La toux chez le chien et le chat

mars 10th, 2016 | Redigé par admin in Toux - (0 Comments)
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© Dogs

La toux est un mécanisme de protection qui vise à expulser le matériel (sécrétions ou particules inhalées) se trouvant dans le pharynx ou l’arbre bronchique. Elle peut être provoquée par la présence de particules, d’une congestion pulmonaire, d’une compression intra ou extra-luminale des voies respiratoires, de températures ambiantes extrêmes, de fumée irritante, de divers médiateurs inflammatoires ou de la production excessive de mucus. On est plus fréquemment confronté à de la toux chez les chiens que chez les chats. Lorsque la toux persiste durant deux mois ou plus, on la qualifiera de chronique. Il faut différencier la toux de tentatives de vomissement ou lorsque l’animal donne l’impression de s’étouffer, car ces signes indiquent généralement plutôt un trouble d’origine pharyngée ou gastro-intestinale.

Principaux diagnostics différentiels

Chez les chiens

Affection des voies respiratoires supérieures

  • Trachéo-bronchite aiguë (« toux de chenil »)

  • Paralysie laryngée

  • Collapsus trachéal

  • Strongylose respiratoire (Oslerus os/eri)

Affection des voies respiratoires inférieures

  • Bronchite chronique

  • Corps étranger situé dans les voies respiratoires

  • Bronchopneumopathie éosinophilique

Affection du parenchyme pulmonaire

  • Pneumonie (d’aspiration ou infectieuse)

  • Hémorragie intra-pulmonaire (envisager un trauma­tisme ou un trouble de la coagulation secondaire à Angiostrongylus vasorum)

  • Tumeur pulmonaire (primaire ou métastase)

  • Fibrose pulmonaire idiopathique

Affection cardiaque

  • Insuffisance cardiaque congestive gauche

  • Dilatation de l’atrium gauche comprimant les voies respiratoires

Affection médiastinale

  • Tumeur (ex : thymome, lymphome)

Chez les chats

Affection respiratoire supérieure

  • Bronchite aiguë (ex : infection par Bordetella bronchiseptica)

  • Bronchite chronique Syndrome asthmatique félin

  • Tumeur pulmonaire/bronchique

  • Corps étranger dans les voies respiratoires

  • Strongylose respiratoire (Aelurostrongylus abstrusus)

Affection du parenchyme pulmonaire

  • Pneumonie (bactérienne ou par un mycoplasme)

Affection médiastinale

  • Tumeur médiastinale (ex : thynome, lymphome)

Approche diagnostique

La première étape pour déterminer l’origine de la toux est d’établir si elle résulte d’un problème cardiaque ou respiratoire. Le diagnostic d’une affection cardiaque est relativement simple. Au contraire des chiens, les chats souffrant d’une maladie cardiaque toussent rarement, il faut donc plutôt s’orienter sur une affection d’origine respiratoire lors de toux.

Bien qu’il soit important de garder l’esprit ouvert pour lister les hypothèses diagnostiques d’une affection respiratoire, il faut tout de même savoir qu’il existe des prédispositions à de nombreuses affections cardio­-respiratoires liées à l’âge et à la race. Il est également utile de recueillir des informations concernant son statut vaccinal, le programme de vermifugation, les contacts éventuels avec d’autres chiens/chats ou la faune sauvage (ex : renards), les voyages effectués à l’étranger et des détails sur son environnement. On peut trouver beaucoup d’indices sur l’origine de la toux dans l’anamnèse. La trachéo-bronchite aiguë est à l’origine d’une toux caractéristique pouvant se déclarer à la suite d’un séjour dans un chenil ou de contact avec d’autres chiens. Une toux aigüe d’apparition brutale est souvent associée à l’inhalation d’un corps étranger. Une bronchite chronique engendre typiquement une aggravation de la toux après période de repos/couchage (ex : le matin), alors qu’une paralysie laryngée engendre typiquement une toux et un stridor respiratoire provoqués par l’activité ou l’excitation. Lors de collapsus trachéal, on entend généralement une toux quinteuse déclenchée par l’excitation. Les signes pouvant indiquer un problème plus sévère ou généralisé incluent une dyspnée, une syncope, une intolérance à l’exercice, une léthargie, un manque d’appétit ou une perte de poids.

L’auscultation du thorax représente une partie importante de l’examen d’un animal présenté pour une toux, car elle peut aider à différencier une affection cardiaque d’une affection respiratoire.

