Le collapsus

26, jan, 2017 | Rédigé par admin
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© Mikkel Bigandt

Un « collapsus » peut être provoqué par une perte de conscience ou une incapacité à conserver sa posture nor­male. On peut grossièrement regrouper les causes de col­lapsus en trois catégories. Un collapsus brutal se réfère aux patients chez qui un mécanisme physiopathologique aigu provoque une chute brutale. Un collapsus épisodique décrit des patients souffrant d’épisodes de collapsus récurrents, pouvant être causés par un problème inter­mittent, ou par un problème chronique se compliquant de crises (ex : exacerbation d’une cardiopathie au cours d’un exercice). Ces épisodes durent en général très peu de temps et l’animal semblera normal lorsqu’il sera amené chez le vétérinaire. Un collapsus apparent décrit des pa­tients couchés possédant encore la capacité de se dépla­cer, mais préférant ne pas le faire.

Principaux diagnostics différentiels

*Origine des collapsus brutaux

  • Choc hypovolémique : hémorragie à la suite d’un traumatisme ou d’une rupture d’une tumeur splé­nique, choc septique, dilatation-torsion d’estomac

  • Cardiopathie : insuffisance cardiaque congestive sévère, épanchement péricardique, thrombo-embolie aortique chez les chats

  • Affection respiratoire : obstruction des voies aé­riennes, pneumonie, atteinte de l’espace pleural

  • Affection orthopédique : fracture d’un membre

  • Désordre électrolytique : hypoglycémie, maladie d’Addison, altération sévère de l’équilibre électroly­ tique, encéphalose hépatique, acido-cétose diabé­tique, obstruction vésicale

  • Maladie neurologique/neuromusculaire, exemple : trau­matisme crânien, tumeur cérébrale, intoxication, syndrome vestibulaire, maladie inflammatoire du sys­tème nerveux central (SNC), botulisme

  • Atteinte de la colonne vertébrale, ex : fracture, hernie discale, embolie fibro-cartilagineuse, infarctus de la moelle épinière, subluxation atlanto-axiale (certains souffriront de collapsus épisodiques)

  • Anémie sévère.

*Origine des collapsus épisodiques

  • Convulsions provoquées par une atteinte intracrâ­nienne, extracrânienne (comme lors d’encéphalose hépatique ou d’hypoglycémie épisodique), ou par une épilepsie idiopathique

  • Épisodes de syncopes

  • Cardiopathie : sténose sub-aortique, sténose pulmonaire, arythmies intermittentes (bradydysrythmies ou tachyarythmies soutenues), cardio­ myopathie dilatée, cardiomyopathie hypertrophique (chats)

  • Troubles métaboliques : hypoglycémie inter­ mittente chez les patients ayant un insulinome

  • Hyperviscosité : polycythémie

  • Hypotension orthostatique, instabilité vasomotrice (mal définie chez le chien et le chat)

  • Troubles neuromusculaires, ex : myasthénie, narco­ lepsie/cataplexie, myopathies héréditaires

  • Episodes de collapsus induits par l’exercice chez les patients souffrant d’une maladie chronique car­ diaque, respiratoire ou neuromusculaire

* Origine des collapsus apparents

  • Affection orthopédique, ex : arthrose, polyarthrite, atteinte bilatérale des ligaments croisés

  • Douleur sévère, ex : postchirurgicale ou traumatique

  • Neuropathies et myopathies, ex : myopathie induite par les corticoïdes

  • On arrivera parfois à faire se relever et marcher cer­ tains patients souffrant d’un collapsus apparent selon la sévérité de l’atteinte.

Approche diagnostique

Lors de son arrivée au cabinet, il faut examiner rapidement l’animal afin d’écarter toute urgence vitale. On évaluera donc son système respiratoire (schéma respiratoire, fréquence respiratoire, obstacles), son système cardiovasculaire (fréquence et rythme cardiaque, qualité du pouls, couleur des muqueuses) et son système nerveux (facultés mentales, signes de convulsions, réflexes médullaires), puis on évaluera succinctement s’il peut encore se tenir debout ou marcher, et s’il présente des signes de globe vésical (chats). On prendra sa température si on soupçonne la présence d’une hyperthermie ou d’une hypothermie.

