arthrose de la hanche sur un  carlin  © Callalloo Twisty - Fotolia.com

arthrose de la hanche sur un carlin
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Le développement de l’arthrose est un mécanisme complexe mettant en jeu des interactions entre les processus de dégradation et de réparation du cartilage, de l’os et de la synovie, et qui possède aussi une composante inflammatoire secondaire. Cette maladie affecte principalement le cartilage articulaire, mais il y a aussi des modifications de l’os sous-chondral, de la synovie et du liquide synovial. Ce processus est irréversible et progressif en dépit de tout traitement actuellement disponible.

Chez les chats et les chiens, l’arthrose est généralement secondaire à un autre problème, comme par exemple une anomalie du développement, une instabilité articulaire, une incongruence articulaire ou un traumatisme. L’arthrose fait typiquement suite à des affections telles qu’une ostéochondrose, une dysplasie de la hanche, une luxation de la rotule, une affection du LCC ou une fracture touchant l’articulation. Elle touche parfois le coude chez les chats. Une arthrose primaire (pour laquelle aucune cause prédisposante n’est évidente) est rare chez les animaux.

Signes cliniques

Chez les chiens, l’arthrose se présente le plus souvent sous la forme d’une boiterie ou d’un refus de se déplacer. Généralement, l’affection est présente depuis longtemps lorsque les signes cliniques sont évidents. Le propriétaire rapporte une raideur,un refus de faire de l’exercice et de sauter/jouer/monter les escaliers. Dans les cas précoces ou modérés, la boiterie est plus marquée après le repos et disparaît au cours de l’exercice. Dans les cas plus sévères, la boiterie est exacerbée après l’exercice. Il est fréquent qu’un traumatisme mineur ou un exercice excessif soit associé à des symptômes aigus. Il arrive que les symptômes soient exacerbés lorsque le temps est humide et froid. Les chats atteints d’arthrose peuvent juste sembler moins actifs que d’habitude.

La meilleure façon d’évaluer la sévérité de l’arthrose est d’associer clichés radiographiques et examen clinique. La palpation des articulations et l’évaluation de leur amplitude de mouvement peut révéler certains de ces éléments :

  • Gonflement articulaire (effusion, fibrose péri­ articulaire, ostéophytes)

  • Diminution de l’amplitude des mouvements (détectable en effectuant une flexion et une extension passive jusqu’au maximum des capacités de mouvement)

  • Douleur articulaire (mise en évidence aux extrêmes des mouvements possibles)

  • Crépitements

  • Chaleur et gonflement (uniquement lors d’inflammation active).

Lors d’arthrose du genou, il faut vérifier qu’il n’y a pas une instabilité crânio-caudale à l’aide du signe du tiroir ou du test de compression tibial. Il convient également de vérifier qu’iln’y a pas une luxation de la patella car ces affections sous-jacentes peuvent être à l’origine d’une arthrose.

Les articulations touchées doivent être radiographiées avec deux incidences orthogonales. Les lésions radiologiques typiques de l’arthrose incluent :

  • des ostéophytes (proliférations osseuses en bordure de l’articulation)

  • un remodelage osseux (apparaît comme une modification du contour de l’os articulaire, ex : aplatissement de la tête fémorale, comblement et élargissement de la cavité acétabulaire)

  • un gonflement des tissus mous

  • une effusion articulaire (visible uniquement sur l’articulation du genou

  • une minéralisation intra et péri-articulaire (en particulier chez les chats)

  • une subluxation (séparation partielle des surfaces articulaires)

  • une sclérose sous-chondrale (visible comme une augmentation de la radio-opacité de l’os sous­ chondral adjacent à la surface articulaire)

Si la douleur articulaire est forte et que le diagnostic reste incertain,on conseille de prélever un échantillon de liquide synovial pour effectuer une analyse cytologique afin d’explorer l’hypothèse d’une affection inflammatoire articulaire.

Quel traitement ?

Le traitement médical de l’arthrose est palliatif et non curatif. Il n’est pas possible qu’un chien ou un chat atteint d’arthrose soit capable d’atteindre des performances athlétiques élevées; le but du traitement sera d’atteindre un niveau raisonnable d’activité.

