La démodécie

janvier 26th, 2017 | Redigé par admin in Démodécie - (0 Comments)
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© Dogs

La démodécie est une affection cutanée provoquée par la prolifération des acariens Demodex canis, Demodex injai ou d’un Demodex auquel on n’a pas encore attribué de nom ayant un corps plus court. Certains demodex font partie de la flore cutanée commensale des animaux de compagnie et de l’homme ; on les retrouve au niveau des follicules pileux de la tête et des paupières. Ces acariens colonisent les animaux durant leurs premiers jours de vie à l’occasion de l’allaitement. Le chien est la seule espèce à être assez couramment atteinte de démodécie. On pense que les chiens déclarant une démodécie et âgés de moins de 18 mois seraient porteurs d’une anomalie empêchant leur système immunitaire de réguler la multiplication des demodex. Chez les adultes, le développement de cette maladie peut être dû à un traitement avec des corticoïdes, des médicaments cytotoxiques, à un syndrome de Cushing, une hypothyroïdie, une tumeur ou encore être idiopathique.

Anamnèse et signes cliniques

Lors de démodécie, on observe classiquement une chute de poils. Du prurit est associé dans 30 % des cas. La démodécie peut se présenter sous une forme localisée, généralisée ou podale. La peau peut être érythémateuse, de couleur normale ou parfois hyperpigmentée. Lorsqu’on examine la peau de près, on pourra trouver des comédons ou des manchons pilaires qui sont révélateurs d’une hyperkératose folliculaire. Lors d’infections bactériennes secondaires, on observe des pustules, des nodules ou des fistules.

Techniques diagnostiques spécifiques

La démodécie fait partie du diagnostic différentiel de toute alopécie focale, multifocale ou généralisée (que du prurit soit associé ou non), mais également de façon générale dès lors qu’on observe du prurit et que son , origine reste inconnue. On ne peut établir un diagnostic de démodécie qu’après visualisation des demodex à partir d’un prélèvement cutané. Il est fortement déconseillé de baser son diagnostic uniquement sur les signes cliniques, car le traitement d’une démodécie est long et fastidieux, et nécessite un suivi régulier de la prolifération des demodex pour être efficace.

Voici quelques tests pouvant être utilisés afin de détecter la présence de Demodex :

  • Raclage profond : il faut aller jusqu’à la rosée sanguine. On conseille de placer le prélèvement dans une goutte de lactophénol puis sur une lame ; on pourra l’observer au microscope au grossissement x4. Chez les chiens souffrant de démodécie, on observera facilement leur présence. Certains cliniciens pensent qu’il est normal de trouver quelques demodex chez un chien sain. Ce n’est pas vrai : si l’on trouve des Demodex sur un raclage cutané, c’est que le chien souffre d’une démodécie clinique. La population commensale n’est pas suffisamment nombreuse pour que l’on puisse en trouver sur un raclage.

  • Arracher quelques poils (trichogramme) : il est plus facile à réaliser qu’un raclage, en particulier autour de la tête ou au niveau des membres. On cherchera les acariens au niveau du bulbe et de la tige.

  • Biopsie cutanée : elle n’est normalement pas indiquée pour diagnostiquer une démodécie. Si le diagnostic est établi par cette voie, c’est que le clinicien a mal évalué les signes cliniques de l’animal.

Quel traitement ?

Pour qu’un chien guérisse d’une démodécie, il faut que les symptômes disparaissent et qu’on ne trouve plus de demodex lors de l’examen microscopique. Il s’agit d’une différence majeure comparé au traitement des autres atteintes parasitaires. Il est important de suivre cette recommandation car l’animal peut sembler guéri cliniquement, alors que les demodex sont toujours nombreux ; un arrêt du traitement provoquerait alors une rechute. C’est pour cela qu’il faut mettre en place un suivi de l’animal et effectuer un raclage et/ou un trichogramme régulièrement.

Les jeunes chiens atteints de démodécie localisée modérée guériront spontanément dans 90% des cas grâce à une réponse efficace de leur système immunitaire. Dans ces cas-là, on conseille de l’expliquer au propriétaire et d’attendre avant de débuter un traitement. On programmera une visite de contrôle quatre semaines plus tard pour s’assurer que son état s’est amélioré. Cette approche permettra de savoir si le chien est prédisposé à développer une nouvelle démodécie plus tard dans sa vie, en particulier s’il est amené à prendre des molécules immuno-suppressives pour le traitement d’une autre maladie. S’il s’avère nécessaire de traiter une démodécie localisée dès le départ, en particulier lorsque le propriétaire insiste, on se limitera à des molécules peu agressives comme de la moxidectine ou une application topique d’amitraz.

