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Les 1er et 2 octobre prochains, l’université Nanterre Paris-Ouest accueillera deux jours de séminaire consacrés à la place du chien dans notre société et à la gestion des comportements gênants. L’originalité ? Ce sera le premier événement de cette ampleur organisé en Ile-de-France, qui permettra de croiser les regards de plus de 12 intervenants confirmés (vétérinaires, éthologues, éducateurs canins, mais aussi avocats et psychiatres) sur les rapports entre l’humain et le chien, et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur relation.

Au cours de ces deux journées, un programme cohérent et progressif sera proposé : de la construction du chien de compagnie à sa place dans notre société, en passant par les modes de sélection et les tendances comportementales, les avancées législatives en matière de bien-être animal, et surtout l’approche à avoir face aux comportements « gênants », les divers professionnels du monde canin partageront leurs différents points de vue sur ces sujets, chacun représentant un aspect d’une approche globale et qui se veut la plus complète possible pour mieux comprendre le meilleur ami de l’homme.

Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, docteurs vétérinaires comportementalistes et initiateurs du projet, nous présentent cette conférence qui sera bien sûr ouverte à tous, professionnels et propriétaires.

Qu’est-ce qui a motivé l’organisation de ce séminaire ? 

Antoine Bouvresse : Ce séminaire est en préparation depuis plus de 2 ans. En 2013, nous avions eu la chance d’organiser avec le CFPPA de Cibeins un colloque qui réunissait l’ensemble des intervenants de la filière canine : éducateurs, éleveurs, chercheurs en éthologie, vétérinaires, comportementalistes. Les retours ont été si positifs de la part des participants et des intervenants qu’il nous est apparu évident qu’il fallait créer un nouvel évènement autour de ce modèle.

Comment s’est établi le choix des deux axes de la réflexion du séminaire : « Le chien de travail, le chien utile, le chien compagnon sont-ils si différents ? » et  « D’où viennent les difficultés rencontrées dans la relation maître-chien ? » Est-ce le fruit des observations des divers professionnels intervenants au quotidien ? Une envie de réfléchir à la place du chien aujourd’hui dans la société et de mieux la faire comprendre ? 

Antoine Bouvresse : Nous sommes partis du constat que de très nombreux professionnels du monde canin cherchent en permanence à parfaire leurs connaissances dans le domaine de la cynotechnie. Pourtant, ces connaissances centrées sur le chien sont parfois insuffisantes pour aborder l’ensemble des problématiques auxquelles nous sommes confrontées. Cela peut entraîner des échecs de prise en charge, et parfois des situations humaines dramatiques. Il faut donc réfléchir au chien en tant qu’individu, avec ses besoins et ses émotions, et à sa relation avec son environnement, ses congénères et ses humains.

Thierry Bedossa : L’erreur de tous les scientifiques, de tous les professionnels et de tous les métiers du chien, c’est de ne penser qu’au chien et jamais à l’humain, son compagnon, son propriétaire, son utilisateur sans doute. Dans ce nouveau séminaire, nous enrichirons notre pensée et nos pratiques grâce à la présence d’un médecin psychiatre et, je l’espère, d’un sociologue.

C’est en effet un comble que les plus fervents défenseurs des bêtes et les plus grands penseurs de leurs droits soient des intellectuels ou des acteurs de la société civile journalistes, sociologues, philosophes et autres et non des professionnels ! Dans ce séminaire, nous voulons penser large et bien, ce dans le but d’aboutir rapidement à une diffusion la plus large possible de la connaissance et de la compréhension de cette nouvelle relation que nous sommes en train de développer avec ce merveilleux ami…

Chaque intervenant prévu intervient dans un domaine très spécifique lié au chien mais les rapports entre chacun sont transversaux pour améliorer son bien-être : leur choix a t-il été motivé pour illustrer cet aspect « collaborer pour solutionner » ? 

Antoine Bouvresse : Une des originalités de ce séminaire est de proposer des interventions en binômes de professions différentes. Ainsi le développement comportemental sera à la fois exposé d’un point de vue scientifique par un vétérinaire et illustré de manière pratique par un éleveur. Cette collaboration interdisciplinaire tout au long de ces deux jours est, selon nous, le meilleur moyen de créer un échange avec l’ensemble des participants. C’est sans aucun doute par l’échange que les idées évoluent, et c’est ce que nous souhaitons promouvoir tout au long de ces 2 jours.

Un appel à participation est lancé pour l’étude de cas pratiques le 2ème jour : des profils particuliers sont-ils recherchés? A qui les gens doivent-ils s’adresser? 

Antoine Bouvresse : Nous avons pris la décision de n’imposer aucun cadre particulier pour les participants des cas pratiques. Le but de ce dernier temps fort (dimanche après midi) est de créer une ouverture à tout professionnel qui pourrait nous apporter un élément supplémentaire à notre vision du chien et à la manière dont on peut harmoniser la relation entre un chien et son humain. Notre ambition serait par exemple de voir se succéder un utilisateur de chien en discipline sportive, un vétérinaire, un éducateur ou un promeneur de toutou pour partager avec nous un cas concret.

Concernant le concours « gestion d’un comportement gênant », sur quels critères la sélection se fera -t-elle?

Antoine Bouvresse : Les critères de sélection seront axés principalement sur la qualité des supports vidéos. Ce point est d’ailleurs inscrit au cahier des charges des intervenants de ces 2 jours. La science doit étayer les pratiques, la théorie doit aboutir au concret: ce sera tout le sens de cet après-midi de partage.

Plus d’informations

« Dog Revolution » : comportements gênants canins, regards croisés
Les 1er et 2 octobre de 8h30 à 18h, Université Nanterre Paris-Ouest, amphithéâtre B2

Prix de l’inscription pour les deux jours (accueil café + lunchbox inclus) : 119 euros
Réservations et informations pratiques sur le site dédié : www.dog-revolution.fr

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© kozorog

Si vous avez déjà suivi un régime alimentaire, vous savez que cela peut vous rendre irascible et de mauvaise humeur. Est-ce la même chose pour nos amis félins? Pas nécessairement !

Les chercheurs du College of Veterinary Medicine de l’université de Cornell ont fait suivre à des félins deux régimes différents pour voir le poids qu’ils perdraient et si leurs comportements envers leurs propriétaires changeraient pendant ces régimes. Tous les chats ont perdu du poids. Et bien que les chats suivant un régime amaigrissant aient exprimé des comportements tels que la mendicité avant d’être nourris, ils ont également affiché plus d’affection après avoir mangé.

L’étude a été publiée dans le Journal of Veterinary Behavior, le 30 novembre 2015.

58 chats ont été divisés en deux groupes et mis sur différents régimes alimentaires, l’un riche en fibres, l’autre faible en glucides et riche en protéines. Le poids et les comportements envers leurs propriétaires ont été vérifiés à quatre et huit semaines.

Quel que soit le régime, tous les chats ont perdu du poids au bout de huit semaines. En outre, chez les chats qui ont montré des changements de comportement, beaucoup ont réagi à la diète en mendiant, en miaulant, et en changeant de rythme avant le repas. Post-repas, les chats ont augmenté leur affection pour leurs propriétaires en sautant sur leurs genoux et en utilisant le bac à litière.

(source : NewStats, 23 février)

La toux chez le chien et le chat

mars 10th, 2016 | Redigé par admin in Toux - (0 Comments)
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© Dogs

La toux est un mécanisme de protection qui vise à expulser le matériel (sécrétions ou particules inhalées) se trouvant dans le pharynx ou l’arbre bronchique. Elle peut être provoquée par la présence de particules, d’une congestion pulmonaire, d’une compression intra ou extra-luminale des voies respiratoires, de températures ambiantes extrêmes, de fumée irritante, de divers médiateurs inflammatoires ou de la production excessive de mucus. On est plus fréquemment confronté à de la toux chez les chiens que chez les chats. Lorsque la toux persiste durant deux mois ou plus, on la qualifiera de chronique. Il faut différencier la toux de tentatives de vomissement ou lorsque l’animal donne l’impression de s’étouffer, car ces signes indiquent généralement plutôt un trouble d’origine pharyngée ou gastro-intestinale.

Principaux diagnostics différentiels

Chez les chiens

Affection des voies respiratoires supérieures

  • Trachéo-bronchite aiguë (« toux de chenil »)

  • Paralysie laryngée

  • Collapsus trachéal

  • Strongylose respiratoire (Oslerus os/eri)

Affection des voies respiratoires inférieures

  • Bronchite chronique

  • Corps étranger situé dans les voies respiratoires

  • Bronchopneumopathie éosinophilique

Affection du parenchyme pulmonaire

  • Pneumonie (d’aspiration ou infectieuse)

  • Hémorragie intra-pulmonaire (envisager un trauma­tisme ou un trouble de la coagulation secondaire à Angiostrongylus vasorum)

  • Tumeur pulmonaire (primaire ou métastase)

  • Fibrose pulmonaire idiopathique

Affection cardiaque

  • Insuffisance cardiaque congestive gauche

  • Dilatation de l’atrium gauche comprimant les voies respiratoires

Affection médiastinale

  • Tumeur (ex : thymome, lymphome)

Chez les chats

Affection respiratoire supérieure

  • Bronchite aiguë (ex : infection par Bordetella bronchiseptica)

  • Bronchite chronique Syndrome asthmatique félin

  • Tumeur pulmonaire/bronchique

  • Corps étranger dans les voies respiratoires

  • Strongylose respiratoire (Aelurostrongylus abstrusus)

Affection du parenchyme pulmonaire

  • Pneumonie (bactérienne ou par un mycoplasme)

Affection médiastinale

  • Tumeur médiastinale (ex : thynome, lymphome)

Approche diagnostique

La première étape pour déterminer l’origine de la toux est d’établir si elle résulte d’un problème cardiaque ou respiratoire. Le diagnostic d’une affection cardiaque est relativement simple. Au contraire des chiens, les chats souffrant d’une maladie cardiaque toussent rarement, il faut donc plutôt s’orienter sur une affection d’origine respiratoire lors de toux.

Bien qu’il soit important de garder l’esprit ouvert pour lister les hypothèses diagnostiques d’une affection respiratoire, il faut tout de même savoir qu’il existe des prédispositions à de nombreuses affections cardio­-respiratoires liées à l’âge et à la race. Il est également utile de recueillir des informations concernant son statut vaccinal, le programme de vermifugation, les contacts éventuels avec d’autres chiens/chats ou la faune sauvage (ex : renards), les voyages effectués à l’étranger et des détails sur son environnement. On peut trouver beaucoup d’indices sur l’origine de la toux dans l’anamnèse. La trachéo-bronchite aiguë est à l’origine d’une toux caractéristique pouvant se déclarer à la suite d’un séjour dans un chenil ou de contact avec d’autres chiens. Une toux aigüe d’apparition brutale est souvent associée à l’inhalation d’un corps étranger. Une bronchite chronique engendre typiquement une aggravation de la toux après période de repos/couchage (ex : le matin), alors qu’une paralysie laryngée engendre typiquement une toux et un stridor respiratoire provoqués par l’activité ou l’excitation. Lors de collapsus trachéal, on entend généralement une toux quinteuse déclenchée par l’excitation. Les signes pouvant indiquer un problème plus sévère ou généralisé incluent une dyspnée, une syncope, une intolérance à l’exercice, une léthargie, un manque d’appétit ou une perte de poids.

L’auscultation du thorax représente une partie importante de l’examen d’un animal présenté pour une toux, car elle peut aider à différencier une affection cardiaque d’une affection respiratoire.

Les éléments de l’examen clinique en faveur d’une atteinte cardiaque sont :

  • La présence d’un souffle au cœur et/ou d’un bruit de galop

  • La disparition de l’arythmie sinusale (pour les chiens)

  • Une augmentation de la fréquence cardiaque – typiquement supérieure à 140 bpm pour les chiens et 200 bpm pour les chats.

La qualité du pouls fémoral peut être altérée ou non chez un insuffisant cardiaque. Notez que la présence d’un souffle cardiaque seul ne signifie pas nécessairement que la toux est provoquée par une affection cardiaque. Il est fréquent chez les chiens d’entendre un souffle lors de dégénérescence de la valve mitrale, mais beaucoup de ces animaux ne développeront pas d’insuffisance cardiaque congestive avant plusieurs années.

L’auscultation des voies respiratoires supérieures et du champ pulmonaire permettra d’évaluer l’intensité des bruits pulmonaires normaux et d’identifier les bruits adventices (anormaux). Dans la majorité des cas, la présence de bruits anormaux n’est pas suffisamment spécifique pour confirmer un diagnostic, mais certains éléments peuvent suggérer certaines maladies en particulier. Par exemple, un bruit expiratoire sifflant, chez un chat oriente fortement vers une atteinte des voies respiratoires inférieures (asthme ou bronchite chronique), et la présence de craquements diffus et sévères chez un chien de petite race ne montrant pas de signe d’insuffisance cardiaque oriente vers une fibrose pulmonaire. Cependant, il est nécessaire de poursuivre les investigations pour confirmer ces différents diagnostics. L’auscultation thoracique est une technique assez peu sensible pour détecter des modifications pulmonaires telles qu’un œdème modéré, il est donc préférable de ne pas trop s’y fier pour établir le diagnostic définitif.

A l’exception de la toux de chenil, la majorité des cas de toux nécessiteront de poursuivre les investigations afin d’évaluer sa sévérité et de trancher clairement entre une origine respiratoire ou cardiaque. La nature et le type d’investigation dépendra de si l’on suspecte une origine cardiaque ou respiratoire, de la sévérité des symptômes, de l’indice de suspicion des cifférentes hypothèses diagnostiques et de la présence ou de l’absence d’autres symptômes concomitants. En première intention, l’examen complémentaire le plus recommandé est une radiographie du thorax. Pour pouvoir l’évaluer en entier, on effectuera une incidence dorso-ventrale ou ventro-dorsale ainsi qu’une incidence latérale droite ± gauche. Une insuffisance cardiaque congestive gauche est presque toujours accompagnée d’une augmentation de la taille de la silhouette cardiaque, et elle est également caractérisée par la présence d’une congestion veineuse pulmonaire et d’un œdème pulmonaire.

Pour poursuivre l’exploration d’un problème cardiaque, on conseille d’effectuer un ECG standard enregistré sur six dérivations (en particulier lorsqu’on a détecté une arythmie au cours de l’examen physique) ainsi qu’une échocardiographie (afin d’évaluer la fonction cardiaque, la taille des chambres et de déterminer l’origine de l’affection cardiaque présente). La réalisation et l’interprétation d’un ECG est possible dans la plupart des cliniques, mais il est nécessaire de référer l’animal à un spécialiste pour effectuer une échocardiographie. Le choix de la réalisation ou non de ces examens dépend de nombreux facteurs tels que la sévérité du cas, la confiance du clinicien en son diagnostic et les souhaits du client.

Pour poursuivre les investigations, le clinicien peut réaliser plusieurs (voire tous) examens :

  • Examen des voies respiratoires supérieures et de la fonction laryngée sous anesthésie générale légère

  • Évaluation radiographique de la trachée. Il faut l’effectuer après extubation, au moment de l’inspiration et de l’expiration maximales si l’on suspecte un collapsus trachéal.

  • Coproscopie (les échantillons de fèces doivent être obtenus sur 3 jours) et/ou traitement d’essai avec un anti-parasitaire actif contre les strongles respiratoires et Angiostrongylus vasorum.

  • Bronchoscopie, lavage broncho-alvéolaire pour analyse cytologique ± culture bactérienne et antibiogramme. Ces techniques avancées doivent être réalisées par des cliniciens qui ont reçu une formation spécifique.

  • Une PCR pour recherche des principaux agents pathogènes à tropisme respiratoire

  • Une NF sanguine complète et un examen biochimique complet qui peuvent être utiles avant de prescrire certains médicaments.

Il arrive qu’il soit difficile de déterminer l’origine de la toux chez les chiens qui présentent une affection respiratoire et cardiaque en même temps, en particulier si la première est responsable de la toux. Dans ces cas-là, il est possible de mettre en place un traitement d’essai, d’effectuer un ECG (surtout pour évaluer la taille de l’atrium gauche) et/ou de doser le fragment N-terminal du propeptide du peptide natriurétique de type B canin (NT pro-BNP) .

Quel traitement ?

Pour que le traitement d’une toux soit efficace, il faut que son origine ait été identifiée et traitée en conséquence. Parfois, l’anamnèse et les signes cliniques peuvent suffire pour démarrer un traitement empirique (ex: toux de chenil). Cependant, dans la majorité des cas, il faudra effectuer des examens complémentaires avant de pouvoir envisager un traitement spécifique. Les traitements suivants sont les plus couramment utilisés pour traiter la toux :

  • Gestion de l’insuffisance cardiaque congestive

  • Traitement antiparasitaire – indiqué pour traiter les strongyloses respiratoires ou une infestation par Angiostrongy/us vasorum

  • Antibiotiques – indiqués pour les infections bactériennes des voies respiratoires supérieures et inférieures, ainsi que lors de pneumonie bactérienne

  • Thérapie anti-tussive (ex : butorphanol) – utile lors de toux de chenil ou de bronchite chronique réfractaire, mais il faut l’éviter s’il y a une inflammation active ou une infection sévère (ex : pneumonie)

  • Bronchodilatateurs – utiles pour traiter certaines affections telles que l’asthme félin, le collapsus trachéal ou une bronchite chronique réfractaire

Pour aider à diminuer la sévérité de la toux, il est également recommandé de faire maigrir les animaux obèses, d’utiliser un harnais au lieu d’un collier ainsi que d’éviter l’exposition à des produits irritants pour les voies respiratoires.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

La majorité des infections virales/bactériennes modérées guériront ou s’amélioreront de façon marquée après une à deux semaines d’antibiothérapie adaptée. L’insuffisance cardiaque congestive gauche s’améliore généralement après un à deux jours de traitement. Si la toux persiste au-delà de cette période malgré un traitement correct, il faut revoir le diagnostic et la stratégie thérapeutique. Il faudra parfois poursuivre les investigations pour aboutir à un diagnostic plus spécifique. Par exemple, les cliniciens remarqueront qu’il est fréquent qu’un animal présente une affection respiratoire et cardiaque en même temps, et que même pour les chiens montrant des signes évidents d’atteinte cardiaque, on ne peut pas toujours affirmer sans preuve que la toux est d’origine cardiaque. Si le diagnostic est certain, il est possible de changer de médicament ou de posologie. Par exemple, les antibiotiques ne sont généralement pas efficaces lors de bronchite chronique ; en revanche, les corticoïdes permettent de diminuer l’inflammation des voies respiratoires et d’améliorer les symptômes de façon nette. Les clients doivent également être informés que certaines maladies sont Incurables et que le traitement sera à vie. Pour d’autres situations, comme lors de métastases pulmonaires, le pronostic est désespéré.

On limitera les frais au maximum en établissant un diagnostic et en mettant en place un traitement aussi rapidement et efficacement que possible. Parfois, l’examen clinique et l’anamnèse seuls seront suffisants, mais l’approche la plus efficace à long terme est de choisir avec soin les examens complémentaires à réaliser lors des premières consultations. Quand le client ne souhaite pas réaliser d’autres examens complémentaires à cause de leur prix, le clinicien devra alors initier une ou plusieurs des stratégies thérapeutiques mentionnées précédemment en fonction des résultats des tests déjà effectués et de son degré de suspicion vis-à-vis des différentes hypothèses diagnostiques. Par exemple,les propriétaires d’un vieux chien atteint d’une insuffisance cardiaque congestive préféreront parfois essayer un traitement plutôt que de prendre des clichés radiographiques du thorax.