Le traitement comporte quatre aspects :

*Ajustement de l’activité

Durant les quatre premières semaines, on restreindra de façon stricte l’activité d’un animal qui semble raide ou qui boite. Il convient d’éviter toute activité violente telle que des sauts ou des accélérations/ ralentissements rapides. Une fois les symptômes contrôlés, il est possible de reprendre une activité non violente de façon progressive. Le niveau d’activité pourra être augmenté jusqu’à un niveau satisfaisant n’induisant pas de boiterie. Si à n’importe quelle étape l’animal se remet à boiter, il faut lui imposer à nouveau une petite période de repos (jusqu’à quatre semaines 1 si nécessaire) avant de reprendre l’exercice. L’activité/ exercice doit être régulier et contrôlé chaque jour car une intensité irrégulière ou des activités de nature trop différente peuvent prédisposer à des douleurs articulaires. Il n’est pas nécessaire de limiter le niveau d’activité tant que ce dernier ne provoque pas le retour de la boiterie/raideur.

*Traitement de la douleur et de l’inflammation

On recommande de prescrire initialement des AINS durant 7 jours. Si la réponse au traitement est satisfaisante, on conseille de poursuivre les AINS durant 2 à 4 semaines afin de prévenir un retour précoce de la boiterie/raideur. Lorsque les symptômes sont contrôlés depuis quatre semaines, on recommande d’essayer d’arrêter le traitement afin de déterminer s’il est nécessaire de poursuivre un traitement médical à long terme ou non.

Si les symptômes ne régressent pas au bout de quatre semaines de traitement, il faut changer de molécule AINS. Cependant, le changement rapide d’une molécule AINS à une autre peut provoquer des problèmes gastro­ intestinaux sévères chez certains animaux. On conseille donc, pour éviter ce phénomène, d’arrêter la molécule précédente durant 5-7 jours avant d’introduire la nouvelle. Durant cette période, il est possible de soulager la douleur avec du paracétamol (Doliprane® 10 mg/kg toutes les 12 h, mais pas pour les chats),de la codéine (0,5-2 mg/kg toutes les 12 h) ou du tramadol (2-4 mg/kg toutes les 12 h).

Pour beaucoup de chats et de chiens, l’inconfort associé à l’arthrose devient tellement chronique qu’ils deviennent dépendants des AINS. On prescrira donc à ces animaux le médicament le plus efficace pour soulager les symptômes à long terme. Il ne faut cependant pas oublier les effets secondaires d’une utilisation à long terme des AINS et effectuer des bilans réguliers (cliniques et des analyses) afin de s’assurer que la santé de l’animal ne se détériore pas.

Les nutraceutiques tels que la glucosamine et les acides gras essentiels ont prouvé leur efficacité clinique dans la gestion de l’arthrose, à la fois chez les humains et chez les chiens. Il est possible de les administrer sous la forme de suppléments alimentaires ou intégrés à des aliments spécialement formulés pour les animaux souffrant d’arthrose. Pour les cas modérés, ces produits à eux seuls peuvent suffire pour contrôler la douleur. Ils peuvent être utilisés comme adjuvants pour les cas plus sévères ou afin de réduire la posologie des AINS. Ils peuvent aussi ralentir la progression clinique de la maladie. S’ils sont efficaces, on conseille de les administrer à long terme.

Les autres produits disponibles qu’il est possible d’associer au traitement de l’arthrose pour leurs effets chondroprotecteurs supposés sont le polysulfate de pentosane, le sulfate de chondroïtine et l’acide hyaluronique. Bien que certains cliniciens pensent que ces produits ont un effet positif, il n’existe pour le moment aucune preuve scientifique montrant leur efficacité lors d’arthrose chez les chats et les chiens. De la même façon, bien que l’acupuncture ait été décrite comme traitement pour l’arthrose, il n’y a eu aucune publication démontrant son efficacité. La physiothérapie et l’hydrothérapie semblent bénéfiques dans certains cas.

*Contrôle du poids

L’obésité est un élément majeur contribuant à la progression et aux symptômes de l’arthrose. L’obésité doit être limitée et les patients doivent rester minces en suivant une alimentation moins riche en calories.