Les éléments de l’examen clinique en faveur d’une atteinte cardiaque sont :

  • La présence d’un souffle au cœur et/ou d’un bruit de galop

  • La disparition de l’arythmie sinusale (pour les chiens)

  • Une augmentation de la fréquence cardiaque – typiquement supérieure à 140 bpm pour les chiens et 200 bpm pour les chats.

La qualité du pouls fémoral peut être altérée ou non chez un insuffisant cardiaque. Notez que la présence d’un souffle cardiaque seul ne signifie pas nécessairement que la toux est provoquée par une affection cardiaque. Il est fréquent chez les chiens d’entendre un souffle lors de dégénérescence de la valve mitrale, mais beaucoup de ces animaux ne développeront pas d’insuffisance cardiaque congestive avant plusieurs années.

L’auscultation des voies respiratoires supérieures et du champ pulmonaire permettra d’évaluer l’intensité des bruits pulmonaires normaux et d’identifier les bruits adventices (anormaux). Dans la majorité des cas, la présence de bruits anormaux n’est pas suffisamment spécifique pour confirmer un diagnostic, mais certains éléments peuvent suggérer certaines maladies en particulier. Par exemple, un bruit expiratoire sifflant, chez un chat oriente fortement vers une atteinte des voies respiratoires inférieures (asthme ou bronchite chronique), et la présence de craquements diffus et sévères chez un chien de petite race ne montrant pas de signe d’insuffisance cardiaque oriente vers une fibrose pulmonaire. Cependant, il est nécessaire de poursuivre les investigations pour confirmer ces différents diagnostics. L’auscultation thoracique est une technique assez peu sensible pour détecter des modifications pulmonaires telles qu’un œdème modéré, il est donc préférable de ne pas trop s’y fier pour établir le diagnostic définitif.

A l’exception de la toux de chenil, la majorité des cas de toux nécessiteront de poursuivre les investigations afin d’évaluer sa sévérité et de trancher clairement entre une origine respiratoire ou cardiaque. La nature et le type d’investigation dépendra de si l’on suspecte une origine cardiaque ou respiratoire, de la sévérité des symptômes, de l’indice de suspicion des cifférentes hypothèses diagnostiques et de la présence ou de l’absence d’autres symptômes concomitants. En première intention, l’examen complémentaire le plus recommandé est une radiographie du thorax. Pour pouvoir l’évaluer en entier, on effectuera une incidence dorso-ventrale ou ventro-dorsale ainsi qu’une incidence latérale droite ± gauche. Une insuffisance cardiaque congestive gauche est presque toujours accompagnée d’une augmentation de la taille de la silhouette cardiaque, et elle est également caractérisée par la présence d’une congestion veineuse pulmonaire et d’un œdème pulmonaire.

Pour poursuivre l’exploration d’un problème cardiaque, on conseille d’effectuer un ECG standard enregistré sur six dérivations (en particulier lorsqu’on a détecté une arythmie au cours de l’examen physique) ainsi qu’une échocardiographie (afin d’évaluer la fonction cardiaque, la taille des chambres et de déterminer l’origine de l’affection cardiaque présente). La réalisation et l’interprétation d’un ECG est possible dans la plupart des cliniques, mais il est nécessaire de référer l’animal à un spécialiste pour effectuer une échocardiographie. Le choix de la réalisation ou non de ces examens dépend de nombreux facteurs tels que la sévérité du cas, la confiance du clinicien en son diagnostic et les souhaits du client.

Pour poursuivre les investigations, le clinicien peut réaliser plusieurs (voire tous) examens :

  • Examen des voies respiratoires supérieures et de la fonction laryngée sous anesthésie générale légère

  • Évaluation radiographique de la trachée. Il faut l’effectuer après extubation, au moment de l’inspiration et de l’expiration maximales si l’on suspecte un collapsus trachéal.

  • Coproscopie (les échantillons de fèces doivent être obtenus sur 3 jours) et/ou traitement d’essai avec un anti-parasitaire actif contre les strongles respiratoires et Angiostrongylus vasorum.

  • Bronchoscopie, lavage broncho-alvéolaire pour analyse cytologique ± culture bactérienne et antibiogramme. Ces techniques avancées doivent être réalisées par des cliniciens qui ont reçu une formation spécifique.

  • Une PCR pour recherche des principaux agents pathogènes à tropisme respiratoire

  • Une NF sanguine complète et un examen biochimique complet qui peuvent être utiles avant de prescrire certains médicaments.

Il arrive qu’il soit difficile de déterminer l’origine de la toux chez les chiens qui présentent une affection respiratoire et cardiaque en même temps, en particulier si la première est responsable de la toux. Dans ces cas-là, il est possible de mettre en place un traitement d’essai, d’effectuer un ECG (surtout pour évaluer la taille de l’atrium gauche) et/ou de doser le fragment N-terminal du propeptide du peptide natriurétique de type B canin (NT pro-BNP) .

