Revue de presse – Juin 2016

BREVES

Japon

Entre le chocolat et l’ami qui se noie, le rat n’hésite pas

On sait que les rats seront toujours les premiers à quitter un navire qui coule. Mais ils ne seront pas les derniers à sauver leurs compagnons de la noyade, même si cela implique de se priver d’un appétissant morceau de chocolat. Pourquoi ? Les rats éprouvent de l’empathie pour leurs congénères, tout simplement.

Une récente étude menée par des chercheurs démontre que les rats viendront à la rescousse d’un camarade en mauvaise posture, même s’ils sont tentés par un morceau de chocolat offert à proximité. Ils sont également plus enclins à jouer les secouristes si eux-mêmes ont déjà vécu une expérience traumatisante avec l’eau.

Peggy Mason, neurobiologiste à l’université de Chicago, mais qui ne participait pas à l’étude, souligne que plusieurs études déjà parues avaient souligné l’empathie des rats, toujours prêts à aider un compagnon en détresse. Une étude de 2011 montrait ainsi qu’un rat avait cherché la solution pour libérer un de ses congénères prisonnier d’un tube en plastique. Des chercheurs plus sceptiques estimaient que les rongeurs aidaient les autres parce qu’ils craignent avant tout la solitude, et non pour leur éviter de souffrir.

Mais l’étude japonaise paru dans Animal Cognition démontrerait vraiment l’altruisme des rats. Pou tester leur comportement, l’équipe de chercheurs a divisé une boîte en deux compartiments, séparés par une plaque transparente. D’un côté, un rat devait nager, ce qui ne lui plaisait pas du tout, même s’il n’avait aucun risque de se noyer. La seule planche de salut dépendait d’un second rat, assis bien au sec sur une plateforme, qui pouvait ouvrir une petite porte ronde entre les deux compartiments, permettant ainsi au premier rat de se mettre à l’abri.

En peu de temps, les rats à l’abri aidaient régulièrement leurs compagnons infortunés en ouvrant la fameuse porte. Ils ne l’ouvraient pas lorsque la piscine était vide, ce qui prouverait bien que les rats aident leurs congénères lorsque ceux-ci sont en danger, et non pas pour avoir de la compagnie. Les rats ayant vécu l’expérience de l’eau apprennent beaucoup plus vite que les autres comment sauver leurs compagnons, ce qui montrerait que l’empathie gouverne leur comportement. Non seulement le rat sait identifier la détresse de l’autre, mais il a la mémoire de sa propre expérience traumatisante, ce qui le pousse à agir d’autant plus rapidement.

Deuxième phase de l’expérience, encore plus révélatrice : les rats au sec devaient choisir entre deux portes, l’une permettant au rat prisonnier de l’eau de s’échapper, l’autre donnant accès à une friandise au chocolat. Dans 50 à 80% des cas, les rats préféraient ouvrir à leur compagnon plutôt que de régaler ! Aider un copain était donc plus fort que l’envie de se goinfrer…

Les humains diffèrent des rats sous de nombreux aspects, néanmoins l’étude soutient que l’altruisme, et l’aide envers ses semblables, serait avant tout une caractéristique biologique, indépendante de la culture ou de l’éducation.

(source : Science magazine)

Suède
Les saumons d’élevage connaissent la dépression

Dans toute ferme d’élevage de saumons, on déplore ce qu’on appelle des « pertes », des saumons malingres, flottant sans vie à la surface des bassins. L’explication d’un tel état serait finalement assez simple : ces poissons souffriraient de dépression sévère.

On les appelle communément les « suicidaires » à cause de leur comportement, laissant à penser qu’ils ont cessé de lutter. Les nouveaux éléments scientifiques publiés dans la revue Royal Society Open Science montrent que le terme n’est en rien exagéré : « Physiologiquement, ces poissons sont à la limite de ce qui est tolérable pour eux, et ils sont condamnés à vivre dans cet environnement qui ne leur convient pas. Donc oui, on peut dire que face à de telles conditions de vie, ils préfèrent mourir et se suicider« , explique Marco Vindas, chercheur de l’université de Göteborg (Suède) qui a mené l’étude.

La chimie à l’oeuvre dans le cerveau de ces poissons et leur comportement sont comparables aux symptômes de dépression observés chez d’autres espèces animales. Les chercheurs ont notamment observé un taux de cortisol, l’hormone du stress, plus élevé chez les saumons suicidaires. Leur système sérotoninergique semblait hyperactif et dysfonctionnel, ce qui confirmerait la similitude entre entre ce problème et les syndromes de dépression chez les humains.

Chez les humains, les personnes vivant dans la pauvreté ou subissant des difficultés socio-économiques peuvent plus facilement connaître une dépression ou développer une maladie mentale. De la même façon, un environnement contre-nature et stressant aura un effet similaire sur les poissons d’élevage.

Ci-dessus, (a) un saumon de taille normale (b) un saumon dit « suicidaire », beaucoup plus malingre que son congénère

« Ces poissons vivent dans un environnement épouvantablement stressant pour eux, puisque les conditions de vie dans l’aquaculture sont extrêmement différentes de celles qu’ils peuvent connaître dans la nature et auxquelles ils sont adaptés« , souligne Vindas. Dans les fermes d’élevage, les saumons vivent dans des bassins en compagnie d’autres espèces agressives, et tous se battent pour la nourriture. Ils doivent également subir des changements de lumière, de quantité d’eau, de température etc.

Les chercheurs espèrent que leur travail permettra de faire prendre conscience aux aquaculteurs qu’une amélioration des conditions de vie de ces poissons est essentiel. Du côté des scientifiques, cette recherche pourrait fournir de nouveaux éléments sur la compréhension des mécanismes chimiques qui agissent sur la dépression.

(source : UPI.com)

Grande-Bretagne
Le loup, deux fois domestiqué ?

Le chien descend du loup. Et plutôt deux fois qu’une, si l’on en croit de nouvelles analyses sur l’origine débattue de notre meilleur ami. La domestication du loup, qui a conduit à l’apparition du premier animal façonné par l’homme, en fonction de ses propres besoins, reste un sujet très discuté. La dernière étude en date pourrait réconcilier deux positions opposées, expliquent ses signataires dans la revue Science du 3 juin.

« Combinés, nos résultats suggèrent que les chiens auraient pu être domestiqués indépendamment dans l’est et dans l’ouest de l’Eurasie à partir de populations distinctes de loups, écrivent les chercheurs. Les chiens d’Asie auraient pu ensuite voyager vers l’Europe, avec l’homme, où ils auraient partiellement remplacé les chiens paléolithiques européens. »

En science, chacun cherche son chien : certaines équipes estiment qu’il est apparu en Europe il y a plus de 30 000 ans environ. D’autres considèrent qu’il est né en Extrême-Orient, à la même époque. Chaque publication ou presque donne lieu à des commentaires, réfutations, réponses et contre-argumentaires dans les revues scientifiques. « Notre étude montre que tout le monde avait raison », se réjouit Laurent Frantz (Université d’Oxford), premier signataire de l’article de Science.

Cette position de consensus découle d’une double approche qui a mobilisé une trentaine de chercheurs de multiples disciplines, dont l’archéozoologie, la génétique et la bioinformatique. L’analyse a porté sur des séquences d’ADN de 59 fossiles de chiens européens datés entre 14 000 et 3 000 ans, et sur le génome complet d’un chien vieux de 4 800 ans trouvé lors de la fouille d’un site néolithique à Newgrange, en Irlande. Ces données ont été comparées à des séquences et des génomes complets provenant de près de 2 500 chiens modernes de toutes races.

Le résultat ? « On observe un signal fort d’expansion depuis l’Asie chez les chiens modernes », répond Laurent Frantz. Tout se passe comme si, à une période comprise entre – 14 000 et – 6 000 ans, les chiens alors présents en Europe avaient été remplacés au moins partiellement par l’arrivée de chiens originaires de l’est de l’Eurasie. Le husky sibérien et le chien de traîneau groenlandais sont les rares à encore présenter des traces de cette double origine.

L’analyse détaillée du génome entier du chien de Newgrange permet d’enrichir les hypothèses. Son ADN le distingue très nettement des chiens modernes, mais aussi des loups d’aujourd’hui. « Il y a une portion de son génome qu’on ne parvient pas à retracer, on parle de génome fantôme », explique Laurent Frantz. Peut-être était-il issu d’une population de loups aujourd’hui éteinte, et a-t-il fait partie d’une race de canidé qui n’a pas non plus eu de descendance.

Les données archéologiques documentent la présence de chien en Europe et au Proche-Orient il y a 15 000 ans, et il y a 12 500 ans en Extrême-Orient, tandis qu’il faut attendre – 8 000 ans pour trouver des fossiles de chiens en Asie centrale. Les chasseurs-cueilleurs du paléolithique auraient donc séparément, à chaque extrémité du continent eurasiatique, « inventé » le chien, avant que celui de l’Est ne conquière la planète.

Une double origine pour la domestication du loup n’est pas une hypothèse gratuite. Greger Larson (Université d’Oxford), qui a dirigé l’étude de Science, l’avait déjà avancée dans le cas du porc en 2005, une piste qu’il a validée à l’aide d’analyses génétiques en 2015 avec notamment Laurent Frantz. Mais « pour le porc, la question était plus facile à résoudre, d’un point de vue génétique et archéologique, explique ce dernier. Les restes fossiles sont présents sur plus de sites du Néolithique, et tout le monde est d’accord sur le fait qu’il y a eu double domestication en Asie et en Europe. »

Pour le chien, les choses sont plus complexes, parce qu’il faut remonter au Paléolithique, avant l’avènement de l’agriculture, pour trouver des fossiles plus rares, moins riches en ADN exploitable, et plus ambigus. L’existence de chiens européens du Paléolitique, autour de 30 000 ans, thèse défendue par Mietje Germonpré (Institut royal belge des sciences naturelles, Bruxelles), est ainsi très controversée : s’agissait-il d’une forme de loups aujourd’hui éteinte, ou de chiens issus d’une première domestication par les chasseurs-cueilleurs nomades ? La chercheuse se réjouit en tout cas des résultats présentés dans Science, qu’elle juge « tout à fait convaincants ». Ils appuient en effet son hypothèse d’une présence ancienne de paléo-chiens indigènes d’Europe, qui auraient été ensuite remplacés par ceux d’Eurasie orientale. « L’ancêtre de ces deux groupes de chiens était chaque fois une population de loups éteinte aujourd’hui », rappelle-t-elle.

Dans le camp de la thèse « asiatique », Peter Savolainen (Institut royal de technologie de Suède) n’est pas vraiment convaincu par la position de consensus. « La double origine n’est qu’une hypothèse, comme les auteurs le mentionnent à la fin de leur article, souligne-t-il. Ce qui est excitant, c’est qu’ils montrent que le génome des chiens européens a pour origine l’est de l’Asie. Peut-être d’autres chiens ont-ils été domestiqués en Europe, mais ils ont disparu. » Pour lui, les chiens paléolithiques n’en sont pas. « Ils ne ressemblent ni à des chiens, ni à des loups. » La présence de leurs ossements dans des campements ne signifie pas qu’ils aient été domestiqués : « Si vous voulez récupérer leurs dents pour faire des colliers par exemple, ou leur peau, on retrouvera bien sûr des fossiles sur place. C’est la même chose pour les mammouths, qui à ma connaissance n’ont pas été domestiqués… »

Les horloges moléculaires déduites des données génétiques indiquent pourtant une séparation entre loups et chiens vers 35 000 ans. Mais les « vrais » chiens ne sont attestés en Europe qu’il y a 15 000 ans. Ce qui s’est passé dans l’intervalle « reste mal connu », insiste Peter Savolainen. Et les horloges moléculaires pas toujours fiables : il suffit de recroisements intempestifs survenus dans le passé avec des loups pour fausser les datations. Or de tels croisements, y compris à trois – chien, loup, coyote, observé aux Etats-Unis – ne sont pas inédits…

Comment les premiers loups se sont-ils laissés domestiquer ? Il est difficile d’imaginer qu’ils aient fait l’objet d’une sélection intentionnelle : l’homme n’avait aucune idée que cela soit chose possible – alors que celle du lapin par des moines, au Moyen Age, pour consommer pendant le carême ses fœtus considérés comme des créatures aquatiques, a été délibérée. La théorie favorite des chercheurs est celle d’une auto-domestication progressive par les loups eux-mêmes : certains auraient trouvé autour des camps des chasseurs des restes de nourriture plus faciles à récupérer. Les moins farouches auraient trouvé là un avantage, ils auraient été mieux tolérés par l’homme, ce qui aurait pu donner lieu à un rapprochement progressif. Un peu comme ces « chiens de village » qui, dans diverses parties du monde, cohabitent avec l’homme sans avoir de maître. « Mais on n’a aucune certitude que ça s’est passé comme ça », prévient Peter Savolainen.

Quant à l’allure des premiers chiens – l’espèce qui présente aujourd’hui la plus grande diversité morphologique de la planète – il est difficile de la décrire précisément. Les restes sont fragmentaires, et un travail de bénédictin est en cours : « On effectue des mesures 3D, des reconstitutions sur ordinateur, en parallèle avec l’extraction d’ADN, dit Laurent Frantz. Nous avons plus de 1 000 échantillons que nous testons les uns après les autres. » Autant d’os à ronger, et à partager avec notamment les chercheurs chinois, devenus très actifs sur ces questions ces dernières années. C’est d’ailleurs en Chine qu’aura lieu en septembre la prochaine conférence internationale sur les origines du chien.


(source : Le Monde.fr)

Etats-Unis
Un outil de détection de l’hyper coagulation canine

Les patients gravement malades manifestent plus facilement des troubles de la coagulation sanguine, soit sous la forme d’un saignement incontrôlé ou d’une hypercoagulation.

Des chercheurs de l’Université de Pennsylvania School of Veterinary Medicine (Penn Vet) ont constaté qu’un outil de diagnostic commun souvent utilisé pour identifier les patients à risque de saignements pouvait également être utilisé pour identifier ceux qui sont prédisposés à une coagulation excessive. L’étude a été publiée dans le Journal of Veterinary Medicine and Critical Care le 13 Avril.

Les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux de centaines de chiens traités à l’hôpital vétérinaire Ryan Penn Vet entre 2006 et 2011, ciblant prioritairement les animaux ayant reçu un test de diagnostic appelé TEG.

Un TEG, ou thromboélastogramme, est considéré comme le mètre-étalon pour évaluer la dynamique de la coagulation, mais est effectuée avec un équipement coûteux et peu courant dans les pratiques vétérinaires ordinaires.

Sur les 540 chiens étudiés, les chercheurs en ont relevé 23 qui avaient un temps de céphaline activité raccourci enregistrés de la même période de 24 heures comme le test TEG. 23 autres chiens ayant un temps de céphaline activé normal ont servi de groupe témoin.

Les chercheurs ont ensuite examiné les dossiers médicaux pour trouver des indications d’une constatation clinique de l’hyper coagulation, tels que des caillots formés dans le cathéter intraveineux ou dans le système circulatoire, ou encore des cas de thromboembolie pulmonaire.

En comparant ces éléments et les signes cliniques entre le groupe de chiens avec PT raccourci ou des TCA et le groupe de contrôle, les chercheurs ont constaté des différences statistiquement significatives : plus de chiens avec PT comportant un temps de céphaline activé raccourci montraient des signes cliniques d’hyper coagulation et de thromboembolie pulmonaire suspectée par rapport au groupe témoin.

Ils ont également trouvé une corrélation entre les chiens ayant un temps de céphaline activé raccourci et une augmentation du niveau de D-dimère, un fragment de protéine qui est produite quand un caillot est décomposé.

« Je pense que sur la base de cette étude rétrospective, nous devrions accorder plus d’attention aux temps de coagulation raccourcis et les regarder avec un degré de valeur diagnostique », a déclaré l’auteur principal Deborah C. Silverstein, DVM, DACVECC. « Dans cette population de patients très malades, cela peut permettre d’identifier les patients risquant une thrombose. »

(source : NewStat, 31 mai)

Etats-Unis
Une étude permet de faire la différence entre les blessures liées à un accident et celles liées à la maltraitance

Comment déterminer si un animal blessé à la tête et aux côtes a été victime d’un accident ou de violences ? Une récente étude, publiée le 3 mars dans le Journal of Forensic Sciences, espère donner quelques pistes pour le savoir.

En utilisant des données provenant des affaires pénales impliquant de la maltraitance enversles animaux, des chercheurs de l’école de médecine vétérinaire Cummings de l’Université Tufts et la Société américaine pour la prévention de la cruauté envers les animaux (ASPCA) ont démontré que les accidents impliquant des véhicules à moteur et les cas de traumatisme contondant non-accidentelle chez les chiens et les chats présentaient des types de blessures très différents.

Les chercheurs ont comparé les dossiers de 50 affaires pénales d’abus fournies par le service juridique de l’ASPCA avec un échantillon de 426 cas d’accidents de la voie publique issus du Foster Hospital for Small Animals de l’école vétérinaire Cummings. C’est la première étude de ce type comparant ainsi deux populations d’animaux aux blessures clairement identifiées.

« Notre recherche a révélé que les blessures non-accidentelles et les accidents de la voie publique provoquent différents types de lésions des tissus mous et du squelette », a déclaré Nida P. Intarapanich, l’un des principaux auteurs de l’étude et étudiant vétérinaire en quatrième année à la Cummings School.

Les chercheurs ont constaté que les animaux maltraités avaient généralement plus de blessures à la tête et de fractures des côtes, ainsi que des fractures des dents et des blessures aux griffes. Les animaux victimes d’accidents de la voie publique ont plutôt subi des abrasions de la peau ou des blessures dans laquelle la peau est déchirée, des atteintes pulmonaires, des ecchymoses et des blessures de l’arrière-train, ce qui selon les chercheurs pourrait être le résultat d’une fuite face à un véhicule en mouvement

Une nette différence dans les modèles de fracture des côtes a été démontrée, les blessures liées à de la maltraitance causant généralement des fractures des deux côtés du corps, tandis que les fractures des côtes causées par les accidents de voiture ont tendance à apparaître sur un seul côté du corps, avec les nervures les plus proches de la tête plus susceptibles de se fracturer.

Les chercheurs ont également constaté que les victimes de blessures non accidentelles étaient plus susceptibles d’avoir des preuves de fractures anciennes, un phénomène que l’on remarque également chez les humains victimes de violences domestiques.

(source : NewStat, 7 juin)

PUBLICATION

Réduire le stress des patients en utilisant leurs 5 sens

Pour les vétérinaires qui souhaitent diminuer le stress de leurs petits patients, la réponse peut être juste sous leur nez… ou leurs yeux, oreilles, bouche, bref corps ! En effet, selon les auteurs du livre Canine Medical Massage : techniques and clinical applications, les vétérinaires pourraient, en manipulant les animaux de façon simple et en stimulant leurs cinq sens, réduire efficacement le stress environnemental qui les atteint souvent.

Vue : réduire la quantité de lumières fluorescentes et autres lumières, connues pour interrompre le rythme circadien naturel du corps. Minimiser les bruits offensifs et, si possible, éliminer les patients des zones à fort passage et activité incessante.

Ouïe : parce que la musique modulant les fonctions cardiaques et neurologiques, ne pas hésiter à diffuser de la musique dans les salles de consultation et la salle d’attente. La musique classique et les rythmes lents réduisent particulièrement le stress, facilitent le sommeil, et réduisent la douleur.

Odorat : mettre un diffuseur d’odeurs dans les salles de repos et les salles d’attente. Les phéromones, les fleurs de camomille, de lavande, et l’air frais réduisent l’anxiété. Au moins, il faut tâcher de minimiser les odeurs désagréables telles que la fumée de cigarette et de produits de nettoyage concentrés.

Goût : s’assurer que les patients reçoivent une alimentation bien équilibrée de haute qualité pour assurer les fonctions corporelles sans stress. De plus, s’assurer les gencives de patients sont en bonne santé, et qu’ils reçoivent des probiotiques et des fibres adéquates pour assurer une digestion facile.

Corps / Touché : masser les patients, les brosser ou les peigner réduit leur stress. Si possible, ajouter l’exercice, ou les laisser se reposer au soleil lors d’une journée douce, ou près d’une source d’air frais s’il fait plus chaud. Et jamais sous-estimer la valeur de la compagnie de l’humain !

En plus de réduire le stress, le massage médical canin et la thérapie des tissus mous ont été particulièrement efficaces sur de nombreuses conditions cliniques, y compris la dysplasie de la hanche, l’arthrose et l’épilepsie, notent les auteurs. Leur ouvrage contient ces conseils et de nombreux autres, ainsi que des séquences de massage et les conditions précises pour que le massage soit le plus efficace possible.

Livre en vente à cette adresse : https://www.aaha.org/professional/store/product_detail.aspx?code=CNMDM&title=canine_medical_massage_techniques_and_clinical_applications#gsc.tab=0

ETUDE

Une stérilisation précoce augmente les risques de troubles articulaires et l’incontinence urinaire chez le berger allemand

B.L Hart, Neutering of German Shepherd Dogs: associated joint disorders, cancers and urinary incontinence, Veterinary Medicine and Science.

Connus pour leur intelligence, leur obéissance et leur fidélité, les bergers allemands sont souvent la race préférée pour la police et le travail militaire, ainsi que comme chiens de service et bien sûr animaux de compagnie. Mais ils sont également sujets à des troubles articulaires.

Des chercheurs de l’Université Davis en Californie ont découvert que la stérilisation ou la castration des bergers allemands avant un an triple le risque d’un ou plusieurs troubles articulaires – en particulier du ligament croisé crânial et d’incontinence urinaire. Le risque de cancers ne semble pas augmenté par cette pratique, d’après l’étude.

Celle-ci a été publiée le 16 mai dans la revue Veterinary Medicine and Science.

De plus en plus, aux USA notamment, de stérilisations précoces (avant l’âge de 6 mois) sont pratiquées. En Europe, les habitudes varient selon les pays. Des études ont montré que cette manière de procéder pouvait favoriser l’apparition de maladies débilitantes telles que la dysplasie de la hanche, les ruptures des ligaments croisés, la dysplasie du coude. Le risque serait doublé voire triplé pour les ligaments croisés. Des recherches récentes, menées chez les golden et Labrador retrievers, ont montré après stérilisation précoce un risque multiplié par un facteur de 4 à 5 de développer ces troubles orthopédiques chez les premiers, doublé chez les seconds. Certains cancers, par ailleurs, se développent plus volontiers chez les animaux stérilisés. Il en va ainsi des ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes. Le risque d’ostéosarcome est doublé, celui d’hémangiosarcome cardiaque quadruplé chez les femelles. Le risque de mastocytome cutané serait quadruplé également, aussi bien chez les mâles que chez les femelles. Les auteurs de cet article en accès libre passent ensuite en revue toutes les études ayant montré une augmentation des risques cancéreux lors de stérilisation précoce.

Les chercheurs ont examiné les dossiers de cliniques vétérinaires sur une période de 14 ans, étudiant les cas de près de 1170 chiens bergers allemands intact et stérilisés (y compris castrés). Ils ont investigué pour trouver des cas de troubles articulaires et ainsi que de cancers communs déjà associés à la stérilisation. Les maladies ont été suivis pendant 8 ans, à l’exception du cancer du sein chez les femelles qui a été suivi pendant 11 ans.

Les chiens ont été classés comme intact (non castré), castrés avant 6 mois, castrés entre 6 à 11 mois, ou castrés entre 12 à 23 mois et 2 à 8 ans.

