oesophago-trachéale. L’endoscopie a également l’avantage de ne pas exposer le patient et les manipulateurs à l’émission de rayons X, au contraire de la fluoroscopie. L’utilisation d’une pince à préhension a également été préférée à l’utilisation d’une sonde de Foley en première intention en raison de l’expérience du manipulateur et de la préhension aisée du corps étranger par la pince.

L’endoscopie a bien évidemment été préférée en première intention à la thoracotomie intercostale en raison d’une morbidité largement inférieure. La rapidité de l’intervention est fondamentale dans ce contexte, notamment du fait de la très petite taille du patient. En effet, au contraire d’un chien, il n’est pas possible d’intuber un chat de 8 mois d’âge et d’insérer le fibroscope au sein de la sonde endotrachéale via un connecteur en T permettant une administration continue d’oxygène et éventuellement de gaz anesthésique. Lorsque le fibroscope est inséré, très peu de passage d’air est autorisé à son pourtour, ce qui implique que la procédure doive être très rapide afin de ne pas provoquer une désaturation de l’hémoglobine en oxygène. Toutefois, afin de limiter la diminution d’apport en oxygène, celui-ci peut être administré via le canal opérateur du fibroscope lorsque celui-ci n’est pas comblé par un instrument de type pince à préhension par exemple. Cet apport en oxygène ne reste que partiel et nécessite tout de même une intervention rapide. Le retrait sous contrôle fluoroscopique a l’avantage de n’introduire dans la trachée qu’une pince à préhension de faible diamètre et ainsi de faciliter le passage de l’air au pourtour de l’instrument. Selon la seule série de cas disponibles, le pronostic à long terme est excellent, que le retrait du corps étranger soit effectué par contrôle fluoroscopique ou endoscopique. Les complications possibles sont presque inexistantes lors de retrait sous contrôle endoscopique en l’absence de fistule oesophago-trachéale. Ainsi, ce cas rapporte le succès du retrait d’un corps étranger trachéal à l’aide d’une pince à préhension sous contrôle endoscopique. La période post-anesthésique s’est déroulée sans complication et le chat ne présente aucune séquelle 2 ans après la procédure. Les corps étrangers trachéaux chez le chat sont donc associés à un pronostic excellent lorsqu’ils ne sont pas secondaires à une fistule oesophago-trachéale. La prise en charge en urgence de la dyspnée est fondamentale avant d’envisager le retrait du corps étranger par contrôle endoscopique, procédure qui se doit d’être aussi rapide que possible.

Bibliographie

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results in 9 consecutive cases. Vet Surg. 2000; 29: 430-435

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CAS CLINIQUE

Elles courent, elles courent… les puces ! De la nécessité d’éduquer les propriétaires

Faire effectuer un traitement antiparasitaire contre les puces quand celles-ci ne sont pas visibles n’est pas toujours aisé. Mais quand elles sont apparentes en grande quantité, faire passer le message de la nécessité d’un traitement sur le long terme de la totalité des animaux et également de l’environnement n’est pas forcément simple non plus. Ce cas illustre bien ce propos. Il n’a rien de très original mais nous permet de rappeler la démarche pédagogique qu’il est nécessaire d’adopter vis-à-vis des propriétaires. (in l’Essentiel n°410)

Chipie, chatte de race Chartreux, âgée de 10 ans, est présentée à la consultation de dermatologie pour un prurit se manifestant par un léchage intensif et une alopécie évoluant depuis 1 an. Les premiers symptômes sont apparus au cours de l’été précédent et persistent sans interruption depuis. Chipie a un accès libre à l’extérieur et côtoie quotidiennement deux autres chats. Ses congénères n’ont aucun problème de santé connu (dermatologique ou autre). Les propriétaires ne mentionnent aucune contamination les concernant.

