Les pododermatites

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Pododermatites - (0 Comments)
pododermatite chien chat urgences vétérinaires pont de neuilly urgences vétérinaires neuilly-sur-seine

Crédit : Fotolia

Il existe une grande variété d’affections touchant les doigts des chiens et des chats. Les lésions peuvent se limiter aux extrémités, mais il est fréquent qu’elles soient associées à une affection cutanée plus étendue. Certaines de ces affections sont traitées dans d’autres chapitres, nous nous restreindrons donc aux affections purement podales. Les causes peuvent être multiples, et l’évaluation attentive des lésions ainsi que de leur répartition aidera le clinicien dans sa démarche. Les affections podales peuvent être prurigineuses et/ou douloureuses, et ainsi engendrer du léchage, des mordillements ou une faiblesse du membre atteint.

Principaux diagnostics différentiels

*Chiens

Prurit et érythème interdigités

  • Démodécie

  • Infestation par Trombicula

  • Dermatite à Malassezia

  • Syndrome de prolifération bactérienne

  • Dermatite atopique

  • Allergie alimentaire

  • Dermatite de contact

Nodule(s) interdigité(s) ± fistule(s)

  • Démodécie

  • Corps étranger

  • Furonculose bactérienne et pyogranulome

  • Granulome fongique

  • Furonculose traumatique (poils incarnés)

  • Rupture d’un kyste folliculaire

  • Pyogranulome stérile

  • Tumeur (adénome sébacé, papillome, tumeur plasmocytaire, histiocytome, mastocytome, tumeur des glandes sudoripares)

Affections des coussinets

  • Hyperkératose liée à l’âge (Cocker Spaniel, Beagle, Basset Hound)

  • Hyperkératose liée à la race (Golden Retriever, Labrador Retriever, Irish Terrier, Norfolk Terrier, Kerry Blue Terrier, Dogue de Bordeaux)

  • Kératome/corne cutanée (Greyhound)

  • Syndrome hépatocutané

  • Pemphigus foliacé

  • Dermatose répondant à l’administration de zinc

  • Acrodermatite létale (Bull Terrier)

  • Vitiligo (dépigmentation)

Affection des griffes

  • Traumatisme

  • Onychodystrophie lupoïde

  • Onychomycose

  • Tumeurs de la racine des griffes (carcinome spino­ cellulaire, kérato-acanthome, mélanome)

*Chats

  • Abcès par morsure de chat

  • Infections associées au FeLV/FIV

  • Infection cutanée virale (poxvirus, herpesvirus, caIicivirus)

  • Infestation par Trombicula

  • Démodécie

  • Pododermatite allergique

  • Granulome éosinophilique

  • Dermatophytose

  • Pododermatite plasmocytaire féline

  • Vitiligo des coussinets (dépigmentation)

  • Traumatisme des griffes

  • Tumeur de la racine des griffes (carcinome épidermoïde, fibrosarcome, métastase digitée d’une tumeur pulmonaire)

  • Paronychie (infection bactérienne, pemphigus foliacé)

Approche diagnostique

Lorsqu’un animal est présenté avec une affection podale, les cliniciens essaieront d’abord de déterminer si l’anamnèse et l’examen clinique permettent la « reconnaissance d’un schéma ». Cette approche est particulièrement utile lorsqu’il est possible de voir distinctement le point d’entrée d’un corps étranger ou d’une larve de Trombicula. Les cliniciens expérimentés et les dermatologues seront aussi capables de reconnaître un vitiligo (dépigmentation bénigne des coussinets), une pododermatite plasmocytaire féline (une affection particulière dans laquelle les coussinets deviennent congestionnés, mous et parfois ulcérés) ou une onychodystrophie lupoïde (chute de plusieurs griffes sans raison apparente). Lorsque des lésions cutanées sont présentes ailleurs, elles peuvent donner des indices importants sur le diagnostic. Par exemple, la dermatite atopique, le pemphigus foliacé, la dermatose répondant au zinc et le syndrome hépato-cutané produisent tous des lésions cutanées caractéristiques dans d’autres zones du corps.