En résumé, les constatations sont les suivantes :

  • Chez les mâles intacts, 7% des mâles intacts ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, contre 21% des mâles castrés avant un an

  • Chez les femelles intactes, 5% ont été diagnostiqués avec un ou plusieurs troubles articulaires, alors que chez les femelles stérilisées avant un an, le chiffre augmente de façon significative à 16%

  • Le cancer mammaire a été diagnostiquée chez 4% des femelles intactes par rapport à moins de 1% chez les femelles stérilisées avant un an (l’apparition des autres cancers suivie pendant 8 ans n’a pas été plus élevée dans les animaux stérilisés que chez les chiens intacts).

  • L’incontinence urinaire, non diagnostiquée chez les femelles intactes, a été diagnostiquée chez 7% des femmes stérilisées avant un an

Troubles orthopédiques

La maladie la plus concernée est la rupture des ligaments croisés avec une incidence de moins de
1 % chez les mâles entiers, de 12,5 % lors de stérilisation précoce, de 8,3 % en cas de castration entre 6 et 11 mois. La différence observée pour la dysplasie de la hanche n’est pas significative. L’incidence de la dysplasie du coude est également supérieure mais de manière statistiquement non significative.

Au moins une anomalie de l’appareil locomoteur était présente chez 5,1 % des chiennes non stérilisées, versus 12,5 % lors de stérilisation avant 6 mois et 17 % quand elle intervenait entre 6 et 11 mois. Comme chez les mâles, les lésions des ligaments croisés sont plus fréquentes : 1 % chez les femelles non stérilisées, 4,6 % lors de stérilisation avant 6 mois, 8,3 % entre 6 et 11 mois. Toujours comme chez les mâles, l’incidence de la dysplasie de la hanche est plus importante, mais sans atteindre la significativité statistique. La dysplasie du coude n’est pas concernée.

Cancers

3% des mâles ont présenté un des cancers parmi les plus couramment observés (ostéosarcomes, hémangiosarcomes, lymphomes et mastocytomes). La stérilisation pour ces animaux n’augmente pas le risque de néoplasies même si on observe un peu plus de lymphomes : 4,2 % chez les chiens stérilisés avant 6 mois contre 1,5 % chez les mâles entiers. Chez les femelles, l’incidence globale des cancers était inférieure à 1 %. On ne note qu’une augmentation (non significative) de celle des mastocytomes.

Incontinence urinaire et pyomètre

Aucune femelle non stérilisée n’a développé d’incontinence urinaire, mais l’incidence est de 4,7 % chez les femelles opérées avant 6 mois. Le chiffre est de 7,3 % lors de stérilisation entre 6 et 11 mois. L’incontinence survient en moyenne à l’âge de 5,2 ans. Enfin, des pyomètres ont été diagnostiqués chez 1,5 % des chiennes non stérilisées. Les auteurs attribuent les troubles orthopédiques constatés chez les animaux stérilisés précocement à une influence hormonale sur des plaques de croissance non encore entièrement matures. Ils notent que contrairement à ce qui a été décrit chez le golden retriever, surtout chez la femelle, la stérilisation précoce ne semble pas, chez le berger allemand, favoriser l’éclosion de cancers. Pour autant, le risque de cette pratique doit être soigneusement pesé.

ETUDE

Races canines et cancers : une étude japonaise

KOMAZAWA.S, Canine tumor development and crude incidence of tumors by breed based on

domestic dogs in Gifu Prefecture. Journal of Veterinary Medical Science

Publiés le 6 mai 2016 dans le Journal of Veterinary Medical Science, les résultats d’une étude sur l’épidémiologie des tumeurs canines au Japon permettent de confirmer certaines prédispositions raciales et également d’en préciser d’autres. Plus de 3 500 tumeurs sont passées au crible, tous les diagnostics ayant été validés par une analyse histopathologique. Les vingt races numériquement les plus importantes au Japon ont été sélectionnées.

Depuis quelques décennies, rappellent les auteurs, l’incidence de nombreuses maladies a augmenté chez le chien, en raison de l’allongement de l’espérance de vie. Il en va ainsi particulièrement des cancers qui sont ici étudiés d’après les archives du service d’anatomie pathologique de l’Université Vétérinaire de Gifu (Japon). Les matériels et méthodes sont exposés dans cet article en accès libre. L’étude porte sur 3 597 cas de tumeurs (1 598 mâles, 2 160 femelles, 161 chiens de sexe indéterminé). Les diagnostics ont été portés sur une période de 8 ans (2005 à 2012). 388 chiens étaient porteurs de plus d’une tumeur. 6,95 % des animaux souffraient de deux tumeurs, 1,03 % de trois tumeurs et plus.

Des races épargnées ou prédisposées

L’âge moyen des chiens était de 10,4 ± 2,98 ans chez les mâles, de 10,4 ± 2,83 ans chez les femelles. Il n’existe donc pas de différence significative. La proportion de tumeurs malignes était de 57,5 %. Dans cinq races, le pourcentage de tumeurs malignes était significativement plus faible : Yorkshire terrier (31,1 %), bichon maltais (42,4 %), caniche (44,4 %), shih tzu (48 %) et teckel (48,2 %). En revanche, le phénomène inverse est observé dans d’autres races. Ainsi, le pourcentage de tumeurs malignes est-il de 63,2 chez le labrador retriever, de 65,9 chez le Welsh corgi, de 68,1 chez le Shiba Inu, de 69 chez le shetland, de 70 chez le chihuahua, de 73,4 chez le beagle, de 80 chez le bouvier bernois.

Les tumeurs cutanées en première ligne

Les auteurs étudient également la localisation des tumeurs : 24,4 % intéressaient la peau et les tissus sous-cutanés. Le golden retriever et le labrador retriever, en particulier, ont une plus forte incidence pour cette localisation (32 % et 26,8 %, respectivement). On observe au contraire une faible incidence (14,3 % et 12,1 %) des tumeurs cutanées chez le yorkshire terrier et le spitz. Les tumeurs gastrointestinales viennent ensuite, comptant pour 18,1 % des cas. 55% d’entre elles correspondaient à des mélanomes de la cavité buccale, 21 % à des tumeurs périanales. Le troisième type tumoral le plus fréquent est représenté par les tumeurs mammaires (17,8 %). Elles sont plus fréquentes chez les chiennes de petit format : elles comptent pour 41,5 % chez le teckel, pour
41,2 % chez l’épagneul cavalier King Charles, 36,7 % chez le papillon, 36,4 % chez le spitz, 33,9 % chez le yorkshire terrier, 33,7% chez le bichon maltais. A l’inverse, les chiennes de moyen ou grand format sont sous-représentées, comme le bouvier bernois (0 %), le golden retriever (6,4 %), le shetland (7 %), le shiba inu (10,8 %), le labrador retriever (12,2 %). Le carlin fait exception avec un faible pourcentage de tumeurs mammaires (6 %). On note par ailleurs que les mastocytomes sont très fréquents dans deux races : le carlin toujours (46,4 %) et le bouvier bernois (23,3 %).

Variations d’incidence

Une estimation de l’incidence brute des tumeurs est également fournie, elle est faible chez le spitz (0,1 %), le caniche (0,2 %), le shiba inu (0,5 %), le teckel (0,7 %), les chiens de race croisée (0,6 %). Les chiffres sont plus élevés pour le golden retriever (4,3 %), le Welsh corgi (3 %), le labrador retriever (2,6 %), le Shetland (2,5 %), le beagle (2,3 %). L’incidence brute des tumeurs malignes connaît également des variations raciales : faible chez le chihuahua (0,2 %), le spitz (0,3 %), le caniche (0 %), les chiens de race croisée (0,4 %), elle est nettement supérieure chez le labrador retriever (1,9 %), le golden retriever (2,8 %), le Welsh corgi (2,1 %), le shetland (1,7 %), le beagle (1,8 %) et, sans surprise, chez le bouvier bernois (6,4 %). Il est nécessaire de replacer ces données dans le contexte japonais, concluent les auteurs, dans la mesure où les chiens de petit format, dans ce pays, forment l’essentiel des effectifs. De plus, vingt races seulement ont été étudiées et des prédispositions ont pu, dès lors, être ignorées.

ETUDE

Santé mentale des chiens en élevage intensif : lorsque la peur domine…

McMillan FD et al., Mental health of dogs formerly used as ‘breeding stock’ in commercial

breeding establishments, Applied Animal Behavior Science (2011)

Un article co-écrit par des vétérinaires institutionnels et une association de protection animale explore pour la première fois le profil comportemental de chiens nord-américains ayant vécu en élevage intensif pour y produire des chiots, avant d’être adoptés en famille. Sans surprise, l’article démontre que la caractéristique dominante que manifestent ces chiens est la peur, même plusieurs années après le début de leur « 2ème vie » en famille d’adoption.

Les élevages commerciaux produisent une grande part des chiens de race dans le monde entier. Les Commercial Breeding Establishment ou CBE (appelés vulgairement moulins à chiots, ou « puppy mills », dans les pays anglosaxons) doivent répondre à des impératifs économiques et de production souvent comparables à ceux de l’élevage du bétail. Les éleveurs tendent dès lors à conserver le plus de chiens dans le minimum d’espace légalement autorisé et dans des conditions de salubrité très variables. Les chiens sont ainsi détenus dans un espace restreint pour toute la durée de leur vie de reproducteur, parfois sans sortie, ni enrichissement de l’environnement et avec des interactions sociales réduites au minimum. Les auteurs ont cherché à objectiver, via un questionnaire comportemental, les troubles comportementaux chroniques des chiens ayant vécu en CBE et ré-adoptés à l’âge adulte, en comparaison avec une population de chiens de compagnie adoptés jeunes.

Un questionnaire C-BARQ (Hsu & Serpell, 2003) était rempli par les propriétaires/adoptants, qui documentaient également l’âge d’adoption de leur chien et la possession éventuelles d’autres animaux. Les chiens issus de CBE étaient recrutés via les contacts d’associations de protection animale, une partie des chiens ayant été saisis dans des CBE par ces mêmes associations. L’étude était présentée comme visant à « évaluer, chez leur chien, l’impact de son ancienne vie en « puppy mill » sur son comportement et son équilibre psychologique ». Le terme « puppy mill », certes péjoratif, était choisi car plus reconnaissable que celui de CBE dans le texte de sollicitation à l’étude. Pour être inclus (groupe CBE, 332 chiens), le chien devait avoir vécu jusqu’à 8 mois au moins en CBE (1 an pour les non-reproducteurs) et avoir été adopté depuis. Les chiens du groupe contrôle (groupe C, 332 chiens) étaient recrutés via des sites internet, des clubs de race et des hôpitaux vétérinaires et étaient appariés aux chiens du groupe CBE selon l’âge (à 6 mois près), la race et en moindre mesure le sexe (les chiens du groupe CBE étant majoritairement stérilisés). Logiquement, le délai de possession (temps depuis l’adoption) était inférieur dans le groupe CBE (20 mois) par rapport au groupe C (56 mois), pour une moyenne d’âge de 7 ans environ. Dans le groupe C, les chiens étaient issus d’un élevage (55 %), d’un refuge (19 %), d’une animalerie (7 %), le reste étant nés à la maison (3 %), chez des connaissances (10 %), ou acquis différemment. Enfin, 83 % des chiens du groupe CBE vivaient dans des foyers « multi-chiens », contre 56 % des chiens du groupe C.

Dans le groupe CBE, 24 % des chiens présentent un problème de santé (contre 17 % dans le groupe C), 83 % présentent un trouble du comportement (contre 56 % dans le groupe C), se décomposant en 33 % présentant un trouble modéré à sérieux du comportement (20 % dans le groupe C) et 50 % un trouble mineur (36 % dans le groupe C). Les troubles du comportement sont donc fréquents dans les deux populations, mais statistiquement plus représentés dans le groupe CBE. Le C-BARQ permet de mettre en évidence les variables les plus augmentées dans le groupe CBE en comparaison

avec le groupe contrôle : peur des étrangers (OR = 8,12), peurs non sociales (OR = 6,62), sensibilité au toucher (OR = 3,19), marquage urinaire (OR = 2,06), malpropreté urinaire (OR = 2,06), mictions ou défécations quand reste seul (OR = 2,81 et 2,07), comportements compulsifs. A l’inverse, certaines variables sont significativement moins présentes dans le groupe CBE, par rapport au groupe C : agressions sur les propriétaires (OR = 0,55), les personnes étrangères (OR = 0,4), les autres chiens (OR = 0,30), capacité d’apprentissage, d’entraînement (OR = 0,25), excitabilité (OR = 0,47), énergie (OR= 0,29), comportement de chasse de petits animaux (OR = 0,20), fugues, vagabondage (OR = 0,56). Par ailleurs, les résultats montrent que le fait de vivre dans un foyer « multi-chiens » améliore les scores des chiens de CBE pour de nombreuses variables en comparaison avec les chiens de CBE vivant seuls en foyer (ce que souligne l’effet positif de ce que l’on peut appeler le « chien thérapeute » pour un chien peureux, NDR). Le fait d’être stérilisé ou non a peu d’effets en revanche et uniquement sur les symptômes reliés à la malpropreté. Enfin, sur la majorité des variables, l’augmentation du délai de possession diminue la différence entre le groupe CBE et le groupe C, indiquant une amélioration des symptômes avec le temps.

La variable qui différencie le plus les groupes CBE et C est la « peur », même après plusieurs années en famille. Associée à la diminution des agressions, les chiens de CBE manifestent donc majoritairement une réponse « flight » (fuite, évitement) plutôt que « fight » (combat) face à un évènement inquiétant. Pour expliquer ce constat d’un profil-type du chien de CBE, les auteurs avancent trois types de causes :

– Psychopathologie induite par le stress : plusieurs études ont exploré le bien-être des chiens vivant en environnement confiné ; les premières ont d’ailleurs étudié les chiens de laboratoire, pour lesquels le stress fait varier les variables lors des expérimentations. Les éléments statistiquement associés au stress dans ces études sont : la restriction spatiale, une mauvaise régulation des températures, les interactions aversives avec le personnel du chenil, l’impossibilité pour le chien de contrôler son exposition à des situations aversives, l’accès limité aux contacts positifs intra- et interspécifiques. Tous ces éléments sont présents en CBE, leur influence étant sans doute maximisée par le nombre d’années que passe le chien dans l’élevage. Une étude récente en refuge montre que le stress chronique des chiens est confirmé par les scores physiques et comportementaux, une autre étude y démontre le développement de comportementaux anormaux type timidité, agressivité, hypermotricité ou comportements locomoteurs stéréotypés. De plus, la mise en évidence de problèmes de santé en plus grand nombre dans le groupe CBE illustre ce que l’on sait de la répercussion physique du stress : cette association stress chronique/maladie physique a été démontrée dans de nombreuses espèces, y compris chez l’homme.

– Un défaut de socialisation précoce (défaut d’exposition aux situations classiques d’une vie typique de chien de compagnie) : la période sensible pour la socialisation du chiot finit entre 4 et 6 mois. Le plus souvent, les reproducteurs des CBE y sont eux-mêmes nés et y ont passé leur période de socialisation. Plusieurs études expérimentales ont montré que de jeunes chiens élevés dans des conditions appauvries (déprivation sensorielle), au cours de leurs 4 à 6 premiers mois, avaient de grandes difficultés à s’adapter à un nouvel environnement, développant ce que l’on appelle le syndrome du chien de chenil (ou « kennel syndrom », NDR), caractérisé par une peur et une timidité excessive lors de l’exposition à un nouvel environnement humain et physique. Une autre étude a montré que des chiots isolés et déprivés entre 3 et 20 semaines manifestent des perturbations à vie et une altération des capacités d’apprentissages. Ces effets de l’exposition à un milieu de développement précoce hypostimulant sont le plus souvent extrêmement persistants et résistants à la réhabilitation, sans doute à cause d’altérations irréversibles de la structure du cerveau en développement du chiot. Dans cette étude, une grande partie des comportements typiques des chiens de CBE concordent avec les symptômes liés au défaut de socialisation précoce et à la privation sensorielle dans le jeune âge (et évoque fortement le tableau du Syndrome de Privation Sensorielle au stade 2, anxiété permanente, ou au stade 3, dépression chronique, tel que décrit par Pageat, 1995, NDR).


– Des traumatismes précoces : l’influence de la période prénatale ne doit pas être écartée, si l’on considère que les futurs reproducteurs ont d’abord été conçus et sont eux-mêmes nés en CBE. Plusieurs études ont montré à quel point le stress maternel pendant la gestation influence la santé et le comportement ultérieur du chiot, qui manifestera notamment : dysfonctionnement neuro-hormonal, sensibilité, peur, émotivité augmentées, exagération des réponses de stress, difficultés d’apprentissage, augmentation de la susceptibilité aux troubles psychopathologiques… Pour ce qui concerne la période post-natale, les conséquences des traumatismes précoces (ELA ou « Early Life Adversity ») ont été largement étudiées chez l’enfant et ont révélé -chez les adultes qu’ils devenaient- un risque accru de problèmes psychologiques, tels que l’instabilité des relations sociales, des troubles de l’humeur de type anxieux ou dépressif. La modélisation des ELA chez les rongeurs ou les primates (privation maternelle ou sociale) a confirmé la corrélation entre ELA et vulnérabilité ultérieure aux troubles psychopathologiques, de par des altérations à long terme de la réponse neuroendocrine au stress, de la régulation émotionnelle, de l’adaptabilité, des fonctions cognitives, de l’attachement et même une modification épigénétique de l’expression des gènes associés aux troubles anxieux ou de l’humeur.

De telles études chez le chien sont rares (et anciennes), mais concluent que la période de socialisation du chiot constitue une période à risque pour des dommages psychologiques permanents, une période de vulnérabilité au cours de laquelle une expérience aversive même unique (notamment autour de 8 semaines) peut avoir des conséquences à long terme.

La genèse de la pathologie comportementale manifestée chez les chiens de CBE est sans doute multi-factorielle et composite des trois catégories précitées. Les auteurs se sont appliqués à proposer une méthodologie statistique très sérieuse, menée par ailleurs sur un nombre significatif de chiens. La bibliographie riche et la proposition de causes générant les troubles observés chez les chiens de CBE permettent d’argumenter autour de la genèse du « kennel syndrom » (et par extension de celle du syndrome de privation sensorielle de l’école française, NDR).

CAS CLINIQUE

Corps étranger trachéal : gestion médicale et chirurgicale

Les affections trachéales sont rares chez le chat et sont le plus souvent secondaires à un traumatisme. Que ce soit chez le chien ou le chat, les corps étrangers trachéaux sont également peu communs et sont le plus souvent extraits par contrôle endoscopique ou fluoroscopique. (in l’Essentiel n°412)

Une chatte européenne, entière, âgée de 8 mois, est présentée pour des épisodes de dyspnée sévère apparus une semaine auparavant. La chatte a un accès libre à l’extérieur. Les propriétaires rapportent des épisodes de dyspnée mixte observés après des périodes d’activité marquée (jeu) durant environ 5 minutes. La chatte au repos ne présente pas de difficulté respiratoire ni de toux ou de signe de fatigabilité entre les épisodes de dyspnée. Elle ne présente aucun autre symptôme et aucun antécédent médical.

Symptômes

L’examen clinique révèle un bon état général, avec un score corporel de 4/9. L’auscultation cardiaque est normale. L’observation de la courbe respiratoire permet d’observer une légère dyspnée expiratoire au repos. La palpation de la trachée cervicale ne provoque pas de toux. L’auscultation respiratoire révèle un bruit de clapet en fin d’inspiration ainsi qu’un sifflement intermittent à l’expiration. Suite au stress de la consultation, un épisode de dyspnée important, principalement expiratoire, est noté. L’auscultation respiratoire révèle alors des bruits de sifflements

très marqués à l’expiration. Etant données les difficultés respiratoires présentées par la chatte, celle-ci est placée sous oxygénothérapie puis une injection de butorphanol est réalisée à 0,3 mg/kg par voie intraveineuse (Torbugesic® ).

Examens complémentaires

La dyspnée s’étant largement améliorée avec l’oxygénothérapie et l’injection de butorphanol, des radiographies thoraciques sont réalisées, le risque d’une décompensation respiratoire en raison des manipulations étant jugé maîtrisé. Les radiographies thoraciques révèlent la présence d’un élément radio-opaque, de densité minérale, mesurant 1 cm de diamètre, au sein de la lumière trachéale. Ce corps étranger semble être circulaire et relativement plat. Il est situé juste crânialement à la carina.

Diagnostic

La présence d’un corps étranger trachéal de densité radiographique minérale est donc reconnue chez ce chat âgé de 8 mois.

Traitement

Une introduction du corps étranger par inhalation est fortement suspectée pour expliquer sa localisation. Etant donnée l’absence de signes digestifs et de signes de réponse inflammatoire systémique, une origine digestive avec présence d’une fistule oesophago-trachéale est très peu probable. Une endoscopie des voies respiratoires est décidée afin de confirmer le diagnostic et l’absence de fistule oesophago-trachéale. Cette endoscopie a également pour objectif de retirer le corps étranger sous contrôle vidéo.

Une prémédication est réalisée par une injection de butorphanol à 0,3 mg/kg par voie intramusculaire puis un cathéter intraveineux est placé dans une veine céphalique. Après une pré-oxygénation de 5 minutes, l’induction anesthésique est effectuée par une injection intraveineuse de propofol à 3 mg/kg puis l’anesthésie est maintenue par des bolus de propofol. Une endoscopie des voies respiratoires est alors réalisée immédiatement après l’induction à l’aide d’un fibroscope souple de 3,9 mm de diamètre (Optomed FB 70® ). Durant la procédure, l’oxygénation est apportée

via le canal opérateur du fibroscope. La cavité buccale et le larynx ne présentent aucune anomalie, tout comme les deux tiers crâniaux de la trachée. Une inflammation modérée de la muqueuse trachéale est observée dans le tiers distal de la trachée. Le corps étranger trachéal suspecté sur les radiographies est visualisé ; il est situé juste crânialement à la bifurcation des bronches souches et semble très légèrement enserré par les parois dorsale et ventrale de la trachée. Une pince à préhension est insérée dans le canal opérateur du fibroscope jusqu’à ce que l’extrémité de celle-ci soit observée sur le moniteur vidéo. Le corps étranger est alors saisi solidement par la pince à préhension et le fibroscope et la pince à préhension sont reculés progressivement et simultanément afin de ressortir le corps étranger. Une fois celui-ci extrait, une endoscopie de contrôle permet de s’assurer de l’absence d’un autre élément éventuel ainsi que de l’absence de fistule oesophago-trachéale. Les bronches souches ne présentent pas d’anomalie. Une oxygénation au masque est apportée jusqu’au réveil du chat.

Pronostic

Le réveil se déroule sans complication et une injection de dexaméthasone (Dexadreson® ) par voie intraveineuse est réalisée à 0,1 mg/kg en postopératoire immédiat en raison de l’inflammation locale engendrée par la présence du corps étranger et par la procédure de retrait. Le chat est rendu à ses propriétaires le soir de la procédure avec une prescription de prednisolone (Dermipred® ) par voie orale à 1 mg/kg pendant 5 jours. Une fois le corps étranger trachéal retiré, la période postopératoire s’est déroulée sans complication. Deux ans plus tard, la chatte ne présente aucun signe clinique et aucune séquelle. Le pronostic à court terme ainsi qu’à long terme est donc excellent.