Examen clinique

A l’examen clinique, Chipie est en bon état général au moment de la consultation. L’examen clinique dermatologique nous permet de mettre en évidence une alopécie diffuse, marquée qui concerne la base de la queue, l’intérieur des cuisses, le ventre, les flancs ainsi que la face médiale des carpes. De nombreuses squames et croûtes de petite taille peuvent être visualisées en zone dorso-lombaire correspondant à des lésions de dermatite miliaire. Le prurit, qualifié d’intense par les propriétaires, est observable lors de la consultation. Lors de l’examen clinique et sans que les propriétaires s’en soient aperçu auparavant, de nombreuses puces adultes et déjections de puces sont

retrouvées sur tout l’animal. Nous sommes donc en présence d’une dermatose chronique prurigineuse s’exprimant essentiellement par des lésions de dermatite miliaire et d’alopécie multi-focale associée à une présence abondante de puces.

A ce stade, notre hypothèse diagnostique principale correspond à une dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces (DHPP), même si l’hypothèse de dermatophytose doit être également évoquée. Nous réalisons donc, comme examen complémentaire immédiat, une trichoscopie, qui révèle la présence de nombreux poils cassés mais ne montre pas la présence de spores de dermatophytes. Par ailleurs, un examen à la lampe de Wood de l’ensemble du pelage ne permet pas la mise en évidence d’une fluorescence pilaire. Afin d’éliminer totalement l’hypothèse de dermatophytose, une culture mycologique sur milieu de Sabouraud est réalisée à partir de poils et débris cutanés. Elle s’avérera négative.

Traitement et suivi

L’examen clinique dermatologique et la présence en quantité de puces nous orientant préférentiellement vers un diagnostic de DHPP, nous mettons en place un traitement antiparasitaire externe. Celui-ci consiste en l’application à chaque chat de la maisonnée d’une pipette de Vectra Felis® à raison d’une application mensuelle. Nous réalisons devant les propriétaires l’application de la pipette à Chipie afin de bien leur montrer comment l’effectuer correctement sur les autres chats. Un traitement de l’environnement est également prescrit avec l’application d’un spray insecticide associé à un régulateur de croissance des insectes (IGR) dans le lieu d’habitation. Chipie est revue en consultation un mois plus tard. La pipette a été appliquée avec succès sur les deux autres chats. Le traitement de l’environnement n’a pas encore été réalisé. Le prurit a diminué. La chatte se lèche encore les flancs et le ventre par intermittence. Les lésions d’alopécie restent inchangées. Les squames sont moins nombreuses. Après peignage de 5 minutes, aucune puce n’est retrouvée sur l’animal. Le traitement à base de la même spécialité est poursuivi, à raison d’une pipette mensuelle sur chaque chat de la maison. Il est de nouveau conseillé de réaliser le traitement

de l’environnement. Trois mois après la première visite, Chipie est revue en consultation, son prurit a disparu. Les poils repoussent progressivement. Les propriétaires sont très satisfaits de l’évolution de l’état de leur animal et convaincus de la nécessité d’un traitement antiparasitaire externe régulier. Ils n’ont par ailleurs toujours pas effectué le traitement de l’environnement à ce stade du suivi.

Discussion

Ce cas, particulièrement banal, illustre bien la difficulté que le vétérinaire peut avoir lors du traitement des parasites externes. Ici, les propriétaires consultent pour une dermatose chronique évoluant depuis 1 an sur un chat qui est recouvert de nombreuses puces, qu’ils n’avaient par ailleurs pas visualisées. Pour nous, le diagnostic paraît évident. Gardons à l’esprit que pour un propriétaire, l’examen rapproché de son animal n’est pas toujours aisé. Dans notre cas, outre le grand nombre de puces, la présence de 2 congénères, a fortiori deux chats, renforce la problématique. Il est évident que plus le nombre d’animaux vivant dans la maisonnée est grand, plus l’éradication des puces sera difficile. Outre la nécessité de traiter l’animal vu en consultation, ce que les propriétaires n’ont ici aucun mal à comprendre en raison du grand nombre de puces vu sur lui, il faudra les convaincre d’effectuer un traitement sur les deux chats de la maison qui n’ont aucun symptôme, aucune lésion et qui ne se grattent même pas ! D’autre part, étant donné le nombre important de parasites vus sur Chipie, il convient également d’insister sur le traitement de la maison qui héberge des oeufs, larves, cocons et prendre le temps à ce stade d’expliquer le cycle de la puce.

