Revue de presse – Avril 2016

20, mai, 2016 | Rédigé par admin

BREVES

FRANCE

SAVE THE DATE ! « Dog Revolution », un séminaire sur les comportements gênants canins début octobre à Nanterre

Sous l’égide des vétérinaires comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, l’unversité Nanterre Paris Ouest accueillera les 1er et 2 octobre un séminaire consacré à la gestion des comportements gênants chez le chien. De la prévention à la socialisation du chien à la place du chien dans notre société via les aspects législatifs, les connaissances en matière cognitive et de bien-être, de nombreux intervenants (scientifiques, chercheurs, éducateurs canins) exploreront la relation homme-chien, les souffrance que chacun peut vivre au sein de cette relation et les solutions pratiques pour y remédier.

Ce séminaire aura pour originalité de proposer une étude de cas pratiques avec présentation de propriétaires accompagnés de leur animal pendant la deuxième journée. Un appel à candidatures sera bientôt lancé !

FRANCE
Votre chien sait exactement ce que vous pensez et ressentez !

D’après une étude menée par Charlotte Duranton, éthologue de l’université de Marseille, les chiens peuvent dire ce que leurs propriétaires pensent des inconnus en observant leurs réactions.

Nos amis canins sauraient donc pratiquer ce que l’on nomme le référencement social : ils basent leur comportement envers les inconnus selon le comportement de leur propriétaire. Cette information leur permet de savoir s’ils doivent être amicaux ou hostiles envers la personne concernée.

Dans l’étude, publiée dans la revue Animal Behaviour, l’attitude des chiens variait selon que leur maître approchait, restait ou déplacé loin des personnes inconnues.

« Les chiens lançaient des regards référentiels vers leur propriétaire, et observaient également les alternances de regards entre l’expérimentateur, la personne inconnue, et leur propriétaire, » rapporte l’étude.

Lorsque les propriétaires s’éloignaient de la personne inconnue, les chiens l’observaient très rapidement et mettaient nettement plus de temps à entamer un contact avec elle que lorsque leur propriétaire s’en était approché.

Les chiens interagissaient également plus avec leurs propriétaires lorsqu’ils s’éloignaient.

Le phénomène de référencement social est également observé chez les jeunes enfants qui se tournent vers leurs parents pour observer leur réaction face à des inconnus, avant de formuler une réponse.

Pour les chercheurs, ces éléments pourraient permettre de mieux gérer les réactions des chiens face à des personnes inconnues dans des lieux publics.

Le sexe des chiens étudiés a également eu un effet sur leurs comportements – les mâles cherchaient moins d’informations auprès de leurs propriétaires que les femelles.

La race fut également un facteur impactant les réactions des chiens, les molosses type mastiff ou bouledogues étant plus indépendants que les chiens de berger, par exemple.

(source : Daily Mail, 20 mars 2016)

ETATS-UNIS

Et si votre chien était raciste ?

Oh stupeur ! Et si votre chien était raciste ? Bien sûr, ça ne vient pas de lui… mais les scientifiques se demandent si le comportement d’un propriétaire en la matière ne pourrait pas avoir une influence sur celui de son chien.

Sur le site Psychology Today, Stanley Coren célèbre professeur de psychologie, chercheur en neuropsychologie et auteur de nombreux livres sur l’intelligence et les capacités mentales des chiens, raconte cette anecdote : « Une dame est venue discuter avec moi, me confiant que le chien de sa fille était peut-être raciste. Elle était allée lui rendre visite à Boston. Le chien était un croisé entre un berger allemand et un border collie. C’est un gentil chien, avec la grande majorité des gens, pourtant d’après elle, lors d’une promenade, il semblait agir de façon raciste. A chaque fois qu’une personne noire s’approchait d’elles, le chien semblait inquiet, se rapprochant de sa maîtresse, et grognant lorsque la personne ‘suspecte’ passait à côté d’elles. »

Pour le chercheur, c’est évident : il n’est pas du tout plaisant de se dire que le meilleur ami de l’homme puisse manifester ce genre d’attitudes négatives et stéréotypées. Mais en l’occurrence, des propriétaires, souvent des femmes, se sont également plaints du fait que leur chien semblait sexiste : le chien semblait ne pas aimer les hommes ou en avait peur.

Il y a aussi les chiens qui n’aiment pas les personnes âgées, et puis ceux qui ont un problème avec les uniformes comme ceux des militaires ou de la police…

Nous savons que les préjugés humains tels que le racisme, le sexisme, le « jeunisme » et autres sont des comportements acquis, résultats très souvent d’une éducation, d’expériences traumatiques avec certaines catégories de personnes, ou encore d’une exposition à un environnement où ce genre d’attitudes est commun. Stanley Coren a donc voulu en savoir un peu plus sur le passé de la jeune femme en question : avait-elle vécu une expérience négative avec une personne noire dans un passé proche ? Il se trouvait qu’elle avait été agressée par un jeune homme en sweat, qui avait voulu lui voler son sac. Il n’avait pas réussi son coup, mais il avait tiré tellement fort qu’il avait projeté la jeune femme à terre et lui avait cassé le poignet. Pour sa mère, sa fille s’en est remise et n’a pas développé de préjugés particuliers envers les personnes noires. Pour elle, c’était simplement quelqu’un d’agressif qui se trouvait être afro-américaine, sans plus.