Il est important pour le diagnostic de décrire précisément les lésions podales (voir plus haut). Chez les chiens, les cliniciens rechercheront aussi des anomalies anatomiques ou pathologiques pouvant avoir déclenché ou entretenu les affections décrites précédemment, en particulier celles résultant de la rupture de follicules pileux. Ils examineront par exemple la conformation des membres et des coussinets à la fois lorsque le chien est debout et lorsqu’il ne s’appuie pas dessus. Chez certains chiens, la conformation des coussinets est anormale, et quelques poils peuvent se retrouver sous une zone d’appui (ex : coussinet en fer à cheval). Les follicules pileux vont alors créer des lésions traumatiques en s’implantant dans le derme, en particulier chez les races à poils courts, et provoquer une furonculose et une réaction inflammatoire pyogranulomateuse. Des phénomènes prolifératifs chroniques, comme une hyperplasie et une fibrose interdigitée, vont ensuite augmenter les phénomènes de friction, les traumatismes et l’inflammation.

L’étape suivante pour essayer d’établir un diagnostic précis implique l’examen au microscope de prélèvements réalisés au niveau des extrémités. Il est capital d’éliminer l’hypothèse d’une démodécie lorsque les lésions podales touchent les follicules pileux. La pododémodécie peut se manifester de façon localisée, et en l’absence d’autres lésions sur le reste du corps, c’est une maladie souvent chronique et difficile à traiter chez les chiens. Plus elle est diagnostiquée tôt, plus le traitement aura de chances d’être efficace. Elle complique souvent le diagnostic car on peut être confronté à plusieurs formes, avec par exemple de l’érythème, de l’alopécie, des nodules, ou des fistules. Il est possible de mettre en évidence les acariens grâce à un raclage ou un trichogramme.

Il est nécessaire d’effectuer un examen cytologique d’un scotch test et d’un calque pour identifier une 1 dermatite à Malassezia ou une infection bactérienne. Ces examens peuvent aussi révéler un syndrome de prolifération bactérienne, qui correspond à une maladie prurigineuse dans laquelle un nombre très important de micro-organismes sont présents sans signe de réponse neutrophilique. Les infections podales récurrentes peuvent être provoquées par beaucoup de maladies sous-jacentes, comme par exemple une hypersensibilité alimentaire à tropisme cutané, une hypothyroïdie, un syndrome de Cushing, une administration excessive de corticoïdes, une maladie systémique, une infection par le FeLV/ FIV ou une prédisposition raciale (surtout chez les Bull terriers). Lorsque l’on rencontre des bactéries peu courantes lors de l’examen cytologique (ex : coques), ou lorsqu’une infection bactérienne ne régresse pas suite à un premier traitement, il est préférable d’effectuer une culture avec un antibiogramme. L’examen cytologique est aussi précieux dans le diagnostic des granulomes éosinophiliques, des pododermatites plasmocytaires, des dermatophytoses, _ des pemphigus foliacés, des tumeurs et des dermatoses répondant à l’administration de zinc.

Il est possible de réaliser d’autres examens complémentaires selon la nature des lésions et des signes cliniques. Lorsque les pattes sont rouges et prurigineuses, il convient de s’orienter vers une origine allergique une fois que les hypothèses parasitaires et infectieuses ont été éliminées. Lorsqu’une alopécie étendue est présente, il convient de rechercher une dermatophytose. Lorsque des nodules interdigités ± des fistules sont présents, on recherchera la présence d’un corps étranger, d’une démodécie ou d’une infection bactérienne avant d’envisager d’autres examens complémentaires. Une fois ces affections éliminées ou traitées, il est conseillé de réaliser une biopsie cutanée afin de caractériser le processus pathologique impliqué, et d’identifier la nature de la réponse inflammatoire, ainsi que la présence ou l’absence de kystes folliculaires, de follicules pileux dans le derme, d’éléments fongiques, de fibrose ou d’une tumeur. Une biopsie est également indiquée lorsque l’on suspecte une infection Ivirale ou une maladie touchant les coussinets, à moins que les modifications ne semblent pas cliniquement pertinentes (ex : vitiligo ou hyperkératose liée à l’âge). Si l’on suspecte la présence d’une tumeur, on pourra explorer cette hypothèse en réalisant une biopsie ou une aspiration à l’aiguille fine.

Quel traitement envisager ?

Il faut d’abord traiter toute infection ou infestation parasitaire pouvant être à l’origine de la pododermatite.

