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La flore commensale est responsable des pyodermites et des dermatites à Malassezia. Elle peut en effet devenir capable de coloniser et d’infecter la peau quand les conditions lui sont favorables. Une pyodermite est très souvent provoquée par Staphylococcus pseudintermedius, une bactérie se trouvant normalement dans les cavités nasales, la cavité buccale et autour de l’anus. La dermatite à Malassezia est provoquée par une multiplication excessive de Malassezia pachydermatis, une levure se trouvant normalement autour de la bouche, de l’anus et dans les oreilles. Lorsque l’équilibre ou la résistance de la peau sont affaiblis par une maladie sous-jacente, ces micro-organismes vont provoquer une infection cutanée. On retrouve classiquement dans ces maladies les affections allergiques, les troubles endocriniens, les infestations parasitaires, les affections séborrhéiques, les immunodéficiences (ex : administration de corticoïdes à long terme) et autres prédispositions raciales (prédisposition génétique à développer des infections dermatologiques primaires).

Anamnèse et signes cliniques

La pyodermite à staphylocoques et la dermatite à Malassezia sont toutes les deux des affections provoquant du prurit, mais les lésions ne sont pas les mêmes. Une pyodermite à staphylocoques peut engendrer des lésions superficielles (folliculite bactérienne) ou profondes. Le propriétaire décrira une pyodermite superficielle comme une éruption,qui pourra se présenter sous forme d’une éruption papuleuse, pustuleuse, de lésions circulaires caractéristiques des staphylocoques ou de collerettes épidermiques. Ces lésions circulaires caractéristiques des staphylocoques sont érythémateuses, alopéciques et parfois légèrement hyperpigmentées en leur centre. Elles sont souvent entourées d’une collerette épidermique qui se présente comme un liseré plus ou moins circulaire de squames.

Ces lésions sont généralement pathognomoniques d’une pyodermite superficielle, car il est rare de les observer dans d’autres affections. La pyodermite superficielle atteint généralement la face ventrale de l’abdomen et le tronc, elle épargne la tête et l’extrémité des membres. Lors de pyodermite profonde, on observera des nodules et des fistules engendrés par une furonculose (rupture de follicules pileux). L’exsudat est généralement purulent ou mêlé de sang. Les lésions peuvent se situer sur le menton (acné), la face, les membres, ou être plus généralisées.

La dermatite à Malassezia se caractérise par un érythème plus diffus se situant dans les espaces interdigités, axillaires, la face ventrale du cou, le périnée, les babines ou les replis cutanés. La peau peut être humide et recouverte d’une substance grasse et jaunâtre. Si les lésions deviennent chroniques, la peau va se lichénifier et devenir hyperpigmentée. La prolifération des Malassezia peut aussi provoquer une otite cérumineuse externe. Bien que toutes les races puissent être touchées par une dermatite à Malassezia, les basset hounds et les West Highland white Terriers y semblent plus sensibles.

Techniques diagnostiques spécifiques

Lors de pyodermite superficielle, les lésions seront généralement suffisamment caractéristiques pour être reconnues grâce à un examen clinique rapide. Le diagnostic sera définitivement confirmé si les lésions disparaissent après traitement par des antibiotiques appropriés. Si un doute persiste, le diagnostic pourra être confirmé dès le départ grâce à un examen cytologique d’un calque ou d’un scotch cutané. On obtiendra de meilleurs résultats si les pustules sont percées à l’aide d’une aiguille avant d’être prélevées pour examen. Le prélèvement de papules ou de collerettes épidermiques n’apportera souvent que très peu d’informations. On n’effectuera pas de culture bactérienne avec antibiogramme en première intention, mais seulement si les lésions répondent mal au traitement mis en place. En revanche, si la pyodermite est plus profonde, on pourra réaliser une culture avec un antibiogramme dès le départ, afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’autres micro-organismes impliqués.

Pour le diagnostic d’une dermatite à Malassezia, il sera nécessaire d’examiner des scotchs cutanés après coloration. Pour ce faire, Il faut coller le scotch contre les lésions jusqu’à ce qu’il perde de son adhérence {en général 10 à 20 applications). On colore ensuite le scotch avec une coloration de Diff-Quick (Wright modifiée) puis on l’examine au microscope sous immersion. On reconnaît facilement Malassezia pachydermatis car elle forme comme des empreintes de pas. Si on observe une ou plusieurs levures par champ, c’est qu’il y a une prolifération anormale sur la peau ; en revanche, on considère que ce nombre est normal lorsque le prélèvement provient du canal auriculaire, car lors d’otite, elles seront présentes en bien plus grand nombre.

