Revue de presse – Décembre 2016

BREVES

Hongrie

Comme les humains, les chiens ont une mémoire épisodique

Les chiens ont-ils la mémoire d’évènements passés ? Une nouvelle étude démontrerait que c’est bien le cas.

Des chercheurs du groupe de recherche sur l’éthologie comparée du MTA-ELTE et de l’université Eötvös Loránd à Budapest en Hongrie ont conclu que les chiens ont le même type de « mémoire épisodique » que les humains et qu’ils peuvent se rappeler des événements passés.

L’étude a été publiée dans Current Biology le 23 novembre.

Les chercheurs ont profité d’un tour intitulé « Do as I Do ». (Les chiens formés à « faire comme l’autre » peuvent regarder une personne effectuer une action et ensuite faire l’action eux-mêmes) Les chiens ont pu imiter les actions des chercheurs.

Pour prouver davantage la présence de la mémoire épisodique, les chercheurs ont formé 17 chiens pour imiter les actions humaines avec la méthode de formation « Do as I Do ». Ils ont ensuite fait un autre cycle de formation dans lequel les chiens ont été formés à se coucher après avoir regardé une action humaine, quelle qu’elle soit.

Après que les chiens aient appris à se coucher de manière fiable, les chercheurs les ont surpris en disant « Do It » et les chiens ont exécuté l’action. En d’autres termes, les chiens se rappelaient ce qu’ils avaient vu faire, même s’ils n’avaient aucune raison particulière de penser qu’ils auraient besoin de s’en souvenir. Ils ont donc montré une mémoire épisodique.

Les chiens ont été testés de cette façon après une minute et après une heure. Les résultats montrent qu’ils ont été en mesure de rappeler les actions démontrées après les intervalles de temps courts et longs bien que la mémoire se soit évanouie un peu avec le temps.

(NewStat, 28 novembre)

France

Des chiens renifleurs pour dépister le cancer du sein

Le cancer du sein pourrait tuer plus de 5 millions de femmes par an dans le monde d’ici 15 ans. D’où une urgence à développer les méthodes de dépistage précoces efficaces et fiables. On le sait, les chiens ont un odorat qui défie l’imagination : ils sont en effet capables de sentir près de 10 000 odeurs, dix fois plus qu’un humain.

Depuis le début des années 2000, les Etats-Unis utilisent déjà des chiens renifleurs pour détecter notamment les cancers de la prostate. Mais depuis l’automne 2015, l’Institut Curie chapeaute un projet qui a pour nom de code KDOG. Né des travaux d’Isabelle Fromantin, infirmière à l’Institut, spécialiste en plaies et cicatrisations devenue docteur en sciences et ingénierie, il vise à proposer une solution complémentaire de dépistage du cancer du sein, alternative à la mammographie de première intention, qui passe par la détection grâce à l’odorat des chiens.

L’hypothèse d’Isabelle Fromantin est la suivante : il est possible de détecter le cancer par les composés volatiles, qui agissent comme biomarqueurs. Fiable, non-invasive, simple, et peu coûteuse, les avantages d’une telle méthode sont évidents.

Grâce à une campagne de crowdfunding, KDOG a reçu près de 100 000 euros de fonds financiers. L’équipe de recherche est composée de chimistes, chirurgiens, pathologistes, anesthésistes, infirmiers, ingénieurs et bien sûr éducateurs canins, puisque la première étape consiste à dresser les chiens à la détection de l’odeur. Ainsi, depuis début novembre, deux malinois prénommés Thor et Nykios sont entraînés à Magnac-Laval, en Haute-Vienne, sur des échantillons de tumeur afin qu’ils identifient l’odeur. Au fur et à mesure, le travail va s’affiner, de façon à ce qu’à terme, les chiens puissent détecter la présence d’un cancer sur un simple bout de tissu qui aurait été en contactavec un sein.

Les échantillons sont prélevés à l’Institut Curie puis envoyés au centre d’éducation. Jamais les chiens ne sont en contact avec les patientes. Les comportements des chiens sont filmés, de façon à ce que l’équipe puisse évaluer leur travail dans les moindres détails ainsi que leur progrès. Lorsque Thor et Nykios auront atteint l’objectif attendu, l’équipe entamera une étude clinique pour valider les tests sur un pool de patients. Si le diagnostic s’avère positif, les examens complémentaires seront exactement les mêmes qu’à la suite d’une mammographie positive.

Isabelle Fromantin ne cache pas que si le projet rencontre le succès médical espéré, cela pourrait ouvrir la porte à la détection précoce d’autres affections plus difficiles à diagnostiquer, comme le cancer des ovaires, qui reste aujourd’hui très coûteux et invasive, et souvent réalisé très tardivement.

Plus d’informations :

Le site officiel du projet KDOG : http://www.kdog.fr/

La Page Facebook : https://www.facebook.com/KDOG.CancerDetectGroup/

(source : Pet in the City, 16 décembre)

Etats-Unis

L’oncologie comparée pour vaincre le cancer chez les chiens et les humains

Les écoles médicales et vétérinaires s’associent pour trouver de nouveaux traitements contre le cancer. Ce nouveau domaine de « l’oncologie comparative », qui tente de développer de nouveaux traitements pour les chiens en vue de leur adaptation aux humains, devient de plus en plus populaire. L’Institut National américain du cancer, par exemple, supervise actuellement les essais canins dans près de deux douzaines d’écoles vétérinaires universitaires.

A l’Université du Kansas, les chercheurs ont développé un traitement de chimiothérapie injectable. Ils ont commencé à exécuter des essais en 2012 avec sept chiens de grande race, à l’aide de petites formes de cancer de la bouche. Trois chiens sont entrés en rémission et deux avaient une rémission partielle ou un ralentissement de la maladie. L’équipe poursuit les essais et espère qu’ils seront en mesure de commencer les essais humains dans les prochaines années.

D’autres chercheurs, comme ceux de l’Université de Pennsylvanie, ont travaillé sur un traitement d’immunothérapie pour l’ostéosarcome après des traitements d’amputation et de chimiothérapie, comme indiqué dans le Washington Post. Le vaccin est développé pour stimuler le système immunitaire et éliminer les cellules cancéreuses restant après la chimiothérapie. Cette étude a débuté en 2012 avec 18 chiens, qui ont survécu à une médiane de 956 jours après le traitement – une amélioration de la médiane habituelle de 423 jours. Le vaccin est maintenant pris pour des essais à l’échelle nationale. C’est aussi dans les premiers essais pour les humains.

Bien que toujours dans les étapes d’essai, les chercheurs sont optimistes quant à la réussite future qui aidera à traiter le cancer tant chez les chiens que chez les humains.

(source : NewStat, 7 décembre)

Etats-Unis

Enquête sur le « Border Collie Collapse »

Le « Border Collie Collapse », ou BCC, est reconnu comme une forme d’intolérance à l’exercice chez les border collies, les Kelpies et les races apparentées aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Les chiens expérimentant un « BCC » sont normaux au repos, mais après 5-15 minutes d’exercice intense peuvent développer un manque de coordination ainsi qu’une altération de la lucidité.

Alors que de nombreux vétérinaires et propriétaires de chiens n’ont pas entendu parler de cette affection, Sue Taylor, DVM, DACVIM, chercheur principal sur l’étude BCC imprimée dans le JAAHA, explique que « ce n’est pas rare et c’est un problème important chez ces races. » La Border Collie Association, la AKC Canine Health Foundation et la Border Collie Society of America ont tous reconnu cela et appuyé la recherche du Dr Taylor.

Le « BCC » peut être un problème important, mais il n’existe aucune donnée sur sa prévalence, parce qu’il n’existe encore aucun test de diagnostic. Katie Minor, l’un des chercheurs impliqués dans l’étude, a participé à un test mené à grande échelle au Minnesota, sur un groupe de chiens dont près de 5% manifestaient des signes de BCC. Si ce pourcentage est indicatif de sa présence à travers la race, le BCC est à peu près aussi répandu que « l’exercise induced collapse » (EIC) chez les retrievers, mais les chercheurs doivent trouver la source de BCC pour déterminer plus précisément les chiffres.

L’EIC étudié en laboratoire semblait avoir beaucoup de similitudes avec le BCC, et on pensait d’ailleurs pendant longtemps que les deux étaient probablement connectés, mais il est désormais prouvé que les chiens manifestant le BCC n’ont pas le marqueur génétique qui cause l’EIC. Malgré l’absence de la mutation liée à l’EIC, le Dr Taylor a déclaré: « Nous pensons que le BCC est héréditaire et familiale, mais jusqu’à ce que nous trouvions la cause génétique, il est peu probable que nous comprenons la pathogenèse de ce type de malaise. »

La recherche sur le BCC se concentre maintenant sur la localisation de sa cause génétique. Le Dr. Minor a déclaré avoir collecté des échantillons d’ADN provenant d’environ 200 chiens jusqu’à présent. Les échantillons sont ensuite analysés dans le cadre d’une étude d’association génomique (GEDA) : « La plupart des échantillons d’ADN que nous avons ont été exécutés sur une puce GWAS avec 170 000 marqueurs. Il y aura bientôt une puce GWAS pour les chiens avec environ 700 000 marqueurs, ce qui peut fonctionner mieux avec le border collie, qui est une race diverse et ancienne ». En continuant à recueillir des échantillons de chiens avec BCC et de chiens normaux comme témoins, l’équipe espère déterminer l’emplacement approximatif où la mutation BCC réside et « mener le séquençage complet du génome des cas et des contrôles pour découvrir la mutation (s) sous-jacente causant la sensibilité BCC. »

Bien que la cause n’ait pas encore été déterminée, les études réalisées par l’équipe du Dr Taylor ont trouvé des informations utiles. De l’étude de questionnaire et d’analyse vidéo, le Dr Taylor a déclaré que les chercheurs ont découvert que « les chiens atteints ont une apparence et une altération mentale très typiques pendant les épisodes d’effondrement – ils ont un trouble neurologique épisodique provoqué par l’exercice ou l’hyperventilation, ou encore une hyperthermie induite par l’exercice ». Cela signifierait que l’exercice intense provoquerait des crises, et que les vétérinaires peuvent rechercher un ensemble spécifique de symptômes lors du diagnostic des chiens avec BCC. Le Dr Taylor estime qu’il faut examiner en particulier « les épisodes d’effondrement qui suivent toujours un exercice lié à une excitation intense, avec des caractéristiques qui incluent une altération mentale, l’ataxie des quatre membres, l’éraflure des membres pelviens et l’augmentation du tonus extenseur. »

Avant de diagnostiquer le BCC, les vétérinaires doivent exclure d’autres causes d’effondrement. Les études réalisées par le Dr Taylor montrent que les chiens atteints de BCC ont « une fonction cardiaque normale et des tests métaboliques normaux avant l’exercice et pendant l’effondrement, ainsi que des biopsies musculaires normales ». Par ailleurs, les chiens atteints de BCC démontrent une élévation de température après l’exercice, tout comme les chiens non atteints dans la même situation.

À l’heure actuelle, le seul traitement disponible est d’éviter l’exercice intense, surtout par temps chaud, comme une forme de prévention. L’exercice devrait être arrêté dès qu’un chien montre les premiers signes d’un effondrement, et les chiens symptomatiques doivent être refroidis.

La Dre Taylor souhaite que sa recherche attire l’attention sur le BCC et aide à en découvrir la cause, ce qui permettrait à son équipe de créer un test diagnostique et d’analyser les pratiques d’élevage. L’équipe poursuit son travail de collecte d’échantillons d’ADN, de questionnaires et de vidéos de chiens touchés.

Plus d’informations sur leurs recherches peuvent être trouvées sur leur site Web: http://z.umn.edu/bordercolliecollapse

(NewStat, 14 décembre)

France

Cellules souches : des résultats prometteurs

Le 9 juin dernier, Vetbiobank a organisé à Paris la toute première conférence médicale sur la médecine régénérative pour les petits animaux de compagnie. En particulier, Vetbiobank présentait plus en détail son offre « Canipren®-Joint » applicable aux lésions articulaires canines. Ce sont des cellules souches néonatales canines qualifiées, disponibles sous forme de doses prêtes à l’emploi et conditionnées en seringue pré-remplies. Vetbiobank a publié toutes les caractéristiques de ce produit dans le journal Veterinary Immunology & Immunopathology en février 2016.

Le Dr Jean-François Bardet était l’invité de marque car il a déjà intégré depuis plusieurs mois cette nouvelle technologie dans sa clinique. Il a présenté son expérience portant sur 10 cas.

En préambule, le Dr Bardet a proposé une revue des applications des cellules souches aujourd’hui chez l’homme, qui dépassent largement le contexte des atteintes de l’appareil locomoteur. Puis il a repris l’évolution dont il a été le témoin privilégié de l’approche cellulaire en médecine des animaux de compagnie : il a d’abord utilisé le tissu adipeux de l’animal confié à un laboratoire pour en extraire les cellules et obtenir un concentré plusieurs jours après avec une logistique complexe. Cette approche a été abandonnée au profit d’un kit permettant au vétérinaire de réaliser lui-même cette technique à la clinique. Si cette approche est attractive, car elle évite le recours à un laboratoire extérieur et d’attendre plusieurs jours avant de disposer du produit, elle présente plusieurs inconvénients : la procédure requiert deux heures de travail au laboratoire et ne permet pas de connaître la qualité du produit final, sans contrôle qualité. Aujourd’hui avec Vetbiobank, il est possible de disposer sous 24-48 h d’un produit cellulaire contrôlé, prêt à l’emploi. De plus le caractère néonatal confère aux cellules des propriétés biologiques supérieures à celles des cellules adultes de la graisse ; elles sont plus indifférenciées, plus prolifératives et elles évitent de devoir réaliser un prélèvement sur l’animal malade. Leur naïveté immunologique permet l’utilisation des cellules d’un animal donneur.

Parmi la dizaine de cas réalisés par le Dr Bardet, celui d’un jeune bulldog anglais de 9 mois avec une boiterie des antérieurs, plus marquée à droite. Les examens d’imagerie révèlent une fragmentation des processus coronoïdes bilatérale associée du côté droit à une ostéochondrite disséquante du condyle huméral médial. Au cours de l’arthroscopie les débris ont été retirés et l’articulation a été nettoyée. L’injection d’une dose de cellules souches néonatales a été réalisée dans l’articulation 15 jours après. Alors que classiquement les signes d’arthroses se développent rapidement, dans ce cas, quatre mois après, la comparaison des examens d’imagerie médicale (radiographies et scanner) avant et après l’injection ne révèle aucune évolution défavorable des lésions. A l’arthroscopie de contrôle, en revanche, la synovite importante initiale a complètement disparu, sans autre traitement anti-inflammatoire ; 80 % de la surface articulaire éburnée est recouverte par un fibrocartilage. Cliniquement, le chien est redevenu asymptomatique et a retrouvé tout son entrain de jeune chiot. Ce cas met en avant le potentiel anti-inflammatoire et régénératif des cellules souches néonatales qui améliorent de manière rapide et importante le bien-être d’un animal présentant une pathologie considérée dans le passé comme désespérée.

S’en sont suivies des questions/réponses passionnantes de la part des 14 participants ayant répondu présents à cette conférence. La question du prix a bien sûr été abordée. Et contrairement aux prix pratiqués aux États-Unis, 1 500 dollars pour une procédure plus lourde et complexe sans les frais vétérinaires, Vetbiobank annonce un prix unitaire de lancement à 475 euros HT ; au vu des résultats cliniques préliminaires encourageants (des études devraient être publiées dans l’année à venir), ce prix permet d’envisager un développement favorable de cette approche thérapeutique qui représente une opportunité supplémentaire de valorisation du savoir-faire vétérinaire. Vetbiobank a annoncé la mise à disposition d’ici la fin de l’année 2016 d’une banque Felipren® de cellules souches néonatales consacrée aux chats. Elle sera d’une grande utilité pour traiter des affections compliquées, comme la gingivo-stomatite chronique fréquente dans cette espèce. En effet une première publication de l’Université de Davis à San Francisco a montré l’intérêt des cellules souches dans cette affection. Le groupe de recherche clinique a utilisé dans ce cas des cellules souches du tissu adipeux du chat malade lui-même (autologue) avec plusieurs cas de guérison et des améliorations cliniques significatives. Vetbiobank met déjà à disposition ce service « à façon » aux vétérinaires qui voient ce genre de maladies. Mais les cellules souches néonatales permettront d’éviter le prélèvement de graisse et de pouvoir traiter plus rapidement le chat. L’utilisation des cellules souches semble donc très prometteuse dans un grand nombre d’affections canines et félines.

ETUDE

Bien-être animal : quelle perception de la part du grand public ?

A. CORNISH : What We Know about the Public’s Level of Concern for Farm Animal Welfare in Food Production in Developed Countries. Animals, 2016

La production de nourriture à partir d’animaux pose de nombreux défis éthiques. Cette étude explore ce que nous savons sur les différents niveaux de préoccupation pour le bien-être des animaux dans la production alimentaire par les intervenants tels que les vétérinaires, les agriculteurs et le grand public. Malgré le niveau élevé de préoccupation du public pour le bien-être des animaux dans la production alimentaire, leur compréhension et leurs connaissances sont médiocres. Ainsi, il est suggéré que grâce à une sensibilisation généralisée, nous pouvons encourager le public à traduire avec précision ses préoccupations auprès des principaux acteurs du marché, qui à leur tour pourront améliorer le bien-être de milliards d’animaux.

La croissance démographique et la consommation croissante de viande, de produits laitiers, d’œufs et de poisson obligent le monde à faire face aux défis croisés que pose la façon de nourrir durablement une population qui devrait dépasser 9 milliards d’individus d’ici 2050, tout en contrôlant l’impact de la production alimentaire sur la planète, les personnes et les animaux. Cet examen reconnaît l’absence d’une définition mondialement acceptée du bien-être des animaux et explore ensuite la littérature concernant les différents niveaux de préoccupation pour le bien-être des animaux dans la production alimentaire par les acteurs tels que les vétérinaires, les agriculteurs et le grand public. Il met l’accent sur la preuve que le niveau de préoccupation du public pour le bien-être des animaux est lié à diverses caractéristiques démographiques et personnelles, telles que l’âge, le sexe, la religion, l’environnement de vie, la viande et la connaissance du bien-être animal. Certains animaux ont des caractéristiques qui influent sur leur bien-être, les espèces considérées comme plus intelligentes étant plus préoccupantes. Il existe des preuves convaincantes que la compréhension du public en général sur le bien-être des animaux dans la production alimentaire est médiocre. Reconnaissant que le souci du public peut être une force motrice pour changer les méthodes de production actuelles, les auteurs suggèrent une prise de conscience généralisée pour redéfinir les méthodes socialement acceptables de production alimentaire des animaux et pour s’assurer qu’elle reste en phase avec les préoccupations sociétales.

L’utilisation humaine des animaux peut prendre diverses formes. De loin, le plus grand nombre d’animaux dans le domaine humain est utilisé dans la production alimentaire, avec des chiffres annuels totaux estimés à plus de 70 milliards d’ animaux. Avec la population mondiale qui devrait dépasser les 9 milliards d’individus d’ici 2050, la production alimentaire devra augmenter de 70% à 100% d’ici 2050. Pour répondre à cette demande, l’agriculture animale a évolué dans les pays développés loin des exploitations agricoles familiales qui étaient en majorité petites avant la deuxième révolution agricole, et est devenue de plus en plus intensive. D’un côté, elle permet de nourrir une population humaine croissante, mais elle a également donné lieu à de nombreux problèmes de bien-être non durables et nuisibles de l’ environnement, la santé animale et humaine.

La mesure dans laquelle les animaux souffrent dans l’agriculture moderne présente un dilemme éthique pour les consommateurs et les producteurs. Malgré sa popularité actuelle, les préoccupations du public en matière de bien-être animal ne sont ni nouvelles, ni susceptibles de diminuer. Les deux dernières décennies ont vu les préoccupations du public pour le bien-être des animaux continuent d’augmenter, et aujourd’hui, la législation sur la protection des animaux existe dans de nombreux pays. Notre connaissance et notre compréhension du bien-être des animaux et du concept de « sentience » sous-tendent les préoccupations sociétales qui engendrent de  telles législations. Les auteurs démontrent néanmoins que le public a seulement une connaissance rudimentaire du bien-être animal dans la production alimentaire. Pour améliorer le bien-être des milliards d’animaux destinés à l’alimentation chaque année, nous devons d’abord aborder les lacunes de la compréhension, de la connaissance et de la prise de conscience des impacts environnementaux, sociaux, de la santé humaine et du bien-être des animaux de tous les systèmes de production animale. 

A leur tour, les consommateurs peuvent être une force motrice pour relever les normes actuelles de bien-être des animaux d’élevage en traduisant avec précision leurs préférences et préoccupations auprès des acteurs du marché.

Qu’est-ce que le bien-être des animaux et comment le mesure-t-on?

Pour comprendre l’intérêt du public pour le bien-être des animaux, il faut d’abord réussir à définir le concept de bien-être. Historiquement, les vétérinaires et les agriculteurs ont principalement compris le bien-être des animaux en termes de santé animale et de productivité, et ils ont moins tenu compte des sentiments des animaux et de leurs états mentaux, mais au cours des dernières décennies, on a u un développement rapide dans les approches scientifiques du bien-être des animaux. 

L’une des premières grandes manifestations publiques de préoccupation pour le bien-être des animaux, en particulier en ce qui concerne le nouveau système de production du confinement, a été déclenchée par le livre de Ruth Harrison, Animal Machines  (1964), qui a exposé les questions de bien-être dans l’ agriculture intensive. Le livre de Harrison a incité le gouvernement britannique à mener une enquête en 1965, dirigée par le professeur Roger Brambell, sur le bien-être des animaux d’élevage intensifs. Depuis cette enquête, l’idée de   « Cinq libertés »   a été posée par le Farm Animal Welfare Council du Royaume-Uni (FAWC) en 1979. Depuis lors, les cinq libertés sont devenus internationalement reconnues comme un énoncé des principes fondamentaux du bien-être animal et continuent à fournir un cadre précieux pour mesurer le bien-être des animaux.

Dans l’Union européenne, les préoccupations du public concernant le bien-être des animaux et les conclusions selon lesquelles les consommateurs ne se sentent pas suffisamment informés sur le bien-être des animaux d’élevage ont conduit l’UE à financer le développement du projet Welfare Quality en 1994, un projet visant à développer des outils fondés sur des données probantes pour évaluer le bien-être des animaux dans les fermes et les abattoirs, identifier les principaux problèmes de bien-être animal et élaborer des stratégies d’amélioration du bien-être. L’approche Welfare Quality a identifié 12 critères et quatre principes qui résument les principaux domaines de préoccupation qui ont besoin d’être évalués.

Le bien-être animal est un concept multidimensionnel. Les scientifiques ont débattu ce que la direction de la recherche sur le bien – être animal devrait être, avec de nombreuses propositions sur différentes définitions, méthodes de recherche et des moyens d’interpréter le bien-être. Actuellement, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) est l’organisation de normalisation internationale essentielle en matière vétérinaire, et elle fournit des lignes directrices, des codes et des normes scientifiques pour divers aspects de la santé animale aux Etats membres. L’OIE veille à ce que le bien-être des animaux soit une priorité internationale dans le Code sanitaire pour les animaux terrestres de l’OIE (Code terrestre). L’OIE définit le bien-être des animaux ainsi : « Comment un animal fait face aux conditions dans lesquelles il vit. Un animal est en bon état de bien-être s’il est sain, confortable, bien nourri, sûr, capable d’exprimer un comportement inné et s’il ne souffre pas d’états désagréables tels que la douleur, la peur et détresse ».

A l’ heure actuelle, les trois principales approches scientifiques de la protection des animaux les plus largement utilisées pour définir et évaluer l’état du bien-être d’un animal sont la fonction biologique, l’état affectif, et la vie naturelle. La première de ces approches est apparue au début des années 1980 et a mis l’accent sur le fonctionnement biologique des organismes, comme dans la reproduction, avec un bon bien-être nécessitant l’absence de stress. Au début des années 1990, la seconde approche a visé les aspects psychologiques du bien-être et des expériences mentales des animaux. Au début des années 2000, cette proposition était devenue largement acceptée et aujourd’hui , il est à la base de beaucoup de discours sur le bien-être animal. La troisième approche, la plus récente, met en évidence la nécessité pour les animaux à vivre naturellement et d’avoir la capacité d’exprimer des comportements innés.

Comme la science du bien-être des animaux a évolué, l’acceptation des expériences mentales représentatives du bien-être a pris de l’importance. La notion de   « Qualité de vie »   (QoL) a été développée pour fournir une approche multifactorielle et globale pour évaluer le bien-être mental d’un animal. Bien que les évaluations de la qualité de vie puissent donner lieu à des spéculations empathiques et à des projections anthropomorphiques, ces problèmes peuvent être minimisés grâce à l’utilisation de méthodes objectivement fondées. A cette fin, la FAWC a affiné le concept de la qualité de vie en  « une vie ne vaut pas la vie »,  «  Une vie digne d’être vécue »   et   « Une bonne vie ». Cela a permis de faire des évaluations de la qualité de vie à l’aide d’une échelle allant de la pire vie possible à une vie qui n’est ni bonne ni mauvaise jusqu’à la meilleure vie possible. Par la suite, Yeates a ajouté le concept de   « vie à éviter », qui met en évidence le rôle de l’ intervention vétérinaire lorsque les expériences négatives l’emportent sur les expériences positives.

De nos jours, la compréhension scientifique du bien-être animal a évolué au-delà de l’absence de souffrance pour inclure la qualité de l’expérience entière de l’animal avec son environnement, comme les états positifs, les préférences, les motivations et les aversions. Malgré, ou peut-être même à cause de ces progrès, il n’existe pas de moyen simple de mesurer le bien-être d’un animal. Pour les chercheurs, évaluer le bien-être animal nécessite un certain nombre d’hypothèses, principalement en raison de différences dans les mesures, les critères de bien- être et leurs interprétations. Néanmoins, l’importance de mesurer le bien-être des animaux est essentielle à tout effort visant à identifier les systèmes agricoles qui offrent les niveaux les plus élevés de bien-être animal. La littérature scientifique sur le bien-être des animaux propose plusieurs façons de mesurer le bien-être animal, y compris les mesures physiologiques de productivité et les réponses comportementales. Ceux-ci sont évalués, entre autres, en utilisant des mesures de santé comme les lésions cutanées, les traits de productivité, tels que la production de lait, et les réactions de stress physiologiques, tels que la fréquence cardiaque.

Le débat sur la sagesse animale qui sous-tend l’intérêt du public pour le bien-être des animaux

La science de la sensibilité animale sous-tend tout le mouvement de protection des animaux et reconnaît que les animaux sont susceptibles de sentir la souffrance et doivent donc être protégés. 

La notion de « sentience animale » se réfère à l’idée selon laquelle un animal éprouve non seulement de la douleur , mais les émotions positives et négatives, telles que la joie et le plaisir. Comme avec   la notion de bien-être animal,   il y a aussi un manque de consensus autour d’ une définition acceptée au niveau mondial pour la sensibilité animale. Néanmoins, si les animaux de ferme sont sensibles, il y a des implications importantes pour l’éthique de la production alimentaire.

Le débat quant à savoir si les animaux sont des êtres sensibles remonte à plusieurs siècles. Par exemple, Descartes, philosophe français du 17ème siècle, voyait les animaux comme rien de plus que des automates, incapables de sentiment ou de souffrance, alors que le théoricien de l’ évolution Charles Darwin a très vite postulé que les animaux étaient capables de conscience de soi, et ses travaux de recherche, dans une perspective de remise en forme évolutive, ont validé le concept de sentience. La sensibilité animale était également soutenue par des éthologistes comme Nicol et Guilford, et Dawkins, dont la recherche pionnière dans les études de motivation chez les animaux (évaluation des efforts qu’un animal est prêt à entreprendre pour atteindre ou éviter un stimulus).

Malgré ces avancées, les progrès scientifiques concernant la sensibilité des animaux ont souvent été entravés par notre incapacité à la mesurer de façon fiable. Néanmoins, aujourd’hui, on reconnaît largement la sensibilité des animaux, en particulier chez les espèces de vertébrés, et les animaux ont été reconnus comme des êtres sensibles dans le traité d’ Amsterdam   en 1997. Le   Traité d’Amsterdam   confère une attention particulière pour les animaux dans le cadre du droit européen. En outre, en 2012, un groupe de scientifiques internationaux de renom ont signé la Déclaration de Cambridge sur la conscience, affirmant leur soutien à l’idée que les animaux possèdent une conscience et sont conscients au même niveau que les humains. Cependant, il reste un débat concernant la sensibilité chez les poissons car ils manquent des structures neuro-anatomiques complexes qui sont associées à des états subjectifs conscients chez les humains. Des exemples de capacités cognitives complexes chez les poissons ont été proposés comme preuve de leur capacité neurologique et physiologique à expérimenter des états subjectifs, mais les critiques suggèrent que ces réponses révèlent simplement les voies réflexes inconscients.

Malgré leur grand nombre, le bien-être des invertébrés est souvent négligé par rapport aux vertébrés en raison de la controverse entourant la sensibilité des invertébrés et l’hypothèse que ces animaux sont incapables de ressentir de la douleur et de la souffrance, mais les rapports scientifiques continuent de révéler des indicateurs comportementaux qui pourraient déduire une sensibilité chez les invertébrés. Ceux-ci se sont intéressés les réponses de la douleur par les mollusques céphalopodes et crabes, le comportement reproducteur complexe par les écrevisses, et le biais cognitif pessimiste comme une mesure d’états émotionnels négatifs chez les abeilles.

Niveau de préoccupation des vétérinaires et des étudiants en médecine vétérinaire pour le bien-être des animaux

Les vétérinaires jouent un rôle fondamental dans la promotion et la sauvegarde du bien-être des animaux. Malgré ce rôle critique, ils ont souvent des responsabilités qui se chevauchent et parfois contradictoires aux animaux dans leurs soins, à leurs clients, les employeurs et le grand public. La littérature révèle que le sexe est un indicateur cohérent du niveau de préoccupation des vétérinaires pour le bien-être des animaux, les femmes vétérinaires et les étudiants en médecine vétérinaire se montrant plus préoccupés par le bien-être des animaux que les hommes.

Une grande partie de la littérature scientifique sur le bien-être animal explore les attitudes des vétérinaires et des étudiants en médecine vétérinaire à la douleur chez les animaux. Une étude menée auprès de vétérinaires en Nouvelle-Zélande a révélé que les femmes éprouvaient des « douleurs animales » plus élevées que celles de leurs collègues masculins, ce qui impliquait que les vétérinaires de sexe féminin étaient plus sensibles à la possibilité que les animaux éprouvent de la douleur. Une étude canadienne a révélé que l’utilisation du traitement de la douleur par les vétérinaires était insuffisante et qu’ils ne donnaient souvent pas de traitement contre la douleur aux jeunes animaux, particulièrement au moment de la castration. En outre, moins de la moitié des vétérinaires de bétail au Royaume-Uni ont indiqué qu’ils avaient une connaissance suffisante de l’ évaluation et du traitement de la douleur des animaux d’élevage. De même, 42% des vétérinaires de petits animaux en Nouvelle-Zélande ont rapporté une connaissance insuffisante de l’évaluation et du traitement de la douleur animale. Plusieurs études ont exploré les raisons données par les vétérinaires pour leur mauvaise utilisation du traitement de la douleur. Il s’agit notamment de l’anesthésie et de l’analgésie qui prennent trop de temps, du doute quant à la volonté du grand public de supporter des coûts supplémentaires, à la difficulté de reconnaître la douleur chez les animaux, à la sécurité alimentaire humaine.

Il existe des preuves que les préoccupations des vétérinaires et des étudiants vétérinaires en matière de bien-être animal varient d’une espèce à l’autre. Les étudiants en médecine vétérinaire de l’université de Cornell aux Etats-Unis ont admis que les chiens et les chats avaient des capacités cognitives, par opposition aux animaux de ferme. En outre, les évaluations de la douleur et l’utilisation du traitement de la douleur par les vétérinaires varient selon les espèces, avec plus de considération pour les chevaux que les vaches et les porcs. En outre, une étude américaine a constaté que les membres du corps professoral des collèges vétérinaires et membres de la faculté des sciences animales considéraient les méthodes de production actuelles en phase avec le bien-être animal pour les filières bovines, ovines et les produits laitiers, mais pas pour les filières porcines et avicoles.

La littérature suggère aussi des liens entre le stade de l’étude dans le cursus vétérinaire et les attitudes des élèves face au bien-être animal, les étudiants en premières années attribuant des niveaux plus élevés de sensibilité aux animaux que ceux proches de la sortie du cursus. Une étude américaine a révélé que les étudiants de quatrième année étaient moins susceptibles que les étudiants de deuxième ou troisième année de traiter les animaux pour la douleur, ce qui suggère que la perception des élèves de la douleur chez les animaux a diminué à mesure qu’ils progressaient dans leur parcours universitaire. De même, la sensibilité au rôle du lien humain-animal allait en diminuant à mesure que les étudiants progressaient dans leurs études. Malgré les implications inquiétantes de ces résultats, des interventions telles qu’un cours sur le bien-être animal et l’éthique, et l’ apprentissage en milieu de travail ont été identifiées pour améliorer le niveau de préoccupation et de l’ empathie pour les animaux chez les étudiants.

Niveau de préoccupation des agriculteurs pour le bien-être des animaux

Les agriculteurs sont les aidants naturels des animaux et sont donc des influenceurs clé du bien – être des animaux, de leur comportement, leur santé, et leur production. Plusieurs études ont examiné les attitudes des agriculteurs à l’égard du bien-être des animaux et l’impact de mesures spécifiques d’amélioration du bien-être sur les animaux d’élevage. L’attitude des agriculteurs est cohérente et fortement préoccupée par le comportement des animaux ; ils accordent également beaucoup d’importance à la relation homme-animal ainsi qu’au stress, à la productivité de leurs animaux.

Des études ont révélé une discordance entre le public et les agriculteurs dans leur perception du bien-être des animaux. En général, le public s’inquiète du bien-être des animaux de ferme qui ont une capacité compromise à exprimer des comportements naturels et ont suffisamment d’espace pour se déplacer librement, tandis que les agriculteurs sont surtout préoccupés par la condition physique et la productivité des animaux plutôt que par leurs besoins comportementaux et/ou sociaux. En outre, les agriculteurs perçoivent la vie des animaux d’ élevage comme positive ou satisfaisante, tandis que les consommateurs en ont globalement une perception négative.

Les agriculteurs peuvent se classer en deux catégories concernant leur perception du bien-être de leurs animaux : ceux qui considèrent les normes de bien-être animal comme un moyen d’obtenir des résultats économiques ; et ceux qui considèrent ces normes comme un moyen de considérations morales et éthiques satisfaisantes dans la production animale. Des études suggèrent que les préoccupations des agriculteurs pour la protection des animaux varient selon les techniques agricoles et si les répondants sont engagés dans des programmes tiers. Par exemple, les agriculteurs européens engagés dans des programmes de protection biologique ou spécifique des animaux sont davantage concernés par la capacité des animaux à exprimer des comportements naturels, tandis que les agriculteurs engagés dans un système d’assurance qualité (par exemple, sécurité alimentaire ou systèmes de traçabilité) jugent du bien-être des animaux en fonction de leur productivité.

Les attitudes des agriculteurs vis-à-vis des interactions positives entre les humains et les animaux influent sur leurs comportements et ont une incidence positive sur le bien-être et la productivité des animaux. Des relations homme-animal positives, telles que caresser des animaux, favorisent les états affectifs positifs chez les animaux et améliorent la production. A l’ inverse, les agriculteurs qui ont utilisé des techniques de manipulation aversives, ont été associés à une moins bonne protection des animaux et à une qualité réduite de la viande. Bertenshaw et Rowlinson, par exemple, ont constaté que la production de lait par lactation était de 258 litres plus élevée dans les fermes où les vaches ont été appelées par des noms individuels. Compte tenu des preuves abondantes démontrant que l’attitude et le comportement des agriculteurs influencent le bien-être, la santé, le comportement et la productivité des animaux, des études ont examiné le rôle des programmes de formation pour modifier les attitudes et les comportements des agriculteurs, avec des résultats prometteurs pour le bien-être des animaux.

Les connaissances du public en matière de bien-être des animaux dans la production alimentaire

Pour comprendre l’intérêt du public pour le bien-être animal, il faut d’abord comprendre le rôle de la connaissance dans la formation des attitudes envers le bien-être des animaux. Dans l’UE, les connaissances sur le bien-être animal sont un indicateur plus puissant d’une sensibilité au bien-être animal que les facteurs sociaux ou démographiques. Aujourd’hui, la consommation alimentaire est souvent séparée de la production alimentaire, et le grand public a très peu d’expérience directe avec les agriculteurs, les animaux de production ou les abattoirs. En conséquence, les consommateurs semblent confus et mal informés sur les questions de bien-être des animaux d’élevage et des pratiques agricole. En outre, de nombreux consommateurs évitent activement l’ apprentissage sur les conditions imposées aux animaux de ferme ou souhaitent rester dans une ignorance volontaire (par exemple, en dissociant la viande de son origine animale) afin d’éviter les réalités de la production alimentaire.

Dans l’UE, on a constaté que la connaissance du bien-être des animaux de production était partiellement associée à l’âge et à l’éducation. Par exemple, les répondants formés après l’âge de 20 ans étaient les plus susceptibles (76%) de signaler au moins certaines connaissances sur le bien-être des animaux. Les répondants qui ont déclaré qu’ils étaient bien informés sur le bien-être des animaux de ferme, et ont estimé qu’il devait être amélioré, étaient plus susceptibles de voir le bien-être des animaux comme une question importante. Cela est confirmé dans la littérature, par exemple, par une étude américaine à l’Université de Michigan State, permettant des réponses multiples, qui a révélé que 40% des étudiants en sciences animale initiale et 70% des étudiants en comportement animal ont montré un certain souci sur la façon dont les animaux étaient traités dans les systèmes intensifs. 

De même, une étude canadienne a rapporté que la plupart des répondants ont exprimé un désir de connaissances supplémentaires sur les pratiques de production animale.

Une fois de plus, dans l’UE, 69% des répondants prétendent posséder « une certaine » connaissance de l’élevage dans leur pays, 57% ont affirmé savoir « un peu », 28% ont déclaré ne rien savoir du tout et seulement 12% avoir « beaucoup » de connaissances. En outre, 54% ont convenu qu’il était pas facile de trouver des informations sur le bien-être des animaux lors de l’ achat et 58% ont déclaré qu’ils aimeraient avoir plus d’ informations. De même, 44%, 39% et 45% des consommateurs en Italie, en Grande-Bretagne et en Suède, ne s’estiment pas suffisamment informés sur les conditions d’élevage des animaux. De même, Hall et al. ont constaté que la plupart des répondants britanniques savaient très peu de choses sur la façon dont les poulets de chair ont été élevés.

La recherche suggère que la connaissance des questions de bien-être animal est souvent basée sur l’expérience personnelle avec les animaux, les médias, les groupes de défense des animaux, les magazines, la radio, les journaux, les amis et la famille. Une étude de l’ UE a constaté que la télévision était la source d’information la plus citée, suivie par Internet et les journaux, et la plupart des informations relatives à la protection des animaux dans ces médias étaient axées sur des images négatives (vache folle ou épidémies de salmonelle).

Récemment, un sondage en ligne auprès de près de 800 ménages américains a révélé que plus de la moitié (56%) des répondants ne pouvaient pas citer une source d’information sur le bien-être des animaux, comme l’association PETA. Tonsor et Olynk ont trouvé un lien clair entre l’information négative sur le bien-être animal et une baisse de la demande de viande dans tous les secteurs de l’ élevage. Ces découvertes ont été soutenues par McKendree et al., qui ont constaté que l’ attention médiatique récente autour de l’industrie porcine américaine avait poussé près de 14% des personnes interrogées à réduire leur consommation de porc de 50%,  en raison de problèmes de protection animale.

Niveau de préoccupation du public pour le bien-être des animaux

La préoccupation du public pour le bien-être des animaux est en hausse. La recherche suggère que les attitudes positives envers les animaux sont associées à des niveaux plus élevés de préoccupation et d’empathie pour leur bien-être. On a vu plus haut que le degré de connaissances en matière de bien-être animal avait plus d’influence que la démographie ou le facteur économique. Ainsi, les conclusions concernant les préférences d’achat d’oeufs, par exemple en Colombie-Britannique, ont révélé que la préférence des consommateurs pour les œufs différait considérablement selon la démographie. Les consommateurs d’oeufs en cage étaient moins préoccupés par le bien-être des animaux, moins instruits, plus âgés, plus sensibles aux prix et achetés dans les grands magasins de la chaîne. Les consommateurs d’oeufs de poules élevées en plein air étaient plus préoccupés par le bien-être des animaux, moins sensibles aux prix et achetés sur les marchés des agriculteurs, et les détaillants locaux ou d’épicerie biologique.

La préoccupation des consommateurs pour le bien-être des animaux est bien documentée dans la littérature. Une étude australienne a révélé que 71% d’entre eux considèrent « le bien – être des animaux d’élevage comme important ». De même, 68% des répondants en Ecosse se sentent
« concernés » (48%) ou « fortement préoccupés » (20%), et 86% des Néerlandais étaient « assez inquiets » (45%) ou « très préoccupés » (41%) par le bien-être des animaux de production. En outre, 74% des personnes interrogées dans les pays de l’UE a estimé qu’ils pourraient influer sur les conditions de protection des animaux en achetant 

le bien-être de l’ environnement des produits. En outre, 43% des consommateurs européens ont déclaré avoir considéré le bien-être des animaux lors d’un achat de viande, 34% ont déclaré que le bien-être des animaux était de la plus haute importance, contrairement à seulement 2%.

Les consommateurs ne tiendraient pas les agriculteurs pour responsables de la souffrance des animaux dans la production alimentaire. Mais ils critiquent l’industrie axée sur le profit et la demande croissante des consommateurs pour la nourriture à bas coût, sans penser aux implications que cela peut avoir sur le bien-être des animaux. Le grand public semble également assez cynique au sujet de la capacité des consommateurs à améliorer le bien-être des animaux.

Age et niveau de préoccupation du public pour le bien-être des animaux

Les études révèlent une corrélation négative entre les préoccupations du public pour les animaux et l’ âge. Jamieson et al.  ont trouvé que, malgré qu’une connaissance limitée des problèmes de bien-être des animaux d’élevage, les adolescents britanniques étaient préoccupés par le sujet, mais ne croyaient pas qu’ils avaient le pouvoir de susciter des changements positifs pour les animaux, et le plus souvent confiaient alors la responsabilité du bien-être des animaux d’élevage aux gouvernements et aux agriculteurs. Néanmoins, les jeunes montrent de plus en plus de préoccupation pour l’ utilisation des animaux et sont plus engagés dans les questions de bien-être animal que les personnes âgées. Les personnes âgées ont une vision plus utilitariste des animaux auxquels ils accordent une valeur pratique et matérielle, par rapport aux enfants, qui ont une vision plus naturaliste. Les jeunes sont plus concernés par le bien-être animal, mais ils sont moins préoccupés par celui des animaux d’élevage que par celui des animaux de compagnie, et ils utilisent des mécanismes de distanciation pour mieux accepter l’ utilisation humaine des animaux.

Genre et sensibilisation du public au bien-être des animaux

Le sexe est un indicateur cohérent de préoccupation pour les animaux, les femmes montrant plus d’inquiétude et étant plus susceptibles de soutenir les mouvements de protection des animaux. Les femmes démontrent des attitudes plus négatives envers l’ utilisation humaine des animaux et ont été plus fortement opposées à l’ expérimentation animale. Les femmes attachent également plus d’ importance au bien-être animal par rapport à d’ autres caractéristiques dans un produit d’origine animale, et considèrent l’état actuel du bien-être animal en général comme pauvre. Deux études menées auprès d’étudiants en médecine vétérinaire ont révélé que les étudiantes considéraient que le rôle du lien humain-animal était très important, et qu’elles avaient une croyance plus forte dans la capacité d’un animal à éprouver des émotions comme la douleur et la faim que les hommes.

Baron-Cohen suggère que, en raison de différences hormonales et génétiques entre les sexes, les femmes sont plus susceptibles de faire preuve d’ empathie spontanée, alors que les hommes sont plus susceptibles de systématiser spontanément et sont moins susceptibles de faire preuve d’ empathie. Cependant, d’autres chercheurs ont identifié que le rôle du genre dans la préoccupation pour le bien-être des animaux n’est pas nécessairement aussi simple qu’une opposition entre l’opinion des femmes contre celle des hommes. Certaines études ont postulé que ce sont les dimensions masculines et féminines des orientations sexuelles, plutôt que le sexe, qui se rapportent à la préoccupation pour les animaux. Par exemple, Herzog et al. ont constaté que les personnes qui s’identifient comme féminin plutôt que masculin, ont montré une plus grande préoccupation pour le bien-être des animaux. En outre, Peek et al. Estime que c’est le rôle social des femmes et de leur emplacement structurel dans la société qui tient compte de leur préoccupation élevée pour les animaux. De même, Kendall et al. ont fait valoir que les femmes sont généralement les principaux dispensateurs de soins pour les familles et les responsables des tâches ménagères qui les mettent en contact avec des animaux, notamment de compagnie. De telles découvertes suggèrent que les femmes prennent position sur le bien-être animal en fonction de leur position dans le ménage ou la société.

De plus, quand on regarde le rôle des hommes ou de la masculinité dans la société, historiquement, les hommes étaient responsables de la chasse, alors que les femmes rassemblaient des fruits et des légumes. Des études ont montré que la chasse est associée à une moindre préoccupation pour le bien-être des animaux et Kellert (1996) ont constaté que les hommes sont plus susceptibles de se livrer à des activités telles que la chasse. En outre, dans de nombreuses sociétés modernes, la consommation de viande, surtout la viande rouge, est très masculine et les hommes sont souvent responsables des activités telles que les barbecues ou la cuisson des viandes. Ainsi, ces résultats pourraient aussi expliquer un certain degré de la différence entre les sexes montré entre les hommes et les femmes dans le souci du bien-être des animaux.

En outre, il y a une différence entre les sexes évidente dans la façon dont les gens justifient manger de la viande. Adams (1990) explique ainsi que le fait de manger de la viande est lié à la masculinité, au patriarcat et au pouvoir, tandis que le végétarisme est lié à la féminité. Une étude des étudiants universitaires de premier cycle a constaté que les hommes étaient susceptibles de manger plus de viande que les femmes et ont utilisé des stratégies directes pour justifier la consommation de viande, comme approuver les attitudes pro-viande ou nier la capacité des animaux à souffrir. Les femmes mangeaient moins de viande et étaient plus désolées d’en consommer, et utilisaient des stratégies indirectes, telles que dissociant les animaux de la nourriture, pour justifier leur choix. 

Religion et niveau du public de préoccupation pour le bien-être des animaux

La religion influence les préoccupations et les attitudes envers les animaux. Une étude américaine a trouvé une corrélation négative entre un sens plus élevé de religiosité et la préoccupation pour le bien-être des animaux d’élevage. Le christianisme a montré une association positive avec le soutien de l’ utilisation des animaux dans la recherche. Par exemple, l’étude de Bowd et Bowd a interrogé des personnes de cinq confessions chrétiennes différentes, des plus libéraux aux plus conservateurs, et démontre que les libéraux ont une attitude plus humaine envers les animaux. Driscoll a constaté que les opinions des gens diffèrent entre les confessions chrétiennes, les personnes sans aucune affiliation religieuse ou affiliés à l’Eglise catholique considèrent l’ utilisation des animaux pour la recherche comme étant moins acceptable que ceux qui se déclarent protestants. En outre, il est intéressant de noter que d’ autres religions considèrent différemment certaines espèces animales, et que ceci influer sur le niveau de préoccupation des gens pour ces espèces, comme les vaches respectées dans l’ hindouisme ou la viande de porc étant évitée dans le judaïsme.

Niveau de préoccupation du public pour les animaux de laboratoire

La recherche a montré que le souci de bien-être animal était influencé par les expériences passées et la familiarité avec les animaux, comme par exemple la possession d’un animal de compagnie. L’ expérience dans la petite enfance est d’une importance déterminante pour les futures attitudes envers les animaux. Les gens qui ont eu un animal de compagnie se sont avérés plus susceptibles d’évaluer la recherche animale comme moins acceptable, plus susceptibles d’être végétarien ou végétalien, et plus susceptibles de soutenir les groupes de protection des animaux. Ces résultats confirment d’l’hypothèse d’Allport (1954) qui suppose qu’un contact et de l’ expérience avec les membres d’un autre groupe (par exemple, les animaux non humains) conduit à une meilleure compréhension, et favorise l’ attachement émotionnel plus fort et de l’empathie.   

L’influence du milieu de vie (rural ou urbain) dans le niveau de préoccupation du public envers les animaux

Les ruraux et urbains ont des considérations différentes sur le bien-être animal, ce qui indique que les circonstances de vie offrent des expériences différentes et des relations avec les animaux qui affectent les attitudes des gens. Les paysans montreraient moins d’ intérêt pour le bien-être des animaux d’élevage par rapport aux urbains. En outre, lors de l’ exploration du niveau de connaissances en ce qui concerne les systèmes de protection et de production des animaux d’élevage, les résidents ruraux se sont révélés avoir une meilleure connaissance et une expérience agricole, tandis que les citadins avaient plus pauvres connaissances sur l’ élevage.

Le spécisme

Le livre de Peter Singer, Animal Liberation, d’ abord publié en 1975, a discuté de la notion de spécisme et de l’idée que l’ être humain n’a pas à mériter davantage de droits moraux que les animaux non-humains. 

Aujourd’hui, le débat se poursuit, avec l’article de Kagan « Quel est le problème avec le spécisme ? » (une critique des revendications de Singer), et la réponse subséquente de Singer « Pourquoi le spécisme est inacceptable : une réponse à Kagan ». Néanmoins, il semble que la préoccupation humaine pour le bien-être des animaux et l’ acceptation de la sensibilité animale est liée à la perception de la position de l’animal dans l’échelle phylogénétique par rapport à l’homme. L’idée que les animaux soient dotés d’un esprit leur attribue des capacités mentales, telles que l’ intellect et les émotions. C’est un facteur prédictif de la désapprobation de l’ utilisation des animaux. De même, les préoccupations des gens pour le bien-être des animaux sont influencées par leur perception des capacités cognitives d’un animal, comme l’intelligence. Knight et Barnett ont ainsi observé qu’au Royaume-Uni, les personnes interrogées contestaient l’ utilisation des animaux à certaines fins selon leur perception des capacités mentale des animaux, ainsi qu’en fonction de leur connaissance et de l’ expérience passée avec ces espèces.

Une étude américaine a demandé aux personnes interrogées d’évaluer 33 espèces en termes d’intelligence et de sympathie. Elle a constaté que les mieux notés étaient les primates et les grands mammifères; les plus mal-aimés étaient les araignées, les insectes et certains mammifères. Les animaux utilisés à des fins alimentaires, tels que les poulets, les homards et la truite, ont été jugés les plus bas sur l’ intelligence Une étude similaire a demandé aux étudiants de plusieurs pays de classer plusieurs espèces par degré de « sentience ». On trouvait par ordre décroissant (du plus sentient au moins sentient) singe, chien, nouveau-né humain, renard, porc, poulet, rat et poisson. L’étude a également constaté que l’acceptation de la sensibilité animale des élèves était liée à leurs attitudes face à l’ utilisation des animaux. Par exemple, les étudiants qui ont attribué des niveaux plus élevés de sentience aux poulets, sont en désaccord avec l’énoncé « Si l’alimentation, la chaleur et la lumière sont fournis en quantité suffisante, il n’y a rien de vraiment cruel sur l’ agriculture batterie-hen ». Récemment, une étude australienne roman qui a impliqué l’utilisation de poulets pour enseigner les compétences de formation des animaux à des étudiants de premier cycle a constaté que les attitudes des élèves à sentience chez les animaux améliorés. L’expérience a aussi amélioré la perception de l’intelligence et de la capacité de poulets à l’ expérience des états affectifs.

La consommation de viande

Manger de la viande pose un paradoxe moral à beaucoup de gens. Des études ont identifié des variations socio-démographiques entre les consommateurs de viande : les femmes, ceux qui sont très instruits, dont les revenus sont plus élevés, et vivant en milieu urbain, mangent moins de viande et achètent plus de produits protégeant l’environnement. Les gens qui aiment manger de la viande sont souvent des hommes, et montrent moins d’intérêt moral pour les animaux. De plus, les gens qui ont déclaré être contre l’expérimentation animale étaient plus souvent végétariens ou soutiennent le végétarisme. En outre, une étude de l’UE démontre que les végétariens sont plus préoccupés par le bien-être animal et font des dons plus volontiers à des organismes de bienfaisance envers les animaux. Bastian et al. ont trouvé un lien inversé entre l’attribution des capacités mentales à certaines espèces (par exemple, les vaches et les poulets) et leur cote de comestibilité. En outre, Prunty et Apple ont trouvé que les étudiants américains non-végétariens montraient plus d’inquiétude pour le bien-être des animaux et étaient ouverts à manger moins de viande, en accord avec cette affirmation : « Les animaux ne doivent pas souffrir inutilement dans la production de viande », ce qui implique que les élèves ont réorienté leurs attitudes pour résoudre la contradiction entre leurs attitudes et leurs comportements.

