L’hyperthyroïdie féline

septembre 3rd, 2015 | Redigé par admin in L'hyperthyroïdie féline - (0 Comments)
chat humain hyperthyroïdie urgences vétérinaires 92

© Budimir Jevtic

L’hyperthyroïdie est une endocrinopathie fréquente affectant les chats âgés. Dans environ 98 % des cas, elle est provoquée par une hyperplasie adénomateuse des glandes thyroïdes. Pour les 2 % restants, il s’agit d’un carcinome de la thyroïde. La cause sous-jacente est encore inconnue à l’heure actuelle. Dans environ 75% des cas, les deux glandes sont touchées. Dans 10-20 % des cas, il y a un tissu thyroïdien ectopique au sein de la cavité thoracique.

 

Signes cliniques

L’anamnèse classique d’un chat hyperthyroïdien est une perte de poids associée à une polyphagie. L’hyperthyroïdie tend à être diagnostiquée de plus en plus précocement, avant même que le chat n’ait commencé à perdre du poids. Les autres signes cliniques qu’il est possible de détecter précocement au cours de l’évolution de la maladie sont des vomissements, une agitation perpétuelle, des vocalisations excessives, de la diarrhée, une polyurie/polydipsie, un pelage de mauvaise qualité, des tremblements, une faiblesse ou une dyspnée/halètement. Certains chats ont une forme d’hyperthyroïdie appelée « apathique » ; au lieu d’être hyperactifs et en polyphagie, ils sont alors léthargiques et manquent d’appétit. D’autres maladies concomitantes, fréquentes chez les chats de cet âge, peuvent venir compliquer le tableau clinique.

On ne détecte souvent que la présence d’un goitre à l’examen clinique, il est présent chez environ 90 % des chats hyperthyroidiens. En revanche, l’absence de goitre n’exclut pas nécessairement le diagnostic d’hyperthyroïdie car la thyroïde peut avoir une position très variable, et il arrive dans certains cas que du tissu thyroïdien ectopique hypersécrétant soit présent dans le thorax. La palpation d’une masse cervicale n’est pas pathognomonique d’une hyperthyroïdie car il arrive que des nodules thyroïdiens non sécrétants ou qu’une masse d’origine non thyroïdienne soient présents. Les autres anomalies qu’il est possible d’observer sont une maigreur, un pelage de mauvaise qualité, une tachycardie ou une tachypnée. D’autres anomalies cardiaques telles qu’un souffle ou un bruit de galop peuvent être présentes à l’auscultation car il est courant qu’il y ait une hypertrophie ventriculaire secondaire. L’hypertension est fréquente chez les chats hyperthyroïdiens, on peut trouver des signes de rétinopathie hypertensive à l’examen ophtalmologique.

Principaux diagnostics différentiels

  • Les autres affections à l’origine d’une perte de poids, en particulier les affections rénales chroniques, le diabète sucré ou une tumeur

  • Les autres causes de polyphagie, en particulier le diabète sucré ou une malabsorption (ex : MICI, insuffisance du pancréas exocrine, cholangite lymphocytaire)

  • Les maladies engendrant une PUPD, en particulier l’insuffisance rénale chronique ou le diabète sucré

  • Les autres causes de vomissements et de diarrhée

  • Les autres affections à l’origine d’un manque d’appétit ou d’une anorexie

Techniques diagnostiques spécifiques

Le diagnostic définitif de l’hyperthyroïdie se base généralement sur la mise en évidence d’une augmentation de la concentration en T4, totale dans le sérum. L’élevation de cette dernière est très spécifique d’une hyperthyroïdie ; il suffit, pour plus de 90 % des chats souffrant d’hyperthyroïdie, de mettre uniquement en évidence cette élévation pour établir le diagnostic.

Il arrive occasionnellement que la T4 totale se situe au niveau de la norme supérieure chez des chats hyperthyroïdiens. Ceci peut s’expliquer par des fluctuations normales de la concentration en T4 lorsque le chat a une hyperthyroïdie précoce/modérée, ou par une baisse de la concentration de T4, totale à cause d’une autre affection concomitante non-thyroïdienne. Si la T4 totale se situe dans la norme chez un chat suspect d’une hyperthyroïdie, on effectuera les investigations suivantes :

  1. Mesurer à nouveau la T4 totale et exclure les affections non thyroïdiennes

  2. Si la T4, est toujours dans la norme, il faut mesurer la T4, libre à l’aide d’une dialyse à l’équilibre

  3. Si la T4 totale et libre sont toujours normales, deux approches sont possibles :

  4. Attendre et surveiller l’évolution de l’état du chat, puis répéter les étapes précédentes 2- 3 mois plus tard

  5. Effectuer une scintigraphie de la thyroïde. Bien que cette procédure nécessite de référer le chat, elle est utile car elle permet de localiser le tissu thyroïdien hyperfonctionnel et ainsi de déterminer le traitement à mettre en place.