Quel traitement ?

Pour que le traitement d’une toux soit efficace, il faut que son origine ait été identifiée et traitée en conséquence. Parfois, l’anamnèse et les signes cliniques peuvent suffire pour démarrer un traitement empirique (ex: toux de chenil). Cependant, dans la majorité des cas, il faudra effectuer des examens complémentaires avant de pouvoir envisager un traitement spécifique. Les traitements suivants sont les plus couramment utilisés pour traiter la toux :

  • Gestion de l’insuffisance cardiaque congestive

  • Traitement antiparasitaire – indiqué pour traiter les strongyloses respiratoires ou une infestation par Angiostrongy/us vasorum

  • Antibiotiques – indiqués pour les infections bactériennes des voies respiratoires supérieures et inférieures, ainsi que lors de pneumonie bactérienne

  • Thérapie anti-tussive (ex : butorphanol) – utile lors de toux de chenil ou de bronchite chronique réfractaire, mais il faut l’éviter s’il y a une inflammation active ou une infection sévère (ex : pneumonie)

  • Bronchodilatateurs – utiles pour traiter certaines affections telles que l’asthme félin, le collapsus trachéal ou une bronchite chronique réfractaire

Pour aider à diminuer la sévérité de la toux, il est également recommandé de faire maigrir les animaux obèses, d’utiliser un harnais au lieu d’un collier ainsi que d’éviter l’exposition à des produits irritants pour les voies respiratoires.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

La majorité des infections virales/bactériennes modérées guériront ou s’amélioreront de façon marquée après une à deux semaines d’antibiothérapie adaptée. L’insuffisance cardiaque congestive gauche s’améliore généralement après un à deux jours de traitement. Si la toux persiste au-delà de cette période malgré un traitement correct, il faut revoir le diagnostic et la stratégie thérapeutique. Il faudra parfois poursuivre les investigations pour aboutir à un diagnostic plus spécifique. Par exemple, les cliniciens remarqueront qu’il est fréquent qu’un animal présente une affection respiratoire et cardiaque en même temps, et que même pour les chiens montrant des signes évidents d’atteinte cardiaque, on ne peut pas toujours affirmer sans preuve que la toux est d’origine cardiaque. Si le diagnostic est certain, il est possible de changer de médicament ou de posologie. Par exemple, les antibiotiques ne sont généralement pas efficaces lors de bronchite chronique ; en revanche, les corticoïdes permettent de diminuer l’inflammation des voies respiratoires et d’améliorer les symptômes de façon nette. Les clients doivent également être informés que certaines maladies sont Incurables et que le traitement sera à vie. Pour d’autres situations, comme lors de métastases pulmonaires, le pronostic est désespéré.

On limitera les frais au maximum en établissant un diagnostic et en mettant en place un traitement aussi rapidement et efficacement que possible. Parfois, l’examen clinique et l’anamnèse seuls seront suffisants, mais l’approche la plus efficace à long terme est de choisir avec soin les examens complémentaires à réaliser lors des premières consultations. Quand le client ne souhaite pas réaliser d’autres examens complémentaires à cause de leur prix, le clinicien devra alors initier une ou plusieurs des stratégies thérapeutiques mentionnées précédemment en fonction des résultats des tests déjà effectués et de son degré de suspicion vis-à-vis des différentes hypothèses diagnostiques. Par exemple,les propriétaires d’un vieux chien atteint d’une insuffisance cardiaque congestive préféreront parfois essayer un traitement plutôt que de prendre des clichés radiographiques du thorax.

Cependant, les propriétaires doivent être avertis que dans ces circonstances, le pronostic ne peut pas être aussi certain que si un diagnostic définitif avait pu être établi. Malgré ceci, il est tout de même possible que l’état de l’animal s’améliore pour un certain nombre d’affections cardio-respiratoires après un traitement d’essai basé uniquement sur l’examen clinique seul ; parmi celles-ci, on compte notamment l’insuffisance cardiaque congestive, une infection bactérienne des voies respiratoires supérieures ou inférieures, une pneumonie bactérienne, une pneumonie à mycoplasme, une bronchite chronique, une strongylose respiratoire, une infestation par Angiostrongylus ou de l’asthme félin.

Bien que de nombreuses causes de toux chez le chien et le chat requièrent un traitement à long terme, certains médicaments couramment utilisés sont assez peu chers, comme le furosémide, la digoxine, les sulfamides potentialisés, l’oxytétracycline, la prednisolone ou la codéine.