L’accident sur la voie publique

26, jan, 2015 | Rédigé par admin
© pepe

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L’accident sur la voie publique est un motif de consultation assez fréquent en médecine des petits animaux. Ils impliquent généralement des chats, des chiens ou des animaux de la faune sauvage. Lorsqu’il s’agit d’animaux de la faune sauvage, il faut être réaliste concernant le coût et les chances de réintroduction dans le milieu naturel ; si l’on veut qu’ils survivent dans la nature, il faut qu’ils soient complètement guéris.

Les animaux ayant subi un accident peuvent souffrir aussi bien de blessures superficielles telles que des hématomes ou des abrasions, que de blessures internes mettant en jeu le pronostic vital qu’il faut diagnostiquer et traiter rapidement. Il est important de déterminer la durée depuis laquelle l’animal a subi l’accident lorsqu’il est présenté en consultation. Cette information, associée à l’état général de l’animal, permet d’estimer la gravité de ses blessures.

Les animaux amenés plusieurs heures après un accident, qui semblent assez vifs et dont les signes cardiovasculaires et respiratoires semblent stables, ont peu de chance d’avoir subi un traumatisme sévère, mais on conseille tout de même de les surveiller au cas où les symptômes apparaîtraient de façon retardée.

Examen clinique

L’examen clinique se concentrera d’abord sur les blessures mettant en jeu le pronostic vital. Les tests nécessitant une palpation, des manipulations et l’évaluation de l’amplitude des mouvements (souvent douloureuse) seront reportés à la fin de l’examen clinique. Les blessures les plus visibles sont souvent les moins graves à court terme. Certains animaux blessés souffrent beaucoup et sont très anxieux : il convient de les manipuler avec douceur et précaution.

Il faudra évaluer rapidement la présence éventuelle d’une hémorragie et l’état des systèmes respiratoires et vasculaires.

Hémorragie : lorsqu’il y a une artère qui saigne vers l’extérieur, il faut arrêter l’hémorragie immédiatement en appliquant une pression dessus. Il est possible de se contenter de la pression d’une main afin de pouvoir finir l’examen clinique. Les saignements mineurs de plaies cutanées peuvent être laissés de côté à ce stade.

Le système respiratoire : il faut s’assurer que l’animal respire encore et que ses voies respiratoires sont dégagées. On évaluera ensuite sa fréquence respiratoire, les efforts éventuels qu’il fournit pour respirer et le schéma respiratoire. On part généralement du principe qu’une détresse respiratoire est associée à une blessure thoracique, bien qu’un halètement puisse également résulter de la peur, du stress ou de la douleur. La cyanose est un symptôme sévère indiquant que la respiration est sévèrement compromise. l’auscultation et la percussion du thorax peuvent suggérer la présence d’un pneumothorax (bruits thoraciques dorsaux très clairs associés à une baisse des bruits pulmonaires à la percussion), d’un hémothorax (sons cardiaques assourdis et absence de bruits pulmonaires audibles ventralement ; son mat au niveau ventral du thorax à la percussion), ou de contusions pulmonaires (crépitements).

Le système circulatoire : on vérifiera son intégrité en écoutant le rythme cardiaque, en évaluant le pouls, sa qualité, la couleur des muqueuses et le temps de remplissage capillaire. lorsqu’on a une tachycardie, des muqueuses pâles, un temps de remplissage capillaire lent et une mauvaise qualité du pouls, il est très probable que l’animal souffre d’un choc hypovolémique causé par une hémorragie (interne ou externe) pouvant être en train de s’aggraver.

Evaluation des autres fonctions

Une fois les systèmes respiratoires et circulatoires vérifiés (ou rétablis), le vétérinaire évaluera rapidement les autres fonctions :

Le comportement du chien sera caractérisé de vif/actif, à léthargique ou moribond. les animaux sévèrement blessés peuvent être choqués à cause d’une hypovolémie, d’une hypoxie, d’une atteinte cérébrale ou de blessures orthopédiques (bien que dans ce dernier cas, l’animal est en général encore assez alerte).

Les symptômes d’atteinte cérébrale incluent une baisse du niveau de conscience, des convulsion, ou une variation de la taille des pupilles. Les autre signes de traumatisme crânien pouvant indique une atteinte du cerveau sont la présence de plaie extérieures, une fracture de la mâchoire, un hémorragie oculaire ou auriculaire, un port de tête penché ou une position anormale des yeux.