Cependant, les propriétaires doivent être avertis que dans ces circonstances, le pronostic ne peut pas être aussi certain que si un diagnostic définitif avait pu être établi. Malgré ceci, il est tout de même possible que l’état de l’animal s’améliore pour un certain nombre d’affections cardio-respiratoires après un traitement d’essai basé uniquement sur l’examen clinique seul ; parmi celles-ci, on compte notamment l’insuffisance cardiaque congestive, une infection bactérienne des voies respiratoires supérieures ou inférieures, une pneumonie bactérienne, une pneumonie à mycoplasme, une bronchite chronique, une strongylose respiratoire, une infestation par Angiostrongylus ou de l’asthme félin.

Bien que de nombreuses causes de toux chez le chien et le chat requièrent un traitement à long terme, certains médicaments couramment utilisés sont assez peu chers, comme le furosémide, la digoxine, les sulfamides potentialisés, l’oxytétracycline, la prednisolone ou la codéine.

Les convulsions chez le chien

mars 6th, 2016 | Redigé par admin in Convulsions - (0 Comments)
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Les convulsions correspondent à la manifestation clinique d’un excès d’activité neuronale anormale au sein des hémisphères cérébraux. Elles sont la conséquence d’une affection intracrânienne ou extracrânienne. La cause la plus courante de convulsions récurrentes chez le chien est l’épilepsie idiopathique. C’est une maladie d’origine fonctionnelle dans laquelle le seuil épileptogène est diminué. Certaines races y sont prédisposées (ex : Berger allemand, Labrador Retriever, Golden Retriever, Border Collie).

Diagnostics différentiels

*Origine intracrânienne

  • Fonctionnelle-épilepsie idiopathique (ou primaire)

  • Structurale – processus tumoral (primaire ou secondaire), lésions inflammatoires/infectieuses, anomalie congénitale (ex : hydrocéphalie), traumatisme, hémorragie, infarctus, maladie liée à une surcharge métabolique,tissu cicatriciel

*Origine extracrânienne

  • Toxine (ex : métaldéhyde, plomb, organophos­phorés, éthylène glycol), hypoglycémie, hypocal­cémie, coup de chaleur, encéphalopathie hépa­tique, déséquilibre électrolytique, hyperviscosité sanguine.

Il faut distinguer les convulsions d’une syncope. La syncope résulte d’une baisse de l’arrivée d’oxygène ou de glucose au cerveau (causée par exemple par une hypotension,une arythmie cardiaque, une hypoxie ou une hypoglycémie), ou de causes moins courantes de signes paroxystiques telles que la myasthénie, une crise vestibulaire aiguë, une narcolepsie-cataplexie ou une autre maladie affectant les mouvements de l’animal.

Approche diagnostique

La première étape lorsque l’on recueille l’anamnèse est de déterminer si le chien souffre vraiment de convulsions ou s’il s’agit d’une autre affection paroxystique. Les propriétaires décriront l’épisode paroxystique avec des termes tels qu’une « crise », de « l’épilepsie », des « convulsions » ou un « malaise ». Il faut lui demander de décrire avec précision le comportement du chien avant, pendant et après l’épisode, afin de déterminer sa véritable nature. Les animaux souffrant de syncopes sembleront « flasques », alors qu’au cours de convulsions, ils seront plutôt « raides ».

Lors de véritables convulsions, la présentation la plus courante est la forme tonico-clonique généralisée. Elle est caractérisée par des mouvements symétriques des membres, de la mâchoire et de la face, par une perte de conscience et souvent par des signes neuro-végétatifs tels qu’un ptyalisme, une miction et/ou une défécation. Il arrive également de façon plus rare que le chien présente des convulsions motrices partielles focales qui prennent naissance dans un seul hémisphère cérébral; on a alors une manifestation qui est asymétrique avec par exemple la tête qui se tourne d’un côté ou des trémulations musculaires. Les convulsions focales peuvent se manifester comme des épisodes d’altération de la conscience ou un comportement étrange (ex : gober les mouches). Les convulsions partielles peuvent aboutir à des convulsions généralisées.

Les crises convulsives peuvent être isolées, regroupées (> 1 crise en 24 h), ou converger en status epilepticus (convulsions continues durant plus de 5 minutes). Chez certains chiens, on peut observer une phase de 1 prodrome avec un comportement inhabituel comme la recherche d’attention durant quelques heures, voire quelques jours avant une crise convulsive. La crise en elle-même (« ictus ») peut durer de quelques secondes à quelques minutes. La période post-ictale peut durer plusieurs heures, le chien a parfois un comportement anormal,semble désorienté, a très soif ou très faim.

Une fois que l’on est sûr que le chien souffre de convulsions, l’interrogatoire doit permettre de déterminer leur cause. On demandera l’âge auquel elles ont commencé, leur durée et leur fréquence, une description des crises et de la période post-ictale, si le chien a parfois un comportement anormal entre les crises, et si les propriétaires ont connaissance du même genre de problème chez un chien ayant un lien de parenté avec le leur. Pour les animaux dont les crises ont un aspect aigu, il faut vérifier s’il ne pourrait pas s’agir d’une intoxication. On demandera également au propriétaire si son chien a déjà subi un traumatisme au niveau de la tête. Il faut discuter de l’état général de santé du chien, car certains indices peuvent orienter vers une origine extra-crânienne. Le clinicien réalisera un examen clinique complet afin de détecter toute malade intercurrente sous-jacente.

Lorsque le chien souffre d’épilepsie idiopathique, ses premières crises apparaissent entre l’âge de 6 mois et 5 ans. Les convulsions sont généralement de nature tonico-clonique, elles durent 1à 2 minutes et se produisent généralement lorsque l’animal se repose. Les chiens épileptiques sont normaux entre les crises, et l’intervalle séparant les premières crises est d’au moins 4-6 semaines ; cependant, on peut observer des crises regroupées assez tôt chez certaines races telles que le border collie ou le dalmatien.

Lorsque le patient ne correspond pas à ces critères, il faut s’orienter vers une affection extracrânienne ou intracrânienne d’origine structurale. Les jeunes chiens ont plus de chances de souffrir d’une anomalie congénitale alors que les chiens plus âgés auront généralement plutôt une tumeur, une anomalie vasculaire ou une affection extracrânienne. S’il s’agit d’une affection extracrânienne, on relèvera généralement la présence d’autres signes cliniques. Les chiens souffrant d’une affection intracrânienne d’origine structurale peuvent présenter des anomalies neurologiques persistantes entre les crises convulsives qui sont associées à une atteinte du prosencéphale, ex : tournis, hémiparésie ou altération du comportement, mais ces signes sont inconstants. On doit également rechercher la présence d’une tumeur primaire ayant métastasé dans le cerveau (ex : tumeur mammaire, tumeur prostatique). Les affections inflammatoires progressent généralement assez rapidement.

Il est très important d’effectuer un examen neurologique complet chez un animal souffrant de convulsions. Au cours de la période post-ictale immédiate, on peut observer quelques anomalies neurologiques de façon temporaire, telles qu’une amaurose ou des déficits proprioceptifs ; lorsque c’est le cas, il faut réaliser un nouvel examen neurologique quelques jours plus tard. Si ces anomalies persistent, on suspectera une lésion structurale intracrânienne ; en revanche, un examen neurologique normal n’exclut pas la présence d’une affection extracrânienne ou intracrânienne d’origine structurale. L’examen du fond d’œil peut permettre de détecter un œdème papillaire traduisant la présence d’une hypertension intracrânienne, ou de lésions rétiniennes associées à un état inflammatoire.

Il faut effectuer une NF sanguine complète et un profil biochimique complet chez tous les animaux souffrant de crises convulsives afin d’éliminer la plupart des causes extracrâniennes de convulsion. Il est important de réaliser un test de la fonction excréto-biliaire, car il arrive que les convulsions soient l’unique symptôme chez des chiens ayant un dysfonctionnement hépatique tel qu’un shunt porto-systémique.

Les autres examens complémentaires dépendront du cas. Une fois les causes extracrâniennes exclues, si l’on souhaite explorer les hypothèses intracrâniennes, il faudra avoir recours à des techniques d’imagerie de pointe (scanner ou IRM), et éventuellement à une analyse du LCR. Ces examens ne sont généralement pas nécessaires chez des chiens présentant des symptômes classiques d’épilepsie idiopathique, cependant certains propriétaires désireront exclure une origine structurale. Il faut encourager les clients à réaliser une IRM ou un scanner lorsque leur chien a commencé à avoir des convulsions avant l’âge de 6 mois ou après S ans. De même, chez les animaux présentant des anomalies à l’examen neurologique qui persistent entre les crises, et chez qui l’on a exclu les origines extra-crâniennes.

Différents traitements

*L’épilepsie idiopathique

Le traitement de l’épilepsie idiopathique est à vie, il est également assez onéreux et demande beaucoup d’implication de la part du propriétaire. Il existe divers sites internet et groupes proposant un soutien aux propriétaires de chiens épileptiques. On leur conseillera de tenir un « journal de l’épilepsie », afin de pouvoir suivre plus facilement l’évolution de l’état du chien. Lorsqu’une crise survient à la maison, il faut que le propriétaire garde son calme, déplace les meubles contre lesquels le chien pourra se blesser, et essaie de noter la durée de la crise. Il ne faut pas qu’il tente de maîtriser le chien de quelque façon, et il faut éloigner les enfants jusqu’à ce que le comportement du chien redevienne normal. La plupart des crises s’arrêtent spontanément en une à deux minutes ;cependant, la phase post-ictale peut durer plusieurs heures. Il faut rassurer les propriétaires en leur expliquant que la majorité des crises épileptiques surviennent lorsque le chien se repose, et qu’il est donc peu probable qu’il en fasse une lorsqu’il est en balade.

L’objectif du traitement de l’épilepsie idiopathique est de réduire la fréquence des crises à un niveau acceptable ; il est utopique d’imaginer qu’il peut totalement empêcher leur survenue. On arrive généralement à bien contrôler les crises dans 70-80 % des cas. Il faut mettre en place un traitement anti-convulsif lorsque les crises surviennent plus d’une fois tous les 3-4 mois, lorsque leur fréquence ou leur sévérité augmente, ou si le chien a présenté au moins une fois des crises regroupées ou un status epilepticus.

Le traitement anti-convulsif de première intention est à base de phénobarbital. On commencera par une posologie de 2-3 mg/kg deux fois par jour. Il faut prévenir le propriétaire qu’il y a souvent des effets secondaires tels qu’une PUPD, une polyphagie, 1 une ataxie ou une léthargie, surtout au cours des premières semaines de traitement. Lorsque la PUPD ou la polyphagie persistent, il faut que les propriétaires prennent garde à ne pas trop nourrir leur chien. On mesurera la concentration sérique en phénobarbital à jeun après 2-3 semaines de traitement ; la posologie sera augmentée progressivement jusqu’à atteindre la gamme de concentration thérapeutique (25· 35 µg/mL ou 107-150 µmol/L chez les chiens). Une fois les crises sous contrôle, on examinera à nouveau le chien tous les 6 mois. Il conviendra alors de surveiller la concentration sérique en phénobarbital, la NF sanguine et le profil biochimique. Lors d’un traitement à base de phénobarbital, on observe après un certain temps une induction des enzymes hépatiques (augmentation modérée de lALAT et de la PAL), elle est sans conséquence clinique importante. En revanche, il arrive que le phénobarbital devienne hépatotoxique (particulièrement lorsque la posologie est élevée), il est donc important de surveiller la fonction hépatique spécifiquement en mesurant l’albuminémie et en effectuant un test de stimulation des acides biliaires. Le phénobarbital a également été associé à l’apparition d’anomalies hématologiques par un mécanisme immunitaire. Si le traitement doit être interrompu, il faut le faire de façon très graduelle afin de limiter le risque d’apparition de crises par effet « rebond >l.

A savoir : la molécule référence aujourd’hui pour le traitement de l’épilepsie est le lévétiracetam : délai d’action quasi immédiat dès la 1ère prise orale, aucun effet secondaire.

Si les crises ne sont toujours pas contrôlées de façon satisfaisante malgré une augmentation de la posologie jusqu’à son maximum, il faut mettre en place un traitement supplémentaire. On ajoute généralement du bromure de potassium au protocole thérapeutique. Le bromure peut également être utilisé seul chez les chiens insuffisants hépatiques. li ne faut en revanche pas le prescrire chez les chats. Le bromure possède une demi-vie qui est longue, il faut donc parfois attendre 1 jusqu’à 3-4 mois avant d’obtenir une concentration sérique stable. La posologie initiale est de 20-40 mg/kg/j, que l’on administrera en plusieurs prises avec de la nourriture. On peut donner jusqu’à 200 mg/kg 1 une fois par jour en phase d’induction durant les 5 premiers jours s’il faut atteindre une concentration sérique suffisante rapidement. Le sel contenu dans l’alimentation augmente l’excrétion rénale du bromure, il est donc important de ne pas changer d’alimentation. La concentration thérapeutique qu’il faut viser lorsqu’il est utilisé en plus du phénobarbital est de 1-2 mg/ml (10-20 mmol/L). On la mesurera 4 semaines après le début du traitement, puis 2-3 mois plus tard (on doit avoir atteint une concentration stable) et enfin annuellement. Les effets secondaires sont une PUPD, une polyphagie ou une pancréatite. Si l’on applique une phase d’induction, on observe fréquemment une ataxie et une léthargie.

Chez les patients qui sont sujets aux crises regroupées, il est possible d’apprendre aux propriétaires comment administrer du diazépam par voie rectale (0,5-1,0 mg/kg par voie rectale en ne dépassant pas trois doses par 24 h) lorsqu’ils remarquent des signes de prodrome, 1 ou après une première crise. On limitera ainsi le risque de survenue d’une nouvelle crise ou d’un status epilepticus.

*Les autres causes de convulsion

Les chiens souffrant d’une affection extracrânienne ou intracrânienne d’origine structurale doivent recevoir un traitement spécifique. Il faut prescrire aux chiens qui présentent également une affection intracrânienne une thérapie anti-convulsivante comme décrit précédemment.

*Le status epilepticus

Les animaux qui sont amenés au cabinet en état de status epilepticus doivent être très rapidement pris en charge en urgence. Il faut essayer de déterminer la cause de la crise et traiter une éventuelle hypocalcémie, hypoglycémie ou encéphalopathie hépatique si nécessaire. Il faut administrer des anticonvulsivants pour arrêter la crise. On pourra donner initialement du diazépam (0,5-1,0 mg/kg IV ou par voie rectale), à répéter jusqu’à quatre fois au maximum si nécessaire pour contrôler les convulsions. S’il n’a aucun effet, l’administration de propofol en IV est généralement efficace. Pour les animaux n’étant pas sous traitement avec du phénobarbital, on pourra par la suite leur donner une dose d’induction de 12 mg/kg en IV. Puis si cela est nécessaire, il est possible d’administrer deux doses supplémentaires à 3 mg/kg en IV en respectant 20 minutes d’intervalle et en ne dépassant pas une dose totale de 18 mg/kg. Si le chien reçoit déjà un l traitement à base de phénobarbital par voie orale, on administrera une seule dose de 2-4 mg/kg en IV ou en IM pour augmenter la concentration sérique de phénobarbital. Lorsque les convulsions persistent, il faudra perfuser l’animal de façon constante et y incorporer du diazépam et/ou du propofol. Il ne faut pas oublier les soins de soutien avec une oxygénothérapie et une fluidothérapie. Il faut s’assurer que les voies respiratoires sont dégagées. On surveillera la température corporelle ; une hyperthermie > 41,5° requiert la mise en place de mesures spécifiques pour faire descendre la température (ex : lavements avec de l’eau froide, application de serviettes froides, ventilateur).

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Dans environ 20 % des cas d’épilepsie idiopathique, il n’est pas possible d’arriver à contrôler de façon satisfaisante les crises épileptiques avec un traitement classique. Il existe d’autres molécules pouvant être associées au protocole thérapeutique, mais on conseille de demander l’avis d’un spécialiste avant d’y avoir recours. Il est également important de s assurer que l’on a bien exploré toutes les autres hypothèses diagnostiques.

Les médicaments utilisés pour traiter l’épilepsie idiopathique sont relativement peu onéreux. Cependant, il faudra les donner durant toute la vie du chien, et comme il sera nécessaire d’effectuer beaucoup de consultations de suivis comprenant des analyses sanguines, le coût final sera assez élevé. Certains propriétaires ne seront pas prêts à investir suffisamment d’argent ou de temps pour s’occuper d’un chien épileptique, ils choisiront ainsi parfois l’euthanasie assez tôt dans l’évolution de la maladie.

Il est nécessaire d’avoir recours à un examen d’imagerie de pointe pour confirmer ou exclure une affection intracrânienne d’origine structurale. Cependant, si l’on considère qu’il y a de fortes chances que le chien soit atteint d’épilepsie idiopathique, il est raisonnable de mettre en place un protocole thérapeutique dans cette indication sans avoir exclu de façon certaine la possibilité d’une lésion structurale. De la même façon, lorsque l’on considère qu’il y a des fortes chances pour que le chien souffre d’une affection d’origine structurale, mais que le client ne possède pas les ressources financières nécessaires pour le confirmer ou pour traiter spécifiquement cette affection, il est raisonnable d’initier un traitement anti-convulsivant tant que la qualité de vie de l’animal reste acceptable.

Revue de presse – Janvier 2016

mars 6th, 2016 | Redigé par admin in Janvier 2016 - (0 Comments)

BREVES

Etats-Unis

Posséder un animal permet d’économiser des milliers de dollars en soins médicaux

Le 14 décembre dernier, la Human Animal Bond Research Initiative (HABRI) a publié une nouvelle étude économique qui estime l’économie réalisée par les propriétaires d’animaux domestiques en soins médicaux, a près de 11,7 milliards de dollars. « De nombreuses études avaient démontré à quel point les animaux domestiques ont un effet bénéfique sur la santé humaine, mais c’est la première fois que l’on a une estimation économique de cet impact sur le système de santé américain », explique Terry L. Clower, professeur en politiques publiques à l’université George Mason. « Notre étude démontre qu’avoir un animal allège les charges de notre système de santé ».

On peut distinguer deux domaines de bénéfices :

  • les propriétaires d’animaux, 132,8 millions aux Etats-Unis, économisent 11,37 milliards de dollars en visites médicales

  • les 20 millions de propriétaires qui promènent leur chien 5 fois par semaine voire plus ont moins de prédispositions à l’obésité et économisent ainsi 419 millions de dollars en frais médicaux

Selon les chercheurs, les chiffres pourraient être encore plus importants mais des données économiques supplémentaires seraient nécessaires pour montrer l’impact sur le contrôle des infections, les maladies cardio-vasculaires, l’hypertension, le cholestérol, les allergies, le stress, la pression artérielle et les troubles psychologiques.

(NewStat, 29/12/15)

Autriche

Les chiens peuvent avoir un comportement altruiste envers leurs congénères

Avoir une attitude positive et altruiste envers son prochain est considéré comme l’un des fondements des relations et de la coopération humaines. Pourtant, d’après une récente étude menée par des chercheurs de l’école vétérinaire de l’université de Vienne, il semblerait que ces traits se retrouvent chez d’autres espèces, notamment les chiens.

Les chercheurs ont montré que les chiens peuvent se montrer serviables et altruistes envers leurs congénères, à condition qu’ils connaissent l’autre chien au préalable. Ces résultats ont été publié le 16 décembre dans la rubrique scientifique de Nature.

Les chercheurs ont étudié le comportement social de 16 chiens afin d’évaluer leur disposition à aider des partenaires familiers et non-familiers. Chaque chien devait tirer un plateau contenant une récompense, et décider si le deuxième chien pouvait la recevoir. En tirant sur le fil du plateau, le chien donneur « servait » la friandise à son compagnon. Chaque animal avait la possibilité de tirer un plateau vide ou un plateau plein.