Le problème, c’est que même les comportements les plus discrets, les plus subtils à détecter, peuvent malgré tout influencer le comportement d’un chien et son attitude envers d’autres gens, suffisamment pour que l’animal finisse par développer du racisme ou du sexisme. La récente étude de Charlotte Duranton (voir plus haut) démontre que les chiens sont extrêmement attentifs aux comportements de leur propriétaire avant de fournir une réponse comportementale face à un étranger. C’est ce qu’on nomme le référencement social : un individu lit le comportement de ses congénères, ou des autres êtres qu’il connaît, de façon à déterminer la valeur de sa propre réponse face à une situation, une personne, un objet. Une toute petite nuance dans le comportement de l’humain peut faire la différence pour le chien. En l’occurrence, lorsqu’un propriétaire s’éloigne d’une personne inconnue, le chien se sent en insécurité. Il regardera plus intensément l’inconnu, et observera les jeux de regards entre les deux humains. Même comportement si le propriétaire reste figé sur place : pour un chien, rester sans bouger n’est pas naturel, aussi voir son propriétaire agir ainsi peut être négatif ou étrange pour lui. Cette attitude de se figer étant par ailleurs adoptée par de nombreux animaux sauvages à l’approche d’une menace.

Comment s’étonner que tout ce jeu subtil de comportements finisse par construire des comportements biaisés envers certaines catégories de personnes ? La jeune femme évoquée plus haut n’est sans doute pas devenue raciste, mais il est naturel pour elle, compte tenu de sa mauvaise expérience, d’hésiter, de s’arrêter et peut-être même de reculer à l’approche d’un homme noir en sweat-shirt, tandis qu’elle se promène dans la rue avec son chien. Si le chien sait lire ces indices émotionnels, même discrets, et qu’ils se manifestent suffisamment souvent, il est plus que naturel pour l’animal de développer une méfiance ou un désamour certain pour ces personnes. Alors non, le chien n’est pas raciste, mais reflète l’insécurité de son propriétaire.

D’une façon similaire, une femme qui n’est pas très confiante avec les hommes pourra hésiter ou reculer spontanément lors de rencontres fortuites, construisant ainsi une méfiance envers les hommes chez son chien. Toute crainte sociale peut être ainsi inculquée au chien, ça peut aller de la peur ou de la méfiance envers les policiers à la terreur des clowns !

Pour clore son analyse, Stanley Coren a demandé à la mère de la jeune femme si le chien exprimait les mêmes comportements envers les femmes noires. La réponse était non, confirmant l’hypothèse de départ d’un sentiment d’insécurité à l’approche de jeunes hommes noirs. Son chien n’est donc pas un raciste, mais simplement un bon lecteur des émotions de sa maîtresse.

Plus d’informations

Stanley Coren est l’auteur de nombreux livres comme Comment parler chien ? ou Ce que savent les chiens : l’intelligence canine

L’étude évoquée a pour auteurs Charlotte Duranton, Thierry Bedossa et Florence Gaunet (2016). When facing an unfamiliar person, pet dogs present social referencing based on their owners’ direction of movement alone. Animal Behaviour, 113, 147-156

ETATS-UNIS

La grippe canine touche également les chats

Et si parler de grippe ‘canine » était un abus de langage? Peut-être, à la lumière d’une récente découverte.

Le Programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire de l’Université du Wisconsin a confirmé que le virus qui a touché un grand nombre de chiens dans le Midwest l’an dernier a infecté également un groupe de chats dans la région.

L’équipe de chercheurs a récemment testé plusieurs chats d’un refuge pour animaux au nord-ouest de l’Indiana et les a trouvés positifs au virus H3N2 de la grippe canine.

« Les soupçons d’une épidémie chez les chats ont d’abord été soulevées quand un groupe a montré des signes inhabituels de maladie respiratoire », a déclaré Sandra Newbury, DVM, MS, professeur adjoint de clinique et directeur du programme de médecine en collectivités de l’école vétérinaire.

« Bien que ce premier rapport ait confirmé que plusieurs chats ont été testés positifs à la grippe canine aux Etats-Unis, ce qui montre que le virus peut affecter les félins, nous espérons que les infections et les maladies continueront d’être assez rares.« 

Des cas similaires ont été signalés précédemment en Corée du Sud ont suggéré que le virus, qui n’avait pas été détecté aux États-Unis jusqu’en 2015, était capable de passer des chiens aux chats. Cependant, un seul chat a été testé positif à H3N2 aux Etats-Unis l’an dernier. Aucun échantillonnage supplémentaire n’avait été fait, parce que l’échantillon initial n’a été détecté comme positif que bien après la convalescence du chat et la disparition de ses symptômes.

Il semble maintenant que le virus puisse se répliquer et se propager de chat à chat.

« L’échantillonnage séquentiel de ces chats s’est révélé positif et a montré une augmentation de la charge virale dans le temps », a déclaré Kathy Toohey-Kurth, PhD, section de virologie au Laboratoire de diagnostic vétérinaire du Wisconsin, se référant à la quantité de virus trouvé dans un échantillon donné.

Les travaux préliminaires pour étudier la signature génétique du virus montre qu’il est identique au virus H3N2 qui infecte les chiens. Les chercheurs de WVDL finalisent actuellement une analyse génétique complète et l’étude du virus.

Newbury et l’équipe de médecine de l’école vétérinaire travaillent en étroite collaboration avec un refuge pour animaux pour gérer l’épidémie de grippe, un certain nombre de chiens ayant également été testés positifs pour le virus.

« A cette époque, tous les chats infectés ont été mis en quarantaine, et aucun des chats ou des chiens infectés n’a quitté ce refuge » , dit Newbury. « Nous allons continuer à surveiller attentivement les cas de la maladie. »

Les chats qui ont contracté le virus au refuge ont affiché des symptômes des voies respiratoires importants, tels que écoulement nasal, congestion et malaise général, ainsi que des claquements de lèvres et une salivation excessive. Les symptômes ont disparu rapidement et à ce jour, le virus n’a pas été fatal aux chats.

Les chiens infectés peuvent développer une toux persistante, un écoulement nasal et de la fièvre. Certains chiens ne présentent aucun symptôme, tandis que d’autres présentent des signes plus graves de la maladie. Le virus a été lié à certains décès chez les chiens, mais la plupart des chiens récupérent avec des soins de soutien.