Une fois les propriétaires convaincus de cette nécessité, il convient donc de leur prescrire un schéma de traitement (aspiration des zones à risques et application d’un spray insecticide). Le choix de l’antiparasitaire externe prescrit ici n’est pas anodin. Nous privilégions un traitement à base de dinotéfurane, réputé agir rapidement (dès 2 heures) de façon à limiter au plus vite la prolifération parasitaire et contenant également un régulateur de croissance des insectes (pyriproxyfène) qui aidera à gérer les formes immatures des puces, présentes dans l’environnement. Le suivi nous montre que l’état de Chipie s’améliore, aucune puce n’est retrouvée sur elle à 1 mois et son prurit a totalement disparu à 3 mois en même temps que ses lésions. Les autres chats de la maison ont été traités de façon identique sans souci. En revanche, le traitement de l’environnement prescrit à la première visite, n’a pas été effectué au jour du premier suivi à 1 mois et malgré de nouveau une incitation forte à le faire, celui-ci n’est toujours pas effectué au suivi à 3 mois. Ceci met en avant une problématique bien connue au quotidien : il n’est pas toujours aisé de faire réaliser un traitement de l’environnement par les propriétaires. Le lieu de vie peut être vaste, composé de plusieurs habitations (granges, abris de jardin, cave, grenier…) et rendre le traitement difficile. Les propriétaires sont aussi parfois réticents à appliquer ces produits qu’ils jugent « nocifs » pour l’environnement. Nombre d’entre eux sont demandeurs d’ailleurs de produits « bio ». Il ressort de tout ceci que l’utilisation d’un produit associant un adulticide à un IGR montre ici tout son intérêt.

Dans notre cas, si les propriétaires étaient bien convaincus de la nécessité de traiter contre les puces, étant donné le grand nombre visualisé, ils ont été beaucoup plus réfractaires concernant le traitement de la maison et c’est bien grâce à l’association d’un adulticide et d’un IGR que la situation a pu être gérée de façon optimale.

Bibliographie

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Dryden MW. “Flea and tick control in the 21st century: challenges and opportunities”. Vet Dermatol. (2009) Oct;20(5-6):435-40.

Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Small Animal Dermatology, 7th ed. Philadelphia. W.B.Saunders, (2013) 322-29, 410-12

SYNTHESE

Dermatite atopique et théorie hygiéniste : le chien aussi ?

La dermatite atopique du chien (DAC) étant assez proche de celle de l’homme (même nom, même patron lésionnel, anomalies de la barrière cutanée ou du microbiote), il est tentant de calquer sur le chien les notions développées chez l’homme. La théorie hygiéniste n’échappe pas à la règle, même si un animal velu couvert de puces, coprophile et vivant à quatre pattes n’a pas la même hygiène de vie qu’un bipède imberbe adepte du savon. (in l’Essentiel n°410)

On a du mal à expliquer en médecine humaine la croissance spectaculaire de l’allergie dans les populations des pays développés (20 % des enfants). Les nombreuses études épidémiologiques faites chez l’homme montrent :

une nette prévalence de la DA en milieu urbain par rapport au milieu rural ;

que les immigrants reproduisent les maladies du pays d’adoption ;

que la DA est plus fréquente dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement ;

que le risque est plus élevé chez les enfants élevés dans les milieux aisés et chez les enfants uniques que dans les familles nombreuses.

Toutes ces données suggèrent une part importante de l’environnement dans le développement de la DAH. A la fin des années 1980, en Grande-Bretagne, la mise en évidence d’un risque accru avec le rang de naissance a donné naissance à la théorie hygiéniste : les premiers enfants font l’objet de soins plus attentifs et d’une hygiène beaucoup plus rigoureuse que les suivants et sont donc moins exposés au microbisme. Les revues de toutes les nombreuses études publiées ont permis de faire un tri dans ce foisonnement de publications.