A l’issue de cet examen, les patients dont le pronostic vital est engagé devront être stabilisés avant d’envisager un examen clinique complet et de recueillir une anamnèse détaillée. On fera une prise de sang pour déterminer les paramètres d’urgence tels que l’hématocrite, les protéines totales, l’urée, le glucose, le sodium et le potassium. On réalisera un frottis pour l’examiner plus tard, et on mettra de côté des tubes de sang pour faire des analyses sanguines et biochimiques si besoin. On pourra aussi prendre des clichés radiographiques ou faire une échographie s’ils sont indiqués. Il n’est en général pas nécessaire de sédater les patients souffrant d’un collapsus. L’échographie permet en particulier de détecter rapidement une accumulation intracavitaire de liquide, par exemple lors d’hémorragie. Les autres examens dépendront des conclusions de l’examen clinique rapide.

Les animaux souffrant de collapsus épisodiques peuvent sembler cliniquement sains lors de leur examen. Il faudra alors interroger les propriétaires pour en apprendre plus sur la nature, la durée et la fréquence des crises, si elles se déclarent au repos ou lors d’exercice, toute modification de l’environnement précédant une crise, un changement de conscience ou une modification du schéma respiratoire, et s’il y a des signes neuro-végétatifs durant les crises comme une salivation, une défécation ou une miction. Il faut essayer d’établir si les crises s’apparentent à des syncopes ou à des convulsions. Une syncope se produit généralement au cours d’une excitation ou d’un exercice, et dure quelques secondes au cours desquelles l’animal apparaît « mou » ; il se remet ensuite en général rapidement et complètement. Les convulsions se produisent plutôt lorsque l’animal est au repos et peuvent durer de quelques secondes à plusieurs minutes ; elles sont souvent associées à des mouvements musculaires tonico-cloniques avec des signes neuro-végétatifs, puis suivies d’un état post-ictal.

Lorsqu’on débute les investigations d’un cas présen­tant des collapsus épisodiques, il faut commencer par un examen clinique et neurologique complet, réaliser des analyses sanguines et biochimiques (comprenant les électrolytes et la glycémie à jeun), et faire une ana­lyse urinaire. Il peut parfois être utile de demander au propriétaire de filmer une crise. Les autres examens complémentaires à effectuer dépendront du cas, on pourra envisager d’étudier un électrocardiogramme (ECG) – un examen Hotter durant 24h est particulière­ ment indiqué chez les races prédisposées aux dysryth­mies ventriculaires intermittentes comme les boxers et les dobermans; une mesure de la pression artérielle,des radiographies, une échocardiographie, une analyse des gaz sanguins artériels, un test de stimulation à lACTH.

Quel traitement ?

Les premiers examens devront permettre d’identifier tout problème mettant immédiatement en danger la vie de l’animal, afin de pouvoir les traiter de façon appropriée. Par exemple, il faudra administrer aux animaux en choc hypovolémique des bolus de fluides en IV (attention aux patients présentant des lésions pulmonaires ou avec une cardiopathie), supplémenter en oxygène ceux qui sont en détresse respiratoire en attendant d’identifier l’origine du problème et de le traiter, et administrer en urgence des anti-convulsivants tels que le diazépam aux animaux qui convulsent. La suite du traitement dépend de la nature de la maladie.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement efficace repose sur l’identification de la cause des collapsus, en utilisant une approche efficace et ordonnée. Certains patients souffrant d’un collapsus ont en réalité une maladie en stade terminal et il faudra alors envisager l’euthanasie.

Les investigations des collapsus épisodiques peuvent se révéler coûteuses et frustrantes, et les propriétaires doivent en être avertis dès le début. Pour les patients dont les crises restent rares et aucune anomalie n’est détectée à l’issue des premiers examens, on conseillera d’attendre de voir comment son état évolue. Toutefois, ceci n’est pas conseillé chez les boxers et les dobermans car ils sont prédisposés aux dysrythmies ventriculaires intermittentes pouvant potentiellement mettre leur vie en danger. Il faudra donc réaliser une échocardiographie et un examen Holter.

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