Les chiens et les chats infectés par le virus de la grippe canine doivent être logés séparément des autres animaux et des mesures d’hygiène doivent êtr eprises pour éviter la propagation du virus via les mains et les vêtements.

Un vaccin H3N2 est maintenant disponible pour les chiens, mais il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé ou recommandé pour les chats. Un vétérinaire peut recommander ou non de demander un vaccin contre la grippe canine H3N2 pour les chiens.

(NewStat, 7 avril)

ETATS-UNIS

Les troubles urinaires liés à l’eau de boisson des animaux ?

Si vous vivez dans un secteur où votre eau a une teneur élevée en minéraux, aussi appelé « eau dure, » il se pourrait que vous constatiez une hausse des problèmes urinaires.

Le 7 Avril, Trupanion, une compagnie d’assurance pour animaux de compagnie, a publié des données qui établissent un lien entre les conditions de santé urinaires chez les animaux et la cartographie des villes ayant une note d’eau dure élevée, telles qu’identifiées par l’Environmental Protection Agency (EPA).


Dans les zones à « eau extrêmement dure, » les chats mâles avaient une incidence beaucoup plus élevée de problèmes de santé, surtout de calculs urinaires. Ils étaient aussi trois fois plus susceptibles d’avoir des complications urinaires par rapport aux chats mâles vivant dans des zones à eau « un peu dure », « dure » ou « très dure » de l’eau. En ce qui concerne les chiens, les propriétaires de chiennes sont 2,5 fois plus susceptibles de présenter leur animal à un vétérinaire pour des problèmes urinaires que les propriétaires de chiens mâles.

Ainsi la Floride, l’Illinois, certaines parties du Texas et du Michigan sont les Etats où les animaux domestiques rencontrent le plus de problèmes urinaires.


(Source : NewStat, 12 avril)

ETUDE

Caractéristiques comportementales de chiens suite à des situations de hoarding

F. McMillan, R. Vanderstichel, H. Stryhn, J. Yu, J. Serpell, Behavioural characteristics of dogs removed from hoarding situations, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 69–79

Le « Hoarding » désigne une manie d’accumulation compulsive. On qualifie une situation de « hoarding » lorsqu’une personne accumule trop d’animaux dans un espace restreint, ce qui ne permet pas de satisfaire correctement les besoins des animaux notamment en terme de liberté et de besoin de repos. Les environnements typiques de ces situations sont généralement extrêmement insalubres et malsains, les animaux souffrant de malnutrition, maladies, pouvant entraîner la mort. Plusieurs rapports réalisés sur des chiens sortis de situations de hoarding relèvent de nombreux comportements « anormaux » chez ces animaux. Le but de la présente étude était d’établir les différences comportementales entre ces chiens et les chiens domestiques ordinaires.

Les chiens qui ont participé à l’étude ont été sélectionnés auprès de diverses associations américaines qui s’occupent de retrouver un foyer aux chiens sortis de cas de hoarding. Les évaluations comportementales ont été réalisées grâce au questionnaire C-BARQ (Canine Behavioural Assessment ad Research Questionnaire), qui a recours à des échelles pour quantifier l’intensité ou la fréquence de certains comportements.

Près de 408 chiens ont participé à l’étude. Parmi eux, le ratio mâle-femelle était de 0.82:1, et tous avaient déjà passé une moyenne de 2,2 ans dans leur nouveau foyer adoptif au moment de la réalisation du questionnaire. 28 éléments comportementaux ont été comparés entre ces chiens et des chiens ordinaires représentant un échantillon fiable de chiens domestiques (de même race, âge etc) comme groupe de contrôle. Par rapport à ces chiens, ceux qui avaient vécu une situation de hoarding montraient notamment :

  • beaucoup plus de signes d’anxiété (envers les étrangers, leurs congénères, voire un manque total de sociabilité)

  • une plus grande sensibilité au toucher

  • une forte demande d’attention et d’attachement

  • de l’anxiété de séparation

  • des problèmes d’incontinence lorsqu’ils se retrouvaient seuls à la maison

Des points positifs néanmoins : les chiens victimes de hoarding étaient nettement moins agressifs envers les étrangers (s’ils avaient été « relogés » dans une famille sans aucun autre chien) ainsi qu’envers leurs congénères (si les chiens en question avaient moins de 2 ans). Ils sont moins faciles à éduquer, chassent moins les petits animaux, sont moins facilement excités (seulement pendant les 2,5 premières années dans leur nouveau foyer), moins énergiques, recherchent moins la compétition avec leurs congénères et aboient également moins (s’ils sont là encore « relogés » sans autre compagnon canin dans le foyer). Ces éléments sont précieux afin de mieux comprendre les caractéristiques des troubles comportementaux de ces chiens et ainsi offrir des approches thérapeutiques adaptées en vue de leur réhabilitation.

ETUDE

Le chien idéal, vu par les Italiens

S. Diverio, B. Boccini, L. Menchetti, P. C. Bennett, The Italian perception of the ideal companion dog, Journal of Veterinary Behavior 12 (2016) 27-35

Le sentiment des Italiens envers les animaux est globalement positif et teinté de respect. Les chiens sont très souvent perçus comme des membres à part entière de la famille et on considère qu’ils font beaucoup de bien à l’humain sur le plan psychologique et psychique. Pour autant, la relation entre l’humain et le chien peut parfois se rompre, comme en témoignent les nombreux animaux abandonnés. Cette rupture de lien entre un propriétaire et son chien peut survenir en raison d’un manque de correspondance entre l’idée que le propriétaire peut se faire du chien idéal et la réalité des faits. Le but de cette étude était d’identifier les caractéristiques démographiques, morphologiques et comportementales qui correspondent selon les Italiens au chien idéal, par l’intermédiaire d’un questionnaire déjà proposé au public australien. Les données récoltées émanaient de 770 volontaires (dont 74,3% étaient des femmes) entre 18 et 64 ans. Les caractéristiques physiques n’avaient pas grande importance pour définir le chien idéal, mais le pourcentage d’Italiens préférant un chien stérilisé était nettement plus faible que celui des Australiens (35% contre 64%). De surcroit, les hommes italiens préfèrent les chiens mâles non castrés à 68%. Les Italiennes sont plus disposées à passer du temps avec leur chien que les Italiens. La plupart des personnes interrogées ont affirmé que le coût généré par l’entretien du chien n’avait aucune importance, mais la majorité des propriétaires ont déclaré dépensé moins de 21 euros par semaine pour leur chien (70% d’entre eux).