Hygiène de base

On a longtemps pensé que les phénomènes de protection liés au rang de naissance étaient dus à un défaut d’hygiène de base. Une étude récente montre que cette théorie est recevable, l’augmentation de la fréquence des nettoyages entraînant une augmentation du risque de développement de la DA.

Soins journaliers

De grandes études de cohortes aux USA et en Europe montrent une relation inverse entre les soins quotidiens et le risque de DA, avec une réduction de risque allant jusqu’à 88 % chez les plus négligés !

Mode de vie anthroposophique

Dans une étude suédoise, les enfants élevés selon ces principes présentent un risque de développement de DA diminué de 20 %. Les auteurs attribuent cette nette diminution du risque à la très faible prescription d’antibiotiques et de vaccins dans ce type de médecine. D’autre part, des facteurs diététiques entrent possiblement en jeu, ces communautés consommant beaucoup de légumes fermentés, riches en lactobacilles.

Environnement rural

L’environnement rural a un effet protecteur lors de la gestation, mais pas durant l’enfance. Si en outre les enfants issus de ces mères vivant en milieu rural consomment du lait cru pendant les 2 premières années de leur vie, le risque de DA est diminué de 80 % !

Animaux de compagnie

Contrairement à une idée reçue, la présence d’animaux (chien, animaux de rente) dans l’entourage de l’enfant n’est pas un facteur de risque de développement d’allergie mais bien un possible élément favorisant un développement équilibré du système immunitaire (surtout durant la prime enfance).

Infestation parasitaire par des helminthes

Cet aspect de la théorie hygiéniste est un des plus controversés. Les meilleurs arguments en faveur d’une relation inverse entre risque de DA et infestation parasitaire vient de populations lourdement infestées notamment par des schistosomes et des ankylostomes. Dans ces populations, une vermifugation des mères enceintes dans les derniers mois de grossesse augmente significativement le risque de DA chez les enfants.

Vaccinations infantiles

De très nombreuses études ont été publiées, dont les résultats sont parfois contradictoires. La plupart montrent un risque légèrement accru chez les enfants vaccinés. Il existe toutefois souvent un biais de recrutement : plus les enfants sont suivis, donc vaccinés, plus on diagnostiquera une DA. D’autre part, une étude montre un effet « protecteur » de la vaccination vis-à-vis des formes graves.

Antibiotiques

Les antibiotiques, en altérant la flore intestinale peuvent altérer les réactions de tolérance digestive, accroissant le risque de développement d’une allergie. La plus faible colonisation par des lactobacilles chez les enfants atopiques est en faveur de cette hypothèse. La grande majorité des études montre une association entre antibiothérapie dans la prime enfance et développement d’une DA (OR poolé de 1,43). Ce risque est accru si les prescriptions sont répétées. Dans une étude allemande, le risque est plus important avec des antibiotiques à spectre large (macrolides, céphalosporines) par rapport aux ß-lactamines, à spectre plus étroit.

Théorie hygiéniste chez le chien

De telles études ouvrent des perspectives de recherche chez le chien : vaccinations, parasitisme digestif, alimentation de la mère ou du chiot, flore digestive, antibiotiques, probiotiques… Certaines d’entre elles sont en cours d’exploration (parasitisme digestif, probiotiques, endotoxines). L’effet des endotoxines a été démontré dans une première étude : le taux d’endotoxines dans le pelage des chiens est inversement proportionnel au risque de développement d’une DAC. Par contre, d’autres éléments recherchés dans le pelage dans cette même étude, comme des glycanes fongiques ou des allergènes de Dermatophagoides sp., ne semblent pas être des facteurs de risque. Les données issues des trois études les mieux documentées sont résumées dans le tableau.

Alimentation de la mère

Une étude suédoise chez des chiens de races prédisposées (boxer, bull terrier et West Highland white terrier) montre que l’alimentation de la mère avec des aliments ménagers (en totalité ou partiellement) durant la lactation aurait un effet protecteur (odds ratio deux fois moins important). Ces résultats doivent être confirmés par des études prospectives contrôlées, avec moins de biais de recrutement (ubi infra ).