Selon la théorie de Festinger de dissonance cognitive, l’état affectif aversif qui se pose lorsque les consommateurs sont en conflit entre manger de la viande et se préoccuper du bien-être des animaux exige généralement une résolution. Par exemple, Loughnan et al. Ont demandé aux sondés au Royaume-Uni d’évaluer leur niveau de préoccupation morale pour les animaux, chez les vaches en particulier, tout en mangeant du bœuf séché ou des noix séchées. L’étude a révélé que les mangeurs de viande séchée ont montré une plus faible préoccupation morale pour les animaux, en évaluant le statut moral des vaches plus bas que les autres mangeurs l’ont fait. De même, des sondés australiens ont d’ abord été invités à évaluer leur croyance dans les capacités mentales de certains animaux avant de subir un test, puis ont été évalués à nouveau tout en mangeant un produit de viande issu de ces mêmes animaux. Leur humeur, positive ou négative, était également évaluée. Les résultats ont montré que les répondants qui accordent peu de capacités intellectuelles aux animaux tout en consommant de la viande n’ont montré aucun signe négatif, tandis que les répondants qui accordaient une valeur à la pensée animale et qui consommaient des produits issus d’animaux voyaient leur humeur se dégrader.

Conclusions

Malgré la discordance entre les attitudes et les niveaux de préoccupation présentés par le grand public, les vétérinaires et les agriculteurs, il existe des preuves indiquant que une préoccupation croissante pour le bien-être des animaux dans de nombreux pays développés. Les préoccupations du grand public peut être une force motrice pour changer les méthodes de production actuelles. Les consommateurs ont le pouvoir d’élever le niveau du bien-être des animaux dans les exploitations agricoles, en traduisant fidèlement leurs préférences et leurs préoccupations auprès des acteurs du marché et de la production. A leur tour, les agriculteurs peuvent être motivés à changer leurs pratiques pour répondre aux attentes des consommateurs. En outre, souligner que les performances et la productivité seront améliorées par une meilleure protection des animaux peut en outre encourager les agriculteurs à améliorer les méthodes de production actuelles.

Il est prouvé que le niveau de préoccupation pour le bien-être des animaux du grand public est lié aux caractéristiques démographiques et personnelles, telles que l’âge, le sexe, la religion, les zones urbaines ou rurales, ainsi que la perception de l’intelligence et les capacités cognitives de certaines espèces, les animaux considérés comme plus intelligents et plus proches de l’homme étant souvent mieux considérés. Cependant, en dépit de ces influences démographiques et sociales, la littérature suggère que la connaissance de l’animal en question est une influence encore plus forte sur le souci du bien-être des animaux. Il existe des preuves d’un manque de connaissances généralisé existant en ce qui concerne le bien-être des animaux dans la production alimentaire.

La connaissance joue un rôle fondamental dans l’influence et sous-tend le souci de bien-être animal. La littérature suggère que la connaissance auto-déclarée des questions de bien-être des animaux d’élevage et de l’exposition aux animaux d’élevage, par exemple grâce à l’expérience agricole directe, ont été liés à des niveaux accrus de préoccupation pour le bien-être des animaux et plus de comportements envers la protection de l’environnement. Aujourd’hui, les consommateurs modernes sont confrontés à de nombreux scandales alimentaires et sanitaires. En conséquence, les gens ont un a-priori négatif des questions de bien-être animal dans la production animale, en particulier dans la production alimentaire intensive moderne. 

Ainsi, il est plus nécessaire que jamais d’informer le public et l’aider à prendre conscience de la nécessité de protéger l’environnement, et de connaître les impacts des systèmes de production animale sur la santé animale et humaine. En améliorant la connaissance du public, la sensibilisation et la compréhension du bien-être animal dans la production alimentaire, nous pouvons élever le niveau de connaissance et l’aligner avec les préoccupations actuelles de la société, afin de redéfinir à terme des méthodes de production alimentaire socialement acceptables et améliorer la vie des milliards d’animaux d’élevage chaque année.

CAS CLINIQUE

Hypoadrénocorticisme atypique : démarche diagnostique chez un golden retriever de 8 ans

L’hypoadrénocorticisme est une affection rare qui peut avoir une présentation clinique très variable et ainsi représenter un défi diagnostique pour le clinicien. Le cas présenté ici est particulier à plusieurs égards, il s’agissait d’un hypoadrénocorticisme primaire atypique avec déficit isolé en glucocorticoïdes. (in l’Essentiel n°429)

Une chienne golden retriever de 8 ans correctement vaccinée et vermifugée est présentée en consultation pour une diarrhée chronique évoluant depuis 3 mois, associée à une perte de poids (perte de 4 kg durant cette période) sans diminution de la prise alimentaire. Il y a 1 mois, un bilan sanguin réalisé par le vétérinaire traitant révélait une anémie normochrome normocytaire arégénérative (9,8 g/dl VU 12,4 – 19,1) modérée sans autre anomalie associée. Un changement alimentaire (alimentation hypoallergénique) n’a pas permis d’amélioration. Le volume des selles est augmenté, la fréquence d’émission est normale. Le propriétaire ne rapporte pas la présence de mucus ou de sang.

Examen clinique

A l’examen clinique, le chien reste en bon état général malgré un score corporel évalué à 3/9. La palpation abdominale est souple et non douloureuse. Le reste de l’examen clinique ne présente pas d’anomalie.

Hypothèse diagnostique

L’anamnèse, l’examen clinique nous oriente vers une diarrhée de l’intestin grêle. Les principales hypothèses diagnostiques retenues sont rapportées dans le tableau suivant.

Examens complémentaires

L’examen coproscopique réalisé sur des selles collectées durant 3 jours est négatif. Une anémie normochrome normocytaire arégénérative (10,4 g/dl VU 12,4 – 19,1) est confirmée à l’examen hématologique. A l’examen biochimique on note une hypoalbuminémie modérée à 20 g/l (VU 23-34 g/l) et une faible hypoglycémie à 3,2 mmol/l (3,5-6,5 mmol/l). Le ionogramme (Na K Cl) est normal. Un dosage de TLI (Trypsine-like-immunoreactivity), folates, et vitamine B12 ne révèle pas d’anomalie.

Un épaississement diffus de la paroi intestinale sans perte d’échostructure est noté à l’examen échographique abdominal. La surrénale gauche est de taille un peu diminuée (3,1 mm). Le reste de l’examen est normal. Le cortisol basal est indosable (< 5 nmol/l). La présence d’une concentration faible en cortisol basal restant insuffisante pour confirmer le diagnostic d’un hypoadrénocorticisme, un test de stimulation à l’ACTH est réalisé. Le cortisol poststimulation (ACTH 5 μg/kg) est indosable (< 5 nmol/l). Ce résultat est en faveur d’un hypoadrénocorticisme. Malgré l’absence d’anomalies électrolytiques, un déficit en minéralocorticoïde est recherché avec un dosage en aldostérone. En théorie, la mesure de la concentration plasmatique en aldostérone peut permettre de différencier les chiens avec un hypoadrénocorticisme primaire (insuffisance surrénalienne) ou secondaire (insuffisance de production d’ACTH endogène par l’hypophyse). La majorité des chiens affectés par un hypoadrénocorticisme primaire ont une concentration en aldostérone faible contrairement aux formes secondaires. En effet, l’ACTH a seulement un effet mineur sur la production de minéralocorticoïdes. Le dosage de l’aldostérone est de 314 pmol/l excluant un déficit en minéralocorticoïdes. Un dosage d’ACTH endogène est réalisé pour rechercher un déficit isolé en ACTH. L’ACTH endogène est normal (291 ng/l) confirmant une forme primaire d’hypoadrénocorticisme.

Diagnostic

Un diagnostic d’hypoadrénocorticisme primaire atypique avec une déficience isolée en glucocorticoïdes est posé.

Traitement et pronostic

Une supplémentation en glucocorticoïdes (prednisolone) est initiée à dose physiologique à 0,2 mg/kg/jour, avec diminution progressive sur plusieurs semaines jusqu’à trouver la dose minimale efficace permettant de contrôler les signes cliniques. Le pronostic est bon pour la forme typique d’hypoadrénocorticisme et cela semble être également le cas pour la forme atypique. Un ionogramme est réalisé chaque mois durant 6 mois puis tous les 3 mois pour rechercher une éventuelle progression vers une déficience en minéralocorticoïde. Le chien est suivi actuellement depuis 18 mois et n’a à ce jour pas développé de déficience en minéralocorticoïdes.

Discussion

Une destruction bilatérale des glandes surrénales est à l’origine d’un hypoadrénocorticisme primaire pour la grande majorité des chiens (95 %). Une perte de plus de 90 % des fonctions corticales est nécessaire avant l’apparition des signes cliniques. L’hypoadrénocorticisme secondaire est beaucoup plus rare et résulte d’une sécrétion réduite en ACTH par l’hypophyse. Cette déficience en ACTH entraîne une altération isolée de la sécrétion de glucocorticoïdes mais la sécrétion en minéralocorticoïdes reste préservée.

L’hypoadrénocorticisme atypique

Les signes cliniques de la maladie d’Addison sont souvent vagues et non pathognomoniques. De l’anorexie, des troubles digestifs tels que vomissements, diarrhée, une perte de poids sont fréquemment rapportés. L’ensemble de ce tableau clinique peut être secondaire à une carence en glucocorticoïdes isolée. Les chiens sans trouble électrolytique ont tendance à être plus âgés et les signes cliniques sont plus chroniques. En cas de déficit en minéralocorticoïdes, la symptomatologie est souvent plus sévère et plus aiguë avec de la polyurie, polydipsie, une déshydratation, un choc hypovolémique. L’hyponatrémie et l’hyperkaliémie font partie des modifications électrolytiques classiques de l’hypoadrénocorticisme. En effet, dans une étude rétrospective de 225 chiens avec hypoadrénocorticisme, 96 % des chiens étaient hyperkaliémiques et 81 % étaient hyponatrémiques.

Ces altérations du ionogramme sont souvent utiles au clinicien dans la démarche diagnostique et peuvent augmenter l’index de suspicion pour une maladie d’Addison. L’hyponatrémie et l’hyperkaliémie sont causées par une carence en aldostérone résultant en une incapacité des reins à conserver le sodium. Les ions sodium étant échangés contre des ions potassium ou hydrogène au niveau des tubules rénaux, on observe une hyperkaliémie et une acidose métabolique. Cependant, près de 30 % des chiens avec hypoadrénocorticisme ne présentent pas ces modifications électrolytiques. La raison est encore incomplètement élucidée. Une déficience en sécrétion en ACTH lors d’hypoadrénocorticisme secondaire, une destruction sélective de la zone fasciculée et réticulée, une compensation de la natriurèse par un apport en sel augmenté ou des affections concomitantes (hypothyroïdie) pouvant masquer des changements d’électrolytes, sont autant d’hypothèses avancées.

La prise en charge de l’hypoadrénocorticisme atypique

Une fois le diagnostic d’hypoadrénocorticisme établi, une supplémentation en glucocorticoïdes doit être initiée. La dose initiale est de 0,1 à 0,22 mg/kg/jour avec diminution progressive en fonction de la réponse clinique jusqu’à trouver la dose minimale efficace. Dans une étude de 205 chiens avec hypoadrénocorticisme, la dose de prednisone utilisé pour la gestion à long terme variait entre 0,05 à 0,4 mg/kg/jour2. Il semble que seule une minorité des chiens affectés développe ultérieurement un déficit en minéralocorticoïdes. Pour la majorité, la carence se développe durant la première année suivant le diagnostic. Une supplémentation en minéralocorticoïdes n’est pas recommandée dans le cadre du traitement initial. Cependant une surveillance du ionogramme est nécessaire durant les premiers mois du diagnostic et ce, durant la première année. L’hypoadrénocorticisme ou maladie d’Addison est donc une affection rare qui peut avoir une présentation clinique très variable et ainsi représenter un défi diagnostique pour le clinicien. La forme atypique est secondaire à un déficit isolé en glucocorticoïdes. L’absence d’hyponatrémie ou hyperkaliémie chez un chien ne doit pas constituer un critère d’exclusion d’un hypoadrénocorticisme.

CAS CLINIQUE

Masses nasopharyngées chez quatre chats Maine Coon : apport de l’examen

tomodensitométrique

Les otites récidivantes du chat sont des affections assez couramment rencontrées et dont le diagnostic différentiel peut être difficile. Leurs causes peuvent être variées. L’observation de ces quatre cas cliniques montre l’intérêt que peut revêtir l’examen tomodensitométrique dans un tel contexte. Il est intéressant pour définir les options thérapeutiques à mettre en oeuvre. (in l’Essentiel n°427)

Quatre chats type Maine coon sont reçus pour un examen tomodensitométrique des bulles tympaniques suite à des otites externes chroniques voire récidivantes.

Examen clinique

A l’examen clinique, tous les chats présentaient une otite externe à gauche. Cette otite était récidivante pour trois chats tandis que le dernier (cas 4) ne manifestait des symptômes que depuis 10 jours. Ce dernier présentait également du stertor, des modifications de la voix, une hypersalivation et une mydriase à gauche. Seul un chat (cas 2) présentait une dyspnée.

Examens complémentaires par imagerie médicale

Après pose d’une voie veineuse, tous les chats ont subi une anesthésie générale afin de subir un examen tomodensitométrique. Une première acquisition spiralée avec filtre de reconstruction osseux et parenchymateux est réalisée. Puis, après injection de Télébrix 35 NDH, une seconde acquisition complète l’examen. Le cas 4 présentait également une lésion lytique du plancher de l’encéphale et un envahissement débutant du tronc cérébral. Les oreilles internes étaient intègres pour les quatre animaux. Au réveil, le cas 4 a développé des déficits neurologiques. Ceux-ci se manifestaient par une amaurose, une paralysie faciale et un syndrome de Claude Bernard Horner à gauche. Si un polype nasopharyngé est la première hypothèse au vu de l’espèce, de la race et de l’âge de ces animaux, le diagnostic différentiel d’une masse tissulaire nasopharyngée détectée au scanner comprend également le lymphome, le carcinome épidermoïde, le mélanome, l’inflammation lympho-plasmocytaire ou encore la cryptococcose. Cependant, la lésion lytique du plancher de l’encéphale et l’envahissement débutant du tronc cérébral notés lors de l’examen du dernier animal seraient plutôt en faveur d’un phénomène agressif type tumoral.

Traitement chirurgical et diagnostic histopathologique

Les masses ont été retirées chirurgicalement puis envoyées à l’analyse histopathologique pour un diagnostic définitif. Les prélèvements des trois premiers chats se sont avérés être des polypes inflammatoires faisant partie de l’entité « Polype nasopharyngien ». La masse du dernier cas (cas 4), en revanche, montrait une prolifération tumorale massive, mal délimitée, de croissance infiltrante et de densité cellulaire élevée, avec des anomalies cellulaires caractéristiques d’un lymphome nasopharyngé de haut grade avec envahissement cérébral selon les images tomodensitométriques.

Suivi

Les animaux ayant développé un polype inflammatoire n’ont plus manifesté de signes cliniques après l’extraction chirurgicale. Suite au diagnostic de lymphome posé sur le dernier chat (cas 4), un bilan d’extension par radiographie et échographie a été réalisé. Celui-ci s’est révélé négatif. La lésion étant très localisée, un protocole de traitement par radiothérapie a été proposé. Celui-ci consistait en 12 séances de 3,75 grays sur une période de 4 semaines. Une hémorragie pharyngée associée à des signes d’hémorragie cérébrale s’est déclarée après la première séance. Le traitement par radiothérapie a donc été suspendu pendant une semaine et un traitement par chimiothérapie à base de cytarabine a été mis en place pendant cet intervalle. Un traitement médical à base de corticoïdes, d’antibiotiques suite à un abcès pharyngé et de fer suite à une anémie à la numération de la formule sanguine a également été prescrit. A la fin du traitement par radiothérapie, les symptômes neurologiques avaient disparu et l’état général de l’animal était stable. Un contrôle par scanner était prévu 2 mois après la fin de ce traitement mais son état s’étant dégradé, le chat a été euthanasié 1,5 mois après la fin du traitement, soit 3 mois après le diagnostic.

Discussion

Les masses nasopharyngées sont des lésions retrouvées chez le chat principalement. Elles affectent également le chien et le cheval mais restent assez peu décrites dans ces espèces. Le diagnostic différentiel de ces masses comprend les polypes nasopharyngés (28 %) et le lymphome (49 %) en majorité, mais aussi, dans une moindre mesure, le carcinome épidermoïde, le mélanome, l’inflammation lympho-plasmocytaire, l’adénocarcinome, le rhabdomyosarcome ou encore la cryptococcose (Allen, 1999). Les polypes nasopharyngés sont des masses non tumorales, inflammatoires, dont l’origine n’est pas formellement identifiée. Ils pourraient être la conséquence d’une inflammation chronique de cette région, d’une otite moyenne ou d’une otite externe. L’hypothèse d’une affection congénitale est également avancée. En effet, ce phénomène touche essentiellement des animaux jeunes (1 à 2,5 ans d’âge moyen selon les études) (Oliveira, 2012, Veir, 2002) ce qui semble être confirmé ici puisque nous avons une moyenne d’âge à 6 mois. Cependant, cette affection peut également toucher des chats adultes voire âgés, le plus vieil animal décrit ayant 17,5 ans (Oliveira, 2012). A l’inverse, le lymphome nasopharyngé touche des animaux adultes à âgés comme pour la plupart des processus néoplasiques. L’âge moyen de ces animaux varie de 8 à 9 ans selon les études mais celles-ci décrivent des cas de lymphomes chez des animaux plus jeunes (3 ans) (Little, 2007, Chang, 2006). Cette affection tumorale est le plus souvent un lymphome épithéliotrope (80 %). Parmi ceux-ci, les lymphomes B sont majoritaires (Little, 2007). Bien que nous n’ayons que des animaux type Maine coon dans cette étude, il ne semble pas y avoir de prédisposition de races. Les chats les plus touchés seraient les domestic shorthair ou « Européens » mais les auteurs ne font pas de rapport entre les incidences apparentes dans les différentes études et l’incidence de ces races dans la population globale féline. Les signes cliniques ne sont pas pathognomoniques d’une affection du nasopharynx mais entrent tous dans le tableau clinique d’une atteinte des voies respiratoires supérieures : jetage, éternuements, stertor, dyspnée inspiratoire, dysphagie, hypersalivation, changement de voix. Cependant, si la masse s’étend aux structures adjacentes (oreilles interne, moyenne, externe…), d’autres signes d’atteinte de ces structures peuvent être également présents : otorrhée, syndrome vestibulaire, ataxie, syndrome de Claude Bernard Horner, nystagmus, mydriase. Il s’agit souvent d’affections chroniques voire récidivantes pouvant avoir une répercussion sur l’état général à terme. Dans cette étude, les animaux présentaient tous au moins une otite externe chronique et récidivante malgré leur jeune âge. La moitié présentait d’autres symptômes pouvant orienter le diagnostic vers une atteinte du nasopharynx (cas 2 et 4).

De nombreux outils sont disponibles pour mettre en évidence une masse nasopharyngée et en déterminer la nature. La masse peut être palpée manuellement à travers le palais mou sur un animal anesthésié et visualisée grâce à l’utilisation de miroir de dentisterie ou par endoscopie. Cependant, l’imagerie médicale reste le meilleur moyen de décrire précisément la masse et surtout d’apprécier l’étendue des lésions. La radiographie du crâne est l’examen le plus accessible, le plus facile à réaliser et le moins coûteux pour la majorité des cliniciens. Cependant, la superposition des structures ne permet pas une bonne visualisation du nasopharynx. Elle permet néanmoins d’évaluer partiellement l’intégrité des bulles tympaniques qui sont censées être radiotransparentes. Un contenu tissulaire de ces structures traduit la présence de tissus de prolifération ou d’exsudat. En cas d’atteinte chronique, des lésions osseuses peuvent également apparaître : lyse, épaississement ou déformation de la paroi de la bulle. Ces modifications radiographiques permettent de confirmer l’hypothèse d’otite moyenne. Pour évaluer correctement l’ensemble des lésions du nasopharynx et des conduits auditifs, il est préférable de recourir à l’imagerie en coupe. Si l’IRM est plus indiquée pour un bilan lésionnel des tissus mous, le recours à un examen tomodensitométrique ou scanner permet une meilleure visualisation des structures osseuses. L’injection de produit de contraste type Télébrix 35 NDH (iode) par voie intraveineuse permet de bien distinguer les tissus inflammatoires et néoplasiques des débris nécrotiques.

Selon l’étendue des polypes, différentes lésions peuvent apparaître : une masse tissulaire dans le nasopharynx plus ou moins obstructive, une masse tissulaire et des exsudats dans la bulle tympanique voire dans le conduit auditif externe, un amincissement ou un épaississement de la paroi de la bulle associés ou non à un oedème des tissus mous adjacents. Une masse bien délimitée, pédonculée avec une structure liant la masse du conduit auditif à la bulle tympanique est souvent caractéristique d’un polype (Oliveira, 2012). De même, une prise de contraste plus importante en périphérie de la lésion est en faveur d’une inflammation du stroma superficiel et la largeur de cet anneau est directement reliée à la sévérité de ce processus (Lamb, 2016). A l’inverse, une prise de contraste dans la partie de l’encéphale adjacente à la lésion ou une lyse osseuse en regard de celle-ci est plutôt en faveur d’une affection tumorale (lymphome) même si ces lésions ont parfois été décrites pour les polypes nasopharyngés. Le diagnostic des masses nasopharyngées repose donc sur un bon examen clinique mais surtout sur des examens complémentaires d’imagerie médicale adaptés. En effet, le tableau clinique est très variable selon les structures atteintes et les symptômes peuvent être assez frustes et peu indicatifs d’une atteinte nasopharyngée en particulier. Même si les examens d’imagerie médicale en coupe comme le scanner restent coûteux et moins accessibles que d’autres examens (radiographie, endoscopie…), ils permettent de déterminer les structures atteintes et d’évaluer la gravité de ces lésions. Le diagnostic différentiel de ces masses tissulaires se fait, en majorité, entre le polype, lésion inflammatoire, et le lymphome, phénomène néoplasique. Si, sur l’examen tomodensitométrique, le lymphome peut se manifester par des lésions osseuses agressives et un envahissement de l’encéphale, le polype nasopharyngé ne doit cependant pas être écarté puisque l’inflammation chronique, cause ou conséquence de cette affection, peut être à l’origine de lésions similaires.

Enfin, le but de ces examens est également de déterminer si l’exérèse chirurgicale de ces masses est envisageable ou non. Cette exérèse est curative dans le cas d’un polype tandis qu’elle fait partie du traitement palliatif dans le cas d’un lymphome et doit être associée à de la radiothérapie voire à de la chimiothérapie. Cependant cette exérèse ne prévient nullement des récidives, que ce soit dans l’atteinte inflammatoire ou dans l’atteinte tumorale. Dans les deux cas, l’option chirurgicale avec analyse histopathologique de la pièce d’exérèse est indispensable pour parvenir à un diagnostic définitif, les images obtenues au scanner n’étant pas pathognomoniques.

Bibliographie

ALLEN H, Nasopharyngeal diseases in Cats: a retrospective study of 53 cases (1991–1998), J Am Anim Hosp Assoc 1999 ; 35 : 457–61.

CHANG Y et al., Clinical and magnetic resonance imaging features of nasopharyngeal lymphoma in two cats with concurrent intracranial mass, Journal of Small Animal Practice (2006), 47, 678–68.

LAMB C, SIBBING K, PRIESTNALL S, Pathologic basis for rim enhancement observed in computed tomographic images of feline nasopharyngeal polyps, Vet Radiol Ultrasound, Vol. 57, No. 2, 2016, pp 130-136.

LITTLE L, PATEL R, GOLDSCHMIDT M, Nasal and nasopharyngeal lymphoma in cats: 50 cases (1989-2005). Vet Pathol. 2007 Nov ; 44 (6) : 885 – 92.

MACPHAIL C et al., Atypical manifestations of feline inflammatory polyps in three cats, Journal of Feline Medicine and Surgery (2007) 9, 219 – 225.

OLIVEIRA C. et al., Computed tomographic features of feline nasopharyngeal polyps, Vet Radiol Ultrasound. 2012 Jul-Aug ; 53 (4) : 406-11.

SCHWARZ T, SAUNDERS J, Veterinary computed tomography, Wiley-Blackwell, 2011, 175-184.

VEIR JK, LAPPIN MR, FOLEY JE, GETZY DM., Feline inflammatory polyps: historical, clinical, and PCR findings for feline calici virus and feline herpes virus-1 in 28 cases, J Feline Med Surg. 2002 Dec ; 4 (4) : 195-9.

SYNTHESE

Suspicion de pancréatite : ce que peut apporter l’exploration biologique

Selon les données anatomopathologiques disponibles, les lésions de pancréatite seraient extrêmement fréquentes chez les chats : 45 % des chats présenteraient des lésions du pancréas à l’autopsie. Lors du Congrès du chat en mai dernier (AFVAC, Arcachon 2016), Olivier Dossin a montré comment confirmer une suspicion de pancréatite chez un chat en combinant les résultats des examens cliniques, biologiques, de l’imagerie et parfois de la biopsie. (In l’Essentiel n°426)

Face à une suspicion de pancréatite, il convient d’abord de ne pas confondre une lésion pancréatique avec un simple phénomène de cytolyse. Dans le cas de la pathologie hépatique, l’augmentation des taux d’enzymes (ALT ou AST) n’implique pas la présence d’une hépatite. Il en est de même dans le contexte de la pathologie pancréatique : l’élévation d’un marqueur ne signifie pas toujours qu’une lésion spécifique existe mais peut traduire une augmentation transitoire et sans conséquences majeures de la perméabilité membranaire des cellules acinaires du pancréas.

Peu d’orientation à attendre de la clinique

Chez le chat, les signes cliniques d’une pancréatite aiguë sont plus équivoques que chez le chien. S’il s’agit d’une pancréatite chronique, la situation est encore plus floue, bien que des symptômes digestifs récidivants puissent mettre sur la piste d’une pancréatite. En revanche, les complications d’une pancréatite (insuffisance pancréatique exocrine, diabète sucré, etc.) s’accompagnent de signes cliniques plus nets. Il n’existe pas de « gold standard » du diagnostic de pancréatite, sauf l’autopsie avec examen histologique de la totalité du pancréas.

Les marqueurs sanguins spécifiques d’une affection aiguë

Les dosages de la lipase et de l’amylase conventionnelles ont une sensibilité diagnostique médiocre chez le chat. De nombreux facteurs extra-pancréatiques peuvent entraîner une variation de ces marqueurs. Chez un chat non azotémique, l’association d’une suspicion clinique forte et d’une lipasémie multipliée par 4 ou 5 par rapport aux valeurs usuelles de référence peut cependant orienter en faveur d’une cytolyse pancréatique. Une autre méthode de dosage de la lipase a été proposée : il s’agit de la DGGR lipase ; grâce à une approche différente, la sensibilité diagnostique de ce marqueur s’approcherait de celle du Spec fPL. Contrairement au test Spec fPL qui nécessite un envoi dans un laboratoire extérieur, la lipase DGGR peut être mesurée à la clinique si l’on dispose de l’automate Solo® (SCIL).

La lipase pancréatique spécifique (fPL) : ce dosage immunologique est le plus utilisé pour explorer une cytolyse pancréatique. Le Snap fPL est un dosage semi quantitatif réalisable au chevet du malade tandis que le Spec fPL donne un résultat quantitatif. Des dosages discordants peuvent parfois être observés entre les deux tests ; une forte suspicion clinique de pancréatite aiguë associée à un SNAP fPL négatif doit donc inciter à réaliser un Spec fPL. La sensibilité du Spec fPL avoisine 80 %. Cependant, une azotémie d’origine rénale peut s’accompagner d’une élévation des fPL.

L’immunoréactivité trypsique (fTLI) : le trypsinogène n’est produit que dans le pancréas et ce test est donc plus spécifique que les précédents. Sa spécificité est de 80-90 % mais en revanche la sensibilité est basse : entre 23 et 33 %. De plus, le délai de réponse est assez long car ce test n’est réalisé que dans un laboratoire au monde.

Pancréatites aiguës : rôle de la cytoponction pancréatique

La cytoponction pancréatique est un outil d’exploration validé chez le chien mais pas encore chez le chat. La cytologie permet de confirmer l’inflammation, parfois d’identifier des agents pathogènes ou des cellules tumorales. De plus, un examen bactériologique (aéro et anaérobie) pratiqué sur le liquide de cytoponction ou sur le contenu de l’aiguille (flushé avec du soluté NaCl isotonique stérile) peut donner des indications diagnostiques. En effet, une infection bactérienne serait en cause dans 35 à 40 % des cas de pancréatite modérée à sévère. Il pourrait s’agir de bactéries d’origine digestive ayant diffusé par voie hématogène jusqu’au pancréas. Des maladies concomitantes (intestinales et hépatiques) sont souvent associées, formant une triade pathologique. Pour confirmer une pancréatite aiguë chez un chat, le meilleur moyen est actuellement de s’appuyer sur le dosage fPL (ou de la lipase DGGR), sur les résultats de l’échographie associée à une cytoponction et surtout de faire une bonne démarche de diagnostic différentiel.

Pas de test fiable pour les formes chroniques

Il n’existe pas de test réellement fiable et validé pour le diagnostic des pancréatites chroniques. Plus encore que pour les formes aiguës, une démarche diagnostique rigoureuse reposant sur l’exclusion des hypothèses alternatives associée à la biologie et l’imagerie est l’approche la plus efficace. Dans certains cas, la biopsie pancréatique pourra aider.

ETUDE

Quand chiens et chats font leur deuil : modifications comportementales à la mort d’un compagnon

J.K WALKER, Owners’ Perceptions of Their Animal’s Behavioural Response to the Loss of an Animal Companion, Animals 2016

La revue Animals (accès libre) publie les résultats d’une enquête réalisée en Nouvelle-Zélande et en Australie, à propos de la perception, par les propriétaires de chiens et de chats, du deuil d’un compagnon par leur animal. Sans verser dans l’anthropomorphisme, on constate des réactions objectives qui se manifestent sous la forme de modifications du comportement, des pratiques alimentaires, de la recherche d’affection.

Cette publication émane de deux pays où la compagnie des chiens et chats est parmi les plus appréciées au monde : 44 % des foyers néo-zélandais, 29 % des maisonnées australiennes hébergent un chat, les chiffres étant respectivement de 28 % et 39 % pour les chiens. Comme dans tous les pays développés, chiens et chats sont désormais considérés comme des membres de la famille à part entière et leur décès revêt parfois la forme d’un drame pour leurs propriétaires. Chagrin et deuil sont au rendez-vous pour les humains.

Un deuil presque « humain »

Ces deuils sont reconnus chez l’homme, ils peuvent être pathologiques, mais peu d’études ont été consacrées à celui que pourraient éprouver chiens et chats auparavant compagnons de l’animal défunt. Connaître les émotions des animaux, estiment les auteurs, permet de progresser dans la connaissance de leurs besoins et d’améliorer leur bien-être. Ces dernières années, des méthodes ont été développées pour mesurer les émotions positives et négatives, sur les bases de critères physiologiques, comportementaux, même si, bien entendu, l’expérience « interne » que peuvent éprouver les animaux nous demeurera toujours inconnue. Pour autant, certaines réactions objectives à la séparation sont similaires à celles que manifestent les humains. Du point de vue de l’évolution, ce « chagrin » pourrait avoir un intérêt pour l’animal, en renforçant la cohésion du groupe quand il s’agit d’êtres grégaires. La notion de deuil animal, dans cet article, est considérée comme une réaction biphasique à la disparition d’un compagnon. Lors d’une première étape, elle consiste à chercher l’animal manquant de manière active, par des pérégrinations, des vocalises, puis, lors d’une seconde, l’activité décroît et le sujet se met en retrait.

Une étude sur près de 300 propriétaires

Les auteurs ont exploité 279 questionnaires remplis par 254 femmes et 23 hommes néo-zélandais et australiens. 770 animaux étaient concernés dont 356 étaient morts récemment. Parmi les 414 chiens et chats survivant à leur compagnon de vie, 311 (75 %) avaient présenté au moins une modification comportementale (159 chiens, 152 chats).

Des chiens et chats qui deviennent « collants »

A la suite du décès d’un des animaux, les propriétaires ont rapporté en moyenne 4,8 ± 0,2 changements de comportement chez les chiens et 4,5 ± 0,2 chez les chats. 74% des chiens se montraient plus affectueux, 26 % devenaient « collants » selon les dires de leurs propriétaires. 10%, en revanche, devenaient plus distants. 60% des chiens présentaient des modifications de leur comportement territorial, s’intéressant davantage aux lieux préférés du disparu. 42% des chiens avaient un sommeil modifié, 34 % dormaient plus longtemps. La quantité de nourriture et la vitesse à laquelle elle était absorbée étaient également l’objet de changements : 35 % des chiens mangeaient moins et 31 % moins vite.

Vocalises félines

Chez les chats, la principale modification (78 %) concernait la recherche d’affection. 40% en demandaient plus, 22 % devenaient « collants ». 15% à l’inverse se mettaient en retrait. 63% des chats avaient changé leurs habitudes territoriales, 36 % se rendaient très souvent dans les endroits favoris du défunt. Les miaulements étaient aussi modifiés : la fréquence dans 46 % des cas, le volume dans 32 %, étaient augmentés. La durée de ces modifications, de ce deuil, en somme, était (médiane) de 2 à 6 mois selon les propriétaires en ce qui concerne la demande d’affection, les modifications territoriales et sonores durant environ 2 mois.

Qu’importe l’espèce

Il est intéressant de constater que l’espèce (chien ou chat) du compagnon disparu importe peu. 82%

des animaux avaient perdu un compagnon de leur propre espèce. Dans les autres cas, un chat avait perdu un chien ou l’inverse. Les comportements de deuil sont exactement les mêmes mis à part la vitesse de consommation de la nourriture : les chiens ayant perdu un compagnon de leur espèce avaient tendance à s’alimenter encore moins rapidement. 58% des chiens, 42 % des chats, ont vu le cadavre du disparu. Ceci ne modifie pas, apparemment, l’expression des comportements de deuil. 73% de ces animaux ont reniflé ou exploré le corps de leur compagnon. Bien entendu, ces observations sont faites à l’aune de l’appréciation des propriétaires et peuvent être biaisées. On ne sait pas pour quelle part ces derniers suscitent eux-mêmes ces modifications comportementales, mais force est de constater qu’il se passe quelque chose…

SYNTHESE

L’anesthésie et l’analgésie des petits animaux : principales évolutions récentes

Lors d’un « Rendez-vous Grand Partenaire » du dernier congrès national de l’Afvac, le laboratoire Virbac avait invité deux spécialistes en anesthésiologie et réanimation. Rocio Fernandez Parra a d’abord présenté les moyens de surveillance de l’anesthésie puis Luca Zilberstein a fait l’inventaire des molécules anesthésiques et analgésiques à notre disposition aujourd’hui, en insistant sur les nouvelles façons de les utiliser. (in l’Essentiel n°427)

Le taux de mortalité péri-anesthésique en médecine vétérinaire est en moyenne de 0,1-0,2 % versus 0,000007 % en médecine humaine. Plusieurs éléments expliquent cetteénorme différence : la variété des espèces à anesthésier, les conditions d’anesthésie qui entourent les interventions urgentes, l’absence de formation spécifique à l’anesthésie, les moyens techniques différents à notre disposition, etc.

Risque péri-anesthésique maximal en postopératoire

Au cours de ces dernières années, le monitorage per-opératoire performant a permis de diminuer le risque anesthésique pendant l’anesthésie elle-même. Aujourd’hui, c’est en période postopératoire que les décès liés à l’anesthésie sont les plus nombreux, lorsque l’animal est extubé et que la surveillance fait souvent défaut. Un problème cardiovasculaire est à l’origine de 60 % des décès liés à l’anesthésie ; les troubles respiratoires comptent pour 30 % des cas. La mortalité péri-anesthésique est particulièrement élevée chez les NAC. Les chats sont plus à risque que les chiens ; dans cette espèce, une intubation oro-trachéale ou une fluidothérapie mal maîtrisées sont souvent à l’origine d’accidents.

La mortalité est plus élevée chez les animaux très jeunes et les animaux âgés. La race n’est pas un facteur de risque en tant que tel : c’est plutôt l’état de santé de l’animal qu’il faut prendre en compte (classe de risque ASA). Par exemple, tous les animaux brachycéphales ne présentent pas le même risque anesthésique. L’analyse de la mortalité péri-anesthésique ne permet pas aujourd’hui de cibler un produit anesthésiant en particulier. Le risque semblerait dépendre du contexte (urgence ou opération programmée), des particularités physiologiques de l’animal en cause et de notre capacité à le surveiller et à lui fournir le support adapté à son état. Il faut absolument tenir compte de l’âge et de la classe ASA. Même un « simple » détartrage chez un animal âgé peut s’avérer à très grand risque. De même, des précautions particulières s’imposent lors des procédures pédiatriques.

Les moyens de surveillance de l’animal anesthésié

Selon Rocio Fernandez Parra, « le meilleur moniteur de l’anesthésie, c’est nous-mêmes ! » Aucun appareil électronique ne peut remplacer la surveillance clinique mais un bon monitorage repose sur l’association des deux approches : clinique et instrumentale.

Contrôle de la fonction cardiaque

Un moniteur ECG est très utile pour contrôler la fréquence cardiaque, dépister une arythmie, repérer un bloc atrioventriculaire, une fibrillation ou un arrêt cardiaque. L’étalonnage du moniteur doit être adapté aux fréquences cardiaques des animaux, sinon, l’alarme risque de se déclencher inutilement. Attention aussi à ne pas abîmer la peau (nécrose) avec des pinces « fait maison » risquant d’être traumatisantes.

Capnographie

Cette technique est facile à utiliser, elle permet de confirmer que l’intubation endotrachéale s’est bien déroulée et donne beaucoup d’informations pendant l’anesthésie sur le patient et sur le matériel utilisé. Une apnée, une modification de la ventilation, un changement de débit cardiaque ou une embolie pulmonaire sont immédiatement détectés.

Pression artérielle

Surveiller la pression artérielle s’avère utile même une fois l’anesthésie terminée. Une pression systolique inférieure à 60 indique par exemple une réduction significative de la perfusion rénale. Dans l’idéal, contrôler la pression artérielle implique de mettre en place un cathéter artériel mais cette technique présente des risques, notamment lors du retrait du cathéter. Des moyens non invasifs peuvent être préférés : doppler ou oscillométrie. L’oscillométrie est facile à utiliser mais ce n’est pas une technique fiable pour les petits animaux ou les individus obèses. En revanche, la récente technologie « High Definition Oscillometry » réduit les interférences de mesure et s’adapte à de nombreuses espèces.

Pulsoxymétrie

En médecine humaine, la plupart des complications anesthésiques sont prévenues en utilisant conjointement la capnographie et la pulsoxymétrie. Cette dernière indique le pourcentage de saturation de l’hémoglobine par l’oxygène et la fréquence du pouls. La pulsoxymétrie est encore plus utile lorsque l’animal a des problèmes respiratoires et/ou respire de l’air ambiant.

Les nouvelles molécules anesthésiques

L’alfaxalone a un effet anesthésique similaire à celui du propofol. Elle agit pendant environ 20 mn et sa formulation actuelle en a réduit les effets secondaires. Le réveil est plutôt calme, à condition de bien gérer l’analgésie et la sédation du patient. L’alfaxalone peut être administrée par voie intramusculaire mais, chez les chats de petit gabarit, les doses à injecter sont parfois trop volumineuses. Cependant une faible « sédation » intramusculaire est possible, surtout sur les patients âgés. L’alfaxalone est aussi adaptée à l’anesthésie intraveineuse en continu, au pousse-seringue (« TIVA »).

L’isoflurane et le sévoflurane sont actuellement les deux gaz anesthésiques de référence. Ils permettent une anesthésie facile, rapide, maîtrisable et le réveil est beaucoup plus confortable qu’avec l’halothane. La sécurité du chirurgien est également bien meilleure : bien utilisés, ces produits sont presque sans risque, même chez la femme enceinte. Le rapport prix/effet est nettement en faveur de l’isoflurane, même si l’on manque encore de recul pour juger. L’absence d’odeur du sévoflurane peut cependant parfois faciliter l’induction, en particulier chez les NAC.

Rappelons que l’induction d’une anesthésie volatile en cage de plexiglas est une technique
« dangereuse », très coûteuse et surtout polluante. Elle est à réserver à certains cas pédiatriques ou à un animal de toute petite taille impossible à maîtriser autrement (NAC).

Le propofol est aujourd’hui disponible dans un nouvel excipient (alcool benzylique), qui permet de conserver le produit 28 jours après ouverture. Le risque de septicémie est donc maintenant drastiquement limité.

Les nouvelles molécules analgésiques

L’AMM vétérinaire pour la méthadone exclut de recourir désormais à la morphine. La puissance analgésique de la méthadone est de toute façon comparable à celle de la morphine. Elle peut être administrée par les mêmes voies et elle est beaucoup plus efficace pour tranquilliser l’animal en préopératoire. En postopératoire, l’absence de nausée rend le réveil plus confortable. Indéniablement la méthadone peut être désormais considérée comme l’opioïde de « référence » à la place de la morphine.

La buprénorphine est une molécule sûre et de durée d’action longue (jusqu’à 7-8 heures), qui est donc intéressante pour traiter les douleurs résiduelles postopératoires. La buprénorphine ne doit pas être utilisée avec d’autres morphiniques et son efficacité analgésique reste moindre que celle de la méthadone.

Le butorphanol est un opioïde largement utilisé pour ses capacités sédatives et de contrôle sur les douleurs viscérales et est presque dénué d’effets secondaires. Il est indiqué pour des douleurs moyennes et l’administration est à répéter toutes les 2-3 heures.

Le maropitant est un anti-vomitif mais il a un bon effet analgésique lors de douleurs viscérales, où une dose de 1 mg/kg semblerait produire le même effet que 0,5 mg/kg de morphine. Son mécanisme d’action n’est pas encore complètement élucidé mais le sujet est en plein développement. Son utilisation n’exclut pas l’association à un opioïde ; au contraire leur synergie d’effets est remarquable.


• Le fentanyl a une action analgésique puissante, quel que soit le type de douleur : par voie intraveineuse, il est utilisable aussi bien lors d’ovariectomie que de thoracotomie. Il ne faut pas avoir peur de ses effets car le fentanyl agit seulement 15 mn et les effets d’un éventuel surdosage sont faciles à gérer lorsque l’animal est intubé. Le fentanyl doit impérativement faire partie de l’arsenal thérapeutique analgésique. La forme administrable par voie transcutanée, qui permet de traiter l’animal pendant 4 à 5 jours, est plus délicate à utiliser.

Le méloxicam et le carprofène restent les AINS sur lesquels on possède le plus d’expérience et de recul mais de nombreux AINS sont récemment apparus : robénacoxib, mavacoxib, déracoxib, firocoxib, tépoxalin… Le choix aujourd’hui disponible permet d’adapter le traitement à l’animal, en fonction de sa tolérance individuelle aux AINS. Le traitement peut ainsi être envisagé à long terme. La pharmacopée vétérinaire offre aujourd’hui de nombreuses possibilités de scénario pour établir des protocoles anesthésiques et analgésiques satisfaisants. Le choix dépend évidemment du contexte clinique.

Décider d’un protocole anesthésique et analgésique implique de prendre en compte la facilité d’utilisation, la sécurité, la stabilité cardio-vasculaire, le confort de l’animal, etc. Jouer sur la synergie entre différents produits permet de diminuerles doses et d’équilibrer le budget anesthésique. Plusieurs associations sont actuellement en cours de tests, en particulier en ce qui concerne les protocoles injectables…

Le « kétofol » : kétamine + propofol

La kétamine est un anesthésique dissociatif largement utilisé pour faciliter la contention. Le propofol est un anesthésiant qui agit très rapidement. Associer les deux à doses réduites (9 mg/ml de propofol et 10 mg/ml de kétamine) permet d’induire l’anesthésie en limitant les effets secondaires, en particulier l’hypotension dose-dépendante du propofol.

Le « zoléfol » : tilétamine-zolazépam (Zolétil®) + propofol

L’association de 9 parts de propofol et 1 part de tilétamine-zolazépam 100 a été testée : les premiers résultats montrent que l’induction obtenue limite les séquelles dissociatives du produit et que la stabilité cardio-vasculaire est encore meilleure qu’avec le « kétofol ».

Ces deux protocoles expérimentaux, encore à confirmer, sont réservés à l’induction de l’anesthésie ; il ne s’agit pas d’une anesthésie fixe à part entière. Comme pour les protocoles anesthésiques, associer plusieurs analgésiques pendant la période opératoire (ou post-opératoire immédiate) est intéressant. Les mélanges FLK (fentanyl, lidocaïne et kétamine) et MLK (morphine/méthadone, lidocaïne et kétamine) donnent par exemple de très bons résultats.

L’ajout de lidocaïne aux opioïdes permet de mieux contrôler les douleurs viscérales, de maintenir la motilité de l’intestin grêle et de stabiliser les membranes pour éviter le risque de translocation bactérienne.

La kétamine inhibe les récepteurs NMDA et prévient le développement de la douleur chronique et neuropathique.

SYNTHESE

De l’intérêt de peser les chats : détecter très précocement la maladie rénale chronique

Maigreur et perte d’appétit sont fréquentes chez les chats souffrant de maladie rénale chronique (MRC). Pour autant la chronologie de la perte de poids, avant et après le diagnostic, n’a pas été évaluée en détail. C’est chose faite avec cette étude ayant concerné 569 chats de propriétaires atteints de MRC. La perte de poids médiane au cours des 12 mois précédant le diagnostic est de 8,9 %. Mais des modifications peuvent être déjà constatées trois années plus tôt. (in l’Essentiel n°425)

La perte de poids est très fréquente lors de MRC. La littérature signale une prévalence allant de 42 à 82 %, en fonction du stade de la maladie. Il est difficile de préciser la chronologie et l’importance de cet amaigrissement dans la mesure où la plupart des études ont été de nature rétrospective. L’une d’entre elles, cependant, a comparé les poids de chats au moment du diagnostic de MRC et un an auparavant. Elle a montré que les animaux avaient présenté (médiane) une perte de poids de 10,8 %. On ignore si cette dernière débute avant ce délai et quand. La littérature indique par ailleurs que 36 à 81 % des chats souffrant de MRC sont maigres ou émaciés.

Perte de poids et espérance de vie

La pathogénie de la perte de poids contemporaine de l’évolution de la MRC est complexe : inflammation, malabsorption, augmentation des besoins en énergie, baisse de l’appétit. La prévalence de ce dernier symptôme varie selon les études entre 21 % et 92 %. Une publication a quantifié la baisse d’appétit en interrogeant plus de 1 000 propriétaires de chats, on a trouvé 43 % d’anomalies de la prise alimentaire avec un score d’appétit (quantifié de 0 à 10) de 5,5 ± 2,2.

Une perte de poids importante obère l’espérance de vie pour diverses raisons comme la fonte musculaire, une baisse de l’immunité, etc. La baisse de l’état général, souvent très visible, provoque aussi des décisions ou demandes d’euthanasie. Chez les animaux de compagnie, on a démontré l’existence d’un lien entre la perte de poids et l’espérance de vie lors d’insuffisance cardiaque ou de cancer. Les études sur la MRC sont beaucoup plus rares. Une d’elles indique que le risque relatif de décès est multiplié par 2,5 chez des chats pesant moins de 4 kg au moment du diagnostic.

Une étude sur 569 chats

Les auteurs ont repris les dossiers de tous les chats ayant souffert de MRC entre 2006 et 2014 dans 6 universités vétérinaires américaines. Matériel et méthode sont décrits précisément dans cet article en accès libre. 569 chats répondaient aux critères d’inclusion. On comptait 55,5 % de femelles et 44,5 % de mâles, tous stérilisés. Au moment du diagnostic de MRC, l’âge médian était de 14,9 ans (5 à 22,8 ans). 6% des patients étaient en stade IRIS 1, 61 % en stade 2, 25 % en stade 3 et 9 % en stade 4. Le poids médian était de 4,2 kg (1,6 à 9,9 kg) toujours au moment du diagnostic. Le poids médian était plus faible pour les quartiles d’âges les plus élevés : médianes de 4,6 kg avant 13 ans, 4,4 kg entre 13 et 15 ans, 4,1 kg entre 15 et 16,5 ans, 3,7 kg au-delà de 16,5 ans. Comme attendu, ce poids médian est également variable selon le stade IRIS des patients : 4,3 kg en stade 1, 4,4 kg en stade 2, 3,8 kg en stade 3, 3,8 kg en stade 4.

Un amaigrissement progressif

Les malades avaient été pesés à plusieurs reprises au cours des années précédant l’apparition de leur MRC. Le nombre médian de pesées au cours des 3 ans passés a été de 6 (1 à 47). 96 chats ont été pesés au cours des 3 mois précédents, 273 ont été pesés plus d’un an avant le diagnostic de MRC. Chez ces derniers, la perte de poids médiane au cours de l’année passée avant le diagnostic a été de 8,9 % (- 47,7 % à + 45,9 %). Au cours de l’année suivant le diagnostic, la perte de poids médiane a été de 6,2 % (-57,9 % à + 29,7 %). La construction d’un modèle mathématique a permis de préciser le cours de cet amaigrissement. La perte de poids estimée au cours des trois années précédant le diagnostic est la suivante : – 0,21 kg en année -3, 0,28 kg en année -2, 0,37 kg en année -1. Puis les chiffres sont de -0,47 kg en année +1, 0,58 kg en année +2, 0,71 kg en année + 3.

Une survie de 17,7 mois

Dans cette cohorte de chats, la durée médiane de survie (mort naturelle ou euthanasie) a été de 17,7 mois (0 à 93,4 mois). 58,8 % des patients étaient encore en vie au moment de la conclusion de l’étude. Le sexe n’influence pas le pronostic, qui est évidemment lié au stade IRIS, avec une survie plus longue aux stades 1 et 2 par rapport aux stades 3 et 4. Comme attendu également, l’espérance de vie diminue avec l’âge des malades. En revanche, les chats ayant un poids corporel plus élevé au moment du diagnostic ont un meilleur pronostic.

Dans la discussion, les auteurs retiennent les éléments suivants :

la perte de poids médiane est de 8,9 % au cours de l’année précédant le diagnostic. Ce résultat est cohérent avec celui obtenu lors d’une étude antérieure (10,8 %) ;

la perte de poids peut être objectivée très précocement, jusqu’à 3 ans avant le diagnostic de MRC. Elle s’accélère après ce dernier : en prenant en compte les résultats médians, on peut s’attendre à ce qu’un chat de 4,2 kg perde 0,86 kg au cours des trois ans précédant le diagnostic et 1,76 kg au cours des trois années suivantes ;

l’espérance de vie est plus courte en stades IRIS 3 et 4, mais il existe ici un biais possible dans la mesure où le propriétaire d’un chat en mauvais état général aura davantage tendance à solliciter l’euthanasie ;

si un poids faible est associé à un pronostic plus réservé, un poids très élevé l’est aussi. L’indice de condition corporelle n’a pas été pris en compte ici, mais il semble que les chats « modérément » obèses ont un meilleur pronostic. C’est le « paradoxe de l’obésité », bien décrit en médecine humaine : si l’obésité obère l’espérance de vie des sujets sains, elle peut la prolonger lors de l’existence de diverses affections comme la MRC ou l’insuffisance cardiaque.

Les auteurs conviennent de certaines limites de cette étude : on n’a pas pris en compte les traitements médicaux et diététiques qui peuvent influencer le pronostic. On n’a pas inclus non plus dans l’analyse l’existence éventuelle de maladies concomitantes. Quoi qu’il en soit, cette étude permet de préciser l’ampleur de la perte de poids contemporaine de la MRC 3 ans avant et après le diagnostic de MRC. Elle montre tout l’intérêt d’établir des courbes de poids chez les seniors.

SYNTHESE

Dermatologie pédiatrique : dix dermatoses à reconnaître

La dermatologie pédiatrique est une discipline à part en dermatologie médicale, certains services hospitaliers étant dévolus aux particularités de l’enfant. Chez le chien et le chat la dermatologie du jeune animal présente également quelques caractéristiques et certaines dermatoses sont à connaître, comme évoqué par le Dr Helton Rhodes dans un récent article* dont un résumé est présenté ici. (in l’Essentiel n°429)

Il peut s’agir de maladies localisées ou systémiques, parfois spécifiques de race. Ce florilège non exhaustif en sélectionne quelques-unes, plus ou moins faciles à diagnostiquer.