Discussion

Les affections trachéales sont communes chez le chien et sont constituées très majoritairement par le collapsus trachéal. Chez le chat, elles sont beaucoup plus rares et comprennent les ruptures trachéales, les avulsions trachéales, les fistules oesophago-trachéales, les masses et les corps étrangers trachéo-bronchiques. La rupture trachéale est le plus souvent secondaire à des manipulations de la sonde trachéale alors que le ballonnet de la sonde est gonflé. Une intubation traumatique, notamment lors d’utilisation d’un stylet, est également incriminée1 . Les avulsions trachéales sont secondaires à un traumatisme alors que le chat est en hyperextension cervicale. Des morsures par un chien ont également été démontrées comme cause d’avulsion trachéale. Les masses trachéales félines sont le plus souvent des granulomes, associés à la migration erratique de larves de Cuterebra. Les fistules oesophago-trachéales peuvent être congénitales ou acquises mais sont le plus souvent acquises et secondaires à la présence d’un corps étranger oesophagien. Enfin, les tumeurs trachéales sont très rares et de diverses origines histologiques.

Les corps étrangers trachéaux sont donc rares chez le chat. En effet, la littérature fait mention de 21 cas rapportés, dont une étude rétrospective sur une période de 8 ans ayant révélé 12 cas. La prévalence des corps étrangers trachéaux chez le chien est également très faible. Du fait du diamètre du tractus respiratoire dans cette espèce, les corps étrangers sont plus fréquemment en localisation bronchique. Des corps étrangers de diverses natures ont été extraits chez le chat : végétaux, épingle à nourrice, gravier, os, dent et une balle.

La faible prévalence des corps étrangers trachéaux chez les carnivores domestiques peut être expliquée par deux hypothèses principales. La première est qu’une obstruction trachéale importante puisse mener à une dyspnée très sévère, rapidement suivie par la mort de l’animal par asphyxie, dont la cause est en général non confirmée. La seconde hypothèse est que les corps étrangers trachéaux semblent être rapidement expulsés de façon physiologique. En effet, une étude portant sur 22 chiens sains chez lesquels des corps étrangers bronchiques de diverses natures ont été volontairement introduits a montré que 20 de ces 22 chiens ont expulsé par eux-mêmes le corps étranger, via la toux, dans une période entre 1 et 14 jours suivant l’introduction du corps étranger.

De plus, chez le chat, un laryngospasme est présent, ce qui peut expliquer là encore la très faible prévalence des corps étrangers trachéaux dans cette espèce. La présence de signes cliniques intermittents chez ce chat fait suspecter une certaine mobilité du corps étranger au sein de la trachée. En effet, le chat présentait une courbe respiratoire très peu modifiée en dehors des épisodes de dyspnée très sévère, se résolvant spontanément en quelques minutes. Un effet « clapet » du corps étranger trachéal, avec obstruction temporaire du départ des bronches souches, peut être envisagé pour expliquer l’intermittence des signes respiratoires. Plusieurs traitements ont été décrits pour la gestion des corps étrangers trachéaux. Certains auteurs conseillent de placer l’animal la tête en bas et le secouer légèrement avec pour espoir que le corps étranger soit expulsé par gravité. Le retrait par endoscopie, rigide ou souple, à l’aide d’une pince à préhension, est la technique la plus couramment employée. Certains auteurs ont également décrit l’utilisation d’une sonde de Foley munie d’un ballonnet gonflable, passée en aval du corps étranger et permettant de l’extraire par glissement lorsque le corps étranger n’est pas manipulable par une pince à préhension (forme

sphérique par exemple). Le retrait du corps étranger à l’aide d’une préhension sous contrôle fluoroscopique a également été décrit et peut être entrepris en première intention ou en cas d’échec du retrait par contrôle endoscopique. Le traitement chirurgical ne doit être envisagé que lors d’échec des traitements fluoroscopiques ou endoscopiques. Il consiste en la réalisation d’une trachéotomie ou une résection-anastomose trachéale, par abord cervical ou intercostal selon la localisation du corps étranger. Dans le cas présenté ici, l’endoscopie a été préférée à la fluoroscopie pour son avantage en matière de diagnostic car elle permet d’écarter l’hypothèse de fistule oesophago-trachéale. L’endoscopie a également l’avantage de ne pas exposer le patient et les manipulateurs à l’émission de rayons X, au contraire de la fluoroscopie. L’utilisation d’une pince à préhension a également été préférée à l’utilisation d’une sonde de Foley en première intention en raison de l’expérience du manipulateur et de la préhension aisée du corps étranger par la pince.

L’endoscopie a bien évidemment été préférée en première intention à la thoracotomie intercostale en raison d’une morbidité largement inférieure. La rapidité de l’intervention est fondamentale dans ce contexte, notamment du fait de la très petite taille du patient. En effet, au contraire d’un chien, il n’est pas possible d’intuber un chat de 8 mois d’âge et d’insérer le fibroscope au sein de la sonde endotrachéale via un connecteur en T permettant une administration continue d’oxygène et éventuellement de gaz anesthésique. Lorsque le fibroscope est inséré, très peu de passage d’air est autorisé à son pourtour, ce qui implique que la procédure doive être très rapide afin de ne pas provoquer une désaturation de l’hémoglobine en oxygène. Toutefois, afin de limiter la diminution d’apport en oxygène, celui-ci peut être administré via le canal opérateur du fibroscope lorsque celui-ci n’est pas comblé par un instrument de type pince à préhension par exemple. Cet apport en oxygène ne reste que partiel et nécessite tout de même une intervention rapide. Le retrait sous contrôle fluoroscopique a l’avantage de n’introduire dans la trachée qu’une pince à préhension de faible diamètre et ainsi de faciliter le passage de l’air au pourtour de l’instrument. Selon la seule série de cas disponibles, le pronostic à long terme est excellent, que le retrait du corps étranger soit effectué par contrôle fluoroscopique ou endoscopique. Les complications possibles sont presque inexistantes lors de retrait sous contrôle endoscopique en l’absence de fistule oesophago-trachéale. Ainsi, ce cas rapporte le succès du retrait d’un corps étranger trachéal à l’aide d’une pince à préhension sous contrôle endoscopique. La période post-anesthésique s’est déroulée sans complication et le chat ne présente aucune séquelle 2 ans après la procédure. Les corps étrangers trachéaux chez le chat sont donc associés à un pronostic excellent lorsqu’ils ne sont pas secondaires à une fistule oesophago-trachéale. La prise en charge en urgence de la dyspnée est fondamentale avant d’envisager le retrait du corps étranger par contrôle endoscopique, procédure qui se doit d’être aussi rapide que possible.

Bibliographie

1. Hardie EM, Spodnick GJ, Gilson SD et coll. Tracheal rupture in cats: 16 cases (1983–1998). J Am Vet Med Assoc. 1999; 214: 508–512.

2. White RN, Burton CA. Surgical management of intrathoracic tracheal avulsion in cats: long-term

results in 9 consecutive cases. Vet Surg. 2000; 29: 430-435

3. Dvorak LD, Bay JD, Crouch DT et coll. Successful treatment of intratracheal cuterebrosis in two cats. J Am Anim Hosp Assoc. 2000; 36: 304-308.

4. Sura PA, Durant AM. Trachea and bronchi. In Tobias KM, Johnson SA, eds. Veterinary Surgery Small Animals. Elsevier Saunders, St-Louis. 2012; 1734-1751.

5. Dimski DS. Tracheal obstruction caused by tree needles in a cat. J Am Vet Med Assoc. 1991; 199: 477-478.

6. Eyster, GE, Evans AT, O’Handley P et coll. Surgical removal of a foreign body from the tracheal bifurcation of a cat. J Am Anim Hosp Assoc. 1976; 12: 481-483.

7. Levitt L, Clark GR, Adams V. Tracheal foreign body in a cat. Can Vet J. 1993; 34: 172-173.

8. McGlennon NJ, Platt D, Dunn JK et coll. Tracheal foreign body in a cat: a case report. J Small Anim Pract. 1986; 27: 457- 461.

9. Pratschke KM, Hughes JM, Guerin SR et coll. Foley catheter technique for removal of a tracheal

foreign body in a cat. Vet Rec. 1999; 144: 181-182.

10. Tivers MS, Moore AH. Tracheal foreign bodies in the cat and use of fluoroscopy for removal: 12 cases. J Small Anim Pract. 2006; 47: 155-159.

11. Venker-Van Haagen AJ, Vroom MW, Heijn A et coll. Bronchoscopy in small animal clinics: an analysis of the results of 228 bronchoscopies. J Am Anim Hosp Assoc. 1985; 21: 521-526.

12. Brownlie SE, Davies JV, Clayton Jones DG. Bronchial foreign bodies in four dogs. J Small Anim Pract. 1986; 27: 239-245.

13. Dobbie GR, Darke PGG, Head KW. Intrabronchial foreign bodies in dogs. J Small Anim Pract.

1986; 27: 227-238.

14. Kutschmann K. Experimental studies into intrabronchial foreign bodies in dogs. Arch Exp Vet Med. 1989; 43: 215-222.

15. Hedlund CS. Tracheal resection and reconstruction. Probl Vet Med. 1991; 3: 210-228.

16. Jones BD, Roudebush P. The use of fiber-optic endoscopy in the diagnosis and treatment of tracheobronchial foreign bodies. J Am Anim Hosp Assoc. 1984; 20: 497-504.

CAS CLINIQUE

Elles courent, elles courent… les puces ! De la nécessité d’éduquer les propriétaires

Faire effectuer un traitement antiparasitaire contre les puces quand celles-ci ne sont pas visibles n’est pas toujours aisé. Mais quand elles sont apparentes en grande quantité, faire passer le message de la nécessité d’un traitement sur le long terme de la totalité des animaux et également de l’environnement n’est pas forcément simple non plus. Ce cas illustre bien ce propos. Il n’a rien de très original mais nous permet de rappeler la démarche pédagogique qu’il est nécessaire d’adopter vis-à-vis des propriétaires. (in l’Essentiel n°410)

Chipie, chatte de race Chartreux, âgée de 10 ans, est présentée à la consultation de dermatologie pour un prurit se manifestant par un léchage intensif et une alopécie évoluant depuis 1 an. Les premiers symptômes sont apparus au cours de l’été précédent et persistent sans interruption depuis. Chipie a un accès libre à l’extérieur et côtoie quotidiennement deux autres chats. Ses congénères n’ont aucun problème de santé connu (dermatologique ou autre). Les propriétaires ne mentionnent aucune contamination les concernant.

Examen clinique

A l’examen clinique, Chipie est en bon état général au moment de la consultation. L’examen clinique dermatologique nous permet de mettre en évidence une alopécie diffuse, marquée qui concerne la base de la queue, l’intérieur des cuisses, le ventre, les flancs ainsi que la face médiale des carpes. De nombreuses squames et croûtes de petite taille peuvent être visualisées en zone dorso-lombaire correspondant à des lésions de dermatite miliaire. Le prurit, qualifié d’intense par les propriétaires, est observable lors de la consultation. Lors de l’examen clinique et sans que les propriétaires s’en soient aperçu auparavant, de nombreuses puces adultes et déjections de puces sont

retrouvées sur tout l’animal. Nous sommes donc en présence d’une dermatose chronique prurigineuse s’exprimant essentiellement par des lésions de dermatite miliaire et d’alopécie multi-focale associée à une présence abondante de puces.

A ce stade, notre hypothèse diagnostique principale correspond à une dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces (DHPP), même si l’hypothèse de dermatophytose doit être également évoquée. Nous réalisons donc, comme examen complémentaire immédiat, une trichoscopie, qui révèle la présence de nombreux poils cassés mais ne montre pas la présence de spores de dermatophytes. Par ailleurs, un examen à la lampe de Wood de l’ensemble du pelage ne permet pas la mise en évidence d’une fluorescence pilaire. Afin d’éliminer totalement l’hypothèse de dermatophytose, une culture mycologique sur milieu de Sabouraud est réalisée à partir de poils et débris cutanés. Elle s’avérera négative.

Traitement et suivi

L’examen clinique dermatologique et la présence en quantité de puces nous orientant préférentiellement vers un diagnostic de DHPP, nous mettons en place un traitement antiparasitaire externe. Celui-ci consiste en l’application à chaque chat de la maisonnée d’une pipette de Vectra Felis® à raison d’une application mensuelle. Nous réalisons devant les propriétaires l’application de la pipette à Chipie afin de bien leur montrer comment l’effectuer correctement sur les autres chats. Un traitement de l’environnement est également prescrit avec l’application d’un spray insecticide associé à un régulateur de croissance des insectes (IGR) dans le lieu d’habitation. Chipie est revue en consultation un mois plus tard. La pipette a été appliquée avec succès sur les deux autres chats. Le traitement de l’environnement n’a pas encore été réalisé. Le prurit a diminué. La chatte se lèche encore les flancs et le ventre par intermittence. Les lésions d’alopécie restent inchangées. Les squames sont moins nombreuses. Après peignage de 5 minutes, aucune puce n’est retrouvée sur l’animal. Le traitement à base de la même spécialité est poursuivi, à raison d’une pipette mensuelle sur chaque chat de la maison. Il est de nouveau conseillé de réaliser le traitement

de l’environnement. Trois mois après la première visite, Chipie est revue en consultation, son prurit a disparu. Les poils repoussent progressivement. Les propriétaires sont très satisfaits de l’évolution de l’état de leur animal et convaincus de la nécessité d’un traitement antiparasitaire externe régulier. Ils n’ont par ailleurs toujours pas effectué le traitement de l’environnement à ce stade du suivi.

Discussion

Ce cas, particulièrement banal, illustre bien la difficulté que le vétérinaire peut avoir lors du traitement des parasites externes. Ici, les propriétaires consultent pour une dermatose chronique évoluant depuis 1 an sur un chat qui est recouvert de nombreuses puces, qu’ils n’avaient par ailleurs pas visualisées. Pour nous, le diagnostic paraît évident. Gardons à l’esprit que pour un propriétaire, l’examen rapproché de son animal n’est pas toujours aisé. Dans notre cas, outre le grand nombre de puces, la présence de 2 congénères, a fortiori deux chats, renforce la problématique. Il est évident que plus le nombre d’animaux vivant dans la maisonnée est grand, plus l’éradication des puces sera difficile. Outre la nécessité de traiter l’animal vu en consultation, ce que les propriétaires n’ont ici aucun mal à comprendre en raison du grand nombre de puces vu sur lui, il faudra les convaincre d’effectuer un traitement sur les deux chats de la maison qui n’ont aucun symptôme, aucune lésion et qui ne se grattent même pas ! D’autre part, étant donné le nombre important de parasites vus sur Chipie, il convient également d’insister sur le traitement de la maison qui héberge des oeufs, larves, cocons et prendre le temps à ce stade d’expliquer le cycle de la puce.

Une fois les propriétaires convaincus de cette nécessité, il convient donc de leur prescrire un schéma de traitement (aspiration des zones à risques et application d’un spray insecticide). Le choix de l’antiparasitaire externe prescrit ici n’est pas anodin. Nous privilégions un traitement à base de dinotéfurane, réputé agir rapidement (dès 2 heures) de façon à limiter au plus vite la prolifération parasitaire et contenant également un régulateur de croissance des insectes (pyriproxyfène) qui aidera à gérer les formes immatures des puces, présentes dans l’environnement. Le suivi nous montre que l’état de Chipie s’améliore, aucune puce n’est retrouvée sur elle à 1 mois et son prurit a totalement disparu à 3 mois en même temps que ses lésions. Les autres chats de la maison ont été traités de façon identique sans souci. En revanche, le traitement de l’environnement prescrit à la première visite, n’a pas été effectué au jour du premier suivi à 1 mois et malgré de nouveau une incitation forte à le faire, celui-ci n’est toujours pas effectué au suivi à 3 mois. Ceci met en avant une problématique bien connue au quotidien : il n’est pas toujours aisé de faire réaliser un traitement de l’environnement par les propriétaires. Le lieu de vie peut être vaste, composé de plusieurs habitations (granges, abris de jardin, cave, grenier…) et rendre le traitement difficile. Les propriétaires sont aussi parfois réticents à appliquer ces produits qu’ils jugent « nocifs » pour l’environnement. Nombre d’entre eux sont demandeurs d’ailleurs de produits « bio ». Il ressort de tout ceci que l’utilisation d’un produit associant un adulticide à un IGR montre ici tout son intérêt.

Dans notre cas, si les propriétaires étaient bien convaincus de la nécessité de traiter contre les puces, étant donné le grand nombre visualisé, ils ont été beaucoup plus réfractaires concernant le traitement de la maison et c’est bien grâce à l’association d’un adulticide et d’un IGR que la situation a pu être gérée de façon optimale.

Bibliographie

Siak M and Burrows M. “Flea control in cats New concepts and the current armoury” JFMS Clinical Practice 31 Clinical Review (2013) 15, 31–40.

Dryden MW. “Flea and tick control in the 21st century: challenges and opportunities”. Vet Dermatol. (2009) Oct;20(5-6):435-40.

Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Small Animal Dermatology, 7th ed. Philadelphia. W.B.Saunders, (2013) 322-29, 410-12

SYNTHESE

Dermatite atopique et théorie hygiéniste : le chien aussi ?

La dermatite atopique du chien (DAC) étant assez proche de celle de l’homme (même nom, même patron lésionnel, anomalies de la barrière cutanée ou du microbiote), il est tentant de calquer sur le chien les notions développées chez l’homme. La théorie hygiéniste n’échappe pas à la règle, même si un animal velu couvert de puces, coprophile et vivant à quatre pattes n’a pas la même hygiène de vie qu’un bipède imberbe adepte du savon. (in l’Essentiel n°410)

On a du mal à expliquer en médecine humaine la croissance spectaculaire de l’allergie dans les populations des pays développés (20 % des enfants). Les nombreuses études épidémiologiques faites chez l’homme montrent :

une nette prévalence de la DA en milieu urbain par rapport au milieu rural ;

que les immigrants reproduisent les maladies du pays d’adoption ;

que la DA est plus fréquente dans les pays industrialisés que dans les pays en voie de développement ;

que le risque est plus élevé chez les enfants élevés dans les milieux aisés et chez les enfants uniques que dans les familles nombreuses.

Toutes ces données suggèrent une part importante de l’environnement dans le développement de la DAH. A la fin des années 1980, en Grande-Bretagne, la mise en évidence d’un risque accru avec le rang de naissance a donné naissance à la théorie hygiéniste : les premiers enfants font l’objet de soins plus attentifs et d’une hygiène beaucoup plus rigoureuse que les suivants et sont donc moins exposés au microbisme. Les revues de toutes les nombreuses études publiées ont permis de faire un tri dans ce foisonnement de publications.

Hygiène de base

On a longtemps pensé que les phénomènes de protection liés au rang de naissance étaient dus à un défaut d’hygiène de base. Une étude récente montre que cette théorie est recevable, l’augmentation de la fréquence des nettoyages entraînant une augmentation du risque de développement de la DA.

Soins journaliers

De grandes études de cohortes aux USA et en Europe montrent une relation inverse entre les soins quotidiens et le risque de DA, avec une réduction de risque allant jusqu’à 88 % chez les plus négligés !

Mode de vie anthroposophique

Dans une étude suédoise, les enfants élevés selon ces principes présentent un risque de développement de DA diminué de 20 %. Les auteurs attribuent cette nette diminution du risque à la très faible prescription d’antibiotiques et de vaccins dans ce type de médecine. D’autre part, des facteurs diététiques entrent possiblement en jeu, ces communautés consommant beaucoup de légumes fermentés, riches en lactobacilles.

Environnement rural

L’environnement rural a un effet protecteur lors de la gestation, mais pas durant l’enfance. Si en outre les enfants issus de ces mères vivant en milieu rural consomment du lait cru pendant les 2 premières années de leur vie, le risque de DA est diminué de 80 % !

Animaux de compagnie

Contrairement à une idée reçue, la présence d’animaux (chien, animaux de rente) dans l’entourage de l’enfant n’est pas un facteur de risque de développement d’allergie mais bien un possible élément favorisant un développement équilibré du système immunitaire (surtout durant la prime enfance).

Infestation parasitaire par des helminthes

Cet aspect de la théorie hygiéniste est un des plus controversés. Les meilleurs arguments en faveur d’une relation inverse entre risque de DA et infestation parasitaire vient de populations lourdement infestées notamment par des schistosomes et des ankylostomes. Dans ces populations, une vermifugation des mères enceintes dans les derniers mois de grossesse augmente significativement le risque de DA chez les enfants.

Vaccinations infantiles

De très nombreuses études ont été publiées, dont les résultats sont parfois contradictoires. La plupart montrent un risque légèrement accru chez les enfants vaccinés. Il existe toutefois souvent un biais de recrutement : plus les enfants sont suivis, donc vaccinés, plus on diagnostiquera une DA. D’autre part, une étude montre un effet « protecteur » de la vaccination vis-à-vis des formes graves.

Antibiotiques

Les antibiotiques, en altérant la flore intestinale peuvent altérer les réactions de tolérance digestive, accroissant le risque de développement d’une allergie. La plus faible colonisation par des lactobacilles chez les enfants atopiques est en faveur de cette hypothèse. La grande majorité des études montre une association entre antibiothérapie dans la prime enfance et développement d’une DA (OR poolé de 1,43). Ce risque est accru si les prescriptions sont répétées. Dans une étude allemande, le risque est plus important avec des antibiotiques à spectre large (macrolides, céphalosporines) par rapport aux ß-lactamines, à spectre plus étroit.

Théorie hygiéniste chez le chien

De telles études ouvrent des perspectives de recherche chez le chien : vaccinations, parasitisme digestif, alimentation de la mère ou du chiot, flore digestive, antibiotiques, probiotiques… Certaines d’entre elles sont en cours d’exploration (parasitisme digestif, probiotiques, endotoxines). L’effet des endotoxines a été démontré dans une première étude : le taux d’endotoxines dans le pelage des chiens est inversement proportionnel au risque de développement d’une DAC. Par contre, d’autres éléments recherchés dans le pelage dans cette même étude, comme des glycanes fongiques ou des allergènes de Dermatophagoides sp., ne semblent pas être des facteurs de risque. Les données issues des trois études les mieux documentées sont résumées dans le tableau.

Alimentation de la mère

Une étude suédoise chez des chiens de races prédisposées (boxer, bull terrier et West Highland white terrier) montre que l’alimentation de la mère avec des aliments ménagers (en totalité ou partiellement) durant la lactation aurait un effet protecteur (odds ratio deux fois moins important). Ces résultats doivent être confirmés par des études prospectives contrôlées, avec moins de biais de recrutement (ubi infra ).

Hygiène corporelle (shampooings)

Des bains ou shampooings réguliers apparaissent comme un facteur de risque dans l’étude suisse. Toutefois, l’interprétation de ce critère est très discutable, la fréquence des shampooings pouvant être la conséquence même de la dermatite dont souffrent ces animaux.

Lieu de vie

Les chiens vivant en milieu rural présentent un risque moindre de développement de DA. A contrario , ceux vivant en milieu urbain présentent un risque accru. Il s’agit même d’un critère de diagnostic de la DAC dans un des deux jeux de critères de confirmation de cette affection. Le type de revêtement au sol ou la présence de poussière ne sont pas des facteurs influents. D’ici à faire un lien avec la théorie hygiéniste il n’y a qu’un pas qu’il est très difficile de franchir. En effet, ces études épidémiologiques souffrent de nombreux biais, pas toujours pris en compte. Ainsi, dans une revue sur les biais expérimentaux, l’étude suédoise basée sur les données de chiens assurés a été prise en exemple : si les propriétaires de chiens atopiques sont plus motivés que ceux des chiens témoins pour participer à l’enquête, tout comme ceux préparant une alimentation ménagère, alors les résultats sont complètement différents et l’effet d’une alimentation ménagère n’est pas significative. A vouloir trop faire coller la mode de la théorie hygiéniste au chien, on oublie la place majeure de la génétique dans cette espèce, illustrée par les variations de phénotype et d’étiologie en fonction des races. Ainsi, les facteurs de risque décrits plus haut n’existent pas chez le West Highland white terrier.