Hygiène corporelle (shampooings)

Des bains ou shampooings réguliers apparaissent comme un facteur de risque dans l’étude suisse. Toutefois, l’interprétation de ce critère est très discutable, la fréquence des shampooings pouvant être la conséquence même de la dermatite dont souffrent ces animaux.

Lieu de vie

Les chiens vivant en milieu rural présentent un risque moindre de développement de DA. A contrario , ceux vivant en milieu urbain présentent un risque accru. Il s’agit même d’un critère de diagnostic de la DAC dans un des deux jeux de critères de confirmation de cette affection. Le type de revêtement au sol ou la présence de poussière ne sont pas des facteurs influents. D’ici à faire un lien avec la théorie hygiéniste il n’y a qu’un pas qu’il est très difficile de franchir. En effet, ces études épidémiologiques souffrent de nombreux biais, pas toujours pris en compte. Ainsi, dans une revue sur les biais expérimentaux, l’étude suédoise basée sur les données de chiens assurés a été prise en exemple : si les propriétaires de chiens atopiques sont plus motivés que ceux des chiens témoins pour participer à l’enquête, tout comme ceux préparant une alimentation ménagère, alors les résultats sont complètement différents et l’effet d’une alimentation ménagère n’est pas significative. A vouloir trop faire coller la mode de la théorie hygiéniste au chien, on oublie la place majeure de la génétique dans cette espèce, illustrée par les variations de phénotype et d’étiologie en fonction des races. Ainsi, les facteurs de risque décrits plus haut n’existent pas chez le West Highland white terrier.

Essais thérapeutiques

Les essais thérapeutiques dérivés de cette hypothèse sont pour l’heure peu convaincants.

-Administration d’endoparasites

L’administration de trichures pendant 3 mois à des chiens atopiques ne permet pas d’apporter une amélioration clinique. Cet échec était assez prévisible, les nématodes digestifs ayant peu ou pas d’influence sur la réponse immunitaire (contrairement aux nématodes ayant un cycle viscéral).

-Injections d’extraits de mycobactéries

Un seul essai randomisé contre placebo a été publié chez le chien. Une injection intradermique unique d’extraits de Mycobacterium vaccae n’apporte une amélioration que dans les formes mineures de la maladie. D’autre part, des réactions au site d’injection sont fréquentes et parfois assez spectaculaires. Cette voie est aujourd’hui abandonnée.

-Administration de probiotiques

L’administration de probiotiques est l’intervention thérapeutique ou prophylactique la plus prometteuse. Toutefois, les essais sont difficiles à mettre en place et le peu de publications sur ce sujet ne concerne qu’un nombre très limité d’animaux. Dans un essai comparant deux portées issues de parents identiques atopiques, mais nourries avec et sans probiotiques (10 gélules de Culturelle® par jour pendant la gestation et la lactation, puis 5 par jour aux chiots de 3 semaines à 6 mois), les scores cliniques sont plus faibles à un an dans le groupe traité, mais paradoxalement les concentrations plasmatiques en IL-10 sont plus faibles dans ce groupe. De tels résultats méritent confirmation sur des lots d’animaux plus importants et avec des protocoles moins lourds et moins onéreux. En conclusion, alors même que le mode de vie d’un chien est très différent de celui d’un humain, la théorie hygiéniste trouve un écho dans la pathogénie et la prévention de la DAC. L’influence de l’environnement microbien tant dans le pelage que dans le tube digestif pourrait jouer un rôle prépondérant. C’est d’ailleurs sur les microbiotes digestifs et cutanés que se portent aujourd’hui les recherches afin de tenter de trouver des outils thérapeutiques pour limiter le développement de la DAC et celui des infections bactériennes ou fongiques associées

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La fièvre

juillet 7th, 2016 | Redigé par admin in La fièvre - (0 Comments)
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© Rita Kochmarjova