Si l’on détecte des micro-organismes peu courants, ou si l’on suspecte une résistance, on réalisera une culture puis un antibiogramme à partir d’une biopsie cutanée ou d’une fistule profonde, afin d’adapter le traitement antibiotique. Tant que les lésions régressent, il faut poursuivre le traitement antibiotique, ce qui peut nécessiter de 1 à 3 mois de traitement dans les cas chroniques. Chez certains patients, ce traitement permettra une disparition complète des lésions, alors que chez d’autres, il ne sera pas suffisant. Dans ce cas, il conviendra de poursuivre les investigations afin de déterminer la cause sous-jacente.

Un traitement local à base de shampoings et de crèmes antiseptiques peut être associé au traitement des infections purement bactériennes, mais peut également être utilisé seul lors d’une dermatite à Malassezia ou d’un syndrome de prolifération bactérienne. Les pommades à base d’acide fusidique (Fucidine®, Vetxx) ou de mupirocine (Bactroban®) sont très efficaces pour traiter les nodules hébergeant une infection bactérienne profonde.

Si une allergie cutanée sous-jacente est présente, il faudra la prendre en charge à long terme.

Les cas de pododermatite les plus difficiles chez le chien sont ceux qui sont associés à des ruptures de follicules pileux et à des kystes folliculaires multiples provoquant l’apparition de nodules interdigités. Ils peuvent être associés à une infection bactérienne sévère et il arrive souvent que des pyogranulomes stériles persistent, même après une administration prolongée d’antibiotiques. Il convient alors de prescrire des corticoïdes systémiques ou locaux pour limiter la réaction inflammatoire et permettre la guérison des nodules récalcitrants. Si le problème fait suite à une conformation anormale des doigts, l’utilisation à long terme de corticoïdes peut être appropriée. Dès que les lésions entrent en rémission, il faudra déterminer la dose efficace la plus faible, avec une administration à jours alternés. Des résultats similaires pourront être obtenus avec de la ciclosporine et/ou du tacrolimus topique, mais ces médicaments sont beaucoup plus cher. Des bains quotidiens de sels d’Epsom (une solution saturée en MgS0 ) peuvent aussi être utiles pour assouplir la couche cornée, et permettre au matériel étranger incrusté de s’extraire de la peau.

Un dermatologue est souvent plus compétent pour prendre en charge et traiter les cas de pododermatite, car leurs origines sont très diverses, et il est important d’établir un diagnostic précis avant d’initier un traitement.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Il existe deux situations dans lesquelles le propriétaire peut penser que le traitement est inefficace : lorsque le problème est récurrent ou lorsque les lésions sont réfractaires au traitement initié.

La principale raison pour que des lésions récidivent après un traitement apparemment efficace, est l’échec de l’identification de la cause sous-jacente. Le scénario le plus courant est une infection podale récurrente secondaire à une dermatite allergique sous-jacente, une affection endocrinienne ou une maladie systémique. Si la cause sous-jacente ne peut être déterminée, mais que les lésions semblent répondre au traitement antibiotique, on peut envisager de l’administrer par intermittence. Il est préférable de référer ces cas à des spécialistes.

La pododermatite peut être réfractaire au traitement si le diagnostic est incorrect ou si la cause sous-jacente n’a pas été traitée en même temps. De plus, les complications principales d’une pododermatite sont une fibrose et des cicatrices. Elles peuvent être causées par une inflammation chronique, une infection, une furonculose ou par réaction vis-à-vis d’un corps étranger et peuvent être à l’origine de séquelles irréversibles.

Les traitements spécifiques envisageables en cas de fibrose ou de cicatrice sont :

  • Les corticoïdes – utilisés pour réduire la production de tissus cicatriciels

  • La pentoxifylline – utilisée pour ses vertus anti­ fibrotiques à la dose de 15 mg/kg deux fois par jour. Son efficacité est variable mais peut être bénéfique dans certains cas

  • La chirurgie – l’exérèse chirurgicale des nodules récalcitrants ou des zones focales cicatricielles peut être envisagée lors de lésions chroniques. L’opération est assez simple lorsque les lésions sont isolées et modérées. Lorsque l’on est face à des lésions interdigitées sévères, chroniques et fibrosées, on peut effectuer une podoplastie. Il faut alors retirer le tissu interdigité lésé puis, soit séparer les orteils de façon permanente, soit fusionner les coussinets des zones d’appui. Ces opérations, bien que potentiellement curatives, comportent un risque élevé de complications et devront être réalisées par des chirurgiens expérimentés dans ce domaine.