Otite proliférative et nécrosante du chaton

Cette entité, de cause inconnue, a été rapportée récemment chez des chats âgés de 2 à 12 mois. Les lésions sont cliniquement typiques : apparition brutale d’une prolifération tissulaire majeure dans le conduit auditif, au niveau de l’orifice auriculaire, du conduit vertical et de la face interne du pavillon. Les lésions consistent en des plaques coalescentes, noirâtres, friables, qui ont tendance à l’ulcération et à saigner. Les lésions sont le plus souvent d’emblée bilatérales et douloureuses, mais dans certains cas seul un prurit modéré est observé. Des infections secondaires (bactériennes et fongiques) peuvent survenir. Les remaniements inflammatoires sont caractérisés par une apoptose kératinocytaire, ressemblant à un érythème polymorphe, mais à ce jour aucun virus n’a pu être mis en évidence. Le traitement n’est pas codifié : plusieurs chats ont bénéficié d’un traitement avec le tacrolimus par voie locale (un ligand des immunophilines), d’autres ont été améliorés par l’application topique d’imiquimod, l’administration systémique de ciclosporine, de famciclovir et/ou d’interféron. Un traitement chirurgical peut être nécessaire dans les cas sévères.

Dermatite et oedème éosinophilique (syndrome de Wells)

Le syndrome de Wells est une entité rapportée régulièrement chez l’homme caractérisée par une cellulite éosinophilique, souvent d’origine médicamenteuse. Chez le chien, des lésions semblables ont été rapportées, le plus souvent d’origine immunologique (alimentation, morsure d’arthropode, cause médicamenteuse ou virale). Les chiens de races de grand format (notamment les Labrador) seraient à risque. Des signes digestifs sont souvent associés (vomissements, diarrhée), nécessitant parfois une hospitalisation. Les lésions sont typiques et consistent en des macules érythémateuses, à tendance arciforme, serpigineuses parfois, associées à des plaques, volontiers ortiées. La surface ventrale du corps (abdomen, thorax) et les pavillons auriculaires sont les zones de prédilection. Les biopsies montrent un infiltrat éosinophilique avec des figures en flammes. Le traitement repose sur une corticothérapie orale pendant quelques jours à quelques semaines.

Syndrome de mutilation acrale

Il s’agit d’une génodermatose (transmission autosomale récessive) atteignant les nerfs (neuropathie sensitive). Plusieurs races semblent à risque : pointer, épagneul français, springer spaniel et pinscher. Les lésions débutent dans le jeune âge (entre 1 et 5 mois) et sont typiquement caractérisées par des mordillements et un prurit/douleur localisé au niveau des extrémités digitées : les animaux atteints se mutilent les doigts et/ou les coussinets, sans sembler par ailleurs présenter de gêne manifeste. Les réflexes restent intacts. Le diagnostic clinique est évident. Un test de dépistage

génétique est disponible depuis quelques mois. Aucun traitement n’est efficace et l’euthanasie est nécessaire.

Dermatite ulcérative du Bengal

Cette dermatose est probablement d’origine génétique car rapportée seulement chez le Bengal. On observe des lésions limitées à la truffe, sur la zone médiane, avec un assèchement puis une hyperkératose progressive qui a tendance à l’érosion, la fissuration et se recouvre finalement de croûtes. Une dépigmentation peut être associée. Le traitement repose sur l’application locale de tacrolimus.

Cellulite juvénile

Relativement fréquente, cette maladie reste pourtant un mystère et sa cause est à ce jour inconnue (intervention de virus ? maladie immunologique ? anomalie génétique ?). Il s’agit d’une hypodermite granulomateuse stérile. Les lésions, d’apparition brutale, sont initialement localisées à

la face avec gonflements et érosions suintantes. Une otite suppurée est presque systématiquement présente. Une lymphadénopathie est souvent associée. D’autres localisations ont été plus rarement décrites : abdomen, thorax, fourreau… Le prurit est en général modéré, mais les lésions sont douloureuses et évoluent dans un contexte fébrile (hyperthermie, abattement). Les complications infectieuses sont la règle si la dermatose n’est pas diagnostiquée et gérée précocement. Il faut faire un diagnostic différentiel avec une pyodémodécie ou une dermatophytose inflammatoire (cf. infra). Le traitement repose sur une corticothérapie orale pendant quelques jours à quelques semaines. La ciclosporine s’est avérée efficace dans certains cas.

Dysplasies folliculaires liées à la couleur

Rencontrées préférentiellement chez les chiens présentant un pelage bleu, gris ou chocolat, elles sont également notées chez des chiens à poil noir. Les lésions regroupent initialement un « éclaircissement » du pelage, rapidement suivi par une alopécie non inflammatoire, limité aux zones diluées ou noires de la robe. Il est également possible d’observer des taches dépigmentées qui sont assez évocatrices de l’affection. Aucun prurit n’est noté sauf en cas d’infection bactérienne secondaire. Le diagnostic passe par la trichoscopie, qui permet de mettre en évidence une anomalie de répartition du pigment mélanique dans les tiges pilaires, à l’origine de fissurations et de fractures des poils. L’examen histopathologique est toutefois indispensable pour confirmer la maladie. Aucun traitement spécifique n’existe et des soins cosmétiques sont indiqués régulièrement pour diminuer le risque de pyodermite bactérienne.

Papillomatose virale

Les papillomes viraux sont rencontrés assez fréquemment chez des chiens jeunes, le plus souvent au niveau de la cavité buccale. Les lésions sont pathognomoniques : masses blanches ou grises, en relief, avec un aspect « grumeleux » en « chou-fleur » très typique. Parfois uniques, parfois multiples, de taille variable, elles sont en général asymptomatiques. Il n’existe pas de traitement codifié. Si l’exérèse chirurgicale reste une option, elle ne devrait être envisagée que pour les cas très extensifs, en effet la « stimulation » des lésions peut être responsable d’une explosion locale verruqueuse difficile par la suite à gérer. Les traitements systémiques ayant une efficacité rapportée dans la littérature sont la cimétidine et les interférons (alpha ou oméga). Localement, l’application d’imiquimod peut également être intéressante (bien que l’utilisation de cette molécule sur la muqueuse buccale puisse être à risque d’effets secondaires).

Dermatomyosite familiale

La dermatomyosite est une maladie héréditaire atteignant la peau et les muscles chez des chiens jeunes. Les races colley, Shetland et berger de Beauce sont prédisposées. La pathogénie est mal comprise et est probablement complexe. Outre des facteurs génétiques, certains auteurs ont avancé une origine infectieuse, probablement virale (coxsackievirus B, coronavirus, picornavirus). D’autres auteurs, au contraire, suspectent une origine immunologique, en mettant en avant l’élévation des complexes immuns circulants (dont le taux est en rapport avec la gravité des signes cliniques), la présence de lésions de vascularite dans certaines biopsies cutanées et l’atrophie des follicules pileux. Les lésions apparaissent tôt, chez des animaux jeunes à très jeunes (1 à 6 mois). Typiquement, la dermatomyosite est d’abord une maladie cutanée, avec des symptômes musculaires

discrets. Les symptômes cutanés débutent sur la face, l’extrémité des pavillons auriculaires, la queue et l’extrémité des membres. Il s’agit de dépigmentation, d’érythème, de papules et de placards alopéciques et kératoséborrhéiques. Le diagnostic passe par l’histopathologie et éventuellement l’examen électromyographique. Le pronostic est imprévisible : une guérison définitive peut survenir à l’âge de six mois. Certains animaux montrent des régressions spontanées mais récidivent, alors que d’autres répondent mal à toute thérapeutique et doivent finalement être euthanasiés. Les animaux sévèrement touchés présentent des cicatrices disharmonieuses, notées surtout sur le chanfrein et autour des yeux. Une photoprotection est souhaitable. Il faut en outre éviter les traumatismes et en particulier le couchage sur des surfaces dures. Le traitement médical est fonction de la gravité des signes cliniques. Il varie depuis l’expectative jusqu’à la mise en place d’une corticothérapie à doses immunosuppressives (prednisone ou prednisolone 2 à 4 mg/kg/j jusqu’à régression des signes cliniques puis diminution et passage en jours alternés). La pentoxifilline, un dérivé des méthylxanthines, peut être utilisée, pour son effet oxygénateur des tissus par accroissement du flux sanguin à la dose de 10 à 20 mg/kg trois fois par jour. L’utilisation associée de shampooings antiseptiques et/ou kératorégulateurs est également bénéfique.

Troubles génétiques de la cornification

Différentes génodermatoses sont rapportées chez le jeune chien et sont, pour la plupart, l’objet de recherches poussées visant à étudier leur déterminisme et les anomalies génétiques en cause dans des buts de diagnostic et de pathologie comparée. L’ichtyose en est un bon exemple : chez le chien, on distingue les ichtyoses épidermolytiques dues à un défaut des kératines épidermiques et les ichtyoses non épidermolytiques. Même si ces génodermatoses rares sont observées dans de nombreuses races, il existe des formes spécifiques dans certaines d’entre elles : les ichtyoses non épidermolytiques chez le golden retriever, le Cairn terrier, le Jack Russell terrier et le bouledogue américain et les ichtyoses épidermolytiques chez le Norfolk terrier et le cavalier King Charles. Certaines formes d’ichtyose rapportées chez le chien sont des modèles spontanés de maladie de l’homme, comme récemment démontré pour l’ichtyose du golden retriever, due à une mutation du gène PNPLA ou pour le Jack Russel terrier avec une mutation de la transglutaminase.

Les symptômes sont variables. Chez le golden retriever, l’ichtyose (non épidermolytique) se caractérise par de larges squames fines polygonales, blanchâtres, s’exfoliant facilement sans atteinte des coussinets. Avec le temps, les squames ont tendance à devenir noirâtres. Elles sont initialement notées sur la surface ventrale du corps, mais peuvent s’étendre au thorax voire se généraliser. Après tonte, la peau présente des lésions squameuses qui rappellent parfois des écailles. Chez le Jack Russell terrier et le bouledogue américain, les lésions regroupent dessquames fines à épaisses, blanches à brunes, avec un aspect parcheminé. Les coussinets peuvent être atteints. L’ichtyose épidermolytique du Norfolk terrier se caractérise par des stries pigmentées, avec un aspect de peau « en papier de verre ».

Le diagnostic passe par l’examen histopathologique de biopsies cutanées, par la microscopie électronique et pour certaines formes d’ichtyose par la recherche de la mutation génétique par prise de sang ou écouvillonnage buccal. Le traitement fait appel pour les stades débutants à des soins topiques avec shampooings et réhydratants. Pour les cas nécessitant un traitement systémique, il peut être utile de proposer la vitamine A. Dans tous les cas, l’utilisation d’acides gras essentiels par voie orale (ou en utilisant une alimentation adaptée) semble intéressante pour essayer de régulariser la cinétique cutanée.

Kérion

Les lésions nodulaires cutanées peuvent être liées à des causes variées. Il est important de ne pas se laisser piéger ni de s’enfermer dans l’hypothèse néoplasique : tout nodule n’est pas tumeur, surtout chez un jeune animal. Chez le jeune chien chasseur ou fouisseur, chez le Persan, certaines dermatophytoses peuvent se manifester sous la forme de lésions nodulaires, d’apparition brutale, d’aspect érythémateux et suintant, volontiers croûteux, dénommées « kérions ». La pathogénie de ces lésions est encore mal comprise. Certains auteurs proposent que la dissémination dans le derme des champignons serait responsable d’une violente réaction inflammatoire à corps étranger. D’autres suspectent une réaction d’hypersensibilité vis-à-vis des dermatophytes. Microsporum gypseum (Nannizzia fulva, gypsea, nana )est dans notre expérience assez fréquemment en cause dans ces lésions nodulaires mais Microsporum canis peutégalement être responsable. Une culture fongique est toujours indiquée pour diagnostiquer l’espèce de dermatophyte en cause, ce qui permet de prévoir des mesures thérapeutiques adaptées. Le traitement des kérions est le plus souvent facile : un traitement local, à base d’un azolé, suffit dans la plupart des cas, sans traitement systémique associé. Il doit être poursuivi jusqu’à la guérison clinique ou mieux jusqu’à la guérison mycologique. Un traitement systémique peut parfois être nécessaire. Enfin, chez le chat, il peut parfois être indiqué de réaliser une exérèse chirurgicale.

SYNTHESE

Epilepsie canine : les propriétaires détectent mal les crises partielles

Le diagnostic de l’épilepsie, chez le chien, est souvent basé sur les descriptions des propriétaires des patients, il est rare que l’une d’elles se déclenche en consultation. Si cette description est pathognomonique quand il s’agit d’épilepsie généralisée, les signes sont plus discrets et parfois ignorés lors d’épilepsie focale ou partielle. L’objectif de cette étude parue dans le Veterinary Record était de mieux connaître les attitudes des propriétaires lors de la survenue de cette forme d’épilepsie qui, bien que moins spectaculaire, a aussi des conséquences sur le fonctionnement de l’encéphale. (in l’Essentiel n°430)

Le vétérinaire se repose sur les descriptions des propriétaires de ses patients pour diagnostiquer initialement une épilepsie et pour adapter ensuite le schéma posologique. Une augmentation de la fréquence des crises entraîne ainsi une augmentation des doses ou un changement de médicament. Les auteurs signalent qu’en médecine humaine, les crises sont souvent sous-rapportées. En général, les crises focales (partielles) sont moins volontiers signalées que les crises tonico-cloniques généralisées. En médecine humaine, toujours, jusqu’à 73,2 % des crises partielles ne sont pas signalées, indique une étude récente. Or, les crises focales sont courantes lors d’épilepsie idiopathique.

56 réponses analysées

Cette étude menée par Packer et coll. (Royal Veterinary College) dont les résultats ont paru dans le Veterinary Record avait pour objectif de mettre en évidence la capacité des propriétaires de chiens à rapporter ces crises partielles. Elle repose sur une enquête Internet réalisée sur Surveymonkey® , les propriétaires de chiens épileptiques ayant été recrutés via des médias sociaux. Les chiens devaient répondre pour être recrutés aux critères de l’International Veterinary Epilepsy Task Force et avoir souffert d’une crise partielle dans les 3 mois précédents. Les troubles possiblement observés étaient expliqués aux propriétaires (clignements rythmiques des paupières, contractions musculaires d’une extrémité, ptyalisme, vomissements, mydriase, troubles du comportement, anxiété, recherche d’attention, frayeurs inexpliquées, etc.). 56 réponses ont pu être exploitées, provenant essentiellement de femmes (91 %). On comptait chez les chiens à peu près autant de mâles que de femelles. L’âge moyen était de 63,3 ± 36,6 mois.

Un chien qui devient « collant »

En matière de sémiologie, les propriétaires rapportaient le plus souvent les signes suivants : chien devenant « collant » (57,1 %), léchage des lèvres (50 %), tremblements de la face (53,6 %). Le nombre de crises partielles par mois jugé « acceptable » était de un (0-2), alors que les propriétaires acceptaient moins les crises généralisées qu’ils jugeaient plus dangereuses pour la santé cérébrale de leurs animaux. 52,1 % d’entre eux pensaient que les crises groupées avaient davantage d’impact sur la qualité de vie de leur compagnon. Ils se sentaient plus capables (40,4 %) de gérer une crise partielle par rapport à une crise généralisée. 62% estimaient que leur vétérinaire était plus concerné par ces dernières, mais la moitié rapportait aussi l’occurrence de crises partielles lors de leurs visites chez le praticien. 44,9 % attendaient plus de leur vétérinaire qu’il permette le contrôle des crises généralisées, les crises partielles étant en somme considérées comme plus gérables.

Une sous-estimation des crises partielles

On constate donc que les propriétaires sous-rapportent les crises partielles parce qu’ils les considèrent comme moins graves. Dès lors, on peut craindre un traitement mal adapté si l’on ignore leur existence. De plus, les maîtres n’identifient pas certains signes comme étant des symptômes de crises partielles, par exemple la mydriase, le nystagmus, les déglutitions répétées, etc. En attendant la mise au point de capteurs adaptés qui pourraient être insérés dans des colliers, le vétérinaire doit donc lister avec son client tous les symptômes évocateurs de crises partielles. Ceci est d’autant plus important que ces crises ne sont pas bénignes : on a en effet démontré, chez les rongeurs, que leur répétition entraîne une sclérose de l’hippocampe ou de la corne d’Ammon. Il convient donc de les traiter avec le même sérieux que les crises généralisées.

R.M.A PACKER, Owner perception of focal seizures in canine epilepsy, Veterinary Record.

SYNTHESE

Tumeurs mammaires : rechercher une glomérulopathie

Les tumeurs mammaires (TM) de la chienne sont dans certains cas un modèle intéressant des cancers du sein dans l’espèce humaine. Dans cette dernière, on observe parfois des glomérulopathies paranéoplasiques qui peuvent mener à l’insuffisance rénale ou à un syndrome néphrotique. L’étiopathogénie de ces lésions demeure obscure. Les résultats de cette étude parue dans PLoS One (accès libre) montrent que la chienne développe également ce type d’anomalies. (in l’Essentiel n°427)

Le lien causal éventuel entre glomérulopathie et cancer du sein n’est pas fermement établi. Les glomérulopathies membraneuses (GMN) sont chez la femme les anomalies les plus fréquemment découvertes en cas de cancers, il arrive aussi qu’on observe des lésions discrètes (LD) ou encore des gloméruloscléroses focales segmentaires (GMFS) ou des glomérulonéphrites membranoprolifératives (GMMP). Il est plus rare qu’on découvre des microangiopathies thrombotiques (MAT).

Une étude sur 32 TM

L’objectif de cette étude était d’évaluer des biopsies rénales réalisées chez 32 chiennes présentant des carcinomes mammaires et chez 11 chiennes témoins. Les prélèvements ont été observés en microscopie optique, électronique et immunohistochimie. Chez les chiennes malades, les biopsies rénales ont été effectuées lors de l’ovariohystérectomie contemporaine de l’exérèse des TM.

Lésions glomérulaires

Des lésions discrètes ont été observées chez 25 chiennes (78,1 %) souffrant de TM. On notait : une expansion focale de la matrice mésangiale glomérulaire (60 %), une prolifération des cellules mésangiales (36 %), une GMFS (36 %), des synéchies (28 %), une sclérose glomérulaire (24 %), une fibrose interstitielle discrète à modérée avec atrophie tubulaire (20 %). Cinq chiennes (20 %) présentaient une dégénérescence hydropique des cellules épithéliales tubulaires, plus rarement, on notait une artériolosclérose hyaline (12 %) et des lésions d’ischémie glomérulaire (12 %), des dépôts d’hémosidérine (8 %). Les reins des chiennes saines, en revanche, à âge comparable, ne présentaient pas de lésions. On note que chez les malades, les altérations glomérulaires étaient corrélées positivement au volume tumoral. Les auteurs présentent ensuite les résultats des examens immunohistochimiques, on note un dépôt d’IgM dans 96 % des cas, associé ou non à des dépôts d’IgG, d’IgA et de C3. Les images obtenues en microscopie électronique sont enfin interprétées, on observait, surtout, des dépôts de matériel dense sousendothéliaux ou mésangiaux et des anomalies podocytaires des cellules mésangiales.

Un bon modèle de la maladie humaine

Les auteurs interprètent ces lésions dans la discussion. Il est certain que nombre de chiennes souffrant de TM développent une protéinurie subclinique et des lésions glomérulaires, similaires à celles qui sont observées chez la femme. Le RPCU augmente et un tiers des malades en moyenne souffre de protéinurie, avec des lésions microscopiques qui semblent indiquer l’évolution de lésions structurelles glomérulaires. Le taux d’IgM n’a pas été mesuré dans ce travail, mais il est probablement augmenté au vu des lésions observées. En revanche, les IgA et IgG sériques ne sont pas différentes selon les lots. L’observation la plus intéressante est l’association de la gravité des lésions glomérulaires au volume tumoral. C’est en 1966, en médecine humaine, que les premières descriptions de glomérulopathies contemporaines des cancers du sein ont été décrites. Pour autant, aucune étude contrôlée et randomisée n’a été réalisée depuis sur ce sujet. A ce jour, les principaux travaux sur ce thème ont été entrepris sur les cancers hématopoïétiques et les carcinomes solides, où la présence de glomérulopathies paranéoplasiques est avérée. Plusieurs facteurs pouvant expliquer l’apparition de glomérulopathies ont été évoqués : diminution de la perfusion rénale, lésions infligées par les métabolites des cellules cancéreuses, dépôts d’immuns-complexes, cette dernière anomalie avérée ici pouvant suggérer une origine immunitaire. Dans ce contexte, la chienne semble constituer un très bon modèle des glomérulopathies paranéoplasiques humaines

Bilans biologiques

Les chiennes atteintes de TM présentaient des augmentations de certains paramètres par rapport aux témoins : protéines, transferrine, haptoglobine. Les taux de globulines étaient corrélés au format de la TM. Le nombre de nodules mammaires allait de 1 à 10, leur volume total variait entre 0,04 et 567,1 cm3. Il s’agissait pour l’essentiel de tumeurs de bas grade (27/32). On comptait deux cancers de grade intermédiaire et 3 de haut grade. 65,6 % des chiennes ne présentaient qu’un seul type tumoral, 34,4 % étaient atteintes de deux types de cancers. Le rapport protéines/créatinine urinaire (RPCU) était plus élevé chez les chiennes cancéreuses par rapport aux chiennes indemnes de la même catégorie d’âge. Aucun des animaux témoins ne présentait de protéinurie, mais c’était le cas de 10 chiennes cancéreuses. L’électrophorèse des protéines urinaires suggérait l’existence chez ces patientes d’altérations à la fois tubulaires et glomérulaires.

SYNTHESE

Découverte fortuite d’une masse surrénalienne : l’attitude à adopter

Il n’est pas rare de découvrir fortuitement une masse surrénalienne à la faveur d’un examen tomodensitométrique réalisé pour tout autre motif. Cette découverte est en général faite chez des chiens âgés. Dans le Javma du 15 novembre 2016, une équipe de l’Université Vétérinaire de Floride fait le point sur ce sujet. Plusieurs critères doivent guider le praticien dans sa décision, qui sera, raisonnablement et dans la plupart des cas, l’attentisme. (in l’Essentiel n°428)

En médecine humaine, on parle de découverte fortuite d’une masse surrénalienne pour désigner une telle observation réalisée chez un patient auparavant non suspect d’une affection de cette glande. Ces tumeurs peuvent être bénignes (adénomes de la corticosurrénale, granulomes, kystes, hyperplasies) ou malignes (carcinomes corticosurrénaliens, phéochromocytomes, métastases d’autres cancers). Ces mises en évidence fortuites de lésions surrénaliennes sont aussi fréquentes en médecine vétérinaire. Une récente étude rapportait une prévalence de 4 % à l’occasion d’examens échographiques effectués pour d’autres motifs. Elle a montré que ce phénomène était plus habituel

chez des chiens âgés (médiane de 11,25 ans) et plutôt lourds (médiane de 21 kg) par rapport aux animaux témoins (9,5 ans, 14 kg). En médecine humaine, toujours, on trouve à l’autopsie 2,3 % de lésions surrénaliennes et 1 à 10 % à la faveur d’examens tomodensitométriques ou en IRM. La prévalence est inférieure à 1 % chez les jeunes adultes, de 3 % à l’âge de 50 ans et jusqu’à 15 % chez les plus de 70 ans. Enfin, une étude irlandaise menée en clinique courante montre 0,98 % de détection à l’occasion d’un scanner abdominal, 0,81 % lors d’un scanner thoracique.

L’objectif de cette étude était de déterminer la prévalence des découvertes fortuites de tumeurs surrénaliennes au cours de scanners effectués pour un autre motif, d’évaluer les facteurs de risque, l’hypothèse des auteurs étant qu’on en trouverait davantage via la tomodensitométrie que par l’échographie.

Une étude sur 270 chiens

270 chiens remplissaient les critères d’inclusion. On a rencontré une masse surrénalienne, fortuitement, chez 25 d’entre eux soit 9,3 %. Neuf de plus présentaient une hyperplasie modérée (3,3 %) mais n’entraient pas dans le champ de l’étude. Le poids médian des chiens concernés était de 28,4 kg (4,1 à 46,1 kg). Il n’était pas significativement différent de celui des patients indemnes de lésion des surrénales (médiane de 21 kg, 0,9 à 75 kg). En revanche, l’âge médian (12 ans, 8 à 15 ans) était significativement plus élevé chez les porteurs de tumeurs que chez les sujets dont les surrénales étaient normales (médiane de 8,2 ans, 0,1 à 16,1 ans).

Souvent un autre cancer associé

Chez 51,1 % des individus (138 chiens), une néoplasie était le motif initial de réaliser un scanner. Chez ces chiens, on a découvert fortuitement une tumeur surrénalienne dans 15,9 % des cas : ces chiens cancéreux sont donc nettement plus souvent porteurs en outre d’une telle lésion par rapport aux patients examinés pour d’autres raisons qu’un cancer (2,3 %). Les chiens cancéreux étaient néanmoins plus âgés (médiane de 10 ans, 2 à 15,6 ans) que les individus faisant l’objet d’un scanner pour d’autres motifs.

L’activité des phosphatases alcalines, la densité urinaire, n’étaient pas prédictives de la découverte d’une masse surrénalienne. Certains chiens (132/270) ont fait l’objet, de surcroît, d’une échographie abdominale en sus du scanner. Quatre avaient une tumeur surrénalienne détectée à l’échographie mais pas au scanner, 3 au scanner et pas à l’échographie, 6 avec les deux méthodes.

Des tumeurs en général petites

Chez les 25 chiens pour lesquels la découverte était fortuite, le format médian de la masse surrénalienne était de 1,4 cm (0,3 à 6 cm). Chez 3 patients, on notait un envahissement de la veine cave caudale. Une exérèse de la glande a été effectuée chez 3 sujets autres que ceux dont la veine cave caudale était atteinte. Deux chiens souffraient d’un adénome cortical, un patient souffrait d’un adénome et d’un phéochromocytome. On n’a donc pas eu de confirmation histologique pour les 22 autres tumeurs. Chez deux chiens qui ont été réévalués après un délai de quelques mois, les masses néoplasiques n’avaient pas évolué.

L’échographie est moins sensible

Dans la discussion, les auteurs concluent donc à une prévalence de 9,3 %, avec une prédisposition des chiens âgés et des patients présentant un autre cancer (qui sont en général aussi plus âgés). Cette prévalence est plus élevée que celle qui a été décrite antérieurement avec une étude échographique (4 %) bien moins performante que le scanner, ce que confirme ce travail. On sait, en médecine humaine, que l’échographie est moins sensible et moins spécifique que la tomodensitométrie pour détecter les lésions surrénaliennes. Une publication a montré une sensibilité de 84 % et une spécificité de 98 % pour le scanner, les chiffres étant de 79 % et 61 %, respectivement, pour l’échographie. Le fait que ces découvertes fortuites de tumeurs surrénaliennes concernent davantage les chiens âgés n’est pas une surprise. Il corrobore des études réalisées en médecine humaine et vétérinaire. Les chiens souffrant d’un autre cancer sont à risque, ce qui permet aux auteurs de rappeler le travail de Cook et coll., qui ont montré que lors d’examens échographiques, 28,5 % des chiens présentant une masse surrénalienne de découverte fortuite souffraient concomitamment d’un autre cancer. Dans l’étude présentée ici, 15,9 % des chiens (22/138) examinés pour un cancer avaient aussi une masse surrénalienne.

Les métastases surrénaliennes sont fréquentes

Par ailleurs, la plus forte prévalence des masses surrénaliennes chez des chiens souffrant d’un autre cancer peut aussi correspondre à des métastases. Une étude antérieure a montré en effet que la fréquence des métastases surrénaliennes était de 21 % lors de l’extension des cancers en général. Dans ces conditions, les auteurs conseillent de faire passer systématiquement un scanner thoracique et abdominal lors de la détermination du stade chez un patient cancéreux âgé, à la recherche de lésions surrénaliennes.

Ils conviennent de certaines limites de leur étude : ce n’est pas le même radiologue qui a examiné tous les clichés. Ceci a pu introduire certains biais. Les clichés n’ont pas été réinterprétés a posteriori et le radiologue de garde ne portait pas spécialement son attention sur les glandes surrénales. Dès lors, l’incidence a peut-être été sous-estimée. Une limite est aussi l’absence de diagnostic histologique des lésions. Se pose la question, alors, de ce qu’il faut faire face à ces découvertes fortuites. Il n’existe pas de consensus en la matière. En médecine humaine, tout dépend de la taille de la tumeur. Dans le cas des masses de moins de 3 cm, apparemment inactives biologiquement, on répète les scanners tous les 2-3 ans avec entre temps des évaluations biochimiques. Ces recommandations peuvent servir de base chez le chien.

Tenir compte de la clinique

Les auteurs estiment que chez le chien, face à une tumeur de plus de 2 cm, s’il y a de plus invasion vasculaire, si des signes cliniques compatibles avec une maladie surrénalienne sont présents, un bilan endocrinien complet apparaît nécessaire. Ceci consiste à rechercher un hypercortisolisme et accessoirement des signes cliniques évocateurs d’un phéochromocytome. Cook et coll. ont indiqué que des dimensions de plus de 20 mm, quel que soit le plan de coupe, sont fortement évocatrices de malignité.

Deux études récentes ont montré que des analyses fines des images obtenues par échographie et scanner permettent d’orienter parfois le diagnostic sur la base de la vascularisation des tumeurs qui n’est pas la même selon leur type histologique. Il est évident que face à un patient hypertendu, polyuropolydipsique, présentant des phosphatases alcalines élevées, une recherche de maladie surrénalienne doit être effectuée pour tout type de tumeur, aussi petite soit-elle, même s’il s’agit d’une découverte fortuite. Pour le reste des cas (tumeurs de moins de 20 mm), l’attentisme est sans doute la meilleure attitude à adopter. Avec éventuellement la réalisation d’une échographie (moins onéreuse) tous les 2 à 3 mois.

BAUM (JA) : Prevalence of adrenal gland masses as incidental findings during abdominal computed tomography in dogs: 270 cases (2013–2014). Journal of the American Veterinary Medical Association. 2016. Vol 249, N°10, p 1165-1169.

SYNTHESE

Détecter précocement les lésions rénales lors de maladie valvulaire mitrale : intérêt de la SDMA et de la cystatine C

L’insuffisance cardiaque peut générer des lésions rénales, on parle alors de syndrome cardiorénal. Dans le cadre de la gestion de la maladie valvulaire mitrale, un suivi attentif de la fonction rénale est nécessaire, de manière à pouvoir intervenir précocement pour éviter l’installation trop rapide de lésions. Créatinine, urée, sont des marqueurs utiles, mais d’autres méritent d’être utilisés, comme la SDMA et la cystatine C. Ils ont l’intérêt de mettre en évidence beaucoup plus tôt des anomalies du taux de filtration glomérulaire, ce qui autorise la prise de mesures diverses, médicales et diététiques. Un article paru dans le Journal of Veterinary Medical Science fait le point sur l’utilisation de ces marqueurs d’apparition récente en médecine vétérinaire.

Le syndrome cardiorénal est une complication bien connue de l’insuffisance cardiaque chez l’homme, où « le dysfonctionnement chronique d’un organe peut induire le dysfonctionnement aigu ou chronique de l’autre ». Un tiers des humains admis pour insuffisance cardiaque souffrent concomitamment d’insuffisance rénale. La maladie valvulaire mitrale dégénérative (MVMD) est la cause la plus fréquente d’insuffisance cardiaque chez les chiens de petit format. A long terme, elle peut entraîner un défaut de perfusion des organes dont les reins.

Cystatine C

La cystatine C est un biomarqueur de la fonction rénale récemment proposé, il témoigne de l’efficacité de la filtration glomérulaire. Sa mesure est plus précise que celle de l’urée et de la créatinine pour évaluer la fonction rénale même si d’autres affections peuvent provoquer une augmentation de la valeur de ce paramètre : maladies à médiation immune, endocriniennes, cutanées, cardiaques et néoplasiques.

SDMA

La diméthylarginine symétrique (SDMA) est également un biomarqueur étroitement corrélé à la filtration glomérulaire. Elle est spécifique de la fonction rénale et n’est pas modifiée par d’autres affections, particulièrement cardiaques ou hépatiques. Lors d’affections rénales, son augmentation est plus précoce que celle de la créatinine.

Des chiens à divers stades d’insuffisance cardiaque

L’objectif de cette étude parue dans le JVMS (accès libre) était d’évaluer les concentrations de cystatine C et de SDMA chez des chiens à divers stades d’insuffisance cardiaque. Un groupe témoin de 10 chiens de petit format a été constitué. On a également recruté 33 petits chiens âgés de 7 à 15 ans, souffrant de maladie valvulaire mitrale. Ils ne présentaient pas de maladies concomitantes. Ils ont été classés à l’aune des critères de l’ISACHC (International Small Animal Cardiac Health Council). Certains chiens étaient traités pour leur MVMD, avec des molécules comme l’énalapril, le furosémide, la spironolactone, le pimobendane, la dioxine ou l’amlodipine. Les chiens étaient maintenus à jeun 12 heures avant les prélèvements. Les auteurs détaillent les méthodes d’analyse employées. Des échocardiographies ont été pratiquées.

Principaux résultats

Les concentrations de cystatine C étaient les suivantes : 1,4 ± 0,4 mg/l chez les témoins, 2,1 ± 0,9 mg/l chez les chiens ISACHC I, 2,9 ± 0,8 mg/l chez les sujets ISACHC II, 3,6 ± 0,6 mg/l chez les animaux ISACHC III. Pour la SDMA, les valeurs respectives étaient de 8 ± 2μg/dl (témoins), 14 ± 3 μg/dl (I), 18 ± 6 μg/dl (II) et 22 ± 7 μg/dl (III). Les taux d’urée étaient les suivants : 18 ± 7 mg/dl (témoins), 19 ± 8 mg/dl (I), 34 ± 19 mg/dl (II), 46 ± 36 mg/dl (III). Les taux de créatinine étaient de 0,7 ± 0,2 mg/dl (témoins), 0,8 ± 0,4 mg/dl (I), 1,2 ± 0,4 mg/dl (II) et 1,4 ± 0,6 mg/dl (III). Enfin, les taux de NT-ProBNP ont été mesurés, avec des valeurs de 396 ± 200 pmole/l chez les témoins, 1 337 ± 1 422 pmole/l chez les ISACHC I, 2 853 ± 2 634 pmole/l chez les ISACHC II et 3 546 ± 2 754 pmole/l chez les ISACHC III. Une différence significative est observée pour la cystatine C, la SDMA et le NT-ProBNP entre les témoins et les sujets souffrant de MVMD (tous stades) et entre les stades ISACHC II et III.

Des modifications plus précoces qu’avec l’urée et la créatinine

Le nombre de chiens ayant un taux d’urée supérieur à la normale était de 1/10 dans le lot témoin, de 3/8 dans le lot ISACHC I, de 7/10 dans le lot ISACHC II, de 9/15 dans le lot ISACHC III. Pour la créatinine, les chiffres sont respectivement de 0/10, 1/8, 5/10, 6/15. Toujours, respectivement, pour la cystatine C, les chiffres étaient de 2/10, 5/8, 10/10 et 15/15. Enfin, pour la SDMA, les chiffres sont de 0/10, 6/8, 9/10 et 14/15. Les concentrations de cystatine et de SDMA ne sont pas corrélées à l’âge ou au poids. Elles le sont en revanche au stade de l’insuffisance cardiaque et aux marqueurs échocardiographiques. La concentration de SDMA était faiblement corrélée à celle du NT-ProBNP et au score de Buchanan. La concentration de cystatine C n’est pas corrélée à ces deux variables.

Evaluer les reins de tous les cardiaques

Dans la discussion, les auteurs insistent sur le fait que l’azotémie et les dysfonctionnements rénaux sont des observations couramment effectuées dans le cadre de la MVMD. Détecter ces anomalies, dès lors, doit faire partie intégrante de l’évaluation du patient cardiaque. La cystatine C est un marqueur idéal de la baisse du taux de filtration glomérulaire, tout comme la SDMA. Les valeurs de cette dernière augmentent plus précocement que celles de la créatinine. Contrairement à ce qui se passe pour la créatinine, la SDMA n’est pas affectée par la perte de masse maigre.

Cette étude montre très clairement une augmentation des marqueurs de la fonction rénale au fur et à mesure que la maladie cardiaque progresse, ceci suggérant que la réduction du taux de filtration glomérulaire s’aggrave avec l’évolution de l’insuffisance cardiaque. Une récente étude a montré que la SDMA commence à augmenter quand environ 40 % des néphrons sont détruits. Pour la créatinine, le chiffre est de 70 %. La SDMA permet donc d’identifier beaucoup plus précocement l’apparition des lésions rénales. Les choses ne sont pas aussi bien codifiées pour la cystatine C, des références restent à établir chez le chien. Une étude a indiqué des valeurs de 1,08 ± 0,16 mg/l (0,76 à 1,44 mg/l) chez les chiens sains et de 4,37 ± 1,79 mg/l (1,12 à 9,13 mg/l) chez des chiens cardiaques. A partir de ces données, les auteurs ont retenu le seuil supérieur de 1,44 mg/l. Dans ce cas de figure, tous les ISACHC II et III avaient des valeurs anormalement élevées. La cystatine C, tout comme la SDMA, permet de détecter les lésions rénales plus tôt que la créatinine.

Dès le stade préclinique

On notera que 6 chiens sur 8, présentant une MVMD asymptomatique (stade I) avaient des valeurs de SDMA supérieures à la normale, alors que 3 sur 8 et 1 sur 8, respectivement, avaient une urémie et une créatininémie anormalement élevées. Ceci suggère que des asymptomatiques peuvent, déjà, présenter une réduction du taux de filtration glomérulaire. Il s’agit d’une constatation importante pour le clinicien qui peut aisément ignorer ce phénomène chez des asymptomatiques s’il se contente de mesurer urée et créatinine.

Quelques limites sont à signaler pour interpréter cette étude. Beaucoup de chiens étaient sous traitement. Or, on sait que si la concentration en créatinine est peu influencée par l’administration au long cours d’énalapril, cette dernière molécule et le furosémide peuvent augmenter le taux d’urée. Certains médicaments employés ici peuvent par ailleurs réduire spécifiquement ou secondairement le taux de filtration glomérulaire. En revanche, l’influence de ces molécules sur les taux de SDMA et de cystatine C n’est pas encore connue. De plus, le furosémide peut réduire le taux de filtration glomérulaire et peut donc influencer les niveaux des différents marqueurs chez des chiens recevant des doses élevées. Ce phénomène est moins probable pour la SDMA et la cystatine C puisque dans cette étude, leurs taux étaient plus élevés chez les chiens en stade I ne recevant pas de furosémide, par rapport aux témoins. En dernier lieu, la population étudiée est somme toute modeste et ce travail gagnerait à être réitéré sur un plus grand nombre d’animaux. Quoi qu’il en soit, cette étude démontre clairement que le taux de filtration glomérulaire est diminué dès les premiers stades de l’insuffisance cardiaque, ce que mettent en évidence des augmentations précoces des taux de cystatine C et de SDMA. Ces nouveaux critères permettent au vétérinaire d’intervenir plus tôt pour prévenir les lésions rénales contemporaines du début de la MVMD.

B.S CHOI, Evaluation of cystatin C and symmetric dimethylarginine in dogs with heart failure from chronic mitral valvular insufficiency. Journal of Veterinary Medical Science, 2016.

Revue de presse – Novembre 2016

BREVES

Grande-Bretagne

La pollution sonore impacte l’odorat des animaux

Des chercheurs de l’Université de Bristol au Royaume-Uni ont conclu que le bruit causé par l’homme peut avoir un effet préjudiciable sur l’odorat des animaux, ce qui les expose davantage à être attaqués par les prédateurs. L’étude a été publiée dans le numéro d’octobre de Current Biology.

Les chercheurs ont combiné des enregistrements sonores et des échantillons de matières fécales pour démontrer que la lecture des bruits routiers affectait négativement la capacité des mangoustes à détecter les selles des prédateurs. Même après la détection, le bruit supplémentaire a conduit à moins de collecte d’informations et moins de vigilance, rendant les mangoustes plus vulnérables au danger.

« Nous savons depuis longtemps que le bruit provenant de l’urbanisation, de la circulation et des aéroports peut nuire aux humains en causant du stress, des privations de sommeil, des problèmes cardiaques et un apprentissage plus lent », a déclaré Andrew N. Radford, PhD, l’un des auteurs de l’étude. « Ce qui est de plus en plus clair, c’est que beaucoup d’autres espèces – les mammifères, les oiseaux, les poissons, les insectes et les amphibiens – sont également touchées de toutes sortes par le bruit anthropique ou humain. »

(NewStat, 3 novembre)

Etats-Unis

Les chats sauvages ne répondent pas à la pression évolutive

La taille du lobe frontal, tant chez les mammifères que chez les humains, indique t-elle la sociabilité et, plus encore, quel rôle joue l’évolution dans cette taille ?

Des chercheurs de l’Université du Michigan (MSU) ont conclu que le cerveau des chats sauvages ne répondent pas nécessairement aux mêmes pressions évolutives que celles de leurs collègues mammifères, humains et primates. La taille globale du cerveau ne différait pas, en moyenne, entre les espèces sociales et solitaires des chats sauvages. L’étude a été publiée en ligne dans la revue Frontiers in Neuroanatomy le 20 octobre.

Les chercheurs ont examiné 75 crânes félins sauvages, représentant 13 espèces, provenant de collections de musées, y compris celles de leur université. Les chercheurs ont utilisé la tomodensitométrie et des logiciels sophistiqués pour « remplir » numériquement les zones où le cerveau se serait trouvé. A partir de ce processus, ils ont déterminé le volume du cerveau.

« Nous voulions savoir si cette idée, appelée l’hypothèse du » cerveau social « , s’appliquait à d’autres mammifères sociaux, en particulier les carnivores et en particulier les chats sauvages, » Sharleen T. Sakai, Ph.D. « Nos résultats suggèrent que les facteurs qui conduisent l’évolution du cerveau chez les chats sauvages sont susceptibles de différer de la sélection des pressions identifiées dans l’évolution du cerveau des primates. »

(NewStat, 2 novembre)

Grande-Bretagne

L’environnement impacte la fertilité des chiens

Des chercheurs de l’Université de Nottingham au Royaume-Uni ont constaté que la qualité du sperme dans une population de chiens étudiés sur une période de 26 ans avait chuté de manière significative. De plus, un lien potentiel avec des contaminants environnementaux a été identifié. L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports le 16 septembre.

L’étude a porté sur des échantillons prélevés sur des chiens reproducteurs à un centre d’élevage de chiens d’assistance au cours des 26 dernières années. Cinq races ont été étudiées, y compris le labrador, le golden retriever, le curly-coat retriever, le border collie et le berger allemand.

Le sperme a été prélevé chez les chiens et analysé pour évaluer le pourcentage de spermatozoïdes qui présentait un modèle de motilité normale et qui semblait normal au microscope (morphologie).

Au cours des 26 années de l’étude, les chercheurs ont trouvé une diminution frappante du pourcentage de sperme mobile normal. De 1988 à 1998, la motilité des spermatozoïdes a diminué de 2,5% par an et après une courte période où les chiens à la fertilité compromise avaient été retirés de l’étude. La mobilité des spermatozoïdes entre 2002 et 2014 a continué de baisser à un rythme de 1,2% par an.

De plus, les chercheurs ont découvert que les chiots mâles produits par les chiens avec une diminution de la qualité du sperme avaient une incidence accrue de cryptorchidie, une condition dans laquelle les testicules des chiots ne descendent pas correctement dans le scrotum.

Les spermatozoïdes prélevés chez la même population reproductrice de chiens et les testicules récupérés chez des chiens soumis à une castration systématique présentaient des contaminants environnementaux à des concentrations capables de perturber la motilité et la viabilité des spermatozoïdes lorsqu’ils étaient testés.

Les mêmes produits chimiques qui ont perturbé la qualité du sperme ont également été découverts dans une gamme d’aliments pour chiens disponibles dans le commerce, y compris les marques spécifiquement commercialisés pour les chiots.

(NewStat, 9 novembre)

Etats-Unis

Les consommateurs préfèrent des aliments naturels pour leurs animaux

Un rapport récent démontre l’intérêt grandissant des propriétaires d’animaux pour les aliments naturels ou biologiques.

Packaged Facts, une division de MarketResearch.com, a publié son rapport « Natural, Organic et Eco-Friendly Pet Products » aux États-Unis, 6e édition, et a noté que les consommateurs estiment que les produits naturels et biologiques sont plus purs et plus sûrs que les produits réguliers. La sécurité des produits et le risque de contamination sont également des préoccupations des consommateurs. Le rapport a été publié le 12 octobre.

Packaged Facts a également identifié trois tendances clés affectant la croissance du marché des aliments pour animaux de compagnie :

  • Aliments pour animaux sans céréales: le mouvement sans grain occupe une grande partie du marché des aliments pour animaux de compagnie

  • Transparence accrue: l’éducation des consommateurs a donné lieu à une exigence sur l’étiquetage des produits et ce qu’ils contiennent

  • Disponibilité des sources protéinées éthiques : les propriétaires d’animaux qui veulent à la fois des aliments éthiques et de bonne qualité considèrent que les protéines de graminées et l’élevage en liberté valent la peine de payer un peu plus cher.

(NewStat, 16 novembre)

NOTES DE CLINIQUE

COMPORTEMENT : Variations de la température lors d’anxiété de séparation

La thermographie infrarouge est de plus en plus utilisée dans divers domaines. Les auteurs de cette étude l’ont employée pour mesurer les variations de la température auriculaire chez des chiens pour la corréler au stress induit par une anxiété de séparation. Elle a été menée à l’université de Lincoln (Grande-Bretagne) auprès de 6 chiens. Les animaux ont été testés lors d’interactions brèves avec leur propriétaire, avec un étranger et lors de périodes de séparation de 2 minutes. Ces tests ont été filmés à l’aide d’une caméra infrarouge placée dans un coin supérieur de la pièce d’expérimentation, à peu près à 7 mètres de l’endroit où les animaux passaient le plus de temps. La température a été mesurée au niveau de différentes zones des pavillons auriculaires, prédéterminées. Les températures des deux pavillons ont diminué significativement pendant les périodes de séparation et ont augmenté quand une personne était présente dans la pièce, qu’il s’agisse du propriétaire ou d’un étranger. On ne notait pas de différences de température entre les deux oreilles. Cette technique semble donc intéressante pour mesurer le stress contemporain de l’anxiété de séparation, mais doit tenir compte de la pilosité des pavillons, toutes les races de chien ne pouvant convenir à l’application de la méthode.

RIEMER S., Dynamic changes in ear temperature in relation to separation distress in dogs. Physiol Behav. 2016 Sep 5.

DENTISTERIE : Protozoaires et maladie parodontale

La maladie parodontale, en l’absence de soins préventifs, est extrêmement fréquente chez les chiens dès l’âge adulte. La plupart des études réalisées à propos de cette affection se sont focalisées sur la mise en évidence des espèces bactériennes pouvant intervenir dans la genèse de cette affection. Les auteurs ont ici utilisé un nouveau test en PCR en conjonction avec les plus récentes méthodes de séquençage pour étudier l’intervention de protozoaires dans l’évolution de la maladie parodontale, à la recherche de protistes. La présence de Trichomonas sp. et Entamoeba sp. a été recherchée dans 92 échantillons de plaque dentaire analysés. Elle a été respectivement confirmée dans 56,52 % et 4,34 % des prélèvements. Les Trichomonas spp. étaient présents chez 3,51 % des chiens en bonne santé, chez 6,07 % des individus lors de gingivite, chez 6,07 % des patients en cas de maladie parodontale débutante et chez 35,94 % des chiens quand l’affection était marquée. Pour Entamoeba sp., ces chiffres sont respectivement de 0,01 %, 0,01 %, 0,80 % et 7,91 %. Il s’agit de la première étude publiée qui suggère un rôle probable de ces protozoaires dans l’étiopathogénie de la maladie parodontale.

PATEL N., The prevalence of canine oral protozoa and their association with periodontal disease. J. Eukaryot. Microbiol. En ligne le 29 août 2016.

NUTRITION : Apport de la nutrition et des IECA dans la MRC

Traiter la protéinurie limite la progression de la maladie rénale chronique (MRC) chez le chien et l’utilisation d’aliments dédiés associés à des IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine) fait consensus. On ignore pour le moment quels IECA il conviendrait de préférer, et, en particulier, le choix du bénazépril ou de l’énalapril fait débat. Les auteurs ont recruté 44 chiens souffrant de MRC aux stades IRIS compris entre 1 et 4 et présentant une protéinurie. Tous ont reçu un aliment à objectif spécial pendant 30 jours, à la suite de quoi ils ont été traités soit par l’énalapril à la dose de 0,5 mg/kg BID, soit par le bénazépril à la dose de 0,5 mg/kg/jour. Les animaux recevaient toujours le même aliment. Ils ont été suivis durant 120 jours. Le poids, l’indice de masse corporelle, la créatinémie, l’urémie, l’albuminémie, la protéinémie, le rapport protéine/créatinine urinaire (RPCU), ont été comparés à différentes étapes du traitement. Aucune différence entre les deux lots n’a été observée pour les paramètres suivants : poids, IMC, albumine, protéines, créatinine, urée. En revanche, le RPCU des chiens sous énalapril était significativement inférieur à celui constaté chez les patients sous bénazépril à J60, J90 et J150, groupe dans lequel il n’a pas varié. Les auteurs concluent à l’intérêt du régime alimentaire dédié, associé de préférence à l’énalapril.

ZATELLI A., The effect of renal diet in association with enalapril or benazepril on proteinuria in dogs with proteinuric chronic kidney disease. Open Veterinary Journal. 2016. Vol 6, N°2, p 121-127.

REPRODUCTION : Déterminer le statut sexuel

Détecter la présence de tissu gonadique fonctionnel peut être difficile, spécialement chez les chiennes en anoestrus ou dont on ignore si elles ont été ovariectomisées préalablement. Il en va de même chez les mâles dont les testicules ne sont pas descendus. Enfin, chez un mâle traité par la desloréline, la confirmation d’une dérégulation complète de l’axe hypothalamo-hypophysogonadique peut être ardue, surtout si la taille des testicules ou de la prostate n’a pas été vérifiée au départ. L’objectif de cet essai était de valider la pertinence d’un essai immunoradiométrique de mesure du taux de FSH dans l’urine, et d’évaluer l’intérêt du rapport FSH/créatinine pour s’affranchir le cas échéant de la mesure de la concentration de FSH plasmatique, afin de vérifier le statut sexuel et les effets des implants de desloréline. Les concentrations de FSH plasmatique (moyenne de deux échantillons collectés à 40 minutes d’intervalle) et le rapport FSH/créatinine urinaire ont été déterminés avant gonadectomie puis après un délai médian de 140 jours (121 à 225 jours) chez 13 chiennes et 5 chiens. La même opération a été réalisée chez 13 mâles avant et après un délai médian de 132 jours (117-174 jours) après la mise en place d’un implant de desloréline. Chez les mâles et chez les femelles, la concentration plasmatique de FSH et le rapport FSH/créatinine urinaire étaient significativement supérieurs après gonadectomie. En revanche, ce test ne permet pas de suivre précisément l’évolution des effets de l’implant de desloréline. Sinon, dans les autres cas, il permet une approche moins invasive et ne nécessite qu’un seul prélèvement.

ALBERS-WOLTHERS CHJ., Validation of a non invasive diagnostic tool to verify neuter status in dogs : the urinary FSH to creatinine ratio. Theriogenology. 2016. Vol 86, N°5.

ÉPIDÉMIOLOGIE : Espérance de vie et causes de la mort chez le bouvier bernois

Les auteurs, en collaboration avec le club suisse du bouvier bernois, ont mené cette étude pour préciser l’espérance de vie et les causes de la mort dans cette race. Elle porte sur des chiens enregistrés et nés en 2001 et 2002, soit un total de 1 290 animaux, 389 dossiers ont pu être analysés.

À la fin de l’étude, 97,9 % des chiens étaient morts. La durée de vie médiane a été de 8,4 ans, les femelles ayant une espérance de vie médiane un peu supérieure à celle des mâles (8,8 ans versus 7,7 ans). La cause de la mort est demeurée inconnue dans 23,4 %des cas. Pour le reste des chiens, comme attendu, les cancers prédominaient largement (58,3 %) puis venaient les affections articulaires dégénératives (4,2 %), les troubles rachidiens (3,4 %), les maladies rénales (3,1 %), les volvulus gastriques ou mésentériques (1,8 %). Malheureusement, beaucoup de chiens cancéreux sont décédés de cette maladie sans qu’on procède à des analyses histopathologiques. La plus faible espérance de vie (6,8 ans) a été observée chez les animaux souffrant de troubles rénaux. Cette étude confirme la très forte prévalence des cancers dans cette race.

KLOPFENSTEIN M., Life expectancy and causes of death in Bernese mountain dogs in Switzerland. BMC Veterinary Research.