Essais thérapeutiques

Les essais thérapeutiques dérivés de cette hypothèse sont pour l’heure peu convaincants.

-Administration d’endoparasites

L’administration de trichures pendant 3 mois à des chiens atopiques ne permet pas d’apporter une amélioration clinique. Cet échec était assez prévisible, les nématodes digestifs ayant peu ou pas d’influence sur la réponse immunitaire (contrairement aux nématodes ayant un cycle viscéral).

-Injections d’extraits de mycobactéries

Un seul essai randomisé contre placebo a été publié chez le chien. Une injection intradermique unique d’extraits de Mycobacterium vaccae n’apporte une amélioration que dans les formes mineures de la maladie. D’autre part, des réactions au site d’injection sont fréquentes et parfois assez spectaculaires. Cette voie est aujourd’hui abandonnée.

-Administration de probiotiques

L’administration de probiotiques est l’intervention thérapeutique ou prophylactique la plus prometteuse. Toutefois, les essais sont difficiles à mettre en place et le peu de publications sur ce sujet ne concerne qu’un nombre très limité d’animaux. Dans un essai comparant deux portées issues de parents identiques atopiques, mais nourries avec et sans probiotiques (10 gélules de Culturelle® par jour pendant la gestation et la lactation, puis 5 par jour aux chiots de 3 semaines à 6 mois), les scores cliniques sont plus faibles à un an dans le groupe traité, mais paradoxalement les concentrations plasmatiques en IL-10 sont plus faibles dans ce groupe. De tels résultats méritent confirmation sur des lots d’animaux plus importants et avec des protocoles moins lourds et moins onéreux. En conclusion, alors même que le mode de vie d’un chien est très différent de celui d’un humain, la théorie hygiéniste trouve un écho dans la pathogénie et la prévention de la DAC. L’influence de l’environnement microbien tant dans le pelage que dans le tube digestif pourrait jouer un rôle prépondérant. C’est d’ailleurs sur les microbiotes digestifs et cutanés que se portent aujourd’hui les recherches afin de tenter de trouver des outils thérapeutiques pour limiter le développement de la DAC et celui des infections bactériennes ou fongiques associées

Bibliographie

1. Flohr C, Yeo L. Atopic dermatitis and the hygiene hypothesis revisited. Curr Probl Dermatol. 2011;41:1-34.

2. Strachan DP. Hay fever, hygiene, and household size. BMJ. 1989;299 (6710):1259-60.

3. Van Beeck FAL, Hoekstra H, Brunekreef B, Willemse T. Inverse association between endotoxin exposure and canine atopic dermatitis. Vet J. 2010;190:215-9.

4. Nodtvedt A, Bergvall K, Sallander M, Egenvall A, Emanuelson U, Hedhammar A. A case-control study of risk factors for canine atopic dermatitis among boxer, bullterrier and West Highland white terrier dogs in Sweden. Vet Dermatol. 2007;18 (5):309-15.

5. Picco F, Zini E, Nett C, Naegeli C, Bigler B, Rufenacht S et al. A prospective study on canine atopic dermatitis and food-induced allergic dermatitis in Switzerland. Vet Dermatol. 2008;19(3):150-5.

6. Meury S, Molitor V, Doherr MG, Roosje P, Leeb T, Hobi S et al. Role of the environment in the development of canine atopic dermatitis in Labrador and golden retrievers. Vet Dermatol. 2011;22(4):327-34.

7. Dohoo. Bias – Is it a problem, and what should we do? Preventive Veterinary Medecine. 2013;113:331– 7.

8. Mueller RS, Specht L, Helmer M, Epe C, Wolken S, Denk D et al. The effect of nematode administration on canine atopic dermatitis. Vet Parasitol. 2011.

9. Flohr C, Quinnell RJ, Britton J. Do helminth parasites protect against atopy and allergic disease? Clin Exp Allergy. 2009;39(1):20-32.

10. Gutzwiller ME, Reist M, Peel JE, Seewald W, Brunet LR, Roosje PJ. Intradermal injection of heat-killed Mycobacterium vaccae in dogs with atopic dermatitis: a multicentre pilot study. Vet Dermatol.

2007;18(2):87-93.

11. Marsella R, Santoro D, Ahrens K. Early exposure to probiotics in a canine model of atopic dermatitis has long-term clinical and immunological effects. Vet Immunol Immunopathol. 2012;146(2):185-9.

La fièvre

urgences vétérinaires 92 urgences vétérinaires 75 urgences vétérinaires Paris Neuilly sur Seine fièvre température chien chat

© Rita Kochmarjova

La fièvre correspond à une élévation de la température corporelle. Elle peut avoir beaucoup d’origines, dont une grande partie ne sont pas infectieuses (voir la liste des diagnostics différentiels). Une « vraie » fièvre est due à la production de substances pyrogènes endogènes, qui vont augmenter la température de référence dans le centre de thermorégulation de l’hypothalamus (aire pré­ optique), ce qui provoque une hausse de la température centrale par une combinaison d’activation de mécanismes thermogéniques et conservateurs de la chaleur. Tout ceci dans le but de combattre une infection, en ralentissant par exemple la réplication des virus et en augmentant l’activité des leucocytes. La température corporelle peut aussi augmenter à la suite d’une mauvaise élimination de la chaleur (coup de chaleur) ou d’un exercice musculaire excessif.

La température rectale physiologique chez les chats et les chiens est généralement comprise entre 38 et 39°C. Si la température dépasse 41,5°C, des dégâts irréparables peuvent survenir dans les organes et l’animal peut même mourir. Cette température n’est en général pas dépassée en cas de « vraie » fièvre, mais plutôt lors d’un coup de chaleur ou d’un exercice musculaire trop intense.

Principaux diagnostics différentiels

Vraie fièvre

  • Infection (bactérienne, virale, fongique ou proto­zoaire)

  • Maladie inflammatoire non infectieuse (ex : pancréatite)

  • Maladie d’origine immunitaire

  • Tumeur (en particulier myéloproliférative) Traumatisme/nécrose

Impossibilité d’évacuer la chaleur (coup de chaleur)

    • Humidité et/ou température de l’environnement trop élevées

    • Obstruction respiratoire

Exercice musculaire trop intense

    • Convulsions sur une longue durée

    • Exercice violent

Approche diagnostique

Il faut d’abord chercher à vérifier que la fièvre est significative. Les animaux atteints d’une vraie fièvre sont en général amenés chez le vétérinaire à cause d’autres symptômes comme une léthargie ou un manque d’appétit. Les augmentations modérées de température (39,0-39,5°() sont parfois des découvertes fortuites chez des patients qui semblent en bonne santé lorsque la température ambiante est trop élevée ou lorsqu’ils sont excités. Ces animaux, ainsi que ceux souffrant d’un coup de chaleur, essaieront souvent de faire baisser leur température en haletant ou en changeant souvent de position, alors que ceux souffrant d’une vraie fièvre ne le feront pas, car l’altération de la température centrale de référence n’active pas ces mécanismes de régulation.

Après un coup de chaleur ou un exercice musculaire excessif, les animaux sont souvent dangereusement hy­perthermiques (> 41,0°C). Il faut rapidement demander l’anamnèse et évaluer les systèmes cardiovasculaire et respiratoire afin de réaliser les gestes d’urgence néces­saires.

Pour les patients chez qui l’on soupçonne une vraie fièvre, il faut recueillir une anamnèse complète et détaillée, en prêtant une attention particulière aux éléments pouvant expliquer l’origine de la fièvre, par exemple de la toux, des éternuements, des signes d’affections du bas appareil urinaire (ABAU) ou une diarrhée. Il faut vérifier le statut vaccinal de l’animal et noter les éventuels voyages hors du pays (en cas de maladie infectieuse exotique).

On réalisera ensuite un examen clinique complet afin d’essayer de déterminer l’origine de la fièvre. Les élé­ments pouvant indiquer une cause bactérienne sont les abcès, les problèmes dentaires, un écoulement nasal purulent, des bruits respiratoires augmentés (ex : pneumonie), ou diminués (ex : pyothorax), l’apparition d’un souffle (ex : endocardite), une douleur abdomi­nale focale (ex : pyélonéphrite), une douleur abdomi­nale diffuse (ex : péritonite), un écoulement vaginal (pyomètre), une douleur prostatique (prostatite), une douleur vertébrale (ex : discospondylite), une douleur/ effusion articulaire (ex :arthrite septique), une douleur osseuse (ex : ostéomyélite) ou une douleur au niveau des glandes anales (abcès). Chez les chats, il faudra aus­si penser aux maladies virales telles que le FIV, le FeLV ou la PIF,et aussi penser aux atteintes respiratoires. Les signes indiquant une origine immune ou une maladie inflammatoire non septique sont des articulations gonflées ou douloureuses (ex : polyarthrite), une douleur lors de la manipulation du cou ou de la colonne vertébrale (ex : polyarthrite ou méningite), une douleur abdominale crâniale (ex : pancréatite), une anémie ou des problèmes dermatologiques importants. Un examen attentif dans l’objectif de déceler une tumeur doit inclure la palpation des nœuds lymphatiques et de l’abdomen (de la rate en particulierà. Beaucoup des symptômes énoncés précédemment ont souvent plusieurs causes et nécessiteront de poursuivre les investigations afin de confirmer le diagnostic.

Il arrive aussi que certains patients présente une forte fièvre sans aucun autre symptôme évident à l’examen clinique ; on dit alors que la fièvre est idiopathique, et son diagnostic peut se révéler très difficile, tout comme son traitement.

Traitement

Les patients ayant une température rectale supérieure à 41°C (en général due à un coup de chaleur ou à des convulsions) nécessitent des soins d’urgence. Ces patients montrent souvent des signes de déshydratation et/ou de choc hypovolémique. Il faut faire baisser leur température à l’aide d’un climatiseur et en appliquant de l’alcool sur les membres. Il faut éviter d’appliquer de l’eau froide ou de la glace car ceci provoque une vasoconstriction et donc une déperdition de chaleur moindre. Il faut arrêter de faire descendre lorsqu’elle atteint 39,5-40°C, afin d’éviter une hypothermie rebond. On administrera des critalloïdes en IV, refroidis ou à température ambiante, afin de soutenir le système cardiovasculaire, et on supplémentera en oxygène à l’aide d’un masque, en intubant ou avec un cathéter intranasal pour optimiser l’apport d’oxygène aux tissus.

Chez les patients ayant une vraie fièvre, toute source possible identifiée au cours de l’examen clinique doit être explorée et traitée de façon appropriée. Si l’on identifie une origine bactérienne, il faut démarrer un traitement antibiotique adapté. Il n’est pas nécessaire de perfuser l’animal à moins qu’il ne soit déshydraté, hypovolémique, ou que sa température rectale soit supérieure à 41°C. Les techniques de refroidissement actif décrites plus haut risquent d’être contre-productives car elles ne modifieront pas l’altération du thermostat central, et en plus le patient gaspillera son énergie pour élever à nouveau sa température.

Chez les animaux dont la fièvre est idiopathique, l’approche dépendra de la sévérité des autres symptômes. Si l’état général du patient est très altéré (ex : plusieurs jours d’anorexie ou signes cliniques de déshydratation), il faut réaliser des examens complémentaires (en commençant par des analyses sanguines, une biochimie et une analyse urinaire). Si l’état de l’animal ne se détériore que depuis 24-48h et s’il semble encore assez vif, un traitement empirique est justifié. Il est possible que certains patients guérissent sans médicament, mais les propriétaires tiennent en général à ce qu’on prescrive un traitement qui rétablira rapidement leur animal. La communication avec les clients est essentielle, en leur expliquant le raisonnement justifiant le traitement mis en place et en insistant sur la nécessité de revoir l’animal.

Il est important de garder à l’esprit (et d’expliquer au propriétaire) que les animaux ayant de la fièvre n’ont pas tous une infection bactérienne. Il faut prescrire des antibiotiques lorsque l’on soupçonne une origine bactérienne, par exemple chez les chats qui ont accès à l’extérieur et qui peuvent s’être bagarrés, ou chez les patients ayant des antécédents d’infections bactériennes urinaires ou respiratoires. Un traitement court à base d’antibiotiques peut aussi être envisagé pour les autres cas de fièvre idiopathique, au vu de la difficulté de détecter les premières phases de certaines des infections bactériennes listées précédemment.

Afin d’améliorer rapidement l’état général du patient, de lui redonner de l’appétit et de diminuer sa température corporelle durant 24-48h, une injection d’AINS peut suffire ou être associée à des antibiotiques. Ceci peut donner le temps au corps de résoudre par lui-même la cause sous-jacente, même s’il est peu probable qu’elle masque les symptômes d’une maladie sévère. Bien que la fièvre puisse être un mécanisme de défense chez les patients ayant une maladie infectieuse, peu de preuves ont été apportées qu’une injection unique d’AINS serait néfaste chez un chat ou un chien qui a été entièrement examiné et chez qui on n’a trouvé aucun indice concernant l’origine de la fièvre.

L’approche spécifique qui sera adoptée dépend du clinicien, qui prendra en compte toutes les informations importantes concernant l’animal. Il pourra envisager de démarrer le traitement par la prescription sur une courte durée (5-7 jours) d’antibiotiques PO comme l’ampicilline ou l’amoxicilline, et/ou une injection d’AINS pour faire baisser le point de déclenchement du thermostat hypothalamique. Indépendamment du traitement donné, le patient devra être examiné à nouveau si son état ne s’améliore pas ou s’il montre des signes de rechute dans les 24-48h qui suivent.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement adapté à une infection bactérienne identifiée améliorera en général rapidement l’état de l’animal ainsi que le pronostic, dans la mesure où il n’y a pas d’autre affection systémique. Changer d’antibiotique tous les deux jours pour évaluer la réponse au traitement n’est pas recommandé ; si l’animal ne répond pas au traitement antibiotique initial, il est peu probable qu’il s’agisse uniquement d’une simple infection bactérienne. D’autres causes de fièvre comme le FeLV, la PIF, une infection fongique ou par des protozoaires, un cancer lymphoprolifératif ou certaines maladies à médiation immune ont un pronostic plus sombre même avec un traitement adapté.

Si l’on considère la fièvre comme idiopathique et que l’animal ne répond pas ou que la fièvre récidive après avoir reçu un traitement antibiotique, associé ou non à un AINS,il faut réaliser d’autres examens complémentaires. La plupart du temps, d’autres signes cliniques auront fait leur apparition, et permettront de mieux orienter les examens et le traitement. Il faut examiner à nouveau attentivement l’animal et effectuer une nouvelle analyse biochimique, une numération­ formule sanguine ainsi qu’une analyse des urines (avec une culture notamment). Chez les chats, il faut les tester pour le FIV et le FeLV, et également envisager la PIF. On ponctionnera à l’aiguille fine toute masse ou gonflement anormaux.

Si le clinicien n’arrive toujours pas à trouver la cause, il faut envisager une origine néoplasique, infectieuse ou immunitaire et réaliser des clichés thoraciques et abdominaux, ainsi qu’une échographie abdominale. Certains cas nécessiteront des examens plus spécifiques, tels qu’une biopsie des masses anormales, une échocardiographie, une hémoculture, une ponction de LCR, de liquide synovial ou encore de moelle osseuse.

La majorité des patients présentant de la fièvre iront mieux d’eux-mêmes après 24-48h. Il est souvent difficile de savoir si c’est grâce au traitement empirique ou non. Si on a prescrit un traitement empirique à base d’antibiotiques, on pourra limiter son coût en choisissant de l’ampicilline ou de l’amoxicilline.

Les patients dont l’origine de la fièvre demeure inconnue se révèlent souvent frustants et chers à explorer, et même dans un centre spécialisé, on n’aboutira pas au diagnostic dans 10 à 15 % des cas. Si les propriétaires ne souhaitent pas poursuivre les investigations, on devra parfois poursuivre le traitement avec des antibiotiques à large spectre. Si l’animal ne répond pas aux antibiotiques, on pourra essayer de donner des corticoïdes à dose immunosuppressive au cas où on aurait raté une maladie immunitaire. Cependant, si on décide d’utiliser des AIS à ces doses, il faut prévenir le propriétaire que l’animal risque de mourir s’il y avait un processus infectieux car il pourrait alors se disséminer.

La perte de poids

urgences vétérinaires 92 urgences vétérinaires 75 urgences vétérinaires Paris Neuilly sur Seine perte de poids amaigrissement chien chat

© poto69

Chez un chien ou un chat en bon état corporel, on sentira facilement une fine couche de gras recouvrir les côtes. On pourra également voir sa taille s’affiner en arrière des côtes lorsqu’on le regarde du dessus. On s’apercevra sou­vent qu’un changement de poids a eu lieu quand cette silhouette idéale est modifiée. Cependant, le propriétaire peut se tromper quant à l’origine du changement de poids de son animal ; par exemple, les chiens présentant à la fois une distension abdominale (ex : à cause d’une ascite) et une fonte musculaire, peuvent donner l’impression à leurs propriétaires d’avoir pris du poids, alors qu’ils en ont perdu. Les animaux en croissance perdent rarement du poids, mais ils peuvent souffrir d’un retard de croissance lorsqu’ils apparaissent trop maigres pour leur âge.

Une perte de poids peut avoir beaucoup d’origines et doit toujours être considérée comme pathologique sauf si le propriétaire a lui-même réduit la quantité de nour­riture ou augmenté le niveau d’exercice de son compagnon. Lorsque la perte de poids est progressive, le propriétaire mettra plus de temps à s’en rendre compte. Il est donc conseillé de noter le poids de l’animal à chaque visite, afin de mieux apprécier tout changement.

Principaux diagnostics différentiels

Insuffisance de l’apport calorique due à :

  • Une alimentation de mauvaise qualité ou en quantité insuffisante

  • Une maladie systémique, causant une perte d’ap­ pétit ou une anorexie (ex : insuffisance rénale chronique)

  • Une impossibilité à s’alimenter, par exemple suite à un traumatisme au niveau de la tête

  • Une augmentation du niveau d’exercice ou de tra­vail

Une mauvaise absorption intestinale due à :

  • Des parasites intestinaux

  • Une atteinte gastro-intestinale (en particulier causant une malabsorption,maldigestion ou une entéropathie provoquant une fuite des protéines)

  • Une insuffisance du pancréas exocrine

Une incapacité à utiliser les calories absorbées due à :

    • Un diabète sucré

    • Une affection hépatique

    • Un syndrome néphrotique

Une augmentation du métabolisme causée par :

    • Une hyperthyroïdie (chats)

    • Une maladie infectieuse ou inflammatoire chro­nique

    • Une cachexie associée à un processus tumoral ou à une insuffisance cardiaque

Attention cependant, la perte de poids a souvent une ori­gine multifactorielle, et on hiérarchisera les hypothèses différemment selon l’âge de l’animal. Par exemple, un vieux chat qui s’amaigrit souffre très probablement d’une insuffisance rénale, d’une hyperthyroïdie, d’un diabète sucré et/ou d’un processus tumoral,alors qu’un retard de croissance chez un chiot est souvent causé par une ali­mentation inadaptée ou du parasitisme intestinal.

Approche diagnostique

Il faut obtenir une anamnèse détaillée, surtout en ce qui concerne la quantité et la qualité de l’alimentation, les dernières vermifugations, une modification de l’exercice physique, et tout autre signe clinique pouvant aider à établir le diagnostic. La durée et la sévérité de la perte de poids doit être notée. Il faut réaliser un examen clinique complet, en prêtant une attention particulière à l’état corporel ainsi qu’à tout signe de maladie sous­-jacente.

L’approche diagnostique sera influencée par l’âge de l’animal et par la présence éventuelle d’autres signes cliniques spécifiques (se reporter aux chapitres correspondants). L’urgence des recherches entreprises sera aussi influencée par la vitesse de la perte de poids. Si l’on a exclu une mauvaise prise alimentaire et qu’aucun autre signe clinique n’est flagrant, il faut faire une prise de sang pour effectuer des analyses sanguines et biochimiques (dont l’urée, la créatinine, l’albumine, les globulines, les enzymes hépatiques, les acides biliaires, le sodium, le potassium, le calcium,le phosphore et le glucose) ainsi que des analyses urinaires (densité et bandelette urinaire, et s’il y a une quantité significative de protéines faire le rapport avec la créatinine). La concentration sérique en thyroxine T4 doit aussi être mesurée chez les chats âgés. Chez les chiots et les chatons, en l’absence de signe clinique pertinent, il faut envoyer un prélèvement de fèces pour recherche de parasites et/ou prescrire un traitement vermifuge approprié avant de poursuivre les investigations.

Traitement

Si l’alimentation est incorrecte, il faut commencer par la corriger. Si un doute persiste quant au protocole de vermifugation effectué, en particulier chez les jeunes animaux, il faut en prescrire un nouveau. La plupart du temps, un traitement efficace sera basé sur l’identification et la prise en charge de la cause sous-jacente.

Si la perte de poids continue et qu’aucune cause ne peut lui être attribuée après les examens entrepris initialement, il faut poursuivre les investigations. Les radiographies de l’abdomen peuvent révéler des éléments indétectables à la palpation (ex : tumeur). Les patients atteints d’une affection gastro-intestinale ou d’une insuffisance pancréatique exocrine peuvent présenter des vomissements ou une diarrhée de façon peu fréquente, ou bien le propriétaire peut ne pas avoir remarqué les signes gastro-intestinaux (ex : chats ayant accès à l’extérieur) : chez ces patients, on recommande de doser l’immuno-réactivité du trypsinogène (TLI) ainsi que de la vitamine B12 et B0. D’autres examens complémentaires tels qu’une échographie abdominale, une endoscopie ou une biopsie peuvent être nécessaires pour établir un diagnostic définitif. Les tests de dépistage des maladies infectieuses peuvent être utiles, bien que généralement les patients montrent d’autres signes cliniques ; par exemple dans le cas du FIV, du FeLV ou de la PIF chez les chats ; ou dans le cas de la leishmaniose chez les chiens qui se sont rendus dans une région endémique.

Il est important de s’assurer que le régime alimentaire est adapté à l’animal, qu’il est correctement distribué et consommé avant de se lancer dans des tests onéreux. Chez les chiots et les chatons, il est en général plus économique de prescrire une vermifugation plutôt que d’effectuer une coproscopie de façon systématique dès que l’on soupçonne un parasitisme intestinal. Des indices sur l’origine des symptômes peuvent souvent être détectés au cours de l’examen clinique, et éviteront de réaliser des examens complémentaires inutiles.

Les anémies

urgences vétérinaires 92 urgences vétérinaires 75 urgences vétérinaires Paris Neuilly sur Seine anémie chien chat

© chiarafornasari

Une anémie signifie qu’il y a un nombre réduit de globules rouges circulants, elle est assez fréquente chez les chiens et les chats. Les propriétaires ne se rendent en général pas compte que leur animal est anémié, et viendront chez le vétérinaire à cause des signes cliniques qui en découlent, comme une léthargie ou un collapsus, ou encore à cause des symptômes liés à une maladie sous-jacente. L’anémie résulte de l’un de ces trois mécanismes :

  • Une hémorragie (perte de globules rouges)

  • Une hémolyse (destruction de globules rouges)

  • Une mauvaise production de globules rouges

Les analyses sanguines permettent de classer les anémies comme régénératives (s’il y a des signes de production de globules rouges) ou arégénératives (lorsque la moelle os­ seuse est incapable de produire autant de globules rouges qu’il en faudrait). Cette classification donnera des indices sur l’étiologie, et renseigne sur le pronostic, car en général s’il n’y a aucun signe de régénération,le pronostic est plus mauvais.