En cohérence avec l’opinion des Australiens, le chien idéal doit être pour les Italiens gentil avec les enfants, éduqué, en bonne santé, gentil avec les humains et ses congénères, pouvant vivre longtemps et surtout obéissant.

Sur le plan comportemental, les auteurs ont retenu 5 critères majeurs : calme, sociabilité, bonne santé, facile à éduquer et s’adaptant à toutes les situations, énergique et facile à gérer. Il semblerait que les hommes préfèrent les chiens énergiques, et les propriétaires ayant des enfants privilégient un chien sociable et en bonne santé. Les séniors et les propriétaires vivant seuls attachent beaucoup d’importance à l’éducation. Il faut globalement que le chien soit facile à gérer pour son propriétaire.

En conclusion, le genre, les expériences passés, les préjugés sur la stérilisation et le sentiment global envers les animaux peuvent avoir une influence sur les attentes des propriétaires envers leur chien idéal. Les écarts entre cet idéal et la réalité auraient besoin d’investigations plus poussées.

Néanmoins, cet écart peut être réduit par davantage d’informations auprès des propriétaires sur la physiologie et l’éthologie du chien, et sur les effets positifs de l’éducation sur son comportement.

ETUDE

Caractéristiques génétiques et comportementales du chien de l’île de St Kitts

E. Grigg, B. Nibblett, B. N. Sacks, R. Hack, J. Serpell, L. Hart, Genetic and behavioral characteristics of the St. Kitts ‘island dog’, Applied Animal Behaviour Science 178 (2016) 88–95

Les études récentes sur les races anciennes de chiens, tout en nous donnant des informations sur les origines du chien domestique et sur le processus de domestication, peuvent également nous permettre de mieux comprendre le comportement des chiens d’aujourd’hui. Des traces génétiques des origines des chiens américains seraient potentiellement présentes chez les chiens libres de St. Kitts, une île des Caraïbes, qui vivent parmi les zones résidentielles humaines.

La palette comportementale est un entrelacs complexe de prédispositions génétiques et d’expériences individuelles, et toute tendance comportementale distinctive présente chez ces chiens peut représenter des adaptations (au sens évolutionniste du terme) au contexte culturel humain dans lequel ils évoluent.

Les auteurs ont cherché à savoir si ces chiens représentaient un modèle de chiens d’origine indigène vivant en étroite relation avec les humains, ce qui permettrait de comprendre l’impact des facteurs (génétiques VS contextuels) qui contribuent au comportement des chiens d’aujourd’hui.

Pour savoir si ces chiens insulaires possèdent une signature génétique d’origine indigène, les chercheurs ont utilisé l’acide mitochondrial désoxyribonucléique et le chromosome Y pour évaluer les origines géographiques et ancestrales de ces chiens. Pour savoir si ces chiens avec des caractéristiques comportementales différentes de celles des chiens croisés d’Amérique du Nord et donc issus d’une population plus large, les chercheurs ont comparé les scores des deux populations au questionnaire C-BARQ.

Aucun haplotype génétique, parmi ceux généralement associés à des origines indigènes chez les chiens d’Amérique, n’a été trouvé dans les échantillons issus des chiens insulaires, et les analyses génétiques indiquaient plutôt une origine européenne (donc post-coloniale). Ces chiens sont, de façon significative, plus peureux que les autres : ils montrent des signaux de peur ou d’inquiétude face à des bruits violents et/ou soudains, au trafic, à des situations ou objets qui ne leur sont pas familiers. La néophobie et la peur des bruits ont peut-être été sélectionnées chez ces chiens, compte tenu de la réalité de leur existence dans la rue, avec peu de soins et de surveillance de la part des humains.

D’un autre côté, ces chiens ont été sensibilisés à un certain nombre de stimuli, et à réagir en conséquence pour une question de survie, contrairement aux chiens domestiques nord-américains où les propriétaires humains interviennent en très grande majorité pour limiter les risques et fournir des soins médicaux.

En conclusion, ces chiens insulaires sont susceptibles de répondre à des pressions de sélection et des influences dans leur développement similaires à celles des chiens domestiques : les facteurs associés à la vie en relation avec les humains (notamment les pressions de sélection associées à la domestication).

CAS CLINIQUE

Les complications et l’efficacité de la dérivation ventriculo-péritonéale : illustration par un cas clinique

L’hydrocéphalie peut être acquise ou congénitale. Les cas acquis sont principalement dus aux encéphalites et/ou aux tumeurs alors que les cas congénitaux résultent principalement de malformations cérébrales (kystes, sténoses, agénésies) génétiques ou d’une exposition à des germes et/ou toxiques pendant la vie in utero. (in l’Essentiel n°404)

Les traitements médicaux donnent le plus souvent des résultats insuffisants. Seule la dérivation ventriculo-péritonéale est susceptible d’apporter un résultat notoire compatible avec une vie normale. Cependant elle nécessite une mise en garde particulière des propriétaires concernant les complications éventuelles et les résultats. Nous décrivons ici la réalisation d’une correction chirurgicale de cette anomalie.