CAS CLINIQUE

Oestrus ovis, chez le chien aussi : une parasitose méconnue

La description dans la revue Case Reports in Veterinary Medicine de juillet 2016 d’un cas de myiase à Oestrus ovis sur un chien en Italie du Nord est l’occasion de faire un point sur cette affection très rarement rencontrée dans cette espèce, mais dont la fréquence pourrait augmenter. L’extension géographique d’Oestrus ovis, présent dans les pays de climat méditerranéen et tropical, pourrait en effet être favorisée par le réchauffement climatique. (in l’Essentiel n°422)

Oestrus ovis est un parasite habituel des cavités nasales des petits ruminants, hôtes définitifs. Son cycle de reproduction comprend une phase externe et une phase interne. L’adulte d’ Oestrus ovis se présente sous l’aspect d’une mouche à peine velue, gris brunâtre et mesurant environ 1 cm de longueur. les larves sont projetées au stade l1 à l’entrée des naseaux de l’hôte par les femelles vivipares. Ces larves, dotées d’organes thermosensitifs, gagnent les fosses nasales où elles peuvent subir une hypobiose si les conditions climatiques, trop froides ou trop sèches, sont défavorables. les larves migrent ensuite vers les sinus frontaux, se transformant d’abord en l2 puis en l3. A ce stade, il se produit une descente des sinus vers les fosses nasales, ce qui permet l’expulsion de la larve lors d’un éternuement. Après enfouissement dans le sol et pupaison, émerge un nouvel adulte. Cet adulte est incapable de se nourrir et vit sur ses réserves pendant une quinzaine de jours. la durée totale du cycle est variable en fonction des conditions environnementales et des périodes d’hypobiose de la larve l1 et de la pupe, c’est pourquoi elle s’étend, suivant les régions du globe, de 10 semaines à près d’un an.

Epidémiologie

Oestrus ovis est un parasite omniprésent dans les régions d’élevage ovin et caprin. Ainsi, l’oestrose est-elle reconnue comme une affection parasitaire banale dans le monde entier, pour peu que le climat soit favorable à la survie de l’imago. En France, deux études (citées par 2) menées sur des têtes prélevées à l’abattoir ont montré une prévalence de l’ordre de 40 à 60 % chez le mouton et de 30 à 50 % chez la chèvre. En italie centrale et du sud, c’est également une maladie connue pour atteindre un très grand nombre de moutons (56 à 91 %3). Hormis le mouton et la chèvre, il semble que d’autres ruminants comme le cerf ou le mouflon soient des hôtes définitifs. D’autres espèces animales et même l’homme peuvent être des hôtes accidentels. Seuls quelques cas d’oestrose ont été décrits dans les espèces canine et féline.

Présentation du cas clinique

L’article de Sergio et coll.3 décrit un cas de contamination canine observé dans la région de Milan. il s’agissait d’une chienne de race Staffordshire bull-terrier âgée de 8 mois. l’animal a été présenté en consultation car il manifestait de violentes crises d’éternuements, apparues deux jours auparavant. l’enquête anamnestique a révélé que ces éternuements avaient commencé à la suite d’une promenade à la campagne, à proximité du lieu de résidence habituel de l’animal. les examens cliniques à distance et rapproché se sont révélés normaux, hormis la présence de crises d’éternuements. les hypothèses diagnostiques retenues ont été :

1- la présence d’un corps étranger inhalé dans les voies respiratoires supérieures

2- le développement d’un syndrome obstructif respiratoire des chiens brachycéphales (BAOS). la réalisation d’examens complémentaires par endoscopie a été décidée, à savoir une laryngoscopie, une trachéoscopie, une rhinoscopie par voie rétrograde et antérograde.

La laryngoscopie a permis d’observer une éversion des ventricules laryngés. La rhinoscopie rétrograde a mis en évidence la présence de petites érosions et d’un oedème de la muqueuse. La rhinoscopie antérograde a révélé la présence dans chacune des fosses nasales de petits organismes vivants ressemblant à des larves de Diptères mais qu’il n’a pas été possible de capturer à la pince. Un lavage nasal a été effectué, lequel a permis la récupération de plusieurs éléments et leur envoi au laboratoire de Parasitologie de la Faculté vétérinaire de Milan pour identification. Une nette diminution de la fréquence et de la force des éternuements a été notée dès le réveil de l’animal. Un traitement à l’ivermectine injectable (300 μg/kg, 3 fois à une semaine d’intervalle) a été instauré dans l’attente des résultats d’analyse. L’observation microscopique a permis d’identifier les organismes provenant des cavités nasales comme étant des larves d’Oestrus ovis de stade L1.

Discussion

L’originalité de ce cas clinique réside d’une part dans l’espèce hôte, d’autre part dans sa localisation géographique. Ce type d’observation reste rare chez le chien, probablement pour plusieurs raisons. La première est la difficulté diagnostique, la rhinoscopie endoscopique n’étant pas dans les faits un examen de routine à l’heure actuelle. Aussi l’observation de crises d’éternuements peut facilement être mise sur le compte d’une autre cause et l’expulsion des larves lors de ces éternuements passer totalement inaperçue. La deuxième est la nécessité d’une promiscuité entre les chiens et les hôtes définitifs et donc les adultes d’Oestrus ovis attirés par les troupeaux de petits ruminants. Ce contact peut se produire en milieu rural chaud et humide avec présence de nombreuses exploitations ovines ou caprines. À ce sujet, les commémoratifs incitant à penser qu’il s’agit bien d’un cas autochtone, les auteurs soulignent que si la région milanaise est sujette à une forte urbanisation, elle n’en reste pas moins une zone importante de transhumance. Ils indiquent que jusqu’à présent le nord de l’Italie n’était pas une région considérée comme propice à la reproduction d’Oestrus ovis, mais que, depuis cette observation, le parasite a été identifié par le même laboratoire dans des prélèvements issus de petits ruminants de la région. Cette extension du parasite au nord de l’Italie pourrait s’expliquer par le réchauffement climatique, lequel favoriserait la survie des adultes. On peut imaginer qu’une telle extension pourrait se produire dans le sud de la France.

Bibliographie

1. Association Française des Enseignants de Parasitologie et Mycologie : Myiases et Tungoses. Cours de l’Université Médicale Virtuelle Francophone (2014),

http://campus.cerimes.fr/parasitologie/enseignement/myiase/site/html/cours.pdf.

2. Élodie, Dominique, Marie-Laure Dumas E. : Étude expérimentale d’infestations d’ovins par Oestrus ovis et Teladorsagia circumcincta. Thèse doct. Vét. (2008), ENVT.

3. Sergio A. Zanzani, Luigi Cozzi, Emanuela Olivieri, Alessia L. Gazzonis et Maria Teresa Manfredi, “Oestrus ovis L. (Diptera: OEstridae) induced nasal myiasis in a dog from northern Italy,” Case Reports in Veterinary Medicine, vol. 2016, Article ID 5205416, 4 pages, 2016. doi:10.1155/2016/5205416, https://www.hindawi.com/journals/crivem/2016/5205416/.

ETUDE

Les changements de comportement et de perception durant l’euthanasie chez les animaux de compagnie

G. E. Dickinson, C. H.C Hoffmann, The difference between dead and away : an exploratory study of behavior change during companion animal euthanasia, Journal of Veterinary Behavior (2016)

De nombreuses anecdotes suggèrent que les animaux pourraient avoir le sentiment de mourir et la conscience de la mort, bien qu’il existe peu de recherches scientifiques conduites sur ce sujet chez les animaux.

Les auteurs ont demandé à des vétérinaires de leur faire part de leurs propres observations sur les éventuels changements de comportement chez les animaux, lorsqu’un patient était euthanasié.

Dans leur enquête auprès de 153 vétérinaires de Caroline du Sud (Etats-Unis), 54% déclaraient
« rarement, parfois, souvent, toujours » observer un changement dans le comportement des animaux au moment de l’euthanasie. Le changement de comportement est le plus souvent manifeste chez les chiens (silence, agitation et aboiements soudains), mais les chevaux montreraient également un changement de comportement. Les raisons avancées par les vétérinaires pour ces changements de comportement étaient les suivantes : la détection de l’odeur des changements chimiques dans le corps mourant, la conscience que l’animal est malade et / ou décédé, l’empathie, en réponse aux changements dans l’état physique / émotionnel de l’animal, la perception de la libération de l’esprit de l’animal euthanasié, une douleur semblable à celle des humains, et des réactions aux émotions des humains.

Des enquêtes d’opinion auprès du public démontrent que les gens croient massivement au fait que les animaux non-humains font l’expérience, comme nous, de la perte et du chagrin (McGrath et al, 2013). La communauté scientifique est cependant plus divisée quant à savoir si les animaux ont conscience de la mort, les observations étant généralement empiriques, anecdotiques et potentiellement sujettes à l’anthropomorphisme des humains. Peu de réelles études scientifiques ont été menées sur la thanatologie animale (Pierce, 2013), ce champ de recherche étant encore relativement jeune. Des récits sur le comportement animal face à la mort existent pour les chimpanzés, les dauphins, les éléphants et les oiseaux. Des études menées sur des rats font état d’une accélération du rythme cardiaque et de la pression artérielle lorsque des individus étaient témoins de décapitations d’autres rats (Balcombe et al, 2004). Une étude plus récente s’était concentrée sur le célèbre chat Oscar. Hébergé dans une maison de retraite de Rhode Island, Oscar semblait avoir un sixième sens lui permettant de sentir avec une extrême précision quel patient était sur le point de mourir. Il se rendait alors dans la chambre du patient concerné, s’installait sur son lit à ses côtés et restait jusqu’à sa mort. Oscar a ainsi veillé près de 25 patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Le comportement de ce chat a suscité un intérêt scientifique suffisant pour être relaté dans la revue The New England Journal of Medicine (Dosa, 2007).

Néanmoins, quel était le sentiment détecté par Oscar ?

Pour le vétérinaire M. W. Fox (2007), « il ne fait aucun doute que les animaux ont une forme de compréhension de la mort ». L’étude menée auprès des vétérinaires par les auteurs de la présente étude a permis de révéler de nombreux comportements « peu ordinaires », surtout chez les chiens, lorsqu’un animal était euthanasié. Les praticiens font état d’un silence soudain survenant chez les animaux témoins de l’acte, des hululements ou vocalises chez certaines races. Jessica Pierce (2013) et d’autres ont noté l’ubiquité des changements comportementaux des animaux lorsqu’un animal non-humain venait à décéder.

Qu’est-ce qui, chez les chiens, chats, chevaux et autres, leur permet de « sentir » la mort ? Bien que nous ne comprenions pas encore totalement la profondeur du sens du monde que peuvent avoir les animaux non-humains, il est de plus en plus admis que les animaux ont une façon propre de comprendre la mort (Pierce, 2013). Détectent-ils la mort par rapport aux émotions et réactions des humains, ou la perçoivent-ils par certains traits qui nous échappent ? Le comportement humain varie généralement lorsqu’on sait que quelqu’un va mourir, aussi il n’est pas absurde de se demander si les animaux répondent aux indices émotionnels et comportementaux des humains. Cette hypothèse est tout à fait probable puisque les scientifiques démontrent de plus en plus que les chiens ont une habilité particulièrement poussée à lire et à interpréter nos comportements, que ce soit les gestes ou les regards (Katz, 2003).

Lorsque les animaux détectent « quelque chose » au moment de la mort, peut-être est-ce grâce à leur odorat extrêmement perfectionné. Gregory Berns, neurologue reconnu, estime que l’odorat d’un chien est 100 000 fois plus sensible que celui d’un humain. Une large partie du cerveau canin est ainsi dédié à l’analyse des odeurs, ce que Horowitz (2009) affirme en écrivant « les chiens ont davantage de gènes et de cellules dédiées au codage et à l’analyse des différentes odeurs. » Peut-être que les animaux sentent par leur odorat le moment où les organes vitaux « s’éteignent » lorsqu’un autre animal meurt. Pierce (2013) suggère que les animaux ont une conscience olfactive de la mort et de l’agonie, et que c’est sans doute ainsi que le chat Oscar pouvait détecter les changements chimiques opérant chez les patients humains en fin de vie. Horowitz (2009) renchérit en soulignant que si les chiens sont capables de retrouver des traces chimiques laissées dans une empreinte, pourquoi ne serait-ils pas capables d’analyser les odeurs présentes lors d’une agonie ou d’un décès ?

La plupart des « preuves » étant anecdotiques et la littérature scientifique peu diserte sur le sujet, les auteurs ont essayé de savoir à quelle fréquence les vétérinaires ont pu observer des changements de comportement chez les animaux témoins d’une euthanasie, et pourquoi selon eux ce changement s’opère. Le choix des vétérinaires leur semblait pertinent en raison de leur objectivité en la matière.

54% d’entre eux ont ainsi rapporté de tels phénomènes. Par ailleurs, les vétérinaires ne sous-estiment pas l’apport des récits empiriques. Néanmoins, comme le note Jessica Pierce (2013), analyser le comportement animal est complexe car il faut prendre garde à toute tentation d’anthropomorphisme, tout en restant conscient que les animaux disposent peut-être de leur propre compréhension de la mort. Le recours à l’IRM peut en ce sens apporter des pistes de réponses : chez les humains, l’IRM a permis de localiser les zones du cerveau liées au chagrin et qui sont stimulées par des mots ou des images. Si les animaux non-humains réagissent bien à l’effondrement chimique d’un corps vivant ou à un lâché de phéromones associées à la mort, un IRM pourrait établir le chemin neurobiologique qui préside à leurs changements de comportement.

Dans l’hypothèse où il n’y aurait aucune connexion neurobiologique il faudrait examiner d’autres explications, tels que les réactions des chiens à la tristesse, la solennité ou d’autres émotions manifestées par des humains familiers en réaction à l’euthanasie d’un animal, ce qui tendrait à démontrer qu’ils calquent leurs réactions sur les émotions des humains, qu’ils savent interpréter.

SYNTHESE

Insuffisance pancréatique exocrine : une étude rétrospective de 150 cas

XENOULIS (PG) : Feline exocrine pancreatic insufficiency : a retrospective study of 150 cases,

Journal of Veterinary Internal Medicine. 2016

L’insuffisance pancréatique exocrine du Chat (IPE) est moins connue que son homologue canine, mais son diagnostic est devenu plus facile depuis la mise sur le marché de tests de diagnostic spécifiques. Dans cet article paru dans le JVIM (accès libre), Xenoulis et coll. présentent une série de 150 cas qui permet de préciser le diagnostic et le traitement de cette maladie. Elle apporte de nombreuses nouveautés utiles à la gestion au quotidien d’une affection probablement sous-diagnostiquée qu’il convient de suspecter chez tout chat amaigri. (in l’Essentiel n°421)

L’insuffisance pancréatique exocrine (IPE) est due à une production enzymatique déficiente par les cellules acineuses de cet organe, la littérature l’ayant longtemps considérée comme rare. Celle consacrée à ce sujet comporte pour l’essentiel de petites séries de cas ou la description de cas cliniques, dix articles seulement ont été publiés entre 1975 et 2009. Depuis la mise à disponibilité des vétérinaires du test fTLI, (lipase pancréatique spécifique féline), l’IPE est diagnostiquée plus souvent. Le but de cette étude était de mieux décrire les symptômes, les anomalies clinicopathologiques de cette affection, d’identifier les maladies concomitantes éventuelles et la réponse au traitement. Les auteurs ont également cherché à mettre en évidence des facteurs pronostiques.

Effectif étudié

Cette étude a été menée à l’Université Vétérinaire du Texas. Pendant la période de celle-ci, 46 259 chats ont subi un test fTLI et 2,4 % (1 095) des animaux présentaient des concentrations inférieures à 8 μg/l. Des questionnaires ont alors été adressés au hasard à 261 vétérinaires traitants de ces animaux et 150 dossiers ont été retenus car contenant suffisamment de renseignements. Les races des patients étaient très variées : européens à poil court (94), européens à poil long (15), à poil médium (11), Maine coon (7), British shorthair (6), Siamois (6), etc. On comptait 41 % de femelles (toutes stérilisées) et 59 % de mâles (86 castrés). L’âge médian des animaux était de 7,7 ans (5,5 à 11,4 ans).

Biochimie : folates et vitamine B12

Les concentrations sériques de vitamine B12 et de folates étaient disponibles pour 119 chats. Parmi ceux-ci, 77 % avaient une cobalaminémie inférieure aux valeurs normales. La médiane était de 149 ng/l. 70% des malades présentaient une cobalaminémie inférieure aux seuils de détection, à savoir 150 ng/l. Les valeurs de fTLI chez les chats atteints de cette dernière anomalie étaient (médiane de 3,2 μg/l) significativement plus faibles que celles observées chez les animaux dont la cobalaminémie était normale (médiane de 5,5 μg/l). 47% des patients présentaient une augmentation des concentrations en folates, 5 % une diminution (médiane de 21,1 μg/l). Chez 38 % des chats, on observait à la fois une hypocobalaminémie et une augmentation des concentrations en folates.

Signes cliniques : essentiellement un amaigrissement

Dans cette série de cas, le signe clinique cardinal était une perte de poids qui a été rapportée chez 91 % des chats. Chez 5,3 % des patients, il s’agissait du seul symptôme. La perte de poids médiane était de 1,41 kg (40 g à 6,8 kg), la note de score corporel médiane était de 3/9. Les chats perdaient du poids depuis 6 mois (médiane) au moment de la consultation. Par ailleurs, on observait des fèces molles chez 62 % des malades, parmi lesquels 65 % présentaient épisodiquement des diarrhées aqueuses. Le poil était souvent piqué (50 %), l’appétit augmenté (42 %) mais on pouvait tout aussi bien noter une anorexie (42 %). 40% des chats étaient léthargiques, 19 % présentaient des vomissements. Seuls 32 % des patients ont été présentés avec les symptômes suivants associés : perte de poids, fèces molles, augmentation de l’appétit. 56% cumulaient seulement fèces molles et perte de poids

Maladies concomitantes

58% des chats souffraient d’une maladie concomitante. Il s’agissait principalement de troubles gastro-intestinaux (20 % des sujets), plus rarement d’affections endocriniennes (14 %). Dans ce dernier cas, on trouvait 9 % de diabètes sucrés. 11% des patients présentaient une pancréatite et 6 % une lipidose hépatique.

Traitements entrepris

Des renseignements suffisants sur le traitement étaient disponibles pour 121 chats. Comme attendu, les enzymes pancréatiques formaient l’essentiel de la thérapeutique, qu’il s’agisse de poudres ou de comprimés. On n’en savait pas davantage, en particulier si les vétérinaires utilisaient des comprimés gastrorésistants ou non. Aucun chat ne recevait d’extraits de pancréas frais. Les chats qui recevaient

des enzymes étaient plus maigres, leur perte de poids était plus ancienne, ils avaient aussi des concentrations de fTLI et de vitamine B12 plus faibles. Des antibiotiques ont été utilisés chez 45 % des malades. Le plus employé était le métronidazole, utilisé seul dans 60 % des cas. Plus rarement, les vétérinaires prescrivaient de l’enrofloxacine, de l’amoxicilline/acide clavulanique, de la tylosine et de la clindamycine. 49% des patients ont reçu de la vitamine B12. Aucun n’était traité avant le diagnostic de la maladie. Des corticoïdes ont été utilisés chez 23 % des chats. Occasionnellement, les praticiens ont aussi prescrit des probiotiques, des antagonistes des récepteurs H2, des antiparasitaires et les médicaments nécessaires au traitement des éventuelles affections concomitantes. Le régime alimentaire a été modifié chez 52 % des malades, de manière très variée : régimes hypoallergéniques, aliments dédiés aux troubles digestifs, riches en fibres, alimentation ménagère, aliments standard, etc.

Possible chez des chats de tous âges

Dans la discussion, les auteurs rappellent qu’il s’agit ici de la plus importante série de cas d’IPE jamais publiée. Ils insistent sur le large éventail des âges constatés des malades, alors que l’IPE, traditionnellement, est considérée comme une maladie des chats d’âge moyen ou âgés. Le diagnostic doit donc être envisagé quel que soit l’âge du patient. Par ailleurs, il a été suggéré antérieurement que l’IPE puisse être une séquelle de pancréatite chronique dans de nombreux cas. Le fait de trouver dans cette série des chats très jeunes laisse à penser qu’une autre étiologie doit être envisagée pour ces animaux, à moins qu’une pancréatite sévère soit capable de détruire une bonne partie du pancréas pendant un court laps de temps. Pour autant, chez les jeunes chats, on peut aussi suspecter une atrophie des acini, une hypoplasie ou aplasie pancréatique ou une infestation par Eurytrema procyonis. Il s’agit d’une forme de douve du pancréas, dont les hôtes définitifs sont le chat, le raton laveur, les renards gris et roux, qui n’existe pas en Europe.

Le chat n’est pas un petit chien

L’amaigrissement est le signe d’appel majeur (90 % dans cette série). Ici, on n’observe de diarrhée ou fèces molles que dans 65 % des cas alors que des études antérieures avançaient des chiffres de l’ordre de 95 %. La présence d’une diarrhée aqueuse (33 %) occasionnelle est également une observation originale, on l’observe, par exemple, très rarement chez le chien. Les auteurs soulignent que les symptômes de l’IPE féline diffèrent radicalement de ceux de son homologue canine chez certains animaux, ce qui peut rendre le diagnostic plus ardu. En tout état de cause, tout amaigrissement important chez le chat doit faire suspecter une IPE et conduire à réaliser un test rapide.

Supplémenter systématiquement en B12

Il n’est pas étonnant de constater une hypocobalaminémie dans 77 % des cas puisque le pancréas est la principale source de facteur intrinsèque. Les chats carencés en B12, dans cette étude, présentaient des valeurs de fTLI plus basses, par rapport aux patients dont la cobalaminémie était normale. Dans la mesure où la fTLI reflète la capacité fonctionnelle du pancréas exocrine, cette observation suggère que les chats souffrant d’IPE, à cobalaminémie normale, sont probablement l’objet d’une affection d’intensité modérée ou précoce. En somme, ils n’ont pas eu le temps de développer leur hypocobalaminémie. L’administration de B12 a favorablement influencé l’issue du traitement même si on constate qu’une hypocobalaminémie avant son initiation n’a pas de valeur pronostique. De plus, des chats dont les taux de B12 étaient normaux ont été améliorés par une supplémentation par cette vitamine. Dans ces conditions, les auteurs conseillent de supplémenter même en l’absence de carence avérée. Les taux de folates étaient le plus souvent augmentés mais les anomalies étaient plus rares que pour la vitamine B12. Chez 38 % des patients, on a noté l’association d’une augmentation des taux de folates avec une hypocobalaminémie. La valeur diagnostique de cette association demeure à préciser. L’étude montre aussi que les chats dont les valeurs de fTLI sont les plus basses répondent le mieux au traitement. Ceci signifie probablement que les chats présentant une IPE sévère bénéficient davantage du traitement et répondent de manière plus spectaculaire que les patients souffrant d’IPE faible à modérée. Une autre hypothèse est que, la spécificité du test n’étant pas de 100 %, quelques chats de cette dernière catégorie ont pu être diagnostiqués par excès.

Antibiotiques inutiles

Au total, la réponse au traitement a été jugée bonne dans 60 % des cas, ce qui correspond à ce qui est observé chez le chien. 13% des patients seulement ont subi un échec thérapeutique, moins que ce qui est constaté dans l’espèce canine. Les auteurs émettent quelques hypothèses pour expliquer ces échecs : supplémentation en vitamine B12 insuffisante, influence des maladies concomitantes, etc.

Dans 50 % des cas d’IPE, les vétérinaires ont utilisé des antibiotiques. Leur usage n’affecte pas l’issue du traitement. Chez le chien, l’antibiothérapie est indiquée pour contrôler la dysbiose digestive qui peut accompagner l’IPE, sans que son effet bénéfique ne soit clairement démontré. On ignore si des modifications du microbiome digestif sont contemporaines de l’IPE féline. Les auteurs conviennent des limites de leur travail, inhérentes à la nature des études rétrospectives même si des précautions ont été prises. Tous les vétérinaires contactés ont repris les dossiers cliniques de leurs patients pour répondre à l’enquête, ne faisant pas seulement appel à leur mémoire. Par ailleurs, l’évaluation de la réponse au traitement est forcément subjective, d’autant plus qu’aucun score clinique n’a été établi. L’IPE du chat est donc une maladie qui diffère notablement de ce qui est observé chez le chien et il est vraisemblable que bon nombre d’animaux atteints échappent au diagnostic. D’une manière générale, tout chat présentant un amaigrissement, avec ou sans diarrhée

ou fèces molles, indépendamment de la présence éventuelle d’autres signes cliniques, doit faire l’objet d’un examen dans le but d’écarter ou de confirmer une IPE. Il est important de retenir que cette affection frappe des chats de tous âges. La vitamine B12 a un impact positif sur l’évolution de la maladie, même quand la cobalaminémie est normale. L’antibiothérapie ne semble pas nécessaire. Un pronostic plutôt favorable peut être exposé au propriétaire.

SYNTHESE

De l’intérêt de peser les chats : détecter très précocement la maladie rénale chronique

FREEMAN (LM) : Evaluation of Weight Loss Over Time in Cats with Chronic Kidney Disease.

Journal of Veterinary Internal Medicine.

Maigreur et perte d’appétit sont fréquentes chez les chats souffrant de maladie rénale chronique (MRC). Pour autant la chronologie de la perte de poids, avant et après le diagnostic, n’a pas été évaluée en détail. C’est chose faite avec cette étude ayant concerné 569 chats de propriétaires atteints de MRC. La perte de poids médiane au cours des 12 mois précédant le diagnostic est de 8,9 %. Mais des modifications peuvent être déjà constatées trois années plus tôt. (in l’Essentiel n°425)

La perte de poids est très fréquente lors de MRC. La littérature signale une prévalence allant de 42 à 82 %, en fonction du stade de la maladie. Il est difficile de préciser la chronologie et l’importance de cet amaigrissement dans la mesure où la plupart des études ont été de nature rétrospective. L’une d’entre elles, cependant, a comparé les poids de chats au moment du diagnostic de MRC et un an auparavant. Elle a montré que les animaux avaient présenté (médiane) une perte de poids de 10,8 %. On ignore si cette dernière débute avant ce délai et quand. La littérature indique par ailleurs que 36 à 81 % des chats souffrant de MRC sont maigres ou émaciés.

Perte de poids et espérance de vie

La pathogénie de la perte de poids contemporaine de l’évolution de la MRC est complexe : inflammation, malabsorption, augmentation des besoins en énergie, baisse de l’appétit. La prévalence de ce dernier symptôme varie selon les études entre 21 % et 92 %. Une publication a quantifié la baisse d’appétit en interrogeant plus de 1 000 propriétaires de chats, on a trouvé 43 % d’anomalies de la prise alimentaire avec un score d’appétit (quantifié de 0 à 10) de 5,5 ± 2,2. Une perte de poids importante obère l’espérance de vie pour diverses raisons comme la fonte musculaire, une baisse de l’immunité, etc. La baisse de l’état général, souvent très visible, provoque aussi des décisions ou demandes d’euthanasie. Chez les animaux de compagnie, on a démontré l’existence d’un lien entre la perte de poids et l’espérance de vie lors d’insuffisance cardiaque ou de cancer. Les études sur la MRC sont beaucoup plus rares. Une d’elles indique que le risque relatif de décès est multiplié par 2,5 chez des chats pesant moins de 4 kg au moment du diagnostic.

Une étude sur 569 chats

Les auteurs ont repris les dossiers de tous les chats ayant souffert de MRC entre 2006 et 2014 dans 6 universités vétérinaires américaines. Matériel et Méthode sont décrits précisément dans cet article en accès libre. 569 chats répondaient aux critères d’inclusion. On comptait 55,5 % de femelles et 44,5 % de mâles, tous stérilisés. Au moment du diagnostic de MRC, l’âge médian était de 14,9 ans (5 à 22,8 ans). 6% des patients étaient en stade IRIS 1, 61 % en stade 2, 25 % en stade 3 et 9 % en stade 4. Le poids médian était de 4,2 kg (1,6 à 9,9 kg) toujours au moment du diagnostic. Le poids médian était plus faible pour les quartiles d’âges les plus élevés : médianes de 4,6 kg avant 13 ans, 4,4 kg entre 13 et 15 ans, 4,1 kg entre 15 et 16,5 ans, 3,7 kg au-delà de 16,5 ans. Comme attendu, ce poids médian est également variable selon le stade IRIS des patients : 4,3 kg en stade 1, 4,4 kg en stade 2, 3,8 kg en stade 3, 3,8 kg en stade 4.

Un amaigrissement progressif

Les malades avaient été pesés à plusieurs reprises au cours des années précédant l’apparition de leur MRC. Le nombre médian de pesées au cours des 3 ans passés a été de 6 (1 à 47). 96 chats ont été pesés au cours des 3 mois précédents, 273 ont été pesés plus d’un an avant le diagnostic de MRC. Chez ces derniers, la perte de poids médiane au cours de l’année passée avant le diagnostic a été de 8,9 % (- 47,7 % à + 45,9 %). Au cours de l’année suivant le diagnostic, la perte de poids médiane a été de 6,2 % (-57,9 % à + 29,7 %). La construction d’un modèle mathématique a permis de préciser le cours de cet amaigrissement. La perte de poids estimée au cours des trois années précédant le diagnostic est la suivante : – 0,21 kg en année -3, 0,28 kg en année -2, 0,37 kg en année -1. Puis les chiffres sont de -0,47 kg en année +1, 0,58 kg en année +2, 0,71 kg en année + 3.

Une survie de 17,7 mois

Dans cette cohorte de chats, la durée médiane de survie (mort naturelle ou euthanasie) a été de 17,7 mois (0 à 93,4 mois). 58,8 % des patients étaient encore en vie au moment de la conclusion de l’étude. Le sexe n’influence pas le pronostic, qui est évidemment lié au stade IRIS, avec une survie plus longue aux stades 1 et 2 par rapport aux stades 3 et 4. Comme attendu également, l’espérance de vie diminue avec l’âge des malades. En revanche, les chats ayant un poids corporel plus élevé au moment du diagnostic ont un meilleur pronostic.

Dans la discussion, les auteurs retiennent les éléments suivants :

• la perte de poids médiane est de 8,9 % au cours de l’année précédant le diagnostic. Ce résultat est cohérent avec celui obtenu lors d’une étude antérieure (10,8 %) ;

• la perte de poids peut être objectivée très précocement, jusqu’à 3 ans avant le diagnostic de MRC. Elle s’accélère après ce dernier : en prenant en compte les résultats médians, on peut s’attendre à ce qu’un chat de 4,2 kg perde 0,86 kg au cours des trois ans précédant le diagnostic et 1,76 kg au cours des trois années suivantes ;

• l’espérance de vie est plus courte en stades IRIS 3 et 4, mais il existe ici un biais possible dans la mesure où le propriétaire d’un chat en mauvais état général aura davantage tendance à solliciter l’euthanasie ;

• si un poids faible est associé à un pronostic plus réservé, un poids très élevé l’est aussi. L’indice de condition corporelle n’a pas été pris en compte ici, mais il semble que les chats « modérément » obèses ont un meilleur pronostic. C’est le « paradoxe de l’obésité », bien décrit en médecine humaine : si l’obésité obère l’espérance de vie des sujets sains, elle peut la prolonger lors de l’existence de diverses affections comme la MRC ou l’insuffisance cardiaque. Les auteurs conviennent de certaines limites de cette étude : on n’a pas pris en compte les traitements médicaux et diététiques qui peuvent influencer le pronostic. On n’a pas inclus non plus dans l’analyse l’existence éventuelle de maladies concomitantes. Quoi qu’il en soit, cette étude permet de préciser l’ampleur de la perte de poids contemporaine de la MRC 3 ans avant et après le diagnostic de MRC. Elle montre tout l’intérêt d’établir des courbes de poids chez les seniors.

FREEMAN (LM) : Evaluation of Weight Loss Over Time in Cats with Chronic Kidney Disease.

Journal of Veterinary Internal Medicine.

SYNTHESE

Déhiscences intestinales suite à une entérectomie réalisée à l’aide de sutures ou d’agrafes : facteurs de risque

L’entérectomie est une intervention chirurgicale fréquemment pratiquée en médecine vétérinaire canine et féline. Même si cette chirurgie peut être considérée comme courante, le risque de complications postopératoires existe et peut aller jusqu’à des conséquences dramatiques pour la survie de l’animal. (in l’Essentiel n°425)

Nous analysons ici deux articles très récemment parus dans Veterinary Surgery et proposons une courte revue de la littérature. Parmi les complications, la plus préoccupante est la déhiscence intestinale qui conduit souvent au développement d’une péritonite septique, par fuite du contenu intestinal dans la cavité péritonéale. Celle-ci apparaît généralement 2 à 5 jours postopératoires. L’entérectomie est souvent réalisée soit à l’aide de sutures manuelles conventionnelles, soit par l’utilisation d’une agrafeuse linéaire GIA (gastro-intestinal anastomosis) ou TA (thoraco-abdominale).

Les avantages de l’agrafeuse sur une technique conventionnelle incluent une diminution du temps chirurgical ainsi qu’une réduction de la manipulation du site chirurgical par l’opérateur, tout en facilitant l’anastomose des deux abouts intestinaux de diamètre différent. Cependant, en pratique courante, l’agrafeuse a un coût élevé et est donc peu utilisée. En médecine humaine, l’agrafeuse diminue le taux de déhiscence intestinale. A ce jour, aucune étude comparative entre les deux techniques n’a été réalisée en médecine vétérinaire et les facteurs de risque de déhiscence intestinale avec l’agrafeuse ne sont pas connus. L’objectif de ces deux études est d’estimer et de comparer la fréquence de déhiscence intestinale après une anastomose réalisée avec des sutures conventionnelles et avec l’utilisation d’une agrafeuse chez le chien et ensuite d’évaluer les facteurs de risque de déhiscences intestinales.

Etude rétrospective sur 214 chiens

Tous les dossiers médicaux des chiens ayant subi une entérectomie entre 2006 et 2014 dans 5 centres de référés sont enregistrés. Toutes ces chirurgies ont été réalisées soit à l’aide de sutures conventionnelles (points simples ou surjet continu), soit avec une agrafeuse. Les animaux ayant eu recours aux deux techniques chirurgicales ou qui sont décédés durant la phase postopératoire immédiate sont exclus de cette étude, car le délai n’est pas suffisamment long pour observer une déhiscence de plaie. Les données recueillies incluent le signalement, les signes cliniques, la présence d’une péritonite septique avant l’intervention, l’indication de l’intervention et la localisation de l’anomalie, la technique chirurgicale utilisée (sutures ou agrafes), la durée de l’intervention, l’expérience du chirurgien, l’évaluation de la présence d’une déhiscence de plaie et son temps d’apparition postopératoire. Tous les types de sutures conventionnelles sont inclus dans cette étude, ainsi que les agrafeuses TA (thoracoabdominales) et GIA (gastro-intestinal anastomosis). Les indications chirurgicales sont classées par catégorie.

Les populations des deux groupes sont homogènes en ce qui concerne le signalement et l’indication chirurgicale et sont donc comparables. Les sutures conventionnelles prennent plus de temps que la mise en place des agrafes (140 > < 108 minutes). Parmi les 214 chiens recrutés, 9 chiens sont exclus cardécédés en phase postopératoire immédiate. Une déhiscence intestinale postopératoire est observée dans 14 % des cas sans différence significative entre les deux groupes (16 % pour le groupe suture et 11 % pour le groupe agrafe). Les chiens présentant une péritonite septique en pré-opératoire présentent un risque plus important de déhiscence intestinale (25 % > < 10 %). La déhiscence intestinale engendre un taux de mortalité avant la sortie beaucoup plus important (76 %) que les chiens sans déhiscence (2 %). Ce haut taux de mortalité est comparable aux études précédentes (74-85 %). La déhiscence intestinale apparaît en moyenne 3,3 jours après l’intervention chirurgicale avec une apparition plus précoce lors de sutures conventionnelles (3 > < 4,3 jours). Cette étude ne montre pas de différence sur la fréquence des déhiscences entres les deux techniques chirurgicales, en comparaison avec les études en médecine humaine. La limite de cet article est bien évidemment son caractère rétrospectif et ce sur 5 centres. De plus, toutes les sutures conventionnelles (points simples, surjet, hémi-surjets) sont utilisées.

Etude rétrospective sur 53 chiens

Les dossiers médicaux de tous les chiens ayant eu une entérectomie réalisée avec une agrafeuse TA et/ou GIA à l’université du Colorado entre 2001 et 2012 sont présentés dans un autre article. Les facteurs pré-opératoires recueillis incluent le signalement, la durée des signes cliniques, la présence d’une maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI), le diagnostic d’une péritonite septique pré-opératoire et le traitement de l’animal au préalable (anti-inflammatoires stéroïdiens, chimiothérapie, etc.) Les données per-opératoires incluent la localisation de l’anastomose, la longueur du segment réséqué, la réalisation ou non d’une entérotomie additionnelle ou d’une biopsie, la mise en place ou non d’un drain aspiratif et/ou d’un tube d’alimentation, la durée de l’anesthésie, la présence ou l’absence d’hypotension (< 60 mmHg) et la présence ou l’absence d’une déhiscence de plaie et son temps d’apparition postopératoire.

Une déhiscence intestinale est observée chez 6 chiens (11 %) avec un temps médian d’apparition postopératoire de 4 jours (2-5 jours). Un traitement corticoïde a été mis en place avant l’intervention chirurgicale sur 10 cas : trois de ceux-ci ont présenté une déhiscence en postopératoire, associée à un diagnostic de MICI (Maladie Inflammatoire Chronique Intestinale). Les cas présentés avec une MICI sont souvent caractérisés par un épaississement de la paroi intestinale avec une infiltration lymphocytaire, éosinophilique ou granulomateuse. Une hypotension per-opératoire est mise en évidence dans 33 % des cas et 24 % de ceux-ci présentent également une déhiscence intestinale. Les

chiens avec une déhiscence intestinale ont présenté des épisodesd’hypotension plus nombreux et plus longs que les chiens sans déhiscence. Selon cette étude, les chiens avec une déhiscence ont 46 fois plus souvent des MICI concomitantes diagnostiquées et présentent 13 fois plus souvent des hypotensions per-opératoires. L’hypotension a déjà été mise en évidence comme facteur de risque dans l’étude de Grimes. L’hypoalbuminémie n’est pas un facteur de risque dans cette étude mais a souvent été incriminée dans d’autres études. La localisation de l’anastomose est également un facteur prédisposant avec une augmentation des risques lorsqu’elle se trouve au niveau du côlon. Le taux de mortalité des chiens présentant une déhiscence est de 83% en comparaison à 21 % pour les chiens sans déhiscence.

Des risques identiques avec agrafes et sutures

A la lumière de ces résultats, la déhiscence intestinale est la complication majeure des entérectomies et présente un taux de mortalité très important. Même si plusieurs avantages sont observés avec l’utilisation d’une agrafeuse pour réaliser l’anastomose, le risque de déhiscence intestinale entre la suture conventionnelle et l’agrafeuse reste cependant similaire. Plusieurs facteurs de risque sont mis en évidence au travers de ces deux études, comme la présence d’une péritonite septique pré-opératoire, l’hypotension per-opératoire, le diagnostic d’une MICI concomitante ainsi que la localisation de l’anastomose.

Bibliographie

1. Duell JR, Thieman Mankin JM, Rochat MC, Regier PJ, Singh A, Luther JK, Mison MB, Leeman JJ, Budke CM, Frequency of Dehiscence in Hand-Sutured and Stapled Intestinal Anastomoses in Dogs, Veterinary Surgery 2016 ; 45 : 100–103.

2. Snowdon KA, Smeak DD, Chiang S, Risk Factors for Dehiscence of Stapled Functional Endto-End Intestinal Anastomoses in Dogs: 53 Cases (2001–2012), Veterinary Surgery 2016 ; 45 : 91–99.

3. Allen DA, Smeak DD, Schertel ER: Prevalence of small intestinal dehiscence and associated clinical factors: a retrospective study of 121 dogs. J Am Anim Hosp Assoc 1992;28:70–76.

4. Brown DC: Small intestine, in Tobias KM, Johnston SA (eds): Veterinary surgery: small animal. St. Louis, MO, Elsevier, 2012, pp 1513- 1541.

5. Grimes JA, Schmiedt CW, Cornell KK et al.: Identification of risk factors for septic peritonitis and failure to survive following gastrointestinal surgery in dogs. J Am Vet Med Assoc 2011;238:486-494.

6. Ralphs SC, Jessen CR, Lipowitz AJ: Risk factors for leakage following intestinal anastomosis in

dogs and cats: 115 cases (1991–2000). J Am Vet Med Assoc 2003;223:73–77.

SYNTHESE

Végétarisme félin et canin : possible à certaines conditions

KNIGHT (A) : Vegetarian versus meat-based diets for companion Animals. Animals (Basel).

En ligne le 21 septembre 2016.

Dans Animals (accès libre), Andrew Knight et coll. (Université de Winchester) font le point sur les régimes végétariens pour chiens et chats. Il n’est pas de jour sans que le propriétaire d’un patient ne s’enquière de cette possibilité auprès de son vétérinaire, alors que le végétarisme et le véganisme humains sont en forte progression. Certains y verront un anthropomorphisme débridé, d’autres considèreront que ces pratiques sont utiles à la préservation de notre environnement. Il n’existe pas encore d’étude sur ce sujet qui adoptent les principes de la médecine factuelle, mais le végétarisme canin et félin est sans doute possible, en respectant certaines précautions. (in l’Essentiel n°423)

En introduction, les auteurs rappellent que le végétarisme, au-delà des modes, concerne de plus en plus de nos contemporains, pour des raisons éthiques (perception de l’animal en tant qu’être sensible), de protection de l’environnement (réchauffement de la planète), de santé (effets délétères des régimes alimentaires occidentaux classiques, promoteurs de maladies cardiovasculaires, cancers, obésité, diabète…). Ils ajoutent que l’homme tue pour se nourrir 66 milliards d’animaux terrestres chaque année (chiffre de 2010).

Les raisons d’un choix

Il n’est dès lors pas étonnant que ces changements sociétaux puissent inciter certains propriétaires d’animaux de compagnie à souhaiter un régime végétarien pour leurs compagnons ou pour le moins à limiter la quantité de protéines d’origine animale dans leurs rations : en Grande-Bretagne, on a lancé en 2014 trois fois plus d’aliments sur le marché végétarien qu’au cours des trois années précédentes. Une étude menée auprès de 233 propriétaires d’animaux de compagnie, en Autriche, Suisse et Allemagne, montre que 90 % d’entre eux avaient fait ce choix pour des raisons éthiques. D’autres publications donnent des résultats similaires. Cet article pose plusieurs questions : un régime alimentaire végétarien est-il sûr chez le chien et le chat ? Des carences existent-elles ? Comment procéder ?

Des besoins bien identifiés

Chiens et chats sont des carnivores. Le régime de leurs ancêtres reposait, peu ou prou, exclusivement sur la capture de proies. Leurs tractus digestifs sont proportionnellement plus courts que ceux des herbivores et ils sont équipés d’un système enzymatique et d’une flore digestive radicalement différents, qui requièrent des temps de digestion prolongés.

Voici environ 30 000 ans (les avis divergent) que le chien a été domestiqué et a commencé à dépendre des restes de l’alimentation humaine. Il s’est adapté, on note d’ailleurs que le chien métabolise mieux les glucides que le loup et qu’il peut subsister avec un régime plus pauvre en protéines. Parmi les adaptations biochimiques constatées, la capacité de transformer le maltose en glucose, des modifications de l’amylase pancréatique, une absorption plus performante du glucose dans l’intestin. On considère que le chien domestique est omnivore.

Le chat a été domestiqué voici 10 000 ans, pour une utilisation bien différente, l’élimination des nuisibles. Ce que continuent à faire nos chats de compagnie. La pression de sélection exercée pour une adaptation à l’alimentation humaine a donc été beaucoup moins forte. Dès lors, les chats, à l’inverse des chiens, n’ont pas les adaptations génétiques, biochimiques et comportementales pour passer facilement à un régime omnivore.

Oublier l’alimentation ménagère

Cependant, expliquent les auteurs, les comportements de la vie sauvage antérieure des chiens et des chats (préférence pour une alimentation pour des aliments concentrés en énergie, instinct de chasse, « gloutonnerie » à la faveur de la capture d’une proie) ne sont pas forcément compatibles avec leur existence moderne, à leur espérance de vie prolongée et peuvent faire, par exemple, le lit de l’obésité. Chiens et chats ont besoin d’aliments suffisamment appétents, équilibrés, adaptés à leur stade de vie. Une attention spéciale lors de passage à un régime végétarien doit être portée pour assurer une couverture suffisante de nutriments tels que les protéines, acides aminés (spécialement taurine, carnitine, méthionine, lysine, tryptophane), vitamines (A, B3, B9, B12), minéraux (calcium, fer, zinc, cuivre) et certaines graisses. Les auteurs soulignent que chiens et chats ont besoin de nutriments davantage que d’ingrédients : en théorie, rien ne s’oppose à ce qu’un régime végétarien puisse être équilibré. Des régimes industriels sont d’ores et déjà disponibles dans de nombreux pays. La ration ménagère est beaucoup plus difficile à confectionner et reste marginale chez les adeptes du végétarisme animal.

Etudes critiques de produits végétariens

Après avoir rappelé le rôle des instances qui président au contrôle des aliments pour animaux de compagnie, les auteurs passent en revue les études les plus récentes qui ont été réalisées à propos des aliments végétariens.

• En 2015, Kanakubo et coll. ont étudié 13 aliments secs et 11 aliments humides végétariens vendus aux USA. Pour les protéines, les recommandations de l’AAFCO étaient respectées pour tous les produits. Mais 25 % d’entre eux n’étaient pas au point en matière d’acides aminés. Les sociétés fabriquant ces aliments ont répondu aux auteurs et leurs arguments sont exposés en détail dans cet article. On notera que les trois aliments végétariens vendus par les vétérinaires étaient plus performants que les produits vendus directement au grand public. Mais aucun de ces derniers n’était totalement exempt de produits d’origine animale.

• En 2014, Semp et coll. se livraient à l’étude de quatre régimes végétariens pour chiens et de deux aliments pour chats. Trois aliments étaient déficients en énergie, un en protéines, trois en potassium. Les régimes pour chiens adhéraient à l’essentiel des recommandations, mais étaient insuffisants en méthionine et en cystéine, B12 et sodium.

• Une étude plus ancienne (2004) de Gray et coll. a consisté à soumettre à analyse, en aveugle, deux aliments vegans pour chats. On a noté une déficience en taurine, méthionine et acide arachidonique. Mais depuis ces années, des progrès importants ont été réalisés dans la formulation et le process.

• Kienzle et Engelhard (2001) ont étudié 86 régimes végétariens pour chiens et 8 pour chats dans différents pays européens. Deux aliments pour chiens pouvaient être recommandés sans aucune réserve. Les défauts de formulation les plus souvent rencontrés concernaient les protéines, le rapport phosphocalcique, le sodium, les vitamines A et B12, la taurine, l’acide arachidonique, etc. Ici encore, notons que cette étude a 15 ans et que les choses ont probablement évolué.

Santé des animaux végétariens

Malgré la quasi-absence d’études menées selon les principes de la médecine factuelle, des publications néanmoins sérieuses semblent montrer de plus en plus souvent que chiens et chats peuvent survivre et surtout vivre, sous régime végétarien. Dans des publications éparses, certains bénéfices sont couramment rapportés : absence de réactions d’intolérance alimentaire, moindre fardeau parasitaire, amélioration de la qualité du pelage, réduction de l’obésité, de l’arthrose, du diabète, des cataractes, des maladies du bas appareil urinaire, etc. Pour autant, des études contrôlées et randomisées manquent encore pour assumer totalement la pertinence de cette démarche. Les auteurs présentent ici les conclusions de publications récentes.

• Semp et coll. ont réalisé en 2014 une étude par le biais des forums Internet et ont effectué des bilans sanguins chez 20 chiens et 15 chats végétariens sélectionnés au hasard dans les réponses. Les animaux devaient consommer un tel régime depuis au moins 6 mois et on n’a retenu que les chats strictement d’intérieur. Empiriquement, les propriétaires signalaient une meilleure qualité du pelage,

moins d’odeurs désagréables, une augmentation du volume et de la consistance des fèces. Les examens cliniques des animaux sélectionnés étaient normaux. Du point de vue des analyses biologiques, la protéinémie était normale. Aucune anomalie hématobiochimique n’a été décelée chez les chiens, on n’a pas observé en particulier de carence en vitamine B12 ou fer. Chez les chats, l’anomalie la plus souvent constatée était une carence en acide folique qui peut entraîner une hyperhomocystéinémie elle-même associée au risque de maladie thromboembolique. Les chats n’étaient pas davantage que les chiens carencés en fer, B12 ou acide folique.

• Brown et coll. (2009) ont réalisé une étude sur 12 Siberian huskies sportifs qui ont reçu soit un aliment standard pour chiens actifs, soit un aliment végétarien qui ont été distribués durant 16 semaines dont 10 semaines de course. Tous les chiens sont demeurés en bonne forme physique, aucun n’a développé, en particulier, d’anémie.

• Wakefield et coll. (2006) ont publié une étude sur la santé de chats végétariens (la plupart vegans). 34 animaux recevaient ce régime, 52 autres une alimentation conventionnelle. Les chats ont été suivis pendant au moins un an. Les lots étaient homogènes. Les taux de vitamine B12 sont demeurés normaux dans tous les cas. Les taux sériques de taurine étaient normaux chez 82,4 % des chats végétariens.

• Les travaux anciens de Kienzle et coll. (voir infra) avaient en revanche mis en évidence chez 86 chiens et 8 chats végétariens des troubles surtout chez ces derniers, avec, chez l’un d’eux, des symptômes d’atrophie rétinienne.

• PETA (People Ethical Treatment for Animals) a pour sa part rapporté les résultats d’une étude menée sur 300 chiens dont 65,3 % étaient végétariens et le reste vegans. Ce régime était en place depuis 5,7 ans en moyenne. Il n’existait pas de conséquences délétères sur la santé des animaux. 28 chiens sont morts au cours du suivi, à un âge moyen de 12 ans, principalement de cancers et de maladies cardiovasculaires. Les principaux soucis de santé rencontrés ont été de nature infectieuse, on observait aussi des troubles digestifs, des cas d’hypothyroïdie, des déficits de la vision et de l’audition, mais pas davantage que dans la population générale.

Les auteurs rappellent encore que ces études ne sont pas adaptées aux standards actuels de la médecine factuelle. Il est dans ces conditions impossible de tirer des conclusions définitives. Elles sont néanmoins l’amorce d’une preuve de faisabilité de ces régimes.

Des régimes non naturels ?

Le concept de « naturel » est important dans l’esprit de nos contemporains et force est de constater que le régime végétarien n’a rien de naturel chez les chiens et les chats. Mais les aliments conventionnels ne sont pas plus « naturels » à cette aune, puisque leurs ingrédients sont également assez éloignés de ce que consomment les carnivores sauvages.

Précautions à prendre

Les aliments végétariens peuvent faire courir un risque de malnutrition, tout spécialement quand on utilise des rations ménagères sans complément alimentaire. Il existe aussi quelques exemples qui montrent la nécessité de recourir aux conseils du vétérinaire : en cas de risque de cardiomyopathie dilatée, par exemple, une supplémentation en L-carnitine est fortement conseillée. Les auteurs, étant donné le manque d’informations sur la composition réelle des régimes végétariens, conseillent d’alterner les marques tous les quelques mois, en espérant que d’éventuelles carences de tel aliment seront compensées par l’autre. Ces changements doivent être graduels, de l’ordre de 10 % d’un aliment remplacé par l’autre tous les quelques jours.

Acidifier l’urine

Un autre facteur mérite considération : les végétaux sont relativement pauvres en acides aminés acidifiants et le régime végétarien conduit souvent à une alcalinisation de l’urine. Ce pH alcalin peut faire le lit des urolithiases à struvites. Les auteurs conseillent une mesure hebdomadaire du pH urinaire, tout au moins pendant les phases de transition alimentaire, puis tous les mois. Des compléments diététiques peuvent permettre de faire baisser le pH urinaire, ce que font aussi les asperges, les pois, le riz brun, les lentilles, le maïs, les choux de Bruxelles, etc. La vitamine C a les mêmes propriétés. Les différentes manières de procéder sont indiquées sur le site www.vegepets.info .

En conclusion, les auteurs prédisent un bel avenir au végétarisme des animaux de compagnie, pour peu que des études sérieuses soient menées, sur le long terme, à propos des conséquences éventuelles de cette pratique sur la santé.

SYNTHESE

Canitie précoce : plus fréquente chez les anxieux et les impulsifs

KING (C) : Anxiety and Impulsivity: Factors Associated with Premature Graying in Young Dogs.

Applied Animal Behaviour Science. En ligne le 11 octobre 2016.

La canitie (blanchiment des poils) du museau est un phénomène normal contemporain du vieillissement. Elle peut néanmoins survenir chez des chiens jeunes. Dans Applied Animal Behaviour, King et coll. (article en accès libre), publient une étude menée sur 400 chiens. Ses résultats montrent que l’anxiété et l’impulsivité, mesurées à l’aune de questionnaires comportementaux, sont associées à la canitie précoce. (in l’Essentiel n°424)

Il est courant, chez le chien vieillissant, d’observer un grisonnement des poils de la face (canitie), notamment au niveau du museau. Les auteurs, passant en revue des études de cas de comportement, ont noté que ce phénomène pouvait affecter des chiens jeunes (4 ans ou moins) qui étaient volontiers impulsifs ou anxieux. Ils se sont aperçus qu’aucune étude, dans la littérature, n’avait été publiée à propos de la canitie canine précoce.