Selon la connaissance que le chien donneur avait de son congénère, le choix était différent. Les chiens donneurs tiraient plus volontiers le plateau-friandise lorsqu’ils connaissaient l’autre chien que lorsqu’ils n’en étaient pas familiers. « Les chiens peuvent vraiment être altruistes », explique Friederike Range, un des chercheurs de l’étude. « Cela n’avait jamais été démontré de façon expérimentale. Et le degré de familiarité est fondamental pour influencer le comportement des chiens envers leurs congénères. »

(NewStat, 5 janvier 2016)

Etats-Unis

Avoir un chien : l’atout qui fait la différence pour draguer !

Des chercheurs de l’université du Nevada ont mené une étude en ligne auprès des utilisateurs du site Match.com (un équivalent de Meetic) qui avaient indiqué posséder un animal, afin d’identifier le rôle de l’animal de compagnie dans les rendez-vous galants des adultes célibataires. Ils en ont conclu que les chiens servent de baromètres sociaux, tout autant que les chats, et que les femmes célibataires évaluent leur compagnon potentiel selon les interactions qu’il entretient avec leur chien.

Ces éléments ont été publiés dans la revue Anthrozoos le 9 décembre dernier.

Les chercheurs ont reçu près de 1210 réponses, dont 61% venaient de femmes. Chiens et chats étaient les animaux domestiques les plus courants pour les deux sexes.

D’après les résultats, les femmes sont plus discriminantes que les hommes par rapport aux interactions de leur compagnon potentiel avec leur animal, et sans surprise, les chiens sont plus souvent associés aux rencontres que les chats.

(NewStat, 7 janvier 2016)

Japon

Le petfood à base de poisson pourrait contribuer à l’hyperthyroïdie féline

Personne ne sait réellement quelle est la cause de l’hyperthyroïdie féline, mais certaines études supposent qu’un lien existerait entre les polluants environnementaux tels que certains bisphénols. Une nouvelle étude émet une autre hypothèse.

Des chercheurs japonais ont analysé la nourriture pour chats à base de sous-produits de poisson, qui ne sont pas exempts de toxines. Ils ont effectivement trouvé que les traces de ces sous-produits toxiques, présents à de très hauts niveaux dans les analyses sanguines de chats, venaient de de la nourriture et non d’un autre type d’exposition aux bisphénols.

L’étude a été publiée le 2 décembre dans la revue Environmental Science & Technology.

(NewStat, 11 janvier)

CONGRES

« Steps to a sustainable livestock »

En 2012, des idées et projets communs sur le sujet ont mené tout un groupe de scientifiques à fonder un organisme d’études visant à proposer une vision durable et responsables des productions animales, dans le but de fournir de la nourriture saine issue d’animaux en bonne santé. De là est né « Global Farm Platform », qui fait la promotion de l’élevage extensif partout dans le monde.

Afin de mieux comprendre la multiplicité des enjeux (sanitaires, économiques, génétiques, nutritionnels, questions de bien-être animal et d’empreinte écologique), ces scientifiques ont tenu à rassembler d’autres chercheurs et professionnels (éleveurs, vétérinaires) sensibilisés par leur sujet, à l’occasion de leur première conférence internationale, qui s’est tenue du 12 au 15 janvier 2016 à Bristol, sur le thème « Etapes pour un élevage durable ».

5 thématiques au cours de ces 4 journées : Consommation de nourriture humaine par le bétail /Nourrir les animaux de façon optimale / Santé et nutrition / Santé et bien-être animal / Systèmes d’élevage / Espèces et génotypes / Minimiser l’empreinte écologique.

Nous avons synthétisé certaines des interventions parmi les plus marquantes ou résumant le mieux l’esprit de leur thématique.

Mieux nourrir les animaux

D’ici 2050 la population mondiale atteindra les 9 milliards d’individus, ce qui nécessitera d’augmenter la production de viande et de lait de 70%. Cette hausse sera en grande majorité absorbée par les pays en voie de développement, qui font déjà face à de nombreux défis en matière de sécurité alimentaire.

Dans son intervention « Grazing towards sustainability », le chercheur Michael Lee de l’université de Bristol explique que nous nous trouvons à un moment crucial pour que l’élevage puisse répondre aux impératifs internationaux qui exigent à la fois de produire davantage tout en limitant la pollution que cela engendre. La recherche d’un système d’élevage durable qui réponde à ces exigences est donc une question d’actualité brûlante. Néanmoins, les différents systèmes d’élevage varient largement sur leurs intrants, leur impact environnemental et la qualité de leur production.

L’intensification de l’élevage peut être basée soit sur des systèmes extensifs pastoraux, soit sur des systèmes industriels type feedlots, qui utilisent des céréales pour nourrir les animaux. Néanmoins ces deux approches ont bien intégré les problématiques de gestion de l’eau et de pollution de l’air, des émissions de carbone, de dégradation des sols, de rendement efficace pour la production et bien sûr de bien-être animal, donc de qualité des produits.

La durabilité de n’importe quel système d’élevage nécessite de respecter 3 besoins : 1/ celui de la société, en fournissant un produit sain que le consommateur voudra acheter en toute confiance 2/ celui de l’économie, en fournissant un produit sain au sein d’un système économique vertueux 3/ celui de l’environnement, en assurant que la production minimise les émissions de gaz à effet de serre et respecte les écosystèmes environnants.

L’élevage extensif peut faire face à ces trois impératifs. Il a été démontré que les animaux issus de ces systèmes possèdent un meilleur équilibre de nutriments bénéfiques comme les vitamines et acides gras essentiels (Omega 3- Omega 6), que les animaux issus d’élevages industriels. Les produits qui en sont issus ont également une durée de conservation plus longue car ils contiennent beaucoup plus de vitamine E, donc d’antioxydants.

Par ailleurs, en permettant aux animaux de chercher eux-mêmes leur nourriture dans les pâtures, il a été montré que cela réduisait les émissions de méthane et améliorait la qualité des sols et la biodiversité.

Certes, ces élevages ont moins de charges (notamment en nourriture pour les animaux), mais on pourra leur reprocher d’être économiquement moins rapidement rentable que les élevages type industriels. Cependant, Michael Lee a souligné qu’il n’était pas toujours utile d’avoir une exploitation de très grande taille : il est souvent mieux d’avoir moins d’animaux, mais par conséquent d’avoir moins de coûts et d’être plus compétitif, car plus à même de produire de la qualité.

Un point intéressant a été soulevé par l’intervention de Ermgassen, de l’université de Cambridge, concernant la lutte contre le gaspillage alimentaire et le nourrissage des animaux d’élevage. A l’heure actuelle en Europe, il est interdit de nourrir les animaux d’élevage, et notamment les porcs, avec des déchets alimentaires humains. Pourtant, si cette disposition redevenait légale, cela permettrait « d’économiser » 1,8 million d’hectares de surface agricole, d’améliorer le profit de nombreux exploitants agricoles et également de produire du porc de meilleur qualité.

Il se trouve que ce mode de nourrissage est parfaitement légal et utilisé dans de nombreux pays comme une solution à bas coût et ayant une très faible empreinte écologique. Ainsi au Japon et en Corée du Sud, l’utilisation de déchets alimentaires est étroitement contrôlée, la nourriture est traitée pour être rendue consommable par les animaux. Ainsi respectivement, ces deux pays recyclent près de 35,9% et 42,5% de leurs déchets alimentaires en nourriture pour les animaux d’élevage.

Ce type d’alimentation coûte 40 à 60% du prix de la nourriture conventionnelle, et au final, on ne peut voir aucune différence gustative entre des porcs ayant consommé des déchets alimentaires et d’autres nourris au grain.

De nombreuses interventions très techniques sur la nutrition animale ont permis également de comprendre que dans les systèmes pastoraux, il était nécessaire d’adapter l’alimentation des animaux à la flore locale. Ainsi, si les animaux manquent de certaines ressources trouvées dans certaines plantes, parce que leur pays ne les possède pas, aux fermiers de trouver les solutions pour combler les manques nutritionnels et veiller à leur fournir des rations équilibrées. C’est ainsi le cas pour des élevages ovins à l’est de Java, en Indonésie, nourris avec une base de fourrage de maïs, complétée par des feuilles de manioc (intervention de Kusmartono, Faculty of Animal Husbandry, East Java, Indonesia).

Santé et Nutrition

Partout dans le monde, et particulièrement dans le monde occidental, les débats sur la consommation de produits d’origine animale et leur impact sur la santé humaine à moyen et long terme s’imposent de plus en plus comme une question de santé publique. Trois problématiques majeures façonneront les politiques alimentaires des décennies à venir : la généralisation de l’obésité, l’espérance de vie accrue de la population et l’obligation d’augmenter la production alimentaire d’environ 50% d’ici 2030 pour satisfaire une demande en constante hausse, tout en limitant l’impact sur l’environnement.

Les produits d’origine animale « coûtent » cher à l’environnement, de nombreuses études et observations l’ont montré. On sait moins quel est exactement leur rôle dans une alimentation équilibrée et leur impact depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse. La plupart des consommateurs pensent que le lait et les produits laitiers sont d’importantes sources de nutriments tels que le calcium et l’iode, que la viande rouge est une source incontestable de zinc et de fer, mais on s’interroge de plus en plus également sur leur rôle dans l’augmentation des risques de maladies cardio-vasculaires et autres maladies chroniques.

Les études menées sur de longues périodes s’accordent toutes à dire que le lait n’aurait aucun impact négatif sur la santé, et peu de gens le contestent. Les effets du beurre, du fromage et du lait demi-écrémé restent cependant incertains.

Le cas de la viande rouge est plus complexe, bien que le lien entre la consommation de viande et le cancer colorectal concerne surtout les produits industriels dérivés de la viande comme la charcuterie.

Il reste néanmoins prouvé aujourd’hui que les problématiques de santé et d’alimentation liées aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes âgées peuvent être réduites par l’apport de certaines ressources que l’on trouve dans les produits d’origine animale. Il serait par exemple, pour Ian Givens, de l’université de Reading (GB), simpliste de remplacer les protéines issues du lait par des protéines végétales, car elles n’auront pas le même apport nutritionnel à long terme.

Néanmoins, une question se pose : combien coûte un régime alimentaire sain, et qui a les moyens d’en bénéficier ? Patricia Lucas, de l’université de Bristol, a orienté son intervention sur ces questions.

Pour la majorité des organisations mondiales sur l’alimentation, la sécurité alimentaire se définit comme « un accès suffisant pour tout le monde et en tous temps à une alimentation saine, nourrissante, de façon à mener une vie active en bonne santé ». Or, fournir une nourriture de qualité et en quantité suffisante pour une population en croissance rapide et importante est un véritable défi. On souligne aussi souvent que produire une nourriture de meilleure qualité et avec une empreinte écologique moindre aura forcément un impact sur le prix final. Patricia Lucas montre, chiffres à l’appui, que même dans les sociétés les plus riches, les membres les plus pauvres sont les plus vulnérables aux variations de prix dans le domaine alimentaire. Or, ces variations de coûts et l’impact qu’elles auront sur la santé humaine sont rarement discutées.

L’universitaire s’est basée sur des chiffres de la UK Poverty and Social Exclusion survey, et de ses propres études sur l’exclusion en Grande-Bretagne. Ainsi :

  • en 2012, 17% des adultes manquaient de nourriture (contre 12% en 1999)

  • 13,4% des adultes ne peuvent pas se payer de viande / de poisson / de légumes au moins une fois par semaine

  • 20,8% des adultes pauvres n’en mangent jamais

  • 10,8% des enfants pauvres n’en mangent jamais

  • 10% n’ont ni amis ni famille chez qui en manger une fois par semaine

Patricia Lucas a estimé le coût hebdomadaire d’un régime équilibré (en 2012) à 52 £ (environ 68 euros). En réalité, la plupart des gens dépensent 36 £, soit 47 euros.

Les personnes en difficulté financière achètent plutôt des denrées qui durent longtemps et qui seront mangées par tous les membres de la famille : de fait, lorsque le revenu baisse, le régime alimentaire change tout de suite.

Face à la hausse des prix, les ménages en difficulté n’achètent plus de bœuf ou d’agneau, mais plus de porc ou de volaille (viandes moins chères), et -20% de beurre.

Aussi, pour la chercheuse, augmenter les coûts de l’alimentation pour produire plus de qualité, mais pas encore de façon globale, entraînerait l’effet inverse pour une majorité de la population : un régime alimentaire plus mauvais pour la santé et pas du tout durable. Elle estime donc qu’il faut viser un système alimentaire sécurisé (dont chacun peut profiter), équitable et durable.

Santé et bien-être animal

Alors que les préoccupations principales se tournent vers une augmentation globale de la production alimentaire, il pourrait être facile de reléguer les considérations sur le bien-être animal au second plan. Or, pour les scientifiques spécialistes du comportement et du bien-être animal, non seulement l’amélioration du bien-être des animaux d’élevage est une obligation morale, mais c’est surtout une question centrale lorsque l’on veut produire un système d’élevage durable.

Dans son intervention, Becky Whay, de l’université de Bristol, rappelle que pendant longtemps, les animaux ont été considérés avant tout comme disponibles pour satisfaire les besoins des humains (comme en atteste les écrits de Saint Thomas d’Aquin – 1225-1275). Ils sont notre propriété, sur laquelle nous avons toute puissance (cf Treatment of Cattle Bill de 1822 du droit anglais). Ces notions ont largement nourri le développement de l’agriculture et de l’élevage tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’approche moderne et occidentale de la production animale a été largement motivée, parmi d’autres choses, par des impératifs commerciaux, par le « droit » des gens à avoir accès à des sources de protéines à bas prix, et par la nécessité de tirer un maximum de profit du moindre hectare de terre disponible pour l’agriculture. Mais en même temps, les notions de bien-être animal sont également apparues, et se sont imposées de plus en plus. Aujourd’hui, les consommateurs s’inquiètent profondément de la façon dont sont traités les animaux d’élevage, comme en témoignent l’achat maintenant généralisé d’oeufs de poules élevées en plein air.

D’après la chercheuse, d’ici 2050 on abattra deux fois plus d’animaux chaque année partout dans le monde. Dans les années 60, on abattait ainsi 10 millions d’animaux : c’est 56 millions aujourd’hui, alors que la population mondiale a seulement doublée.

Pour suivre cette énorme demande, les méthodes de production ont également évolué : si en 1925, il fallait 110 jours d’élevage pour un poulet avant abattage. Aujourd’hui, c’est 42 jours, soit 68 jours en moins pour atteindre le poids désiré de 2,5 kg.

Pour les vaches laitières, l’exploitation a évolué de même : en 1995-1996, une vache laitière produisait 5512 litres par an. En 2013-2014, on est passé à 7531 litres par an, soit l’équivalent de 94 bains de lait en plus !

Cette révolution agricole, qui exige toujours plus des animaux, est née après la Seconde guerre mondiale. Avec la mécanisation, la nécessité de nourrir une population en augmentation, les systèmes de production se sont industrialisés, les animaux sont devenus des « machines ». Et pour de nombreux observateurs cités par la chercheuse, « le langage de la cruauté ne couvre pas la réalité de ce qui se passe dans l’élevage intensif »…

Malgré tout depuis une trentaine d’années, la notion de bien-être animal a fait son chemin. Qu’entend-on par « bien-être » ? Cela doit recouvrir trois critères :

  • l’état physique (la santé, le bien-être biologique)

  • l’état mental (la vie émotionnelle, les expressions de peur, d’anxiété, de dépression, les attentes des animaux)

  • « naturalness » : c’est-à-dire des animaux qui peuvent vivre selon leur nature. Une vache doit vivre dans un pré, par exemple.

Ces concepts sont liés et doivent être considérer en globalité. Pour le dernier critère, la chercheuse a cité Marthe Kiley-Worthington, éthologue anglaise spécialiste du cheval de renommée mondiale : « Si l’on croit au concept d’évolution… dans le but d’éviter de la souffrance aux animaux, il est nécessaire que l’animal puisse accomplir tous les comportements inhérents à son espèce car ils ont tous une fonction utile à son développement… »

Cependant, pour certains, le « bien-être animal » serait une considération de gens riches et bien nourris, une « pensée occidentale », et pourquoi s’y attarder alors que la population mondiale augmente et doit faire face à des problèmes de climat et de sécurité alimentaire ?

Bien au contraire, il s’agit là d’une question centrale. Becky Whay donne l’exemple des boiteries chez les vaches laitières. Il y a 50 ans, personne n’y prêtait attention. Aujourd’hui, beaucoup plus : on considère que les Etats-Unis (rien que l’est du pays) compte 54,8 millions de vaches laitières boiteuses contre… 8,3 millions en Nouvelle-Zélande, où le système d’élevage est très largement extensif.

Or, une boiterie chez une vache laitière n’est pas à prendre à la légère, même en terme de rentabilité, car une boiterie, en réduisant les mouvements de l’animal, modifie par là même son comportement, ses interactions sociales, et en conséquence, les vaches atteintes produisent moins de lait et deviennent même infertiles.

Plus on exige des animaux en terme de productivité, plus on les expose à des risques sanitaires et on les fragilise, ce qui n’est pas sans conséquence sur la rentabilité de l’exploitation. Ce n’est donc pas seulement une question de bien-être et de santé : des animaux heureux et en bonne santé produisent plus et mieux, tout simplement. Le but à terme est donc bien de développer des systèmes de production durables qui prennent sérieusement en compte le bien-être animal.

Vers des systèmes de production adaptés à l’environnement, à la culture et à l’économie locales

L’élevage est-il compatible avec les sociétés contemporaines ? Michael Winter, de l’université d’Exeter, fait le point sur cette question cruciale. Pour beaucoup, l’élevage est aujourd’hui un lointain souvenir dont on trouve encore la trace dans les représentations artistiques et les romans. Il y a encore 50 ou 60 ans, et c’était encore plus vrai au 19ème siècle, toutes les classes de la société, y compris les nobles, vivaient peu ou prou au contact des animaux au quotidien. La relation qui nous liait aux animaux n’était pas basée uniquement sur l’alimentation, mais sur l’exploitation des fibres (la laine), des fertilisants (le fumier), les nobles chassaient, bref, le rapport était direct et quotidien.

Aujourd’hui, les gens « s’éloignent » de la viande. Pourquoi ? Il y a d’abord une notion de distance : rares sont aujourd’hui les boucheries qui exposent crûment les carcasses des bœufs. Pour de nombreuses personnes, la viande se résume à une « chose » rouge dans une barquette sous-vide. Il y a aussi une notion de dégoût et de méfiance envers les systèmes d’élevage industriel pour de nombreuses raisons : bien-être animal, pollution, usage des terres et des sols, rapport moral à la consommation de viande, maladies, risques sanitaires, etc.

On note dès lors une baisse de la consommation de viande en Grande-Bretagne. Un mouvement s’est engagé pour re-développer l’élevage extensif, arguant que les animaux d’élevage sont des « agents » de la conservation de la faune et de la flore sauvages, et qu’ils façonnent les paysages.

De là est né la notion de « rewildering », soit de rendre à la nature des espaces entiers, avec seulement de l’élevage extensif. Les rotations doivent être obligatoires pour lutter contre les divers problèmes des sols. Le chercheur croit fermement que les systèmes de production d’élevage ne doivent se développer que sur un « terrain » local et selon des circonstances économiques et sociales tenables.

D’ailleurs, la question est posée : est-ce que produire beaucoup est raisonnablement « durable » en Grande-Bretagne, relativement petite île très peuplée et déjà saturée d’industries ? Le débat est ouvert…

L’intervention de Donald Broom, chercheur de l’université de Cambridge spécialiste du bien-être animal du département de médecine vétérinaire de cette même université, a été particulièrement riche et s’est intéressée aux systèmes sylvo-pastoraux comme système de production animale durable, et leurs bénéfices pour le bien-être animal.