Commémoratifs et anamnèse

Un Chihuahua mâle entier de 5 mois est présenté en consultation, pour retard de croissance et d’apprentissage.

Examen clinique

L’examen clinique révèle une déformation marquée de la tête, le crâne forme un dôme et la fontanelle encore ouverte laisse apparaître la masse cérébrale. Sur le plan neurologique l’animal présente un syndrome vestibulaire central avec une parésie des membres pelviens.

Examens complémentaires

Une échographie de l’encéphale par les fontanelles est réalisée afin de vérifier la taille des ventricules. Celle-ci met en évidence une dilatation des ventricules latéraux ainsi qu’une structure kystique anormale en région postérieure.

Une IRM de l’encéphale vient compléter l’exploration de l’anomalie cérébrale : elle confirme la dilatation des ventricules latéraux et du troisième ventricule. Le parenchyme cérébral est nettement réduit (3 mm d’épaisseur en région pariétale) avec des sillons cérébraux d’aspect normal. A l’étage sous-tentoriel, on observe la présence d’une structure kystique (image 4). Le quatrième ventricule ainsi que l’aqueduc mésencéphalique sont de taille normale. Absence d’anomalie de Chiari.

Diagnostic

Le diagnostic est le suivant :

hydrocéphalie par défaut d’écoulement au niveau de l’aqueduc mésencéphalique ;

kyste quadrigéminé.

Traitement

Après l’échec du traitement médical (furosémide, corticoïde), la mise en place d’une dérivation ventriculo-péritonéale de Sophysa est envisagée. Celle-ci est composée d’un cathéter-réservoir néonatal McComb, d’une valve anti-retour basse pression et d’un cathéter péritonéal.

Technique chirurgicale

Après l’assemblage des différents éléments précités une incision de 2 cm au niveau caudo-latéral de l’os pariétal est réalisée. La dérivation est passée sous la peau et une deuxième incision cutanée est effectuée à sa sortie en regard de l’abdomen et juste en arrière de la dernière côte. Le crâne est fraisé afin de créer un trou de diamètre légèrement supérieur au drain ventriculaire, puis la duremère est incisée et coagulée. Afin que le drain ne bouge pas, on suture le réservoir aux tissus adjacents avec un fil Nylon 4-0. Le drain ventriculaire est ensuite introduit à travers le cortex cérébral jusqu’au ventricule à l’aide d’un guide métallique. Après avoir vérifié la présence d’un écoulement de LCR au niveau du drain abdominal, on peut introduire celui-ci dans l’abdomen. Suture plan par plan avec un fil Polyglécaprone. Une radiographie postopératoire est réalisée afin de vérifier la bonne position du système.

Suivi

Une amélioration considérable est observée les trois premiers jours postopératoire avec disparition du syndrome vestibulaire et de la parésie des postérieurs. Puis une dégradation brutale est survenue en fin de première semaine. Une radiographie du crâne ainsi qu’une échographie des ventricules ont mis en évidence un déplacement du drain ventriculaire. Une reprise chirurgicale n’a pu être effectuée que 3 semaines plus tard avec forage d’un deuxième trou crânien afin de fixer le drain solidement au crâne. La dérivation était obstruée et le flush de celle-ci a permis d’extraire un imposant caillot sanguin. L’animal a retrouvé un état d’éveil quasi normal avec disparition du syndrome vestibulaire mais aucune amélioration de la parésie des postérieurs n’est notée à 1 mois après la deuxième chirurgie.

Discussion

Les complications

On constate environ 22-29 % de complications per et postopératoires. La plupart surviennent dans les trois premiers mois suivant la chirurgie et la majorité entraînent une rechute clinique brutale, parfois progressive, avec aggravation des signes cliniques originels lors de surinfection. La complication la plus fréquente (11-21 %) est l’obstruction du système. Elle peut se localiser à n’importe quel endroit. Dans l’abdomen par interposition du mésentère, dans le ventricule par prolifération de tissu glial ou interposition de cellules épendymaires et au niveau des valves par formation de caillot sanguin ou bouchon protéinique. Dans tous les cas il est souvent nécessaire de réintervenir chirurgicalement afin de déboucher le montage.

Cependant certains montages possédant un réservoir et une valve unidirectionnelle permettent l’évacuation vigile des obstructions. Un dosage des protéines dans le LCR peut être utile en préopératoire. Les animaux avec un haut taux protéinique (principalement les hydrocéphalies acquises, secondaires aux maladies inflammatoires ou tumeurs) seront plus enclins à cette complication. Il arrive parfois que le système se contamine par des germes et entraîne une méningo-encéphalite (8,5-14,2 %). La plupart du temps les infections surviennent secondairement aux obstructions et/ou aux migrations du système. Il n’est donc pas nécessaire de mettre en place une antibiothérapie postopératoire systématique. Une bonne asepsie chirurgicale ainsi qu’un suivi régulier de l’état clinique sont les points clés pour éviter ce problème. L’infection du système est très contraignante, elle peut être suspectée cliniquement et/ou à l’IRM mais le diagnostic doit être fait par prélèvement de liquide céphalorachidien avec analyse cytologique et mise en culture. Une antibiothérapie avec antibiogramme est indiquée en première intention pendant minimum 4 semaines, malheureusement les récidives sont fréquentes et un remplacement total de la dérivation est parfois nécessaire.