Principaux diagnostics différentiels

* Hémorragie (régénérative, bien que la production maximale puisse mettre 3-5 jours à se mettre en place)

  • Traumatisme (ex : accident de la voie publique (AVP) ou rupture artérielle)

  • Hémorragie d’origine tumorale (ex : hémangiosar­ come splénique)

  • Hémorragie postchirurgicale

  • Ulcère gastro-intestinal

  • Infestation ectoparasitaire sévère (plus rarement endoparasitaire)

  • Troubles de l’hémostase (ex : toxicité de la couma­dine, maladie de von Willebrand, thrombocyto­pénie ou Coagulation lntra-vasculaire Disséminée (CIVD))

* Hémolyse (régénérative, bien que la production maximale puisse mettre 3-5 jours à se mettre en place)

  • Anémie hémolytique à médiation immune pri­maire ou secondaire à une autre maladie ; une petite proportion de ces anémies est arégénéra­tive à cause de la destruction des précurseurs des globules rouges dans la moelle osseuse

  • Maladie infectieuse (piroplasmose, ehrlichiose, Mycoplasma haemofelis chez les chats)

  • Intoxication (zinc, paracétamol ou oignon)

* Mauvaise production de globules rouges (arégénéra­tive)

  • Atteinte de la moelle osseuse (dont le FeLV et le FIV chez les chats, toxicité des œstrogènes, admi­nistration de médicaments myélosuppressifs ou atteinte primaire de la moelle osseuse)

  • Anémie causée par une maladie chronique (beau­coup de maladies inflammatoires chroniques ou néoplasiques provoquent une anémie modérée car la moelle osseuse devient incapable d’utiliser le fer à cause d’une production anormale de cyto­kines)

  • Déficit en fer (en général provoqué par une perte de sang chronique, surtout à partir du tube digestif ; elle peut être modérément régénérative au dé­part)

  • Anémie causée par une atteinte rénale

Approche diagnostique

Chez un animal anémié, les principaux objectifs sont d’évaluer la sévérité de l’atteinte et de déterminer son origine afin de la traiter de façon appropriée. On peut détecter l’anémie à partir de l’examen clinique, en particulier s’il y a eu une hémorragie évidente ; on peut aussi détecter l’anémie à partir d’analyses sanguines réalisées au départ dans le but d’explorer d’autres signes cliniques, comme une léthargie, une anorexie ou une polydipsie.

Pistes à partir de l’examen clinique

Les patients anémiés présentent une variété de signes cliniques qui dépend de la sévérité de l’anémie, de sa durée, de la vitesse de sa mise en place et de son origine. Une anémie modérée ne provoquera pas de signes cliniques marqués ou de pâleur des muqueuses. Une anémie modérée à sévère qui s’est mise en place sur plusieurs semaines ou mois peut ne provoquer qu’une baisse d’activité ou une intolérance à l’exercice modérées, mais la pâleur des muqueuses sera évidente à l’examen clinique. Si la sévérité de l’atteinte augmente, ou si une anémie modérée à sévère se déclare soudainement, l’ani­mal montrera une grande faiblesse, une intolérance à l’exercice ou même un collapsus. Une tachypnée et une tachycardie peuvent survenir à cause de la baisse de capacité de transport de l’oxygène. Un souffle ané­mique peut apparaître, qui sera en général assez faible, de grade maximal 2/6,localisé au niveau de la base du cœur à gauche.

Une hémorragie sévère provoquera des signes de choc hypovolémique, avec au départ un pouls

bondissant, s’affaiblissant progressivement pour devenir faible et filant quand le cœur décompense. L’hématocrite (Ht) peut rester normal au début. Une hémorragie externe peut être causée par un saignement artériel ou une hémorragie autour d’une fracture. Il faut soupçonner une hémorragie interne lorsque l’origine de l’anémie est inconnue, elle sera révélée par la présence de méléna ou d’une hématémèse (saignements gastro-intestinaux), un signe du flot positif (hémoabdomen), une tachypnée associée à une matité lors de la percussion et de l’auscultation du thorax ventral (hémothorax), ou une tachypnée associée à des crépitements pulmonaires (contusions pulmonaires).

Les anémies hémolytiques et les anémies arégénératives ne provoquent pas une baisse du volume sanguin circulant. Les anémies hémolytiques sévères ou aiguës peuvent provoquer un pouls bondissant et un ictère. Les anémies arégénératives se développent en général sur plusieurs semaines ou mois, et bien souvent le seul signe clinique est une pâleur des muqueuses.

Analyses sanguines

On pourra confirmer l’anémie et évaluer sa sévérité grâce à des analyses sanguines classiques (par exemple une NF sanguine). Les valeurs de l’hématocrite, la concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH) et la numération érythrocytaire seront en-dessous de la norme de l’espèce. En général, une valeur de l’hématocrite inférieure à 20 % chez un chien ou 15 % chez un chat est considérée comme sévère. Les cliniciens doivent prendre en compte le fait que les patients ayant une hémorragie aiguë sévère peuvent avoir un hématocrite initialement normal, mais avoir des symptômes provoqués par la diminution du volume sanguin circulant. Une fois l’anémie confirmée, il faudra obtenir les informations nécessaires pour exclure un traumatisme, une exposition à des toxiques ou un voyage à l’étranger.

Si l’anémie est significative mais l’état du patient stable, la première étape consiste à envoyer du sang dans un tube EDTA ainsi qu’un frottis à un laboratoire extérieur possédant l’expertise nécessaire à l’évaluation et l’interprétation des anomalies hématologiques. Il faut demander une numération des réticulocytes car la présence de ces précurseurs des globules rouges indique que l’anémie est régénérative, tout comme d’autres anomalies telles qu’une augmentation du volume globulaire moyen (ou VGM), une anisocytose ou une polychromasie. Si la régénération semble au début anormale dans le cas d’une hémorragie ou d’une anémie hémolytique, il faut alors refaire une NF sanguine complète 3-5 jours plus tard,au moment où la vitesse de régénération devrait être maximale. Une NF sanguine complète peut aussi mettre en évidence des signes d’hémolyse à médiation immunitaire : on notera alors la présence de sphérocytes et d’une autoagglutination ; des signes de carence en fer : baisse du VGM, de la CCMH et anomalies morphologiques; ou des signes d’atteinte de la moelle osseuse : neutropénie et thrombocytopénie.

La biochimie peut aussi donner des informations sur l’origine de l’anémie ou de la maladie sous-jacente (ex : hyperbilirubinémie lors d’anémie hémolytique, augmentation de l’azotémie lors d’insuffisance rénale). Il faut aussi tester les chats pour le FeLV et le FIV si aucune autre cause ne peut être trouvée. Si on détecte une anémie modérée par hasard mais qu’il n’y a aucun signe clinique (chez un patient insuffisant rénal par exemple), il n’est pas nécessaire de l’explorer davantage.

En situation d’urgence, lors d’une anémie sévère ou aiguë, on n’a parfois pas le temps d’attendre les résultats du laboratoire extérieur. Une détermination rapide de l’hématocrite et des protéines totales (mesuré avec un réfractomètre à partir d’une goutte de plasma) aideront à différencier une hémorragie d’une hémolyse, les deux causes les plus probables. Une hémorragie conduit souvent à une baisse des protéines totales, alors qu’une hémolyse sera plutôt à l’origine d’un ictère (coloration jaune) ou d’une hémoglobinémie (coloration rouge) dans le plasma après centrifugation du prélèvement sanguin. S’il n’y a aucune cause apparente d’hémorragie, on pourra essayer de détecter une hémorragie interne en réalisant une abdominocentèse, une échographie thoracique/abdominale ou encore une radiographie. A moins que le clinicien n’ait détecté la présence d’une hémorragie, il faut réaliser et examiner sur place un frottis pour évaluer le nombre de plaquettes (normalement 10-15 par champs à fort grossissement), car les analyseurs des cliniques peuvent parfois faire des erreurs de comptage. Le frottis peut aussi aider à évaluer le caractère régénératif (anisocytose, polychromasie), et d’autres modifications cellulaires comme une sphérocytose. Il est possible d’explorer l’hypothèse d’une hémolyse à médiation immunitaire en réalisant un test d’agglutination en solution saline, dont le principe repose sur le dépôt d’une goutte de solution saline (deux pour un chat) sur une goutte de sang avec EDTA sur une lame, avant d’évaluer l’agglutination macroscopique et microscopique (Figure 8.3). On recommande cependant d’envoyer dès que possible un prélèvement de sang sur EDTA à un laboratoire.

Chez les animaux dont la cause de l’anémie est toujours inconnue, le clinicien peut réaliser les examens suivants, en les hiérarchisant selon le degré de suspicion de chaque maladie (il est parfois nécessaire de référer pour certaines de ces procédures) :

  • Suspicion d’hémorragie occulte : analyses urinaires, recherche de sang dans les selles (après 3 jours sans manger de viande), et imagerie

  • Suspicion d’une maladie hémolytique :une anémie à médiation immunitaire engendrera une bilirubi­nurie, une bilirubinémie, une auto-agglutination et/ou une sphérocytose

significatives. Le diagnostic sera confirmé grâce à un test de Coombs. L’ima­gerie pourra être utilisée afin d’explorer l’hypo­thèse d’une autre maladie sous-jacente. Les autres causes d’hémolyse sont moins courantes, elles comprennent les intoxications au zinc (ex : pièces de monnaie), au paracétamol ou aux oignons (qui ont des propriétés oxydantes, surtout sur les glo­bules rouges des chats).

  • Suspicion d’une infection à Mycoplasma haemofelis : PCR

  • Suspicion d’une maladie exotique à la suite d’un voyage à l’étranger : PCR pour l’ehrlichiose, la leish­maniose et la piroplasmose.

  • Suspicion d’une atteinte de la moelle osseuse : ponction pour biopsie de la moelle osseuse

  • Suspicion d’un trouble de la coagulation : les tests utiles sont une numération des plaquettes, le temps de saignement (si les plaquettes sont normales) et une évaluation de la coagulation avec le temps de Quick et le temps de céphaline Kaolin.

  • Suspicion d’une maladie génétique : tests géné­tiques pour dépister la déficience en pyruvate ki­nase chez le Basenji, la déficience en phosphofruc­tokinase chez l’épagneul anglais, ou la mesure de la quantité de vitamine B12 pour la carence en coba­lamine chez le Border Collie et le Schnauzer géant.

Traitement

Si l’état général de l’animal est encore bon, que son rythme cardiaque, respiratoire et son pouls sont normaux, il faudra d’abord concentrer les efforts pour trouver l’origine de l’anémie et démarrer un traitement adapté. Dans les cas les plus sévères, mais non vitaux, on conseillera d’éviter tout stress ou exercice à l’animal en attendant la fin des investigations.

Si l’animal présente des signes d’hypovolémie dus à une hémorragie aigüe, on le perfusera avec des cristalloïdes et des colloïdes, tout en essayant de contrôler l’hémorragie. On appliquera des pansements compressifs au niveau des hémorragies externes. On pourra placer un bandage abdominal sur les patients ayant des saignements abdominaux en attendant qu’ils soient stabilisés pour la chirurgie. S’il est impossible de contrôler les saignements, il pourra s’avérer nécessaire de faire une transfusion. Il faut prendre garde aux perfusions chez les patients souffrant de contusions pulmonaires, car il est très facile d’empirer la situation en créant une hémorragie pulmonaire et en provoquant une insuffisance respiratoire irréversible.

Les patients souffrant d’une anémie hémolytique ou arégénérative chronique sont généralement euvolémiques et ne requièrent pas d’être perfusés. Ils peuvent cependant montrer des signes d’insuffisance de transport de l’oxygène tels qu’une faiblesse, une tachycardie, une tachypnée ou un pouls bondissant. Si c’est le cas, l’animal pourra bénéficier d’une transfusion de sang total, de globules rouges ou d’une solution d’hémoglobine.

Les patients chez qui l’on suspecte une hémorragie gastro-intestinale seront traités avec un protecteur des muqueuses comme l’oméprazole ou le sucralfate. Si on suspecte une intoxication par un rodenticide, on administrera de la vitamine K. Il n’est pas conseillé de donner de la vitamine B12 ou du fer à moins qu’une carence n’ait été spécifiquement identifiée. La suite du traitement dépendra de l’étiologie de l’anémie (comme de l’EPO en cas d’insuffisance rénale) et on pourra consulter un spécialiste si nécessaire.

Et si l’état ne s’améliore pas ?

Le succès du traitement dépend de l’identification et de la prise en compte de l’origine de l’anémie. Si les patients souffrant d’une hémorragie ne répondent pas au traitement initial, il faut rechercher une autre source d’hémorragie. On peut envisager une carence en fer s’il y a eu des pertes sanguines chroniques. Le traitement des patients souffrant d’une anémie hémolytique dépendra de l’origine de cette dernière, et si après la mise en place d’un traitement spécifique son état ne s’améliore pas dans les jours qui suivent, il faut revoir le diagnostic. Lorsque la NF sanguine révèle alors la présence d’une anémie arégénérative persistante, il est essentiel de déterminer son origine exacte afin de savoir s’il existe un traitement curatif ou non. Il est par exemple possible de traiter avec succès certains cas d’atteinte primaire de la moelle osseuse, mais la plupart nécessiteront de demander conseil auprès d’un spécialiste et/ou auront un mauvais pronostic.

L’hypertension artérielle pulmonaire existe aussi chez les chiens

urgences vétérinaires 92 urgences vétérinaires 75 urgences vétérinaires Paris Neuilly sur Seine hypertension artérielle pulmonaire

© Gajus

Animaux et humains sont plus semblables qu’on ne le pense. Il y a certaines similitudes dont les chiens aimeraient volontiers se passer !

Des chercheurs de la Michigan State University ont découvert une forme sévère et rare de l’hypertension artérielle pulmonaire chez les chiens. Jusqu’à présent, cette affection n’avait été classée que comme une maladie humaine du poumon.

L’étude a été publiée le 29 février dans la revue Veterinary Pathology.

« Notre recherche est la première à avoir fait état de l’existence de la maladie veino-occlusive pulmonaire, ou PVOD, chez les chiens », a déclaré Kurt Williams, DVM, PhD, DACVP, auteur principal de l’étude. « La PVOD est considérée comme l’une des formes les plus sévères de l’hypertension artérielle pulmonaire.« 

L’hypertension artérielle pulmonaire se développe à cause de vaisseaux sanguins anormaux dans les poumons, ce qui rend plus difficile pour le cœur de pousser le sang à travers eux et ainsi fournir de l’oxygène au reste du corps. En cas de maladie veino-occlusive, les petites veines dans les poumons se bouchent, ce qui augmente la pression dans ces vaisseaux sanguins, causant finalement une insuffisance cardiaque.

« Le même processus se produit chez les chiens », explique Williams. « Les chiens manifestent des symptômes semblables à l’homme, mais étant donné que les changements subtils que ceux-ci opèrent sur la santé ne peuvent pas être reconnus aussi rapidement chez les chiens, la mort peut survenir rapidement chez l’animal. »

Les symptômes comprennent la toux, l’augmentation du rythme de la respiration, la détresse respiratoire, la perte d’appétit, et la fatigue chronique. Une progression fatale de la maladie chez l’homme peut durer jusqu’à deux ans.

« La PVOD est une maladie mal comprise non seulement parce qu’elle est rare, mais aussi parce qu’il n’y a peu d’animaux identifiés comme pouvant la contracter », souligne Williams. « Notre découverte change les choses. »

(Source : NewStat, 16 mai)

Revue de presse – Avril 2016

BREVES

FRANCE

SAVE THE DATE ! « Dog Revolution », un séminaire sur les comportements gênants canins début octobre à Nanterre

Sous l’égide des vétérinaires comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, l’unversité Nanterre Paris Ouest accueillera les 1er et 2 octobre un séminaire consacré à la gestion des comportements gênants chez le chien. De la prévention à la socialisation du chien à la place du chien dans notre société via les aspects législatifs, les connaissances en matière cognitive et de bien-être, de nombreux intervenants (scientifiques, chercheurs, éducateurs canins) exploreront la relation homme-chien, les souffrance que chacun peut vivre au sein de cette relation et les solutions pratiques pour y remédier.

Ce séminaire aura pour originalité de proposer une étude de cas pratiques avec présentation de propriétaires accompagnés de leur animal pendant la deuxième journée. Un appel à candidatures sera bientôt lancé !

FRANCE
Votre chien sait exactement ce que vous pensez et ressentez !

D’après une étude menée par Charlotte Duranton, éthologue de l’université de Marseille, les chiens peuvent dire ce que leurs propriétaires pensent des inconnus en observant leurs réactions.

Nos amis canins sauraient donc pratiquer ce que l’on nomme le référencement social : ils basent leur comportement envers les inconnus selon le comportement de leur propriétaire. Cette information leur permet de savoir s’ils doivent être amicaux ou hostiles envers la personne concernée.

Dans l’étude, publiée dans la revue Animal Behaviour, l’attitude des chiens variait selon que leur maître approchait, restait ou déplacé loin des personnes inconnues.

« Les chiens lançaient des regards référentiels vers leur propriétaire, et observaient également les alternances de regards entre l’expérimentateur, la personne inconnue, et leur propriétaire, » rapporte l’étude.

Lorsque les propriétaires s’éloignaient de la personne inconnue, les chiens l’observaient très rapidement et mettaient nettement plus de temps à entamer un contact avec elle que lorsque leur propriétaire s’en était approché.

Les chiens interagissaient également plus avec leurs propriétaires lorsqu’ils s’éloignaient.

Le phénomène de référencement social est également observé chez les jeunes enfants qui se tournent vers leurs parents pour observer leur réaction face à des inconnus, avant de formuler une réponse.

Pour les chercheurs, ces éléments pourraient permettre de mieux gérer les réactions des chiens face à des personnes inconnues dans des lieux publics.

Le sexe des chiens étudiés a également eu un effet sur leurs comportements – les mâles cherchaient moins d’informations auprès de leurs propriétaires que les femelles.

La race fut également un facteur impactant les réactions des chiens, les molosses type mastiff ou bouledogues étant plus indépendants que les chiens de berger, par exemple.

(source : Daily Mail, 20 mars 2016)

ETATS-UNIS

Et si votre chien était raciste ?

Oh stupeur ! Et si votre chien était raciste ? Bien sûr, ça ne vient pas de lui… mais les scientifiques se demandent si le comportement d’un propriétaire en la matière ne pourrait pas avoir une influence sur celui de son chien.

Sur le site Psychology Today, Stanley Coren célèbre professeur de psychologie, chercheur en neuropsychologie et auteur de nombreux livres sur l’intelligence et les capacités mentales des chiens, raconte cette anecdote : « Une dame est venue discuter avec moi, me confiant que le chien de sa fille était peut-être raciste. Elle était allée lui rendre visite à Boston. Le chien était un croisé entre un berger allemand et un border collie. C’est un gentil chien, avec la grande majorité des gens, pourtant d’après elle, lors d’une promenade, il semblait agir de façon raciste. A chaque fois qu’une personne noire s’approchait d’elles, le chien semblait inquiet, se rapprochant de sa maîtresse, et grognant lorsque la personne ‘suspecte’ passait à côté d’elles. »

Pour le chercheur, c’est évident : il n’est pas du tout plaisant de se dire que le meilleur ami de l’homme puisse manifester ce genre d’attitudes négatives et stéréotypées. Mais en l’occurrence, des propriétaires, souvent des femmes, se sont également plaints du fait que leur chien semblait sexiste : le chien semblait ne pas aimer les hommes ou en avait peur.

Il y a aussi les chiens qui n’aiment pas les personnes âgées, et puis ceux qui ont un problème avec les uniformes comme ceux des militaires ou de la police…

Nous savons que les préjugés humains tels que le racisme, le sexisme, le « jeunisme » et autres sont des comportements acquis, résultats très souvent d’une éducation, d’expériences traumatiques avec certaines catégories de personnes, ou encore d’une exposition à un environnement où ce genre d’attitudes est commun. Stanley Coren a donc voulu en savoir un peu plus sur le passé de la jeune femme en question : avait-elle vécu une expérience négative avec une personne noire dans un passé proche ? Il se trouvait qu’elle avait été agressée par un jeune homme en sweat, qui avait voulu lui voler son sac. Il n’avait pas réussi son coup, mais il avait tiré tellement fort qu’il avait projeté la jeune femme à terre et lui avait cassé le poignet. Pour sa mère, sa fille s’en est remise et n’a pas développé de préjugés particuliers envers les personnes noires. Pour elle, c’était simplement quelqu’un d’agressif qui se trouvait être afro-américaine, sans plus.

Le problème, c’est que même les comportements les plus discrets, les plus subtils à détecter, peuvent malgré tout influencer le comportement d’un chien et son attitude envers d’autres gens, suffisamment pour que l’animal finisse par développer du racisme ou du sexisme. La récente étude de Charlotte Duranton (voir plus haut) démontre que les chiens sont extrêmement attentifs aux comportements de leur propriétaire avant de fournir une réponse comportementale face à un étranger. C’est ce qu’on nomme le référencement social : un individu lit le comportement de ses congénères, ou des autres êtres qu’il connaît, de façon à déterminer la valeur de sa propre réponse face à une situation, une personne, un objet. Une toute petite nuance dans le comportement de l’humain peut faire la différence pour le chien. En l’occurrence, lorsqu’un propriétaire s’éloigne d’une personne inconnue, le chien se sent en insécurité. Il regardera plus intensément l’inconnu, et observera les jeux de regards entre les deux humains. Même comportement si le propriétaire reste figé sur place : pour un chien, rester sans bouger n’est pas naturel, aussi voir son propriétaire agir ainsi peut être négatif ou étrange pour lui. Cette attitude de se figer étant par ailleurs adoptée par de nombreux animaux sauvages à l’approche d’une menace.

Comment s’étonner que tout ce jeu subtil de comportements finisse par construire des comportements biaisés envers certaines catégories de personnes ? La jeune femme évoquée plus haut n’est sans doute pas devenue raciste, mais il est naturel pour elle, compte tenu de sa mauvaise expérience, d’hésiter, de s’arrêter et peut-être même de reculer à l’approche d’un homme noir en sweat-shirt, tandis qu’elle se promène dans la rue avec son chien. Si le chien sait lire ces indices émotionnels, même discrets, et qu’ils se manifestent suffisamment souvent, il est plus que naturel pour l’animal de développer une méfiance ou un désamour certain pour ces personnes. Alors non, le chien n’est pas raciste, mais reflète l’insécurité de son propriétaire.

D’une façon similaire, une femme qui n’est pas très confiante avec les hommes pourra hésiter ou reculer spontanément lors de rencontres fortuites, construisant ainsi une méfiance envers les hommes chez son chien. Toute crainte sociale peut être ainsi inculquée au chien, ça peut aller de la peur ou de la méfiance envers les policiers à la terreur des clowns !

Pour clore son analyse, Stanley Coren a demandé à la mère de la jeune femme si le chien exprimait les mêmes comportements envers les femmes noires. La réponse était non, confirmant l’hypothèse de départ d’un sentiment d’insécurité à l’approche de jeunes hommes noirs. Son chien n’est donc pas un raciste, mais simplement un bon lecteur des émotions de sa maîtresse.