Un système de production est considérée comme « durable » s’il est acceptable aujourd’hui et si ses effets le seront toujours à l’avenir, en particulier si l’on considère la disponibilité des ressources et l’impact des actions de production. Dès lors, un système de production n’est pas durable s’il gaspille les ressources naturelles et produit tout effet que l’opinion publique considère aujourd’hui comme inacceptable : effets nocifs sur la santé humaine, négation du bien-être animal, effets dévastateurs sur l’environnement comme une biodiversité appauvrie ou aucun effort de conservation de la faune et de la flore, modifications génétiques inacceptables, revenus insuffisants pour les producteurs dans les pays pauvres, ou encore effets néfastes pour les populations rurales.

Les systèmes sylvo-pastoraux se fondent sur trois niveaux de végétalisation : les pâtures, des arbustes aux feuilles comestibles, et des arbres aux feuilles également comestibles. Ces systèmes sont, d’après les données du chercheur, encore plus efficaces en terme de productivité des animaux que les simples systèmes extensifs : dans les régions tropicales et sub-tropicales, les troupeaux sont plus productifs, la biodiversité plus riche, les animaux sont plus heureux et les producteurs aussi.

Qu’est-ce qui améliore le bien-être des animaux ? Une meilleure nutrition grâce à la variété des plantes ingérées, une meilleure température corporelle grâce à l’ombre que leur procurent les arbres, moins d’anxiété car les bêtes ont la possibilité de se cacher, une meilleure santé car qui dit meilleure biodiversité dit plus de prédateurs de mouches et de tiques, moins de risques de cancers dus à une exposition constante au soleil, de meilleures interactions sociales ainsi qu’avec les humains.
Ces systèmes peuvent être adaptés dans les zones tempérées, mais des recherches doivent être menées afin de les développer.

Les détails de cette intervention viennent directement de l’étude menée par Donald Broom et d’autres chercheurs : « Sustainable, efficient livestock production with high biodiversity and good welfare for animals », Proc.Roy.Soc. B 280.

En résumé, ces trois jours de conférence auront permis d’aborder une très grande diversité de questions cruciales pour mieux appréhender l’évolution des systèmes d’élevage et assurer leur durabilité. On pourrait seulement reprocher à certaines interventions plus spécifiquement « médicales » ou techniques d’être restées très conventionnelles dans leur approche par exemple de la médication des animaux.

Plus d’informations 

Le site Internet : http://www.globalfarmplatform.org/

ETUDES THEMATIQUES

Gestion des populations de chiens libres : effets des stérilisations chimiques et chirurgicales

La gestion et le contrôle des populations de chiens libres est un sujet qui s’impose de plus en plus dans de nombreux pays, notamment en voie de développement, en raison des problèmes de santé publique, de santé et de bien-être animal qu’il pose.

Le plus souvent, des campagnes de stérilisation chirurgicale et chimiques des chiens mâles sont effectuées. On sait cependant peu de choses sur la façon dont cela affecte leur comportement.

Dans l’étude de Garde et al., les effets de ces méthodes de stérilisation sur le comportement de chiens mâles libres ont été évalués dans la ville de Puerto Natales, au Chili. 174 chiens ont été répartis au hasard soit dans le groupe de stérilisation chirurgicale, de stérilisation chimique ou dans le groupe de contrôle. A la fin de la période d’intervention, 119 chiens étaient encore présents et 102 avaient rempli les objectifs de l’étude avec succès. Les comportements de chaque chien étaient enregistrés via des captures vidéos, des colliers GPS et des prises de sang avant et après l’opération afin de mesurer le taux de testostérone. L’analyse des comportements montre que les chiens castrés de façon chirurgicale ne montrent aucune réduction de leur activité sexuelle ou de l’agressivité, en comparaison avec leur comportement avant opération. Les chiens castrés chimiquement montrent statistiquement une augmentation significative de l’agressivité envers leurs congénères, mais aucun changement notoire dans leur activité sexuelle. Les auteurs n’ont pu établir aucune association entre la concentration des niveaux de testostérone et les changements de comportements dans aucun des trois groupes. Cette étude est la première du genre à s’attacher à l’observation des comportements chez les chiens libres après stérilisation. Les informations qu’elle donne sont précieuses pour les communautés humaines menant des politiques publiques sur cette problématique, mais d’autres recherches sur le sujet seraient nécessaires.

[E. Garde, G.E Perez, R. Vanderstichel, P.F Dalla Villa, J.A Serpell, Effets of surgical and chemical sterilization on the bahvior of free-roaming male dogs in Puerto Natales, Chile, Preventive Veterinary Medicine 123 (2016) 106–120]

La problématique des populations de chiens libres et des potentielles zoonoses qu’elles entraînent est particulièrement vive sur les îles. Pour les espèces et humains des Galapagos, elle constitue même un réel danger. L’étude de Diaz et al. s’est intéressée à ce cas particulier.

Aux Galapagos, la vaccination et l’importation de chiens est interdite. La gestion de ces risques demande d’une communication de crise adéquate. Les objectifs de cette étude ont été d’estimer dans un premier temps le ratio humain/chien sur ces îles, la prévalence et l’identification des facteurs d’exposition associés à des anticorps positifs au « CDV » (Canine distemper virus) et d’autres éléments pathogènes, ainsi que les infections par des parasites intestinaux chez les chiens domestiques de l’île de Santa Cruz, aux Galapagos, en septembre 2014.

Le ratio humain/chien constaté était de 6 148/1, soit une extrapolation de 2503 chiens (deux fois plus par rapport au précédent recensement de chiens conduit par la Galapagos Biosecurity Agency en mars 2014). La proportion de femelles stérilisées (50%) était plus important, par rapport au nombre de chiens mâles stérilisés (30%). La prévalence de chiens possédant des anticorps positifs au CDV était de 36%, de 89% pour le parvovirus canin, et 40% pour le adenovirus canin.

Le nombre de chiens séropositifs au CDV était moindre chez les chiens vivant en milieu urbain (26%) en comparaison avec les chiens vivant en zone rurale (53%). Les auteurs ont constaté un effet positif sur la séropositivité au CDV du lien entre habitat rural et stérilisation. La vaccination étant interdite sur les îles, la population de chiens de Santa Cruz est plus exposée à une épidémie de CDV (surtout chez les chiens des villes), avec une contamination possible des mammifères marins. L’âge des chiens (1à 2 ans ou 3 à 14 ans) et le lieu de résidence (urbain ou rural) semblent être associés avec des anticorps positifs aux parvovirus, adenovirus, Ehrlichia spp., ou Anaplasma spp, ainsi que Ancylostoma spp, un parasite intestinal commun chez les chiens qui peut être transmis aux humains, et particulièrement aux enfants. Cette étude est l’évaluation la plus complète sur la surpopulation de chiens aux Galapagos et sur les risques sanitaires qu’elle engendre.

N. Diaz, G. Mendez, C. Jaime Grijalva, H. Walden, M. Cruz, E. Aragon, J. Hernandez, Dog overpopulation and burden of exposure to canine distemper virus and other pathogens on Santa Cruz Island, Galapagos, Preventive Veterinary Medicine 123 (2016) 128–137

Dès lors, lorsqu’il s’agit de gérer une population de chiens, errants ou domestiques, comment définir les priorités ? C’est ce que l’étude de Santos Baquero et al. s’est attachée à démontrer, en suivant un modèle mathématique. Les auteurs ont eu recours à un modèle de croissance logistique afin de simuler la dynamique démographique d’une population de chiens sur une période de 30 ans. Le modèle a permis aux auteurs d’évaluer les effets de plusieurs facteurs sur cette dynamique, en prenant notamment en compte les interactions entre les populations de chiens errants et domestiques.

La capacité porteuse (la taille maximale de la population d’un organisme qu’un milieu donné peut supporter) est apparue comme le paramètre le plus influent dans toutes les simulations. Dans la population de chiens domestiques, l’influence de l’immigration, de l’abandon et des naissances était respectivement de 19%, 16% et 6% de la capacité porteuse. Dans la population de chiens domestiques stérilisés, l’influence de l’abandon, de la stérilisation des femelles et des mâles était respectivement de 37%, 30% et 27% de la capacité porteuse. Dans la population de chiens errants, l’influence de l’abandon, de la capacité porteuse de la population de chiens domestiques et de l’adoption était de 10%, 9% et 6% de l’influence de la capacité porteuse. Dans la population de chiens errants stérilisés, l’influence des naissance, de la stérilisation des femelles et des mâles était de 45%, 15% et 13% de l’influence de la capacité porteuse. Les autres paramètres ont semble-t-il une moindre influence.

Pour les auteurs, il apparaît donc clairement qu’agir sur la capacité porteuse est la façon la plus efficace de modifier la dynamique d’une population de chiens. Ceci se manifestera cependant différemment selon les populations de chiens, errants ou domestiques. La prévention des abandons est justifiée en raison de l’impact qu’ils ont sur toutes les populations de chiens confondues. Le contrôle des trafics de chiens y contribue également. L’évaluation des effets des stérilisations se concentre davantage sur l’infertilité des populations que sur les variations de taille du groupe. L’adoption peut contribuer à mieux gérer les populations de chiens errants et peut atténuer les effets négatifs d’une capacité porteuse réduite sur le bien-être de ces chiens.

[O. Santos Baquero, L.A Akamine, M. Amaku, F. Ferreira, Defining priorities for dog population management through mathematical modeling, Preventive Veterinary Medicine 123 (2016) 121–127]

ETUDE

Radiothérapie des tumeurs solides : une étude sur plus de cent cas

Dans le JAVMA du 1er janvier 2016, Tollett et coll. présentent le suivi de 103 chiens souffrant de tumeurs solides et ayant bénéficié d’une radiothérapie palliative. Outre une amélioration sensible de la qualité de vie, cette technique augmente sensiblement l’espérance de vie des animaux traités par divers protocoles, même si les effets secondaires sont assez fréquents. (in l’Essentiel n°393)

La radiothérapie palliative (RP) est une technique largement employée en cancérologie humaine chez des patients souffrant d’un cancer avancé. Son principal but est d’améliorer la qualité de vie du patient en diminuant l’expression de certains signes cliniques : douleur, hémorragies, obstructions diverses, etc. Elle diffère de la radiothérapie à visée curative, mais est associée dans bien des cas à une augmentation de l’espérance de vie, bien que ce ne soit pas son principal objectif. La RP est indiquée quand l’éradication de la ou des tumeurs est impossible, dans le cas de métastases, elle consiste typiquement en l’administration de quelques fortes doses de radiations sur une base hebdomadaire. De nombreux protocoles ont été proposés. La RP peut engendrer des effets secondaires chroniques, mais les patients ne sont pas censés vivre suffisamment

longtemps pour en souffrir. La littérature en médecine vétérinaire est encore assez pauvre sur ce sujet.

Des types tumoraux variés

103 chiens ont été inclus dans cette étude. L’âge médian était de 10 ans (1 à 15 ans). Les races les plus représentées étaient les chiens de race croisée (23), le Labrador retriever (16) et le golden retriever (9). Les types tumoraux étaient très variés : adénocarcinome nasal (9), carcinome des cellules transitionnelles de la vessie (6), carcinome épidermoïde amygdalien (5), carcinome buccal non amygdalien (2), adénocarcinome des sacs anaux (2), carcinome thyroïdien (2), carcinome des glandes salivaires (2), carcinome annexiel périanal, carcinome anorectal, carcinome mammaire, carcinome neuroendocrinien, carcinome auriculaire, carcinome du planum nasal (1 chacun). Parmi les sarcomes, on recensait : sarcome des tissus mous (13), fibrosarcome (7), hémangiosarcome (5), hémangiopéricytome (2), sarcome anaplasique (2), ostéosarcome des tissus mous (1). On comptait 13 tumeurs osseuses primitives dont 12 ostéosarcomes et 1 chondrosarcome. Onze patients souffraient de mélanome buccal, 8 de mastocytomes, en général appendiculaires ou localisés à la tête et au cou. D’autres types tumoraux divers sont recensés.

Un taux de réponse de 75 %

3% des patients ont bénéficié d’une rémission complète. 15% ont présenté une rémission partielle, 57 % des malades ont été stabilisés. 25% ont vu leur maladie progresser malgré la RP. Le taux de réponse global a été de 75 %. Ces chiffres ne sont pas dépendants du site de la tumeur et du type tumoral. S’agissant d’une étude rétrospective, le suivi des patients a été très variable. La durée médiane de survie a été de 134 jours (1 à 1 183 jours), la durée médiane de survie sans progression de 106 jours (1 à 855 jours). Ici encore, ces paramètres ne diffèrent pas en fonction de la nature de la tumeur. Pour autant, les chiens porteurs de métastases préalablement à la RP ont eu, comme attendu, une durée de survie médiane plus courte (89 jours, 1 à 754 jours), il en va de même pour la durée de survie sans progression (34 jours, 1 à 285 jours) alors que les chiffres sont respectivement,

pour les malades indemnes de métastases (médianes) de 184 jours (3 à 1 183 jours) et 147 jours (3 à 855 jours).

Les auteurs présentent ensuite l’évolution des patients en fonction des types tumoraux. Au total, la réponse des patients a été satisfaisante. La RP permet donc d’améliorer le confort de vie des chiens cancéreux, ce qui est significativement lié à une augmentation de l’espérance de vie.

A propos des effets secondaires

S’agissant d’une étude rétrospective, les protocoles de RP ont été très variés. Cette technique n’est pas dépourvue d’effets secondaires. 50% des patients ont présenté des effets secondaires aigus dont dermatite (34 chiens), alopécie (23), mucosite (19), inflammation périoculaire (4). On a également observé, plus rarement, colite, dégranulation mastocytaire, déhiscence d’une plaie occasionnée par une biopsie. Ces effets secondaires aigus ne diffèrent pas selon les protocoles. Des effets secondaires chroniques ont été observés chez 8 des 68 chiens (12 %) qui ont survécu plus de 3 mois et sont survenus sous la forme de : neuropathie, cécité, paralysie laryngée, xérostomie, leucotrichie, lymphoedème, kératoconjonctivite sèche, alopécie, hyperpigmentation, formation d’un tissu cicatriciel. Ces 8 chiens ont survécu plus de 9 mois, la plupart plus de 2 ans. Un chien souffrant d’ostéosarcome appendiculaire a présenté une fracture pathologique. On a déploré également une pneumonie par fausse déglutition et une infection au site du traitement.

ETUDE

Le plasma riche en plaquettes : utilisation en pratique

Le Plasma Riche en Plaquettes (PRP) est utilisé depuis les années 90 en médecine humaine pour augmenter la concentration en facteurs de croissance endogènes et stimuler la production de protéines intervenant dans le processus de la cicatrisation. Depuis quelques années, l’utilisation du PRP s’est largement répandue chez les vétérinaires équins mais il a fallu attendre les années 2005-2007 pour que son utilisation se répande en médecine des petits animaux, principalement pour le traitement de l’arthrose. (in l’Essentiel n°392)

Les plaquettes sont l’un des éléments figurés non nucléés du sang connues pour leur rôle dans l’hémostase mais ce n’est pas leur seule fonction. En effet, elles contiennent dans leurs granules alpha de nombreuses protéines, cytokines et autres facteurs bioactifs qui initient et régulent la cicatrisation. Alors que dans le sang elles sont présentes entre 110 000 et 350 000/μl, dans le PRP, un produit obtenu après centrifugation sanguine, on en dénombre une plus forte concentration variable selon les méthodes de préparation. En cas d’inflammation tissulaire, les plaquettes sont stimulées afin qu’elles s’agrègent et sécrètent des facteurs de croissance, des cytokines et des facteurs hémostatiques intervenant dans la coagulation. Les cytokines identifiées dans les granules plaquettaires sont les PDGF, IGF, FGF, VEGF et les facteurs de croissance endothéliaux. Ces cytokines après s’être fixées sur des récepteurs trans-membranaires des cellules locales jouent un rôle important dans la prolifération et la différenciation cellulaire ainsi que dans l’angiogenèse en activant plusieurs voies de signalisation intracellulaire. Dans les granules denses on retrouve des facteurs bioactifs comme la sérotonine, l’histamine, la dopamine, le calcium et l’adénosine. L’histamine et la sérotonine sont relarguées par les plaquettes afin de générer une vasodilatation et

une augmentation de la perméabilité des capillaires pour permettre l’accès aux cellules de la lignée blanche (macrophages activés, neutrophiles, monocytes) au site de la lésion. De plus l’activation des récepteurs à l’adénosine module l’inflammation au cours de la cicatrisation. Au sein du PRP, en plus des plaquettes, on retrouve également plusieurs molécules d’adhérence cellulaire comme la fibronectine, la fibrine et la vitronectine. Ces molécules jouent un rôle dans la migration cellulaire, elles agissent également comme matrice sur laquelle les cellules peuvent adhérer et commencer le processus de cicatrisation.

A ce jour plusieurs centaines de molécules bioactives ont été identifiées dans les granules plaquettaires. Cependant les données de la biologie cellulaire grâce au marquage par fluorescence ont montré qu’elles ne s’expriment pas toutes selon le tissu dans lequel elles sont relâchées. En effet, les cytokines peuvent être différentes si l’injection se fait dans un tendon, un ligament ou un muscle. Des différences sont également observées lors d’une injection au sein du même tissu car le milieu biologique (le pH tissulaire par exemple) est modifié au cours de la cicatrisation. A ce stade des études supplémentaires sont nécessaires afin de déterminer le moment idéal et la durée entre les injections pour que les effets du PRP soient optimaux.

Formulations

En médecine vétérinaire, plusieurs modes de préparation sont décrits et mis à disposition des vétérinaires. Arthrex a développé l’Autologous Conditionned Plasma (ACP) il y a 5 ans. La Canine Platelet Enhancement Therapy (C-PET), une préparation combinant des leucocytes et des plaquettes, est commercialisée par Pall Corporation. Tisulab est un laboratoire proposant aux praticiens de préparer le PRP, dans ce cas la préparation et l’utilisation ne peuvent avoir lieu au même moment. Toutefois, chez le vétérinaire en France, tous ne sont pas disponibles c’est pourquoi nous nous attarderons à décrire l’ACP d’Arthrex utilisé au sein de notre étude. L’ACP est un produit autologue préparé à partir du sang du patient dans un système clos stérile de double seringue contenant 1 ml de citrate. L’utilisation d’un anticoagulant n’est pas nécessaire si l’injection de PRP est réalisée dans les 20 minutes qui suivent le prélèvement. Le prélèvement de sang se fait à partir de la jugulaire chez un animal calme ou tranquillisé. Environ 15 ml de sang sont prélevés puis centrifugés pendant 4 minutes à 1500 tours par minute (soit 350 g). Le volume de surnageant obtenu est de 3 à 5 ml. Cette méthode de centrifugation permet d’obtenir un nombre significativement plus élevé de plaquettes dans le plasma (293 g/l pour l’ACP contre 29 g/l pour le plasma standard) qu’une centrifugation classique à 2 000 g pendant 10 minutes (Stief, 2011). En plus d’être exempt d’hématies, l’ACP est par ailleurs dépourvu de globules blancs (0,1 g/l), il n’aurait donc pas de potentiel pro-inflammatoire comme le plasma obtenu par le même processus de centrifugation à partir du sang total prélevé dans un tube EDTA. Le plasma est ensuite injecté dans la zone d’intérêt (articulation, tendon, application cutanée…).