Des causes multiples

Chez l’homme, l’étiologie de la canitie précoce fait encore débat. L’examen de photos « avant après » de présidents des États-Unis montre que la plupart d’entre eux présentent un blanchiment des cheveux à l’issue de leur mandat et certains auteurs évoquent la responsabilité du stress. Quatre causes majeures sont proposées pour expliquer l’apparition d’une canitie : stress oxydatif physiologique au niveau cellulaire, causes génétiques, maladie concomitante, stress émotionnel ou lié au travail.

Stress et canitie

L’existence de canities précoces associées à des maladies somatiques suggère qu’un mode de vie stressant puisse diminuer la résistance au vieillissement des mélanocytes et des follicules pileux. La propension héréditaire à ce trouble, par ailleurs, peut être potentialisée par des facteurs environnementaux, inflammatoires ou psychologiques. La littérature rapporte d’autres éléments favorisants : influence du mode de vie, personnalité, douleur, anxiété. D’autre part, le stress s’accompagne d’une surproduction d’adrénaline, dont on sait qu’elle est associée à des modifications de la couleur des cheveux chez l’homme. Un phénomène identique est possible chez le chien.

Une étude sur 400 chiens

Dans cette espèce, une seule étude publiée en 2013 s’est penchée sur l’influence de l’anxiété sur le métabolisme pilaire : elle concluait que des taux de cortisol élevés étaient présents dans les poils des chiens présentant certains comportements comme : se cacher, se sauver, rechercher l’attention, haleter, adopter une posture basse.

Le travail présenté ici avait pour but de répondre aux questions suivantes :

• les propriétaires rapportent-ils des niveaux élevés d’impulsivité et d’anxiété chez les chiens sujets à la canitie précoce ?

• est-ce que des réponses spécifiques à des stimuli phobogènes (orages, bruits sourds, mise en relation avec desétrangers, etc.) sont associées à la canitie précoce ?

• est-ce que la présence d’autres chiens, de chats, au quotidien, la participation à des manifestations ou compétitions, le temps passé dehors sans supervision, sont associés à la canitie précoce ?

L’étude a porté sur 400 chiens (198 femelles et 202 mâles). Les auteurs ont développé pour l’occasion un questionnaire comportemental comportant 42 items. Des photographies des chiens ont été réalisées et des observateurs ont noté la canitie sur une échelle de 0 à 3. Les méthodes statistiques employées sont décrites. L’âge moyen des animaux était de 2,54 ans. Etaient évidemment exclus de l’étude les animaux dont la robe comportait des poils de couleur grise ou blanche. 46% des chiens ne présentaient pas de canitie. A l’examen des tests comportementaux, comme attendu, on notait que l’anxiété globale était associée à la peur des bruits et aux contacts avec des humains ou animaux non familiers. L’impulsivité n’était pas associée à ces variables, mise à part la peur des individus non familiers. De forts niveaux d’impulsivité et d’anxiété sont, effectivement, dans cette étude, corrélés à l’intensité de la canitie. Il en va de même pour l’âge, alors qu’on note que les femelles sont plus atteintes que les mâles. En revanche, le format du chien, le statut sexuel, la présence de maladies concomitantes n’a pas d’influence sur le risque de canitie. Il en va de même quant au temps passé sans supervision et la participation à des manifestations publiques. La peur des bruits sourds, des individus non familiers, sont quant à eux associés au blanchiment précoce des poils. Les auteurs concluent donc qu’impulsivité et anxiété canines prédisposent à une canitie précoce, entre l’âge de 2 et 4 ans. Il n’est donc pas inutile, quand on observe ce phénomène, de questionner le propriétaire de l’animal sur le comportement de ce dernier.

Formation CCAD à la clinique vétérinaire du Pont de Neuilly

certificat de capacité CCAD clinique vétérinaire du pont de neuilly

© highwaystarz

Dans la foulée du colloque Dog Revolution qui s’est tenu début octobre à Nanterre, les docteurs vétérinaires Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse proposent une formation pour l’obtention du certificat de capacité (CCAD),  qui sera certifiée par la SCP Bedossa, durant trois jours, les 19, 20 et 21 décembre.

Ce certificat est, depuis le décret du 16 juin 2014, obligatoire pour toute personne exerçant une activité commerciale en lien avec les animaux de compagnie. Sont ainsi concernés les éleveurs, éducateurs, mais aussi promeneurs, pensions, fourrières, dresseurs, handlers… Seuls les professionnels de santé animale et les toiletteurs n’ont pas pour obligation d’obtenir ce certificat, qui doit faire l’objet d’un renouvellement tous les dix ans de façon à être au fait des évolutions législatives.

Demandez le programme !

Aucun pré-requis n’est demandé pour suivre les 20 heures de cours réparties en quatre modules, avec deux fois 30 minutes d’évaluation :

  1. Approche réglementaire : 4 heures
    • Le cadre juridique
      • Les principes légaux
      • Identification des animaux
      • Réglementation sur le commerce
      • Obligations incombant aux propriétaires d’animaux
      • Rôles et missions des acteurs de la protection animale
    • Le logement
      • Les différentes installations
      • Aménagement et fonctionnement des locaux
      • Maîtrise de l’ambiance dans les locaux
      • Lutte contre les nuisances
      • Dispositions relatives à l’élevage
      • Nettoyage, désinfection, marche en avant
    • Le transport
      • Transport inférieur à 65km
      • Autorisations de transport et qualifications
      • Dispositif réglementaire
      • Connaissance de l’animal et de ses comportements
      • Mesures d’urgences
  1. Approche vétérinaire : 6 heures
    • La santé animale
      • Anatomie fonctionnelle
      • Notions de base en gastro-entérologie
      • Notions de base en dermatologie
      • Les parasites
      • Les maladies infectieuses
      • Prophylaxie
      • Vaccination des chiots
    • L’alimentation
      • Equilibre nutritionnel
      • Principe de distribution d’eau et de nourriture
      • Hygiène alimentaire
      • Calcul de la ration d’un chien adulte
    • La reproduction
      • Notion d’anatomie des appareils génitaux
      • Notions nécessaires au bon déroulement des différentes étapes de la

reproduction

      • Soins à apporter aux nouveaux-nés
  1. Approche pluridisciplinaire : 6 heures
    • Comportement
      • Evolution, domestication du chien domestique
      • Expression de la socialité chez le chien domestique
      • Ontogenèse chez le chien domestique
      • Identifier les signes de stress et évaluer le bien-être
      • Grands principes d’éducation
    • Principes et pratiques dans la sélection
      • Les groupes de races
      • Les principales races de chiens
      • Les différents organismes officiels
      • Les démarches à effectuer
      • Les notions basiques de génétique
      • Bien-être et sélection artificielle
      • Les facteurs impactant l’espérance de vie

La formation est assurée par des vétérinaires, des scientifiques éthologues et des professionnels du secteur, basée sur des exercices de construction et d’acquisition des connaissances, avec les supports classiques (présentation, livret pédagogique complet imprimé pour chaque candidat).

L’évaluation de la formation se fera sous la forme de QCM réalisé sur le site Internet du ministère de l’Agriculture (ccad.educagri.fr).

Les modalités retenues sont les suivantes :

  • Nombre de questions variables (en fonction du nombre de catégories choisies) : 30 questions pour 1 catégorie, 45 questions pour 2 catégories, 60 questions pour 3 catégories
  • Durée variable maximale de l’évaluation : 30 minutes (1 catégorie), 45 minutes (2 catégories), 60 minutes (3 catégories)
  • Seuil de réussite : 60 % de bonnes réponses au total et minimum 45 % pour chaque catégorie. Le logiciel propose un 2ème essai en cas d’échec. Chaque candidat a donc 2 essais pour valider l’attestation de connaissance. En cas d’échec au 2 essais, le candidat doit repasser par la voie de la formation.

A l’issue de l’évaluation, chacun des candidats reçoit de l’organisme de formation habilité :

  • Un bordereau de score d’évaluation personnalisé, précisant la date de l’évaluation, le n° de session, les catégories d’animaux objets de l’évaluation et le seuil de réussite
  • Une attestation de fin de formation, conforme à l’article L.6353-1 du code du travail
  • Feuille d’émargement et attestation de présence

Infos pratiques 

Où ? Clinique vétérinaire du Pont de Neuilly, SCP Bedossa

8 rue Ybry, 92200 Neuilly-sur-Seine

Quand ? 19, 20, 21 décembre 2016
Horaires : 8h30 – 12h30 / 14h-18h

Combien ? 380 euros nets pour l’intégralité de la formation, catégories « chien » et « chat » ainsi que le passage de l’examen (majoration de 10% en cas de prise en charge par un organisme de financement)
Hébergement et repas à la charge des participants

Nombre de participants : 10 personnes maximum

Inscription et contact : ccadformation@gmail.com

Event Facebook : https://www.facebook.com/events/721013548075273/

Revue de presse – Octobre 2016

BREVES

Etats-Unis

Les microbes peuvent prédire l’IBD canine

La maladie inflammatoire intestinale canine (IBD) est plus fréquente chez les chiens d’âge moyen et plus âgés, et comprend l’inflammation des intestins et des symptômes gastro-intestinaux chroniques. Une nouvelle étude offre quelques idées sur sa cause.

Des chercheurs de l’Université de Californie San Diego School of Medicine et de la Texas A & M University ont identifié un modèle de microbes indicatif de l’IBD chez les chiens et ont été en mesure de prédire quels chiens avaient cette maladie avec plus de 90 % de précision. L’étude a été publiée dans Nature Microbiology le 3 octobre.

Les chercheurs ont recueilli des échantillons de matière fécale de 85 chiens en bonne santé et 65 chiens avec des signes chroniques de maladie gastro-intestinale et de changements inflammatoires confirmés par la pathologie. Pour déterminer quelles espèces microbiennes vivaient dans chaque échantillon, ils ont utilisé une technique appelée «16S rRNA sequencing» pour identifier rapidement des millions d’espèces bactériennes vivant dans un échantillon mixte, en se basant sur les gènes uniques qu’elles hébergent.

Grâce à cette information, les chercheurs ont été en mesure de rechercher des similitudes et des différences dans les espèces microbiennes trouvées chez les chiens porteurs et les chiens sains. Les différences étaient suffisamment significatives pour permettre de distinguer les fèces de chien porteur de l’IBD des autres types de MII à 90%.

Cette approche pour diagnostiquer cette maladie chez le chien n’est cependant pas encore disponible pour les vétérinaires ou les propriétaires de chiens.

(NewStat, 11 octobre)

Suède

La source génétique du changement de comportement social canin identifiée

Pendant des milliers d’années, les chiens se sont adaptés à la vie au contact des humains et ont développé des capacités uniques pour communiquer et coopérer avec eux, y compris pour résoudre des problèmes difficiles. De telles adaptations peuvent également avoir été déclenchées par une base génétique, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université de Linköping en Suède ont identifié une relation entre cinq gènes différents et la capacité des chiens à interagir avec les humains. Quatre d’entre eux sont également liés à des troubles sociaux chez les humains, comme l’autisme. L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports le 29 septembre.

Les chercheurs ont confronté 500 beagles à la résolution d’un problème : ouvrir un couvercle fermé pour obtenir une friandise. Les scientifiques ont utilisé des enregistrements vidéo pour évaluer la volonté des chiens de chercher un contact physique avec une personne dans la pièce lorsque le problème s’avérait trop difficile.

Pour plus de 200 chiens, l’ADN a également été étudié. En utilisant une méthode appelée GWAS (étude d’association à l’échelle du génome), les chercheurs ont examiné un grand nombre de variantes génétiques à travers le génome. GWAS peut être utilisé pour savoir si une variante génétique particulière est plus fréquente chez les individus avec un trait particulier, comme le comportement de recherche de contact dans ce cas. Les chiens en quête de contact portaient plus souvent certaines variantes génétiques.

« Nous avons trouvé une association claire avec les régions d’ADN contenant cinq gènes différents intéressants. Quatre des gènes sont connus auparavant à partir d’études de troubles sociaux chez l’homme, par exemple, l’autisme et le TDAH », a déclaré Mia Persson, un étudiant au doctorat et auteur principal de l’étude.

(Newstat, 17 octobre)

Grande-Bretagne/Australie

L’argument pour motiver les propriétaires à promener leur chien identifié !

Si en tant que vétérinaire vous rencontrez des difficultés à motiver certains de vos clients à balader leurs chiens, l’encouragement et la motivation peuvent faire partie de l’équation, selon une étude récente.

Des chercheurs de l’Université de Liverpool au Royaume-Uni et de la Western Australia University ont examiné pourquoi certaines personnes se sentent motivées à marcher régulièrement avec leurs chiens et d’autres pas, et concluent que les facteurs démographiques et comportementaux contribuent à encourager et à motiver les propriétaires à faire des promenades. L’étude a été publiée dans BMC Public Health le 29 septembre.

Les données ont été recueillies à partir de 629 propriétaires de chiens participant à l’étude RESIDE, une étude menée pendant 10 ans auprès de 1 813 résidents à Perth, en Australie. Les données de deux résultats de l’enquête, « L’encouragement venant des chiens » (combien de fois le chien m’a encouragé à marcher le mois dernier) et « La motivation du chien à aller marcher » (avoir un chien me fait marcher plus) ont été analysées et ont identifié à la fois des facteurs négatifs et positifs qui leur sont associés.

« Nous savons maintenant que les propriétaires se sentent plus motivés pour promener des chiens plus gros, et s’ils estiment que la marche est bénéfique pour la santé du chien. Une relation forte avec le chien, et le sentiment que leur chien aime les promenades sont également motivants pour les propriétaires », a déclaré Carri Westgarth, BSc, MPH, PhD, l’un des auteurs de l’étude.

« Ils sont moins motivés à emmener leur chien s’ils perçoivent qu’il est trop vieux ou malade, ou si d’autres membres de la famille promènent le chien à leur place. »

(NewStat, 19 octobre)

Etats-Unis

Les chiens ignorent les conseils des humains s’ils sont mauvais

Si vos compagnons canins ne suivent pas vos instructions certaines fois, c’est peut-être qu’ils sont plus intelligents que vous ne le pensez. Du moins, c’est ce qu’une nouvelle étude suggère !

Des chercheurs du Centre de cognition canine de l’Université de Yale ont conclu que les chiens dédaigneraient les actions non pertinentes quand il y a un moyen plus efficace de résoudre un problème, même lorsqu’un humain exige à plusieurs reprises d’accomplir ces actions. L’étude a été publiée dans Developmental Science le 22 septembre.

Les chercheurs ont conçu une boîte de casse-tête pour chiens, dans laquelle la seule action pertinente pour obtenir la friandise était de lever un couvercle sur le dessus de la boîte. Lorsque les chercheurs ont montré aux chiens comment utiliser la boîte, ils ont d’abord montré un levier sur le côté de la boîte avant de soulever le couvercle pour obtenir le traitement. Une fois que les chiens ont appris à ouvrir la boîte, ils ont cessé d’utiliser le levier qui ne leur était d’aucune utilité.

En fait, les chercheurs ont découvert que les chiens étaient tout aussi susceptibles d’arrêter d’utiliser le levier comme des canidés sauvages, comme les dingos australiens.

(NewStat, 3 octobre)

Etats-Unis

Les chiens de pure race pas plus susceptibles de présenter des troubles génétiques que les croisés

Des chercheurs de l’Université Davis de Californie ont contesté la théorie selon laquelle les chiens de race pure sont plus enclins aux désordres génétiques que les chiens de race mixte. Ils ont étudié 27 254 chiens souffrant de troubles héréditaires sur une période de cinq ans. La théorie selon laquelle les chiens de race pure sont plus sensibles aux maladies héréditaires ne vaut que pour 10 des 24 troubles étudiés.

Voici quelques-unes des conclusions:

La prévalence des troubles chez les chiens de race pure et les chiens de race mixte variait selon la condition. Certaines conditions (14) entraînent une nette distinction entre les chiens de race pure et les chiens de races mixtes et d’autres (10) ne montrent aucune différence.

Les résultats ont donné un aperçu de la capacité des pratiques de sélection à réduire la prévalence de la maladie. Des tests génétiques fiables ou un dépistage à un jeune âge pourraient réduire certains troubles dans la population de chiens dans son ensemble.

Les chercheurs ont également souligné que certains désordres peuvent exiger l’intervention de clubs de race pour réduire des pressions de sélection qui contribuent à un certain désordre dans une race.

Les « races récemment obtenues » ou les races provenant de lignées semblables étaient plus sensibles à certains troubles qui affectent toutes les races apparentées.

Les troubles avec une prévalence égale chez les races pure ou les races mixtes semblaient être des mutations plus anciennes qui sont largement répandues dans la population de chiens domestiques.

CONGRES

Séminaire canin Dog Revolution – 1er et 2 octobre Université Paris Ouest Nanterre

Une révolution culturelle avant tout !

Qu’est-ce qu’un bon chien aujourd’hui ? Difficile question, alors que plus de 7 millions de Canis Lupus Familiaris peuplent nos foyers français, et que les vétérinaires et comportementalistes reçoivent de plus en plus de patients atteints de troubles du comportement.

Les 1er et 2 octobre, l’université Paris Ouest Nanterre accueillait le séminaire Dog Revolution, organisé par les docteurs vétérinaires et comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, pour tenter de répondre à cette question complexe. Le choix du lieu n’était pas complètement anodin : après tout, en mai 68, c’est à Nanterre que tout a commencé.

Une « Dog Revolution » oui, car durant deux jours, tous les professionnels les plus représentatifs du monde canin, vétérinaires, éducateurs, éleveurs, mais aussi (et c’était une première) des spécialistes de la pensée humaine, psychologues, juristes et sociologues, ont expliqué à un public venu en masse et avide de conseils qu’il fallait tout simplement changer notre rapport au chien pour le rendre plus heureux. Qu’en somme, le problème, ce n’était pas eux : c’était nous.

Prenons le début de l’histoire : on croit savoir que le chien « a été domestiqué par l’homme il y a 15 000 ans ». Or, les recherches scientifiques nous démontrent aujourd’hui que c’est bien plutôt le chien qui a fait le choix de se rapprocher de l’homme, et de s’adapter à cette nouvelle espèce qui investissait son biotope. Un exemple parfait de darwinisme, et un fait biologique qui démonte totalement la vision anthropocentrée admise jusqu’à présent.

Et tout le problème est là, dans nos relations avec nos chiens : nous prenons rarement leur point de vue en compte !

Des deux morphotypes originels identifiés, le chien courant et le molosse, en plusieurs milliers d’années, nous avons atteint près de 400 races de chiens. Chiens de compagnie, chiens de travail, tous ont une utilité. Une mission précise à assurer auprès de l’homme. Un épagneul papillon est idéal pour la compagnie, un chien de berger pour garder les troupeaux. Chacun son job. Il y a 30 ans, personne n’aurait eu l’idée d’avoir un chien de berger en ville. Aujourd’hui, combien de border collies sont amenés en consultation par des propriétaires débordés parce qu’ils « rassemblent » les vélos ou les voitures ?

Qu’est-ce donc qu’un bon chien ? Eh bien, un chien dont on respecte la nature. Cela peut paraître simpliste, pourtant les professionnels constatent au quotidien à quel point cela semble difficile à admettre pour nous, humains. A ce titre, l’intervention de Nicolas Cornier, éducateur canin très connu du milieu cynophile, dès l’ouverture du congrès samedi matin, donnait le ton. A peine arrivé sur l’estrade, le décor était planté : « Vous voyez ça ? » dit-il en présentant un clicker… Avant de l’écraser rageusement du pied devant un public à la fois médusé et amusé. « Voilà, maintenant on peut travailler. » Sous-entendu : débarrassons-nous de nos idées reçues, et partons sur des bases neuves.

Son intervention n’a pas été du goût de tout le monde, pourtant elle posait toutes les bonnes problématiques : qu’est-ce qu’un chien de berger a à faire en ville ? Pourquoi a-t-on le droit de faire n’importe quoi avec les chiens ? Comment vaincre les petites peurs de l’humain, qui ne veut pas lâcher son chien de peur de gêner socialement, qui ne quitte plus la laisse parce qu’il n’a pas les compétences pour maîtriser son animal ; comment socialiser le chiot de façon précoce ; et pourquoi y a -t-il justement tant de ratés, de problèmes relationnels entre les chiens et nous, au point que la qualité de vie des uns comme des autres se dégrade ? Pour Nicolas, la réponse est sans appel : « On regarde le chien de trop près, on ne prend plus assez de recul. On a arrêté de réfléchir à la place qu’il doit occuper. Tous les week-ends, des gens exposent des chiens, dansent avec eux… Il y a d’autres moyens pour être heureux avec eux, ils ne demandent pas ça. »

Pour lui, ce n’est pas le chien qui a besoin d’être révolutionné, c’est l’homme, et le rapport qu’il crée avec le chien. « La culture du bon chien, du beau chien… c’est relatif. Regardez, il y a bien des gens qui adoptent des carlins ! Je plaisante. Le « mignonisme », le « gâtisme », il faut bien admettre que cela existe, mais c’est un véritable obstacle. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant que l’on considère avant tout comme beau. » L’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. On entre presque dans la philosophie.

Forcément, de tels propos choquent certaines personnes (au hasard, les éleveurs). Mais tous les intervenants ont, après tout, démontré ceci : le problème dans la relation homme/chien vient souvent de l’homme. Sarah Jeannin, psychologue clinicienne intervenue le deuxième jour du colloque, assiste Thierry Bedossa dans ses consultations en médecine du comportement au CHUVA d’Alfort depuis 3 ans. Nous avions d’ailleurs fait un reportage sur cette méthode unique en France et sans doute en Europe, qui consiste à adjoindre au vétérinaire les services d’une psychologue qui « gère » l’humain. « Les propriétaires amènent un animal qui souffre d’un trouble du comportement, mais en vérité ils viennent en raison d’un problème plus large. Une névrose, un traumatisme, un manque à combler. Et le vétérinaire n’est souvent pas du tout formé à la psychologie humaine. Or, il est très utile de prendre en compte l’état émotionnel du maître pour comprendre le problème de l’animal et de sa relation avec son humain. »

Le fait est que les problèmes rencontrés chez les chiens impliquent très souvent la responsabilité du maître : ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race, des exigences trop importantes envers un jeune chien (comme envers un enfant…), des difficultés à interpréter ses états émotionnels. Aucune étude scientifique ne démontre que les chiens savent distinguer le bien du mal et qu’ils maîtrisent la notion de vengeance. Pourtant, combien de maîtres ont pu dire « il a fait pipi sur mon canapé pour se venger ! » ?

En vérité, nous ne connaissons pas nos chiens. Dans un phénomène de cristallisation stendhalienne, ce que nous aimons en eux, ce que nous voyons en eux, ce sont avant tout nos propres projections. « Attention cependant : il faut certes questionner la responsabilité du propriétaire, mais ce n’est pas toujours et invariablement sa faute ! La présence du psychologue sert justement à le rassurer, à le mettre en confiance pour qu’il oublie un instant ses propres émotions et se rende à l’écoute des besoins de son animal. L’amour malheureusement ne suffit pas à rendre un chien heureux ! », précise Sarah.

Pour comprendre, il faut donc apprendre. C’était l’objet de l’intervention de Caroline Gilbert, docteur vétérinaire, responsable de l’enseignement d’éthologie fondamentale et appliquée de l’ENVA et des consultations en médecine du comportement du CHUVA. Elle supervise donc directement les consultations de Thierry Bedossa et Sarah Jeannin, et reste convaincue qu’il faut avant tout éduquer les propriétaires aux besoins éthologiques de leur animal : « Il faut leur faire comprendre qu’ils ont des émotions, leur apprendre à les détecter et à y répondre. La plupart des maîtres ignorent que les chiens sont parfaitement capables de nous reconnaître à notre visage, et de décoder nos expressions faciales pour identifier notre humeur. Ils savent interpréter le comportement d’un humain avec un autre humain, ils reconnaissent nos peurs, notre joie, notre colère, la science l’a démontré. Notre rôle est d’apprendre au propriétaire à identifier ces signaux et à les interpréter. » L’exposé de la doctorante Charlotte Duranton et de l’éducatrice Eléonore Buffet sur les capacités cognitives du chien était à ce titre extrêmement riche en enseignements.

Ainsi, on pourrait presque dire que dans la relation homme/chien, celui qui ne parle pas la langue de l’autre n’est pas celui que l’on croit… « Il ne leur manque que la parole »… En effet ! Les chiens nous comprennent bien plus que nous les comprenons, parce qu’après des millénaires à nos côtés, ils nous ont attentivement observés et ont appris à décoder notre langage, verbal et non-verbal. Et nous ? Où en sommes-nous dans notre apprentissage de la langue « chien » ?

« Il nous faut interroger l’état de nos pensées aujourd’hui », expliquait Thierry Bedossa dans sa première intervention, très attendue, samedi midi. « Les chiens qui manifestent des troubles du comportement ne sont pas des malades mentaux que l’on doit absolument soigner à coups de psychotropes. Ce sont des animaux intelligents et sensibles qui recherchent le plaisir, comme nous, comme la plupart des mammifères, et nous l’avons largement oublié. Les questions que l’on entend souvent de la part de maîtres débutants sont édifiantes : est-il mauvais qu’il dorme avec moi ? Doit-il manger après moi ? Doit-il vivre en chenil ? Non ! La notion de dominance et d’ascendant relationnel sur l’humain est à déconstruire absolument. Ce n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social, que ce soit avec des congénères ou des humains. La relation entre notre chien et nous doit être basée sur une éthique, comme toute relation équilibrée d’ailleurs, sur une méthode amicale et positive. Et si on n’y parvient pas, si l’on se sent dépassé et désespéré de ne pas arriver à être un bon maître, pour des raisons extrêmement variées, le placement responsable et conscient est une meilleure solution que la souffrance d’une bête, et on n’a pas le droit de stigmatiser un maître pour cela. »

Parler couramment le « chien », c’est s’attaquer aux causes (nous, notre égoïsme et notre ignorance) plutôt qu’aux effets. C’est souvent efficace pour régler un problème (ainsi, les troubles du comportement d’un chien). Mais c’est plus exigeant. Cela oblige à s’oublier et à ne plus considérer notre chien comme « l’animal-machine » qu’évoquait Descartes. Car être un chien de compagnie, c’est un sacré boulot ! Jocelyne Porcher, sociologue chercheuse à l’INRA et notamment spécialiste des relations de travail entre les hommes et les animaux, l’a expliqué dimanche matin : « Etre présent, rechercher l’interaction, se tenir tranquille, être aimable : la compagnie est un véritable travail, comme l’était celui de dame de compagnie au 18ème siècle. Un travail avec des horaires, largement intériorisés par le chien, qui s’y investit autant qu’il le peut et qu’il s’approprie au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec son maître. Et qu’en est-il de son temps libre ? La vraie liberté, pour un chien de compagnie, serait d’avoir un temps où il puisse faire ce qu’il veut et ne plus avoir à se maîtriser. L’emmener courir sur une plage et le laisser aller où il le souhaite, par exemple. C’est très difficile à envisager pour les maîtres, pourtant cela pourrait apporter une réponse à bon nombre de comportements difficiles. »

Souvenons-nous que nous-mêmes, nous sommes des animaux. Et nous apprécions qu’on nous comprenne. Alors, avec les chiens, faisons preuve d’empathie, et mettons-nous à leur place. C’est encore le meilleur moyen pour les comprendre et les rendre plus heureux. Nous-même, nous ne pourrons qu’en bénéficier. C’était la leçon de Dog Revolution. Et vu l’enthousiasme du public, il semblerait qu’elle trouve un écho favorable. C’est encourageant pour l’avenir !

Plus d’informations

Site Internet : www.dog-revolution.fr

Toutes les conférences en vidéo sur

Périscope : https://www.periscope.tv/Stephane_Tardif/1ZkJzWjDyVexv

(source : Pet in the City.fr)

COMPTES RENDUS

*Tendances comportementales : élevage, choix de sélection

Antoine Bouvresse – Mélodie Pichoir

Qu’est ce que c’est qu’un bon chien dans la société, dans son utilité ? La domestication fut sans doute la première sélection qui s’est mise en place pour créer une nouvelle espèce, Canis lupus familiaris, issue de Canis lupus. Du point de vue de l’homme, l’adaptation, la domestication, a été initiée par l’homme, qui a fait le choix d’aller chercher des loups et de créer une nouvelle espèce. Ce point de vue anthropocentré néglige le fait que la domestication, d’un point de vue biologique est simplement le fait qu’une espèce s’est adaptée à une autre espèce ou un nouveau biotope. C’est une vision de pure sélection naturelle, où l’humain n’intervient pas. L’humain fut chasseur-cueilleur, pourquoi se tournerait-il vers un prédateur ? D’un point de vue biologique, l’humain chasseur qui commence à se sédentariser , les canidés sauvages commencent à se rapprocher, s’adapter et à vivre aux côtés de l’humain

Chez les premiers canidés domestiques, deux grands morphotypes se dégagent : Morphotype graïoide : chiens élancés et souples, fins, membres fins, museau allongé. Chien de chasse

Morphotype molossoïde : épaules musclées, tête carrée, imposant, poitrail fort, pattes larges et fortes. Fonction de gardien à la maison et dans les troupeaux

L’émergence de ces deux variétés extrêmement bien définies est liée à une spécialisation du travail qu’on leur affecte et d’une pression de sélection importante par l’homme. Ces spécialisations vont se poursuivre en fonction des évolutions techniques et culturelles

Le tableau de Coppinger sur les patrons moteurs montre que certains comportements typiques de certains chiens en fonction de leur utilisation, peuvent être des comportements sélectionnés à partir de comportements déjà existants chez le canidé sauvage :

Coppinger définira les patrons moteurs ainsi : « C’est une exagération de comportement et les gens du chien les surpassent tous en développant des centaines de races, chacune exprimant de manière dramatique des conformations comportementales bizarres : le setter irlandais, le golden retriever, le pointer anglais, le pitbull terrier, le puli hongrois, et mon favori le border collie. Je pense que le border a la plus délicieusement bizarre des conformations comportementales de toutes ces espèces ». Et encore : « On n’apprend pas des patrons moteurs. Ils font partie du répertoire comportemental du chien. Le maître est le chorégraphe d’un ballet de patrons moteurs, où pour le dernier acte, les moutons rentrent dans l’enclos. »

Les comportements sont donc présents génétiquement, ont un potentiel, qui s’exprimera ou pas, en fonction de l’environnement qu’on lui présente.

L’élevage est une autre partie de la problématique des tendances comportementales. Il existe 7 millions de chiens en France, on compte 200 000 chiens LOF de plus par an. L’élevage est réalisé en général par des gens passionnés d’une race qui ont envie de le faire partager. La grande majorité des élevages sont de petits effectifs, et la nouvelle réglementation en la matière oblige à déclarer toute activité d’élevage même non professionnelle. Le but ? Améliorer une race et satisfaire les particuliers demandeurs. L’élevage est soumis à des contraintes réglementaires et économiques. Les clients sont des utilisateurs pour le travail, le sport/loisir ou de simples particuliers.

Les critères recherchés chez le chien sont souvent des compétences et une bonne santé pour un utilisateur, un bon compagnon (critère variable selon les gens) et une bonne santé chez les particuliers. Le « beau chien » n’est pas le principal critère (seuls ¼ des chiens LOF vont à la confirmation), la recherche concerne avant tout un chien « atypique ».

On constate une très nette évolution du nombre de races représentées par groupe entre 1969 et 2015 :

Quel que soit l’élevage, le choix des reproducteurs se fera en fonction des critères suivants :

  • le standard

  • les cotations, résultats en expo, en concours

  • le tempérament : même si cela évolue, on a encore peu sélectionné sur le comportement (chiens agressifs ou peureux remis à la reproduction)

  • les compétences sociales : même constat. Les élevages se font souvent en box, ce qui nuit aux compétences sociales

  • les compétences au quotidien : mais comment sera le chiot dans un autre contexte ?

  • les compétences en reproduction, maternage : les éleveurs regardent peu la fonctionnalité de l’outil de travail. (Césarienne en série etc).

Les élevages se font majoritairement par lignée (utilisation de la consanguinité, outils de sélection – pedigree, tests génétiques – choix d’élevage – sélection d’hypertype – évolution des standards). Une préparation optimum des chiots est visée mais le contexte d’élevage n’est pas toujours favorable (isolement de l’élevage, chiots isolés des adultes, du groupe, phobie sanitaire).

Le rapport CGAAER (2015) établit un état des lieux des méthodes d’élevage. Près de 600 maladies génétiques ont été identifiées, la sélection se base avant tout sur des critères de beauté, une forte médicalisation des reproducteurs, une aide à la procréation, une forte consanguinité et une dérive vers l’hypertype. Parmi les risques, on notera principalement une incidence accrue des maladies génétiques récessives ; une fertilité réduite (taille des portées, baisse de la viabilité des cellules sexuelles) ; une fréquence accrue d’apparition de défauts congénitaux tels que cryptorchidie, malformations cardiaques, fentes palatines ; des asymétries variables (déformations faciales ou yeux dissymétriques) ; réduction des poids de naissance et mortalité néonatale plus élevée. Le reproducteur est sur-utilisé, ce qui augmente les risques de troubles génétiques, et la maladie apparaîtra d’autant plus rapidement si une part importante du pool génétique est porteur.

Eviter les hypertypes morphologiques consistent à éviter les problèmes locomoteurs, respiratoires, reproducteurs, de communication avec les congénères et les malformations. Concernant les hypertypes comportementaux, à l’éleveur de savoir évaluer si tel propriétaire sera fait pour son chien.

*Familiarisation et socialisation : la socialité du chien peut-elle se résumer par une approche binaire ?

Nicolas Cornier / Séverine Belkhir

Le rôle de l’éducation

Familiariser un chien doit se faire de façon précoce, progressive et libre. Il est nécessaire d’extraire le plus tôt possible le chien de son élevage et du cocon familial et lui faire rencontrer son environnement de vie. En outre, une vraie réflexion doit se faire pour savoir si un propriétaire sera capable de le rendre heureux avant de l’adopter.

Comment faire pour favoriser la socialisation précoce du chien ? Un vétérinaire peut collaborer avec un éducateur canin, en poussant le propriétaire à sortir le chiot le plus tôt possible, en le mettant en contact avec plusieurs chiens adultes expérimentés.

Le rôle de l’éducateur sera de scénariser les séquences d’apprentissage, d’essayer de se mettre à la place du chien et d’avoir un cahier des charges pour qu’il réussisse dans chaque situation (sortir dans la rue n’est pas indolore comme situation : cela suppose de réfléchir et de ne pas subir : si on sort un jeune chien dans des situations traumatisantes, l’objectif n’est clairement pas atteint). Pour gérer les réticences et les peurs de l’humain, l’éducateur a l’avantage car il sait gérer les émotions des propriétaires. Le vétérinaire a un rôle de conseil mais n’a pas le temps pour cela. L’éducateur fait, et fait faire, pour que les propriétaires s’approprient le savoir-faire. Ian Dunbar disait qu’il fallait avoir du bon sens et être avec les chiens et les humains pour réussir à socialiser les chiens.

An amont de l’adoption, le souci est de savoir quel chien sera un bon chien de compagnie : il y a des chiens qui ont du mal à ne pas bouger, à ne pas devenir  « addict » à des balles, à des attentions, qui ont des difficultés face à une forme d’apprentissage de l’ennui, de la solitude. Comment se fait-il alors qu’il y a autant de ratés, de mauvais scénarios avec le chien comme compagnon, et que la qualité de vie se dégrade ? On regarde le chien de trop près, on manque de recul, on a arrêté de réfléchir à la place qu’il a. Il y a d’autres moyens pour être heureux avec les chiens que de les exposer ou de danser avec eux, ce n’est pas ce qu’ils demandent, ce n’est pas leur nature. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant qu’on considère avant tout comme beau, car l’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. Eduquer un chien demande des compétences, rééduquer un chien demande de très grandes compétences. La peur de déranger l’autre socialement, de brider le chien, parce qu’on a pas les compétences pour le gérer est une erreur. Un chien n’est pas là uniquement pour notre profit, notre utilité. Un bon chien de compagnie est un objectif plus ambitieux car moins mécanique. La révolution doit venir des humains, qui laisseront les chiens à leur juste place (les chiens de travail au travail, ceux de compagnie à la compagnie).

Approche binaire de la socialité

Quelle est la structure sociale chez le chien ? Cela dépend ! Chez le chien, toutes les structures sociales existent, c’est d’ailleurs l’une des rares espèces à présenter cela. La composition démographique d’un groupe social dépend du nombre d’individus, du nombre de mâles, de femelles, des différentes classes d’âge, du système d’appariement (mode de reproduction, monogame/polygame). On observe toute une palette de comportements, des interactions affiliatives, des comportements sociaux ou agonistiques (agressions, évitements). On peut alors déterminer le caractère d’une relation en vertu de l’ensemble des interactions observées. L’organisation et l’image du groupe définissent aussi la nature de la relation.

En éthologie, on répartie les différentes activités comportementales sur une journée et on étudie ainsi les interactions sociales dans un groupe de chiens : comportements agressifs, de dominance, de soumission, soumission active. On peut considérer que l’on est déjà dans l’interprétation en relevant les comportements classés dans des catégories, et qu’on posait le principe d’une structure sociale hiérarchique de base. Mais certaines unités de comportements peuvent s’exprimer dans des interactions de différentes natures : queue portée haute, aboyer, grogner etc. La recherche systématique d’une organisation hiérarchique en éthologie est une possibilité parmi d’autres.

Quels comportements sont exprimés lors d’interactions sociales chez le chien ? Existe-t-il des marqueurs de cohésion chez le chien ? L’étude menée à AVA sur des groupes de chiens se basait sur un répertoire comportemental de 132 comportements, inspiré de la thèse de doctorat de B. Deputte en 1986.

  • Comportements d’approche : 11 unités

  • comportements actifs de contacts physiques : 68 unités

  • comportements de proximité : 35 unités

  • Comportement de rupture ou empêchement de contact : 14 unités

  • comportement visuel : 4 unités

  • + 14 unités associées (port de queue, vocalisations etc)

A l’issue des premières observations des données d’un groupe (¼ des données analysées soit environ 11 000 comportements) :

  • 61/132 s’expriment de manière régulière

  • Comportements d’approche : 11/11

  • Comportement d’approche : 18/68

  • Comportements de proximité : 19/35

  • Comportement de rupture ou empêchement de contact : 11/14

  • Comportement visuel : 4/4

A la lumière de ces données, peut-on affirmer que la notion de hiérarchie existe ? Cela dépend, et en réalité, elle n’est pas nécessaire pour comprendre le comportement des chiens. Les conclusions dépendent du découpage du continuum comportemental. Pour définir le profil comportemental d’un chien, on regarde la nature des comportements émis ou reçus, la fréquence et durée d’interaction, le contexte d’expression, la tendance comportementale, le tempérament de l’individu, son développement précoce (qui a forcément un impact sur sa façon de gérer des évènements), son histoire de vie, son âge, son état de santé et émotionnel. Rencontrer des chiens nouveaux, c’est une situation de résolution de problème, et le stress impacte notre réfléxion et la capacité à réagir et à gérer un problème. En conclusion, les comportements sociaux chez le chien sont très variés, sa communication complexe, dynamique et multimodale. Aussi la socialité du chien ne peut être résumée à un schéma explicatif unique et universel. Elle s’exprime à travers des apprentissages (associatifs, sociaux), un changement d’état émotionnel, des capacités d’ajustement différentes, des capacités cognitives différentes, des marqueurs de cohésion, etc.

Les communautés hybrides pour une éthique de la relation homme/chien

Thierry Bedossa

Quel est l’état de nos pensées aujourd’hui sur le chien ? Certaines problématiques sont difficiles à appréhender. La question de la dominance par exemple est très relative. Au vu des nombreuses situations que son statut de vétérinaire a pu lui faire rencontrer en 30 ans de pratique, de comportements gênants, de placements (abandons), d’humains en détresse, l’auteur peut affirmer aujourd’hui qu’un bon placement est parfois la meilleure solution à apporter à la souffrance d’une bête. De nombreux propriétaires se demandent ainsi, pour mieux appréhender leur quotidien avec le chien :

  • s’il est bon qu’un chien dorme avec son propriétaire ? Cela entraîne t-il des troubles du comportement ?

  • Doit-il manger avant son maître ?

  • Qu’en est-il des chenils ?

En réponse à ces questions fréquentes : le chien est un animal intelligent et sensible qui recherche le plaisir, et on l’a beaucoup oublié. Un chien mangeant paisiblement en même temps que son maître même dans un lieu public ne gêne pas l’environnement social et cela ne choque plus culturellement. Enormément de chiens se sont développés en chenil, enfermés, ce qui ne peut qu’altérer la qualité du développement. Sans doute sont-ils déjà handicapés à vie pour être un bon animal de compagnie parce qu’ils ont eu des conditions de développement défaillantes. Même les scientifiques n’hébergent plus leurs chiens d’étude en chenil pour leur éviter tout stress. On pourrait aussi imaginer l’élevage de façon différente, car l’impact est fondamental sur les attitudes des chiens

Sur des questions aussi banales mais préoccupantes pour les propriétaires :

  • emmenez-vous votre chien en vacances, au resto ? Facteur de bien-être pour le chien et pour vous ?

  • Le confiez-vous à des pensions, ou des chenils ?

  • Vous lui achetez des vêtements, des accessoires ?

  • Gestion de la fin de vie : accompagnement ou euthanasie « de convenance » ?

  • Comment voyage le chien en voiture ? Dans un kennel ou sur un siège ?

On constate très peu de références scientifiques sur toutes ces pratiques. On sait en revanche que la notion de dominance n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social. Pour évaluer la personnalité des chiens, des méthodes existent (C-Barq). Il est nécessaire de développer une éthique de notre relation à l’animal, une méthode amicale et positive basée sur une réflexion sur l’état des connaissances scientifiques, et présenter des choix assumés.

*Cognition du chien et applications

Eléonore Buffet, Charlotte Duranton

Qu’est-ce que la cognition ? Un ensemble des processus mentaux d’un organisme qui lui permettent de traiter des informations provenant de son environnement (Giraldeau & Dubois, 2009). Mémoire, raisonnement, apprentissage, résolution de problème, prise de décision, perception, attention, attribution de connaissances, langages, émotions… Chaque espèce animale perçoit le monde d’une façon qui lui est propre. Comprendre comment les chiens raisonnement, apprennent, traitent les informations, se comportent, permet de comprendre leur point de vue sur leur environnement.

Que comprennent réellement les chiens de l’humain ? Ils sont sensibles à un état attentionnel et obéissent à une commande vocale. Ainsi, les chiens obéissent et réclament à manger de façons différentes selon l’attention visuelle de leur maître (Call et al, 2003 ; Schwab and Huber, 2006). Dans le jeu de rapport d’objet, les chiens se réorientent pour ramener en face de l’humain (Gàcsi et al, 2004). Les gens pensent comprendre ce que leur communique leur chien et savoir identifier lorsqu’il a fait une bêtise grâce au « regard coupable » (Horowitz et al, 2009 ; Hetch et al, 2012) L’étude de Kaminski montre que les chiens suivent nos indications corporelles 90% du temps. Les chiens suivent aussi notre regard, comprennent aussi ce que signifie des yeux fermés, ce qui pourrait suggérer que les chiens ont la capacité à voir au-delà d’eux mêmes. Même les grands singes n’y arrivent pas ! Les chiens apprennent à notre contact et utilisent tous les signaux communicatifs même les signaux inconscients. Pourquoi manifestent-ils de la culpabilité même lorsqu’ils n’ont rien fait ? Il n’y a pas de preuve que le chien ait une mémoire autobiographique mais ils ont une mémoire associative : donc quand le maître rentre, même s’ils n’ont rien fait, ils ont le regard coupable.

Emotions : applications pratiques chez le chien

Qu’est-ce qu’une émotion ? Une réponse affective à un événement, à durée courte. Un état objectivable qui n’est pas obligatoirement conscient, associé à des changements physiologiques, morphologiques et/ou comportementaux mesurables, spécialisé et/ou adaptatif qui permet de réagir à des menaces ou opportunités présentes.

Appliquées au chien de compagnie, quelles sont les émotions que l’on recherche ? Qu’il soit sociable et familier (comportements affiliatifs), adaptable (peu excitable et pas peureux) et coopératif (comportements affilitatifs). Les animaux sont moins stressés face à la valence positive d’une situation, la possibilité d’avoir du contrôle sur une situation, la prévisibilité d’une situation. Ils sont en revanche plus stressés face à la valence négative d’une situation, l’impossibilité d’avoir du contrôle sur une situation, la soudaineté d’une situation. Le niveau de stress dépend cependant de la façon dont l’individu perçoit la situation. Les émotions et le niveau d’éveil impactent la réponse comportementale : dans des situations aversives répétées, l’impact sera négatif sur l’humeur et la personnalité, favorisera les interactions agonistiques. Au contraire, des situations affiliatives répétées auront un impact positive sur l’humeur et la personnalité, favoriseront la coopération. Les émotions sont donc essentielles à prendre en compte pour le bien-être du chien, elles influencent et participent aux apprentissages.

Apprentissages : applications pratiques chez le chien

Qu’est-ce qu’un apprentissage ? Une modification comportementale à la suite d’expériences individuelles (Giraldeay & Dubois, 2009). Un apprentissage est adaptatif, il apprend à réagir à des menaces, trouver de la nourriture, communiquer. On distingue deux modes d’apprentissage :

  • l’habituation : apprendre à ne pas répondre à un stimulus ; diminution progressive de la probabilité d’apparition d’une réponse suite à la présentation répétée d’un même stimulus (Carew et al, 1972)

  • la sensibilisation : apprendre à répondre à un stimulus ; augmentation progressive de la probabilité d’apparition d’une réponse suite à la présentation répétée d’un même stimulus, surtout pour les stimuli légèrement aversifs

Le conditionnement classique type pavlovien permet d’associer un stimulus neutre à un stimulus inconditionnel, qui déclenche alors une réponse inconditionnée. L’apprentissage est associatif, la réaction non-volontaire.

Le conditionnement opérant permet une modification de la probabilité d’apparition d’un comportement en fonction des conséquences dudit comportement, avec utilisation d’un renforçateur (primaire, la nourriture ; secondaire, le clicker). L’apprentissage est associatif, la réaction volontaire.

L’impuissance acquise consiste à apprendre à ne plus produire de comportement d’évitement face à un stimulus aversif suite à des présentations répétées dans des conditions telles que l’animal ne peut plus s’y soustraire (Seligman 1976). On parle de détresse acquise, résignation apprise, impuissance acquise, où le chien apprend à ne plus essayer d’échapper à une situation aversive via l’emploi de méthodes coercitives.

L’apprentissage social est une modification de la probabilité d’apparition d’un comportement en résultat d’interaction avec ses congénères. Dans le cas d’une facilitation sociale, l’individu va avoir davantage tendance à faire un comportement quand il est en présence d’autres individus qui font ce même comportement. Dans le cas d’un apprentissage observationnel, un individu apprend à faire une nouvelle action avoir avoir observé un congénère la faire (Scandurra et al, 2016). Pour optimiser l’apprentissage social, il faut choisir le bon démonstrateur en fonction de l’objectif. C’est plus optimal si le lien est familier. Par ailleurs, plus la tâche est complexe et précise, plus l’environnement doit être neutre.

L’apprentissage latent se fait en absence (apparente pour l’observateur) de renforcement ou de punition. L’information est mémorisée en absence d’effet positif ou négatif, puis réutilisée plus tard en situation adéquate, lorsqu’elle a un bénéfice.

En résumé, la prise en charge comportementale du chien de compagnie doit favoriser la bonne humeur (contrôle sur son environnement, prévisibilité des situations, expériences majoritairement neutres ou positives), un niveau d’éveil modéré (familiarisation, socialisation, habituation, méfiance envers les activités addictives), un apprentissage associatif à valence positive (notamment dans des contextes contraignants), un environnement répondant aux besoins individuels, la clé du bien-être. Pour atteindre ces objectifs, il existe une multitude d’outils : observer, réfléchir, inventer, exécuter, improviser, essayer.

*Bien-être animal et gestion du mal-être chez le chien : approche pluridisciplinaire

Serge Pautot, Séverine Belkhir, Sonia Kischkewitz

Etat du droit de l’animal

« L’animal est un être organisé doué de mouvement ou mobilité et de sensibilité » selon les définitions des dictionnaires Larousse et Petit Rober.

L’animal ne pouvait donc pas être ignoré par le droit car il occupe une place importante dans la vie des hommes et que, en raison de cette place, la science juridique s’en est saisie et d’hier à aujourd’hui la conception du statut de l’animal a beaucoup évolué.

Nous analyserons cette évolution au travers de trois grandes matières du droit :

  • Le Droit Civil : De l’animal chose à l’animal être vivant doué de sensibilité

  • Le Droit Pénal : La protection pénale de l’animal victime d’acte douloureux

  • Le Droit Rural : La recherche maximale du bien être de l’animal

I – De l’animal chose à l’animal être vivant doué de sensibilité

La science juridique a longtemps gardé la certitude que l’animal n’a aucun point commun avec l’homme ; qu’il est une chose alors que l’homme est une personne ; un objet quand l’homme est un sujet. Ainsi, le Code Civil, après avoir posé en son article 516 que tous les biens sont meubles ou immeubles, classe les animaux en principe dans la catégorie des meubles, exceptionnellement dans celle des immeubles par destination.

Pour caractériser cette conception qui est la transposition juridique de la théorie philosophique des animaux-machines, la doctrine la qualifie le plus souvent de conception de l’animal-chose.

Cette conception empêche le droit en général et le droit privé en particulier à ignorer que l’animal est doué de motilité et de sensibilité : le droit privé, en conservant les préjugés cartésiens a refoulé les principales caractéristiques qui contribuent à donner à l’animal une place primordiale dans la société des hommes, souligne le Professeur J.P. MARGUENAUD dans sa thèse : l’animal en droit privé.

Cependant la jurisprudence, ensemble des décisions judiciaires tendant à déterminer une solution uniforme pour un problème juridique donné, a reconnu le droit à réparation pour le préjudice moral consécutif à la mort d’une bête, ainsi que l’insaisissabilité des animaux de compagnie à la répression des mauvais traitements, des actes de cruauté, des sévices graves, les abandons volontaires ou qui proclament que l’animal est un être sensible comme nous le verrons dans l’analyse du droit pénal. « A partir du moment où le fait animal devient un fait social d’une densité suffisante, il n’est pas normal que le droit, même si le droit n’est pas le simple reflet des faits, il n’est pas normal que le droit se désintéresse de ce fait social animal ». Comme le disait le professeur Antoine VIALARD.

Ce sont dans ces conditions que la loi n° 2015-177 du 16 févier 2015 a édicté : les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens.

Au lieu de Art. 528 « Sont meubles par leur nature les animaux et les corps qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre, soit qu’ils se meuvent par eux-mêmes, soit qu’ils ne puissent changer de place que par l’effet d’une force étrangère ».

Ainsi depuis 2015, l’animal est consacré « être vivant et doué de sensibilité ».

II – La protection pénale de l’animal victime d’acte douloureux

Il existe depuis bien longtemps une protection juridique des animaux mais il fallut attendre le 2 juillet 1850 pour que le général Jacques DELMAS DE GRAMMONT parvienne, au prix de quelques quolibets, à faire adopter la célèbre « loi relative aux mauvais traitements envers les animaux domestiques » à laquelle est restée attachée une partie de son nom. Ce texte est donc à l’origine de la protection individuelle de l’animal fondée sur sa sensibilité, qui permet de sanctionner un nouveau type d’atteintes portées par les tiers aux appropriées mais qui, surtout, apporte de considérables limites aux prérogatives du propriétaire lui-même.

Le Professeur MARGUENAUD souligne que cette loi n’envisageait que l’aspect physiologique de la sensibilité de l’animal. Aujourd’hui la protection vise aussi un être psychologiquement sensible, tel l’abandon, les sévices graves.

Le Code Pénal réprime :

  1. Des mauvais traitements envers un animal

Art R. 654-1 Hors le cas prévu par l’article 511-1 (art. 521-4), le fait, sans nécessité, publiquement ou non, d’exercer volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 4ème classe.

En cas de condamnation du propriétaire de l’animal ou si le propriétaire est inconnu, le tribunal peut décider de remettre l’animal à une œuvre de protection animale reconnue d’utilité publique ou déclarée, laquelle pourra librement en disposer.

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Exemple : laisser un chien sans soins, sans nourriture suffisante, le laisser dehors à une température descendant à – 10 degrés centigrades etc…

  1. Des sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux

Art 521-1 (L. n° 99-5 du 6 janvier 1999) « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves (L. n° 2004-204 du 9 mars 2004, art. 50), ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende ».