Lorsque les lésions sont plus sévères et très étendues, il est peu probable que la guérison soit spontanée, il faut donc mettre en place un traitement. Pour le moment, seules l’amitraz en topique et la moxidectine en spot-on ont une AMM pour traiter la démodécie, les cliniciens préfèreront donc l’utilisation de l’un de ces deux molécules. Toutefois, la moxidectine en spot-on n’est pas la plus efficace pour traiter une démodécie généralisée ; on choisira donc plutôt soit l’amitraz en première intention, soit on démarrera le traitement avec de la moxidectine pour le poursuivre avec de l’amitraz si elle se révèle inefficace.

Le protocole classique consiste à réaliser des shampoings toutes les semaines avec de l’amitraz et de revenir pour un contrôle tous les mois. Chez les races à poils longs, il pourra être nécessaire de couper leurs poils afin que le traitement pénètre plus facilement dans la peau. Si la peau est recouverte de nombreuses squames ou croûtes, on effectuera un premier shampoing à base de peroxyde de benzoyl. Si c’est le propriétaire qui effectue les shampoings, on lui recommandera de porter des gants et un tablier de protection, ainsi que de faire le shampoing dans un endroit bien ventilé. On préparera la solution d’amitraz selon les recommandations du fabricant, puis on la répartira sur tout le corps de l’animal avec une éponge, et on la laissera sécher.Dans les zones difficiles comme la tête, on pourra répartir la solution avec du coton. Pour bien traiter l’extrémité des membres, on conseille de mettre le chien debout avec l’extrémité des membres dans la solution pendant qu’on l’applique au reste du corps. Il faudra empêcher le chien de se lécher le temps que le produit sèche.

On pratiquera des raclages cutanés tous les mois afin de déterminer quand on pourra arrêter le traitement. Il sera terminé lorsque les lésions auront disparu et que deux raclages à un mois d’intervalle seront négatifs. Ainsi, la plupart du temps, le traitement devra être poursuivi durant au moins 2 mois, et pour les cas les plus sévères il pourra durer jusqu’à six mois.

Voici quelques conseils à suivre pour augmenter les chances de réussite :

  • Ne jamais administrer de corticoïdes à un chien atteint de démodécie, même lorsqu’il souffre d’un prurit sévère. Ils augmenteront la durée du traitement et empêcheront une guérison complète.

  • Lors d’infection bactérienne secondaire, on associera aux shampoings des antibiotiques par voie systémique jusqu’à résolution de la pyodermite

  • Les chiennes non-stérilisées devront l’être lorsque la maladie commence à guérir mais avant sa résolution complète. En effet, les variations hormonales survenant autour de l’œstrus peuvent déstabiliser les interactions entre le système immunitaire et les demodex, et provoquer une rechute

  • Si le chien est adulte lorsque la maladie se déclare, il faut s’assurer qu’il ne souffre pas d’une maladie sous-jacente. On réalisera des analyses de routine telles qu’une NF sanguine, une biochimie, une analyse d’urine, et on éliminera l’hypothèse d’un syndrome de Cushing.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

La plupart des cas de démodécie guériront si les consignes précédentes ont été bien suivies pendant le temps nécessaire. Mais il peut arriver que les demodex persistent malgré la disparition des lésions. Si le chien n’a reçu qu’un traitement en spot-on de moxidectine, on démarrera les shampoings d’amitraz. On envisagera un traitement hors AMM si, à l’issue de 3 à 6 mois de traitement avec de l’amitraz, les demodex sont toujours présents. Le plus souvent, on prescrira de la milbémycine ou de l’ivermectine. Les cliniciens ne s’engageront dans ces protocoles que s’ils sont familiers avec les posologies et les effets secondaires potentiels. Il peut arriver que les demodex ne disparaissent pas complètement lors des contrôles malgré de nombreux traitements avec différentes molécules : il faudra alors mettre en place un traitement à poursuivre à vie.