La fièvre correspond à une élévation de la température corporelle. Elle peut avoir beaucoup d’origines, dont une grande partie ne sont pas infectieuses (voir la liste des diagnostics différentiels). Une « vraie » fièvre est due à la production de substances pyrogènes endogènes, qui vont augmenter la température de référence dans le centre de thermorégulation de l’hypothalamus (aire pré­ optique), ce qui provoque une hausse de la température centrale par une combinaison d’activation de mécanismes thermogéniques et conservateurs de la chaleur. Tout ceci dans le but de combattre une infection, en ralentissant par exemple la réplication des virus et en augmentant l’activité des leucocytes. La température corporelle peut aussi augmenter à la suite d’une mauvaise élimination de la chaleur (coup de chaleur) ou d’un exercice musculaire excessif.

La température rectale physiologique chez les chats et les chiens est généralement comprise entre 38 et 39°C. Si la température dépasse 41,5°C, des dégâts irréparables peuvent survenir dans les organes et l’animal peut même mourir. Cette température n’est en général pas dépassée en cas de « vraie » fièvre, mais plutôt lors d’un coup de chaleur ou d’un exercice musculaire trop intense.

Principaux diagnostics différentiels

Vraie fièvre

  • Infection (bactérienne, virale, fongique ou proto­zoaire)

  • Maladie inflammatoire non infectieuse (ex : pancréatite)

  • Maladie d’origine immunitaire

  • Tumeur (en particulier myéloproliférative) Traumatisme/nécrose

Impossibilité d’évacuer la chaleur (coup de chaleur)

    • Humidité et/ou température de l’environnement trop élevées

    • Obstruction respiratoire

Exercice musculaire trop intense

    • Convulsions sur une longue durée

    • Exercice violent

Approche diagnostique

Il faut d’abord chercher à vérifier que la fièvre est significative. Les animaux atteints d’une vraie fièvre sont en général amenés chez le vétérinaire à cause d’autres symptômes comme une léthargie ou un manque d’appétit. Les augmentations modérées de température (39,0-39,5°() sont parfois des découvertes fortuites chez des patients qui semblent en bonne santé lorsque la température ambiante est trop élevée ou lorsqu’ils sont excités. Ces animaux, ainsi que ceux souffrant d’un coup de chaleur, essaieront souvent de faire baisser leur température en haletant ou en changeant souvent de position, alors que ceux souffrant d’une vraie fièvre ne le feront pas, car l’altération de la température centrale de référence n’active pas ces mécanismes de régulation.

Après un coup de chaleur ou un exercice musculaire excessif, les animaux sont souvent dangereusement hy­perthermiques (> 41,0°C). Il faut rapidement demander l’anamnèse et évaluer les systèmes cardiovasculaire et respiratoire afin de réaliser les gestes d’urgence néces­saires.

Pour les patients chez qui l’on soupçonne une vraie fièvre, il faut recueillir une anamnèse complète et détaillée, en prêtant une attention particulière aux éléments pouvant expliquer l’origine de la fièvre, par exemple de la toux, des éternuements, des signes d’affections du bas appareil urinaire (ABAU) ou une diarrhée. Il faut vérifier le statut vaccinal de l’animal et noter les éventuels voyages hors du pays (en cas de maladie infectieuse exotique).