Plus d’informations

Stanley Coren est l’auteur de nombreux livres comme Comment parler chien ? ou Ce que savent les chiens : l’intelligence canine

L’étude évoquée a pour auteurs Charlotte Duranton, Thierry Bedossa et Florence Gaunet (2016). When facing an unfamiliar person, pet dogs present social referencing based on their owners’ direction of movement alone. Animal Behaviour, 113, 147-156

ETATS-UNIS

La grippe canine touche également les chats

Et si parler de grippe ‘canine » était un abus de langage? Peut-être, à la lumière d’une récente découverte.

Le Programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire de l’Université du Wisconsin a confirmé que le virus qui a touché un grand nombre de chiens dans le Midwest l’an dernier a infecté également un groupe de chats dans la région.

L’équipe de chercheurs a récemment testé plusieurs chats d’un refuge pour animaux au nord-ouest de l’Indiana et les a trouvés positifs au virus H3N2 de la grippe canine.

« Les soupçons d’une épidémie chez les chats ont d’abord été soulevées quand un groupe a montré des signes inhabituels de maladie respiratoire », a déclaré Sandra Newbury, DVM, MS, professeur adjoint de clinique et directeur du programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire.

« Bien que ce premier rapport ait confirmé que plusieurs chats ont été testés positifs à la grippe canine aux Etats-Unis, ce qui montre que le virus peut affecter les félins, nous espérons que les infections et les maladies continueront d’être assez rares.« 

Des cas similaires ont été signalés précédemment en Corée du Sud ont suggéré que le virus, qui n’avait pas été détecté aux États-Unis jusqu’en 2015, était capable de passer des chiens aux chats. Cependant, un seul chat a été testé positif à H3N2 aux Etats-Unis l’an dernier. Aucun échantillonnage supplémentaire n’avait été fait, parce que l’échantillon initial n’a été détecté comme positif que bien après la convalescence du chat et la disparition de ses symptômes.

Il semble maintenant que le virus puisse se répliquer et se propager de chat à chat.

« L’échantillonnage séquentiel de ces chats s’est révélé positif et a montré une augmentation de la charge virale dans le temps », a déclaré Kathy Toohey-Kurth, PhD, section de virologie au Laboratoire de diagnostic vétérinaire du Wisconsin, se référant à la quantité de virus trouvé dans un échantillon donné.

Les travaux préliminaires pour étudier la signature génétique du virus montre qu’il est identique au virus H3N2 qui infecte les chiens. Les chercheurs de WVDL finalisent actuellement une analyse génétique complète et l’étude du virus.

Newbury et l’équipe de médecine de l’école vétérinaire travaillent en étroite collaboration avec un refuge pour animaux pour gérer l’épidémie de grippe, un certain nombre de chiens ayant également été testés positifs pour le virus.

« A cette époque, tous les chats infectés ont été mis en quarantaine, et aucun des chats ou des chiens infectés n’a quitté ce refuge » , dit Newbury. « Nous allons continuer à surveiller attentivement les cas de la maladie. »

Les chats qui ont contracté le virus au refuge ont affiché des symptômes des voies respiratoires importants, tels que écoulement nasal, congestion et malaise général, ainsi que des claquements de lèvres et une salivation excessive. Les symptômes ont disparu rapidement et à ce jour, le virus n’a pas été fatal aux chats.

Les chiens infectés peuvent développer une toux persistante, un écoulement nasal et de la fièvre. Certains chiens ne présentent aucun symptôme, tandis que d’autres présentent des signes plus graves de la maladie. Le virus a été lié à certains décès chez les chiens, mais la plupart des chiens récupérent avec des soins de soutien.

Les chiens et les chats infectés par le virus de la grippe canine doivent être logés séparément des autres animaux et des mesures d’hygiène doivent êtr eprises pour éviter la propagation du virus via les mains et les vêtements.

Un vaccin H3N2 est maintenant disponible pour les chiens, mais il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ou recommandé pour les chats. Un vétérinaire peut recommander ou non de demander un vaccin contre la grippe canine H3N2 pour les chiens.

(NewStat, 7 avril)

ETATS-UNIS

Les troubles urinaires liés à l’eau de boisson des animaux ?

Si vous vivez dans un secteur où votre eau a une teneur élevée en minéraux, aussi appelé « eau dure, » il se pourrait que vous constatiez une hausse des problèmes urinaires.

Le 7 Avril, Trupanion, une compagnie d’assurance pour animaux de compagnie, a publié des données qui établissent un lien entre les conditions de santé urinaires chez les animaux et la cartographie des villes ayant une note d’eau dure élevée, telles qu’identifiées par l’Environmental Protection Agency (EPA).


Dans les zones à « eau extrêmement dure, » les chats mâles avaient une incidence beaucoup plus élevée de problèmes de santé, surtout de calculs urinaires. Ils étaient aussi trois fois plus susceptibles d’avoir des complications urinaires par rapport aux chats mâles vivant dans des zones à eau « un peu dure », « dure » ou « très dure » de l’eau. En ce qui concerne les chiens, les propriétaires de chiennes sont 2,5 fois plus susceptibles de présenter leur animal à un vétérinaire pour des problèmes urinaires que les propriétaires de chiens mâles.

Ainsi la Floride, l’Illinois, certaines parties du Texas et du Michigan sont les Etats où les animaux domestiques rencontrent le plus de problèmes urinaires.


(Source : NewStat, 12 avril)

ETUDE

Caractéristiques comportementales de chiens suite à des situations de hoarding

F. McMillan, R. Vanderstichel, H. Stryhn, J. Yu, J. Serpell, Behavioural characteristics of dogs removed from hoarding situations, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 69–79

Le « Hoarding » désigne une manie d’accumulation compulsive. On qualifie une situation de « hoarding » lorsqu’une personne accumule trop d’animaux dans un espace restreint, ce qui ne permet pas de satisfaire correctement les besoins des animaux notamment en terme de liberté et de besoin de repos. Les environnements typiques de ces situations sont généralement extrêmement insalubres et malsains, les animaux souffrant de malnutrition, maladies, pouvant entraîner la mort. Plusieurs rapports réalisés sur des chiens sortis de situations de hoarding relèvent de nombreux comportements « anormaux » chez ces animaux. Le but de la présente étude était d’établir les différences comportementales entre ces chiens et les chiens domestiques ordinaires.

Les chiens qui ont participé à l’étude ont été sélectionnés auprès de diverses associations américaines qui s’occupent de retrouver un foyer aux chiens sortis de cas de hoarding. Les évaluations comportementales ont été réalisées grâce au questionnaire C-BARQ (Canine Behavioural Assessment ad Research Questionnaire), qui a recours à des échelles pour quantifier l’intensité ou la fréquence de certains comportements.

Près de 408 chiens ont participé à l’étude. Parmi eux, le ratio mâle-femelle était de 0.82:1, et tous avaient déjà passé une moyenne de 2,2 ans dans leur nouveau foyer adoptif au moment de la réalisation du questionnaire. 28 éléments comportementaux ont été comparés entre ces chiens et des chiens ordinaires représentant un échantillon fiable de chiens domestiques (de même race, âge etc) comme groupe de contrôle. Par rapport à ces chiens, ceux qui avaient vécu une situation de hoarding montraient notamment :

  • beaucoup plus de signes d’anxiété (envers les étrangers, leurs congénères, voire un manque total de sociabilité)

  • une plus grande sensibilité au toucher

  • une forte demande d’attention et d’attachement

  • de l’anxiété de séparation

  • des problèmes d’incontinence lorsqu’ils se retrouvaient seuls à la maison

Des points positifs néanmoins : les chiens victimes de hoarding étaient nettement moins agressifs envers les étrangers (s’ils avaient été « relogés » dans une famille sans aucun autre chien) ainsi qu’envers leurs congénères (si les chiens en question avaient moins de 2 ans). Ils sont moins faciles à éduquer, chassent moins les petits animaux, sont moins facilement excités (seulement pendant les 2,5 premières années dans leur nouveau foyer), moins énergiques, recherchent moins la compétition avec leurs congénères et aboient également moins (s’ils sont là encore « relogés » sans autre compagnon canin dans le foyer). Ces éléments sont précieux afin de mieux comprendre les caractéristiques des troubles comportementaux de ces chiens et ainsi offrir des approches thérapeutiques adaptées en vue de leur réhabilitation.

ETUDE

Le chien idéal, vu par les Italiens

S. Diverio, B. Boccini, L. Menchetti, P. C. Bennett, The Italian perception of the ideal companion dog, Journal of Veterinary Behavior 12 (2016) 27-35

Le sentiment des Italiens envers les animaux est globalement positif et teinté de respect. Les chiens sont très souvent perçus comme des membres à part entière de la famille et on considère qu’ils font beaucoup de bien à l’humain sur le plan psychologique et psychique. Pour autant, la relation entre l’humain et le chien peut parfois se rompre, comme en témoignent les nombreux animaux abandonnés. Cette rupture de lien entre un propriétaire et son chien peut survenir en raison d’un manque de correspondance entre l’idée que le propriétaire peut se faire du chien idéal et la réalité des faits. Le but de cette étude était d’identifier les caractéristiques démographiques, morphologiques et comportementales qui correspondent selon les Italiens au chien idéal, par l’intermédiaire d’un questionnaire déjà proposé au public australien. Les données récoltées émanaient de 770 volontaires (dont 74,3% étaient des femmes) entre 18 et 64 ans. Les caractéristiques physiques n’avaient pas grande importance pour définir le chien idéal, mais le pourcentage d’Italiens préférant un chien stérilisé était nettement plus faible que celui des Australiens (35% contre 64%). De surcroit, les hommes italiens préfèrent les chiens mâles non castrés à 68%. Les Italiennes sont plus disposées à passer du temps avec leur chien que les Italiens. La plupart des personnes interrogées ont affirmé que le coût généré par l’entretien du chien n’avait aucune importance, mais la majorité des propriétaires ont déclaré dépensé moins de 21 euros par semaine pour leur chien (70% d’entre eux).

En cohérence avec l’opinion des Australiens, le chien idéal doit être pour les Italiens gentil avec les enfants, éduqué, en bonne santé, gentil avec les humains et ses congénères, pouvant vivre longtemps et surtout obéissant.

Sur le plan comportemental, les auteurs ont retenu 5 critères majeurs : calme, sociabilité, bonne santé, facile à éduquer et s’adaptant à toutes les situations, énergique et facile à gérer. Il semblerait que les hommes préfèrent les chiens énergiques, et les propriétaires ayant des enfants privilégient un chien sociable et en bonne santé. Les séniors et les propriétaires vivant seuls attachent beaucoup d’importance à l’éducation. Il faut globalement que le chien soit facile à gérer pour son propriétaire.

En conclusion, le genre, les expériences passés, les préjugés sur la stérilisation et le sentiment global envers les animaux peuvent avoir une influence sur les attentes des propriétaires envers leur chien idéal. Les écarts entre cet idéal et la réalité auraient besoin d’investigations plus poussées.

Néanmoins, cet écart peut être réduit par davantage d’informations auprès des propriétaires sur la physiologie et l’éthologie du chien, et sur les effets positifs de l’éducation sur son comportement.

ETUDE

Caractéristiques génétiques et comportementales du chien de l’île de St Kitts

E. Grigg, B. Nibblett, B. N. Sacks, R. Hack, J. Serpell, L. Hart, Genetic and behavioral characteristics of the St. Kitts ‘island dog’, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 88–95

Les études récentes sur les races anciennes de chiens, tout en nous donnant des informations sur les origines du chien domestique et sur le processus de domestication, peuvent également nous permettre de mieux comprendre le comportement des chiens d’aujourd’hui. Des traces génétiques des origines des chiens américains seraient potentiellement présentes chez les chiens libres de St. Kitts, une île des Caraïbes, qui vivent parmi les zones résidentielles humaines.

La palette comportementale est un entrelacs complexe de prédispositions génétiques et d’expériences individuelles, et toute tendance comportementale distinctive présente chez ces chiens peut représenter des adaptations (au sens évolutionniste du terme) au contexte culturel humain dans lequel ils évoluent.

Les auteurs ont cherché à savoir si ces chiens représentaient un modèle de chiens d’origine indigène vivant en étroite relation avec les humains, ce qui permettrait de comprendre l’impact des facteurs (génétiques VS contextuels) qui contribuent au comportement des chiens d’aujourd’hui.

Pour savoir si ces chiens insulaires possèdent une signature génétique d’origine indigène, les chercheurs ont utilisé l’acide mitochondrial désoxyribonucléique et le chromosome Y pour évaluer les origines géographiques et ancestrales de ces chiens. Pour savoir si ces chiens avec des caractéristiques comportementales différentes de celles des chiens croisés d’Amérique du Nord et donc issus d’une population plus large, les chercheurs ont comparé les scores des deux populations au questionnaire C-BARQ.

Aucun haplotype génétique, parmi ceux généralement associés à des origines indigènes chez les chiens d’Amérique, n’a été trouvé dans les échantillons issus des chiens insulaires, et les analyses génétiques indiquaient plutôt une origine européenne (donc post-coloniale). Ces chiens sont, de façon significative, plus peureux que les autres : ils montrent des signaux de peur ou d’inquiétude face à des bruits violents et/ou soudains, au trafic, à des situations ou objets qui ne leur sont pas familiers. La néophobie et la peur des bruits ont peut-être été sélectionnées chez ces chiens, compte tenu de la réalité de leur existence dans la rue, avec peu de soins et de surveillance de la part des humains.

D’un autre côté, ces chiens ont été sensibilisés à un certain nombre de stimuli, et à réagir en conséquence pour une question de survie, contrairement aux chiens domestiques nord-américains où les propriétaires humains interviennent en très grande majorité pour limiter les risques et fournir des soins médicaux.

En conclusion, ces chiens insulaires sont susceptibles de répondre à des pressions de sélection et des influences dans leur développement similaires à celles des chiens domestiques : les facteurs associés à la vie en relation avec les humains (notamment les pressions de sélection associées à la domestication).

CAS CLINIQUE

Les complications et l’efficacité de la dérivation ventriculo-péritonéale : illustration par un cas clinique

L’hydrocéphalie peut être acquise ou congénitale. Les cas acquis sont principalement dus aux encéphalites et/ou aux tumeurs alors que les cas congénitaux résultent principalement de malformations cérébrales (kystes, sténoses, agénésies) génétiques ou d’une exposition à des germes et/ou toxiques pendant la vie in utero. (in l’Essentiel n°404)

Les traitements médicaux donnent le plus souvent des résultats insuffisants. Seule la dérivation ventriculo-péritonéale est susceptible d’apporter un résultat notoire compatible avec une vie normale. Cependant elle nécessite une mise en garde particulière des propriétaires concernant les complications éventuelles et les résultats. Nous décrivons ici la réalisation d’une correction chirurgicale de cette anomalie.

Commémoratifs et anamnèse

Un Chihuahua mâle entier de 5 mois est présenté en consultation, pour retard de croissance et d’apprentissage.

Examen clinique

L’examen clinique révèle une déformation marquée de la tête, le crâne forme un dôme et la fontanelle encore ouverte laisse apparaître la masse cérébrale. Sur le plan neurologique l’animal présente un syndrome vestibulaire central avec une parésie des membres pelviens.

Examens complémentaires

Une échographie de l’encéphale par les fontanelles est réalisée afin de vérifier la taille des ventricules. Celle-ci met en évidence une dilatation des ventricules latéraux ainsi qu’une structure kystique anormale en région postérieure.

Une IRM de l’encéphale vient compléter l’exploration de l’anomalie cérébrale : elle confirme la dilatation des ventricules latéraux et du troisième ventricule. Le parenchyme cérébral est nettement réduit (3 mm d’épaisseur en région pariétale) avec des sillons cérébraux d’aspect normal. A l’étage sous-tentoriel, on observe la présence d’une structure kystique (image 4). Le quatrième ventricule ainsi que l’aqueduc mésencéphalique sont de taille normale. Absence d’anomalie de Chiari.

Diagnostic

Le diagnostic est le suivant :

hydrocéphalie par défaut d’écoulement au niveau de l’aqueduc mésencéphalique ;

kyste quadrigéminé.

Traitement

Après l’échec du traitement médical (furosémide, corticoïde), la mise en place d’une dérivation ventriculo-péritonéale de Sophysa est envisagée. Celle-ci est composée d’un cathéter-réservoir néonatal McComb, d’une valve anti-retour basse pression et d’un cathéter péritonéal.

Technique chirurgicale

Après l’assemblage des différents éléments précités une incision de 2 cm au niveau caudo-latéral de l’os pariétal est réalisée. La dérivation est passée sous la peau et une deuxième incision cutanée est effectuée à sa sortie en regard de l’abdomen et juste en arrière de la dernière côte. Le crâne est fraisé afin de créer un trou de diamètre légèrement supérieur au drain ventriculaire, puis la duremère est incisée et coagulée. Afin que le drain ne bouge pas, on suture le réservoir aux tissus adjacents avec un fil Nylon 4-0. Le drain ventriculaire est ensuite introduit à travers le cortex cérébral jusqu’au ventricule à l’aide d’un guide métallique. Après avoir vérifié la présence d’un écoulement de LCR au niveau du drain abdominal, on peut introduire celui-ci dans l’abdomen. Suture plan par plan avec un fil Polyglécaprone. Une radiographie postopératoire est réalisée afin de vérifier la bonne position du système.

Suivi

Une amélioration considérable est observée les trois premiers jours postopératoire avec disparition du syndrome vestibulaire et de la parésie des postérieurs. Puis une dégradation brutale est survenue en fin de première semaine. Une radiographie du crâne ainsi qu’une échographie des ventricules ont mis en évidence un déplacement du drain ventriculaire. Une reprise chirurgicale n’a pu être effectuée que 3 semaines plus tard avec forage d’un deuxième trou crânien afin de fixer le drain solidement au crâne. La dérivation était obstruée et le flush de celle-ci a permis d’extraire un imposant caillot sanguin. L’animal a retrouvé un état d’éveil quasi normal avec disparition du syndrome vestibulaire mais aucune amélioration de la parésie des postérieurs n’est notée à 1 mois après la deuxième chirurgie.

Discussion

Les complications

On constate environ 22-29 % de complications per et postopératoires. La plupart surviennent dans les trois premiers mois suivant la chirurgie et la majorité entraînent une rechute clinique brutale, parfois progressive, avec aggravation des signes cliniques originels lors de surinfection. La complication la plus fréquente (11-21 %) est l’obstruction du système. Elle peut se localiser à n’importe quel endroit. Dans l’abdomen par interposition du mésentère, dans le ventricule par prolifération de tissu glial ou interposition de cellules épendymaires et au niveau des valves par formation de caillot sanguin ou bouchon protéinique. Dans tous les cas il est souvent nécessaire de réintervenir chirurgicalement afin de déboucher le montage.

Cependant certains montages possédant un réservoir et une valve unidirectionnelle permettent l’évacuation vigile des obstructions. Un dosage des protéines dans le LCR peut être utile en préopératoire. Les animaux avec un haut taux protéinique (principalement les hydrocéphalies acquises, secondaires aux maladies inflammatoires ou tumeurs) seront plus enclins à cette complication. Il arrive parfois que le système se contamine par des germes et entraîne une méningo-encéphalite (8,5-14,2 %). La plupart du temps les infections surviennent secondairement aux obstructions et/ou aux migrations du système. Il n’est donc pas nécessaire de mettre en place une antibiothérapie postopératoire systématique. Une bonne asepsie chirurgicale ainsi qu’un suivi régulier de l’état clinique sont les points clés pour éviter ce problème. L’infection du système est très contraignante, elle peut être suspectée cliniquement et/ou à l’IRM mais le diagnostic doit être fait par prélèvement de liquide céphalorachidien avec analyse cytologique et mise en culture. Une antibiothérapie avec antibiogramme est indiquée en première intention pendant minimum 4 semaines, malheureusement les récidives sont fréquentes et un remplacement total de la dérivation est parfois nécessaire.

La migration et/ou la déconnexion du système n’est pas rare (2,8-7,1 %), elle est facilement visible à la radiographie et/ou à l’échographie. Dans la majorité des cas le déplacement concerne le drain ventriculaire, il est important de fixer cette partie de la dérivation au crâne de l’animal. Le déplacement abdominal est plus rare mais il peut être évité en fixant le drain à la dernière côte. Un repos strict est obligatoire les premières semaines afin de limiter les contraintes appliquées au système. Le retour à un état de conscience normale du patient ainsi que l’enthousiasme des propriétaires entraînent souvent un non-respect du repos pouvant provoquer la migration de la dérivation. D’autres complications comme le collapsus cérébral lors de vidange trop brutale ou l’apparition de crises épileptiformes sont décrites (1 %). Le collapsus peut être évité par la mise en place de valves haute pression ou de valves basse pression à ouverture progressive, parfois plus adaptées à la basse pression intracrânienne des patients atteints d’hydrocéphalie congénitale (< 1 cm H2O). L’apparition des crises reste encore d’origine inconnue mais le site d’implantation ventriculaire pourrait en être à l’origine. Les fractures ou écrasements d’implant et nécroses cutanées sont décrits mais restent néanmoins très rares.

L’efficacité de la chirurgie

La dérivation ventriculo-péritonéale est un traitement palliatif qui ne traite pas la cause de l’hydrocéphalie, c’est pourquoi elle n’apportera une amélioration clinique que si les symptômes neurologiques sont en majorité liés à l’hydrocéphalie elle-même et non à la cause primaire. La dérivation d’une hydrocéphalie associée à une malformation de type lissencéphalie aura un effet bénéfique très faible voire nul. Dans le cas d’une tumeur cérébrale une amélioration à long terme sera très peu probable, mais elle est envisageable à court terme. Dans ce cas clinique, un kyste quadrigéminé est observé. Les kystes de ce type peuvent entraîner des symptômes neurologiques par compression et nécessiter une fenestration ou dérivation. Toutefois ce sont des découvertes fortuites sans conséquence clinique dans 50 % des cas. Sur la base de ces informations associées aux images IRM et à l’amélioration clinique satisfaisante de l’animal lors de la première chirurgie, le traitement chirurgical du kyste n’a pas été envisagé.

L’hydrocéphalie elle-même entraîne des lésions cérébrales progressives par compression du parenchyme menant à sa destruction directe ou secondaire à l’hypovascularisation de celui-ci. Dans un premier temps les lésions sont réversibles et correspondent à un oedème, une démyélinisation, une dégénérescence axonale et une prolifération d’astrocytes au niveau de la substance blanche périventriculaire. Dans un deuxième temps le cortex est détruit avec formation de vacuoles par perte neuronale localisée. La chirurgie doit être entreprise dans les plus brefs délais, lorsque les symptômes sont peu marqués afin que les lésions neurologiques ne deviennent pas irréversibles.

La première chirurgie effectuée dans ce cas clinique est réalisée précocement ce qui peut expliquer

l’amélioration clinique spectaculaire du patient. Cependant le délai d’intervention plus long de la deuxième chirurgie et les symptômes neurologiques avancés du patient peuvent expliquer une récupération partielle même après une chirurgie réussie. Le caractère réversible des symptômes nerveux va dépendre de la capacité du cerveau à supporter une compression ainsi que de la quantité de matière grise atteinte. Lorsque le cortex est préservé, le shunt ventriculaire entraîne une réexpansion de la substance blanche avec une remyélinisation et une régénération axonale. Si le cortex est atteint, les dommages neuronaux persistent dans le temps, même après la chirurgie. Malheureusement, mis à part certaines lésions évidentes, le caractère irréversible ou non des dommages cérébraux est presque impossible à évaluer en préopératoire.