Comme l’hyperthyroïdie est une maladie touchant les chats âgés qui ont souvent une autre affection concomitante pouvant influencer le traitement, il convient d’effectuer d’autres examens complémentaires tels qu’une NF sanguine complète, une biochimie, une analyse urinaire et une mesure de la pression artérielle. Il est fréquent que les enzymes hépatiques soient légèrement augmentées. Il est important de vérifier les paramètres rénaux avant de commencer à traiter l’hyperthyroïdie, car ce traitement peut provoquer une augmentation des paramètres rénaux en révélant une insuffisance rénale déjà présente, et auparavant masquée par l’hyperthyroïdie. La réalisation d’autres examens complémentaires dépendra des éléments cliniques et des résultats des tests effectués au laboratoire.

Traitement

Il faut essayer autant que possible de commencer par stabiliser médicalement les chats hyperthyroïdiens. On pourra ainsi évaluer à nouveau la fonction rénale une fois le chat devenu euthyroïdien (avant de réaliser un traitement irréversible), afin de stabiliser une éventuelle affection rénale avant toute anesthésie (si l’on envisage une thyroïdectomie). Il n’existe qu’un seul médicament possédant une AMM vétérinaire dans le traitement de l’hyperthyroïdie du chat en France, c’est le thiamazole (Felimazole®, Dechra). Il existe dans la gamme des médicaments humains le carbimazole qui est rapidement métabolisé en thiamazole après administration.

Pour limiter les effets secondaires, on conseille de commencer avec une dose faible (2,5 mg de thiamazole une à deux fois par jour, ou 10-15 mg de carbimazole une fois par jour), puis d’augmenter la posologie toutes les 3 semaines (sauf si des effets secondaires trop délétères apparaissent) afin d’obtenir une euthyroïdie. Les effets secondaires se manifestent généralement au cours des trois premiers mois de traitement. Ils sont généralement modérés et incluent un manque d’appétit, des vomissements et une léthargie. Les effets secondaires plus sévères sont une hépatopathie, un prurit cervico-facial ou un désordre hématologique. Si l’un de ces effets secondaires apparaît, il faut arrêter le traitement immédiatement.

Une fois que le chat est stabilisé, il existe trois options pour son traitement à long terme : continuer le traitement médical, effectuer une thyroïdectomie chirurgicale ou administrer de l’iode radioactive. La thyroïdectomie est fréquemment effectuée dans des cliniques classiques et est généralement curative. Les inconvénients de la thyroïdectomie sont :

  • La nécessité d’effectuer une anesthésie générale (car ces patients ont souvent un risque anesthésique élevé)

  • Le risque de récidive, en particulier lors de thyroïdectomie unilatérale

  • Le risque d’hypoparathyroïdie et d’hypocalcémie en découlant si les glandes parathyroïdes sont retirées/ abîmées par mégarde lors d’une thyroïdectomie bilatérale

  • Un échec du traitement s’il existe un tissu thyroïdien ectopique.

L’administration d’iode radioactive est le traitement de choix car il est curatif sans être dépendant de la localisation du tissu hypersécrétant. Il ne possède que très peu d’effets secondaires et ne nécessite pas d’anesthésie. Les inconvénients sont qu’il est peu disponible, et qu’il faut hospitaliser le chat durant 3-4 semaines après le traitement dans une clinique spécialisée à cause de l’excrétion de substances radioactives. Toute affection concomitante ou complication secondaire, telle qu’une insuffisance cardiaque congestive ou une hypertension, peuvent nécessiter un traitement spécifique selon leur sévérité.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

La majorité des chats seront faciles à stabiliser avec le traitement médical. La cause d’échec la plus fréquente est une mauvaise administration du traitement par le propriétaire ou un chat difficile à manipuler pour lui donner. S’il s’avère difficile d’obtenir une euthyroïdie malgré un traitement correctement effectué, on pourra alors envisager d’autres hypothèses pour l’expliquer. Parmi celles-ci,on peut avoir un carcinome thyroïdien ou une grande quantité de tissu thyroïdien adénomateux hyperfonctionnel. Il peut être utile de réaliser une scintigraphie de la thyroïde chez les chats qui répondent mal au traitement médical.

Le traitement médical est celui qui revient le moins cher à court terme, mais pour arriver à stabiliser le chat de façon optimale, il faut le revoir régulièrement, suivre l’évolution de sa T4 sérique de la NF sanguine/biochimie afin de détecter tout effet secondaire du traitement avec du thiamazole ou du carbimazole. Comme le traitement est à vie, le choix d’un traitement médical peut se révéler plus cher à terme que la chirurgie ou l’administration d’iode radioactive selon l’espérance de vie du chat. Cependant, les frai sont plus étalés avec un traitement médical.