La migration et/ou la déconnexion du système n’est pas rare (2,8-7,1 %), elle est facilement visible à la radiographie et/ou à l’échographie. Dans la majorité des cas le déplacement concerne le drain ventriculaire, il est important de fixer cette partie de la dérivation au crâne de l’animal. Le déplacement abdominal est plus rare mais il peut être évité en fixant le drain à la dernière côte. Un repos strict est obligatoire les premières semaines afin de limiter les contraintes appliquées au système. Le retour à un état de conscience normale du patient ainsi que l’enthousiasme des propriétaires entraînent souvent un non-respect du repos pouvant provoquer la migration de la dérivation. D’autres complications comme le collapsus cérébral lors de vidange trop brutale ou l’apparition de crises épileptiformes sont décrites (1 %). Le collapsus peut être évité par la mise en place de valves haute pression ou de valves basse pression à ouverture progressive, parfois plus adaptées à la basse pression intracrânienne des patients atteints d’hydrocéphalie congénitale (< 1 cm H2O). L’apparition des crises reste encore d’origine inconnue mais le site d’implantation ventriculaire pourrait en être à l’origine. Les fractures ou écrasements d’implant et nécroses cutanées sont décrits mais restent néanmoins très rares.

L’efficacité de la chirurgie

La dérivation ventriculo-péritonéale est un traitement palliatif qui ne traite pas la cause de l’hydrocéphalie, c’est pourquoi elle n’apportera une amélioration clinique que si les symptômes neurologiques sont en majorité liés à l’hydrocéphalie elle-même et non à la cause primaire. La dérivation d’une hydrocéphalie associée à une malformation de type lissencéphalie aura un effet bénéfique très faible voire nul. Dans le cas d’une tumeur cérébrale une amélioration à long terme sera très peu probable, mais elle est envisageable à court terme. Dans ce cas clinique, un kyste quadrigéminé est observé. Les kystes de ce type peuvent entraîner des symptômes neurologiques par compression et nécessiter une fenestration ou dérivation. Toutefois ce sont des découvertes fortuites sans conséquence clinique dans 50 % des cas. Sur la base de ces informations associées aux images IRM et à l’amélioration clinique satisfaisante de l’animal lors de la première chirurgie, le traitement chirurgical du kyste n’a pas été envisagé.

L’hydrocéphalie elle-même entraîne des lésions cérébrales progressives par compression du parenchyme menant à sa destruction directe ou secondaire à l’hypovascularisation de celui-ci. Dans un premier temps les lésions sont réversibles et correspondent à un oedème, une démyélinisation, une dégénérescence axonale et une prolifération d’astrocytes au niveau de la substance blanche périventriculaire. Dans un deuxième temps le cortex est détruit avec formation de vacuoles par perte neuronale localisée. La chirurgie doit être entreprise dans les plus brefs délais, lorsque les symptômes sont peu marqués afin que les lésions neurologiques ne deviennent pas irréversibles.

La première chirurgie effectuée dans ce cas clinique est réalisée précocement ce qui peut expliquer

l’amélioration clinique spectaculaire du patient. Cependant le délai d’intervention plus long de la deuxième chirurgie et les symptômes neurologiques avancés du patient peuvent expliquer une récupération partielle même après une chirurgie réussie. Le caractère réversible des symptômes nerveux va dépendre de la capacité du cerveau à supporter une compression ainsi que de la quantité de matière grise atteinte. Lorsque le cortex est préservé, le shunt ventriculaire entraîne une réexpansion de la substance blanche avec une remyélinisation et une régénération axonale. Si le cortex est atteint, les dommages neuronaux persistent dans le temps, même après la chirurgie. Malheureusement, mis à part certaines lésions évidentes, le caractère irréversible ou non des dommages cérébraux est presque impossible à évaluer en préopératoire.

La dérivation ventriculo-péritonéale est donc une chirurgie complexe encore peu pratiquée en médecine vétérinaire par la peur de l’échec, en raison du coût pour le propriétaire et de l’incertitude d’amélioration clinique. Cependant on observe une amélioration neurologique partielle ou totale dans 75 % des cas à court terme et dans 64 % des cas à long terme Ces chiffres sont encourageants mais ne doivent pas faire oublier qu’elle reste source de complications nécessitant une réintervention.

Bibliographie

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5. M.Biel. Outcome of ventriculoperitoneal shunt implantation for treatment of congenital internal hydrocephalus in dogs and cats: 36 cases (2001-2009). J Am Vet Med Assoc. 2013 Apr 1;242(7):948-58.

6. S.M. Platt. Imaging diagnosis-ventriculoperitoneal shunt associated infection in a dog. 2012 Veterinary Radiology & Ultrasound, Vol. 53, No. 1, 2012, pp 80-83.

7. A De Stefani. Surgical technique, Post operative complications and outcomes in 14 dogs treated for hydrocephalus by ventriculoperitoneal shunting. Vet Surg 2011 feb;40(2).183-91.

SYNTHESE

Le chat constipé : traitement médical ou chirurgical ?

La constipation chronique est un motif de consultation relativement fréquent chez nos patients félins. L’inconfort et les conséquences physiologiques qu’elle entraîne en font un réel syndrome. A l’occasion du congrès Afvac 2015, les Drs Lecoindre, Priymenko et Maitre ont fait le point sur la prise en charge médicale, nutritionnelle et chirurgicale de cette affection. (in l’Essentiel n°404)

La constipation correspond au ralentissement du transit des matières fécales associé à leur déshydratation. On s’intéressera ici à la constipation chronique qui traduit ou entraîne une anomalie fonctionnelle du côlon.

Aspects cliniques

La constipation chronique touche surtout les chats adultes de 5-6 ans en moyenne, le plus souvent des mâles, sans prédisposition raciale connue. Le mégacôlon idiopathique et la sténose du canal pelvien (suite à une fracture du bassin par exemple) sont les deux principales causes de constipation chronique (respectivement 62 et 23 % des cas). Viennent ensuite les troubles métaboliques (hypokaliémie, hypercalcémie), les causes neurologiques innées ou acquises, les maladies infiltratives (MICI, tumeur), les troubles comportementaux et l’obésité. Le mégacôlon dilaté (ou atrophique) se caractérise par une dilatation anormale de l’organe. Irréversible, il peut être idiopathique ou secondaire à un mégacôlon obstructif.