Indications en médecine vétérinaire

En médecine vétérinaire, l’utilisation du PRP est plus récente et on a encore peu de recul. Toutefois, de plus en plus d’études exposées-non exposées ou études randomisées sont aujourd’hui disponibles dans la littérature et décrivent des résultats satisfaisants lors d’utilisation postopératoire de PRP chez le chien. En effet, le PRP favoriserait la revascularisation et la réinnervation lors du traitement de la rupture de ligament croisé par chirurgie reconstructrice (Xie, 2013). De plus, il accélère également la cicatrisation osseuse en cas de fracture (Souza, 2012). Chez le chien le PRP est également un traitement de choix de l’arthrose car grâce aux propriétés anti-inflammatoires et antalgiques rémanentes, cette alternative thérapeutique permet de diminuer ou différer l’utilisation d’un traitement médical classique. De plus, les propriétés chondroprotectrices et lubrifiantes du PRP sont également des arguments forts en faveur de son utilisation pour le traitement de l’arthrose chez le chien. Notre étude clinique réalisée chez 24 chiens de tous formats qui avaient reçu trois injections intra-articulaires d’ACP (14 coudes et 10 genoux) corrobore ces résultats. Nous avions suivi ces animaux sur une période allant de 10 semaines à 25 mois. Chez les animaux ayant reçu des injections intra-articulaires dans le genou, une rupture du ligament croisé crânial avait été mise en évidence et avait été traitée par TPLO combinée à de l’ACP. Les animaux ayant bénéficié d’injections intra-articulaires dans le coude étaient atteints d’arthrose secondaire à de la dysplasie. Une amélioration significative est observée pour 10 coudes sur 14 et 10 grassets sur 10, c’est-à-dire 83 % (n = 20/24) des cas ou d’amélioration sensible. L’absence d’amélioration sur 4 des 14 coudes est expliquée par la présence d’un syndrome du compartiment médial du coude avec disparition du cartilage articulaire. Le PRP est également utilisé pour les lésions cutanées traumatiques ou chroniques (ulcères de décubitus), aussi bien pour augmenter la vitesse de cicatrisation des plaies que pour limiter la nécrose des lambeaux subdermiques en cas de greffe. Les auteurs d’une étude récemment publiée ont montré qu’il y avait une différence significative après 10 jours entre la perfusion des lambeaux du groupe contrôle et ceux qui avaient reçu une injection locale de PRP autologue et ce même pour des lambeaux pour lesquels le ratio longueur/largeur était très augmenté (5 :1) (Karayannopoulou, 2014). Le PRP peut être utilisé pour la cicatrisation par seconde intention. En effet, bien qu’il n’augmente pas dans ce cas la vitesse de cicatrisation il a été montré que le PRP favorise la perfusion tissulaire et permet d’améliorer la production et l’organisation des fibres de collagène (Karayannopoulou, 2015). A l’instar de ce qui est fait en médecine humaine, le PRP est également utilisé en ophtalmologie vétérinaire (Alio, 2013 et 2012).

Le plasma riche en plaquettes est donc un produit autologue dont l’utilisation en médecine vétérinaire est en plein essor. Les éléments contenus dans le PRP interviennent dans les trois phases de la cicatrisation : l’inflammation, la prolifération et le remodelage. Sa grande richesse en facteurs de croissance lui confère des propriétés biologiques multiples et des applications variées en orthopédie, en chirurgie reconstructrice ou en ophtalmologie. Le développement de l’ACP (système clos à double seringue) par Arthrex rend aujourd’hui la préparation et l’utilisation du PRP simple et accessible à tous les praticiens. Bien que le recul en médecine vétérinaire soit moins important qu’en médecine humaine, de nombreuses études sont aujourd’hui disponibles et montrent des résultats satisfaisants et encourageants.

Bibliographie

1. Alio JL, Arnalich-Montiel F, Rodriguez AE.The role of « eye platelet rich plasma » (E-PRP) for wound healing in ophthalmology. Curr Pharm Biotechnol. 2012,13:1257-1265.

2. Alio JL, Rodriguez AE, Martinez LM, Rio AL. Autologous fibrin membrane combined with solid platelet-rich plasma in the management of perforated corneal ulcers: a pilot study. JAMA Ophthalmol. 2013, 131:745-751.

3. Foster TE, Puskas BL, Mandelbaum BR, Gerhardt MB, Rodeo SA. Platelet-rich plasma: from basic science to clinical applications. Am J Sports Med. 2009 Nov;37(11):2259-72.

4. Karayannopoulou M, Papazoglou LG, Loukopoulos P, Kazakos G, Chantes A, Giannakas N, Savvas I, Psalla D, Kritsepi-Konstantinou M, Dionyssiou D. Locally injected autologous platelet-rich plasma enhanced tissue perfusion and improved survival of long subdermal plexus skin flaps in dogs. Vet Comp Orthop Traumatol. 2014;27(5):379-86.

5. Karayannopoulou M, Psalla D, Kazakos G, Loukopoulos P, Giannakas N, Savvas I, Kritsepi-Konstantinou M, Chantes A, Papazoglou LG. Effect of locally injected autologous platelet-rich plasma on second intention wound healing of acute full-thickness skin defects in dogs. Vet Comp Orthop Traumatol. 2015;28(3):172-8.

6. Laudy AB, Bakker EW, Rekers M, Moen MH. Efficacy of platelet-rich plasma injections in osteoarthritis of the knee: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2015 May;49(10):657-72.

7. Lopez-Vidriero E1, Goulding KA, Simon DA, Sanchez M, Johnson DH. The use of platelet-rich plasma in arthroscopy and sports medicine: optimizing the healing environment. Arthroscopy. 2010 Feb;26(2):269-78.

8. Mishra A, Pavelko T. Treatment of chronic elbow tendinosis with buffered platelet-rich plasma. Am J Sports Med. 2006 Nov;34(11):1774-8.

9. Souza TF, Andrade AL, Ferreira GT, Sakamoto SS, Albuquerque VB, Bonfim SR, Luvizotto MC, Louzada MJ. Healing and expression of growth factors (TGF-β and PDGF) in canine radial ostectomy gap containing plateletrich plasma. Vet Comp Orthop Traumatol. 2012;25(6):445-52.

10. Stief M, Gottschalk J, Ionita JC, Einspanier A, Oechtering G, Böttcher P. Concentration of platelets and growth factors in canine autologous conditioned plasma. Vet Comp Orthop Traumatol. 2011;24(2):122-5.

11. Xie X, Zhao S, Wu H, Xie G, Huangfu X, He Y, Zhao J. Platelet-rich plasma enhances autograft revascularization and reinnervation in a dog model of anterior cruciate ligament reconstruction. J Surg Res. 2013 Jul;183(1):214-22.

12. Yamada Y, Ueda M, Naiki T, Takahashi M, Hata K, Nagasaka T. Autogenous injectable bone for regeneration with mesenchymal stem cells and platelet-rich plasma: tissue-engineered bone regeneration. Tissue Eng. 2004, 10:955-964.

Revue de presse – Février 2016

mars 6th, 2016 | Redigé par admin in Février 2016 - (0 Comments)

BREVES

Autriche

Et si l’homme descendait… du corbeau ?

Difficile de piéger un corbeau ! Plus les études sur leur comportement se multiplient, plus ces oiseaux démontrent leur remarquable intelligence et surtout, leur troublant cousinage intellectuel et comportemental avec l’homme.

Une nouvelle étude, publiée jeudi dernier dans le Journal Nature Communications, démontre que les corbeaux peuvent imaginer être espionnés par un challenger inconnu, montrant ainsi une capacité d’abstraction que l’on pensait jusqu’à aujourd’hui exclusivement humaine.

Ces oiseaux prennent en effet un soin extrême à cacher leur nourriture s’ils ont l’impression que leurs mouvements sont observés en cachette par un congénère, même si ce potentiel voleur n’est pas dans les parages.

En d’autres termes, les corbeaux sont capables d’imaginer qu’on va leur piquer leur bouffe  Un petit côté paranoïaque donc, mais surtout une belle capacité d’anticipation.

Sans avoir recours à l’observation directe, ces oiseaux sont donc capables de « comprendre » ou d’envisager ce qui se passe dans l’esprit d’un congénère. « Ce trait de personnalité, que l’on pensait uniquement humain, peut donc s’observer également chez certains animaux » explique l’auteur de l’étude, Thomas Bugnyar, professeur à l’université de Vienne et spécialiste en cognition sociale chez les animaux.

Durant 6 mois, l’équipe de chercheurs a observé 10 corbeaux élevés en captivité. Les oiseaux étaient placés dans des pièces voisines, séparés par une fenêtre sans rideau, de façon à ce qu’un corbeau puisse observer son voisin tandis que celui-ci cachait la nourriture qu’il recevait.

Les chercheurs ont par la suite recouvert la vitre mais ont laissé un judas, les oiseaux ayant appris qu’ils pouvaient regarder à travers et également y être vus.

Une fois cet entraînement de base en place, les scientifiques ont diffusé des sons de corbeaux tandis qu’un des oiseaux de l’étude était en train de cacher sa nourriture. Lorsque le judas était ouvert, les oiseaux mettaient encore plus de soin à cacher leurs réserves. Lorsque le judas restait fermé, les oiseaux en déduisaient que personne ne pouvait les voir, même s’ils pouvaient entendre les cris d’oiseaux.

Les scientifiques ont déterminé que l’oiseau se sentait observé lorsqu’il se « dépêchait » de cacher sa nourriture, ou lorsqu’il revenait plus tard à sa cachette, une fois certain qu’aucun ennemi n’était en vue, afin de l’améliorer.

Des recherches ont été menées par le passé, notamment avec des chimpanzés, pour démontrer que des animaux non-humains pouvaient comprendre ce que leurs congénères voyaient. Mais on supposait alors que leur compréhension était facilitée par l’observation du regard de leur congénère et des mouvements de sa tête. On ignorait encore si les animaux étaient capables de comprendre le concept d’observation sans aucun indice comportemental. Visiblement, les corbeaux comprennent parfaitement la notion d’espionnage et adaptent leur comportement en conséquence. « Cela montre que les corbeaux font des généralisations basées sur leur expérience, et ne se contentent pas d’interpréter et de répondre aux indices comportementaux donnés par leurs congénères », souligne Bugnyar.

Pour rappel, les jeunes corbeaux sont connus pour former et rompre des alliances entre eux et faire preuve de « flexibilité sociale ». Adultes, ils défendent leur territoire, savent fabriquer des outils et développent des relations monogames de longue durée.

(source : The Guardian)

Grande-Bretagne

Les chevaux comprennent les émotions humaines

Approchez un cheval avec un air renfrogné voire carrément en colère, et il vous lancera certainement un regard de côté, de préférence à gauche. Son rythme cardiaque augmentera également. Deux signes que le cheval comprend l’état émotionnel dans lequel vous vous trouvez.

Des psychologues de l’université du Sussex, en Grande-Bretagne, qui avaient déjà établi l’année dernière un dictionnaire des expressions faciales traduisant les émotions chez le cheval, ont tout simplement inversé l’expérience : ils ont cherché à savoir si les équidés pouvaient lire et comprendre les émotions humaines.  Et non seulement le cheval SAIT lorsqu’un humain est de mauvaise humeur, lorsqu’il se trouve en face de lui, mais il peut également le faire à partir d’une simple photographie.

L’étude a été publiée dans le journal Biology Letters. 28 chevaux d’écuries de propriétaires du Sussex et du Surrey ont observé de grandes photos imprimées dans une excellente résolution du même individu humain mâle, soit souriant et montrant ses dents, soit fronçant les sourcils et serrant les dents : autant d’expression positives ou négatives pouvant émaner d’un individu inconnu. Les chercheurs montraient les photos au hasard aux chevaux, sans savoir eux-mêmes quelle photo ils montraient. Mais les chevaux voyaient très bien la différence.

 « Ce qui est vraiment intéressant avec ces résultats, c’est qu’ils montrent que les chevaux peuvent lire les émotions indépendamment de la barrière de l’espèce. Nous savons depuis longtemps que les chevaux sont une espèce socialement très sophistiquée, mais c’est la première fois que l’on observe clairement leur façon de différencier les émotions positives et négatives chez les humains« , explique Amy Smith, doctorante à l’université et membre du groupe de recherche sur la communication vocale des mammifères. « Leur réaction face à des expressions faciales agressives est particulièrement évidente : on a pu noter une rapide accélération du rythme cardiaque, et les chevaux déplaçaient leur tête de façon à regarder le visage agressif avec l’oeil gauche. »

Il a été démontré que les chiens procédaient de la même façon, et la raison est simple : l’hémisphère droit du cerveau (où les informations données par l’oeil gauche sont enregistrées et interprétées) a pour spécialité de traiter les stimuli effrayants ou menaçants. Les moutons connaissent le même fonctionnement, des chercheurs ayant démontré qu’ils se souvenaient très bien des « visages » d’autres moutons et humains, et qu’ils pouvaient être apaisés par des photographies d’autres moutons connus.

« Ces éléments soulèvent d’intéressantes questions sur la nature de l’identification des expressions émotionnelles, et posent notamment la question de l’inné et de l’acquis dans son développement« , expliquent les chercheurs. Karen McComb, qui a mené le groupe de travail et co-écrit l’étude, émet une hypothèse : « Les chevaux ont peut-être développé une capacité au fil des millénaires à lire les indices émotionnels chez leurs congénères afin de répondre de façon approprié aux expressions faciales humaines durant leur évolution à nos côtés. Ou alors, il se peut que certains individus aient appris d’eux-mêmes à interpréter nos expressions durant leur existence. »

(source : The Guardian)

Etats-Unis

Des chiens de refuge protecteurs de la biodiversité

L’université de l’Etat de Washington (nord-ouest des Etats-Unis) compte en son sein un programme un peu particulier, mis au point par des biologistes : des chiens pisteurs devenus des agents de conservation de la biodiversité.

Protéger la faune et la flore n’est effectivement pas toujours simple pour des humains, même de bonne volonté : les étendues de territoires sont vastes, la faune fragile ou hostile, nos sens souvent limités. En combinant la précision et l’efficacité de chiens de détections, les chercheurs peuvent plus facilement trouver et identifier des traces de vie sauvage (notamment les déjections, urines et fèces), et par la suite en tirer des données génétiques, physiologiques, toxicologiques et alimentaires. Au final, grâce au travail de ces chiens, les chercheurs sont en mesure de déterminer les variations démographiques d’une population animale donnée, ainsi que les pressions environnementales qu’elle peut subir.

La grande originalité de ce programme réside dans l’origine des chiens : ce sont tous des animaux abandonnés car « posant des problèmes » tels que l’hyperactivité ou l’excitabilité. Or, pour l’université, ces « défauts » sont justement des qualités : le chien de détection « idéal » doit avoir une bonne capacité de concentration, un besoin insatiable de jouer, bref une personnalité très énergique. Autant d’éléments qui n’en font pas de bons chiens de compagnie, mais d’excellents chiens de travail pour détecter des pistes. Ces chiens sont heureux de traverser de longues étendues de territoires, de grimper les montagnes, les rochers, les arbres abattus, d’affronter la neige, et ce à travers le monde entier, car ils visent leur récompense pour avoir flairer la piste d’un animal sauvage : jouer simplement avec leur balle favorite !

Aucun chien ne vient d’un élevage. Les chercheurs ont pris soin d’être en relation constante avec divers refuges et associations de l’Oregon ou de Washington pour trouver les bons candidats. Les chiens ont en général entre 1 et 3 ans et ne travaillent pas au-delà. Si tous les chiens proposés par les refuges ne peuvent pas faire l’affaire, les chercheurs s’assurent toujours que les chiens qui travailleront avec eux trouveront par la suite une famille pour leur « retraite ».

L’entraînement peut prendre quelques mois seulement, à raison de petites sessions chaque jour. Très vite, le chien va faire le lien entre la balle (sa récompense) et les traces laissées par les animaux, qu’il a pour mission de retrouver. Chaque chien peut être « spécialisé » dans le pistage d’une ou plusieurs espèces.

C’est le docteur Samuel Wasser, directeur du Centre pour la conservation biologique de l’université de Washington qui a initié ce programme en 1997. Il a collaboré avec le sergent Barbara Davenport, maître-chien reconnue des brigades anti-stupéfiants, afin d’élaborer une méthode d’entraînement des futurs chiens pisteurs d’animaux sauvages dérivée des méthodes de détection de drogues.

Pour les geeks « science », l’étude suivante a décrit cette méthode de pistage dans le détail : « Scat detection dogs in wildlife research and management : application to grizzly and black bears in the Yellowhead Ecosystem », Alberta Canada, Wasser et al, 2004.

A Alberta précisément, où la population de caribous accusait un fort déclin il y a quelques années, le pistage des chiens du programme a permis d’établir que leurs prédateurs n’étaient pas les loups, mais tout simplement le tracé des routes qui scindaient les territoires des caribous, les empêchant de chercher leur nourriture. Grâce à ces données, les chercheurs ont pu tempérer les ardeurs des autorités, prêtes à décimer les loups canadiens…

Ces chiens ont également permis aux conservationnistes de créer une carte génétique des populations d’éléphants d’Afrique, très utile dans la lutte contre le commerce illégal de l’ivoire. En faisant coïncider l’ADN issu des défenses reprises à des braconniers à une population et à une zone spécifique, les chercheurs ont permis aux forces de l’ordre de traquer les braconniers exactement au bon endroit, une chose qui était impossible à faire jusqu’à présent.

Le programme est donc doublement vertueux pour les animaux : non seulement il donne une seconde vie à des chiens abandonnés qui autrement seraient voués à l’euthanasie ou à une vie triste en refuge, mais il se veut aussi une méthode non invasive pour étudier et gérer les populations d’animaux sauvages menacés ou en danger dans le monde entier, du tigre aux orques en passant par les chouettes, les loups, les caribous et même la souris miniature du Pacifique. Des animaux délaissés aidant des animaux menacés, et avec l’homme comme guide : une preuve de plus de la synergie possible entre les espèces !

Plus d’informations :

Le site de Conservation Canines : http://conservationbiology.uw.edu/conservation-canines/

La page Facebook : https://www.facebook.com/ConservationCanines

Grande-Bretagne

Comment les chats deviennent-ils bicolores ?

Les chats et les chevaux pie (noir et blanc) acquièrent leurs couleurs lors de la gestation. Mais quelle est la cause exacte de cette pigmentation ? Des chercheurs des universités de Bath et d’Edimbourg ont observé l’agissement des cellules de pigmentation chez les souris, et ont découvert que celles-ci évoluent et se multiplient de façon aléatoire lors des étapes primitives du développement de l’embryon, au lieu de suivre des « instructions ».

Publiées le 6 janvier dans la revue Nature Communications, les données de cette étude contredisent une théorie jusqu’alors prédominante, expliquant l’apparition de la couleur pie chez certains animaux en raison de la lenteur de déplacement des cellules pigmentaires, pas assez rapides pour atteindre toutes les parties de l’embryon avant qu’il n’atteigne son terme. En réalité, il semblerait qu’il n’existe aucune communication élaborée entre les cellules, leur indiquant dans quelle direction particulière il leur faudrait se diriger. « La couleur pie peut apparaître à cause d’un gène défectueux appelé « kit », explique Christian Yates, biologiste mathématicien à l’université de Bath et co-directeur de l’étude. « Ce que nous avons découvert va contre les intuitions. Jusqu’à présent, on pensait que le gène défectueux ralentissait les cellules, mais il semblerait qu’il diminue plutôt la vitesse à laquelle elles se multiplient. Il y a trop peu de cellules pigmentaires pour que celles-ci couvrent toute la peau de l’animal, c’est la raison pour laquelle il se retrouve souvent avec le ventre blanc. En plus de ce fameux gène, il y en a d’autres qui peuvent générer la couleur pie. Le modèle mathématique peut d’ailleurs expliquer ces colorations sans impliquer de gènes. »

(source : NewStat, 25 janvier)

Finlande

Les chiens lisent les expressions faciales comme les humains

Des chercheurs de l’université d’Helsinki ont remarqué que le comportement social lié aux regards chez les chiens ressemblait fortement à celui des humains : ils identifient systématiquement les expressions faciales, préférant regarder dans les yeux mais pouvant changer d’objet s’ils sentent une menace. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue PLOS ONE le 13 janvier.