On réalisera ensuite un examen clinique complet afin d’essayer de déterminer l’origine de la fièvre. Les élé­ments pouvant indiquer une cause bactérienne sont les abcès, les problèmes dentaires, un écoulement nasal purulent, des bruits respiratoires augmentés (ex : pneumonie), ou diminués (ex : pyothorax), l’apparition d’un souffle (ex : endocardite), une douleur abdomi­nale focale (ex : pyélonéphrite), une douleur abdomi­nale diffuse (ex : péritonite), un écoulement vaginal (pyomètre), une douleur prostatique (prostatite), une douleur vertébrale (ex : discospondylite), une douleur/ effusion articulaire (ex :arthrite septique), une douleur osseuse (ex : ostéomyélite) ou une douleur au niveau des glandes anales (abcès). Chez les chats, il faudra aus­si penser aux maladies virales telles que le FIV, le FeLV ou la PIF,et aussi penser aux atteintes respiratoires. Les signes indiquant une origine immune ou une maladie inflammatoire non septique sont des articulations gonflées ou douloureuses (ex : polyarthrite), une douleur lors de la manipulation du cou ou de la colonne vertébrale (ex : polyarthrite ou méningite), une douleur abdominale crâniale (ex : pancréatite), une anémie ou des problèmes dermatologiques importants. Un examen attentif dans l’objectif de déceler une tumeur doit inclure la palpation des nœuds lymphatiques et de l’abdomen (de la rate en particulierà. Beaucoup des symptômes énoncés précédemment ont souvent plusieurs causes et nécessiteront de poursuivre les investigations afin de confirmer le diagnostic.

Il arrive aussi que certains patients présente une forte fièvre sans aucun autre symptôme évident à l’examen clinique ; on dit alors que la fièvre est idiopathique, et son diagnostic peut se révéler très difficile, tout comme son traitement.

Traitement

Les patients ayant une température rectale supérieure à 41°C (en général due à un coup de chaleur ou à des convulsions) nécessitent des soins d’urgence. Ces patients montrent souvent des signes de déshydratation et/ou de choc hypovolémique. Il faut faire baisser leur température à l’aide d’un climatiseur et en appliquant de l’alcool sur les membres. Il faut éviter d’appliquer de l’eau froide ou de la glace car ceci provoque une vasoconstriction et donc une déperdition de chaleur moindre. Il faut arrêter de faire descendre lorsqu’elle atteint 39,5-40°C, afin d’éviter une hypothermie rebond. On administrera des critalloïdes en IV, refroidis ou à température ambiante, afin de soutenir le système cardiovasculaire, et on supplémentera en oxygène à l’aide d’un masque, en intubant ou avec un cathéter intranasal pour optimiser l’apport d’oxygène aux tissus.

Chez les patients ayant une vraie fièvre, toute source possible identifiée au cours de l’examen clinique doit être explorée et traitée de façon appropriée. Si l’on identifie une origine bactérienne, il faut démarrer un traitement antibiotique adapté. Il n’est pas nécessaire de perfuser l’animal à moins qu’il ne soit déshydraté, hypovolémique, ou que sa température rectale soit supérieure à 41°C. Les techniques de refroidissement actif décrites plus haut risquent d’être contre-productives car elles ne modifieront pas l’altération du thermostat central, et en plus le patient gaspillera son énergie pour élever à nouveau sa température.

Chez les animaux dont la fièvre est idiopathique, l’approche dépendra de la sévérité des autres symptômes. Si l’état général du patient est très altéré (ex : plusieurs jours d’anorexie ou signes cliniques de déshydratation), il faut réaliser des examens complémentaires (en commençant par des analyses sanguines, une biochimie et une analyse urinaire). Si l’état de l’animal ne se détériore que depuis 24-48h et s’il semble encore assez vif, un traitement empirique est justifié. Il est possible que certains patients guérissent sans médicament, mais les propriétaires tiennent en général à ce qu’on prescrive un traitement qui rétablira rapidement leur animal. La communication avec les clients est essentielle, en leur expliquant le raisonnement justifiant le traitement mis en place et en insistant sur la nécessité de revoir l’animal.

Il est important de garder à l’esprit (et d’expliquer au propriétaire) que les animaux ayant de la fièvre n’ont pas tous une infection bactérienne. Il faut prescrire des antibiotiques lorsque l’on soupçonne une origine bactérienne, par exemple chez les chats qui ont accès à l’extérieur et qui peuvent s’être bagarrés, ou chez les patients ayant des antécédents d’infections bactériennes urinaires ou respiratoires. Un traitement court à base d’antibiotiques peut aussi être envisagé pour les autres cas de fièvre idiopathique, au vu de la difficulté de détecter les premières phases de certaines des infections bactériennes listées précédemment.