Le propriétaire reconnaît généralement facilement les blessures musculo-squelettiques, et elles représentent souvent son inquiétude principale. Elle ne mettent pourtant pas le pronostic vital en jeu à court terme et pourront être examinées en détail plus tard, lorsque les paramètres vitaux de l’animal seront stabilisés.

Les blessures superficielles peuvent sembler alarmants mais elles pourront être examinées de façon complète plus tard.

Après l’examen clinique initial, on pourra classer les traumatismes dont l’animal souffre comme :

  • mettant en jeu le pronostic vital et nécessitant un traitement médical immédiat (ex : choc, pneumothorax)
  • des blessures sévères nécessitant un traitement chirurgical une fois l’animal stabilisé (ex : fracture d’un membre)
  • des blessures mineures nécessitant un traitement chirurgical (ex : déchirures cutanées).
  • Ne nécessitant pas de traitement chirurgical avec une hospitalisation (ex : hématome mineur).

Examens complémentaires

En cas d’accident, les examens complémentaires suivants peuvent être indiqués :

  • une abdominocentèse : une méthode simple et rapide permettant de déterminer s’il y a du liquide (en particulier du sang) à l’intérieur de l’abdomen.
  • Des clichés radiographiques : particulièrement utiles pour évaluer les atteintes thoraciques et orthopédiques
  • une échographie : c’est l’examen le plus indiqué lorsque l’on souhaite déterminer avec certitude s’il y a du liquide (urine, sang) ou non dans l’abdomen ou l’espace pleural.
  • Une analyse sanguine et un examen biochimique : pour servir de référence et afin de détecter des lésions hépatiques, rénales, vésicales ou musculaires, on évaluera au minimum l’hématocrite, les protéines totales, l’urée, la créatinine, la glycémie et les électrolytes. Les analyses sanguines n’aident pas forcément à détecter une hémorragie interne, car l’hématocrite est souvent normal jusqu’à ce que le volume sanguin soit rétabli.

Traitement et soins

La stabilisation du système respiratoire 

Lorsqu’il y a des signes d’insuffisance respiratoire ou de choc hypovolémique, il faut mettre l’animal sous oxygénothérapie. Les animaux souffrant d’un pneumothorax doivent être surveillés de près. Certains guérissent spontanément, mais si la respiration se détériore, il est nécessaire d’effectuer une thoracentèse.

La stabilisation cardiovasculaire

S’il y a des signes cliniques d’un choc hypovolémique, on injectera des bolus de cristalloïdes. Pour les animaux souffrant d’une hémorragie interne (abdominale, pleurale, pulmonaire ou intracrânienne), il est nécessaire de trouver un compromis entre le soutien cardiovasculaire à apporter tout en limitant l’hémorragie. Lorsqu’on détecte des signes indiquant la présence de contusions pulmonaires (tachypnée avec des crépitements audibles), il faut administrer des quantités largement inférieures à celles-ci si l’on souhaite limiter l’aggravation de l’hémorragie pulmonaire.

Les soins généraux

L’analgésie : tous les animaux ayant subi un accident auront mal et nécessitent une analgésie. Les animaux en état critique recevront initialement de la péthidine ou de la méthadone le temps de finir l’examen clinique. Il ne faut pas administrer d’analgésique ayant un effet sédatif avant d’avoir pu évaluer le comportement de l’animal. On évitera l’administration d’AINS chez les animaux instables sur le plan cardiovasculaire.

Le confinement : il permettra d’éviter d’aggraver les blessures et de limiter les mouvements de l’animal. On conseille de le mettre dans un environnement calme et sombre.

L’antibiothérapie : on administrera des antibiotiques à tous les animaux qui ont des plaies ou qui sont susceptibles d’avoir besoin d’une opération chirurgicale. Plus on la met en place rapidement, plus on limite les chances de développement d’une infection.

Blessures les plus communes

Une hémorragie abdominale interne : causée par une rupture de la rate, du foie ou des reins. Il faut alors perfuser l’animal avec un volume important et opérer rapidement pour arrêter l’hémorragie. Il est possible de limiter l’hémorragie intra-abdominale dans certains cas en appliquant un bandage compressif sur l’abdomen.