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Exemple : l’acte de cruauté se distingue de la simple brutalité en ce qu’il est inspiré par une méchanceté réfléchie et qu’il traduit une volonté perverse.

III – La recherche maximale du bien être de l’animal dans le Code Rural

La sphère d’affection de l’animal conduit à lui procurer des conditions les meilleures. Le Code Rural n’a pas manqué de fixer les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques relevant du au IV de l’article L.214-6 du Code Rural et de la pêche maritime.

Voici à titre d’exemple des extraits des dispositions à respecter prévues par l’Arrêté du 3 avril 2014.

Dispositions spécifiques aux chiens

1. Hébergement

Les chiens disposent d’un logement étanche et isolé thermiquement pour les protéger des intempéries et des conditions climatiques excessives, adapté à leur taille, équipé d’une aire de couchage sèche et isolée du sol.

L’espace minimal requis pour l’hébergement des chiens est d’une surface de 5 m² par chien et d’une hauteur de 2 m. Tout ou partie de cet espace d’hébergement est abrité des intempéries et du soleil. Il peut être réduit pour les séjours dans les locaux d’isolement le temps du traitement de l’animal malade. Pour les chiens dont la taille est supérieure à 70 cm au garrot, la surface d’hébergement ne peut être inférieure à 10 m² ; cette surface peut toutefois accueillir 2 chiens. Les chiots non sevrés peuvent être hébergés sur ces surfaces minimales avec leur mère.

Hormis, les installations construites avant l’entrée en vigueur du présent arrêté, les établissements de vente et le cas particulier visé à l’article 2 du présent arrêté, les chiens ont accès en permanence à une courette en plein air dont la surface est adaptée à leurs besoins en fonction de la race. Le sol des logements est plein et continu. Le sol de l’espace d’hébergement et des courettes doit être conçu et entretenu pour ne pas être source de nuisances, de risque sanitaire et garantir les conditions de bien-être des chiens.

Des dispositifs et accessoires appropriés sont mis en place pour favoriser l’occupation et le jeu.

Dans les établissements de vente, à titre dérogatoire, les chiots de plus de huit semaines, sans leur mère, peuvent être détenus dans un compartiment dont la surface minimale requise correspond aux normes suivantes :

Tableau 1

Poids du chiot

Surface minimale par chiot

Surface minimale du compartiment

Hauteur minimale

< 1.5 kg

0.3 m²

1.5 m²

1.2 m

1.5 kg ≤ x < 3 kg

0.5 m²

1.5 m²

1.2 m

3 kg ≤ x < 8 kg

0.75 m²

1.5 m²

1.2 m

8 kg ≤ x < 12 kg

1 m²

2 m²

1.2 m

12 kg ≤ x < 20 kg

2 m²

4 m²

1.2 m

≥ 20 kg

3 m²

5 m²

1.5 m

2. Contacts sociaux

Les chiens sont hébergés autant que possible en groupes sociaux harmonieux, sauf quand il est justifié de les isoler pour raisons sanitaires ou comportementales.

Des précautions particulières sont prises lors du regroupement des chiens ou de l’introduction d’un nouveau chien dans un groupe. Dans tous les cas, la compatibilité sociale au sein des groupes fait l’objet d’une surveillance régulière.

Les chiens ont accès quotidiennement à des contacts interactifs positifs avec des êtres humains et d’autres chiens. Une attention particulière est portée à leur socialisation et leur familiarisation.

3. Mouvement

Les chiens doivent pouvoir se mouvoir librement, sans entrave et sans gêne. Ils ne peuvent être tenus à l’attache que ponctuellement et conformément à l’arrêté du 25 octobre 1982 relatif à l’élevage, la garde et à la détention des animaux.

Les chiens, à l’exception des animaux malades ou isolés provisoirement pour raison sanitaire, quel que soit leur âge et leur mode de détention, sont sortis en tant que de besoin, en extérieur tous les jours, afin qu’ils puissent s’ébattre et jouer entre eux et en interaction avec l’humain. Une aire d’exercice en plein air de conception et de dimension adaptées est à leur disposition. Dans les établissements de vente, à défaut d’une aire d’exercice en plein air, les chiens sont sortis quotidiennement de leur compartiment dans une aire d’exercice intérieure.

Les plages horaires prévues pour la sortie des animaux figurent, sans le détail par animal, dans un document affiché ou présenté à la demande des agents de contrôle.

Gestion des états de mal-être chez le chien

Chaque espèce animale appartient à une race, qui a ses propres tendances comportementales. Chaque individu a son tempérament, son histoire de vie, des capacités cognitives et un état de santé qui lui sont propres. Définir les capacités d’adaptations de chaque individu, ses besoins individuels, les agents stresseurs, enfin évaluer son état éventuel de mal-être, permet d’agir sur l’environnement du chien avec pour objectif un bien-être optimal.

L’état de bien-être se définit par l’absence de souffrance (physique ou mentale), un animal en harmonie avec son environnement, un respect des capacités d’adaptation de l’individu. Concernant les besoins, il est important de bien les identifier : certains rendent la vie possible, d’autres maintiennent l’état de santé, enfin d’autres maintiennent le confort, ce qui permet de passer du stade de la survie à celui de la qualité de vie (Broom & Johnson, 1993 ; Hurnik & Lehman, 1985). Chez le chien, répondre à ses besoins en tant qu’espèce permet d’éviter l’apparition de comportements gênants.

Le chien étant une espèce sociale, les interactions intra-spécifiques (socialisation, communication, jeu…) sont primordiales. Les interactions inter-spécifiques, avec les humains (via une bonne éducation, une relation de confiance, du respect) et d’autres espèces sont tout aussi nécessaires pour enrichir la qualité de vie de l’individu. Un chien doit avoir des activités exploratoires, physiques (promenades, activités sportives), masticatoires. Il n’a pas besoin d’être habillé comme un humain pour être un chien.

Le stress est un phénomène naturel et adaptatif, qui se manifeste par divers mécanismes :

  • des mécanismes physiologiques : préparation à l’action (adrénaline/noradrénaline), production d’énergie (cortisol), éventuellement épuisement si le stress est trop fort

  • des mécanismes cognitifs : stratégies d’ajustement (« coping »), un ensemble d’efforts cognitifs et comportementaux, de nombreuses capacités cognitives sollicitées.

Quels sont les agents stresseurs ? Un manque de dépenses cognitives et physiques. Ainsi l’isolement, le confinement, l’absence de « contrôle » sur l’environnement, le changement de routine, la nouveauté, des personnes non familières, la douleur, etc… sont des agents stresseurs courants, mais il existe une grande variabilité interindividuelle. (Breeda et al, 1997 ; Tuber et al, 1999).

Comment évaluer l’état de mal-être ? Via l’état de santé (noter un éventuel amaigrissement, des pathologies cutanées, digestives, des affections chroniques…), des indicateurs physiologiques (fréquence cardiaque, respiratoire, température corporelle, taux de glucocorticoïdes) et des indicateurs comportementaux : agressions, destructions, automutilations, mydriase, mais aussi éliminations inappropriées, tremblements, vocalisations, fugues, peur, coprophagie, pica, etc. Outre l’apparition des signes, on peut noter un changement de fréquence du niveau d’activité, des comportements affiliatifs, agonistiques (agression et évitement), une modification des capacités d’apprentissage (Breeda et al, 1997 ; Tuber et al, 1999 ; Rooney 2009).

Pour y répondre, il faut agir sur l’environnement, identifier la nature des stimuli (animés et inanimés). Assurer des dépenses cognitives suffisantes (favoriser la réflexion, limiter l’excitation) et les dépenses physiques (stimuler le métabolisme, assurer un bon état général).

En conclusion, les auteurs rappellent qu’il existe des fondamentaux permettant de répondre aux besoins du chien, mais la variabilité des individus nécessite de prendre en compte leurs besoins individuels. Y répondre permet de limiter ou réduire l’apparition de comportements gênants. Il convient d’évaluer l’aménagement proposé (a-t-il besoin d’enrichissement ou est-il agent stresseur), si les préconisations sont faisables pour les humains en charge de l’animal. Si besoin, une collaboration efficace avec un vétérinaire et un éducateur permettra une prise en charge optimale.

*En-quête de bien-être : rencontre de l’éthologie, de la psychologie et de la médecine vétérinaire du comportement

Caroline Gilbert, Thierry Bedossa, Sarah Jeannin

L’ENA est sans doute le seul lieu en Europe et en France où ces trois disciplines sont réunies pour des particuliers en consultation. Il est important de prendre en compte le regard croisé des deux disciplines, car les praticiens ont affaire à des chiens mais aussi à des humains avec leurs émotions. L’éthologie permet de mieux comprendre les capacités cognitives des chiens tandis que la psychologie permet de mieux comprendre l’humain.

Le rôle du vétérinaire dans la consultation de médecine comportementale

Le préalable à la consultation est de recevoir les patients dans un environnement standardisé. Les patients présentent des troubles du comportement jugés gênants par leurs propriétaires, qui parlent parfois de « maladie mentale ». Le but de la consultation est de déterminer la cause de ces comportements et de proposer un traitement adapté : rééducation, solutions, ou médicaments s’ils sont le résultat d’une atteinte organique.

Parmi les comportements gênants les plus courants, on note l’agressivité intra ou inter spécifique, l’activité excessive, la destruction, les vocalisations, un déficit d’obéissance, des troubles de l’élimination, un état anxieux/une anxiété contextuelle ou généralisée, des fugues, des TOC ou stéréotypies. Les consultations de médecine du comportement sont également le cadre d’évaluations comportementales, obligatoires pour certaines races depuis la loi sur la protection des personnes de 2007, qui permettent d’évaluer la dangerosité potentielle d’un individu de façon précoce.

Le praticien va d’abord s’assurer que le patient n’a pas de causes internes expliquant ses troubles : méningites, atteintes cérébrales ou viscérales (encéphaloses, problèmes de foie), glaucome.

Viennent ensuite les causes externes : environnement défavorable, mauvaises relations avec les humains, punitions inappropriées, mauvais apprentissages, mauvaise socialisation, etc.

La démarche clinique débute par un entretien libre avec le propriétaire (exploration du budget/temps, de la qualité de vie, de la capacité du propriétaire à comprendre les besoins de son animal, ses états émotionnels, à communiquer facilement. L’observation du propriétaire vis-à-vis de son chien en dit beaucoup sur sa relation avec lui. Le patient sera mis en situation et passera quelques tests factuels (face à des chiens démonstrateurs, de la nourriture) et on multipliera les contextes d’observation : relation avec les congénères, conflit sur la ressource, sortie en extérieur en longe, séparation avec les propriétaires. Il est important pour le praticien de distinguer le factuel du relaté, ce qu’il constate lui-même et la perception du propriétaire, afin d’analyser les facteurs intrinsèques et extrinsèques à l’origine du comportement gênant.

Viennent ensuite les explications des besoins éthologiques de l’animal et les recommandations qui peuvent être :

  • un aménagement de l’environnement physique

  • des dépenses physiques et mentales, enrichissement alimentaire et extérieur, chercher la nourriture

  • des aménagements sensoriels : olfactifs (huiles essentielles de lavande, camomille, menthe poivrée), auditifs (musique classique), visuels (jeux sur iPad, télévision), cognitifs (jouets éducatifs)

  • Une vie sociale !

  • Un travail avec les professionnels : nouveaux apprentissages en milieu contrôlé puis ouvert, modifications des comportements

  • S’adapter aux besoins de la race : pistage, agility, troupeau

En dernier recours, pour agir sur la qualité de la relation, il faut peut-être parfois agir sur l’humain et ainsi renvoyer vers un ou des intervenants spécialisés.

Le rôle de l’éthologie : comprendre le chien et ses émotions

Dans le contexte de la consultation, l’éthologie a pour rôle d’expliquer au propriétaire les émotions de son chien, ses réactions, prendre en compte la perception que les chiens ont des humains, quelles sont leurs capacités cognitives, afin d’améliorer la compréhension homme/chien et comprendre les besoins du chien. Le rôle de l’éthologue est d’expliquer au propriétaire à décoder les signaux négatifs de son chien, par exemple de stress ou de mal-être, pour les anticiper, les comprendre et adapter son propre comportement.

Comment détecter les émotions du chien ? Chez l’homme, cela se lit souvent de façon faciale, et c’est également le cas chez le chien. Un chien qui a peur présente une tension musculaire, une posture orientée vers l’arrière, la tête vers le bas, des oreilles en arrière, une queue abaissée, des yeux ouverts, une envie de fuite et de se cacher. Un chien stressé présentera un air fatigué ou « triste », des lèvres tirées, léchage de truffe, bâillements, patte avant levée, ébrouement, halètement. Les émotions positives sont souvent latéralisées. On pourra aussi évaluer la fréquence cardiaque, le taux de cortisol salivaire, ou utiliser la thermographie infra-rouge.

Quelle est la perception des humains par les chiens ?

  • les chiens reconnaissent les humains et leur propriétaire par le visage (Racca et al, 2010 ; Kerepesi et al, 2015.

  • ils reconnaissent les émotions humaines, discriminent la joie, la colère et s’adaptent (Muller et al, 2015 ; Albuquerque et al, 2016

Les chiens ont de réelles capacités à observer les humains, les reconnaître, adapter leur comportement en fonction des interactions précédentes :

  • ils sont capables d’analyser les comportements d’un humain interagissant avec un autre chien

  • capables d’interpréter la quantité d’une récompense (une personne qui récompense plus ou moins)

  • capables d’interpréter l’inégalité et l’injustice (lorsqu’une personne récompense mal à propos)

(Range et al, 2008 ; Horowitz, 2012)

  • ils adaptent leur comportement en interagissant moins avec des personnes injustes et moins généreuses

  • ils éprouvent la contagion émotionnelle et donc l’empathie : ils peuvent se mettre à la place d’un humain très proche, et s’adapter à son état émotionnel

Etre conscient de ces capacités permet de mieux comprendre, de favoriser les interaction positives pour avoir une relation de bonne qualité avec son chien. Le but ultime est de redonner confiance au propriétaire envers son chien, retrouver l’équilibre par une somme d’interactions. Il a été démontré que les animaux stressés devenaient pessimistes : devant une situation ambiguë, les animaux ne prennent plus le risque, la résignation est acquise et ils n’ont plus envie d’interagir. Ce fut prouvé chez les chevaux et moutons, le protocole est validé pour les chiens.

Le rôle de la psychologie

Les propriétaires consultent souvent en raison d’un problème plus large, mais le vétérinaire n’est pas formé à la psychologie humaine, ce qui peut être une limite puisque le rôle du propriétaire est très important. Le cadre de consultation est à ce titre semblable à celui de la pédopsychiatrie.

Les problèmes souvent rencontrés impliquant la responsabilité du propriétaire :

  • ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race

  • l’amour ne suffit pas !

  • relation parent-enfant : parallèle évident entre des exigences trop importantes envers un enfant et parfois envers un jeune chien

  • difficultés à interpréter les états émotionnels du chien

On assiste à des projections et des représentations pour les propriétaires : image idéalisée, objet de substitution, etc. Dès lors, un questionnement de la responsabilité du propriétaire peut naturellement se poser, mais il n’est pas toujours en cause.

Le psychologue peut analyser l’état émotionnel du propriétaire : on adopte souvent un animal quand on a des problèmes psychologiques ou un moment de difficulté psychologique, car l’animal apporte des émotions positives. Beaucoup de propriétaires qui consultent sont eux mêmes en détresse psychologique, qui peut se répercuter sur la qualité de vie de l’animal, entraînant une moins bonne écoute des besoins de l’animal ainsi qu’un risque de contagion émotionnel avec l’animal

L’animal peut être nécessaire à l’humain. Mais il faut aider le propriétaire à comprendre que son chien est un être vivant, avec ses besoins, et son besoin de respect. Le psychologue apporte un cadre bienveillant et sans jugement, accompagne et tempère le discours du vétérinaire pour que les recommandations soient suivies et bien vécues. Il peut aussi orienter les propriétaires vers un psychologue si besoin.

*Chien de compagnie, quel boulot !

Jocelyne Porcher, chercheuse à l’INRA Montpellier

Le rapport entre les animaux et les humains s’est souvent exprimé, et s’exprime encore, dans une relation de travail. Les animaux présentent une réelle intelligence de leur travail. Ce ne sont plus des animaux naturels, ils ont leur monde, nous le nôtre, mais à l’interface des deux, il y a le travail. Les chiens ont été domestiqués depuis longtemps et sont omniprésents dans le monde humain, peut-être y appartiennent-ils encore plus qu’au monde animal.

Les animaux de compagnie exercent-ils un travail ? Les anthropologues font une opposition entre animaux de compagnie choyés et animaux d’élevage mal traités, mais elle peut être erronée. Un chien guide est un chien de travail et plus un chien de compagnie.

Qu’est-ce que le travail ? Le concept n’est pas défini en sociologie. Pour qu’il y ait travail, il faut une personne qui travaille, et c’est son rapport au travail qui intéresse. Il existe une centralité du travail dans la construction des individus, qui doit exister aussi chez les animaux. Elle construit leur identité et leur façon d’être, laissant une place prépondérante à la subjectivité. Ils ont une intelligence de leur action, et ne font pas n’importe quoi, ils font même plus que ce qu’on attend d’eux.

On peut estimer que la compagnie est un travail pour le chien. A ce titre, la place du chien comme compagnon est en train de changer : dans les grandes entreprises comme Google, Apple etc on laisse venir les chiens sur le lieu de travail, parce que c’est positif pour les employés (moins de stress, plus de convivialité…)

Qu’est-ce que tenir compagnie ? Ce rôle n’a pas changé depuis le 18ème siècle, il s’agit de passer du temps avec le maître. Etre présent, rechercher l’interaction, être aimable, c’est un travail, celui de ne rien faire, d’être un objet manipulable. Pour un individu actif et mobile, c’est un travail et un effort. Il doit s’adapter à ce rythme là et prendre sur lui.

Ce qui compte pour tous les animaux qui travaillent, c’est la question du temps de travail, qui est aussi intériorisé. Ils intègrent un timing à tous les moments de la journée : le travail de présence, d’attention et d’obéissance est intégré. Ce métier est approprié par le chien au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec le propriétaire, ce qui suppose une forte adaptabilité. La vraie liberté pour un chien de compagnie, en dehors de ses heures de travail, serait de pouvoir faire ce qu’il veut et de ne plus se maîtriser (amener son chien à la plage et le laisser faire ce qu’il veut). Reconnaître ce statut de travail pourrait apporter une réponse aux comportements difficiles, car même si tout cet investissement subjectif des animaux est difficile à quantifier, il semble naturel de leur accorder un espace de liberté… Ce sont les animaux qui travaillent le plus avec nous finalement, c’est un enjeu à prendre en compte dans leur éducation.

*A l’écoute !

Anne Sachsé

En étudiant la médecine et la physiologie du corps humain, j’ai commencé par les primates supérieurs qui m’ont beaucoup appris. Et, d’emblée dans ma pratique quotidienne, le corps a été considéré comme un élément fondamental du développement affectif et comme un fabuleux outil d’intégration dans les différentes étapes de croissance.

Je me suis passionnée pour ce que le comportement animal peut nous apprendre, pour les travaux de Konrad Lorenz. Les éthologues américains et tout particulièrement Marc Bekoff et son étude sur les émotions des animaux ont également retenus mon attention. J’ajouterais les recherches de Peter Levine sur le figement qui nous offre de nouvelles pistes pour guérir le traumatisme. Je suis aussi une adepte de toutes les questions concernant l’origine de l’homme et toute la recherche paléontologique.

Dans cette intention d’ouverture, j’aborderais différents points :

1°) La continuité de l’animal à l’homme

2°) l’incidence des états de stress et des souffrances psychiques du propriétaire sur l’état de santé de l’animal.

3°) La perte de l’animal et les différentes étapes du deuil :

4°) Proposition thérapeutique : induction par hypnose d’un retour à l’état de bien-être;

5°) L’apport de la médecine Ayurvédique : respect des lois physiologiques, prévention, prévalence d’attitudes calmes, tranquilles et contenantes dans la relation avec l’animal.

La question de l’anthropomorphisme

Au préalable, je souhaiterais faire une mise au point afin qu’à aucun moment de cette prise de parole vous ne puissiez penser qu’il s’agit d’anthromorphisme ou que l’analogie avec le couple mère-bébé soit possible. Oui il y a des analogies, mais le cerveau d’un chien n’est pas le même qu’un cerveau du petit homme. A chacun d’être subtil et de ne pas faire des amalgames et pour le prouver, nous pouvons relire ensemble mots pour mots la description de Lorenz de l’éclosion de sa petite oie ; Bien sûr qu’il emploie des termes communs affectueux que toutes les mères expriment, mais Lorenz se tient bien droit dans ses bottes pour ne jamais glisser dans les confusions. Cette  parole prend appui d’une part sur mon expérience clinique et mon écoute des récits des souffrances confiées par mes patients qui sont des êtres humains lors des séances de thérapie et d’autres part de l’observation  des interactions à l’œuvre dans la communication humaine et animale.

1°) La continuité de l’animal à l’homme

Il est bien évident que dans toute ma réflexion sur la relation homme animal, mon souci est de faire valoir à quel point l’homme s’enrichit quand il reconnait en lui sa condition de mammifère supérieur, l’animal a beaucoup de choses à nous apprendre sur nous-mêmes. Et quand l’homme accepte de quitter sa position  « supérieure  » et qu’il met lui aussi son bagage perceptif au service de l’animal, il devient gagnant sur toute la ligne même si de nombreux progrès restent à faire.

Quand le Docteur  Bedossa m’a demandé d’intervenir dans ce colloque la première chose qui m’est venue à l’ esprit est mon utilisation dans ma pratique de thérapeute de l’anecdote de Konrad Lorenz sur l’adoption de sa petite oie. « On peut me croire ! je ne projette nullement les qualités humaines dans l’animal. Je fais plutôt le contraire : je montre l’importance de l’héritage animal qui subsiste dans l’homme d’aujourd’hui » disait-il.

Chacun ici connaît cette histoire qui fut le fondement  de la notion d’Empreinte; Lors de mes études, ce récit m’avait beaucoup marqué et je ne sais pas combien de fois l’ai-je raconté lors de séances où la détresse de l’humain face à l’abandon et la séparation était si forte que seul le récit du grand éthologue  me venait à l’esprit.

Vous  pourriez  me demander pourquoi je  faisais un détour par l’Ethologie pour adoucir la souffrance humaine ? C’est en passant mon été à relire les récits du grand homme aux cheveux blancs que je compris ce que Lorenz  avait fait en adoptant son bébé oie. Je ne savais pas qu’en lisant une nouvelle fois ce récit je découvrirais en Lorenz toutes les qualités d’une bonne mère, attention, vigilance, anticipation, tendresse, émerveillement pour son petit. Et pourtant le grand maître autrichien ne savait pas non plus qu’en acceptant le premier regard soutenu du nouveau-né oisillon, sa vie allait changer.

Porté par son immense intérêt pour les oies cendrées, il prit le risque de répondre à ce regard et d’être irrémédiablement  identifié comme « mère Oie », ce qu’il nomma l’Empreinte.

Dans la journée ce rôle de mère fut assuré sans problème, mais la nuit, Lorenz apprit très vite à se plier à cette nouvelle exigence: répondre même dans son sommeil aux piaillements d’inquiétude du bébé afin d’assurer cette sécurité de base dont nous avons tous besoin pour vivre et grandir. Et Lorenz dira lui-même : « Je crois qu’aujourd’hui encore je répondrais ainsi dans le plus profond sommeil  si quelqu’un disait doucement prés de moi : vivivivivi  ». Et je n’évoque pas cela pour l’anecdote mais pour vous faire comprendre que le grand professeur avait intégré sa réponse de mère rassurante en profondeur dans sa physiologie. Que se passe-il pour l’oisillon qui reçoit cette réassurance? Toute son énergie peut se mettre  au service de sa croissance, sans déperdition d’aucune angoisse et construire peu à peu la prochaine étape de son autonomie.

2°-L’incidence de l’état de stress et de la souffrance psychique du propriétaire sur l’état de santé de l’animal, son compagnon

La relation de l’homme à l’animal est très complexe et très riche. Difficile de trouver les mots justes, qui pourraient décrire quelque chose de l’ordre de de l’accordage,  de l’osmose,  de la communion, de la fusion, de l’interaction, une sorte d’intrication physique et émotionnelle.

Il faut comprendre l’incroyable sensibilité du chien : avec une richesse de perception immense, face à la multiplicité des informations qu’il reçoit, l’animal est vite submergé et ne peut pas toujours gérer toutes ces nouvelles informations d’autant plus qu’en  ville, il n’est pas dans son milieu naturel. Donc spontanément il réagit avec un stress majeur d’adaptation en fonction de la peur générée par un environnement dont il ne maîtrise pas les données.

Quand tout va bien,  c’est-à-dire qu’il a retrouvé sa sécurité de base et est perçu par son maître comme un être vivant et respecté dans ses besoins fondamentaux, l’accordage avec le maître est fait d’une complicité indicible, l’ amour inconditionnel règne, chacun trouve sa place et la joie de vivre est présente.

Que se passe-t-il quand l’être humain souffre : comment l’animal peut-il gérer cet état? Il y a bien évidement plusieurs niveaux : en tout premier ce qui touche le plus l’animal, c’est qu’il ne retrouve plus chez son maître les repères bienveillants. Le maître est préoccupé, le chien est son dernier souci et l’animal perçoit une tension psychique et nerveuse dans laquelle il ne retrouve pas sa place. Si cette situation est exceptionnelle et brève, elle n’aura pas d’incidence particulière.

En revanche si la situation anxieuse persiste, peu à peu le chien va perdre sa situation de confort et peut réagir dans sa physiologie par des stratégies somatiques qui peuvent constituer peu à peu une pathologie

-Porosité et transmission de la tension nerveuse en direct sur l’animal en dehors de toute expression manifeste

-puis perception aiguë des changements même infimes du comportement du maître, gestes brusques, perte de l’attention, de l’égard, voix forte et agacée

Que se passe-t-il pour l’animal ? L’animal ressent et réagit dans sa physiologie : incompréhension et impuissance et va peu à peu s’imbiber de la. tension de son maître jusqu’à développer des pathologies. C’est cet espace inter-actionnel  que nous observons dans bon nombre de dysfonctionnements de l’animal quand le maître est submergé par sa propre souffrance.

3°) La perte de l’animal et les différentes étapes du deuil

La différence de longévité entre l’homme et le chien nous expose immanquablement à avoir à vivre le départ de l’animal. C’est toujours trop tôt car nous avons tendance à oublier cette donnée et à avoir la conviction que ce chien nous accompagnera tout au long de notre vie, ce qui n’est pas vrai.

Et quand cet évènement arrive, nous sommes très touchés. Le processus de deuil, du fait de notre condition d’être humain mortel, nous avons tous à le vivre un jour ou l’autre : perte d’un parent, d’un ami, accident, maladie,. Il s’agit d’un processus psychologique complexe qui s’effectue en plusieurs étapes : la première correspond à l’annonce de la mort et la réaction naturelle est d’en faire le déni. La seconde s’apparente à une réaction de colère, de sentiment d’injustice. Puis survient l’angoisse face à a précarité du monde et la tristesse qui ébauche l’évacuation des tensions de douleur, accompagnée souvent de larmes libératrices. C’est l’acceptation  qui marque le tournant et amorce la phase de remontée.

Pourtant le deuil est une étape naturelle de la vie. Il correspond à un processus complexe d’adaptation psychologique, face au choc que la personne vient de subir à l’annonce de la mort.

Qui n’a pas été touché en tant que thérapeute par le chagrin profond des maîtres. C’est toujours un moment difficile qu’il importe de partager avec le plus d’humanité possible. Outre l’accueil bienveillant et sans jugement : il faut prendre le temps d’observer sans rien dire. La souffrance générée par la mort d’un chien peut être extrêmement forte, voire provoquer une véritable dépression.

On peut penser que l’attachement au chien se compose de différents secteurs, la présence bien sûre, les horaires de sorties, les promenades, de repas, les retours à la maison où l’on anticipe le plaisir de voir son compagnon canin venir vous accueillir avec la même fougue, la même fraicheur qu’au premier jour. Tout cela tisse entre le maitre et l’animal une sorte de tissu commun émotionnel et physique très dense. Cette perte-là crée un grand vide. Et le travail de deuil est long.

Donc, dans le contexte d’un deuil :

  • en premier lieu : être à l’écoute des circonstances du départ, accueillir le récit, les émotions, les pleurs, avec une sincère empathie.

  • Commentaire compréhensif concernant la souffrance générée, laisser autant que possible raconter et parler du chien de son vivant et puis de son absence

  • Propositions thérapeutiques induction par hypnose : l’intention est de permettre un état de détente et de bien-être, relâchement du stress, ralentissement général, accession au plaisir d’être.

  • Au fond recréer l’osmose entre le maître et son compagnon.

*Statut du chien de service : réflexion et enjeux éthiques

Céline Louvet

Aujourd’hui, le chien de service est un être vivant programmé pour le bénéfice d’une personne vulnérable. Qu’en est-il de la considération de la situation dans laquelle il est placé : travail, souffrance, reconnaissance ? Quel symptôme de notre société cela met-il en avant ?

La programmation du chien guide

Le chiot est d’abord sélectionné. Depuis le décret de 2005, les chiens sont obligatoirement LOF, les élevages traçables, les chiens choisis sur des critères comportementaux et esthétiques, dont ils sont sortis à 8 semaines. Ils passent ensuite en famille d’accueil, qui leur enseigne l’éducation de base, les socialisent (vie en famille, apprentissage des ordres de base et de la propreté). On passe ensuite à l’éducation en centre (programmation aux attendus en fonction du handicap – chiens guides, d’assistance, écouteurs). La remise consiste à choisir le bon chien pour le bon bénéficiaire.
Les chiens réformés qui manifestent des pathologies ou des problèmes de comportement peuvent être proposés à l’adoption. Les chiens retraités retournent souvent en famille d’accueil. Leur vie est une situation de travail H24 durant des années, nécessitant hyper-vigilance, déplacements constants, hyper-adaptabilité.

Qu’en est-il de l’équilibre émotionnel d’un chien qui passe par des ruptures de situations de vie, avec en plus un conditionnement intensif ? Qu’en est-il de la responsabilité comprise par les bénéficiaires quand un chien leur est remis ? Quand considère t-on les conditions de vie et de travail du chien ? Dès qu’il est chiot, quand il est remis ou jamais ? Est-on conscient que l’on ne se préoccupe que du bien-être et non de la souffrance au travail du chien ? Quelle prise en compte des besoins éthologiques du chien ?

Le travail du chien de service

Reconnaître le travail animal implique de reconnaître l’existence des rapports sociaux entre l’homme et l’animal (comme avec les animaux d’élevage), de considérer la relation de travail entre les deux comme vivante, affective, collaborative, d’accepter de reconnaître une sensibilité, une subjectivité, un ressenti moral aux animaux, enfin de prendre en compte leur adaptabilité et leur capabilité.

Si l’on considère que l’animal travail, quelle est alors sa rétribution ? Quelle organisation du travail est mise en place ? Quelles conditions de travail lui sont offertes ? Quels repos, vacances, conditions de remplacement ?

Comment évalue-t-on sa souffrance à l’heure de l’explosion de la prise en considération des troubles psycho-sociaux chez l’homme ? Comment mesure t-on l’épuisement du chien ? Comment lui témoigne t-on de la reconnaissance ?

Quelques points de vue

Corinne Pelluchon, spécialiste de la question de la vulnérabilité et du soin, précise que le chien de service est un bien de consommation, que les personnes handicapées n’auraient sans doute pas eu de chien si elles n’étaient pas en situation de vulnérabilité. C’est un objet de satisfaction car il répond à un besoin d’autonomie. Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et questionne notre position d’agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l’humain.

Les vétérinaires n’hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d’assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l’activité : vieillissement prématuré, apathie repérée au bout d’une année de travail, problèmes au niveau des articulations, du dos et des hanches, problèmes endocriniens, baisse significative et précoce des fonctions sensorielles, altération des fonctions respiratoires et cardiaques.

Les besoins éthologiques (balades quotidiennes en liberté, contacts avec les congénères, avoir une vie de chien) ne sont pas pris en compte, pas plus que les besoins d’hygiène et de confort (bains, soins d’entretien). Dans l’organisation de son travail manquent des phases de repos clairement identifiées.

Une meilleure compensation des besoins du chien pourrait être proposée : financement des personnes pouvant effectuer la satisfaction des besoins éthologiques quand l’entourage de la personne handicapée ne peut le faire, financement des soins d’hygiène et de confort ; un suivi vétérinaire spécifique identique à la médecine du travail ; une reconnaissance du travail fourni par une meilleure prise en considération de cet aspect par les associations et les bénéficiaires qui doivent être davantage responsabilisés. Pourquoi ne pas envisager deux chiens, permettant ainsi une véritable alternance et un respect des conditions de travail ? Enfin à l’ère des robots domestiques, quel est l’avenir du chien de service ?

Les 10 points d’une éthique de la relation homme/chien

1. Se mettre à la place du chien et s’oublier

L’humain a toujours considéré le chien d’un point de vue anthropocentré, souvent comme une projection de ses propres envies ou une réponse à ses névroses. Moins d’égocentrisme, un regard plus empathique, et le chien redevient un individu à part entière, plus un objet.

2. Le respecter

Un chien n’a pas forcément besoin d’être habillé ou de danser pour être heureux avec nous. Il a avant tout besoin qu’on respecte sa nature de chien et qu’on lui permette de l’exprimer.

3. Comprendre sa nature

Le chien est un animal intelligent et sensible, comme nous à la recherche du plaisir. Toute adoption suppose donc de se renseigner sur le chien que l’on choisit, et d’évaluer si notre vie sera compatible avec celle qu’il doit avoir en tant qu’espèce et race.

4. Se débarrasser de ses idées reçues
La dominance, la vie en chenil, faire manger le chien après nous, le faire dormir dans son coin, un beau chien est un bon chien… Autant d’idées qu’il convient de jeter pour partir sur des bases saines ! Le comportement du chien est complexe et ses structures sociales nombreuses. Chaque chien est différent et ne rentrera pas dans des cases préétablies.

 

5. Apprendre à le lire et à l’écouter

Le comportement éthologique du chien est extrêmement riche et varié, mais pas toujours facile à décoder pour un maître débutant. Cela s’apprend ! Les vétérinaires comportementalistes, les éducateurs sont là pour aider à identifier les signaux, les interpréter, et ainsi éviter de commettre des erreurs.

6. Adapter son environnement à ses besoins

Un chien a besoin de courir, d’avoir des interactions avec ses congénères mais aussi avec de nombreux humains et d’autres espèces animales. C’est une espèce sociale, qui aime aussi explorer un territoire, mastiquer, se rouler dans la boue. Autant que possible, il faut satisfaire ses besoins.

7. Reconnaître son travail auprès de nous

La compagnie, c’est un travail, au même titre que de garder un troupeau ! Et tout travailleur mérite d’avoir du temps libre. Un chien qui n’a plus à se maîtriser quelques heures par jour est mieux dans ses pattes.

8. Maîtriser nos peurs et nos émotions

Tenir perpétuellement son chien en laisse de peur qu’il ne s’échappe, lui crier dessus parce qu’on manque de patience, le punir à mauvais escient, lui communiquer notre stress ou notre mal-être… Le chien nous comprend et nous ressent fortement, et ces éléments peuvent l’affecter. Un bon maître, si besoin, peut demander l’assistance d’un psychologue pour être mieux dans sa vie, et donc mieux avec son entourage, et son chien.

9. Progresser ensemble

Rien n’est irrémédiable. Rééduquer un chien demande de très grandes compétences, mais ce n’est pas impossible. Un maître conscient et impliqué dans le travail avec le vétérinaire et l’éducateur pourra améliorer sa relation avec son animal. Et si le blocage persiste, un placement réfléchi est une meilleure solution qu’une souffrance destructrice pour le chien et le maître.

10. L’aimer

L’amour ne suffit pas, mais il reste indispensable à une relation épanouie. C’est le ciment qui fait tenir tout l’édifice construit en suivant les 9 premiers points. Sans amour, il n’y a rien qui tient ! Et l’amour, c’est être à l’écoute de l’autre.

Revue de presse – Septembre 2016

BREVES

France

Dog Revolution : un congrès transdisciplinaire sur les comportements gênants chez le chien à Paris les 1et et 2 octobre

Les 1er et 2 octobre prochains, l’université Nanterre Paris-Ouest accueillera deux jours de séminaire consacrés à la place du chien dans notre société et à la gestion des comportements gênants. L’originalité ? Ce sera le premier événement de cette ampleur organisé en Ile-de-France, qui permettra de croiser les regards de plus de 12 intervenants confirmés (vétérinaires, éthologues, éducateurs canins, mais aussi avocats et psychiatres) sur les rapports entre l’humain et le chien, et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur relation.

Au cours de ces deux journées, un programme cohérent et progressif sera proposé : de la construction du chien de compagnie à sa place dans notre société, en passant par les modes de sélection et les tendances comportementales, les avancées législatives en matière de bien-être animal, et surtout l’approche à avoir face aux comportements « gênants », les divers professionnels du monde canin partageront leurs différents points de vue sur ces sujets, chacun représentant un aspect d’une approche globale et qui se veut la plus complète possible pour mieux comprendre le meilleur ami de l’homme.

Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, docteurs vétérinaires comportementalistes et initiateurs du projet, présentent cette conférence qui sera bien sûr ouverte à tous, professionnels et propriétaires sur le site Pet in the City : http://petinthecity.fr/?p=4740

Plus d’informations :

« Dog Revolution » : comportements gênants canins, regards croisés


Les 1er et 2 octobre de 8h30 à 18h, Université Nanterre Paris-Ouest, amphithéâtre B2

Prix de l’inscription pour les deux jours (accueil café + lunchbox inclus) : 119 euros

Réservations et informations pratiques sur le site dédié : www.dog-revolution.fr

France

Après Strasbourg, Brive enseigne le droit animalier

Pour travailler au contact des animaux, de nombreux métiers et formations existent : vétérinaire bien sûr, ASV, soigneur, éthologue, comportementaliste, éducateur, etc…

Mais quand il s’agit de s’engager pour leur protection et leur défense, jusqu’à présent, en dehors du bénévolat, il n’existait pas de diplôme reconnu légitimant une compétence acquise en la matière, notamment dans le domaine juridique. Or, un récent mouvement au sein des universités propose désormais d’ouvrir plus de cursus relatifs à l’éthique, l’éthologie, et le droit animal.

La rentrée universitaire 2016 au campus de Brive-la-Gaillarde, une antenne de l’université de Limoges, comporte ainsi une première en France : 29 étudiants inscrits en DU droit animalier. Une formation très courte (54 heures au total sur deux semaines), dispensées par neuf professeurs de droit.

Le site de la faculté de droit et de sciences économiques de l’université de Limoges indique ainsi que « l’objectif […] est de permettre à des étudiants en droit ou à des juristes confirmés (avocats, magistrats, juristes au sein d’association de protection animale…) d’acquérir les connaissances dans le domaine du droit applicable à l’animal. » Le site rappelle à juste titre que cette matière n’est jamais enseignée dans le cursus commun de la licence et du master en droit, quelle que soit la spécialisation choisie.

Très ouvert, le diplôme ne s’adresse pas qu’aux juristes étudiants ou professionnels, mais également à tous les professionnels de la protection animale (vétérinaires, inspecteurs vétérinaires, membres d’associations…) « qui ont une connaissance générale des règles applicables à l’animal et souhaiteraient parfaire leur maîtrise de la technique juridique dans ce domaine. »

Les cours intègrent une dimension historique, philosophique, anthropologique et une approche tant nationale qu’européenne et internationale du droit, afin que l’étudiant « comprenne l’ampleur de l’enjeu du statut juridique de l’animal et les difficultés de son évolution. »

Interrogés par le Monde.fr, Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé et Lucille Boisseau-Sowinski, maîtresse de conférences en droit privé, expliquent que c’est à la suite de la reconnaissance de la sensibilité des animaux dans le code civil par la loi du 16 février 2015, « une avancée juridique majeure », qu’ils ont décidé de co-fonder ce diplôme unique en son genre, en partenariat avec la Fondation 30 Millions d’Amis : « Nous avons décidé de créer un diplôme universitaire qui soit uniquement consacré à cette discipline en plein essor, mais complexe et mal maîtrisé ».

Un petit précédent existe cependant, et nous nous en étions fait l’écho en avril 2015 : l’université de Strasbourg propose depuis un an un master Ethique et Sociétés, comprenant une spécialisation en éthique animale et donc du droit animalier (lire notre article : http://petinthecity.fr/?p=3134)

Comme à Strasbourg, le cursus de Brive permet à des gens de tous horizons, mais surtout à des personnes engagées dans la le domaine associatif, de se former et d’acquérir les connaissances juridiques indispensables, par exemple, à la bonne gestion d’un refuge. La formation coûte entre 250 et 1050 euros selon les étudiants, sans compter les droits d’inscription universitaires.

Cette multiplication de formations diplômantes reste encore timide en France où « le droit animalier ne rencontre aucun écho chez les juristes, à part des rires », confie une étudiante de Brive citée par le Monde.fr. Un retard de plus par rapport au monde anglo-saxon : aux Etats-Unis, les trois quart des facultés proposent cet enseignement depuis plus de vingt ans, et l’université Lewis & Clark de Portland (Oregon) propose même un master totalement dédié. Compte tenu de l’absence de débouchés plus conséquents en France, les créateurs du DU de Limoges l’envisagent pour le moment comme une « spécialisation complémentaire », une façon d’acquérir de nouvelles connaissances de plus en plus utiles pour consolider une association, ou tout simplement faire du lobbying auprès des parlementaires, qui seuls peuvent faire évoluer la législation en France.

Si la promotion 2016 remplit ses objectifs et donne des résultats satisfaisants, l’objectif pour les enseignants sera, pour la rentrée 2017, de développer des partenariats avec les écoles vétérinaires et de la magistrature.

Plus d’informations :

Le site de la Faculté de droit et de sciences économiques de Limoges, consacré à ce DU : http://www.fdse.unilim.fr/article937.html

Le site du CEERE (Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique) de l’Université de Strasbourg, sur le master « Ethiques et sociétés » : https://ethique-alsace.unistra.fr/index.php?id=14326

(source : Pet in the City, 9/09)

France

Abattoirs : la commission d’enquête parlementaire rend ses conclusions

En quelques mois, l’association L214, qui milite pour le bien-être animal et prône une alimentation végétarienne, a publié sept vidéos, tournées en caméra cachée dans des abattoirs français : ces images, souvent insoutenables, d’animaux en grande souffrance, ont conduit des abattoirs à fermer, au moins provisoirement, et à être condamnés pour « mauvais traitement envers un animal ».

Des contrôles menés par l’administration, après ces vidéos choc, ont montré des manquements graves sur 5% des lignes d’abattage de 259 abattoirs français inspectés (sur 263) au mois d’avril.

Ces images ont surtout suscité un émoi tel qu’une commission d’enquête parlementaire a été créée, multipliant pendant trois mois les auditions de ministres, dirigeants d’abattoirs, vétérinaires, éleveurs, membres de l’administration, syndicalistes agricoles, dignitaires religieux, chercheurs et représentants d’associations de défense des animaux pour déterminer ce qui peut être amélioré. Celle-ci dévoilera ses propositions en détail demain.

Parmi les pistes esquissées pendant les trois mois d’audition: l’amélioration de la formation des personnels et des contrôles vétérinaires, mais aussi la question de la mise en place d’une vidéosurveillance.

Doit-on ou non installer des caméras pour contrôler les opérations et les installations dans les abattoirs?Si les principaux syndicats agricoles s’y sont déclarés opposés, les associations de protection des animaux ont demandé davantage de transparence sur le fonctionnement des abattoirs. Mais des éleveurs, qui aimeraient eux aussi avoir un suivi des animaux qu’ils emmènent à l’abattoir, ont également appuyé cette demande de transparence au travers par exemple de comités d’éthique.

Quid du rôle et des effectifs pour les inspections de l’administration? Les auditions ont montré que l’accent est davantage mis sur la surveillance sanitaire que sur le bien-être animal.

« Il est possible que la réduction des effectifs, de moins 20% dans l’administration, ait eu comme conséquence un allègement du nombre et de la fréquence des contrôles en protection animale » , a reconnu Laurent Lasne, président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire (SNISPV).

Comment rendre l’étourdissement des animaux plus efficace, se sont également interrogé les députés. De nombreuses séquences vidéo de L214 ont montré  des animaux mal étourdis qui continuent donc à souffrir pendant les opérations d’abattage.

Pour le chef du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur Arnaud Schaumasse, le problème de l’étourdissement est avant tout un « non-respect des procédures établies, et non que l’abattage se fasse ou non selon un rite religieux » . Et c’est plus lié à des questions de formation qu’au respect de pratiques religieuses juives ou musulmanes, qui imposent de ne pas étourdir l’animal.

Parmi les autres pistes explorées par la commission figure la modernisation des plus petits abattoirs en investissant dans du matériel permettant d’assurer un abattage plus efficace et plus rapide et donc d’améliorer le bien-être animal.

D’après un très bon « grand format » du Monde.fr, la commission d’enquête parlementaire préconiserait tout de même l’expérimentation des abattoirs mobiles sur le territoire français :
http://abonnes.lemonde.fr/grands-formats/visuel/2016/09/20/et-si-on-abattait-les-animaux-a-la-ferme_5000554_4497053.html

(Source : Pet in the City /AFP, 19 septembre)

France

Initiez-vous à l’étude du comportement animal et humain !


L’éthologie est au programme de l’Université Populaire Européenne de Strasbourg : 26 séances d’octobre 2016 à juin 2017, tous les jeudis de 18h30 à 20h. 12 inscrits minimum pour que l’activité soit validée, n’attendez plus! 

http://www.u-populaire-europeenne.com/

France

Journées Droit et éthique de l’Animal à Strasbourg les 21 et 22 octobre

Depuis 2015, l’université de Strasbourg et le Centre européen d’Enseignement et de recherche en éthique ont ouvert un master Ethique et sociétés, spécialisation en éthique animale. Dans ce cadre, l’université accueillera les 21 et 22 octobre un colloque sur le droit et l’éthique de l’animal.

Voici le programme provisoire :

Vendredi 21 octobre: Ethique animale

9h00-9h15: allocution d’ouverture par Cédric Sueur

9h15-10h45: Les animaux dits nuisibles

    – Christian Braun, directeur de la LPO Alsace (Ligue pour la protection des Oiseaux)

     – Yves Handrich, chercheur au Département d’Ecologie, Physiologie et Ethologie, Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien, CNRS-Université de Strasbourg et membre du GEPMA, Groupe d’Etude et de Protection des Mammifères d’Alsace

11h00-12h30: Transanimalisme et animal cyborg

    – Dominique Martinez, chercheur CNRS en Neuroinformatique et Neurorobotique au Loria, Laboratoire lorrain de Recherche en Informatique et ses Applications, Nancy

    – Johann Roduit ; Docteur en droit et éthique biomédicale, collaborateur scientifique à l’Université de Zurich, Managing Director du nouveau centre d’Humanités Médicales de l’Université de Zurich

14h00-15h30: La possession de l’animal de compagnie

    – Laurence Bruder-Sergent, Comportementaliste et directrice de Vox-Animae

    – Xavier Ferreira, docteur vétérinaire à la Clinique vétérinaire des Halles, spécialiste des Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC)

15h45-17h15: La captivité des cétacés

    – Charlotte Curé, chercheuse au CEREMA, Strasbourg

    – Florian Sigronde, Ingénieur agronome chargé de mission à la LFDA

    – Fabienne Delfour, chercheuse spécialiste du comportement des cétacés

Samedi 22 octobre: Droit animal 

« La réglementation relative à l’abattage des animaux à des fins alimentaires, entre principes, dérogations et réalité » 

9h00-12h30: Etude comparative dans le droit européen (en anglais) /

    – Professeur Birgitta Wahlberg de l’Université de Turku, Finlande

    – Professeur Maria Baideldinova de l’université KIMEP à Alamaty, Kazakhstan

    – Professeur Tomasz Pietrzykowski et la doctorante Justyna Wieclawek de l’université de Katowice, Pologne

    – Professeur Marie Fox de l’université de Birmingham, UK

    – Dr Gieri Bolliger Directeur de la Fondation « Tier im Recht » à Zurich, Suisse

    – Dr Anne-Claire Lomellini-Dereclenne, Vétérinaire, inspectrice de la santé publique vétérinaire, France

Questions-réponses en anglais de 12h à 12h30 / Questions in English from 12:00 to 12:30

English version: on saturday morning (the 22nd, from 9:00 to 12:30), a workshop is organised on animal law, specifically on rules in slautherhouses. Several professors in animal Law will be invited. Contrary to the rest of the congress, these talks will be in English.

14h00-16h00: Débat public sur l’abattage en France au regard du droit (en Français)

    – Dr Anne-Claire Lomellini-Dereclenne, Vétérinaire, inspectrice de la santé publique vétérinaire

    – Jean-Marc Neumann, juriste spécialiste en Droit animal, secrétaire executive du groupe EGALS (Eurogroup for Animal Law Studies)

16h00-17h00 : Cloture du colloque: allocution et conclusions.


Les inscriptions sont aujourd’hui closes mais il est possible d’être sur une liste d’attente.

https://sites.google.com/site/droitetethiquedelanimal/home

Grande-Bretagne

Les vétérinaires anglais de plus en plus confrontés à l’euthanasie d’animaux en bonne santé

8% des praticiens britanniques seraient confrontés à de telles demandes en raison du comportement de l’animal comme le montre l’enquête dévoilée par la BVA.Quasiment tous les confrères sont donc exposés à de telles demandes de propriétaires d’animaux de compagnie comme le révèle le site de la British Veterinary Association (BVA) ce 6 septembre. 53% expriment même que ce n’est pas rare. Ils sont confrontés à ces demandes en raison de troubles du comportement de l’animal. Les vétérinaires comportementalistes incluent dans les motifs : les aboiements et les hurlements persistants, les destructions, etc. L’agressivité à la fois envers les personnes et les autres animaux, est aussi une problèmatique. De tels comportements peuvent altérer le lien homme – animal, et mener l’animal de compagnie à l’exclusion de la vie familiale au détriment de son bien-être, à l’abandon ou à l’euthanasie.

Cette étude menée auprès de 700 vétérinaires au Royaume-Uni met aussi en lumière le fardeau qui est placé sur les vétérinaires chaque jour quand ils doivent faire face à une demande d’euthanasie d’un animal en bonne santé. La BVA souligne l’importance d’une socialisation adéquate des animaux dès le plus jeune âge, et montre aussi l’intérêt des classes de socialisation des chiots.

Les propriétaires invoquent des raisons variées lorsqu’ils demandent l’euthanasie d’un animal en bonne santé. Les praticiens de l’enquête évoquent aussi dans les raisons les plus communes : la mauvaise santé du détenteur (48%), le déménagement dans une structure qui n’accepte pas les animaux (39%), et des raisons juridiques (32%). 

(source : le Point vétérinaire, 06/09)

Etats-Unis

Une meilleure information sur les impacts bénéfiques du lien homme/animal pousse les propriétaires à consulter plus souvent

Le 9 septembre, la Human Animal Bond Research Initiative Foundation (HABRI) et l’American Animal Hospital Association (AAHA) ont annoncé les résultats d’une nouvelle enquête montrant que lorsque les propriétaires sont conscients et au courant des bénéfices de la relation homme/animal, ceux-ci sont plus préoccupés de leur santé et les emmènent voir un vétérinaire plus souvent.

« Quand ils sont suffisamment informés sur la recherche scientifique sur le lien homme-animal, les propriétaires d’animaux sont plus susceptibles de prendre des mesures importantes pour améliorer la santé des animaux de compagnie et d’augmenter leur relation avec leurs vétérinaires », a déclaré le chef de la direction de l’AAHA, Michael Cavanaugh, DVM, DABVP (C /F).

 » Les hôpitaux pour animaux sous égide de l’AAHA continuent à élever le niveau des soins vétérinaires à travers le pays, et l’HABRI nous donne une autre façon de se connecter avec les propriétaires d’animaux pour améliorer cette offre. « 

Sur 2 000 propriétaires d’animaux instruits sur le bénéfice d’un animal sur la santé humaine :

  • 92% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de maintenir leur animal en bonne santé grâce aux vaccins et à la médecine préventive

  • 89% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de maintenir leur animal en bonne santé grâce aux contrôles réguliers avec un vétérinaire

  • 88% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de mieux nourrir leur animal

  • 51% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles d’acheter une assurance santé

  • 62% ont dit qu’ils étaient moins susceptibles d’annuler les visites chez le vétérinaire

  • 89% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de prendre mieux soin d’un animal de compagnie

« Quand les gens découvrent que les animaux de compagnie améliorent la santé cardiaque, diminuent le stress, aident à soulager la dépression, et aident à traiter des conditions spécifiques qui incluent l’autisme, le SSPT et la maladie d’Alzheimer, ils deviennent plus concentrés sur les soins pour la santé de leur animal de compagnie, » a déclaré le directeur exécutif de l’HABRI, Steven Feldman. « Plus de sensibilisation sur la recherche en matière de lien humain-animal améliore les soins vétérinaires et conduit à une population d’animaux de compagnie en meilleure santé.« 

Les vétérinaires, déjà vus favorablement par 97% des propriétaires d’animaux, sont également considérés comme des messagers importants de l’information scientifique, en particulier auprès des trentenaires :

  • 66% des propriétaires d’animaux (77% des trentenaires) auraient une vision plus favorable de leur vétérinaire s’ils ont discuté des avantages pour leur santé du lien humain-animal avec eux

  • 61% des propriétaires d’animaux (74% des trentenaires) seraient plus susceptibles de rendre visite à leur vétérinaire s’ils ont discuté des avantages pour la santé du lien humain-animal avec eux

« La science de la relation homme-animal offre aux vétérinaires une réelle opportunité d’améliorer leurs relations avec les clients, et de fournir les meilleurs soins pour leurs patients », a ajouté Cavanaugh.