*Réponses chirurgicales

En dehors de l’usure liée à l’âge, au surpoids ou à un exercice trop intensif, l’arthrose peut avoir comme origine une dysplasie de la hanche, du coude, ou toute autre dysplasie articulaire, mais également des arthrites (infectieuses, immunitaires, etc.), des fractures articulaires, ruptures ligamentaires et tout traumatisme articulaire. L’arthrose est par définition une maladie qui progresse, mais son évolution est très aléatoire. Le traitement chirurgical de ces affections, même s’il ne soigne pas définitivement l’arthrose, peut donc stopper l’évolution arthrosique. Dans certains cas, le remplacement de l’articulation abîmée (prothèse de hanche, excision-arthroplastie tête et col du fémur par exemple) supprimera de fait les lésions arthrosiques.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer l’absence d’amélioration des symptômes malgré le suivi des recommandations énoncées précédemment :

  • il y a une affection sous-jacente non diagnostiquée telle qu’une affection du LCC, une luxation patellaire, une fragmentation du processus coronoïde, une dysplasie de la hanche ou une atteinte d’un disque lombosacré

  • il y a un autre problème orthopédique non détecté en plus de l’arthrose, comme par exemple une atteinte du genou chez un chien souffrant d’arthrose au niveau des hanches.

  • il peut y avoir une arthrite septique (il convient alors de prélever un échantillon de liquide synovial pour explorer cette hypothèse)

  • l’arthrose est trop sévère pour pouvoir être traitée avec un traitement médical.

Lorsqu’il n’y a qu’une seule articulation à l’origine de la douleur et qu’elle est réfractaire aux médicaments par voie systémique, il est possible d’effectuer une injection intra-articulaire de méthylprednisolone. Avant d’effectuer cette injection, il convient d’analyser un échantillon de liquide synovial et d’exclure la possibilité d’une infection articulaire. Il est impératif d’effectuer l’injection dans des conditions stériles afin d’éviter l’introduction d’un agent pathogène car la présence de corticoïdes dans l’articulation compromet les mécanismes immunitaires locaux.

Pour certains des problèmes mentionnés précédemment, il existe un traitement chirurgical pouvant résoudre la douleur chronique provoquée par l’arthrose. Par exemple la prothèse de hanche totale, l’arthroplastie par excision, la prothèse de genou totale, la prothèse de coude totale ou l’arthrodèse du tarse ou du carpe.

Cependant, si après une semaine sous un traitement d’essai à base d’AINS il n’y a pas d’amélioration, il faut envisager d’autres hypothèses diagnostiques. Lorsque le client n’a pas un gros budget, le paracétamol reste une bonne option, comparé à d’autres AINS de nouvelle génération qui sont plus chers, pour contrôler la douleur d’un chien souffrant d’arthrose chronique. Il convient de faire attention à ne pas en administrer aux chats, et de respecter les doses prescrites pour éviter toute intoxication.

Le cas de Elvis

décembre 6th, 2014 | Redigé par admin in Cas cliniques - (0 Comments)

Elvis, le cane corso de Virginie, a aujourd’hui 8 ans et court comme un lapin. Mais ce n’était pas gagné d’avance. Très jeune, Elvis a manifesté de graves symptômes d’une dysplasie de la hanche qui l’handicapait beaucoup. Elvis boitait en permanence, présentait une fonte musculaire et une douleur aiguë à l’extension de ses hanches. « Il avait les pattes arrière complètement tordues et avait du mal à marcher », se souvient Virginie. Elle l’a donc confié au docteur Benaïm, qui témoigne : « La dysplasie est une affection fréquente touchant principalement les chiens de grande race, qui est due à un développement anormal de la hanche lors de la croissance du chiot. L’hérédité est un facteur majeur de la dysplasie. Il peut arriver néanmoins que les parents soient indemnes mais qu’ils possèdent tout de même des gènes de la maladie. »

Elvis aujourd'hui

Elvis aujourd’hui

Quels sont les signes d’une dysplasie ?