Les chercheurs ont suivi et analysé les regards des chiens étudiés afin de comprendre de quelle façon les chiens lisaient les expressions émotionnelles de leurs congénères et des humains : les chiens se concentrent d’abord dans la région des yeux, et se concentrent plus longtemps sur eux que sur le nez ou la bouche. Les caractéristiques spécifiques de certaines expressions attirent également davantage leur attention, bien que les chiens semblent baser leur perception des expressions faciales sur la totalité du visage.

Les visages menaçants suscitent plus d’attention de leur part, ce qui peut être la trace d’un mécanisme d’adaptation acquis au gré de l’évolution. De façon très intéressante, le comportement de vision des chiens eux-mêmes dépend de l’espèce observé : un chien menaçant sera observé plus longuement, tandis que le visage d’un humain menaçant sera rapidement évité. « Le comportement stratégiquement tolérant des chiens envers les humains peut partiellement expliquer ces résultats. La domestication a développé chez les chiens une sensibilité pour détecter les signaux de menace chez les humains, et y répondre par des signaux d’apaisement », explique la chercheuse Sanni Somppi.

(Source : NewStat, 26 janvier)

Etats-Unis

Le chant des oiseaux : une notion acquise et complexe

Les oiseaux chanteurs apprennent à courtiser leur belle… de leur papa ! Et durant cet apprentissage, des changements s’opèrent dans leurs circuits cérébraux. A force d’écoute, ils finissent par connaître les chants par cœur. Des neuro-scientifiques de l’université de New York ont démontré comment les oiseaux apprenaient ces chants par l’observation et la pratique. Cette étude a été publiée le 15 janvier dans le Journal of the American Association for the Advancement of Science (AAAS).

Les chercheurs ont analysé l’activité cérébrale chez de jeunes diamants mandarins alors qu’ils apprenaient leurs chants auprès d’un de leurs parents durant plusieurs semaines, et ont découvert que le simple fait d’écouter le père en train de chanter « activait » certains réseaux cellulaires du cerveau, qui serviront plus tard au jeune oiseau lorsqu’il chantera les chants qu’il a appris. « Depuis des décennies nous savions qu’un jeune oiseau a besoin d’un professeur pour apprendre à chanter, mais cette étude nous permet pour la première fois de détailler les changements dans les réseaux nerveux qui permet aux oiseaux une fois adultes de maîtriser le chant définitivement », explique Michael Long, le directeur de l’étude.

D’autres chercheurs, de l’université d’Atlanta, associés avec des chercheurs danois et norvégiens, ont démontré que les muscles vocaux des oiseaux chanteurs fonctionnaient exactement de la même manière que ceux des chanteurs d’opéra. En effet, ces muscles peuvent se modeler de façon à produire différents types de sons, exactement comme un chanteur humain. Cette étude a été publiée dans le Journal of Neuroscience le 21 octobre 2015. Les chercheurs ont observé comment l’activité neurologique de moineaux du Japon active la production d’un son particulier grâce à la flexion d’un muscle vocal précis.

(source : NewStat, 27 janvier)

ETUDES

Débat sur la notion de « dominance » et amélioration des méthodes d’ évaluations comportementales

En science, toutes les questions commencent par une comparaison de base : semblable ou différent? Lorsque nous répondons à cette question, nous utilisons à la fois des paramètres quantitatifs et qualitatifs. La mesure selon laquelle nous pouvons qualifier et quantifier dépend souvent de la façon dont nous définissons ces paramètres, et des réponses singulières peuvent mal décrire le comportement.

L’étude de Foyer et al. (2016) démontre bien que notre choix de paramètres peut produire des résultats qui sont complexes à comprendre. En observant des chiens militaires élevés pour ce travail, les auteurs ont examiné les résultats de 4 sous-tests de comportement, ainsi que des pré-et post-tests salivaires évaluant le taux de cortisol. Le groupe témoin était constitué de chiens choisis pour poursuivre la formation et d’autres qui avaient été retirés du travail. La décision d’intégrer ou de « rejeter » le chien du groupe de travail était basée sur des essais subjectifs qui utilisent des échelles de Likert, affinés par l’étalonnage. Ici, les évaluations comportementales étaient éthologiques et objectives, obtenues en utilisant la vidéo.

Ces résultats ont été évalués selon les mesures de cortisol et le groupe d’appartenance. Étonnamment, les chiens sélectionnés pour une formation complète avaient des niveaux de cortisol plus élevés et des scores plus élevés relatifs à la peur ambivalente, la peur manifeste, et l’évitement que les chiens qui avaient été rejetés de toute formation. Bien que les auteurs suggèrent que les tests de base du niveau de cortisol n’aient pas été une base de référence fiable, ces données nous interrogent.

Nous manquons d’éléments validés sur ce qui fait de n’importe quel chien un bon chien de travail pour n’importe quelle tâche. Tout ce que nous savons à l’heure actuelle, sans référent externe, c’est comment sont comparés les paramètres entre chiens acceptés pour un travail et chiens inaptes, et comment les gens choisissent leur chien selon leur propre système d’évaluation. D’après cette étude, il en ressort que ces évaluations ont des fondements biologiques complexes. Quand nous voyons des modèles comme ceux identifiés par Foyer et al. (2016), qui vont à l’encontre de ce que nous avions prévu, nous devrions nous demander si nos mesures plus subjectives et qualitatives évaluent les mêmes aspects du comportement que nos mesures plus quantitatives et objectives, et quelles différences nous sont les plus utiles. Il est possible que les évaluations et les mesures que les professionnels estiment efficaces pour les animaux, ne leur fournissent pas, en réalité, les chiens les plus adaptés à leurs objectifs.

L’étude de Pirrone et al. (2016) évalue les effets de l’origine et de l’âge de l’adoption sur les futurs comportements canins. Le développement neurologique est complexe à évaluer, aussi Pirrone et al ont utilisé une série de 16 problèmes liés au comportement rapportés par des propriétaires, identifiés à l’aide d’un questionnaire standardisé, comme marqueurs potentiels d’effets de l’origine de l’adoption sur le développement neurologique. Une corrélation statistiquement significative a été trouvée pour les chiens provenant d’animaleries pour 4 des 16 comportements problématiques identifiés, le plus préoccupant impliquant l’agression envers les humains. Les chiots venant de « commerces » (animaleries, fermes à chiens…) étaient signalés plus souvent par leurs propriétaires comme montrant des signes d’agressivité envers les humains que ceux qui venaient d’élevages familiaux. Si cette corrélation était validée par d’autres études à spectre plus large, ces dernières devraient se concentrer sur le nombre d’expériences vécues par les chiots issus d’animaleries et issus d’élevages privés, évaluer le comportement de la mère et le potentiel d’effets épigénétiques. Si l’élevage commercial est stressant et contribue à l’évolution des conditions comportementales délétères, et de plus en plus d’études démontrent que c’est le cas, alors mettre à jour les mécanismes impliqués améliorerait la santé comportementale des chiots et réduirait les risques pour le public.

Dans un autre article s’intéressant à l’évaluation des effets précoces de l’environnement de vie sur le comportement, Döring et al. (2016) comparent les effets de l’habitat, du sexe, de l’âge et de l’origine du chien sur la réponse comportementale de chiens de laboratoire face à des situations nouvelles. Les 4 types d’installations variaient en termes de conception et d’organisation spatiale, donnant ainsi à l’étude un niveau de complexité encourageant à aller encore plus loin. Le schéma d »évaluation comportemental, intelligent et très bien conçu, décrit avec suffisamment de précisions pour être reproduit par d’autres chercheurs, a révélé quelques différences surprenantes et uniformes entre les établissements, mais dans tous les cas, les chiens nés sur place étaient plus disposés à se rapprocher, à interagir avec les gens et à participer à d’autres activités que les chiens « importés » dans le laboratoire. Encore une fois, ces résultats indiquent qu’un axe majeur d’étude doit être l’évaluation du développement comportemental et la quantification des facteurs qui altèrent le comportement lors de la croissance.

La culture peut également affecter à la fois la manifestation des problèmes comportementaux des chiens et la façon dont ils sont perçus. L’étude de Chung et al., 2016 s’est ainsi intéressé à la façon dont les propriétaires de chiens coréens percevaient les « problèmes » de comportement que leur chien pouvait avoir. Aboiements intempestifs, problèmes d’élimination, agression, peur, anxiété de séparation étaient, dans l’ordre, les plaintes les plus fréquemment rapportées. Certains cas peuvent cependant refléter un manque de connaissances de la part du propriétaire sur les changements de comportement associés aux différents stades de développement (par exemple, les chiots détruisent plus que les chiens adultes, la peur se développe avec l’âge, etc.) Cette étude montre qu’emmener le chiot à « l’école du chiot » au moins 1 fois par semaine a des effets bénéfiques sur l’évolution du comportement de l’animal, soulignant là encore l’intérêt d’une étude approfondie sur ce point particulier.

L’étude de Harvey et al. (2016) présente les résultats d’un dépistage précoce à l’aide d’un nouveau paradigme d’évaluation pour les chiens destinés à devenir guides d’aveugles. Tous ces chiens de travail nécessitent une formation coûteuse et importante. Même issus d’une excellente lignée et choisis selon des paramètres de sélection préétablis, tous les chiens ne réussissent pas, et beaucoup ne sont pas adaptés à la formation. Comme Foyer et al. l’ont démontré, nous savons peu de choses sur le développement neurologique des chiens. Nous savons que les comportements des chiens peuvent changer à mesure que leur maturité sociale évolue, une chose manifeste chez toutes les espèces sociales, et nous savons que chez d’autres espèces, ce changement s’accompagne par un remodelage et une augmentation de taille neuronale. Nous en savons encore moins sur l’évolution du développement neurologique pour les jeunes chiots aux différents âges. Si des tests répétés sur les chiots peuvent permettre de mettre au point des tests qui déterminent quel chien ne change pas, quel chien change, si le changement va dans le bon sens, ces tests doivent aussi pouvoir identifier de façon précoce quels chiens ne seront pas du tout aptes à l’entraînement, permettant d’éviter ainsi plus tard un taux d’échec entre 50 et 70% à l’heure actuelle et de réduire les coûts. Harvey et al ont ainsi étudié 93 chiens entre 5 et 8 mois, avec un premier test de 7 mesures pratiqué à 5 mois, et un test de 5 mesures pratiqué à 8 mois, associés de façon significative à des critères de validation du chien pour la formation ou au contraire d’éviction. Les auteurs ont également identifié des mesures qui n’étaient pas affectées par la période de maturation de 3 mois. Le test est suffisamment fiable pour servir à la fois pour les chiens domestiques et les chiens de travail, afin d’identifier les phénotypes qui affineront les sélections génétiques et les programmes d’élevage.

La valeur putative du concept de « dominance » comme principe d’organisation continue d’être débattue. Bradshaw et al. (2016), dans leur dialogue permanent avec Schilder et al. (2014), rejettent toute notion de dominance comme un trait de caractère et un marqueur de la personnalité ou dimension. Ils contestent notamment l’idée qui voudrait que les chiens soient des loups domestiqués. Cette affirmation malheureuse et très largement réfutée par la communauté scientifique est lourde de mythes et a trop souvent mené à des mauvaises voire abusives méthodes d’éducation des chiens de compagnie. L’argument « les chiens comme les loups » a été également utilisé pour soutenir l’étrange concept d’une hiérarchie interspécifique sur laquelle les données font défaut.

L’évolution est le principe qui gouverne l’organisation de la vie, de sorte que tout modèle de comportement a bénéficié et peut bénéficier d’une considération dans un contexte plus large. Certes, il faut se demander dans quelle mesure nous modifions un de ces environnements de ressources (et leur accessibilité, comme indiqué dans les 5 Libertés) quand nous confinons un animal. Ceci est une question pertinente ici, puisque de nombreuses études sur le comportement social de loup sont réalisées sur des groupes « construits » artificiellement, en quoi elles sont peut-être plus utiles comme études sur des pathologies potentielles plutôt que comme des études évaluant le même comportement que celui de loups sauvages.

Une grande partie du problème dans les débats à propos de la domination repose sur l’utilisation imprudente et trop souvent définie du terme (Overall, 2008,2013). La notion de position dominante a été pris en compte dans les discussions sur la sélection sexuelle, l’allocation des ressources, l’organisation sociale, la sociobiologie, et, comme l’a noté Pawlowski et Scott (1956), Bradshaw et al. (2016), et Schilder et al. (2014), les traits de personnalité (voir aussi Arahori et al., 2016). Utiliser le concept de dominance pour décrire les relations entre les chiens de compagnie et leurs relations avec les humains est un malheureux détournement de l’expression en un argument épistémologiquement insuffisant.

Dominance et les chiens domestiques

Aucune de ces applications évolutives de la notion de position dominante ne cadrent bien pour décrire soit la relation interspécifique que les chiens domestiques ont avec les humains, ou les relations entre les chiens d’un même foyer. Dans ce dernier cas, les règles régissant l’évolution des comportements sociaux (par exemple, la sélection naturelle et sexuelle) ont été largement suspendues ou remplacées par des décisions humaines. Nous voyons bien l’adaptation des compétences sociales canines au sein des foyers humains multi-espèces. Mais plus important encore, les chiens ont une relation avec l’homme qui ne ressemble en rien à celle développée par d’autres espèces domestiques.

Les chiens ont été sélectionnés au cours du temps dans le but d’une véritable collaboration avec les humains, et ce choix a engendré les races de chiens et les groupements qui en découlent. Les données moléculaires montrent que les chiens se sont séparés des loups il y a plus de 15 000 ans (Vonholdt et al, 2010;.. Thalmann et al, 2013). Données moléculaires et anthropologiques soutiennent également l’idée que les chiens de différentes morphologies travaillant sur des tâches différentes ont vécu aux côtés avec les humains pendant au moins 15 000 ans (Boyko et al., 2009; Castroviejo-Fisher et al., 2011). Des preuves strictement anthropologiques montrent que les chiens ont vécu intimement avec les humains depuis au moins 30 000 ans (Ovodov et al, 2011;.. Germonpré et al,2012). Au cours des 3000 dernières années, des races capables d’accomplir des tâches précises ont été créées et ont évolué.

Une des forces associées à la spéciation peut avoir été une collaboration spéciale des chiens avec les humains, liée au travail, qui a finalement entraîné des variations morphologiques chez les chiens, ce qui reste néanmoins un développement tardif de la relation homme-chien. Nous acceptons que les humains aient changé les chiens. Nous considérons rarement dans quelle mesure les chiens peuvent avoir changé l’homme. Notre relation unique avec les chiens peut être due à l’évolution convergente des systèmes sociaux canidés et humains, qui est le résultat de rencontres entre groupes semblables reconnaissant l’intérêt d’efforts collaboratifs, suivis par des changements similaires des fonctions cérébrales ((Saetre et al.,2004; Wang et al., 2013) qui ont permis à l’homme moderne et au chien de se faire réellement confiance.

Les chiens, comme les humains, ont des structures sociales fluides où les interactions quotidiennes reposent en grande partie sur les comportements déférents, en particulier lorsque les individus se connaissent, et sur les comportements permettant d’évaluer les risques dans les situations où les animaux ne se connaissent pas. Le combat est la dernière extrémité dans la résolution des conflits à la fois chez les chiens et les humains. Lorsque le combat est le premier choix pour la résolution des conflits, il peut être considéré comme un comportement anormal, hors de propos (Overall, 2005) ou comme indicateur d’un changement inquiétant dans la dynamique globale d’une population. Il est frappant de constater que l’on suppose automatiquement que toute interaction sociale fait partie de facto des comportements normaux. Compte tenu de l’attention portée aux comportements stéréotypés et au bien-être des animaux en captivité, on pourrait supposer qu’une maladie ait des effets sur le comportement social, pourtant peu reconnaissent ce rôle potentiel. Les comportements agonistiques, contrairement à l’agression pathologique, s’accompagnent généralement d’une structure de manifestation élaborée, visant à minimiser les dommages aux individus (voir Walther, 1977 pour une série d’exemples). Les deux systèmes sociaux canidés et humains utilisent des signaux qui minimisent la probabilité d’un combat et des dommages qui pourraient survenir.

Dominance et relations humain-chien

Toutes ces idées démentent l’idée que l’homme serait « au top » de la hiérarchie humain-chien et qu’il doit être « dominant » avec son chien. Les chiens des foyers humains dépendent entièrement des caprices de leurs maîtres humains, pour le meilleur ou pour le pire. Cette relation ne répond à aucune théorie hiérarchique ou test. Les arguments insistant sur la nécessité pour l’homme d’être « l’alpha » de leur chien dérivent d’une interprétation non-scientifique, erronée et populaire de cette notion. Les interactions requises pour défendre ce concept hiérarchique (par exemple, les résultats comportementaux liés à la ressource, la démographie, la notion de risque, l’environnement propice à la reproduction) sont absents.

Compte tenu de cela, il n’y a aucune justification au conseil le plus dévastateur que l’on peut donner à des propriétaires de chiens présentant une pathologie comportementale : qu’ils doivent « dominer » leurs chiens et montrer au « chien à problèmes » qui est le patron. Sous l’égide d’un tel conseil, un nombre incalculable d’humains ont été mordus à la fois par des chiens tout à fait normaux et par des chiens comportant des pathologies comportementales qu’ils ont donc trahis, terrifiés, et acculés à cette dernière solution.

Pour les chiens qui ont un trouble anxieux qui implique traitement de l’information et évaluation précise des risques, les comportements utilisés pour « dominer » un chien (par exemple, frapper, accrocher, soumettre le chien et autres techniques coercitives punitives) n’ont pu que convaincre l’animal en mal-être et en besoin d’aide que l’être humain était en fait une menace, ce qui entraîne une aggravation de l’anxiété de l’animal. Une compréhension moderne des comportements sociaux complexes exige que nous abandonnons les étiquettes simplistes et néfastes. Le concept d’un « chien dominant » est tout simplement ni valable ni utile dans notre relation avec nos chiens de compagnie, et son application encourage des comportements qui peuvent entraîner une morbidité et une mortalité chez les chiens et les humains. L’étude de Westgarth, 2016 propose de se concentrer à ce titre que la satisfaction des besoins de ceux qui dépendent de nous.

Bibliographie

Bradshaw, J.W.S., Blackwell, E.-J., Casey, R.A., 2016. Dominance in domestic dogs, A response to Schilder et al. (2014). J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 102-108

Chung, T.-H., Park, C., Kwon, Y.-M., Yeon, Y.-C., Prevalence of canine behavior problems related to dog-human relationship in South Korea: A pilot study. J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 26-30.

Döring, D., Haberland, B.E., Ossig, A., Küchenhoff, H., Dobenecker, B., Hack, R., Schmidt, J., Erhard, M.H., 2016. Behavior of laboratory beagles: Assessment in a standardized behavior test using novel stimuli and situations. J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 18-25.

Foyer, P., Svedberg, A.-M., Nilsson, E., Wilsson, E., Faresjö, Å., Jensen, P., 2016. Behavior and cortisol responses of dogs evaluated in a standardized temperament test for military working dogs. J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 7-12.