(source : NewStat, 12/09)

Monde

L’alimentation, première priorité des propriétaires de chats

L’alimentation est le premier sujet dont les propriétaires de chats veulent parler avec leur vétérinaire, d’après une étude sponsorisée par Royal Canin auprès de 1001 propriétaires de félins. Néanmoins, l’étude démontre que 3 propriétaires sur 5 n’amènent pas régulièrement leur animal chez le vétérinaire. Comparés aux chiens, les chats ont trois fois plus susceptibles d’être amenés chez le vétérinaire uniquement lorsqu’ils sont malades.

(source : PetFood industry, 22 août)

Finlande

Les maladies héréditaires canines encore plus répandues que prévu

Le potentiel technologique pour tester un chien pour plusieurs troubles héréditaires à la fois existe depuis plusieurs années. Le défi consiste à exploiter ce potentiel pour une utilisation pratique en médecine vétérinaire. Une nouvelle étude propose un modèle.

Des chercheurs de l’Université d’Helsinki en Finlande ont conclu que le dépistage du panel génétique est un outil complet, efficace et valide dans l’établissement des diagnostics et la recherche, et dispose d’une gamme d’applications dans les soins vétérinaires, la recherche et l’élevage.

Les résultats ont également conclu que plusieurs allèles de maladies connues sont plus répandues dans les différentes races que ce que l’on croyait jusqu’à présent.

L’étude a été publiée dans la revue PLOS One le 15 Août.

Les chercheurs ont testé près de 7000 chiens représentant environ 230 races différentes prédisposées à près de 100 maladies génétiques et ont observé que le génome d’au moins un chien sur six un était porteur de la maladie testée.

En outre, un des variants génétiques testés sur six était également découvert dans une race de chien sans aucun précédent de maladie génétique. Grâce à un suivi clinique des chiens génétiquement à risques, l’équipe de recherche a été en mesure de confirmer que plusieurs troubles causent les mêmes signes de maladie chez d’autres races a priori pas concernées.

(source : NewStat, 30/08)


Etats-Unis

Les jeux de nourriture ont un impact positif sur les chats !

Les jeux pour les chats existent depuis plusieurs années. Cependant, les jeux sous forme de puzzles alimentaires, comportant des dispositifs qui libèrent la nourriture quand un animal interagit avec eux, offrent des avantages supplémentaires, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université de Georgia Veterinary Teaching Hospital, de l’Université de Californie à Berkeley; et de l’Ohio State University ont collaboré avec des comportementalistes félins et ont conclu que les puzzles alimentaires pourraient avoir un impact positif sur la santé des félins et les problèmes de comportement. La dernière étude a été publiée dans le numéro de septembre du Journal of Feline Medicine and Surgery.

Outre l’examen des preuves empiriques des avantages physiques et émotionnels conférées par des puzzles alimentaires, les auteurs ont rassemblés des détails issus de 30 cas où les puzzles alimentaires étaient utilisés comme aide pour gérer un problème de santé ou comportemental.

Des exemples de résultats positifs comprenaient un chat domestique de 8 ans, obèse, qui a perdu 20% de son poids corporel pendant les 12 mois qu’a duré l’expérimentation, et un British shorthair de trois ans avec des problèmes d’agression redirigée, problème résolu dans les 6 mois.

Selon l’étude, les puzzles alimentaires tirent partie de l’inclination naturelle d’un chat à chasser pour sa nourriture, et fournit à la fois une stimulation mentale et une activité accrue. Les puzzles alimentaires sont également faciles à mettre en place avec peu de risques pour l’animal.

L’étude comprend un aperçu des types de puzzles alimentaires, des conseils pour bien le choisir et le mettre en place.

(source : NewStat, 6/09)

Australie

La salive comme indicateur de stress implique de multiples facteurs

Le cortisol salivaire est souvent utilisé comme un indicateur de stress dans la recherche canine ; cependant, d’autres facteurs contribuent à ce niveau de cortisol, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université Monash en Australie et l’Université de Pennsylvanie ont réalisé une méta-analyse pour identifier les facteurs qui contribuent au stress chez les chiens domestiques. Les chercheurs ont identifié une gamme de concentration de cortisol et d’autres facteurs tels que les caractéristiques canines et les effets environnementaux qui impactent ces niveaux.

La dernière étude, disponible en ligne, sera publié dans le numéro d’octobre de la revue Domestic Animal Endocrinology.

Les chercheurs ont examiné les bases de données et les comptes rendus de séminaires scientifiques de 1992 à 2002, ainsi que 61 études scientifiques sur le cortisol salivaire des chiens. Les chercheurs ont été contactés et 31 ensembles de données brutes ont été partagées, soit 5,153 échantillons de 1 205 chiens.

Les chercheurs ont identifié une gamme de concentrations de cortisol de 0 à 33,79 pg / dL (moyenne de 0,45 g / dL, SEM 0,13). Ils ont également noté que le sexe et l’état neutre, l’âge, l’environnement et le temps vivant dans cet environnement avant l’essai, l’environnement de test, la présence du propriétaire pendant les tests, et les médias de collecte ont tous joué un rôle dans les niveaux de cortisol.

(source : NewStat, 7/09)

Finlande

Des maladies ordinaires chez les chats identifiées

Des chercheurs de l’Université d’Helsinki et du Centre de recherche Folkhälsan en Finlande ont étudié la santé des chats finlandais et ont conclu que les problèmes de santé typiques chez les chats portent sur la bouche, la peau et les reins. En outre, les chercheurs ont identifié près de 60 maladies spécifiques à des races particulières.

L’étude a été publiée dans la revue Frontiers in Veterinary Science le 29 août.

Pour recueillir des données, les chercheurs ont développé une enquête de santé portant sur l’ environnement de vie des chats, leurs régimes alimentaires et leurs comportements. Les questionnaires ont été diffusés sur les réseaux sociaux et les données ont été recueillies en un peu plus de six mois.

Les données de l’enquête cartographiait ainsi la prévalence de 227 maladies chez 29 races, y compris les chats domestiques croisés, parmi une population de plus de 8000 chats. L’étude a identifié les maladies les plus courantes et les classifications de la maladie pour les races spécifiques et des combinaisons de race.

(source : NewStat, 8/09)

France

Symposium international sur la reproduction canine et féline : les comptes rendus en ligne

Tous les 4 ans, l’ISCFR tient un symposium scientifique réunissant des chercheurs spécialistes de la reproduction chez les chiens et chats domestiques, ainsi que chez les animaux sauvages menacés de disparition.

Les comptes rendus de l’édition 2016 sont en ligne à cette adresse : http://www.ivis.org/proceedings/iscfr/2016/toc.asp

ETUDE

Diabète chez le chat : une étude épidémiologique britannique

D.G O’NEILL, Epidemiology of Diabetes Mellitus among 193,435 Cats Attending Primary-Care Veterinary Practices in England, Journal of Veterinary Internal Medicine. En ligne le 29 juin 2016. DOI: 10.1111/jvim.14365.

Grâce au réseau de cliniques VetCompass, les Britanniques peuvent désormais se livrer à des étude épidémiologiques de grande ampleur. Celle-ci, parue dans le JVIM (accès libre) permet de préciser la prévalence du diabète chez le chat, elle identifie par ailleurs une nouvelle race à risque, le Tonkinois. Mais les résultats montrent que les mâles, d’une manière générale, ne sont pas plus affectés que les femelles (in l’Essentiel n°418)

Le diabète sucré figure parmi les endocrinopathies les plus fréquentes mais la prévalence est très variable en fonction des études publiées : la seule menée en Grande-Bretagne sur une population de plus de 14 000 chats assurés fait état d’un chiffre de 0,43 %. Des études suédoise et américaine avancent respectivement des chiffres de 0,21 et 1,24 %.

Dans la grande majorité des cas, le diabète sucré du chat est très proche du diabète sucré de l’homme. On assiste alors à des dysfonctionnements des cellules béta, à une résistance à l’insuline, des facteurs environnementaux et génétiques intervenant également. D’autres causes (plus rares) incluent l’acromégalie (hypersomatotropisme), les maladies du pancréas, l’utilisation de substances diabétogènes.

Les races à risque dans la littérature

D’une manière générale, les mâles sont prédisposés et on reconnaît chez le chat des facteurs de risque également rencontrés chez l’homme : âge, obésité, manque d’activité physique. L’héritabilité du diabète chez le chat est très complexe et nous sommes encore loin de pouvoir apporter des explications génétiques. La part de l’hérédité est sans doute importante dans la mesure où on connaît des races à risque : Burmese en Grande-Bretagne, Europe, Australie, alors qu’une récente étude suédoise indique des prédispositions du chat des forêts norvégiennes, du bleu russe et de l’Abyssin, alors que les Persans sont relativement protégés. Chez les Burmese vivant en Amérique du Nord, le risque de diabète n’est pas augmenté, Il s’agit d’une population génétiquement distincte de celle des autres pays du monde.

Une prévalence de 0,38 %

Les auteurs ont tenté d’estimer la prévalence du diabète dans une population de chats vus en clientèle généraliste. Cette étude utilise les données du réseau Vet Compass, auquel participent plusieurs centaines de cliniques vétérinaires. Au total, les résultats de 193 435 consultations ont été analysés. Dans 4 031 cas, un diabète était suspecté. Après vérification manuelle du fichier, les auteurs ont retenu 1 128 chats, soit une prévalence apparente de 0,38 %. Par races, on trouve une prévalence de 2,27 % chez le Burmese, de 2,21 % chez le chat des forêts norvégiennes, de 2,17 % chez le Tonkinois, Quand ces données étaient connues, on trouvait 10,7 % de chats de race, 39,8 % de mâles, 41,6 % des animaux bénéficiaient d’une assurance santé. L’âge médian du diagnostic, pour les cas diagnostiqués fortuitement, était de 13 ans. Les auteurs envisagent ensuite le pronostic quand il était disponible, on note que 92,8 % des décès ont été provoqués par euthanasie.

Âge et obésité : des facteurs importants

Les risques relatifs (par rapport à des chats de race commune) sont multipliés par 4,1 chez le Tonkinois, par 3,5 pour le chat des forêts norvégiennes, par 3 chez le Burmese. Le poids est également un élément important : comparés à des chats pesant moins de 3 kg, le risque est notablement plus élevé (x 3,3) chez les chats de 4 à 4,9 kg, encore plus (x 5,1) chez les chats de 5 à 5,9 kg. Les risques sont également plus importants au fur et à mesure que l’âge avance. Par rapport à des chats âgés de 3-5,9 ans, le risque est plus élevé (x 5,6) entre 6 et 8,9 ans et considérablement augmenté (x 17,1) chez les 9-11,9 ans. Le sexe n’est pas, dans cette étude, associé au risque de diabète.

En conclusion, les auteurs soulignent la fréquence du diabète chez le chat, avec une forte mortalité. Ce travail est le premier à mettre en évidence une prédisposition du Tonkinois (issu de croisements avec des Burmese) Contrairement à des données antérieurement publiées, le sexe n’est pas un facteur de risque.

SYNTHESE

Consultation dermatologique : les sept erreurs à ne pas commettre

Dans la revue Veterinary Medicine and Science, Ackerman publie un article à propos des sept erreurs les plus souvent commises en dermatologie vétérinaire. Cette spécialité peut générer la moitié des consultations, avec des patients souvent chroniques. L’auteur explique la nécessité de mettre en oeuvre une démarche professionnelle adaptée à des propriétaires qui ne savent pas toujours que leur chien, atopique par exemple, devra recevoir des soins tout au long de sa vie. (in l’Essentiel n°417)

Ne pas profiter des temps forts, ignorer les attentes des clients, surestimer la compliance, ne pas tenir compte de la qualité de vie, s’éloigner de la médecine factuelle, ne pas avoir de politique de prix pour les médicaments, considérer le client comme une nuisance sont les principales erreurs commises par les vétérinaires.

Ne pas profiter des temps forts

La plupart des vétérinaires se focalisent sur le motif de la consultation à divers moments de la vie de l’animal alors que c’est toujours le moment de parler de dermatologie. Dans certains cas, il est possible d’envisager les troubles cutanés bien longtemps avant qu’ils n’apparaissent : avec un propriétaire de chien de race prédisposée à la dermatite atopique, la discussion peut commencer dès les premiers vaccins ! L’instant est idéal pour informer sur l’apparition éventuelle des premiers symptômes et appeler à la vigilance sur les signes avant-coureurs : léchage et mâchonnements des extrémités, infections auriculaires, rash des zones inguinales et axillaires, etc. On expliquera ainsi au propriétaire que si la dermatite atopique est une maladie chronique, la traiter précocement ne peut qu’améliorer son évolution. Le vétérinaire en profitera pour sensibiliser au coût de la gestion d’une éventuelle affection, ce qui peut motiver les maîtres à souscrire à une assurance santé. Un autre temps fort, par exemple, est la première présentation d’un atopique symptomatique souffrant de prurit. Les praticiens auront tendance à utiliser les corticoïdes en première intention, pour un soulagement rapide de l’animal, mais quand on imagine l’état du patient à l’âge de 8 ou 10 ans, si ce traitement est trop répété, on se rend compte que des solutions à long terme doivent être immédiatement recherchées. Dans ce cas comme dans d’autres en dermatologie, il est nécessaire de planifier des visites régulières, un cas étant rarement solutionné lors d’une seule consultation généraliste : la dermatologie demande du temps et une information exhaustive du client.

Autre exemple : chez un jeune chien présentant une démodécie localisée, des évaluations répétées sont nécessaires pendant plusieurs mois. Ce chien peut aussi, possiblement, souffrir d’un déficit immunitaire qu’il sera peut-être nécessaire d’explorer. Le client doit aussi comprendre que l’amélioration clinique précède en général l’élimination des Demodex spp. Il convient de le prévenir

de la nécessité de prélèvements multiples et répétés. On l’informera aussi que les troubles cutanés sont souvent sous-jacents à des affections systémiques, à diagnostiquer également. Toutes ces démarches, le vétérinaire étant dans le rôle d’un Cassandre, permettent de cadrer les attentes du propriétaire (voir infra) et de le sensibiliser à la chronicité de nombre de dermatoses. Un homme averti en vaut deux…

Ne pas cadrer les attentes du client

Beaucoup de maladies de peau sont incurables, aussi le propriétaire doit-il avoir des attentes réalistes. Pour autant, un traitement bien mené peut permettre une bonne qualité de vie. Le vétérinaire peut prendre des exemples forts et comparer la dermatite atopique au diabète ou à l’arthrose : des maladies gérables mais qui ne guérissent pas. Le client doit comprendre que soigner n’est pas guérir. La transparence face à l’évolution est nécessaire pour d’autres maladies : ainsi est-il essentiel de préciser qu’un chien atteint de gale sarcoptique convenablement traité ne cessera pas de se gratter avant une ou deux semaines. Alors que le client, face à ce prurit violent, attend une résolution immédiate des troubles. Une bonne perception du diagnostic et du pronostic est dès lors indispensable.

Ne pas tenir compte de la qualité de vie

Les vétérinaires ont tendance à juger bénins la plupart des troubles cutanés car ils ne menacent pas, généralement, la vie du patient. Les propriétaires peuvent ne pas partager cet avis. Ils partagent parfois l’existence d’un chien qui se gratte toute la nuit, présente des lésions disgracieuses, sent mauvais, change de couleur de robe, etc. Ils ressentent volontiers une culpabilité renforcée par les réflexions de leur entourage qui leur reproche de mal s’occuper de leur compagnon. Alors que le praticien trouve que celui-ci va mieux. Il convient également de ne pas sous-estimer ce qui paraît trivial : tous ne sont pas à l’aise pour administrer des préparations auriculaires ou des shampooings répétés. Le personnel de la clinique a alors un rôle décisif pour expliquer, montrer, voire pratiquer les premiers traitements sur place.

Ne pas adhérer aux principes de la médecine factuelle

Les propriétaires, souvent férus d’Internet, s’attendent à un diagnostic précis et à un traitement conforme à l’état actuel des connaissances médicales. Ici s’impose, insiste l’auteur, la nécessité de protocoles précis pour chaque affection. Il ne s’agit pas ici d’ouvrir le parapluie thérapeutique mais d’informer, encore et encore. Par exemple, il n’est pas interdit de soigner empiriquement une pyodermite à Staphylococcus pseudintermedius, pour autant qu’on prévienne le client que le traitement peut échouer et qu’il sera alors nécessaire de prévoir des examens complémentaires. Parfois, un propriétaire bien informé sollicitera immédiatement la réalisation de ces derniers. En cas d’échec du traitement, en effet, le client a tôt fait d’aller consulter un autre vétérinaire. L’auteur estime qu’engagement et consentement éclairé mènent à la satisfaction. Cette démarche s’applique à toutes les consultations dermatologiques. Il faut aussi préciser qu’après application d’un protocole éprouvé, il demeure parfois nécessaire de référer à un spécialiste. Le client sera reconnaissant d’avoir été prévenu.

Sous-estimer le rôle de la compliance

Le vétérinaire surestime souvent la compliance des propriétaires. Avant de prescrire un traitement, il convient de se poser la question de savoir s’il pourra être appliqué. Le praticien doit alors s’orienter vers des questions ouvertes, se renseigner sur les expériences passées. Les clients sont habituellement plus observants pour « ce qui se voit » (appliquer une pommade, un spray) que pour ce qui ne se voit pas (antibiotiques per os par exemple). Ils oublient aussi volontiers les traitements anti-parasitaires espacés. Quand cela est possible, un traitement injectable peut dès lors être préféré, de la même manière qu’on favorisera les traitements per os en une prise quotidienne (au-delà de 2, l’observance est très rarement au rendez-vous). La compliance dépend également du coût du médicament et un effort pédagogique est encore nécessaire pour expliquer qu’il s’agit d’une stratégie gagnant-gagnant.

Manquer de réalisme et de produits adaptés

Il ne s’agit pas ici de revenir sur la gestion des stocks, mais le vétérinaire doit avoir à disposition la pharmacopée nécessaire, à un prix comparable à celui de la concurrence (un shopping sur Internet suit pratiquement toutes les consultations), même si le conseil du praticien dans l’esprit du client est essentiel pour la première prescription. Comme il s’agit pour l’essentiel de maladies chroniques, il ne faut pas insulter l’avenir et proposer un traitement au coût réaliste.

Considérer les clients comme une nuisance

Ces patients vont être vus plusieurs fois la première année et probablement revus toute leur vie à maintes reprises. C’est l’occasion de tisser un lien fort avec eux, Le vieil adage est toujours valable : la dermatologie est la plus gratifiante des spécialités : les patients ne meurent jamais et ne guérissent jamais. Ces clients, bien gérés, seront probablement les plus fidèles de la patientèle.

ACKERMAN (L) : Seven common mistakes to avoid in achieving long-term success with

dermatology patients. Veterinary and Medical Science. 2015. Vol 1, p 2-8.

SYNTHESE

Luxation de la rotule : une étude épidémiologique menée en Angleterre

La luxation de la rotule est un phénomène couramment rencontré en clientèle, elle affecte pour l’essentiel les chiens de races de petit format. Une récente étude britannique parue dans Canine Genetics and Epidemiology (en accès libre) permet de mieux appréhender l’épidémiologie de cette anomalie. La prévalence est de 1,3 %, avec des races nettement plus affectées, comme le spitz nain et le Yorkshire terrier. Par ailleurs, les femelles et les chiens stérilisés sont également prédisposés. (in l’Essentiel n°416)

Les luxations de la rotule sont des affections fréquentes, souvent indolores en début d’évolution, mais pouvant mener à l’arthrose. On manque de précisions quant à l’épidémiologie de ce trouble. En utilisant les données du réseau Vet-Compass, qui collecte les informations cliniques de tous les

chiens amenés dans 119 cliniques britanniques, les auteurs passent au crible les données issues de 210 284 chiens pour, notamment, préciser les prédispositions raciales.

Spitz et York en première ligne

Matériel et méthodes sont détaillés dans cet article en accès libre. La prévalence estimée de la luxation de la rotule est de 1,3 %. On note de fortes disparités raciales avec une prévalence très élevée dans certaines races : spitz nain (6,5 %), Yorkshire terrier (5,4 %), Chihuahua (4,9 %), bouledogue français (4 %), Lhassa apso (3,8 %), épagneul cavalier King Charles (3,8 %), bichon (3,8 %), carlin (3,5 %), bulldog anglais (2,9 %), West Highland white terrier (2,5 %), etc. 79,6 % des chiens atteints étaient de race (ou d’apparence de race), on comptait 54,8 % de femelles, 88 % d’animaux stérilisés, 58,2 % étaient assurés. Le poids médian des sujets atteints était de 8 kg, l’âge médian au moment du diagnostic de 4 ans. Le Yorkshire terrier représentait 13,6 % de l’ensemble des cas. On possédait des informations très précises pour 722 (96,1 %) des chiens atteints. 27,8 % des luxations étaient bilatérales, 62,2 % unilatérales.

Analyse des facteurs de risque

L’analyse statistique permet de calculer des facteurs de risque pour les races les plus concernées. Le risque relatif est très augmenté (par rapport aux chiens de race commune) chez le spitz nain (x 6,5), le Chihuahua (x 5,9), le Yorkshire terrier (x 5,5), le bouledogue français (x 5,4). A noter que les chiens en-dessous de leur poids de forme avaient un risque accru d’un facteur de 1,4. Le risque est très diminué (x 0,4) chez les chiens de 12 ans par rapport aux chiens de 3 ans. Le risque est multiplié par 1,3 chez les femelles, il est aussi considérablement augmenté (x 2,4) chez les chiens stérilisés par rapport aux animaux qui ne le sont pas.

Une origine probablement héréditaire

Dans la discussion, les auteurs confrontent ces nouvelles données à celles de la littérature. La prévalence de 1,3 % est conforme à celle (1,5 %) décrite dans une récente étude américaine. Elle a fortement diminué par rapport aux années 1970 au cours desquelles des publications faisaient état d’un chiffre de 7 %. L’étude suggère une forte héritabilité de la luxation de la rotule dans 11 races. Des analyses génomiques ont d’ailleurs permis d’identifier des loci sur certains chromosomes, qui pourraient être impliqués, en particulier sur le chromosome 7. Des stratégies d’élimination de cette « tare » sont donc envisageables. Les prédispositions sexuelles et relatives au statut sexuel diffèrent peu par rapport à ce qui a été publié, cette étude confirmant celles des femelles et des animaux stérilisés, mais l’augmentation du poids fréquente après stérilisation ne semble pas en cause ici, les animaux les moins lourds étant davantage à risque. Il est possible que les chiens les plus maigres aient une masse musculaire réduite concernant aussi le quadriceps, ce qui aurait pour effet une augmentation de la laxité patellaire. Pour autant, un lien de causalité inverse est également envisageable, l’absence d’utilisation du membre pouvant également mener à une amyotrophie. Il apparaît clair, par ailleurs, que la miniaturisation des races est un facteur de risque majeur.

Dans leur conclusion, les auteurs signalent la possibilité de certains biais inhérents à ce type d’étude et dressent le portrait du chien à risque élevé : Yorkshire terrier ou spitz nain stérilisé, femelle, pesant moins que le standard de sa race. Ils soulignent la nécessité de prendre en compte cette affection dans les schémas de sélection.

O’NEILL (DG) : The epidemiology of patellar luxation in dogs attending primary-care veterinary

practices in England. Canine Genetics and Epidemiology. 2016. En ligne le 8 juin. DOI:

10.1186/s40575-016-0034-0.

SYNTHESE

Otite externe chronique ou récidivante : nécessité d’une éducation thérapeutique

L’éducation thérapeutique du patient est un enjeu de santé publique en médecine humaine. En médecine vétérinaire, l’éducation thérapeutique du propriétaire est un concept essentiel à mettre en place, notamment dans le domaine des maladies chroniques et récidivantes ; les exemples en dermatologie sont nombreux. (in l’Essentiel n°418)

L’otite externe est un syndrome inflammatoire du conduit auditif et de la membrane tympanique, dont l’étiopathogénie reste complexe. Une otite externe est dite « chronique » dès que les signes cliniques associés durent plus de 6 semaines. Une otite récidivante est le plus souvent une otite chronique. Lors d’otite chronique et récidivante, une otite moyenne est présente dans la quasi-totalité des cas, mais peut demeurer asymptomatique.

Compte tenu des nombreuses causes d’échecs en matière de traitement d’otite externe (voir encadré), la prise en charge thérapeutique doit être précoce, rigoureuse, raisonnée et complète. La définition d’un plan thérapeutique construit est nécessaire pour une meilleure efficacité et l’obtention d’une adhésion thérapeutique par le propriétaire. Les critères de réussite dans cette prise en charge s’articulent auprès de quatre grands items : connaître la motivation du propriétaire, expliquer la maladie, définir le plan thérapeutique et ses objectifs et enfin, mettre en place un suivi thérapeutique.

Connaître la motivation du propriétaire

Celle-ci détermine la réussite du traitement et crée la relation entre vétérinaire, propriétaire et patient. La motivation du propriétaire est appréciée au cours de la consultation. Il faut écouter le client ; une étude récente en médecine humaine a montré que le médecin interrompait son patient en moyenne après 23 secondes de prise de parole par le patient. Le praticien doit prendre connaissance des préoccupations du propriétaire et du motif de consultation. Le praticien ne doit jamais se mettre à la place de celui-ci en mésestimant ses attentes. Ainsi, les motifs de consultation peuvent être différents : otite, odeur auriculaire, douleur ou prurit auriculaire, consultation pour un autre motif dermatologique (pododermatite, anite…) ou non (consultation vaccinale ou autre). Il convient de s’assurer que le propriétaire est disposé à investir en temps et en argent. Cet item est un préalable indispensable dans la conduite thérapeutique car il détermine la facilité de l’adhésion du propriétaire aux traitements et son adhésion à long terme.

Le praticien doit aussi aborder le coût réel du traitement, le budget minimal et maximal. Ces budgets doivent être présentés et explicités au propriétaire. En aucun cas, le praticien ne doit imposer un choix thérapeutique.

Expliquer la maladie

Un traitement, quel qu’il soit, n’est effectué correctement que si le propriétaire comprend la prescription. Cette compréhension passe initialement par une explication de la maladie, l’otite externe et des causes de sa chronicité et de ses récidives. Le praticien utilisera un vocabulaire simple, efficace et accessible. Il peut se servir de métaphores de la vie courante et évitera des mots compliqués et savants (par exemple hypersensibilité, aéroallergènes ou trophallergènes – lors d’otites allergiques).

La vidéo-otoscopie avec le propriétaire est le meilleur outil de communication

De nombreux outils de communication sont disponibles : brochures, schémas ou modèles anatomiques en plâtre, documents audiovisuels, mais il ne faut pas hésiter à concevoir soi-même les divers documents (leaflets, etc.). La réalisation de l’examen du conduit auditif et de la membrane tympanique par vidéo-otoscopie en présence du propriétaire va faciliter sans aucun doute la compréhension de la maladie par celui-ci et les échanges et ainsi, développer son adhésion au traitement.

Les explications doivent être simples et pertinentes

Dans l’explication de l’otite externe, divers points doivent être soulignés :

la différence entre l’otite de son chien (otite externe) et l’otite de son enfant (otite moyenne) ;

l’anatomie particulière de l’oreille du chien en plaçant les différentes parties (forme du conduit auditif en L, le tympan), l’oreille moyenne (bulle tympanique… indiquer les osselets… ils s’en souviennent, marteau, enclume, étrier !) et l’oreille interne ;

les particularités raciales : certaines races présentent une sténose de l’ouverture du conduit auditif (shar-peï), du canal vertical (shar-peï, West Highland white terrier) ou du canal horizontal (bouledogue français) ;

la dermatose sous-jacente, le plus souvent allergique (dermatite atopique dans 80 % des cas) à l’origine de l’otite externe ;

la mise en place des surinfections bactériennes et fongiques ;

l’entretien de l’otite externe par le rôle joué par les facteurs perpétuants (sténose du conduit auditif, otite moyenne associée) ;

le risque de passage à la chronicité et de récidives en cas d’absence de suivi thérapeutique ;

la possibilité d’un contrôle thérapeutique à condition d’une bonne collaboration chien-vétérinaire-propriétaire. Le but majeur est de recevoir une adhésion maximale du propriétaire au traitement.

Après ces explications générales, le praticien indique un résumé de la situation clinique dans laquelle se trouve le chien examiné. Cette explication personnalisée doit rester courte et synthétique; il ne faut pas ennuyer le propriétaire par des explications longues obligatoirement reçues avec confusion. Elle permet une justification du plan thérapeutique et de ses objectifs. La dernière étape est la vérification de la compréhension du message ; un temps de parole doit impérativement être laissé au propriétaire afin qu’il puisse poser des questions.

Définir le plan thérapeutique et ses objectifs

La définition d’un plan thérapeutique raisonné et complet est un temps capital souvent banalisé. Le praticien doit expliquer au propriétaire le « scénario thérapeutique », c’est-à-dire justifier les diverses modalités thérapeutiques (exemple : flushing auriculaire : intérêt, présentation de la technique, fréquence de réalisation, etc.) et préciser le mode d’action des différents médicaments prescrits, leur mode d’administration et leurs effets secondaires potentiels. De plus, il est généralement capital de replacer l’otite externe dans un contexte dermatologique plus général, notamment celui de la dermatite atopique. Les délais d’amélioration et les objectifs cliniques à 2 semaines, 4 semaines et plus doivent lui être indiqués. La transparence des objectifs thérapeutiques à court, moyen et long terme est essentielle

Si une décision chirurgicale (exérèse totale du conduit auditif) est peut-être à envisager à moyen terme, il convient d’emblée de l’annoncer et de commencer à expliquer les principes de l’intervention et quelques données sur les conséquences de cette intervention. Les modalités précises seront présentées lors des visites de suivi. La hiérarchisation des informations est importante ; il ne convient pas de noyer le propriétaire sous une multitude d’informations, ce qui nuit à la qualité de la communication. Dans tous les cas, ces informations doivent être concises et pertinentes. La vérification de la compréhension du message sur le traitement et ses objectifs est aussi utile ; un temps de parole sera de nouveau laissé au propriétaire.

La qualité de la rédaction de l’ordonnance est importante

La rédaction de l’ordonnance est un document professionnel important qui va asseoir le diagnostic et le plan thérapeutique. Outre les exigences légales, celle-ci s’attache à être logique dans la hiérarchisation des priorités thérapeutiques. Elle peut être assortie de documents explicatifs annexes. Dans tous les cas, l’ordonnance est lue avec le propriétaire et permet la présentation des divers médicaments utilisés et de leur mode d’emploi (notamment pour les topiques auriculaires). Ce moment privilégié d’échanges renforcera son adhésion thérapeutique.

Le carnet de suivi : un moyen de suivi discutable

Le carnet de suivi thérapeutique est un moyen de suivi bien connu chez l’homme qui commence à être utilisé chez le chien dans certaines dermatoses, comme la dermatite atopique. Toutefois, chez l’homme, l’intérêt du carnet de suivi est désormais discuté car souvent peu ou mal utilisé. D’une manière générale, ce carnet permet d’apprécier la consommation médicamenteuse et l’observance et de noter tous les événements observés au cours du traitement. Si le carnet de suivi thérapeutique peut constituer une aide intéressante et motivante, elle peut être ressentie également comme une contrainte réelle par le propriétaire allant ainsi à l’encontre de son objectif.

Mettre en place un suivi thérapeutique

La qualité du suivi thérapeutique conditionne la réussite du traitement. Celui-ci impose des visites régulières, tous les 10 à 15 jours dans un premier temps. Un phoning régulier maintient la motivation du propriétaire. Lors de ces visites de suivi, le praticien doit d’abord écouter le propriétaire, l’encourager et aussi le féliciter. Il est impératif de ne jamais le culpabiliser par exemple lors de soins insuffisants ou mal effectués. Il faut plutôt essayer de comprendre pourquoi les soins ne sont pas réalisés correctement et aider le propriétaire à y remédier. L’efficacité thérapeutique est appréciée par le vétérinaire par un examen clinique minutieux, mais elle doit également être jugée par le propriétaire.

Toutes les remarques du propriétaire doivent être prises en compte : résultats thérapeutiques (dont les échecs !), contrôle des diverses observances (notamment celui de la quantité de topiques auriculaires utilisée, ne pas hésiter à faire ramener les tubes et flacons) et les effets secondaires. La lecture du carnet de suivi (quand celui-ci existe) se fait avec le propriétaire. Les visites de suivi permettent d’adapter ou de réadapter si nécessaire les divers traitements. La mise en place d’une éducation thérapeutique raisonnée et raisonnable améliore de façon considérable la prise en charge d’un chien atteint d’une otite externe récidivante ou chronique.

Encadré : principales causes d’échecs de traitement des otites externes

Insuffisance ou absence de l’examen clinique (mise en évidence des facteurs perpétuants ; otite moyenne) ou des examens complémentaires.

Insuffisance ou absence de contrôle de la dermatose sous-jacente (dermatite atopique dans 80 % des cas).

Nettoyage et utilisation de nettoyants et de topiques auriculaires mal adaptés et irritants.

Insuffisance ou absence de suivi thérapeutique.

Auto-prescription des topiques auriculaires par le propriétaire.

Manque de motivation du propriétaire.

SYNTHESE

Herpèsvirose : une étude rétrospective sur le famciclovir

Les herpèsvirose félines, le plus souvent oculaires, mais aussi cutanées et respiratoires, sont difficiles à traiter. Cette étude rétrospective, publiée dans le JAVMA du 1er septembre, envisage l’utilisation du famciclovir (Oravir NDH, Novartis) qui montre une bonne efficacité de cette molécule, à des doses de 40 ou 90 mg/kg trois fois par jour. Cet article s’accompagne d’une enquête de satisfaction des clients, le taux étant de 91 %. (in l’Essentiel n°417)

Le famciclovir est un antiviral (prodrogue du penciclovir) utilisé dans les herpèsviroses humaines et notamment dans le traitement du zona et des infections herpétiques génitales. Il est de plus en plus employé dans le cadre des herpèsviroses du chat même si très peu d’études ont été consacrées à ce sujet. L’une d’elles, menée chez des chats infectés expérimentalement, a montré que cette molécule à la dose de 90 mg/kg 3 fois par jour, améliore les signes systémiques, oculaires, ainsi que les lésions histopathologiques. Une autre, sur des cas spontanés, a montré un effet sur les signes cutanés de cette virose. L’objectif de cette étude rétrospective était d’établir l’efficacité du famciclovir administré trois fois par jour lors de cas spontanés (oculaires, respiratoires, cutanés), associé ou non à d’autres traitements. On a également comparé les effets de doses faibles (40 mg/kg trois fois par jour) ou plus importantes (90 mg/kg trois fois par jour). La perception des propriétaires sur l’issue du traitement a été recueillie.

Une étude sur 59 chats

59 chats remplissaient les critères d’inclusion. On comptait 27 mâles castrés, 9 mâles entiers, 19 femelles ovariectomisées et 4 non stérilisées. Les chats européens étaient les plus représentés (66 %). Trente-trois chats ont été traités à faible dose, 26 à fortes doses. La durée médiane des symptômes avant le début du traitement était de 40 jours (0 à 2 154 jours). Quinze chats souffraient d’herpèsvirose depuis plus de 180 jours. Les lots (faible ou forte dose) étaient homogènes. Neuf chats ne recevaient aucun traitement, 50 étaient traités par des topiques ou par voie systémique. Vingt-neuf chats étaient sous L-lysine, 5 déjà sous famciclovir, 1 sous interféron oméga. Dix-huit chats bénéficiaient de topiques ophtalmiques (cidofovir, idoxuridine, vidarabine). Seize chats étaient traités à la fois par voie locale et générale. Quinze sujets étaient traités par antibiotiques. Parmi les autres traitements, citons le tacrolimus, la prednisolone, l’acétate de mégestrol.

Symptômes oculaires

53% des chats présentaient une atteinte oculaire bilatérale, 22 % une atteinte de l’oeil gauche, 19 % de l’oeil droit. Les 4 chats restants souffraient de rhinite (3 %) ou de dermatite (3 %) seulement. Les principales anomalies rencontrées étaient une conjonctivite (86 %), une kératite (86 %), une blépharite (32 %), un jetage (17 %), une dermatite (7 %). On rencontrait aussi souvent une kératite ulcéreuse (71 %), des séquestres cornéens (20 %), des ulcères cornéens dendritiques (15 %), une kératite éosinophilique (7 %), un symblépharon (7 %). Les auteurs détaillent ensuite les résultats des examens complémentaires effectués (test de Schirmer, pression intra-oculaire, PCR, cytologie, histologie, bactériologie, etc.).

Une amélioration dans 85 % des cas

La durée médiane de suivi a été de 22 semaines (1 à 304). Une amélioration qualifiée de marquée a été observée chez 30 chats sur 59 (51 %), elle a été modérée dans 34 % des cas, nulle chez 15 % des patients. L’amélioration a été plus marquée à forte dose, elle a également été plus rapide. À noter que les échecs étaient souvent associés à des maladies concomitantes.

83% des patients n’ont pas souffert d’effets secondaires même lors de traitements à très long

terme. 17% des malades ont présenté des troubles possiblement associés à la prise de famciclovir : diarrhée, anorexie, polydipsie, vomissements. 54% des propriétaires ont répondu à un questionnaire de satisfaction. 53% d’entre eux ont dit avoir constaté une amélioration permanente, 25 % une amélioration temporaire, alors que 3 % constataient un échec ou une stabilisation des lésions. 91% se disaient prêts à recommencer le traitement si nécessaire, 70 % estimaient que le famciclovir était la molécule la plus efficace qui ait été employée chez leur animal.

Les auteurs concluent à l’intérêt du famciclovir dans le traitement des herpèsviroses présumées mais d’autres études sont nécessaires pour mieux préciser la dose. En attendant, celle de 90 mg/kg trois fois par jour est a priori à retenir. La présentation humaine est sous la forme de comprimés à 500 mg. Il faut bien sûr tenir compte du coût relativement élevé : environ 106 euros les 21 comprimés.

THOMASY (SM) : Oral administration of famciclovir for treatment of spontaneous ocular, respiratory, or dermatologic disease attributed to feline herpesvirus type 1: 59 cases (2006–2013).

Journal of the American Veterinary Medical Association. 2016. Vol 249, N°5, p 526-538.

Les infections auriculaires

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© antoine-photographe

Les infections auriculaires sont très courantes chez les chiens, moins chez les chats. Elles ont toujours pour origine une otite (inflammation du conduit auditif). L’otite peut être externe, dans ce cas elle sera limitée au conduit auditif externe vertical et horizontal, ou bien elle peut être interne lorsqu’elle touche l’oreille moyenne. Dans ce cas, l’infection aura progressé au-delà de la membrane tympanique jusqu’à la bulle tympanique. Les otites internes sont extrêmement rares et correspondent à une inflammation touchant la cochlée ou les conduits semi­ circulaires. Tout comme les autres affections cutanées, les infections auriculaire sont généralement secondaires à une maladie sous-jacente.

Différents facteurs et maladies prédisposant au développement d’otites chez le chien.

*Facteurs prédisposants :

  • oreilles tombantes

  • conduit auditif étroit congénital

  • nombreux poils dans les conduits auditifs

  • production de cérumen excessive

  • bains trop fréquents

*Causes primaires :

  • corps étranger (ex : épillet)

  • infestation par Otodectes cynotis

  • modification transitoire de la flore

  • dermatite atopique

  • allergie alimentaire

  • polype ou tumeur dans le conduit auditif

  • intolérance à certains médicaments auriculaires

  • hypothyroïdie

  • affections séborrhéiques

  • hyperplasie des glandes cérumineuses

  • otite à démodécie

*Facteurs d’entretien :

  • infection bactérienne résistante (ex : Pseudomonas)

  • otite moyenne

  • sténose progressive du conduit auditif

  • fibrose du conduit auditif

  • calcification du conduit auditif

  • ostéomyélite de la bulle tympanique

Les causes sous­ jacentes d’une otite sont regroupées en trois groupes : les facteurs de prédisposition, les causes primaires et les facteurs d’entretien. Les facteurs de prédisposition sont de nature anatomique, physiologique, ou comportementale ; ils favorisent le développement de l’otite, mais ne sont pas nécessairement des facteurs déterminants. Les causes primaires sont des maladies spécifiques, dans lesquelles les otites font partie du tableau clinique. Les facteurs d’entretien correspondent à des modifications chroniques pathologiques qui rendront les otites récurrentes ou réfractaires aux traitements. Chez les chats, les deux principales causes d’otite sont les Otodectes et les masses situées dans le canal auriculaire (polypes et tumeurs).

Indépendamment de l’origine de l’otite, le conduit auditif est généralement infecté par des levures ou des bactéries. Au départ, il s’agit d’une multiplication de la flore commensale, avec notamment Staphycococcus intermedius, Streptocoçcus canis ou Malassezia pachydermatis. Avec leur multiplication, on verra également apparaître des bactéries gram négatives comme Escherichia Coli, Proteus spp. ou Pseudomonas aeruginosa, en particulier lorsque le traitement initié au début de l’otite était inadapté.

Anamnèse et signes cliniques

On observe typiquement du prurit, des signes de douleur, une inflammation du conduit auditif,une odeur désagréable, un écoulement et l’animal secoue la tête. Les symptômes d’une otite moyenne sont les mêmes que ceux d’une otite externe; cependant, ils sont généralement plus persistants et récurrents, et peuvent conduire à une paralysie faciale. Bien que les otites internes soient rares, elles peuvent entrainer une surdité et un syndrome vestibulaire (tête penchée, nystagmus, ataxie). On interrogera en détail le propriétaire et on réalisera un examen dermatologique complet afin de détecter des signes d’une affection sous­-jacente. Par exemple, lorsque le chien se met brusquement à secouer la tête, l’hypothèse du corps étranger est la plus probable, alors qu’une apparition progressive du prurit est plus caractéristique d’une allergie.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il existe deux techniques particulières à réaliser dès que l’on suspecte une otite : un examen otoscopique et une analyse cytologique de l’écoulement. L’examen otoscopique permettra de mettre en évidence un éventuel corps étranger, la présence d’acariens, l’aspect des conduits auditifs horizontaux et verticaux, l’aspect et l’intégrité de la membrane tympanique et de caractériser la nature de l’écoulement. Lorsqu’une seule oreille est touchée, le clinicien examinera en premier celle qui est saine. Il évitera ainsi de propager l’infection à l’oreille saine et gardera l’examen inconfortable pour la fin. Il peut arriver que le conduit soit trop douloureux, enflé, ou rempli de sécrétions au point qu’il soit difficile de réaliser un examen otoscopique complet. Il conviendra alors soit de sédater le chien, soit de l’anesthésier pour examiner correctement son oreille, ou encore de démarrer un traitement pour l’examiner à nouveau quelques jours plus tard. Le choix de la marche à suivre dépendra de la sévérité de l’atteinte, et du degré de suspicion des autres hypothèses diagnostiques. Tôt ou tard, il sera de toute façon indispensable de réaliser un examen otoscopique complet.

On effectuera une analyse cytologique de l’exsudat lors de la première visite ainsi que lors des visites de suivi. Cet examen est toujours réalisable, même lorsque l’oreille est trop douloureuse pour qu’il soit possible d’effectuer un examen complet. Il permet de déterminer rapidement la nature des agents infectieux en cause (coques, bacilles ou Malassezia). Lorsqu’on trouve des coques ou Malassezia, il est possible de démarrer un traitement empirique, car leur profil de sensibilité est assez facilement prévisible. En revanche, si l’on rencontre des bacilles, il est recommandé de faire une culture bactérienne afin d’obtenir un antibiogramme permettant d’adapter l’antibiothérapie. En effet, la résistance aux antibiotiques est beaucoup plus fréquente chez les bactéries Gram négatives. On recommande aussi d’en faire une lorsque le traitement se révèle inefficace.

Lorsqu’on est limité par le temps, plusieurs stratégies existent afin de faciliter l’introduction des examens cytologiques dans la clinique :

  • Apprendre à une auxiliaire spécialisée vétérinaire comment colorer et examiner les lames pendant que le client patiente

  • Garder le chien à la clinique quelques heures afin d’examiner la lame lorsqu’on en a le

temps

  • Mettre de côté le prélèvement pour l’examiner plus tard. Dans l’hypothèse où il faudrait réaliser une culture bactérienne parce que des bacilles sont présents, on collectera également un échantillon stérile. On recommande moins cette méthode car le choix du traitement doit être de préférence prescrit à la lumière de l’examen cytologique. Idéalement, il faudrait que le client attente les résultats de l’analyse pour démarrer le traitement.

En plus de diagnostiquer et traiter l’infection en elle­- même, le clinicien doit essayer de déterminer l’affection sous-jacente. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux souffrant d’otites récurrentes. Si le vétérinaire n’effectue pas cette démarche, l’otite risque de devenir chronique ou réfractaire.

Quel traitement ?

Certaines otites surviennent sans raison identifiable et peuvent être soignées en un seul traitement. Ces cas sont susceptibles d’être causés par des modifications passagères de l’écosystème dans le conduit auditif induites par des changements de température, d’humidité ou de la population microbienne. Cependant, si l’infection revient quelques jours ou quelques semaines plus tard, on recherchera une cause sous-jacente afin de la traiter pour éviter qu’elle ne devienne chronique.

Les infections limitées aux canaux verticaux et horizontaux pourront être traitées avec des gouttes auriculaires disponibles dans le commerce contenant diverses associations d’antibiotiques, antifongiques et corticoïdes. Les cliniciens choisiront les médicaments en fonction des organismes mis en évidence par la cytologie ou après culture et antibiogramme. Traiter des otites sans savoir quel est le type d’organisme présent favorise le développement d’antibiorésistances. Pour les infections n’impliquant que des coques, les antibiotiques de choix sont l’acide fusidique ou la polymyxine B. Lorsqu’il y a des bacilles, les options possibles (en attendant les résultats de la culture et de l’antibiogramme) sont la néomycine, la framycétine, la polymyxine B, la gentamicine ou la marbofloxacine, bien que ces deux dernières molécules aient le plus large spectre d’activité contre les bactéries gram-négatives. Il est possible de choisir l’un de ces antibiotiques avant réception des résultats de la culture, mais il faudra parfois en changer selon les résultats de l’antibiogramme. Si la membrane tympanique s’est rompue, ou si son intégrité ne peut être déterminée, on évitera de prescrire de la gentamicine car elle est la plus ototoxique. Les autres agents topiques peuvent généralement être utilisés en toute sécurité, mais les cliniciens doivent être conscients que tout médicament peut se révéler ototoxique, et il faudra envisager de référer si un doute persiste.

Lorsque seules des Malassezia sont présentes,l a résistance n’est pas un problème, et toutes les molécules antifongiques disponibles dans le commerce sous forme de gouttes auriculaires sont susceptibles d’être efficaces, comme le miconazole, le clotrimazole ou la nystatine. Il est donc préférable de choisir des gouttes ne contenant pas d’antibiotiques de dernière génération si un antifongique efficace est disponible. Ainsi, on évitera les produits contenant de la gentamicine ou de la marbofloxacine en association avec des molécules antifongiques, car ils sont très utiles pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, et leur utilisation irraisonnée peut favoriser le développement de résistances, en particulier si seules des Malassezia sont présentes.

La présence de corticoïdes dans les gouttes est intéressante pour réduire l’inflammation et la douleur ; le type de corticoïde ne semble pas être important et n’est pas pris en compte dans le choix du traitement. Lorsque le conduit auditif est extrêmement sténosé, un traitement court à base de corticoïdes systémiques peut s’avérer efficace pour réduire l’inflammation et rétablir la lumière du conduit. Les solutions auriculaires contenant des céruménolytiques et des agents asséchants peuvent également être bénéfiques pour la gestion des otites. Ces produits sont particulièrement utiles lorsque le conduit auditif est très cérumineux ou trop sale pour permettre aux gouttes antibiotiques de pénétrer, ou encore dans la gestion à long terme des otites chroniques cérumineuses.

Les animaux traités pour une otite doivent être ré­examinés après 5-7 jours de traitement afin d’assurer un suivi clinique. Ceci est important car les clients ne sont pas en mesure d’évaluer si l’infection a bien été traitée dans le canal horizontal. On recommande d’effectuer des examens cytologiques réguliers afin de surveiller l’évolution de la nature des micro-organismes présents, car il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de modifier le traitement. Si l’infection n’a pas totalement disparu,on poursuivra le traitement. Si la nature de l’otite a changé (ex : micro-organisme différent), le traitement doit être modifié.

Si une cause sous-jacente est identifiée, il faut la prendre en compte et la traiter. Une mauvaise aération et une humidité accrue, associées à des facteurs de prédisposition nécessiteront d’effectuer des nettoyages réguliers des oreilles et éventuellement d’épiler les poils. Si ces mesures sont insuffisantes, et que le clinicien n’est pas certain de leur implication dans le processus pathologique, un traitement chirurgical du conduit auditif par résection de la paroi latérale ou ablation du canal vertical peut être bénéfique.

Les causes primaires nécessitent un traitement spécifique : retrait des épillets et autres corps étrangers, traitement des acariens, retrait des polypes ou des tumeurs. Cependant, si l’origine est allergique, le traitement sera long, tout comme la gestion de la composante cutanée. Une intervention chirurgicale n’est pas indiquée pour le traitement des causes primaires, sauf s’il faut retirer une tumeur.

Les facteurs d’entretien sont parfois les plus difficiles à traiter car ils peuvent rendre l’infection récurrente ou chronique. Si les facteurs d’entretien ne sont pas traités, le canal auditif peut finir par être définitivement et irréversiblement endommagé. Si les démarches diagnostiques et thérapeutiques décrites ci-dessus sont bien suivies, il est généralement possible d’éviter que ne se développent des facteurs d’entretien. Une fois qu’ils sont installés en revanche, il sera nécessaire de réaliser une intervention médicale et/ou chirurgicale assez complexe pour les traiter.

Technique standard de nettoyage des oreilles

Afin d’augmenter les chances de réussite du traitement, on montrera aux propriétaires comment nettoyer correctement les oreilles de leur animal. On inonde le conduit de nettoyant auriculaire tout en tenant fermement le pavillon. Ensuite, il faut masser les cartilages des conduits horizontaux et verticaux. Il faut ensuite montrer aux propriétaires comment masser la partie profonde du conduit afin que le nettoyage soit efficace. Lorsqu’il est bien effectué, on entendra un bruit caractéristique de succion. Le chien peut ensuite secouer la tête pour éliminer une bonne partie du produit. On retirera doucement le surplus avec une compresse légèrement humide ou un morceau de coton. Il est préférable d’éviter d’utiliser des cotons-tiges car ils repoussent les débris au fond du conduit. Les propriétaires devront bien examiner la compresse pour voir ce qu’elle a ressorti de l’oreille. Cette étape est très importante lorsque les nettoyages sont effectués à long terme, car elle permet de déterminer la fréquence des nettoyages nécessaire. Ces nettoyages pourront n’être effectués que temporairement, afin d’augmenter l’efficacité du traitement de l’infection. En revanche, s’ils sont poursuivis à long terme, l’aspect de la compresse après le nettoyage permet de déterminer à quelle fréquence les renouveler. Si la compresse est très sale, on renouvellera le nettoyage des oreilles le lendemain. Si elle ressort complètement propre, le nettoyage pourra être espacé à un jour sur deux. Si la compresse reste propre lors des nettoyages suivants, on espacera à deux fois par semaine, et on pourra parfois réduire à une seule fois. Lorsque la compresse redevient sale, il faut augmenter à nouveau la fréquence des nettoyages.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il y a deux issues que le propriétaire peut considérer comme des « échecs ». Il est d’abord possible que l’infection initiale régresse, mais elle peut récidiver. Il est alors presque sûr que le clinicien est passé à côté d’une infection sous-jacente. Tant qu’elle n’aura pas été identifiée, le problème ne sera jamais complètement résolu. Sinon, il est possible que l’infection ne réponde pas au traitement mis en place initialement. Cette situation est généralement due à la présence de germes résistants tels que Pseudomonas aeruginosa. On réalisera alors une culture associée à un antibiogramme afin d’utiliser un antibiotique approprié.