Les propriétaires relatent des défécations espacées, du ténesme, de la dyschésie, des selles dures et sèches. L’émission de glaires, de sang ou de mucus, secondaire à l’irritation mécanique de la paroi du côlon, est parfois confondue avec de la diarrhée. La palpation abdominale suffit généralement à poser le diagnostic : le côlon est distendu, rempli et douloureux. La région anale est examinée avec attention pour rechercher une éventuelle cause à la difficulté de défécation : abcès, fistule, déformation, dermatose. L’examen clinique général peut mettre en évidence une déshydratation, un amaigrissement, un affaiblissement. D’éventuels autres signes de dysautonomie doivent être recherchés : mydriase, bradycardie, incontinence. La palpation rectale, sous sédation, peut mettre en évidence une sténose secondaire à un processus inflammatoire de l’anus et/ou du rectum ou une anomalie du détroit pelvien.

L’examen radiographique permet de confirmer la suspicion clinique et de rechercher une masse abdominale, une fracture ou déformation du bassin, une ostéofibrose. Le diamètre normal du côlon doit être inférieur à 1,5 fois la longueur de L7. Une échographie abdominale est utile lors de masse extraluminale, une endoscopie est utilisée lors de lésion pariétale (à la recherche d’un mastocytome colique notamment).

Prise en charge médicale

Le traitement médical ou chirurgical consiste avant tout à traiter la cause de l’obstruction lorsque celle-ci est identifiée. Soulager l’animal et pratiquer une réanimation liquidienne sont les premiers soins à prodiguer. Le lavement colorectal se pratique sous anesthésie générale et intubation trachéale (car la manipulation du côlon peut engendrer des vomissements) et en surveillant étroitement l’animal, le plus souvent choqué et déshydraté. La vidange du côlon est facilitée par l’introduction de 5-10 ml/kg d’eau tiédie. Les selles sont évacuées petit à petit, sans chercher à évacuer l’intégralité du côlon pour ne pas prolonger l’anesthésie. Le risque de translocations bactériennes n’est pas nul et un traitement antibiotique doit être initié. Lors de constipation occasionnelle, le traitement à court terme vise à stimuler la motricité par l’administration de laxatifs hyperosmotiques (lactulose 0,5 ml/kg), d’émollients (dioctyl sulfosuccinate de sodium (5-10 ml/chat) et de stimulants du transit (bisacodyl 5 mg/chat/jour). Les laxatifs lubrifiants (paraffine et vaseline) ont un effet modeste et empêchent l’absorption de certains nutriments. Ils sont donc à utiliser à court terme sur des constipations bénignes. Les agents prokinétiques, associés au lactulose, sont réservés aux constipations fonctionnelles sans obstruction : le cisapride n’étant plus disponible en France, du prucalopride peut être prescrit mais la posologie chez le chat n’est pas encore déterminée. La ranitidine et le misoprostol ont un effet prokinétique démontré in vitro.

Prise en charge nutritionnelle

Les grands principes de la prise en charge nutritionnelle des patients atteints de constipation chronique sont les suivants :

favoriser l’abreuvement, en augmentant l’eau de boisson ou la quantité d’eau disponible dans les aliments en proposant une alimentation ménagère ou industrielle humide ;

éviter la prise de poids et/ou faire maigrir si nécessaire, en diminuant de 10 à 20 % la prise calorique journalière ;

hydrater les selles en apportant des fibres solubles ;

stimuler le transit en apportant des fibres insolubles.

Les fibres insolubles (son de blé par exemple) stimulent la motricité intestinale en augmentant le volume du bol alimentaire donc des fèces. Les fibres solubles (psyllium, lactulose), fermentées par les bactéries du côlon, forment des gels qui favorisent l’hydratation des selles.

L’approche nutritionnelle doit s’adapter au patient : lorsque la motricité est ralentie, on apporte essentiellement des fibres insolubles. En cas de constipation sans mégacôlon, fibres solubles et insolubles sont ajoutées. Lors de mégacôlon, on commence par proposer une alimentation hyperdigestible puis les fibres solubles et insolubles sont ajoutées très progressivement (maximum 1/2-1 cuillère à café/jour dans l’alimentation et après trempage pour le psyllium). L’idéal est probablement de proposer une ration ménagère équilibrée car les matières premières sont d’excellente qualité et l’apport d’eau est important. Par exemple, pour un chat de 4 kg, stérilisé à l’entretien, le besoin énergétique (100 x poids (kg)0,67 x 0,8) est couvert par l’apport de 80 g de filet de poulet, 1 cuillère à café d’huile de colza, 55 g de riz blanc cuit, 2 g de Vit’i 5 Ca/P® = 3, ó cuillère à café de psyllium et 15 g de légumes verts cuits. Lorsque l’observance de la ration ménagère pose problème, il est possible de proposer une transition alimentaire vers un aliment industriel conçu pour la constipation du chat, malheureusement uniquement disponible sous forme sèche, en humidifiant les croquettes.

Les traitements médical et nutritionnel offrent généralement une amélioration clinique de quelques mois mais les récidives chez certains chats amènent à envisager un traitement chirurgical.