Afin d’améliorer rapidement l’état général du patient, de lui redonner de l’appétit et de diminuer sa température corporelle durant 24-48h, une injection d’AINS peut suffire ou être associée à des antibiotiques. Ceci peut donner le temps au corps de résoudre par lui-même la cause sous-jacente, même s’il est peu probable qu’elle masque les symptômes d’une maladie sévère. Bien que la fièvre puisse être un mécanisme de défense chez les patients ayant une maladie infectieuse, peu de preuves ont été apportées qu’une injection unique d’AINS serait néfaste chez un chat ou un chien qui a été entièrement examiné et chez qui on n’a trouvé aucun indice concernant l’origine de la fièvre.

L’approche spécifique qui sera adoptée dépend du clinicien, qui prendra en compte toutes les informations importantes concernant l’animal. Il pourra envisager de démarrer le traitement par la prescription sur une courte durée (5-7 jours) d’antibiotiques PO comme l’ampicilline ou l’amoxicilline, et/ou une injection d’AINS pour faire baisser le point de déclenchement du thermostat hypothalamique. Indépendamment du traitement donné, le patient devra être examiné à nouveau si son état ne s’améliore pas ou s’il montre des signes de rechute dans les 24-48h qui suivent.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement adapté à une infection bactérienne identifiée améliorera en général rapidement l’état de l’animal ainsi que le pronostic, dans la mesure où il n’y a pas d’autre affection systémique. Changer d’antibiotique tous les deux jours pour évaluer la réponse au traitement n’est pas recommandé ; si l’animal ne répond pas au traitement antibiotique initial, il est peu probable qu’il s’agisse uniquement d’une simple infection bactérienne. D’autres causes de fièvre comme le FeLV, la PIF, une infection fongique ou par des protozoaires, un cancer lymphoprolifératif ou certaines maladies à médiation immune ont un pronostic plus sombre même avec un traitement adapté.

Si l’on considère la fièvre comme idiopathique et que l’animal ne répond pas ou que la fièvre récidive après avoir reçu un traitement antibiotique, associé ou non à un AINS,il faut réaliser d’autres examens complémentaires. La plupart du temps, d’autres signes cliniques auront fait leur apparition, et permettront de mieux orienter les examens et le traitement. Il faut examiner à nouveau attentivement l’animal et effectuer une nouvelle analyse biochimique, une numération­ formule sanguine ainsi qu’une analyse des urines (avec une culture notamment). Chez les chats, il faut les tester pour le FIV et le FeLV, et également envisager la PIF. On ponctionnera à l’aiguille fine toute masse ou gonflement anormaux.

Si le clinicien n’arrive toujours pas à trouver la cause, il faut envisager une origine néoplasique, infectieuse ou immunitaire et réaliser des clichés thoraciques et abdominaux, ainsi qu’une échographie abdominale. Certains cas nécessiteront des examens plus spécifiques, tels qu’une biopsie des masses anormales, une échocardiographie, une hémoculture, une ponction de LCR, de liquide synovial ou encore de moelle osseuse.

La majorité des patients présentant de la fièvre iront mieux d’eux-mêmes après 24-48h. Il est souvent difficile de savoir si c’est grâce au traitement empirique ou non. Si on a prescrit un traitement empirique à base d’antibiotiques, on pourra limiter son coût en choisissant de l’ampicilline ou de l’amoxicilline.

Les patients dont l’origine de la fièvre demeure inconnue se révèlent souvent frustants et chers à explorer, et même dans un centre spécialisé, on n’aboutira pas au diagnostic dans 10 à 15 % des cas. Si les propriétaires ne souhaitent pas poursuivre les investigations, on devra parfois poursuivre le traitement avec des antibiotiques à large spectre. Si l’animal ne répond pas aux antibiotiques, on pourra essayer de donner des corticoïdes à dose immunosuppressive au cas où on aurait raté une maladie immunitaire. Cependant, si on décide d’utiliser des AIS à ces doses, il faut prévenir le propriétaire que l’animal risque de mourir s’il y avait un processus infectieux car il pourrait alors se disséminer.