La polyurie-polydipsie

26, jan, 2017 | Rédigé par admin
polyurie polydipsie chien vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

© K. Thalhofer

La polyurie et la polydipsie (souvent abréviées par PUPD) sont des symptômes fréquemment rencontrés en pra­tique canine. On définit la polydipsie comme une prise d’eau supérieure à 100 ml/kg/j, et la polyurie comme la production anormalement importante d’urine. Il peut être difficile de déterminer avec précision la quantité d’eau ingérée, surtout lorsque le client possède plusieurs animaux ou lorsque l’animal a accès à l’extérieur. Pour des raisons pratiques, on considérera donc qu’une prise de boisson supérieure à 2 ou 3 fois la normale sur plusieurs jours sera pathologique. Notez que le passage d’une alimentation humide vers une alimentation sèche peut être à l’origine d’une augmentation de la prise d’eau, mais sans aller jusqu’à une véritable polydipsie. La polydipsie dé­coule le plus souvent d’une anomalie ou d’une maladie à l’origine d’une polyurie, classiquement due à une osmola­rité urinaire ou à une mauvaise réponse à l’hormone anti­ diurétique (un mécanisme connu sous le nom de diabète insipide néphrogénique secondaire). Il est important de se souvenir que la PUPD est presque toujours l’expression d’une maladie assez sévère.

Principaux diagnostics différentiels

  • Troubles endocriniens, ex : diabète sucré, syndrome de Cushing, hyperthyroïdie (chats) ou maladie d’Addi­son

  • Atteinte rénale, ex : insuffisance rénale chronique ou pyélonéphrite

  • Pyomètre

  • Déséquilibre électrolytique, ex :hypokaliémie, hyper­ calcémie

  • Administration de certains médicaments, ex : furosémide, glucocorticoïdes ou phénobarbital.

On peut aussi inclure certains diagnostics différentiels moins communs comme une atteinte hépatique (ex : shunt porto-systémique ou insuffisance hépatique), une polyglobulie, une maladie rénale congénitale, un diabète insipide primaire ou une polydipsie primaire (psychogé­nique = potomanie).

Approche diagnostique

Il est essentiel d’adopter une approche structurée face à une PUPD, la première étape consistant à s’assurer qu’elle est bien présente. Si c’est faisable, le mieux est de demander au propriétaire de mesurer la quantité d’eau bue par jour, afin de confirmer la polydipsie. La polyurie est plus difficile à mettre en évidence, surtout chez les chats, et il faut bien la différencier de l’incontinence urinaire ou d’une dysurie. Les chiens souffrant d’incontinence urinaire tacheront souvent l’endroit où ils dorment avec de l’urine, on pourra aussi voir de petites pertes intermittentes au cours de la journée ;alors que les chiens souffrant de polyurie chercheront à sortir plus souvent, ou urineront de grandes quantités à côté de la porte. Il peut cependant aussi arriver qu’une polyurie concomitante aggrave les signes d’incontinence. La dysurie se caractérise par l’émission fréquente de petites quantités d’urine. Pour établir son diagnostic, on pourra aussi s’aider d’autres renseignements tels que l’âge de l’animal,s’il est stérilisé ou non, son appétit, d’éventuelles variations du poids et l’administration éventuelle de médicaments de façon récente. Un examen clinique complet peut permettre de trouver des indices sur la cause des symptômes, comme par exemple un écoulement vulvaire chez une chienne souffrant d’un pyomètre, une tachycardie ou un goître chez un chat souffrant d’hyperthyroïdie, une modification du pelage lors d’un syndrome de Cushing, ou encore une adénomégalie ou une augmentation de la taille des glandes anales qui peuvent être cohérents avec une hypercalcémie d’origine tumorale (Hypercalcémie Humorale Maligne : HHM).

L’étape suivante consiste à analyser un échantillon d’urine (densité, bandelette et sédimentation), pour évaluer sa concentration et afin de détecter un diabète sucré (glycosurie) ou une pyélonéphrite (qui sera mise en évidence par des signes d’inflammation après analyse du culot). Les échantillons récoltés au cours d’une miction spontanée chez les chiens seront conservés dans un pot propre. Il faut en fournir au propriétaire afin d’éviter qu’il emploie un vieux pot ayant déjà été utilisé et présentant des traces de produits interférant avec les tests qui seront réalisés, comme de la confiture pouvant être à l’origine d’une glycosurie artéfactuelle.