La dysplasie de la hanche engendre une laxité de l’articulation de la hanche. De ce fait, la tête fémorale et le cotyle (cavité articulaire) se déforment en s’aplatissant. De l’arthrose apparaît sur l’articulation et est cause de douleurs. Parfois, l’articulation peut être si modifiée que suite à un traumatisme mineur, elle peut se luxer. L’animal se met alors subitement à boiter. La réduction de la luxation (remise en place) est généralement inefficace car la hanche est trop modifiée.

Généralement les signes cliniques de dysplasie coxo-fémorale peuvent être décelés vers l’âge de 3 mois (il existe alors des traitements chirurgicaux précoces très efficaces) mais le diagnostic est plus souvent réalisé vers 8 à 12 mois, comme ce fut le cas pour Elvis.

Certains chiens ne montrent les premiers signes de dysplasie que vers 2 ans, voire quand ils sont âgés. Les signes cliniques d’un problème peuvent d’abord apparaître comme une intolérance à l’exercice. Les sauts de lapin, la difficulté à se lever après un repos, une boiterie sur un postérieur, et l’atrophie des muscles des postérieurs sont des signes caractéristiques.

La luxation de la hanche est une autre indication de chirurgie. Si des signes d’arthrose sont présents lors de luxation de la hanche, ou en cas de luxation ancienne, la hanche ne peut être remise en place dans le cotyle. Une prothèse totale de hanche ou une résection arthroplastie  de la tête et du col fémoraux sont alors indiqués. Les fractures graves de l’acétabulum ou de la tête ou du col fémoraux ne peuvent parfois pas être réparées.

Une forme de dégénérescence de l’articulation coxo-fémorale, appelée maladie de Legg-Perthes-Calve existe chez les petits chiens en raison d’une altération de la vascularisation de la tête fémorale. Cette maladie provoque l’effondrement de la tête du fémur et il en résulte de la douleur.

But de l’opération

L’animal est  anesthésié. Le membre et la hanche à opérer sont entièrement tondus. Une incision est réalisée sur la région de la hanche. L’articulation coxo-fémorale est exposée et la tête et le col fémoraux sont ôtés. Les plans musculaires, graisseux et cutané sont refermés. Si nécessaire, la tête fémorale est envoyée pour analyse histologique.

Après la chirurgie, des tissus fibreux se forment dans la région de l’articulation coxo-fémorale, empêchant ainsi le contact os contre os. La masse musculaire maintient la hanche en place. La patte opérée sera légèrement plus courte qu’en pré-opératoire, mais cela ne cause aucun problème fonctionnel.

Convalescence

Virginie pensait que son chien ne marcherait jamais correctement, et qu’il courrait encore moins. « Mais l’opération a extrêmement bien fonctionné et un an après, tout était oublié, Elvis courait très bien. David s’en est très bien occupé ». Le docteur Benaïm l’atteste : « La plupart des animaux vont bien après cette intervention. Ils commencent à poser la patte et à s’y appuyer dans les deux semaines suivant la chirurgie. L’appui se montre progressivement plus franc et la récupération est complète en 2 à 3 mois. A noter que pour les animaux de plus grande taille, une faiblesse peut être observée sur le membre opéré. Ceci est dû à la musculature supportant la hanche, un exercice trop important pouvant mener l’animal à boiter. Des anti-inflammatoires peuvent soulager l’animal en cas de besoin. Elvis, quant à lui, a récupéré en 2 mois une locomotion quasi normale. »

Quels soins post-opératoires?

Des soins sont évidemment prodigués à l’animal opéré, le contrôle de la douleur post-opératoire est gérée au besoin avec de la morphine. Une fois de retour à la maison, des médicaments seront prescrits pendant quelques jours.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’activité n’est pas limitée après la chirurgie. En fait, l’exercice permet de limiter la formation d’adhérences et donc de maintenir la mobilité de l’articulation de la hanche. La rééducation doit être réalisée jusqu’à ce que l’animal utilise normalement sa patte. Ceci consiste en des mouvements de flexion et d’extension de l’articulation de la hanche. La nage, lorsqu’elle est possible, est une autre forme de physiothérapie. Il est aussi recommandé que des séances de rééducation soit réalisées avec le vétérinaire du service de rééducation fonctionnelle.