Harvey, N., Craigon, P., Sommerville, R., McMillan, C., Green, M., England, G., Asher, L., 2016. Test-retest reliability and predictive validity of a juvenile guide dog behavior test. J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 65-76

Pirrone, F., Pierantoni, L., Quintavalle Pastorino, G., Albertini, M., 2016. Ownerreported aggressive behavior towards familiar people may be a more prominent occurrence in pet shop traded dogs. J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 13-17.

Westgarth, C., 2016. Why nobody will ever agree about dominance in dogs. J. Vet. Behav.: Clin. Appl. Res. 11, 99-101

SYNTHESE

Chats suceurs de laine : une étude sur 204 Siamois et Birman

Le « wool sucking » est une affection comportementale répandue dans certaines races de chats. Dans le Journal of Veterinary Behavior, Stephanie Borns-Weil et coll. font le point sur ce trouble en étudiant une population de 204 Birman et Siamois atteints ou non. Ils parviennent ainsi à identifier quelques facteurs de risque même si cette affection reste à maints égards mystérieuse. (in l’Essentiel n°394)

Les troubles obsessionnels compulsifs, chez l’homme et l’animal, se caractérisent par des comportements répétitifs, ritualisés, qui peuvent interférer avec les activités normales. Le « wool sucking » est une stéréotypie orale, qui se traduit par des mâchonnements, des succions voire des ingestions de matières non alimentaires, habituellement de la laine, mais il peut aussi s’agir de plastique. Dans les cas les plus graves, ces comportements peuvent entraîner des occlusions intestinales. Ils apparaissent chez des chats jeunes, en général avant l’âge de 18 mois et ont très vraisemblablement une part héréditaire, les races orientales, et tout spécialement le Birman et le Siamois, étant les plus concernées. On notera aussi que les alopécies psychogènes, engendrées par un hypertoilettage, frappent aussi plus volontiers ces races. Plusieurs hypothèses ont été émises quant aux éventuels facteurs déclenchants du « wool sucking » : ainsi, il est assez courant que ce trouble apparaisse dans les deux mois qui suivent un changement d’environnement ou après la séparation d’avec la portée. Certains auteurs estiment qu’un sevrage trop précoce pourrait être un facteur favorisant. Il n’existe pas de certitude scientifique en la matière et, en particulier, on ne trouve pas dans la littérature d’études comparatives entre les caractéristiques des animaux atteints et

les chats indemnes.

204 chats inclus

Les auteurs ont recruté des chats suceurs de laine à la consultation de la Tufts Cummings School of Veterinary Medicine et lancé des appels dans la Cat Fancy Association Newsletter. Ils ont également fait appel à des intervenants sur des forums Internet. Ont été exclus les animaux qui ne correspondaient pas exactement au cahier des charges, c’est-à-dire les chats qui s’autoléchaient ou léchaient des congénères ou leurs propriétaires, ainsi que les patients souffrant d’alopécie psychogène, d’hyperesthésie, d’allergie, etc. Si possible, les pedigrees étaient examinés. 204 chats (Birman et Siamois) ont été inclus. Cent deux étaient des suceurs de laine, 102 étaient indemnes. Les propriétaires ont rempli un questionnaire de 45 items. Les questions portaient sur l’âge, le statut sexuel, un éventuel dégriffage (autorisé aux USA), l’appétit, la robe, la forme de la tête pour les Siamois, l’âge au moment du sevrage, l’âge lors de l’acquisition, l’importance numérique de la portée, le nombre de chats dans la maisonnée, l’utilisation du chat (élevage, compagnie). On demandait de préciser si le chat mâchonnait ou ingérait de la laine ou des objets, s’il se léchait ou léchait des congénères, s’il pratiquait le « tail chasing », s’il semblait avoir des hallucinations, etc. Quand le diagnostic de « wool sucking » était avéré, des questions ouvertes étaient posées.

Age au sevrage : une influence chez le Birman

Chez les Siamois, l’âge au sevrage n’est pas significativement différent selon que les animaux soient atteints ou non (9,5 semaines versus 10,3 semaines). En revanche, les Birman frappés par ce trouble avaient été plus volontiers sevrés avant 7 semaines (35,7 % versus 11,8 %) et avaient été en moyenne sevrés plus tôt (8,9 semaines versus 12,6 semaines).

L’importance numérique de la portée ne semble pas avoir une influence décisive même si on observe chez les Birman atteints que 55,9 % des chats avaient 3 ou moins compagnons de portée contre 30,6 % des Birman indemnes. Chez les Siamois, l’âge d’acquisition n’a pas d’influence. En revanche, les Birman affectés avaient été acquis en moyenne plus tard (29,6 semaines versus 14,6 semaines). Mais si on tient compte des éleveurs qui avaient gardé volontairement leurs chats plus longtemps, aucune différence n’apparaît. 78% des Siamois atteints avaient été acquis auprès d’éleveurs. C’était le cas pour 77 % des Birman. 43% des Siamois suceurs de laine avaient un pedigree (29 % des témoins), tous les Birman (affectés ou non) en possédaient un. Davantage de Siamois suceurs de laine étaient des animaux de compagnie plutôt que des chats d’exposition. 64% d’entre eux vivaient dans des foyers de trois chats ou moins. C’était le cas de 55,8 % des Birman.

L’âge au moment de la stérilisation a une influence : l’âge moyen au moment de la stérilisation des Siamois atteints était de 56,7 semaines vs 68,1 semaines chez les sujets indemnes. Les chiffres pour les Birman sont respectivement de 63,4 et 131,6 semaines. Aucune différence n’est mise en évidence pour d’autres critères comme le dégriffage éventuel, la forme de la tête des Siamois ou encore la robe. Les auteurs ont également cherché à savoir s’il existait des facteurs déclenchants pour le suçage de laine. 9,1 % des propriétaires ont estimé que laisser le chat seul provoquait des
« crises ». 18,8 % citent « d’autres événements stressants ». 6,8 % pensaient que le chat agissait ainsi pour attirer l’attention. 18,2 % n’identifiaient pas de facteurs déclenchants.

Une apparition précoce

L’âge d’apparition des troubles était de 41,6 ± 67,6 semaines chez les Siamois, de 67,6 ± 46,8 semaines chez les Birman. Les Siamois passaient davantage de temps à sucer des tissus et de la laine que les Birman (56,9 minutes versus 32,5 minutes). La fréquence des épisodes ne varie pas selon les deux races. Dans les deux races encore, l’appétit est significativement plus important chez les animaux affectés. Chez ces derniers, les incidents de santé (maladies buccodentaires, troubles digestifs, hernies, pneumonies, etc.) sont significativement plus fréquents.

Dans la discussion, les auteurs retiennent les points suivants :

chez le Birman, un facteur de risque semble être un sevrage précoce, ce qui n’est pas retrouvé chez le Siamois. Dans la première race, un allaitement prolongé, bien au-delà de 7 semaines, pourrait avoir un effet protecteur. Il est intéressant de constater que chez l’enfant, le suçage du pouce ou l’utilisation de tétines sont plus répandus chez les individus sevrés tôt.

les auteurs conviennent d’un biais possible dans leur étude : si tous les Birman avaient un pedigree, ce n’était pas le cas de tous les Siamois, cette dernière population étant donc très certainement beaucoup plus hétérogène et parfois « d’apparence de race ». Il se peut également que les Siamois aient une prédisposition héréditaire plus marquée que les Birman au « wool sucking ».

la prédisposition de ces deux races s’explique peut-être par le fait qu’elles sont intimement liées : en Europe, la race birmane était pratiquement éteinte à la fin de la deuxième guerre mondiale. À son issue, la race a été recréée par des croisements entre les derniers individus restants, des Siamois et des Persan. Les Birman modernes sont dès lors porteurs de gènes de Siamois.

les hormones sexuelles, chez l’homme, sont connues pour aggraver les troubles obsessionnels compulsifs. Ici, il existe une association positive (uniquement chez le Siamois) entre stérilisation et « wool sucking ». Il est difficile de conclure.

on aurait pu croire que des portées numériquement importantes puissent favoriser l’apparition de ce trouble (des chatons dont la mère s’occupe mal pourraient développer des stéréotypies orales). Il n’en est rien et c’est même le contraire. Les auteurs pensent que dans les portées nombreuses, les chatons ont davantage d’interactions, ce qui pourrait avoir un effet préventif.

bien que ce ne soit pas très marqué, plus de chats « suceurs » ont présenté des troubles médicaux. Il est possible que toute affection engendrant une douleur puisse favoriser ce comportement.

cette étude confirme des travaux antérieurs qui ont montré que le « wool sucking » survient chez des animaux jeunes, en général avant 1,5 an. Il convient donc de retenir comme facteurs favorisants

le sevrage précoce (chez le Birman seulement), un historique de troubles médicaux (chez le Siamois) alors qu’on observe une augmentation nette de l’appétit chez les animaux atteints.

SYNTHESE

Eradiquer la teigne : difficile mais réalisable

Karen Moriello était la conférencière principale du dernier Congrès européen de médecine féline de l’ISFM, qui s’est tenu à Porto, du 1er au 5 juillet derniers. Elle a fait de la teigne son cheval de bataille, le jour où elle a réalisé que personne ne s’en occupait scientifiquement et que c’était la 4e cause de non-adoption et donc d’euthanasie dans les refuges aux USA (et vraisemblablement ailleurs). Depuis, elle s’y consacre à plein temps et de façon très pratique. (in l’Essentiel n°395)

La teigne est souvent considérée comme une maladie honteuse alors que c’est une infection superficielle de la peau, à faible niveau pathologique zoonotique (groupe 2, la grippe étant de niveau 3), facilement traitable et pour laquelle le nettoyage/désinfection de l’environnement est facile, pour autant qu’on soit méthodique.

Une maladie de collectivité

Les spores adhèrent à la peau en 2 à 6 h, y poussent en 6 heures et produisent l’infection en moins d’une semaine selon les conditions d’ambiance. La transmission est à la fois directe et indirecte, à la faveur d’une micro-lésion cutanée. Le chat, par son léchage, enlève beaucoup de spores. C’est

au moment du sevrage, lorsque le chaton gagne en autonomie, qu’il est souvent victime de la teigne, sa mère le laissant faire sa toilette tout seul.

De l’ordre et de la méthode dans la gestion thérapeutique

L’auto-guérison est fréquente chez le chat en bonne santé. C’est chez le chat stressé, parasité ou co-infecté que les choses se compliquent, notamment en collectivités et refuges, où l’ordre et la méthode sont requis. Le leitmotiv sera donc CAATS, Confiner / Assainir et Anticiper pour dépister le plus tôt possible / Traiter avec un topique et un produit Systémique. On confinera temporairement

les chats, mais pas forcément en cages, surtout pour les chatons dont la socialisation doit s’effectuer au mieux, malgré l’infection. Ces chatons infectés peuvent être confiés à des familles d’accueil, sous réserve d’une procédure à suivre. Toutes les personnes en contact devront se laver les mains méticuleusement et passer leurs vêtements à la machine à laver (cf encadré 1). On évitera les contacts entre chatons infectés et jeunes enfants.

Vérifier l’efficacité du traitement

Le traitement topique permet de limiter la transmission : pas plus de deux shampoings par semaine, avec un temps de pause de trois minutes, suivi d’un rinçage au peroxyde d’oxygène. Le lime sulfur, largement utilisé dans les collectivités félines américaines, fait également office de barrière de protection contre les ré-infections à la dose d’1:16. Le traitement systémique pourra s’avérer nécessaire et dans tous les cas il faudra contrôler l’efficacité en prélevant des poils examinés sous lampe de Wood (cf. encadré 2) et microscope. Le secret d’une bonne lecture de lame (à grossissement 4 puis 10) ou d’un scotch-test réside dans les 10 minutes incompressibles entre la réalisation de la lame et sa lecture – le temps de boire un thé ou un café !

Lorsqu’on vérifie l’efficacité du traitement, on peut avoir encore une présence de fluorescence en l’absence d’infection. La ptéridine se forme dans la médulla et le cortex du poil et migre avec la croissance de celui-ci de la racine vers le bout. Lorsqu’il n’en reste qu’au bout, il n’y a généralement plus d’infection. Pour la mise en culture, on ne prélèvera (à la brosse à dents souple pour les chatons) que des poils fluo +. On placera la brosse à dents contaminée dans un sac en plastique transparent, fermé, étiqueté, qu’on placera dans un second. Sur 5 644 chats suivis pendant 2 ans en refuge, 10,3 % avaient des cultures positives, 6,75 % présentaient des lésions cutanées et seulement 1,64 % avaient des lésions cutanées, une culture positive et un examen à la lampe de Wood positif. Il faut vraiment un contact direct, donc principalement entre chatons et au sein de collectivités félines.

Encadré 1

Jeter les spores avec l’eau de la machine à laver

La décontamination de l’environnement est importante dans la gestion d’une épidémie de teigne. Karen Moriello vient de signer une série de publications très pratiques dans le JFMS ; dans la dernière, sous presse, elle a comparé l’utilisation de cycles et températures différents, ainsi que l’utilisation possible d’eau de Javel sur la rémanence des spores dans le linge lavé. Dans un premier scénario, un morceau de tissu contaminé par des spores (>300 cfu (colony forming unit)) a été placé avec 20 autres morceaux de tissu, qu’ils soient mouillés ou secs, pendant une minute dans un sèche-linge. Tout a été immédiatement contaminé, la palme de la vitesse de pousse des champignons étant pour un tissu contaminé mouillé avec du linge mouillé.

Décontamination en deux cycles

Le scénario a été répété, dans une machine à laver cette fois, avec trois types de tissus (coton, tissu éponge des serviettes et jean type denim) qui ont été artificiellement contaminés, avec des poils de chats infectés voire par un contact direct avec un chaton infecté par la teigne. Chaque échantillon de tissu a subi une vérification de cette contamination, avec des mises en culture sur boîte de Pétri, montrant une densité de plus de 300 cfu. Après un seul cycle de lavage, 65 et 60 % respectivement des tissus éponges et des jeans étaient encore faiblement positifs (< 5 cfu). Au bout de deux cycles de lavage (> 14 minutes), sans trop charger la machine à laver (l’action mécanique est importante), même à froid et sans eau de Javel (la température du cycle et la présence d’eau de Javel n’ont pas d’influence), tous les échantillons étaient décontaminés. La décontamination de la machine à laver (tambour, tuyaux) s’effectue tout simplement par un cycle, suivi de l’utilisation d’un désinfectant usuel. L’eau du cycle de rinçage n’était pas contaminée. Moriello KA. Decontamination of laundry exposed to Microsporum canis hairs and spores. J Feline Med Surg. 2015 May 26 online.

On nettoiera l’environnement avec du savon et de l’eau chaude, qui suffisent. Les spores ne résistent pas pendant des mois (surtout si l’atmosphère est humide) et ne s’y multiplient pas. Tout ce qui est lavable est désinfectable. Les tapis comme les moquettes seront nettoyés avec de la vapeur et/ou des shampoings (ceux pour chiens sont parfaits). On enlèvera les poils chaque jour, nettoiera à grandes eaux deux fois par semaine (et en passant des lingettes entre deux lavages). Tout désinfectant contenant du peroxyde d’hydrogène est efficace et pas toxique ou corrosif comme l’eau de Javel.

Encadré 2

Du bon usage de la lampe de Wood

Il faut une lampe de Wood de bonne longueur d’onde (365 nm), avec une loupe.

La réaction chimique entre la ptéridine contenue dans le poil infecté et la lumière bleue se produit immédiatement, mais nos yeux mettent un certain temps à la détecter.

On examinera d’abord en lumière blanche, en recherchant les lésions cutanées, ensuite à fort grossissement, puis en lumière bleue, en ayant soin de mettre la lampe de Wood très près de la peau, en commençant par la tête et se déplaçant très lentement.

Pour se familiariser et gagner de l’assurance diagnostique, le mieux est de commencer avec des chatons. Les poils les plus infectés sont sous les croûtes, notamment sur les bords libres des oreilles.

Les fausses fluorescences se trouvent au niveau des croûtes, là où il y a des pellicules, des résidus de médicaments. La fluorescence ne concerne que les poils !

Avec les poils fluo +, lissés éventuellement avec un peu d’huile minérale et arrachés délicatement dans le sens du poil (pour qu’ils ne cassent pas), on fera une lame témoin de fluorescence (qui reste fluo + des années).

L’avantage de cet examen peu coûteux est qu’il permet de démarrer le traitement des chats avec 7 à 21 jours d’avance sur la meilleure des cultures.

SYNTHESE

Insuffisance surrénalienne : une étude épidémiologique suédoise

L’insuffisance surrénalienne est une maladie rare chez le chien. La Suède, d’où émane cette étude, est traditionnellement un pays où les animaux sont massivement assurés. Ceci permet de réaliser des études épidémiologiques de grande ampleur. Cette publication confirme les prédispositions raciales déjà connues et en ajoute quelques autres, elle montre aussi que les chiens atteints meurent plus prématurément que les sujets indemnes. (in l’Essentiel n°395)

Les diagnostics d’insuffisance surrénalienne (IS) spontanée sont rares chez le chien mais on manque de données épidémiologiques pour en préciser l’incidence. La plupart des publications concernant cette maladie sont des séries de cas, des études raciales reposant sur le volontariat des éleveurs. La majorité des patients souffre d’IS primaire (maladie d’Addison) qu’on considère généralement comme associée à une inflammation ou une atrophie de la corticosurrénale. D’autres causes d’IS primaire incluent la destruction des glandes en raison de phénomènes granulomateux, de troubles néoplasiques primaires ou métastatiques. L’IS peut aussi être due à des causes iatrogènes, au décours d’un traitement pour hyperadrénocorticisme ou lors de l’arrêt brutal d’un traitement par corticoïdes.

Des estimations antérieures font part d’une incidence de 0,13 à 0,6/1 000 chiens/an. L’occurrence de l’IS est réputée plus élevée dans certaines races, comme le chien d’eau portugais, le caniche standard, le bearded collie, avec des incidences parfois supérieures à 10 %. Une étude a montré davantage de cas chez les femelles, mais ce n’est pas le cas dans les trois races citées.

Une étude sur plus de 500 000 chiens

Il existe en Suède une longue tradition d’assurance santé des animaux de compagnie, 30 à 40 % d’une population de 800 000 chiens environ étant couverte par une seule société, Agria Animal Insurance. Des études épidémiologiques sont dès lors possibles sur des nombres importants de chiens. Cette étude porte sur onze années (1995-2006) et s’est penchée sur l’incidence, la prévalence, les risques relatifs et les taux de mortalité lors d’IS. Le fichier contient des informations sur 525 028 chiens correspondant à 2 364 652 chiens-années à risque. 354 races sont représentées. Chez les chiens ayant souffert d’IS, on recense 74 caniches standard, 35 bearded collies, 26 chiens de race commune, 25 Cairn terriers et 21 golden retrievers. Le taux d’incidence global est de 2,26 cas pour 10 000 chiens-années à risque. Le risque relatif est multiplié par 29 chez le chien d’eau portugais, le chiffre étant de 17 pour le caniche standard, de 7,43 pour le bearded collie, de 3,39 pour le Cairn terrier, de 3,22 pour le cocker, ceci pour les cinq races les plus frappées. En revanche, certaines races sont relativement protégées contre cette maladie. Il s’agit notamment du teckel et du berger allemand. La prévalence est de 1,17 % chez le caniche, de 1,16 % chez le chien d’eau portugais, de 0,417 % chez le Cairn terrier et de 0,322 % chez le bearded collie.

Prédisposition sexuelle

64% des chiens ayant souffert d’IS étaient des femelles. Le risque relatif chez les femelles est donc multiplié par 1,85 mais la proportion de femelles varie grandement selon les races. On n’observe réellement une prédisposition des chiennes que chez le golden retriever, le caniche et les chiens de race croisée. Le risque de mortalité est plus élevé chez les chiens souffrant d’IS que chez les animaux indemnes (x 1,92). Cette constatation est également faite au sein d’une même race.