Prise en charge chirurgicale

Il y a une indication chirurgicale lors de mégacôlon hypertrophique obstructif. Si les lésions ont moins de 6 mois, le mégacôlon hypertrophique est généralement réversible. L’objectif de la chirurgie est alors de lever le plus rapidement possible cette obstruction. Plusieurs cas de figure existent en fonction de l’origine de l’obstruction. Lors d’obstruction secondaire à un rétrécissement de la filière pelvienne par une fracture du bassin par exemple, la chirurgie consiste à réduire la fracture pour restaurer la filière. Une hernie périnéale, un abcès anal, une masse colique ou rectale intra-luminale entravant le passage normal des selles peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. Lors de mégacôlon atrophique irréversible (idiopathique ou si les lésions sont anciennes), une colectomie sub-totale doit être envisagée. Les coloplasties et colectomies partielles ne fonctionnent pas dans cette indication. Le côlon est réséqué dans sa quasi-totalité, depuis la jonction iléocaecale ou l’iléon jusqu’au côlon descendant. L’anastomose est réalisée sans tension par sutures (fil monofilament résorbable déc.1,5 aiguille ronde, sertie, points simples ou surjet), par pince automatique ou anneaux biofragmentables. Des diarrhées postopératoires sont fréquentes et durent quelques jours à quelques semaines. Elles sont consécutives à la diminution du temps de transit et au manque d’absorption de l’eau des selles par le côlon. Certains chats peuvent présenter des selles molles à diarrhéiques toute leur vie (8-10 % des cas), à la limite de la continence, notamment si la valvule iléo-c.cale a été retirée. Le taux de récidive est faible, la gestion de ces cas est médicale et nutritionnelle. Les déhiscences postopératoires, heureusement assez rares, entraînent une péritonite grave nécessitant une intervention en urgence. La période à risque est maximale les 3 à 4 premiers jours après la chirurgie. L’alimentation proposée en période postopératoire est hyperdigestible. La prise en charge des constipations chroniques du chat est donc le plus souvent triple : médicale et nutritionnelle en première intention puis chirurgicale pour les cas les plus graves. La chirurgie est bien souvent curative et il est rarissime de revoir ensuite les chats opérés pour constipation.

SYNTHESE

Torsion splénique : une étude rétrospective de 102 cas

Dans le JAVMA du 15 mars 2016, DeGroot et coll. font le point sur une affection rare chez le chien, la torsion du pédicule splénique, à partir de l’étude de 102 cas. Cette publication confirme les prédispositions raciales de ce trouble et détaille le pronostic, qui est globalement bon, en l’absence de complications majeures comme les péritonites ou les hémorragies. (in l’Essentiel n°404)

La torsion du pédicule splénique (TPS) est une affection rare, correspondant à une rotation de la rate autour des ligaments gastrosplénique et phrénicosplénique. Elle est le plus souvent rapportée chez les chiens de grand format, particulièrement chez le berger allemand et le dogue allemand. Des formes aiguës et chroniques sont décrites. Lors de présentations aiguës, on peut observer une douleur abdominale intense, un collapsus cardiovasculaire. Il s’agit d’une urgence. En revanche, la torsion chronique peut poser des dilemmes diagnostiques, avec des signes cliniques comme des vomissements, une léthargie, une faiblesse, une douleur abdominale, une hématurie, une diarrhée, des symptômes peu spécifiques et frustes.

Dogue et berger allemands en première ligne

L’étiologie de la TPS est encore mal connue. Parmi les causes proposées, une faiblesse ou une absence congénitale des ligaments qui soutiennent la rate ou une hyperlaxité acquise à la suite d’une intervention chirurgicale, d’un traumatisme ou d’un syndrome dilatation torsion de l’estomac. Même si des chirurgies permettant de conserver la rate ont été décrites, le traitement habituel est la splénectomie. Peu d’études ont été consacrées à cette affection, la plus importante enquête rétrospective concernant 19 chiens. Elle indiquait une prédisposition des bergers allemands et dogues allemands mâles.

102 cas passés en revue

Ici, les auteurs passent en revue une série de 102 cas. Les signes cliniques incluaient notamment une splénomégalie (69,4 %), un hémopéritoine (30,6 %), une péritonite septique (8,2 %). 9,8 % des patients présentaient des troubles cardiaques (tachycardie et extrasystoles ventriculaires). 70 chiens ont subi une radiographie abdominale. Elle a confirmé une splénomégalie dans 67,6 % des cas. Plus rarement, on observait une dilatation de l’estomac (11,8 %), une position anormale de la rate (7,4%) et la présence de gaz dans cet organe (4,4 %). A l’échographie, pratiquée chez 83 chiens, on pouvait confirmer la splénomégalie (86,6 %), une réduction ou l’absence de vascularisation splénique (73,2 %), une hypoéchogénicité de la rate (46,3 %), un épanchement péritonéal (46,3 %).

Moins souvent, on pouvait constater une position anormale de la rate (31,7 %), une hyperéchogénicité du mésentère (28 %), la présence de gaz (2,4 %). Chez les 102 chiens, le diagnostic a été confirmé par la laparotomie exploratrice.

Résultats de la splénectomie

Une chirurgie épargnant la rate n’a été réalisée que dans un cas, le reste des patients subissant une splénectomie. 68 chiens ont également bénéficié d’une gastropexie prophylactique. Quatre animaux avaient déjà subi cette intervention auparavant. La durée médiane des procédures chirurgicales a été de 90 minutes (31 à 265 minutes). 28,4 % des patients ont souffert de complications sous la forme d’hémorragies importantes (9,8 %), d’arythmies ventriculaires (8,8 %), de bloc auriculoventriculaire (3,9 %), etc. 26,5 % des malades ont nécessité une transfusion. Cent chiens ont survécu à l’intervention, non sans complications (35 %), principalement des anémies et des troubles cardiaques, les différents événements survenus étant détaillés par les auteurs. Les résultats des examens histopathologiques sont sans surprise, consécutifs à l’occlusion vasculaire : congestion, hémorragies, nécrose, etc. La durée médiane d’hospitalisation a été de 3 jours. Au total, 8,8 % des chiens sont morts. Les risques relatifs majeurs de décès sont la préexistence d’une péritonite septique (x 32,4), la survenue d’une hémorragie pendant l’intervention (x 22,6), une détresse respiratoire postopératoire (x 35,7), le poids (x 1,6 chez les chiens de plus de 20 kilos). Le pronostic de ces affections est donc globalement favorable.

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