Quel traitement ?

Lorsque le vétérinaire diagnostique un cas de dermatite à Malassezia ou une pyodermite, il devra également bien examiner l’animal pour rechercher des signes révélant une éventuelle maladie sous-jacente nécessitant d’être explorée. Si on ne détecte aucun symptôme à la première visite, on se contentera de traiter les infections puis de suivre leur évolution. Si elles disparaissent définitivement, il n’est pas nécessaire de réaliser d’autres examens.

On traitera une pyodermite à staphylocoques avec des antibiotiques efficaces contre les cocci Gram positifs producteurs de beta-lactamase. On pourra utiliser par exemple de la céfalexine, l’association amoxicilline­ acide clavulanique, de la clindamycine, des sulfamides potentialisés ou de la céfovécine. Bien qu’elles soient efficaces, on réservera les fluoroquinolones pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, qui sont très rares au niveau de la peau. Si l’infection est superficielle, le traitement sera poursuivi durant trois semaines. Pour les infections profondes, le traitement se prolongera jusqu’à deux semaines après disparition totale des lésions. Un traitement topique avec un shampoing antibactérien pourra être associé aux antibiotiques lors de pyodermite superficielle ou profonde si le propriétaire est capable de l’effectuer 2 à 3 fois par semaine. On pourra choisir un shampoing contenant du peroxyde de benzoyle, du lactate d’éthyle, ou de la chlorhexidine.

On traitera une dermatite à Malassezia avec un shampoing à base de miconazole/chlorhexidine (Malaseb•,VetXXX). Si le propriétaire peut le faire, on débutera le traitement au rythme de trois shampoings par semaine durant trois semaines. A leur issue, on réalisera un examen cytologique de contrôle afin de vérifier que les signes cliniques et microscopiques ont bien disparu. Un traitement systémique à base de kétoconazole ou d’itraconazole n’ayant pas d’AMM, il ne sera envisagé que pour les cas les plus sévères, si le propriétaire n’arrive pas à faire les shampoings, ou si le traitement topique n’a pas suffi.

On évitera de prescrire des corticoïdes lors de pyodermite ou de dermatite à Malassezia, sauf si l’infection est secondaire à une dermatite allergique déjà connue, et pour laquelle les corticoïdes font partie de son traitement.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Dans une vaste majorité des cas, lorsque ces infections ne guérissent pas, c’est qu’elles ont une cause sous-jacente qui n’a pas été identifiée.

  • Si les lésions disparaissent, mais que le chien souffre toujours de prurit, il faut envisager une autre affection pouvant provoquer du prurit, en particulier des ectoparasites, une dermatite atopique ou une hypersensibilité alimentaire.

  • Lorsque les lésions et le prurit disparaissent, puis reviennent plus tard, on envisagera une cause non prurigineuse sous-jacente. Les hypothèses les plus probables sont un début de dermatite atopique, une démodécie, une hypothyroïdie, un syndrome de Cushing, une maladie systémique, un processus tumoral, une immunodéficience ou une maladie à prédisposition raciale.

  • Si un traitement adapté ne vient pas à bout des lésions initiales, il peut s’agir d’un phénomène de résistance des staphylocoques, de bactéries atypiques, d’une mauvaise observance du traitement ou d’autres hypothèses du diagnostic différentiel. Il est alors important d’envoyer un prélèvement pour faire une culture de la bactérie suspectée, car l’émergence de certains staphylocoques résistants à la méticilline devient très problématique dans certains pays. Les cliniciens n’oublieront pas que les corticoïdes peuvent affaiblir les défenses immunitaires de l’animal et parfois retarder,voire empêcher, la guérison totale.

Lors de pyodermite, il est possible de fortement réduire les coûts en prescrivant des sulfamides potentialisés. Cependant, les risques d’effets secondaires sont beaucoup plus importants avec cette famille qu’avec des dérivés des pénicillines ou des macrolides. Le traitement d’une dermatite à Malassezia avec un shampoing contenant l’association miconazole/ chlorhexidine ne coûte pas très cher. Les visites de suivi pour faire un examen microscopique génèreront des coûts supplémentaires, mais sont indispensables à une bonne gestion de l’infection. La chlorhexidine utilisée pour se laver les mains peut aussi être utilisée comme alternative aux shampoings anti-bactériens et anti­-fongiques lorsque les propriétaires ne peuvent pas en acheter, mais elle est moins efficace.