Une blessure thoracique : les contusions pulmonaires au niveau d’un lobe par exemple, sont fréquentes et généralement détectées à la radiographie. On a souvent des fractures des côtes chez les chiens de grande taille. Ces blessures sont très douloureuses et limitent les efforts respiratoires. Il est important de donner une bonne analgésie, mais il n’est généralement pas nécessaire d’effectuer une stabilisation chirurgicale. Les ruptures diaphragmatiques sont plus courantes chez le chat que chez le chien. Il n’est généralement pas conseillé d’opérer immédiatement, il est préférable d’attendre que l’animal soit stabilisé. Il ne faut pas oublier l’importance de l’oxygénothérapie et d’un confinement dans un endroit calme.

Les blessures au niveau de la tête : elles peuvent être associées à une atteinte cérébrale, il faut donc surveiller de près le niveau de conscience de l’animal (durant au moins 48h si le traumatisme crânien est sévère). Si l’on suspecte une augmentation de la pression intracrânienne (ex : myosis et/ ou diminution du niveau de conscience), il faut surélever la tête d’environ 20 degrés (ex : en plaçant le chien sur un plan incliné ou un chat sur un presse­ papier incliné), éviter d’effectuer une compression sur les veines jugulaires, et éviter de faire tousser ou éternuer l’animal (ex : mise en place d’un cathéter intra-nasal). On supplémentera l’animal en oxygène et on le perfusera pour soutenir son système cardiovasculaire afin de maintenir une pression artérielle normale. Il est parfois préférable d’utiliser une perfusions de NaCl hypertonique (7,2% NaCI, 3-5 ml/kg) à la place d’un volume trop important de cristalloïdes. Le mannitol est indiqué chez les animaux ayant subi un traumatisme initial très sévère ou les animaux dont l’état se dégrade malgré le traitement initial. Il n’est plus conseillé d’administrer des corticoïdes car des études humaines ont montré qu’ils peuvent être nocifs lors de traumatisme cérébral sévère.

Les fractures de la tête (et en particulier la séparation de la mandibule au niveau de la symphyse) : on a fréquemment des fractures dentaires et des traumatismes au niveau de la langue. Il faut s’en occuper dès que l’animal est stable. On observe souvent une hémorragie nasale qui s’arrête spontanément sans complication. L’animal va généralement perdre la vision lors d’hémorragie intraoculaire ou de proptose, il faut donc envisager une énucléation.

Les fractures du bassin et des membres postérieurs : elles sont fréquentes et facilement détectables à la radiographie. Le clinicien doit discuter avec le propriétaire des possibilités de traitement et de leur coût probable dès que possible.

Les fractures vertébrales : elles sont moins courantes que les dislocations vertébrales. Il faut faire attention lors de l’interprétation des clichés radiographiques car beaucoup de dislocations redeviennent alignées à la suite des contractions musculaires, ce qui peut conduire à sous-estimer la gravité des lésions nerveuses. L’évaluation de la nociception consciente est la plus importante à effectuer dans tous les cas de traumatisme vertébral.

La hernie ventrale/l’éviscération : elle est causée par un arrachage des muscles abdominaux s’attachant au pubis, elle est fréquente chez le chat. On a parfois des fractures pelviennes ou un traumatisme vésical concomitant, mais ces complications restent rares. L’étendue de cette blessure est souvent sous­-estimée et sa réparation difficile.

Les blessures de dégantement : elles peuvent conduire à une perte importante de peau au niveau des extrémités distales des membres. Le traitement est long et nécessite parfois une greffe de peau. Bien qu’il soit généralement possible de sauver l’extrémité du membre, il faudra parfois envisager d’amputer si le budget du client est limité.

L’arrachement des griffes : il est fréquent lorsque le chat a été traîné le long de la route. Bien qu’elle ne représente pas une blessure sévère en elle-même, elle peut être un indicateur intéressant d’accident de la route lorsqu’on ne connaît pas l’anamnèse.

Suivi du blessé

Un accident de la route peut être à l’origine de très nombreuses blessures de nature et de complexité variable. Il faut examiner très régulièrement un animal qui ne guérit pas comme prévu. Certaines blessures peuvent mettre en jeu le pronostic vital et conduire à la mort de l’animal.

Il faut savoir également que l’amputation d’un membre peut être la solution la plus rentable lors de fracture complexe, en particulier lorsque la chirurgie a peu de chance de rétablir une bonne fonctionnalité du membre.

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