La dérivation ventriculo-péritonéale est donc une chirurgie complexe encore peu pratiquée en médecine vétérinaire par la peur de l’échec, en raison du coût pour le propriétaire et de l’incertitude d’amélioration clinique. Cependant on observe une amélioration neurologique partielle ou totale dans 75 % des cas à court terme et dans 64 % des cas à long terme Ces chiffres sont encourageants mais ne doivent pas faire oublier qu’elle reste source de complications nécessitant une réintervention.

Bibliographie

1. William B.Thomas. Hydrocephalus in dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract 2010 Jan;40(1):143-59.

2. Heejaung K. Application of ventriculoperitoneal shunt as a treatment for hydrocephalus in a dog with syringomyelia and chiari I malformation. J Vet Sci 2006 Jun;7(2):203-6.

3. Takashi H. Surgical management of combined hydrocephalus, syringohydromyelia and ventricular cyst in a dog. J Am Anim Hosp Assoc. 2005 Jul-Aug;41(4):267-72.

4. Shihab N.Treatment of hydrocephalus with ventriculoperitoneal shunting in twelve dogs. Vet Surg. 2011 Jun;40(4):477-84.

5. M.Biel. Outcome of ventriculoperitoneal shunt implantation for treatment of congenital internal hydrocephalus in dogs and cats: 36 cases (2001-2009). J Am Vet Med Assoc. 2013 Apr 1;242(7):948-58.

6. S.M. Platt. Imaging diagnosis-ventriculoperitoneal shunt associated infection in a dog. 2012 Veterinary Radiology & Ultrasound, Vol. 53, No. 1, 2012, pp 80-83.

7. A De Stefani. Surgical technique, Post operative complications and outcomes in 14 dogs treated for hydrocephalus by ventriculoperitoneal shunting. Vet Surg 2011 feb;40(2).183-91.

SYNTHESE

Le chat constipé : traitement médical ou chirurgical ?

La constipation chronique est un motif de consultation relativement fréquent chez nos patients félins. L’inconfort et les conséquences physiologiques qu’elle entraîne en font un réel syndrome. A l’occasion du congrès Afvac 2015, les Drs Lecoindre, Priymenko et Maitre ont fait le point sur la prise en charge médicale, nutritionnelle et chirurgicale de cette affection. (in l’Essentiel n°404)

La constipation correspond au ralentissement du transit des matières fécales associé à leur déshydratation. On s’intéressera ici à la constipation chronique qui traduit ou entraîne une anomalie fonctionnelle du côlon.

Aspects cliniques

La constipation chronique touche surtout les chats adultes de 5-6 ans en moyenne, le plus souvent des mâles, sans prédisposition raciale connue. Le mégacôlon idiopathique et la sténose du canal pelvien (suite à une fracture du bassin par exemple) sont les deux principales causes de constipation chronique (respectivement 62 et 23 % des cas). Viennent ensuite les troubles métaboliques (hypokaliémie, hypercalcémie), les causes neurologiques innées ou acquises, les maladies infiltratives (MICI, tumeur), les troubles comportementaux et l’obésité. Le mégacôlon dilaté (ou atrophique) se caractérise par une dilatation anormale de l’organe. Irréversible, il peut être idiopathique ou secondaire à un mégacôlon obstructif.

Les propriétaires relatent des défécations espacées, du ténesme, de la dyschésie, des selles dures et sèches. L’émission de glaires, de sang ou de mucus, secondaire à l’irritation mécanique de la paroi du côlon, est parfois confondue avec de la diarrhée. La palpation abdominale suffit généralement à poser le diagnostic : le côlon est distendu, rempli et douloureux. La région anale est examinée avec attention pour rechercher une éventuelle cause à la difficulté de défécation : abcès, fistule, déformation, dermatose. L’examen clinique général peut mettre en évidence une déshydratation, un amaigrissement, un affaiblissement. D’éventuels autres signes de dysautonomie doivent être recherchés : mydriase, bradycardie, incontinence. La palpation rectale, sous sédation, peut mettre en évidence une sténose secondaire à un processus inflammatoire de l’anus et/ou du rectum ou une anomalie du détroit pelvien.

L’examen radiographique permet de confirmer la suspicion clinique et de rechercher une masse abdominale, une fracture ou déformation du bassin, une ostéofibrose. Le diamètre normal du côlon doit être inférieur à 1,5 fois la longueur de L7. Une échographie abdominale est utile lors de masse extraluminale, une endoscopie est utilisée lors de lésion pariétale (à la recherche d’un mastocytome colique notamment).

Prise en charge médicale

Le traitement médical ou chirurgical consiste avant tout à traiter la cause de l’obstruction lorsque celle-ci est identifiée. Soulager l’animal et pratiquer une réanimation liquidienne sont les premiers soins à prodiguer. Le lavement colorectal se pratique sous anesthésie générale et intubation trachéale (car la manipulation du côlon peut engendrer des vomissements) et en surveillant étroitement l’animal, le plus souvent choqué et déshydraté. La vidange du côlon est facilitée par l’introduction de 5-10 ml/kg d’eau tiédie. Les selles sont évacuées petit à petit, sans chercher à évacuer l’intégralité du côlon pour ne pas prolonger l’anesthésie. Le risque de translocations bactériennes n’est pas nul et un traitement antibiotique doit être initié. Lors de constipation occasionnelle, le traitement à court terme vise à stimuler la motricité par l’administration de laxatifs hyperosmotiques (lactulose 0,5 ml/kg), d’émollients (dioctyl sulfosuccinate de sodium (5-10 ml/chat) et de stimulants du transit (bisacodyl 5 mg/chat/jour). Les laxatifs lubrifiants (paraffine et vaseline) ont un effet modeste et empêchent l’absorption de certains nutriments. Ils sont donc à utiliser à court terme sur des constipations bénignes. Les agents prokinétiques, associés au lactulose, sont réservés aux constipations fonctionnelles sans obstruction : le cisapride n’étant plus disponible en France, du prucalopride peut être prescrit mais la posologie chez le chat n’est pas encore déterminée. La ranitidine et le misoprostol ont un effet prokinétique démontré in vitro.

Prise en charge nutritionnelle

Les grands principes de la prise en charge nutritionnelle des patients atteints de constipation chronique sont les suivants :

favoriser l’abreuvement, en augmentant l’eau de boisson ou la quantité d’eau disponible dans les aliments en proposant une alimentation ménagère ou industrielle humide ;

éviter la prise de poids et/ou faire maigrir si nécessaire, en diminuant de 10 à 20 % la prise calorique journalière ;

hydrater les selles en apportant des fibres solubles ;

stimuler le transit en apportant des fibres insolubles.

Les fibres insolubles (son de blé par exemple) stimulent la motricité intestinale en augmentant le volume du bol alimentaire donc des fèces. Les fibres solubles (psyllium, lactulose), fermentées par les bactéries du côlon, forment des gels qui favorisent l’hydratation des selles.

L’approche nutritionnelle doit s’adapter au patient : lorsque la motricité est ralentie, on apporte essentiellement des fibres insolubles. En cas de constipation sans mégacôlon, fibres solubles et insolubles sont ajoutées. Lors de mégacôlon, on commence par proposer une alimentation hyperdigestible puis les fibres solubles et insolubles sont ajoutées très progressivement (maximum 1/2-1 cuillère à café/jour dans l’alimentation et après trempage pour le psyllium). L’idéal est probablement de proposer une ration ménagère équilibrée car les matières premières sont d’excellente qualité et l’apport d’eau est important. Par exemple, pour un chat de 4 kg, stérilisé à l’entretien, le besoin énergétique (100 x poids (kg)0,67 x 0,8) est couvert par l’apport de 80 g de filet de poulet, 1 cuillère à café d’huile de colza, 55 g de riz blanc cuit, 2 g de Vit’i 5 Ca/P® = 3, ó cuillère à café de psyllium et 15 g de légumes verts cuits. Lorsque l’observance de la ration ménagère pose problème, il est possible de proposer une transition alimentaire vers un aliment industriel conçu pour la constipation du chat, malheureusement uniquement disponible sous forme sèche, en humidifiant les croquettes.

Les traitements médical et nutritionnel offrent généralement une amélioration clinique de quelques mois mais les récidives chez certains chats amènent à envisager un traitement chirurgical.

Prise en charge chirurgicale

Il y a une indication chirurgicale lors de mégacôlon hypertrophique obstructif. Si les lésions ont moins de 6 mois, le mégacôlon hypertrophique est généralement réversible. L’objectif de la chirurgie est alors de lever le plus rapidement possible cette obstruction. Plusieurs cas de figure existent en fonction de l’origine de l’obstruction. Lors d’obstruction secondaire à un rétrécissement de la filière pelvienne par une fracture du bassin par exemple, la chirurgie consiste à réduire la fracture pour restaurer la filière. Une hernie périnéale, un abcès anal, une masse colique ou rectale intra-luminale entravant le passage normal des selles peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. Lors de mégacôlon atrophique irréversible (idiopathique ou si les lésions sont anciennes), une colectomie sub-totale doit être envisagée. Les coloplasties et colectomies partielles ne fonctionnent pas dans cette indication. Le côlon est réséqué dans sa quasi-totalité, depuis la jonction iléocaecale ou l’iléon jusqu’au côlon descendant. L’anastomose est réalisée sans tension par sutures (fil monofilament résorbable déc.1,5 aiguille ronde, sertie, points simples ou surjet), par pince automatique ou anneaux biofragmentables. Des diarrhées postopératoires sont fréquentes et durent quelques jours à quelques semaines. Elles sont consécutives à la diminution du temps de transit et au manque d’absorption de l’eau des selles par le côlon. Certains chats peuvent présenter des selles molles à diarrhéiques toute leur vie (8-10 % des cas), à la limite de la continence, notamment si la valvule iléo-c.cale a été retirée. Le taux de récidive est faible, la gestion de ces cas est médicale et nutritionnelle. Les déhiscences postopératoires, heureusement assez rares, entraînent une péritonite grave nécessitant une intervention en urgence. La période à risque est maximale les 3 à 4 premiers jours après la chirurgie. L’alimentation proposée en période postopératoire est hyperdigestible. La prise en charge des constipations chroniques du chat est donc le plus souvent triple : médicale et nutritionnelle en première intention puis chirurgicale pour les cas les plus graves. La chirurgie est bien souvent curative et il est rarissime de revoir ensuite les chats opérés pour constipation.

SYNTHESE

Torsion splénique : une étude rétrospective de 102 cas

Dans le JAVMA du 15 mars 2016, DeGroot et coll. font le point sur une affection rare chez le chien, la torsion du pédicule splénique, à partir de l’étude de 102 cas. Cette publication confirme les prédispositions raciales de ce trouble et détaille le pronostic, qui est globalement bon, en l’absence de complications majeures comme les péritonites ou les hémorragies. (in l’Essentiel n°404)

La torsion du pédicule splénique (TPS) est une affection rare, correspondant à une rotation de la rate autour des ligaments gastrosplénique et phrénicosplénique. Elle est le plus souvent rapportée chez les chiens de grand format, particulièrement chez le berger allemand et le dogue allemand. Des formes aiguës et chroniques sont décrites. Lors de présentations aiguës, on peut observer une douleur abdominale intense, un collapsus cardiovasculaire. Il s’agit d’une urgence. En revanche, la torsion chronique peut poser des dilemmes diagnostiques, avec des signes cliniques comme des vomissements, une léthargie, une faiblesse, une douleur abdominale, une hématurie, une diarrhée, des symptômes peu spécifiques et frustes.

Dogue et berger allemands en première ligne

L’étiologie de la TPS est encore mal connue. Parmi les causes proposées, une faiblesse ou une absence congénitale des ligaments qui soutiennent la rate ou une hyperlaxité acquise à la suite d’une intervention chirurgicale, d’un traumatisme ou d’un syndrome dilatation torsion de l’estomac. Même si des chirurgies permettant de conserver la rate ont été décrites, le traitement habituel est la splénectomie. Peu d’études ont été consacrées à cette affection, la plus importante enquête rétrospective concernant 19 chiens. Elle indiquait une prédisposition des bergers allemands et dogues allemands mâles.

102 cas passés en revue

Ici, les auteurs passent en revue une série de 102 cas. Les signes cliniques incluaient notamment une splénomégalie (69,4 %), un hémopéritoine (30,6 %), une péritonite septique (8,2 %). 9,8 % des patients présentaient des troubles cardiaques (tachycardie et extrasystoles ventriculaires). 70 chiens ont subi une radiographie abdominale. Elle a confirmé une splénomégalie dans 67,6 % des cas. Plus rarement, on observait une dilatation de l’estomac (11,8 %), une position anormale de la rate (7,4%) et la présence de gaz dans cet organe (4,4 %). A l’échographie, pratiquée chez 83 chiens, on pouvait confirmer la splénomégalie (86,6 %), une réduction ou l’absence de vascularisation splénique (73,2 %), une hypoéchogénicité de la rate (46,3 %), un épanchement péritonéal (46,3 %).

Moins souvent, on pouvait constater une position anormale de la rate (31,7 %), une hyperéchogénicité du mésentère (28 %), la présence de gaz (2,4 %). Chez les 102 chiens, le diagnostic a été confirmé par la laparotomie exploratrice.

Résultats de la splénectomie

Une chirurgie épargnant la rate n’a été réalisée que dans un cas, le reste des patients subissant une splénectomie. 68 chiens ont également bénéficié d’une gastropexie prophylactique. Quatre animaux avaient déjà subi cette intervention auparavant. La durée médiane des procédures chirurgicales a été de 90 minutes (31 à 265 minutes). 28,4 % des patients ont souffert de complications sous la forme d’hémorragies importantes (9,8 %), d’arythmies ventriculaires (8,8 %), de bloc auriculoventriculaire (3,9 %), etc. 26,5 % des malades ont nécessité une transfusion. Cent chiens ont survécu à l’intervention, non sans complications (35 %), principalement des anémies et des troubles cardiaques, les différents événements survenus étant détaillés par les auteurs. Les résultats des examens histopathologiques sont sans surprise, consécutifs à l’occlusion vasculaire : congestion, hémorragies, nécrose, etc. La durée médiane d’hospitalisation a été de 3 jours. Au total, 8,8 % des chiens sont morts. Les risques relatifs majeurs de décès sont la préexistence d’une péritonite septique (x 32,4), la survenue d’une hémorragie pendant l’intervention (x 22,6), une détresse respiratoire postopératoire (x 35,7), le poids (x 1,6 chez les chiens de plus de 20 kilos). Le pronostic de ces affections est donc globalement favorable.

Gérer la diarrhée

urgences vétérinaires 92 urgences vétérinaires 75 urgences vétérinaires caca mou chiasse chien diarrhée

© Click Images

La diarrhée se définit par la production de fèces trop riches en eau, ce qui provoque une augmentation de la fréquence d’émission, du volume et/ou une baisse de la fermeté des fèces. L’origine peut être gastro-intestinale ou non, et la diarrhée est fréquemment rencontrée en pratique générale, en particulier chez les chiens. Généralement,elle trouve son origine dans l’intestin grêle ou le gros intestin. Si elle provient de l’intestin grêle (IG), on observera une légère augmentation de la fréquence d’émission, une augmentation du volume des fèces mais pas de mucus ni de ténesme. Il est parfois possible d’observer du méléna (sang partiellement digéré). Une diarrhée chronique de l’IG sera à l’origine d’une perte de poids et parfois de polyphagie. Les vomissements sont plus fréquemment associés à une diarrhée de l’IG plutôt que du gros intestin. Lors de diarrhée provenant du gros intestin, on observera souvent une forte augmentation de la fréquence de défécation, avec la production de fèces en petite quantité à chaque fois. Si l’on observe une hématochézie (sang en nature), du mucus ou du ténesme, il est probable que la diarrhée provienne du gros intestin, tandis qu’on ne s’attendra pas à constater d’amaigrissement ou de polyphagie.

Ce chapitre se concentre sur les diarrhées provenant de l’intestin grêle ; celles provenant du gros intestin (colites) chez le chien seront traitées dans une autre fiche.

Principaux diagnostics référentiels

Diarrhée aiguë de l’intestin grêle

  • Origine alimentaire : mauvaises habitudes alimentaires, intolérance ou allergie

  • Maladie infectieuse : vers ronds, infection virale (parvovirus, coronavirus), infection bactérienne (Campylobacter; Salmonella, Clostridia), protozoaires (Giardia)

  • Affection du tube digestif : gastro-entérite hémorragique, obstruction partielle (intussusception, corps étranger), MICI, affection hépatique, pancréatite (provoque plutôt des vomissements et une diarrhée du gros intestin)

  • Affection métabolique/endocrinienne : insuffisance rénale aiguë, maladie d’Addison

  • Certains médicaments ou produits toxiques.

Diarrhée chronique de l’intestin grêle

  • Origine alimentaire : intolérance ou allergie

  • Maladie infectieuse : vers ronds, protozoaires (Giardia ; Trichomonas chez les chats provoque normalement plus une diarrhée du gros intestin), affection associée à une infection par le FeLV, le FIV ou la PIF chez les chats

  • Affection du tube digestif : MICI, entéropathie répondant aux antibiotiques, intussusception chronique, lymphangiectasie, insuffisance du pancréas exocrine, affection hépatique, tumeur (lymphome, adénocarcinome)

  • Affection métabolique/endocrinienne : maladie d’Addison, hyperthyroïdie (chez les chats).

Approche diagnostique

Il est important d’obtenir une anamnèse complète, en s’attardant surtout sur l’alimentation, l’aspect des fèces, l’identification de l’origine de la diarrhée (IG, gros intestin ou les deux), la présence ou non de vomissements, une baisse de l’appétit ou une perte de poids. Il convient d’effectuer un examen clinique complet en n’oubliant pas d’évaluer le comportement général de l’animal, sa note d’état corporel, son degré de déshydratation ainsi qu’une palpation abdominale consciencieuse.

Diarrhée aiguë de l’IG

La majorité de ces diarrhées est due à de mauvaises habitudes alimentaires lorsque l’état général de l’animal est conservé. Un traitement symptomatique sera suffisant et ce n’est pas la peine d’envisager d’autres analyses. En revanche, on recommande de poursuivre les investigations lorsque l’état général de l’animal est atteint, que la diarrhée est sévère, si l’on a observé du méléna ou lorsque le problème est récurrent.

Pour les cas aigus et sévères, l’origine est généralement infectieuse. Il est possible de mettre en évidence un agent pathogène entérique de nombreuses manières, par exemple en effectuant une culture, des analyses parasitologiques, un test ELISA ou une PCR. La PCR peut être utilisée pour isoler de nombreux agents pathogènes à partir d’un échantillon de selles (ex : Giardia, Cryptospondium, Salmonella, gène de l’entérotoxine A de Clostridium perfrignens, coronavirus à tropisme intestinal ; ainsi que pour les chiens le parvovirus et le virus de la maladie de Carré, et pour les chats Trichomonas fœtus, Toxoplasma et le parvovirus responsable du typhus. Un test ELISA sur fèces est disponible disponible pour le parvovirus canin. Remarquez qu’il est possible d’isoler Campylobacter à partir des fèces de beaucoup de chiens asymptomatiques ; la signification clinique de ce résultat n’est donc pas toujours évidente.

Cependant, lorsque le chien présente des symptômes et que cette bactérie a été isolée à partir des fèces, on recommande de le traiter dans ce sens (voir plus loin). Une coproscopie n’est pas la méthode la plus sensible pour mettre en évidence Giardia, on recommande plutôt d’effectuer une PCR ou un traitement d’essai avec du fenbendazole à la dose de 50 mg/kg durant 3-5 jours. Pour évaluer le degré de déshydratation et explorer les hypothèses de diarrhée d’origine extra-intestinale, on pourra effectuer une NF sanguine, une biochimie (avec l’urée, la créatinine, les globulines,les enzymes hépatiques, le glucose, le sodium, le potassium, le calcium et le cholestérol) et une analyse urinaire. On effectuera un cliché radiographique de l’abdomen pour rechercher des signes d’obstruction partielle qui pourrait nécessiter une opération chirurgicale.

Diarrhée chronique de l’IG

De la même façon, pour les cas de diarrhée chronique de l’IG, on recommande d’effectuer une coproscopie ou une PCR (s’ils n’ont pas déjà été réalisés). Lorsqu’on en est là, il est aussi conseillé d’envisager une origine alimentaire en mettant en place un régime d’exclusion, et d’essayer un traitement avec de l’oxytétracycline ou du métronidazole durant 2-3 semaines en cas de diarrhée répondant aux antibiotiques. S’il n’y a aucune amélioration, que les symptômes récidivent ou que le patient est en mauvais état général, il convient d’exclure une origine extra-intestinale en réalisant une analyse sanguine, une biochimie et une analyse urinaire. On dépistera les chats pour le FIV et le FeLV, et on effectuera un dosage de la T4.

Pour les chiens, on effectuera un dosage des acides biliaires pré- et postprandiaux ainsi qu’un test de stimulation de l’ACTH afin d’exclure les hypothèses d’une affection hépatique ou d’une maladie d’Addison (on ne retrouvera pas forcément de déséquilibre électrolytique chez tous les animaux). Pour une suspicion de pancréatite, le dosage de l’immunoréactivité du trypsinogène {TLI} permettra d’exclure une insuffisance pancréatique exocrine. Le dosage de la concentration sérique de la vitamine B9 et B12 peut être utile mais n’est pas indispensable ; une concentration élevée en vitamine B9 associée à une concentration faible en vitamine B12 suggère une prolifération bactérienne ; une baisse de la concentration en vitamine 89 suggère une atteinte de l’IG proximal et une concentration faible en vitamine B12 suggère une atteinte sévère de l’IG distal. Bien qu’il existe des tests sérologiques pour explorer l’hypothèse d’une allergie alimentaire, des études ont montré que leurs résultats ne concordent pas avec ceux des régimes d’exclusion ; il n’est donc pas recommandé de les utiliser.

Selon les hypothèses qu’envisage le clinicien, les radiographies seront effectuées avant ou après les analyses sanguines. Une radiographie de l’abdomen permettra d’exclure une obstruction partielle ; on pourra réaliser un transit baryté si un doute persiste. Une échographie abdominale réalisée par un clinicien spécialisé aidera à détecter une cause extra-digestive de diarrhée, permettra de mesurer l’épaisseur de la paroi intestinale, la taille des nœuds lymphatiques mésentériques et à détecter des lésions focales. Lors de méléna, on envisagera plutôt l’hypothèse d’un saignement provenant du tube digestif supérieur (ulcère ou tumeur) ou un trouble de l’hémostase.

Si toutes ces analyses ne permettent pas de déterminer l’origine de la diarrhée chronique, on pourra effectuer une endoscopie ou une laparotomie exploratrice afin d’obtenir plusieurs biopsies de l’IG.

Traitement

Pour le traitement symptomatique d’une diarrhée aiguë modérée de l’IG, on mettra en place un jeûne court (pas plus de 24h), suivi d’une réintroduction progressive de petites quantités d’aliments hautement digestibles et peu gras. On ne prescrira pas d’antibiotiques pour ces cas-là. Il existe des médicaments contenant des probiotiques, des prébiotiques, du kaolin et des pectines ; bien que leur utilisation soit largement répandue, il n’y a que peu d’études publiées démontrant leur efficacité. Les anti-spasmodiques tels que la butylscopolamine sont utiles lors de gêne abdominale ; cependant, il faudra dans ce cas envisager une cause plus sévère de diarrhée comme une obstruction. En l’absence d’amélioration, il convient d’examiner à nouveau le patient 2-3 jours plus tard. Il est important de ne pas oublier le traitement anti-parasitaire, surtout chez les chiots et les chatons.