Il est possible d’obtenir de l’urine chez les chats en leur proposant une litière non absorbante dans leur caisse. Certains chats ou chiens nécessiteront la récolte d’urine par sondage ou par cystocentèse.

Dans tous les cas de PUPD, on réalisera une biochimie et une numération-formule sanguine indépendamment des informations obtenues dans l’anamnèse, l’examen clinique ou les analyses urinaires, parce que plusieurs maladies peuvent être présentes en même temps. Les paramètres les plus importants à évaluer dans la biochimie sont le glucose, l’urée, la créatinine, l’albumine, les globulines, les enzymes hépatiques, les acides biliaires, le sodium, le potassium, le calcium et le cholestérol. Ces premières analyses permettront de détecter un diabète sucré, une insuffisance rénale, un trouble hépatique ou un désordre électrolytique. Elles peuvent aussi mettre sur la voie d’un syndrome de Cushing (influence des corticoïdes sur la NF-sanguine, PAL augmentées, cholestérol augmenté) ou d’une maladie d’Addison (hyponatrémie, hyperkaliémie), justifiant alors de poursuivre les investigations. Chez les chats âgés, il est intéressant de mesurer la thyroxinémie.

S’il n’est pas possible de parvenir à un diagnostic à l’issue de ces premières analyses, il faut effectuer d’autres examens complémentaires. Chez les chiennes non stérilisées, l’hypothèse du pyomètre doit être privilégiée (ex : échographie). Si on suspecte une pyélonéphrite, on prélèvera un échantillon d’urine par cystocentèse pour analyse bactériologique. Mais attention, l’excrétion des bactéries peut être intermittente, et si c’est la principale hypothèse diagnostique, il peut être indiqué d’essayer un traitement antibiotique.

Si l’on suspecte un syndrome de Cushing, de par des signes cliniques évocateurs ou des résultats d’analyses, il faut effectuer un test de stimulation à l’ACTH. Ce test peut aussi servir à confirmer une maladie d’Addison (notez qu’on n’aura pas toujours de déséquilibre électrolytique chez les chiens atteint de cette maladie). Si le test de stimulation à l’ACTH est normal, ou douteux, il faut éliminer l’hypothèse d’un syndrome de Cushing en réalisant un freinage à la dexaméthasone à dose faible, ou en calculant le rapport cortisol / créatinine urinaire, même s’il n’y a pas d’autres signes indiquant un syndrome de Cushing. Une fois que les maladies les plus courantes ont été éliminées (ce qui peut être difficile à faire avec certitude dans le cas d’un syndrome de Cushing, de troubles rénaux débutant ou d’une pyélonéphrite), les hypothèses principales qui restent sont alors une polydipsie primaire ou un diabète insipide. Pour explorer ces deux hypothèses, il faut soit réaliser un test de restriction hydrique, soit essayer un traitement à base d’un analogue de la vasopressine (desmopressine ou DDAVP). Il faut tout de même savoir que les tests de restriction hydrique ne sont pas sans danger (en particulier si on est passé à côté d’un problème rénal), et qu’ils sont longs et difficiles à réaliser. L’interprétation de ces tests de restriction ainsi que des résultats d’un traitement à base de DDAVP est également délicate. Il est préférable de discuter du cas avec un spécialiste en médecine interne avant de se lancer dans ces procédures.

Traitement

Il n’existe pas de traitement symptomatique pour une PUPD ; pour améliorer l’état de l’animal, il faut trouver la cause et la traiter de façon adéquate. Une PUPD sévère chez un chien peut être gênante pour les propriétaires s’il éprouve le besoin d’uriner même la nuit ; il faut cependant les avertir des dangers auxquels ils exposent leur animal s’ils décident de réduire son apport hydrique.

Le traitement efficace d’une PUPD implique d’avoir identifié sa cause et de l’avoir traitée. Mais il faut avertir les propriétaires lorsque la maladie est incurable et nécessite un traitement à vie. Il faut aussi les avertir qu’il arrive que la polydipsie persiste malgré un traitement adapté, en particulier lors d’insuffisance rénale ou de maladie hépatique. Si la PUPD ne disparaît pas comme attendu, il faut envisager la présence d’une maladie concomitante ou une erreur de diagnostic.

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