Dans la discussion, les auteurs soulignent les points qu’il convient de retenir :

prévalence d’environ 0,09 %, conforme à ce qui a été décrit antérieurement ;

prédisposition (plus faible qu’attendu) du caniche, du chien d’eau portugais et du bearded collie. Celle du cocker n’avait pas été décrite auparavant ;

une prédisposition sexuelle n’est notée que dans certaines races, en particulier chez le golden retriever où les femelles sont surreprésentées ;

les variations raciales et sexuelles suggèrent qu’il y ait, chez le chien comme chez l’homme, plusieurs sous-types d’IS.

HANSON (JM) : Naturally Occurring Adrenocortical Insufficiency – An Epidemiological Study Based on a Swedish-Insured Dog Population of 525,028 Dogs. Journal of Veterinary Internal Medicine. 2015.

SYNTHESE

Piroplasmose aiguë : les analyses de laboratoire utiles au pronostic

La piroplasmose reste de pronostic réservé, particulièrement quand elle survient sous une forme aiguë. Dans un article paru dans le JVIM, Eichenberger et coll. (Université Vétérinaire de Zurich) passent en revue divers paramètres influençant le pronostic, permettant le cas échéant de décider de placer le patient en soins intensifs. La lactatémie semble le marqueur le plus sensible et le plus spécifique. (in l’Essentiel n°395)

En Europe, la babésiose est essentiellement due à Babesia canis. L’infection se manifeste typiquement par une léthargie, une apathie, une pâleur des muqueuses. Elle peut prendre une forme mineure ou une forme grave. Cette dernière fait intervenir un syndrome inflammatoire aigu avec dysfonctionnements organiques multiples, un choc éventuel avec décès du patient. Les anomalies biologiques comprennent une anémie, une thrombocytopénie. Les leucocytes peuvent être atteints de manières différentes : leucocytose, leucopénie, neutrophilie, neutropénie, éosinophilie. On note aussi fréquemment une augmentation des aspartate aminotransférases, des alanine aminotransférases, une hyperbilirubinémie, une hypoalbuminémie, des anomalies électrolytiques et acidobasiques. Une CIVD est possible.

Une pathogénie complexe

Les manifestations cliniques de la babésiose aiguë ne sont pas toujours proportionnelles à l’anémie, ni à la parasitémie. Dès lors, au-delà des lésions mécaniques des érythrocytes, d’autres troubles sont suspectés d’induire une hémolyse, comme la libération de facteurs hémolytiques ou une destruction des érythrocytes par des phénomènes à médiation immune. Par ailleurs, la gravité de la maladie ne peut pas s’expliquer par une conséquence de l’hémolyse seule, dans la mesure où elle est souvent faible à modérée lors des infections aiguës. Les principales complications d’une babésiose aiguë sont un choc septique, une insuffisance rénale aiguë, d’autres dysfonctionnements organiques.

Une étude sur 15 cas de babésiose aiguë

Cette étude porte sur 15 chiens naturellement infectés, présentant divers symptômes : léthargie (15), pâleur des muqueuses (15), pigmenturie (10), ictère (6), fièvre (5), anorexie (4), vomissements (4), épistaxis (3). Bien que le diagnostic ait été fait rapidement et le traitement instauré précocement, 8 chiens sont morts ou ont dû être euthanasiés dans les 2 jours suivant leur admission. La parasitémie variait entre 0,5 et 3,1 % (médiane : 1,2 %). Ce paramètre n’a pas de valeur pronostique. Dans les deux groupes (survivants et non-survivants) on a noté une anémie normochrome normocytaire arégénérative faible à modérée, une hyperbilirubinémie, une augmentation des phosphatases alcalines, une hypocalcémie, une hyponatrémie, une augmentation de la CRP. Les nonsurvivants avaient des concentrations en lactates plus élevées, il en allait de même pour le phosphore et les triglycérides. En revanche, on notait une diminution de l’hématocrite, de la protéinémie et du nombre de plaquettes.

Mesurer les lactates

Il apparaît que les chiens n’ayant pas survécu (8/8) présentaient une hyperlactatémie modérée à marquée (médiane de 8,35 nmol/l) alors que 6 sur 7 des survivants avaient une lactatémie normale (médiane de 1,6 nmol/l). Six survivants sur 6 avaient des valeurs leucocytaires normales contrairement aux animaux décédés qui présentaient une leucopénie faible à modérée. Dans la discussion, les auteurs indiquent donc que des examens de laboratoire relativement simples peuvent aider au pronostic de la babésiose aiguë. Les marqueurs les plus significatifs sont les suivants : globules blancs, triglycérides, phosphore, thrombocytes, protéines totales. Les lactates semblent particulièrement intéressants, bien que les raisons de leur augmentation ne soient pas clairement définies. Elle pourrait être due selon les auteurs à l’hypoxie induite par l’anémie. Les lactates, au seuil de 3,95 mmol/l, ont une sensibilité et une spécificité de 100 %. La mesure du nombre de globules blancs est très sensible (100 %) mais peu spécifique (4,7 %). La sensibilité (83,3 %) et la spécificité (83,3 %) sont médiocres pour les thrombocytes au seuil de 27 500/l. Les auteurs insistent par ailleurs sur le fait que la parasitémie n’a aucune influence sur le cours de la maladie. La mortalité dans ce groupe de chiens est plus élevée que lors d’études antérieures. Ceci est sans doute dû au fait que la plupart des animaux venaient de régions non endémiques et qu’ils n’avaient dès lors pas présenté d’immunité partielle.

Aucun marqueur n’est donc parfait, les lactates ayant la préférence des auteurs, mais, face à un chien souffrant de piroplasmose aiguë, des soins intensifs doivent être prévus pour des patients souffrant d’anémie modérée, de thrombocytopénie marquée, de leucopénie faible à modérée, d’hyperlactatémie, d’hyperphosphorémie modérée d’hypertriglycéridémie, d’hypoprotéinémie modérée.

EICHENBERGER (RM) : Prognostic Markers in Acute Babesia canis Infections. Journal of Veterinary Internal Medicine.

SYNTHESE

Entéropathies chroniques : un apport per os de vitamine B12 est possible

Dans le Journal of Veterinary Internal Medicine en ligne de janvier-février 2016 (accès libre), Toresson et coll. publient les résultats d’une étude sur l’efficacité d’une supplémentation per os en vitamine B12 chez des chiens souffrant d’une entéropathie chronique avec hypocobalaminémie. Empiriquement, la voie parentérale est conseillée mais la voie orale semble se montrer tout aussi efficace (in l’essentiel n°397)

Les principales causes de carence en vitamine B12 (cobalamine) sont les entéropathies chroniques (EC), l’insuffisance pancréatique exocrine (IPE) et des anomalies héréditaires rencontrées notamment chez le shar peï, le schnauzer géant, le border collie et le beagle. Anecdotiquement, on a également décrit chez le chien des carences en B12 liées à un syndrome de l’intestin court. La prévalence de la carence en B12 lors d’EC est selon une étude de 6 à 73 %. Elle est aussi un facteur péjoratif du pronostic de ces entéropathies. La carence en B12 a de multiples conséquences : anorexie, perte de poids, retard de croissance, neuropathies centrales et périphériques, immunodéficience, modifications structurales de l’intestin (atrophie des villosités), malabsorption des autres vitamines et nutriments. Chez l’homme, on a montré qu’une supplémentation per os peut se montrer aussi efficace que la voie parentérale, notamment chez les végétariens et vegans, souvent carencés. Les doses journalières sont de 1 000 à 2 000 μg de cyanocobalamine. Actuellement, chez le chien, on utilise empiriquement davantage la voie parentérale, l’objectif de cetteétude étant de mettre en évidence l’éventuelle possibilité d’une supplémentation per os.

Une étude sur 51 chiens

Elle porte sur 51 chiens dont 2 schnauzers géants. L’âge médian était de 4,9 ans (1,3 à 12,8 ans). Le poids médian était de 14 kilos (2,6 à 52 kilos). 22 patients recevaient un traitement immunosuppresseur depuis (médiane) 366 jours. Les animaux recevaient en outre des traitements divers, quelques-uns avaient déjà bénéficié d’administrations parentérale ou per os de vitamine B12. Les principaux signes incluaient : anorexie (21), diarrhée (17), léthargie (16), perte de poids (14), augmentation de la fréquence des défécations (9), douleur abdominale (6), pica (3), borborygmes (3), léchage excessif de la face, des pattes ou du sol (3), nausées (2), melæna (2), mauvais état du pelage (1), syncopes (1), convulsions (1), polyuropolydipsie (1). Le score CIBDAI (Canine Inflammatory Bowel Disease Activity Index) a été calculé et se montait (médiane) à 5 (1 à 13). Il était significativement inférieur chez les chiens sous immunosuppresseurs (médiane de 3).

Des chiens en carence ou subcarence

Les concentrations sériques moyennes de vitamine B12 étaient de 233 ± 33 ng/l lors de l’inclusion (N : 234 – 811). Après une durée médiane de supplémentation per os de 72 jours (20 à 202 jours), la moyenne était passée à 1 017 ± 460 ng/l. L’augmentation moyenne des taux était de 794 ± 462 ng/l. Lors du second suivi, quand il a été réalisé, une nouvelle augmentation des taux était constatée.

Les auteurs présentent ensuite les résultats de divers examens qui n’ont été pratiqués que chez certains chiens : folates, exploration de la fonction pancréatique, histopathologie de l’intestin, etc. Dans ce dernier cas, on notait surtout des infiltrations lymphoplasmocytaires, plus rarement éosinophiliques.

Une supplémentation per os permet dès lors de restaurer la normocobalaminémie chez des chiens carencés ou subcarencés et présentant une EC. Cette alternative à la voie parentérale est plus simple et moins onéreuse. Par ailleurs, de nombreux propriétaires répugnent à effectuer eux-mêmes des injections, cette solution est dès lors plus pratique. La dose utilisée dans cette étude a été extrapolée de la médecine humaine. Les chiens de moins de 10 kilos ont reçu chaque jour . de comprimé à 1 mg, les chiens de 10 à 20 kilos ó comprimé et les chiens de plus de 20 kilos un comprimé. Les concentrations de vitamine B12 n’ayant été mesurées qu’une seule fois, il est difficile de dire si elles continuent d’augmenter au fur et à mesure du traitement.

La plupart des chiens ont répondu favorablement à ce traitement, à quelques exceptions. Trois chiens ont mal répondu. On note aussi que certains patients n’étaient que subcarencés, mais les auteurs signalent qu’une hypocobalaminémie peut avoir rapidement des conséquences délétères, aussi est-il nécessaire d’intervenir précocement. Cette étude comporte certains biais : le moment de la prise de sang après début de la supplémentation a été variable, la fonction pancréatique (qui peut interférer avec le métabolisme de la vitamine B12) n’a pas été évaluée dans tous les cas. Pour autant, cette approche paraît efficace même si d’autres études semblent nécessaires, en comparaison directe avec la voie parentérale et en examinant ses effets au niveau cellulaire.

TORESSON (L) : Oral Cobalamin Supplementation in Dogs with Chronic Enteropathies and Hypocobalaminemia. Journal of Veterinary Internal Medicine.

SYNTHESE

Toxocarose : risques et prévention chez l’animal et l’homme

Les chiens et les chats, malgré la mise en place de vermifugations régulières, sont encore aujourd’hui une source importante de contamination indirecte de l’Homme par les nématodes du genre Toxocara spp. Les praticiens doivent garder à l’esprit les risques que la toxocarose représente pour l’homme. La connaissance de la biologie des parasites permet d’élaborer un plan stratégique de prévention adapté à chaque cas et de justifier auprès des propriétaires de chiens ou de chats des mesures hygiéniques à respecter. (in l’Essentiel n° 395)

Les oeufs de Toxocara canis et T. cati disséminés dans l’environnement par l’intermédiaire des matières fécales des chiens et des chats sont la principale source de contamination humaine. Un développement larvaire, d’une durée de 3 semaines à quelques mois en fonction des conditions environnementales, doit se produire afin que l’oeuf soit infestant : on parle alors d’oeuf embryonné.

L’homme se contamine par ingestion de cette forme infestante, en portant à sa bouche ses mains souillées ou en mangeant des légumes mal lavés. Les occasions sont fréquentes, car il existe une forte contamination des sols, particulièrement dans les jardins publics et les aires de jeu (les bacs à sable sont très exposés), d’autant que les oeufs embryonnés peuvent survivre plusieurs années dans un environnement favorable. les chiens et les chats ne sont pas les seuls responsables de cette contamination environnementale : il semble que l’implantation de renards roux en milieu urbain puisse jouer un rôle non négligeable. La contamination humaine via le pelage des animaux de compagnie est assez improbable, les oeufs adhérant fortement aux poils et étant peu souvent embryonnés. il existe une autre source de contamination possible : l’ingestion de la viande mal cuite d’un hôte paraténique (ruminants, porcs, oiseaux) contenant des larves enkystées.

La toxocarose chez l’Homme

L’homme se comporte lui-même comme un hôte paraténique. Après ingestion, les oeufs embryonnés libèrent des larves qui, migrant à travers la paroi du tube digestif, s’enkystent dans divers tissus, pouvant y survivre plusieurs années. il existe plusieurs formes de toxocarosehumaine : la toxocarose commune, parfois asymptomatique,parfois à l’origine de signes cliniques frustrescomme de l’asthénie, des douleurs digestives ou musculaires, des troubles du sommeil, des formes allergiques (rash cutané, prurit, toux) ; la forme appelée larva migrans viscérale, avec atteinte de l’état général, fièvre, hépatomégalie, troubles digestifs, signes pulmonaires et cutanés ; la toxocarose oculaire, avec uvéite et choriorétinite ; la toxocarose neurologique, plus rare, avec méningite ou/et encéphalite. le diagnostic de toxocarose est mal aisé. Un dosage des anticorps circulants anti-Toxocara est possible par une méthode EliSA ou par immuno-empreinte (Western Blot), mais ces anticorps persistent plus de 2 ans après contamination. le diagnostic doit donc prendre en compte le taux d’anticorps, la présence d’une éosinophilie sanguine et de signes cliniques compatibles. Parfois, l’imagerie permet d’observer les larves enkystées dans le tissu hépatique, pulmonaire ou cérébral. lors de forme oculaire, les igG doivent être recherchées dans des prélèvements oculaires.

Quoi qu’il en soit, la contamination humaine par Toxocara sp. n’est pas rare : la séroprévalence dans les pays européens varie de 2,5 à 44 % suivant la région et la tranche d’âge. la moyenne générale est de l’ordre de 19 % aux Pays-Bas. Ces chiffres sont beaucoup plus élevés dans les zones tropicales. Ainsi, à la réunion, la séroprévalence est de 93 % chez les enfants !

La toxocarose chez le chien et le chat

La prévalence chez le chien et le chat est également variable en fonction du mode de vie et de l’âge. En Europe de l’ouest, elle est de 3,5 à 34 % chez le chien et de 8 à 76 % chez le chat. La toxocarose clinique est plus fréquente chez les chiots et les chatons, mais beaucoup d’adultes sont porteurs asymptomatiques et assurent ainsi un rôle de réservoir. Les chiens et les chats se comportent à la fois comme des hôtes définitifs, chez lesquels les larves ingérées se transformeront en adultes dans les voies digestives et comme hôtes paraténiques, des larves pouvant s’accumuler et survivre dans les tissus. La contamination des chiens et des chats se fait par ingestion d’oeufs embryonnés, par ingestion de larves enkystées (rongeurs, oiseaux, alimentation carnée mal cuite), mais aussi par voie galactogène chez le chiot ou le chaton à l’allaitement (jusqu’à au moins 38 jours après la naissance) ou encore par voie intra-utérine chez le chiot : les chiots d’une mère contaminée ont près de 100 % de risques d’être infestés par cette voie. Le délai moyen entre l’ingestion d’un oeuf embryonné et l’excrétion d’oeufs dans les selles est de 4 à 5 semaines chez le chien et de 8 semaines chez le chat.

Application à la prévention de la toxocarose humaine

Aucune action de décontamination de l’environnement n’ayant fait ses preuves, la prévention de la toxocarose humaine passe d’une part par le respect de mesures hygiéniques et d’autre part par une vermifugation régulière des animaux de compagnie. Il faut convaincre les propriétaires de chiens et de chats de ramasser les selles de leur animal, limiter leur accès aux potagers, respecter les restrictions d’accès aux espaces de jeu, aux plages et autres endroits publics, laver soigneusement les légumes, cuire correctement la viande. Ils doivent également mettre en place un traitement stratégique de leur animal. En ce qui concerne les chiots, les risques de contamination par voie intra-utérine puis par le lait justifient une vermifugation dès l’âge de 2 semaines, puis à 4, 6 et 8 semaines, puis tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois. Chez le chaton, pour lequel la contamination intra-utérine n’existe pas, la vermifugation pourra être faite à 3, 5, 7 et 9 semaines, puis tous les mois jusqu’à l’âge de 6 mois. En ce qui concerne les animaux plus âgés, leur rôle de réservoir est à prendre en considération. Il a été démontré qu’une vermifugation tous les 6 mois était insuffisante. Il est donc préférable de recommander a minima 4 vermifugations par an, voire une vermifugation toutes les 4 à 6 semaines en cas de contamination environnementale avérée et de risques majorés (présence de jeunes enfants, de personnes immunodéprimées). La vermifugation des reproductrices en cours de gestation est pertinente si l’on utilise un anthelminthique larvicide. Par ailleurs, les mères seront vermifugées systématiquement en même temps que leur progéniture.

Bibliographie

Charlot S. : Transmission des ascarides de carnivores domestiques à l’homme : analyse de 20 cas de toxocarose humaine diagnostiqués à Toulouse (Haute-Garonne) et en région parisienne (2007), thèse Doct.Vét, ENVA.

ESCCAP : Guide n°1 : Lutte contre les nématodes et les cestodes des carnivores domestiques (2013), http://www.esccap.fr/vers-du-chien-et-du-chat.html.

Fillaux J., Magnaval J.-F.: Laboratory diagnosis of human toxocariasis (2013), Veterinary Parasitology, 193, 327–336.

Overgaauw P.A.M , van Knapen F: Veterinary and public health aspects of Toxocara spp (2013), Veterinary Parasitology, 193, 4, 398–403.

Strube C., Heuer L., Janecek E.: Toxocara spp. infections in paratenic hosts (2013), Veterinary Parasitology, 193, 4, 375–389.

Le cas d’Umphrey

novembre 24th, 2014 | Redigé par admin in Cas cliniques - (0 Comments)

Voici un cas qui mérite attention, car les symptômes n’étaient pas manifestes d’entrée de jeu !Umphrey est un petit teckel à poils longs de 11 ans, arrivé à la clinique de Neuilly mercredi 1er octobre au matin parce qu’il ne mangeait plus et semblait gêné. Après examen, il se trouvait qu’un corps étranger était fiché transversalement en arrière du larynx ! La palpation de la zone autour du larynx n’était pas douloureuse, aucune présence de pus n’a été détectée, et pourtant on s’en doute, l’élément étranger était perturbant pour Umphrey.

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Le docteur Bedossa a retiré le fameux corps étranger au moyen d’une pince (voir photo), qui se trouvait être un os d’oiseau ingurgité par Umphrey deux jours plus tôt alors qu’il avait fouillé une poubelle lors de sa balade du soir ! Umphrey est resté deux jours sous surveillance, et s’est très bien remis de la petite opération.

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La fameuse pince qui a servi à retirer l’os

Moralité : surveillez bien votre chien ou votre chat, même en l’absence de symptômes impressionnants, si son comportement change, c’est qu’il y a un problème !

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