Pour les cas sévères et aigus, il est généralement nécessaire de mettre en place une fluidothérapie pour réhydrater l’animal. Lors de méléna, on prescrira un gastro-protecteur (sucralfate, oméprazole ou un antagoniste des récepteurs H tel que la cimétidine). La suite du traitement dépend de l’origine de la diarrhée.

Lors d’une infection par Campylobacter symptomatique, on prescrira des comprimés d’érythromycine gastro­ résistants ; il ne faudra pas non plus oublier d’avertir le propriétaire de la nature zoonotique de cet agent afin qu’il maintienne une bonne hygiène. Lorsqu’un chien souffre d’une parvovirose, il lui faudra généralement des soins intensifs incluant une fluidothérapie (avec éventuellement des colloïdes et/ou du sang), un anti­-émétique, un gastro-protecteur, un soutien nutritionnel adapté ainsi que des antibiotiques en IV pour limiter le phénomène de translocation bactérienne lors d’hémorragie. Des études ont démontré l’efficacité de l’interféron oméga, recombinant d’origine féline, pour réduire la mortalité lors de parvovirose canine. Il ne faut pas oublier d’isoler les animaux souffrant d’une maladie infectieuse. Lorsqu’un chaton ou un chiot souffre de diarrhée, il ne faut pas négliger l’hypoglycémie qui s’installe rapidement ; on les supplémentera avec du glucose PO et IV.

Lors de diarrhée chronique ou récidivante de l’IG, il faut d’abord éliminer les origines parasitaires et alimentaires. Ceci étant fait, le traitement dépendra de la nature de l’affection sous-jacente.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

La majorité des cliniciens adopte une démarche par étape comme décrite précédemment pour le diagnostic et le traitement des diarrhées, car elles ne mettent généralement pas le pronostic vital en jeu. Bien que cette démarche soit justifiée sur le plan médical et qu’elle n’engendre pas de frais excessifs, elle signifie aussi que la diarrhée peut persister malgré le traitement initial. Il est donc important d’en informer les propriétaires afin qu’ils sachent que d’autres analyses seront peut-être nécessaires. Il arrive que certains animaux ne guérissent pas avant d’avoir établi le bon diagnostic et mis en place le traitement adapté.

La démarche par étapes décrite permet de limiter les frais, plutôt que d’effectuer tout un panel de tests d’un coup. La gestion des diarrhées aiguës modérées n’engendre généralement que très peu de frais, il suffit de donner quelques conseils simples sur l’alimentation. En revanche, pour les patients déshydratés dont l’état général est altéré, les frais seront forcément plus élevés, car il faudra les hospitaliser pour les réhydrater et les ré-alimenter. Pour les cas chroniques, des essais alimentaires et thérapeutiques successifs avec des anti-parasitaires ou des antibiotiques, tels que l’oxytétracycline ou le métronidazole, permettront de limiter les frais et de résoudre les signes cliniques dans de nombreux cas. Comme mentionné précédemment, les propriétaires doivent savoir qu’il peut être nécessaire de réaliser d’autres analyses, à l’origine de frais supplémentaires.

Gérer les vomissements

urgences vétérinaires 92 urgences vétérinaires 75 urgences vétérinaires troubles géniques

© CallallooAlexis

Les vomissements sont fréquemment rencontrés en pratique courante. ll est important de différencier les vomissements (expulsion forcée du contenu de l’estomac et/ou de l’intestin grêle), des régurgitations (expulsion de substances présentes dans le pharynx ou l’œsophage) car l’approche diagnostique et le traitement sont différents. Contrairement au vomissement, la régurgitation est un phénomène assez passif au cours duquel il n’y a pas d’efforts expulsifs ou de nausée ; on ne retrouve normalement pas de bile dans les substances produites. Chez certains patients, il est difficile de faire la différence entre ces deux symptômes. Le plus souvent, le vomissement est un mécanisme protecteur du tube digestif, mais il peut également révéler une affection systémique grave.

Principaux diagnostics différentiels

  • Affection gastro-intestinale – mauvaises habitudes alimentaires, obstruction, maladie inflammatoire (ex : gastro-entérite aiguë, maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI)), maladie infectieuse comme lors de parasitisme, d’ulcération, de tumeur, d’une infection par un parvovirus ou par Giardia (souvent associée à de la diarrhée)

  • Trouble abdominal extra-digestif – pancréatite, affection hépatique, insuffisance rénale, pyomètre, péritonite, prostatite

  • Affection métabolique/endocrinienne-hyperthyroïdie chez les chats, hypercalcémie, maladie d’Addison, cétoacidose diabétique

  • Médicament/produits toxiques

  • Mal des transports

  • Atteinte du SNC – syndrome vestibulaire, tumeur cérébrale.

Le premier objectif est d’arriver à savoir si les vomissements sont provoqués par une affection systémique ou gastro-intestinale. Il est important de recueillir une anamnèse complète afin de vérifier qu’il s’agit bien de vomissements, quelle est leur fréquence, depuis quand sont-ils apparus et s’ils font suite à une situation particulière (par exemple un lien avec le moment du repas). Il faut aussi demander quel est l’aspect du vomi, s’il y a une diarrhée ou un amaigrissement associé, et s’il y a eu d’autres changements récents tels qu’une modification de la prise de boisson, de nourriture, ou du comportement. Certains animaux vomissant souvent compenseront la perte de liquide par une augmentation de la prise de boisson, alors que d’autres ne boiront plus du tout et risquent davantage d’être déshydratés. Si la polydipsie précède les vomissements, il est probable que l’animal souffre d’une maladie systémique, comme un diabète sucré, une insuffisance rénale, un pyomètre ou une hypercalcémie. Il faut aussi demander au propriétaire s’il a récemment modifié l’alimentation de son animal ou s’il l’a vu mâcher des cailloux, des ordures,ou s’il a eu accès à des médicaments ou des produits toxiques. Lorsqu’il y a du sang dans le vomi,il peut être frais ou à moitié digéré (ressemble à du marc de café). Si le propriétaire décrit des efforts expulsifs pour vomir mais sans que l’animal y arrive, il faut penser à une dilatation-torsion de l’estomac.

On effectuera un examen clinique complet en prêtant une attention particulière à la palpation abdominale. Il est important de remarquer que certains corps étrangers situés dans l’estomac ou dans l’intestin ne seront pas palpables. Les corps étrangers linéaires sont particulièrement difficiles à diagnostiquer. On examinera attentivement la cavité buccale afin de détecter par exemple la présence d’un fil qui se serait entortillé autour de la base de la langue, en particulier chez les chatons. Une palpation abdominale sous sédation ou anesthésie générale peut dans certains cas être utile. Il est important de rechercher tout signe de maladie systémique, par exemple lors de pyomètre (chez les chiennes entières), d’ulcère urémique, de goitre {chez les chats) ou de prostatite (chez les chiens mâles entiers).

Les mauvaises habitudes alimentaires sont souvent à l’origine de l’apparition de vomissements aigus et de diarrhée chez les chiens, mais il faut aussi envisager la possibilité qu’il y ait un corps étranger ou une pancréatite. Les corps étrangers sont moins fréquents chez les chats, mais pas impossible pour autant. Lorsque des vomissements persistants surviennent chez les animaux âgés, ils sont souvent provoqués par une affection grave.

Le recours aux examens complémentaires dépend des cas. L’anamnèse et l’examen clinique sont généralement suffisants pour diagnostiquer un mal des transports, un syndrome vestibulaire ou une intoxication. Pour les autres cas, l’approche dépendra de la sévérité et de la chronicité des vomissements, ainsi que des éventuels signes associés.

Les vomissements aigus modérés

Si l’état général du patient est bon et que l’hypothèse d’un corps étranger a été exclue, on recommande de mettre en place un traitement symptomatique et de revoir l’animal 2-3 jours plus tard selon le cas (ou avant si son cas ne s’améliore pas).

Les vomissements aigus sévères

L’objectif initial est de déterminer si les vomissements sont d’origine gastro-intestinale ou non, et si le traitement est médical ou chirurgical (pour retirer un corps étranger par exemple). Pour explorer les causes extra-intestinales et pour évaluer la sévérité de la déshydratation ou du déséquilibre électrolytique pouvant faire suite aux vomissements, on recommande d’effectuer une NF sanguine, une biochimie (incluant l’urée, la créatinine, les enzymes hépatiques, la bilirubine, l’albumine, les globulines, le glucose, le sodium, le potassium, le chlore, le calcium ± l’amylase et la lipase) :t une analyse urinaire. On effectuera une palpation transrectale de la prostate chez les chiens non castrés. On réalisera des clichés radiographiques de l’abdomen (vue latérale droite et ventro-dorsale) afin de rechercher la présence d’un corps étranger ou d’une autre source d’obstruction intestinale nécessitant une intervention chirurgicale ; lorsque l’on détecte le « signe du gravier » (accumulation de petites particules de densité minérale dans l’intestin grêle correspondant au chyme intestinal) associé à une dilatation des anses de l’intestin grêle, il s’agit très probablement d’une obstruction. Si le clinicien n’est pas sOr qu’il y ait une obstruction intestinale, il peut effectuer un transit baryté. L’échographie abdominale est utile pour diagnostiquer un pyomètre, une péritonite ou une pancréatite. Lors de suspicion de pancréatite, on recommande d’effectuer un dosage de la lipase pancréatique sérique grâce à l’immuno-réactivité spécifique d’espèce (cPLI ou fPLI). Lors d’hématémèse, on pourra explorer l’hypothèse d’un ulcère gastro-intestinal (en particulier secondaire aux AINS), d’une tumeur ou d’un trouble de l’hémostase.

L’endoscopie est très utile pour diagnostiquer (et souvent retirer) un corps étranger gastrique, ainsi que pour détecter des lésions de la muqueuse stomacale ou duodénale et faire une biopsie.

Les vomissements chroniques ou récurrents

On effectuera des analyses sanguines, biochimiques et urinaires comme décrit précédemment, qu’on pourra compléter par un examen radiographique ± échographique. Pour explorer la fonction hépatique, il est possible d’effectuer un test de stimulation des acides biliaires, et pour exclure une maladie d’Addison atypique, un test de stimulation à l’ACTH (chez les chiens),car ces affections ne pourront pas forcément être diagnostiquées uniquement avec une analyse biochimique classique. Chez les chats, on effectuera un test de dépistage du FeLV/FIV ainsi qu’un dosage de la thyroxine (T.). Pour les cas chroniques ou récidivants, lorsque toutes les origines gastro-intestinales ont été exclues, on recommande de mettre en place un 1 régime d’exclusion strict avec de nouvelles sources de protéines et de glucides avant d’envisager une procédure plus invasive. Bien qu’il soit possible de faire une sérologie pour diagnostiquer une allergie alimentaire, l’interprétation et la fiabilité des résultats sont sujets à controverse, il n’existe aucune alternative fiable au régime d’exclusion. Si l’on pense que les vomissements sont d’origine gastro-intestinale, il est possible de poursuivre les investigations en réalisant plusieurs biopsies par endoscopie ou laparotomie.

Traitement

Le traitement symptomatique des vomissements aigus modérés consiste en un jeûne de 24h suivi de l’introduction d’une petite quantité de nourriture très digestible et pauvre en graisse. Il est important d’inciter l’animal à boire régulièrement de petites quantités ; des solutions appétentes contenant des électrolytes pourront être proposées en plus de l’eau plate. Si toute obstruction gastro-intestinale a été exclue, il est possible d’administrer des anti-émétiques (métoclopramide ou maropitant). Il convient d’examiner à nouveau les patients dont l’état ne s’améliore pas après 2-3 jours, ou avant si leur état s’est aggravé. il est possible d’envisager un traitement anti-parasitaire, en particulier chez les chiots et les chatons ; cependant, si les vomissements persistent, un traitement oral n’est pas le plus adapté et il faut trouver une autre voie d’administration. Les antibiotiques ne sont pas indiqués pour traiter une gastro-entérite aiguë en routine.

Pour les patients souffrant de vomissements aigus sévères, on conseille de corriger la déshydratation et les éventuels déséquilibres électrolytiques en mettant en place une fluidothérapie, le temps de réaliser d’autres examens complémentaires. Lors d’hématémèse, on administrera des protecteurs de la muqueuse gastrique (sucralfate et oméprazole ou un anti-histaminique de type 2 tel que la cimétidine).

Le traitement des vomissements chroniques ou récurrents dépend de l’identification de la cause sous- 1 jacente. Pour le traitement du mal des transports, il existe du maropitant sous forme de comprimé avec une AMM pour le chat et le chien (Cérénia•).

Si le traitement initial est sans effet, ou si les symptômes récidivent, il convient d’examiner à nouveau l’animal pour effectuer d’autres analyses comme décrit précédemment. Si l’on souhaite limiter les frais, il faut éviter l’hospitalisation autant que possible. Cependant, il est important de bien faire comprendre au propriétaire l’importance de ramener l’animal s’il n’y a aucune amélioration de son état. Pour les cas aigus sévères, on conseille d’effectuer rapidement une radiographie abdominale afin d’essayer d’exclure toute affection nécessitant une intervention chirurgicale urgente. Pour les cas plus chroniques, on recommande d’effectuer des analyses sanguines et biochimiques {ainsi qu’un dosage de la T4) en priorité afin d’exclure les origines systémiques les plus courantes de vomissements. On effectuera les analyses par étape, il est important de ne pas négliger les causes non intestinales de vomissements. Avant d’effectuer des analyses plus coûteuses, il est possible d’essayer un traitement anti-parasitaire ou un régime alimentaire d’exclusion ; cependant, il est important d’informer le propriétaire que l’allergie alimentaire et le parasitisme ne sont pas les causes les plus courantes de vomissements et qu’il est probable qu’il faille envisager d’autres analyses.

On envisagera de référer l’animal si les tests réalisables à la clinique ne permettent pas d’aboutir à un diagnostic, ou si la maladie que le clinicien soupçonne ne répond pas comme prévu au traitement. Il est préférable qu’un examen endoscopique soit réalisé par un spécialiste afin que le duodénum et l’estomac soient correctement explorés et que les biopsies soient convenablement effectuées si besoin. Il est moins risqué pour le patient d’obtenir les biopsies par endoscopie plutôt que par une laparotomie exploratrice; on conseille donc de discuter avec le propriétaire de la possibilité d’en référer à un spécialiste si le matériel ou le personnel compétent n’est pas disponible au sein de la clinique.

Dog Revolution, comportements gênants canins : séminaire les 1er et 2 octobre

thierry bedossa antoine bouvresse psychiatre éthologue nicolas cornier clinicien comportement gênant chien éducation canine éducateur ASV chercheurs congrès université Paris Ouest Nanterre

Les 1er et 2 octobre prochains, l’université Nanterre Paris-Ouest accueillera deux jours de séminaire consacrés à la place du chien dans notre société et à la gestion des comportements gênants. L’originalité ? Ce sera le premier événement de cette ampleur organisé en Ile-de-France, qui permettra de croiser les regards de plus de 12 intervenants confirmés (vétérinaires, éthologues, éducateurs canins, mais aussi avocats et psychiatres) sur les rapports entre l’humain et le chien, et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur relation.

Au cours de ces deux journées, un programme cohérent et progressif sera proposé : de la construction du chien de compagnie à sa place dans notre société, en passant par les modes de sélection et les tendances comportementales, les avancées législatives en matière de bien-être animal, et surtout l’approche à avoir face aux comportements « gênants », les divers professionnels du monde canin partageront leurs différents points de vue sur ces sujets, chacun représentant un aspect d’une approche globale et qui se veut la plus complète possible pour mieux comprendre le meilleur ami de l’homme.

Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, docteurs vétérinaires comportementalistes et initiateurs du projet, nous présentent cette conférence qui sera bien sûr ouverte à tous, professionnels et propriétaires.

Qu’est-ce qui a motivé l’organisation de ce séminaire ? 

Antoine Bouvresse : Ce séminaire est en préparation depuis plus de 2 ans. En 2013, nous avions eu la chance d’organiser avec le CFPPA de Cibeins un colloque qui réunissait l’ensemble des intervenants de la filière canine : éducateurs, éleveurs, chercheurs en éthologie, vétérinaires, comportementalistes. Les retours ont été si positifs de la part des participants et des intervenants qu’il nous est apparu évident qu’il fallait créer un nouvel évènement autour de ce modèle.

Comment s’est établi le choix des deux axes de la réflexion du séminaire : « Le chien de travail, le chien utile, le chien compagnon sont-ils si différents ? » et  « D’où viennent les difficultés rencontrées dans la relation maître-chien ? » Est-ce le fruit des observations des divers professionnels intervenants au quotidien ? Une envie de réfléchir à la place du chien aujourd’hui dans la société et de mieux la faire comprendre ? 

Antoine Bouvresse : Nous sommes partis du constat que de très nombreux professionnels du monde canin cherchent en permanence à parfaire leurs connaissances dans le domaine de la cynotechnie. Pourtant, ces connaissances centrées sur le chien sont parfois insuffisantes pour aborder l’ensemble des problématiques auxquelles nous sommes confrontées. Cela peut entraîner des échecs de prise en charge, et parfois des situations humaines dramatiques. Il faut donc réfléchir au chien en tant qu’individu, avec ses besoins et ses émotions, et à sa relation avec son environnement, ses congénères et ses humains.

Thierry Bedossa : L’erreur de tous les scientifiques, de tous les professionnels et de tous les métiers du chien, c’est de ne penser qu’au chien et jamais à l’humain, son compagnon, son propriétaire, son utilisateur sans doute. Dans ce nouveau séminaire, nous enrichirons notre pensée et nos pratiques grâce à la présence d’un médecin psychiatre et, je l’espère, d’un sociologue.

C’est en effet un comble que les plus fervents défenseurs des bêtes et les plus grands penseurs de leurs droits soient des intellectuels ou des acteurs de la société civile journalistes, sociologues, philosophes et autres et non des professionnels ! Dans ce séminaire, nous voulons penser large et bien, ce dans le but d’aboutir rapidement à une diffusion la plus large possible de la connaissance et de la compréhension de cette nouvelle relation que nous sommes en train de développer avec ce merveilleux ami…

Chaque intervenant prévu intervient dans un domaine très spécifique lié au chien mais les rapports entre chacun sont transversaux pour améliorer son bien-être : leur choix a t-il été motivé pour illustrer cet aspect « collaborer pour solutionner » ? 

Antoine Bouvresse : Une des originalités de ce séminaire est de proposer des interventions en binômes de professions différentes. Ainsi le développement comportemental sera à la fois exposé d’un point de vue scientifique par un vétérinaire et illustré de manière pratique par un éleveur. Cette collaboration interdisciplinaire tout au long de ces deux jours est, selon nous, le meilleur moyen de créer un échange avec l’ensemble des participants. C’est sans aucun doute par l’échange que les idées évoluent, et c’est ce que nous souhaitons promouvoir tout au long de ces 2 jours.

Un appel à participation est lancé pour l’étude de cas pratiques le 2ème jour : des profils particuliers sont-ils recherchés? A qui les gens doivent-ils s’adresser? 

Antoine Bouvresse : Nous avons pris la décision de n’imposer aucun cadre particulier pour les participants des cas pratiques. Le but de ce dernier temps fort (dimanche après midi) est de créer une ouverture à tout professionnel qui pourrait nous apporter un élément supplémentaire à notre vision du chien et à la manière dont on peut harmoniser la relation entre un chien et son humain. Notre ambition serait par exemple de voir se succéder un utilisateur de chien en discipline sportive, un vétérinaire, un éducateur ou un promeneur de toutou pour partager avec nous un cas concret.

Concernant le concours « gestion d’un comportement gênant », sur quels critères la sélection se fera -t-elle?

Antoine Bouvresse : Les critères de sélection seront axés principalement sur la qualité des supports vidéos. Ce point est d’ailleurs inscrit au cahier des charges des intervenants de ces 2 jours. La science doit étayer les pratiques, la théorie doit aboutir au concret: ce sera tout le sens de cet après-midi de partage.

Plus d’informations

« Dog Revolution » : comportements gênants canins, regards croisés
Les 1er et 2 octobre de 8h30 à 18h, Université Nanterre Paris-Ouest, amphithéâtre B2

Prix de l’inscription pour les deux jours (accueil café + lunchbox inclus) : 119 euros
Réservations et informations pratiques sur le site dédié : www.dog-revolution.fr

Inscrivez-vous sur l’event Facebook pour recevoir les dernières informations!
https://www.facebook.com/events/964724900314050/

Hoarding : quelles séquelles pour les chiens ?

hoarding dog chien accumulation compulsive troubles psychiatriques

Crédits : DR

Le « Hoarding » désigne en général une manie d’accumulation compulsive. On qualifie une situation de « hoarding » lorsqu’une personne accumule trop d’animaux dans un espace restreint, ce qui ne permet pas de satisfaire correctement les besoins des animaux notamment en terme de liberté et de besoin de repos. Les environnements typiques de ces situations sont généralement extrêmement insalubres et malsains, les animaux souffrant de malnutrition, maladies, pouvant entraîner la mort. Plusieurs rapports réalisés sur des chiens sortis de situations de hoarding relèvent de nombreux comportements « anormaux » chez ces animaux. Une étude scientifique a tenté d’établir les différences comportementales entre ces chiens et les chiens domestiques ordinaires.

Les chiens qui ont participé à l’étude ont été sélectionnés auprès de diverses associations américaines qui s’occupent de retrouver un foyer aux chiens sortis de cas de hoarding. Les évaluations comportementales ont été réalisées grâce au questionnaire C-BARQ (Canine Behavioural Assessment ad Research Questionnaire), qui a recours à des échelles pour quantifier l’intensité ou la fréquence de certains comportements.

Près de 408 chiens ont participé à l’étude. Parmi eux, le ratio mâle-femelle était de 0.82:1, et tous avaient déjà passé une moyenne de 2,2 ans dans leur nouveau foyer adoptif au moment de la réalisation du questionnaire. 28 éléments comportementaux ont été comparés entre ces chiens et des chiens ordinaires représentant un échantillon fiable de chiens domestiques (de même race, âge etc) comme groupe de contrôle. Par rapport à ces chiens, ceux qui avaient vécu une situation de hoarding montraient notamment :

  • beaucoup plus de signes d’anxiété (envers les étrangers, leurs congénères, voire un manque total de sociabilité)
  • une plus grande sensibilité au toucher
  • une forte demande d’attention et d’attachement
  • de l’anxiété de séparation
  • des problèmes d’incontinence lorsqu’ils se retrouvaient seuls à la maison

Des points positifs néanmoins : les chiens victimes de hoarding étaient nettement moins agressifs envers les étrangers (s’ils avaient été « relogés » dans une famille sans aucun autre chien) ainsi qu’envers leurs congénères (si les chiens en question avaient moins de 2 ans). Ils sont moins faciles à éduquer, chassent moins les petits animaux, sont moins facilement excités (seulement pendant les 2,5 premières années dans leur nouveau foyer), moins énergiques, recherchent moins la compétition avec leurs congénères et aboient également moins (s’ils sont là encore « relogés » sans autre compagnon canin dans le foyer). Ces éléments sont précieux afin de mieux comprendre les caractéristiques des troubles comportementaux de ces chiens et ainsi offrir des approches thérapeutiques adaptées en vue de leur réhabilitation.

Références :

F. McMillan, R. Vanderstichel, H. Stryhn, J. Yu, J. Serpell, Behavioural characteristics of dogs removed from hoarding situations, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 69–79