Si l’origine est établie de façon certaine et qu’elle est traitable (corps étranger, acariens, modification de la flore suite à de nombreux bains), la gestion de l’infection ne devrait pas impliquer de frais importants. Les coûts supplémentaires qu’engendreront les examens cytologiques seront largement compensés par le risque que représente la mise en place d’un traitement inadapté, pouvant conduire à la sélection de bactéries résistantes. Les otites nécessitant un traitement chirurgical (tumeur dans le conduit auditif) ou associées à des affections à vie (allergies) reviendront inévitablement plus cher à traiter. La facture deviendra très élevée lorsque des facteurs d’entretien s’installent, tels que des infections à Pseudomonas résistants, une otite moyenne ou un autre processus irréversible. Il est la plupart du temps possible d’éviter cet écueil en initiant rapidement un traitement adapté dès la première visite.

Revue de presse – Août 2016

BREVES

Etats-Unis

Des nanoparticules pour traiter le cancer des os

L’animal modèle pour tester les traitements contre le cancer est, à l’heure actuelle, la souris. Cependant, une étude a tenté de faire l’expérience sur des chiens atteints de cancer, avec des résultats positifs.

Les chercheurs de l’université de l’Illinois ont ainsi inoculé un traitement contre le cancer des os à des chiens déjà malades. Malgré le stade avancé de la maladie, les particules se sont logés dans les sites atteints par les tumeurs, grâce à une nanoparticule, le pamidronate, qui s’attache de préférence aux zones atteintes des os. Elle s’est également montrée imperméable au cancer.

L’étude a été publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences le 13 juin.

Les chiens utilisés pour l’étude étaient tous des animaux de compagnie, atteints d’un cancer des os avancé, mais qui toléraient très bien les hautes doses inoculées sans signe de réaction négative.

(source : Newstat, 1er août)

Etats-Unis

Le manque de diversité génétique du bulldog n’améliore pas sa santé

Populaire mais connu pour sa mauvaise santé, le bulldog anglais vit environ 8 ans. D’après une nouvelle étude, il semblerait difficile d’améliorer cette longévité.

Les chercheurs de l’université de Californie UC Davis ont étudié la diversité génétique de la race, en se basant strictement sur l’ADN plutôt que sur les pedigrees. Il en résulte (et ce n’est pas surprenant) une très forte consanguinité. Pour la race, cela signifie un pool génétique très appauvri, alors qu’une diversité génétique permettrait d’améliorer nettement la santé des individus.

L’étude a été publiée dans la revue Canine Genetics and Epidemiology le 28 juillet.

Les chercheurs ont étudié l’ADN de 102 bulldogs anglais, dont 87 venant des Etats-Unis, les autres d’autres pays. Ces chiens ont été génétiquement comparés à 37 autres chiens de la même race, afin de déterminer si les problèmes génétiques de la race venaient des pratiques d’usines à chiots.

L’étude a confirmé l’idée initiale, à savoir à quel point le génome du bulldog a été modifié en 5 siècles de croisements, concentrés principalement sur l’apparence du chien. « Nous étions nous-mêmes saisis de voir à quel point il restait peu de place pour de nouvelles modifications », explique Niels Pedersen, principal auteur de l’étude.

(source : NewStat, 2 août)

Allemagne

Les chattes répondent à l’appel des petits dès qu’il y a urgence

L’instinct maternel n’est pas l’apanage des humains ! En effet, les chatons semblent bénéficier d’une communication unique en son genre avec les chattes, même celles qui ne sont pas leur mère, d’après une étude des chercheurs de l’école de médecine et de l’école vétérinaire de Hanovre (Allemagne).

Les chattes sauraient ainsi distinguer dans les appels des petits les différents niveaux d’urgence et y répondre en conséquence. Les chats mâles ne semblent pas ajuster leur réponse comportementale de la même manière.

L’étude a été publiée le 12 août dans la revue BMC Evolutionary Biology.

Les chercheurs ont enregistré 14 miaulements chez 7 chatons, 4 mâles et 3 femelles, âgés de 9 à 11 jours, dans deux contextes différents. En « stimulation modérée », le chaton était physiquement séparé de sa mère et frères et sœurs pendant 3 minutes et non manipulé. En « stimulation forte », le chaton était retiré du « nid » pendant 3 minutes, soulevé du sol et retourné sur le dos.

« De façon surprenante, mâles et femelles adultes répondaient de la même manière lorsqu’un chaton miaulait dans un cas de stimulation modérée. Mais lorsque leur niveau de stress augmentait, les femelles ajustaient leur réponse comportementale, contrairement aux mâles. Par ailleurs, il ne semblerait pas nécessaire pour une femelle d’avoir déjà été mère pour manifester ce type de comportements et réagir à l’appel de chatons stressés », explique Wiebke Konerding, principale auteur de l’étude.

(source : NewStat, 15 août)

Etats-Unis
Une étude menée sur la fertilité des chiens pointe du doigt les conditions environnementales

Au cours des 70 dernières années, un déclin de la fertilité du sperme humain a été observée, tandis qu’une augmentation des cancers des testicules et d’anomalies génitales pourraient indiquer un effet de l’environnement sur l’appareil reproducteur masculin. Les chercheurs pensent que certains perturbateurs endocriniens, trouvés par exemple dans un environnement chimiquement pollué, seraient à incriminer.

Le chien domestique partageant le même environnement que l’homme, il est amené à manifester plus ou moins le même type de maladies, souvent à la même fréquence, et répond d’ailleurs souvent de la même façon aux traitements thérapeutiques. Il a été démontré qu’en 40 ans, les cancers des testicules ont augmenté chez les chiens, selon une courbe relativement parallèle à celle des humains. Des chercheurs américains ont ainsi étudié la qualité du sperme chez 5 races de chiens (border collie, berger allemand, labrador, golden retriever …) sur une période de 26 ans, se basant également sur une base de données de santé afin d’identifier d’éventuelles modifications chez les chiots mâles. Afin d’évaluer l’impact environnemental sur la santé des individus, les concentrations de polluants chimiques ont été mesurés dans les tests et les prélèvements sur les fonctions endocriniennes et le sperme.

Les chiens testés avaient un taux de consanguinité assez faible, pour ne pas biaiser les résultats. Certains chiens étaient suivis pendant plusieurs années, les vieux chiens étant progressivement retirés de l’étude et remplacés par des plus jeunes. Ceux-ci étaient sélectionnés pour leur bonne santé physique et comportementale, mais leur fécondité n’était pas un critère.

Les chercheurs ont observé une diminution de la mobilité des spermatozoïdes sur une dizaine d’années. Dans les tests, plusieurs composants chimiques dont des bisphénols ont été identifiés.

Ces résultats démontrent avec certitude, et pour la première fois, un déclin de la fertilité chez les chiens sur une longue période. Si certains paramètres ont été observés comme étant à la hausse, comme dans certaines études antérieures, la baisse de mobilité des spermatozoïdes était continue. Comme résultat direct pour les individus, moins de mâles à la naissance, une plus grande mortalité des femelles, et une augmentation des cas de cryptorchidie. Plus inquiétant, les composants chimiques trouvés dans les prélèvements étaient également présents dans un large panel d’aliments pour chiens également testés. Etant donné que la concentration de ces composants chimiques retrouvés dans l’appareil reproducteur l’affecte directement, les chercheurs en ont conclu qu’il doit exister un mécanisme par lequel l’environnement chimique affecte directement la fertilité masculine.

(source : New York Times / Nature : http://www.nature.com/articles/srep31281)

Etats-Unis
L’agressivité chez le chien aurait une origine génétique

Si vous rencontrez des personnes pensant que leur chien pourrait être prédisposé à être agressif, ne vous étonnez pas : cela pourrait bien être possible, d’après une nouvelle étude.
Des chercheurs américains ont identifié approximativement 12 gènes communs chez plusieurs races de chiens qui seraient associés à une prédisposition à l’agressivité envers un humain ou un chien familier ou non familier. L’étude a été publiée le 8 août dans la revue BMC Genomics.

« Nous nous sommes concentrés sur les gènes spécifiques liés à l’agressivité envers des humains et chiens non familiers, que l’on trouve dans deux régions précises du génome », explique Carlos Alvarez, l’un des auteurs de l’étude. « Ces gènes concordent avec les mécanismes de la peur et de l’agression neuronale, connus comme l’axe amygdales-hypothalamo-hypophyso-surrénalien. »

(source : NewStat, 18 août)


Etats-Unis

Les chiens préfèrent les compliments aux friandises !

Les chiens sont des animaux sociaux, surtout dans leur rapport avec leur maître. Une récente étude démontrerait que les chiens préféreraient nettement les compliments et des paroles gentilles de leur maître en guise de récompense plutôt que des friandises.

Des chercheurs de l’université Emory d’Atlanta ont combiné des données d’imagerie cérébrale à des expériences comportementales pour savoir quelles étaient les préférences des chiens. Et d’après leurs observations, les chiens choisiraient volontiers les paroles.

L’étude a été publiée le 12 août dans la revue Social, Cognitive and Affective Neuroscience.

« Nous essayons de comprendre la base du lien homme-chien et si elle se concentre surtout sur la nourriture ou sur une relation plus affective », explique Gregory Berns, auteur principal de l’étude. « Sur les 13 chiens qui ont participé à l’étude, la plupart préférait les compliments de leur maître à la nourriture proposée, ou alors ils appréciaient les deux sans préférence. Deux chiens seulement ont manifesté une nette préférence pour les friandises. »

(Source : NewStat, 23 août)


Pays-Bas

Une méthodologie pour savoir s’il est raisonnable d’adopter un animal exotique

Comment savoir si un animal exotique sera heureux comme animal de compagnie ? Des chercheurs néerlandais ont mis au point une méthode d’évaluation pour le savoir.

De plus en plus de vétérinaires font face à cette mode croissante qui consiste à avoir des animaux de compagnie sauvages ou exotiques. La grille d’évaluation ne concerne que les mammifères, mais permettrait de savoir si un individu sauvage peut être gardé comme animal domestique.

L’étude a été publiée le 20 mai dernier dans la revue Frontiers in Veterinary Science.

Aux Pays-Bas, les 5 animaux exotiques les plus recherchés sont le daim sika, le wallaby, le wallaby tamar, le lama et la civette.

Le but de l’étude était de lister les animaux qui pourraient être domestiquées sans avoir besoin de connaissances biologiques très poussées ou d’un savoir-faire spécifique. La première étape fut d’identifier les animaux les plus populaires, par une recherche sur Internet, auprès des vétérinaires et des centres de sauvetage. Les mammifères étaient ensuite classés selon leurs besoins comportementaux, leur santé, les risques pour leur bien-être. Selon Paul Koene, principal auteur de l’étude, « l’équipe a identifié 5 espèces, mais elle compte la compléter après près de 270 autres mammifères. Elle tentera aussi de faire le même travail d’évaluation pour les oiseaux et les reptiles. Tout cela constituera une base de données exploitable et partageable dans le monde entier et dans une grande variété de contextes. »

(source : NewStat, 24 août)

CONGRES

Compte rendu du Canine Science Forum 2016, Padoue, Italie


par Charlotte Duranton, éthologue à AVA et doctorante Université Aix-Marseille

Dr. P. Pongrácz – La communication vocale chez le chien: contenu, informations et évolution.

Les vocalisations des chiens sont variées et porteuses d’informations.

L’approche du Dr. Pongrácz et de son équipe pour étudier les aboiements des chiens s’est basée sur l’hypothèse que les particularités de ces vocalisations ont évolué sous de nouvelles pressions de sélection dues à la vie des chiens dans le monde des humains. Les aboiements sont devenus un signal contenant des informations fiables et variables à propos de l’état interne des chiens, pour une nouvelle audience : non plus seulement leurs congénères, mais les humains, qui utilisent énormément la communication vocale.

Dans une série de tests dans lesquels étaient diffusés des playbacks d’aboiement, le chercheur et ses collègues ont montré qu’indépendamment de leur niveau d’expérience avec les chiens, les gens peuvent catégoriser correctement des aboiements de chiens produits dans des contextes variables ainsi que les états émotionnels des chiens liés à ces aboiements (aboiements de joie/jeu, aboiements de peur, etc etc).

L’équipe a aussi montré que, même s’il semble que les aboiements du chien se sont diversifiés sous la sélection de la domestication et donc des humains, la communication vocale, notamment par les grognements cette fois-ci, garde un rôle dans la communication intraspécifique, c’est à dire entre chiens. L’équipe du Dr. Pongrácz a réalisé plusieurs études portant sur l’interprétation de playbacks de différents types grognements par des chiens qui les entendaient. Les chiens savent reconnaître, en entendant simplement une séquence de grognements, s’ils appartiennent à un petit ou à un grand chien. Les chiens sont aussi capables de différencier si le grognement qu’ils entendent est un grognement de jeu, de peur, de protection, de défense de ressource… Par exemple, les chercheurs laissaient un os visible pour le chien testé, avec un son de grognement diffusé. Quand un grognement de jeu ou de peur était diffusé, les chiens testés s’approchaient rapidement de l’os pour le prendre, alors que quand un grognement de défense de ressource était diffusé, les chiens testés mettaient beaucoup plus de temps avant d’oser s’approcher de l’os. Les grognements portent donc des informations sur le contexte de leur production, que ce soit du jeu, ou différentes situations de conflits.

Les chercheurs encouragent la recherche sur les vocalisations canine à étudier des situations appliquées, notamment dans la relation humain-chien, la production de gémissements pour attirer l’attention de humains, ou encore les aboiements/hurlements des chiens laissés seuls.

F. Carballo – La capacité des chiens à discriminer les attitudes généreuses ou égoïstes des humains : comparaison entre les chiens de famille, les chiens de refuge, et les chiots.

Les chiens savent différencier les attitudes généreuses et égoïstes des humains.

Pour répondre à cette question, F. Carballo et son équipe ont comparé des chiens de famille adultes (ayant de fortes interactions avec l’humain), des chiens de refuge adultes (ayant peu d’interactions avec l’humain), et des chiots âgés entre 45 et 60 jours (c’est à dire en cours de socialisation) dans une tâche où les chiens étaient exposés à deux expérimentateurs, un généreux et un égoiste.

Pendant une phase d’entrainement, l’expérimentateur généreux pointait en direction d’un bol dans lequel se trouvait de la nourriture, puis le chien pouvait manger la nourriture ; alors que l’expérimentateur égoïste faisait aussi le geste de pointage vers le bol, mais le chien n’était pas autorisé à manger la nourriture. Chaque chien recevait 6 séances d’entrainement avec chacun des expérimentateurs. Ensuite, les chiens étaient soumis à un test de préférence entre les deux expérimentateurs : on leur présente les expérimentateurs debout, immobiles, et on regarde le premier expérimentateur vers qui se dirigent les chiens, ainsi que le temps passé à proximité de chaque expérimentateur. Puis, les chiens recevaient à nouveau 6 séances d’entrainement et un test de préférence.

Les chercheurs ont trouvé que les chiens de compagnie et les chiens de refuges ont préféré interagir avec l’expérimentateur généreux dès le premier test de préférence, alors que les chiots ne l’ont fait qu’après le second test.

F. Carballo et son équipe concluent donc que les connaissances sociales nécessaires aux chiens pour faire la différence entre généreux et égoïste se développent assez tôt dans le développement des chiens, et ne nécessitent pas d’expériences avec les humains très poussées.

N. Albuquerque – Compréhension fonctionnelle des émotions chez le chien.

Les chiens réagissent de façon fonctionnelle aux émotions négatives.

Les chiens étaient capables de reconnaître le stimulus audiovisuel cohérent (image positive avec son positif, et image négative avec son négatif) peu importe le sexe, la valence ou le côté de présentation. Les chercheurs ont donc conclu que les chiens sont capables de reconnaitre et d’associer entre elles les expressions faciales et vocales, de leurs congénères et des humains.

Pour étudier si en plus les chiens y répondent de façon fonctionnelle, les chercheurs se sont interessés aux comportements présentés par les chiens, comme les pourlèchements des babines (qui sont considérés comme des signaux de communication lorsqu’il n’y a pas de nourriture) pendant qu’on leur présentait les stimuli. L’équipe d’Alberquerque a analysé l’intensité des pourlèchements de babines en fonction du temps passé à regarder les images, et la fréquence des pourlèchements de babines dirigés vers la photo joyeuse ou en colère pour chaque chien.

Les analyses statistiques ont révélé que les chiens faisaient plus de pourlèchements de babines face aux images d’humains que face à celles de congénères. Les résultats ont aussi montré que les chiens faisaient plus de pourlèchements des babines lorsqu’ils regardaient les images de faces en colère que de faces joyeuses.

Les chercheurs concluent donc que leurs résultats mettent en évidence une réponse spontanée différentielle lorsque les chiens sont confrontés à l’expression d’émotions négatives, indiquant ainsi que les chiens comprennent de façon fonctionnelle l’information émotionnelle qu’ils perçoivent.

N. Affenzeller – Faire des activités de jeu après une séance d’apprentissage améliore la mémorisation chez les labradors retriever.

Jouer avec votre chien après un apprentissage améliore sa mémorisation.

Les résultats de l’étude ont montré que lorsqu’on les testait à nouveau 24h après la première séance d’apprentissage, les chiens qui avaient eu une activité de jeu avaient besoin de moins d’essais pour se rappeler la tâche apprise la veille, par rapport aux chiens qui n’avaient pas eu de période de jeu. Les auteurs concluent donc que la séance d’activité de jeu après l’apprentissage a amélioré la mémorisation de la tache par les chiens.

C’est la première fois qu’est mis en évidence le rôle d’une activité post-apprentissage sur la mémorisation chez le chien.

G. Cimarelli – Les relations des chiens de compagnie avec leur maitre et les autres chiens vivant sous le même toit.

Les chiens n’ont pas les mêmes relations avec les autres chiens qu’avec les humains.

Cimarelli a donc décidé d’étudier la relation unissant un chien avec son maitre et ses compagnons chiens. Pour étudier si les maîtres et les chiens compagnons ont des rôles semblables ou différents pour un chien de compagnie, la chercheuse et son équipe ont développé plusieurs tests permettant d’évaluer de nombreux aspects de la relation que le chien a avec son maitre et les autres chiens (dépendance, support social, référencement social, etc etc).

Les chercheurs ont donc testé 65 chiens avec leur maitre, et 57 chiens avec un partenaire chien qui vivait avec eux depuis au moins 1 an. Chaque dyade était testée dans un parc extérieur, et devait faire cinq tâches : exploration, séparation, réunion, réaction face à un objet nouveau, et face à un individu effrayant. Les chercheurs ont observés les mêmes comportements chez les chiens qu’ils soient testés avec leur maitre ou un chien (orientation vers le partenaire, synchronization, jeu, recherche de contact, comportements associés au stress, etc etc).

Les résultats montrent que les chiens regardent plus leur maitre, mais qu’ils synchronisent plus leurs mouvements avec leur compagnon chien. Ces résultats mettent en évidence un rôle différent d’un compagnon humain et canin pour le chien de compagnie. Les auteurs proposent que le chien utilise son propriétaire comme une source d’information, et considère son partenaire chien comme un compagnon avec lequel partager des activités.

S. Marshall-Pescini – Regarder vers l’humain : un comportement de renoncement, ou une mesure de communication avec l’humain ? Ré-évaluation de la tache « non- résoluble » chez les loups vivant en meute, les chiens vivant en meute, les chiens errants, et les chiens de compagnies.

Les chiens apprennent à regarder les humains pour leur demander de l’aide lorsqu’ils n’arrivent pas à résoudre un problème.

De nombreux auteurs ont d’ailleurs suggéré que ce comportement est une capacité qui a évolué chez les chiens pour s’adapter à leur environnement de vie dans un milieu d’humains. Cependant, lorsqu’aucun humain n’est présent, les loups confrontés à un problème difficile qu’ils n’arrivent pas à résoudre, sont plus persistants que les chiens. Il se peut donc que le fait que les chiens se retournent et regardent un humain soit en fait une conséquence d’une tendance générale qu’ils auraient à abandonner plus rapidement que les loups.

Marshall-Pescini et ses collègues ont cherché à savoir quelle était l’hypothèse la plus juste : une évolution due à la vie avec les humains, ou une tendance générale à abandonner rapidement ? Ils ont donc comparé les comportement de regards vers l’humain lorsqu’ils sont confrontés à une tâche impossible chez différents canidés : 20 chiens de compagnie, 21 chiens errants, 20 chiens vivant en meute, et 15 loups vivant en meute, tout en contrôlant le temps de persistance de chaque individu (le temps passé à interagir avec l’appareil).

Les résultats de l’étude ont montré que le degré de persistence affecte les comportements de regard vers l’humain. Quand les chercheurs ont controlé pour la persistence, ils se sont rendu compte qu’il n’y a aucune différence dans le temps avant le premier regard à l’humain entre les loups et tous les groupes de chiens. De plus, les chercheurs ont trouvé que les loups interagissent de façon générale plus longtemps avec l’appareil que tous les groupes de chiens quels qu’ils soient. En contrôlant pour la persistence, les résultats ont aussi montré que les chiens de compagnies regardaient plus l’humain que les loups ou les chiens errants, et que les chiens élevés en meute et les loups élevés en meute se comportaient de manière similaire.

Pris ensemble, tous ces résultats semblent montrer qu’en fait, le facteur le plus important pour expliquer le comportement de regard vers l’humain est bien le degré de persistence, et que lorsqu’on contrôle pour ce facteur, les différences entre chiens et loups sont minimes. Cela montre aussi que lorsque des différences restent quant au temps passé à regarder l’humain, elles sont en fait expliquées par le degré de socialisation à l’humain. C’est donc un exemple de plus de l’importance des histoires de vies et des apprentissages des individus dans leur communication avec l’humain.

C. A. Kaufmann – Le comportement social des chiens mâles castrés comparé à celui des chiens mâles intacts. Analyses vidéo, questionnaires et études de cas.

La castration peut avoir des impacts négatifs sur les comportements sociaux des chiens.

Les chercheurs se sont intéressés aux comportements sociaux des chiens. Les chercheurs ont trouvés des différences significatives : les chiens castrés reniflaient moins les parties génitales des autres chiens, montraient plus les crocs, et étaient plus agressifs envers les autres chiens que les mâles entiers.

En plus, des questionnaires ont été complétés par 104 propriétaires de chiens. Les résultats de ces questionnaires montrent que les chiens castrés réagissent de façon plus instable, moins constante, dans les situations stressantes.

Les chercheurs ont aussi étudié 54 cas pratiques lors de consultations vétérinaires. Leurs analyses ont révélé que les comportements d’agression et de peur sont plus fréquents chez les chiens mâles castrés qu’entiers.

Ces résultats vont dans le sens de précédentes études qui indiquent que la castration peut avoir des effets négatifs sur le comportement des chiens mâles. Mais il faut rester prudent : les mâles ont pu être castrés pour les problèmes de comportements cités. Cependant, même si c’est le cas, l’étude montre donc que la castration n’a en rien diminué les problèmes de comportement des mâles liés à la peur ou à l’instabilité émotionnelle.

I. Schöberl – Le type d’interactions du propriétaire affecte le comportement et la réponse physiologique des chiens lorsqu’ils se sentent menacés.

Les chiens ayant des maîtres rassurants sont moins stressés et se calment plus vite lorsqu’ils ont peur.

Aucun des chiens testés n’étaient stérilisé, car on sait que cela peut influencer leur réaction dans les situations stressantes. La menace consistait en l’approche d’une personne inconnue, portant une capuche, des lunettes, et se penchant en avançant directement sur le chien. Les fréquences cardiaques et variations de fréquences cardiaques étaient relevées avant et après la phase de menace grâce à une ceinture moniteur de fréquence cardiaque (Polar-RS800CX), et les chercheurs ont également observé les comportements des chiens.

Les résultats de l’étude ont montré que la fréquence cardiaque était plus élevée pendant la menace qu’après la menace, et que la variation de la fréquence cardiaque était plus élevée en présence du maitre qu’en son absence. C’est à dire que la fréquence cardiaque des chiens diminuait plus après la menace lorsque le maitre était présent : la présence du maitre apaisaient les chiens.

De plus, les chercheurs ont trouvé que les chiens dont les propriétaires interagissaient de façon amicale et rassurante avaient une fréquence cardiaque plus basse (étaient moins stressés) et une plus haute variabilité de la fréquence cardiaque (se relaxaient plus rapidement). Et ils ont également trouvé que les chiens se synchronisaient plus avec leur maitre, et montraient plus de comportements amicaux vis à vis de la personne menaçante lorsque leur maitre interagissait de façon amicale et rassurante.

Les chercheurs concluent que le style d’interaction du maitre avec son chien se reflète dans le comportement du chien et dans ses paramètres physiologiques. Les maitres amicaux et rassurants ont des chiens plus sécures, amicaux et apaisés.

J.R.A. Butler – Régime alimentaire de chiens errants en zone rurale au Zimbabwé.

Les chiens errants du Zimbabwé se nourrissent principalement de nourriture humaine à base de farine de maïs et d’excréments humains.

Dans les régions moins développées, il y a parfois un manque de lieux sanitaires, et les risques pour la santé humaine et pour la conservation de la faune sauvage du à un manque de contrôle de la population de chiens errants sont importants. La présence excréments peut avoir un rôle important dans ce cadre.

Butler et ses collègues ont réalisé des observations directes de 16 chiens errants, suivis par radio émetteur, pendant 18 mois, dans une zone rurale du Zimbabwé.

Leurs observations ont révélé que les ressources alimentaires d’origine humaine représentaient 87,5% du régime alimentaire des chiens. L’aliment le plus souvent consommé était les restes de sadza (un plat typique de la région, à base de farine de maïs et de légumes), ainsi que des excréments humains. En volume de nourriture ingurgitée, les charognes de mammifères représentaient 49%, et les restes de sadza et d’excréments humains 43%. Cependant, quand les chercheurs ont regardé non plus en volume, mais en composition nutritive, ils ont trouvé que l’apport principal en protéine provient des restes de sadza et des excréments humains.

L’équipe de chercheurs conclue alors que le nettoyage des restes humains dans les pays plus occidentalisés peut avoir eu un rôle essentiel dans le passage de la vie de chiens errants à celle de chiens de compagnies, ne leur permettant plus de survivre seuls. Butler souligne également que les contributions des restes et surtout des excréments humains dans le régime alimentaire et dans l’écologie comportementale des chiens errants contemporains devraient être plus reconnues et étudiées.

ETUDE

L’obésité chez l’animal domestique : analyses et gestion par les praticiens vétérinaires

L’obésité est l’une des maladies chroniques les plus communes et graves chez les chats et les chiens domestiques, et entraîne tout un panel de conséquences négatives, à commencer par un raccourcissement de l’espérance de vie. Bien que l’alerte ait été lancée sur ce problème depuis de nombreuses années et que les bénéfices d’un physique plus équilibré aient été maintes fois décrits, il reste toujours aussi frustrant et difficile pour les équipes vétérinaires et les propriétaires de bonne volonté de faire maigrir les animaux. D’autant plus que les bénéfices d’un régime réussi ne se maintiennent pas toujours sur le long terme, et les animaux reprennent souvent du poids rapidement après l’arrêt du régime. Pour prévenir l’obésité, les rôles du propriétaire et du vétérinaire sont capitaux, que ce soit pour l’identifier ou pour lutter contre elle.

C’est peut-être le plus difficile : reconnaître que son animal est obèse. La perception des propriétaires et des vétérinaires est très souvent différente. Les propriétaires posent un regard globalement irréaliste sur leur animal, et c’est justement une sous-estimation de la condition physique de l’animal et de son aspect corporel qui peut mener, dans un premier temps, au développement d’une obésité. Par ailleurs, l’humanisation de l’animal apparaît comme une justification du propriétaire pour expliquer son surpoids : le nourrir en abondance et le récompenser est une façon de lui montrer son affection. Dans ce cas précis, si le vétérinaire parle d’obésité de l’animal, le propriétaire sera sceptique, une réaction classique de déni. Il prendra même cela comme une accusation lorsque le vétérinaire exposera les risques associés à l’obésité, qui sont pourtant réels. Certains praticiens auront même entendu des patients expliquer qu’ils préfèrent avoir un animal heureux, même s’il est obèse et qu’il ne vivra pas vieux, plutôt que de le restreindre et ainsi de risquer de le rendre malheureux ! Une façon de rationaliser le problème et de signifier qu’ils ne feront rien pour le résoudre… Cela ne doit pour autant pas arrêter les praticiens pour l’établissement du diagnostic, car il en va du bien-être de l’animal (voir plus bas « stratégies de communication auprès des propriétaires »).

L’obésité résulte d’un déséquilibre entre la dépense d’énergie et la prise de nourriture. De nombreuses études ont souligné divers facteurs pouvant conduire au développement de l’obésité :

  • la prédisposition de certaines races, tant chez les chiens que chez les chats

  • le sexe de l’animal

  • s’il est stérilisé ou non

  • son âge

  • son taux de croissance

Le propriétaire peut être aussi facteur à risque, selon :

  • les choix alimentaires qu’il décide pour l’animal

  • la façon dont il le nourrit

  • l’environnement qu’il lui fournit et l’exercice qu’il lui fait faire

  • son âge et son propre état physique

  • son revenu financier

  • sa perception de l’état de son animal

Chez certaines races de chiens, un plus grand risque de développer une obésité peut être lié à un moindre besoin d’énergie.

Il a été en tout cas observé dans certaines études que les chiens obèses vivent souvent avec des maîtres âgés et eux-mêmes en surpoids, sans que l’observation ait été également confirmé chez les chats. Ces propriétaires parlent beaucoup à leurs animaux, les laissent dormir avec eux, et le surveillent pendant la prise des repas, ce qui tend à faire penser qu’ils les humanisent. Très souvent, ces mêmes propriétaires ont un faible revenu financier et dépensent peu pour la nourriture de leur animal. Dans leur étude, Courcier et al l’ont souligné, et ont également noté que la sous-estimation

de l’état physique de l’animal était courante. En comparant les perceptions de propriétaires de chien de Glasgow et de leurs vétérinaires, les chercheurs ont noté que 44% des propriétaires sous-estimaient l’obésité de leur chien.

Ainsi, de nombreux facteurs sont à l’oeuvre dans le développement de l’obésité, et les choix relatifs au propriétaire, tels que le choix du régime alimentaire, le fractionnement des repas et l’environnement de vie, sont très importants et doivent être considérés lorsqu’il s’agit de faire maigrir un animal. La plupart des études s’accordent à dire qu’une nourriture à volonté, trop riche doit être échangée contre une nourriture équilibrée et adaptée à l’animal, et que les animaux stérilisés doivent être suivis de près. La détermination des besoins énergétiques doit être évaluée dans la mesure du possible, et par ailleurs, le degré de restriction visant à éviter une reprise de poids peut varier et être ajustée.

J. A Larsen, C. Villaverde, Scope of the Problem and perception by owners and veterinarians, 2016

Quel traitement conseiller ?

Il est capital d’impliquer les propriétaires dans le programme d’amaigrissement, afin de déterminer des stratégies de nourrissage efficaces qu’ils pourront réaliser chez eux. Ceci afin de s’assurer qu’ils adhéreront sans réticence et sans paresse au programme arrêté.

En dehors des ajustements propres à chaque animal et aux possibilités du propriétaire, tout plan de régime devrait inclure une promenade 3 fois par jour pour un total de 30 à 45 minutes de marche.

Le vétérinaire devra particulièrement se soucier de l’implication du propriétaire, ce qui passera par une stratégie de « contrôle » de son propre comportement : lui apprendre à résister à la tentation de trop récompenser son animal, à ne pas culpabiliser, à ne pas être dans le déni, à être concentré sur l’objectif fixé etc.

Afin d’établir un plan d’amaigrissement réaliste et surtout réalisable par les propriétaires, se baser sur les « 5 A » peut être une bonne approche pour les conseiller efficacement :

  • « Assess », évaluer : évaluer au mieux le cas de l’animal et conseiller en conséquence

  • « Advise », conseiller : expliquer de façon argumentée quels sont les risques de l’obésité

  • « Agree », se mettre d’accord : collaborer avec le propriétaire afin de s’assurer son intérêt et sa bonne volonté

  • « Assist », aider : aider le propriétaire à mettre en place au mieux les conseils reçus

  • « Arrange », accommoder : apporter un suivi et une aide pendant le programme, l’ajuster si besoin

Le programme d’amaigrissement joue certes une part importante dans le contrôle du poids, mais il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’environnement et de l’approche du propriétaire. Conseiller de l’exercice, des stratégies de nourrissage, et globalement une activité quotidienne pour l’animal sont des aspects environnementaux à ne pas négliger.

M. Murphy, Obesity treatment, environment and behavior modification, 2016

Gestion des cas d’obésité et stratégies de communication auprès des clients

L’obésité continue d’être la maladie la plus répandue chez les chiens et les chats, affectant près de la moitié de la population d’animaux domestiques aux Etats-Unis. Bien qu’il soit bien établi que l’obésité a une influence très négative sur la santé, le bien-être, et même la durée de vie, les vétérinaires rencontrent encore beaucoup de difficultés pour « éduquer » et convaincre les propriétaires qu’il serait nécessaire d’entamer un programme de perte de poids de leur animal.

Les vétérinaires peuvent manquer de leadership ou de techniques pour communiquer efficacement avec leurs patients à ce sujet. En outre, le manque de temps et des inquiétudes concernant le bon régime alimentaire à donner à l’animal constituent des obstacles supplémentaires pour évoquer le sujet de l’obésité. Les équipes vétérinaires doivent alors se présenter comme un groupe cohérent et unifié dans leur approche pour traiter efficacement l’obésité des animaux de compagnie et de surmonter ces défis.

De nombreux vétérinaires sont réticents à dire à un propriétaire que leur animal est obèse, craignant que le diagnostic ne l’offense ou ne le bouleverse au point même qu’ils perdent sa clientèle. Si les vétérinaires parviennent à transmettre leurs recommandations diététiques, il se peut que derrière celles-ci soient négligées par le client, ou qu’il n’arrive pas à les mettre correctement en pratique et à faire maigrir son animal. En retour, cela peut décourager le vétérinaire.

Certes, l’obésité animale est un sujet complexe, difficile et sensible, mais c’est une responsabilité professionnelle pour le vétérinaire de la traiter comme toute autre maladie grave, aussi les stratégies de communication et les traitement doivent être réfléchis et conçus de façon à impliquer davantage le personnel et engager activement les clients pour qu’ils réussissent à faire maigrir leur animal de compagnie.

La cohérence est nécessaire pour que le succès soit durable. Les équipes vétérinaires doivent ainsi mettre au point une approche claire, logique et méthodique pour conseiller les clients sur l’alimentation, le mode de vie, et la qualité de vie de leur animal. Les conseils nutritionnels et les recommandations sur la perte éventuelle de poids devraient faire partie intégrante des visites de routine, par exemple pour un vaccin, des premiers rendez-vous pour un chiot ou un chaton, et lors de visites d’animaux malades. L’objectif de l’équipe vétérinaire devrait être d’évaluer la nutrition d’un patient comme le cinquième signe vital dans chaque examen, tel que proposé par le World Small Animal Veterinary Association.

Un autre élément important pour assurer des conseils nutritionnels de façon efficace est d’assurer

que l’équipe de soins est ouverte, accessible, et empathique. Beaucoup de propriétaires sont réticents à demander des conseils diététiques à leur vétérinaire : ils peuvent en effet se sentir gênés, craignent d’être jugés comme de mauvais propriétaires, ou doutent tout simplement que l’équipe vétérinaire puisse les aider. Ces préoccupations sont légitimes, et les professionnels doivent être là pour y répondre.

Il est important que les équipes vétérinaires soient proactives sur la perte de poids, car les clients peuvent rarement aborder le sujet spontanément. Chaque membre de l’équipe doit être formé pour communiquer de manière cohérente, sans jugement ou agressivité. Les vétérinaires doivent se concentrer sur l’écoute active de leurs clients, faire preuve d’ouverture d’esprit et être flexibles aux besoins de chaque propriétaire, de façon à offrir un soutien individualisé. Chaque membre de l’équipe a la possibilité d’influencer la compréhension du propriétaire sur la condition physique de son animal, sur la nutrition et ce qu’il faut changer. C’est la responsabilité des vétérinaires et des chefs d’équipe pour créer et maintenir les meilleures pratiques pour les communications et les traitements.

Trois éléments clés pour la réussite d’un régime

Le succès clinique pour atteindre et maintenir la perte de poids chez les animaux est déterminé par 3

facteurs clés: l’engagement du propriétaire, un programme de perte de poids individualisé, un contact vétérinaire régulier et cohérent. Lorsque ces trois éléments sont réunis, les taux de réussite sont grandement améliorés.

Réussir la gestion de l’obésité peut être très enrichissante. L’animal voit sa qualité de vie améliorée, et se trouve en meilleure santé. Le propriétaire de l’animal sera un client fidèle, surtout s’il s’est impliqué dans le plan de soins de son animal et a été motivé par l’équipe vétérinaire en ce sens.

J. Churchill, E. Ward, Communicating with pet owners about obesity, roles of the veterinary health care team, 2016.

Bibliographie

R. Backus, A. Wara, Development of obesity, mechanisms and physiology, 2016

M.L. Chandler, Impact of obesity on cardiopulmonary disease, 2016

M. Clark, M. Hoenig, Metabolic effects of obesity and its interaction with endocrine diseases, 2016

L. Eirmann, Nutritional Assessment, 2016

C. Frye, J. W. Shmalberg, J. J. Wakshlag, Obesity, Exercise and orthopedic disease, 2016

A. German, Obesity, prevention and Weight maintenance after loss, 2016

D. E. Linder, V. J. Parker, Dietary aspects of weight management in cats and dogs, 2016

PROTECTION ANIMALE

Vers des méthodes alternatives à l’expérimentation animale : des récompenses pour les chercheurs oeuvrant en ce sens…

La législation évolue pour faire en sorte que les essais sur les animaux soient limités au strict minimum (et les contraintes subies par les animaux aussi faibles que possible) mais, en pratique, le nombre d’essais a plutôt tendance à augmenter à cause du nombre croissant de nouveaux composés chimiques qui apparaissent dans notre environnement et dont la sécurité doit être testée. (in l’Essentiel n°414)

Le Lush Prize est le plus grand fonds mondial destiné à encourager les chercheurs à proposer des solutions alternatives. 55 projets nés dans 22 pays ont d’ores et déjà profité de ce Prix. Lors des précédentes éditions, il a permis l’attribution de plus d’un million d’euros.

2,2 millions d’animaux de laboratoire « consommés » en France

Chaque année, au moins 115 millions d’animaux sont « consommés » dans le monde par les laboratoires de l’industrie chimique et pharmaceutique, des universités et autres instituts de recherche, dont 11,5 millions en Europe (2,2 millions en France). Seule la mise au point de méthodes de substitution peut faire évoluer les choses. En matière d’expérimentation animale, c’est le concept des 3R qui doit prévaloir : diminuer le nombre d’animaux utilisés (Réduire), limiter la souffrance des animaux (Raffiner), voire s’affranchir de l’expérimentation animale (Remplacer). Un 4ème R est parfois ajouté, quand la Réhabilitation des animaux après leur utilisation est envisageable.

Le « Lush Prize » 2016 : une bourse de 315 000 euros

L’entreprise britannique qui fabrique et commercialise les cosmétiques de la marque Lush se positionne ouvertement en faveur des causes qu’elle défend. Son principal combat est celui de l’expérimentation animale : depuis sa création, il y a 20 ans, Lush milite pour l’interdiction des essais de cosmétiques sur les animaux et contribue activement à aider les chercheurs qui développent des méthodes de substitution, ou qui font pression sur les pouvoirs publics pour faire évoluer les choses. Depuis 4 ans, le Lush Prize récompense chaque année des chercheurs en pointe dans ce domaine. Des scientifiques du monde entier sont donc à nouveau invités à soumettre leur candidature pour le Lush Prize. Les inscriptions ont commencé depuis le 25 avril 2016 sur le site www.lushprize.org . Les différents gagnants se verront attribués une bourse globale de 250 000 livres (environ 315 000 euros).

Le Lush Prize se divise en 6 catégories : Science, Formation, Jeunes chercheurs, Lobbying, Sensibilisation du grand public et Black box prize. Lors de l’édition 2015, une partie importante de la dotation est allée à cinq chercheurs travaillant sur des méthodes de prévision des effets indésirables des composés chimiques appliqués sur la peau, sans recourir à l’animal : un Anglais (David Basketter), deux Suisses (Andreas Natsch, Roger Emter) et deux américains (Franck Gerberick, Terry Schultz). Leurs travaux visent à proposer des techniques qui puissent être appliquées dans tous les grands laboratoires du monde.

Lors de la cérémonie de remise du Lush Prize ayant eu lieu à Londres le 20 novembre dernier, L’Essentiel a rencontré la directrice éthique de Lush, Hilary Jones.

L’Essentiel : Depuis quand êtes-vous engagée dans le combat contre l’expérimentation animale ?

Hilary Jones : Mon engagement pour la défense des animaux remonte à l’adolescence ! En tant que « vegan », j’achetais des produits cosmétiques exclusivement végétaux et non testés sur les animaux. Je suis devenue cliente de Lush car leurs produits correspondaient à mes attentes. J’ai rejoint l’équipe fondatrice de la marque dans les années 1990 et je suis toujours avec eux. Je n’aurais pas pu intégrer une société dont je ne partage pas les valeurs.

L’Essentiel : Comment est née la marque Lush ?

Hilary Jones : L’actuel PDG de Lush, Mark Constantine, travaillait autrefois pour Body Shop, une autre société de cosmétiques. Avec quelques autres personnes, il a créé sa propre marque de

produits naturels, pour rester indépendant et continuer à travailler selon l’éthique qui lui est chère. Body Shop a depuis été racheté par L’Oréal.

L’Essentiel : Qui sont les clients de la marque ?

Hilary Jones : Beaucoup de gens sont simplement attirés par les couleurs de nos produits et l’atmosphère très ludique qui règne dans les boutiques Lush. (NDR : il en existe aujourd’hui 934, dans 44 pays différents, dont 43 en France). Mais nous avons aussi un noyau important de clients qui viennent parce qu’ils se sentent concernés par la protection de l’environnement, le bien-être animal, la toxicité de certains produits chimiques, etc. Globalement, les clients sont bien mieux informés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a 20 ans. Ils sont soucieux de connaître les ingrédients que nous utilisons. Ils veulent des produits végétariens, bios, issus du commerce équitable, etc. Les clients s’intéressent aussi à la réglementation concernant l’expérimentation animale.

L’Essentiel : Depuis 2009, il est interdit de vendre en Europe des produits cosmétiques testés sur les animaux, qu’ils soient fabriqués dans la CE ou importés* . Cette loi a-t-elle fait avancer les choses ?

Hilary Jones : La loi a en effet permis d’éliminer de nombreux essais inutiles sur les animaux, même si elle a été très longue à se mettre en place car des groupes de pression importants ont retardé son application. La loi a aussi ses limites : tester un ingrédient sur les animaux est effectivement interdit si cet ingrédient est uniquement destiné à la fabrication de cosmétiques mais pas s’il entre dans la composition de produits alimentaires, textiles, etc. De plus en plus de pays tiers s’interrogent sur le bien-fondé de l’expérimentation animale pour évaluer la sécurité des produits cosmétiques : la Nouvelle-Zélande, l’Inde, la Turquie et Israël ont déjà choisi l’interdiction, le Japon, la Corée et le Brésil pourraient prochainement les rejoindre. Malheureusement, d’autres pays autorisent toujours les tests de cosmétiques sur les animaux. Le gouvernement chinois peut même réclamer que des produits importés soient testés sur les animaux quand ils sont commercialisés en Chine ! Lush n’ouvre pas de magasin en Chine pour cette raison.

L’Essentiel : Comment garantissez-vous la sécurité des produits Lush, s’ils ne sont pas testés sur les animaux ?

Hilary Jones : D’abord, les tests sur animaux ne sont pas une garantie de sécurité absolue ! Dans bien des domaines, les effets secondaires de certains composants chimiques apparaissent chez l’homme alors que les tests sur animaux n’ont rien mis d’anormal en évidence. Il faut quelquefois très longtemps pour que ces effets secondaires apparaissent. Même si la gamme de produits Lush est très large, la sécurité de nos cosmétiques n’a jamais été mise en cause. Leur fabrication s’appuie sur des ingrédients naturels qui ont fait leurs preuves depuis longtemps et qui n’exigent pas de tests particuliers. Nous choisissons de ne pas utiliser de nouveaux ingrédients « miracle », comme par exemple ceux issus des nanotechnologies. Qui connaît les effets potentiels de ces composants sur la peau et la santé en général dans quelques années ? Dans nos laboratoires, nous utilisons exclusivement des produits végétaux : herbes séchées, graisses végétales, fleurs, huiles essentielles, etc. Nous travaillons nos mélanges d’ingrédients nous-mêmes. C’est comme faire la cuisine ! Nous créons de nouveaux plats avec ce que la nature nous propose, c’est tout. Mais il faut faire beaucoup d’essais avant d’obtenir un résultat satisfaisant : pour un produit qui arrive sur nos rayons, c’est 50 à 100 autres qui ont été éliminés en cours de développement. C’est très frustrant mais cette sélection rigoureuse est indispensable pour proposer des produits aptes à convenir à notre clientèle.

L’Essentiel : Seulement 4 ans après son lancement, le Lush Prize est aujourd’hui un événement auquel participent de nombreux scientifiques de très haut niveau. Ce concours a-t-il été difficile à mettre en place ?

Hilary Jones : C’est la première étape qui a été la plus délicate : il fallait d’abord composer un jury d’experts scientifiques qui puisse administrer le Lush Prize pour la société. Quand on travaille pour une entreprise comme Lush, réputée comme « activiste », il est difficile de séduire des scientifiques « sérieux », ils avaient un peu peur de nous ! Une fois la confiance établie, ce jury composé de bénévoles a fait un travail formidable. De manière complètement indépendante, ils ont tissé un réseau de chercheurs impliqués dans les méthodes alternatives à l’expérimentation animale. Dès la première année, le succès du Lush Prize a suscité beaucoup d’autres candidatures pour l’édition suivante. Le jury fait aussi une veille scientifique très importante : lorsqu’il repère des chercheurs qui ont des résultats intéressants à présenter, il les contacte en direct.

DROIT

Réparation ou remplacement d’un « être sensible » ? La Cour de cassation valorise le statut de l’animal de compagnie

La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 9 décembre 2015, qu’un animal de compagnie, en l’occurrence un chien, est un être sensible, mais reste un bien ; un bien particulier, « destiné à recevoir l’affection de son maître » qui, le cas échéant et pour ce motif, serait donc tout à fait fondé à en refuser le remplacement si, à la suite de son achat, il s’avérait que l’animal était porteur d’un défaut de conformité, réparable et ceci quel qu’en soit le coût. Une décision qui, pour la première fois, semble-t-il, remet en cause favorablement le statut de l’animal de compagnie, en dehors de toute considération de race, de prix et de destination. (in l’Essentiel n°414)

Cette décision peut avoir de multiples conséquences sur la protection des acheteurs d’animaux de compagnie.

Les faits

Le 22 mars 2012, une éleveuse professionnelle vend à un particulier un chiot de race bichon frisé, en tant qu’animal de compagnie. Celui-ci se révèle atteint d’une cataracte héréditaire entraînant de graves troubles de la vision. Invoquant un défaut de conformité au regard, notamment, de l’article L211-9 du Code de la consommation, son nouveau maître demande réparation, plus une allocation de dommages-intérêts. Considérant que le coût de la réparation est « manifestement disproportionné » par rapport « à la valeur du bien ou de l’importance du défaut », le vendeur choisit plutôt de remplacer le chiot, ce que n’accepte pas l’acheteur. Comme c’est souvent le cas dans ce type de litiges, l’affaire est portée devant le tribunal compétent, en l’occurrence le TI de Vannes qui, le 28 août 2014, donne raison à l’acheteur qui exige de son vendeur la réparation de son animal et refuse son remplacement pourtant autorisé par la loi. Le vendeur – c’était évidemment prévisible – s’est pourvu en cassation. La Cour (1re Chambre civile) a rendu son arrêt le 9 décembre 2015. Un arrêt pour le moins inattendu.

Les dispositions du Code de la consommation

L’article L211-9 (créé par ordonnance du 17 février 2005) dispose qu’« en cas de défaut de conformité, l’acheteur choisit entre la réparation et le remplacement du bien. Toutefois, le vendeur peut ne pas procéder selon le choix de l’acheteur si ce choix entraîne un coût manifestement disproportionné au regard de l’autre modalité, compte tenu de la valeur du bien ou de l’importance du défaut. Il est alors tenu de procéder, sauf impossibilité, selon la modalité non choisie par l’acheteur ».

L’arrêt de la Cour de cassation

La Cour de cassation, reprenant les attendus du tribunal d’instance, a confirmé et précisé :
« attendu, d’abord, qu’ayant relevé que le chien en cause était un être vivant, unique et irremplaçable et un animal de compagnie destiné à recevoir l’affection de son maître, sans aucune vocation économique, le tribunal, qui a ainsi fait ressortir l’attachement de Mme Y pour son chien, en a exactement déduit que son remplacement était impossible au sens de l’article L211-9 du Code de la consommation ; attendu, ensuite, qu’ayant retenu que le défaut de conformité de l’animal était présumé exister au jour de sa délivrance, concomitante à la vente, sans que soit démontrée une acquisition en connaissance de cause, le tribunal a implicitement mais nécessairement considéré que Mme X, réputée connaître le défaut de conformité du bien vendu en sa qualité de vendeur professionnel, avait commis une faute ; d’où il suit que le moyen n’est pas fondé ; par ces motifs : rejette le pourvoi ; condamne Mme X aux dépens ; vu l’article 700 du CPC, rejette la demande de Mme X et condamne celle-ci à payer la somme de 3 000 euros à Mme Y ».

Commentaires

Le jugement et l’arrêt rendus dans cette affaire sont tout à fait inédits, quelques mois seulement après le vote de la loi du 16 février 2015 qui dit dans son article 2 : « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens » (art. 515-14 du Code civil). Que peut-on en conclure ?

a. Tout d’abord, seul est visé ici le chien, en tant qu’animal de compagnie, « être vivant, unique et irremplaçable » ; et, précisément parce qu’il est « de compagnie », il est « destiné à recevoir l’affection de son maître », sans contrepartie économique ; l’attachement de Mme Y pour son chien rend donc celui-ci irremplaçable par un autre chien de même race, fût-il sans défaut : tous les motifs ainsi réunis n’autorisent plus le vendeur à préférer le remplacement à la réparation du bien, créant du même coup une exception à la règle. En serait-il de même pour tout autre animal de compagnie, y compris dans le cas d’un NAC, qui se révèlerait porteur d’un défaut de conformité découvert dans des circonstances comparables ? Le libellé des attendus précités semble exclure le cas général des animaux domestiques, puisqu’ils ne sont pas tous des animaux

de compagnie. En d’autres termes, pourrait-on s’attacher, de la même façon, à un animal qui ne serait pas un animal de compagnie, au point qu’on ne puisse se résoudre, le cas échéant, à le faire remplacer par un autre qui lui serait semblable ?

b. N’oublions pas, d’autre part, que la législation du défaut de conformité d’un animal ne s’applique que lorsque le vendeur est un professionnel et que l’acheteur est un
« consommateur» ; autrement dit, elle ne peut être invoquée dans le cas d’une vente faite par un particulier et où l’acheteur serait lui-même un consommateur, c’est-à-dire en l’espèce un non-professionnel. On voit bien l’ambiguïté de ce contexte singulier où l’animal, être sensible, reste malgré tout assimilé, notamment dans le cas d’une vente, à un vulgaire bien de consommation. L’analyse n’a manifestement pas été conduite jusqu’à son terme.

De sorte que le nouvel article 515-14 du Code civil manque, pour le moins, de cohérence puisque les animaux – sans distinction d’aucune sorte -, tous qualifiés d’« êtres vivants doués de sensibilité », restent « soumis au régime des biens », notamment dans le cas d’une vente. La solution de cette énigme ne résiderait-elle pas dans une refonte totale du droit des animaux, ceux-ci trouvant enfin une place qui leur serait propre entre le droit des personnes et le droit des biens, comme l’avait précisément recommandé Me Suzanne Antoine, ancien président de chambre à la Cour d’appel de Paris, dans un rapport qu’elle avait remis au ministre de la Justice en mai 2005 ?

c. Le défaut de conformité se distingue du vice rédhibitoire (code rural, art. L213-1 et suivants, liste très limitée, délais très courts) et du vice caché (code civil, articles 1 641 et suivants, délai d’action qui court à compter du jour de la découverte du vice), notamment par le fait que son mode d’action est explicitement prévu comme étant une extension des dispositions prioritaires de l’article L213-1 du code rural et par le fait également que le délai d’action (2 ans) court à compter du jour de la livraison de l’animal. Ces différentes modalités d’action ont déjà fait l’objet, ici, d’une publication spécifique. Il est néanmoins important de rappeler que, en principe, la législation des vices cachés ne peut être invoquée que si une mention expresse et afférente figurait déjà sur l’attestation de vente. La plupart des acheteurs, évidemment, n’en savent rien. Et la plupart des vendeurs ne sont pas particulièrement enclins à le leur faire savoir.

d. L’application de l’article L211-9 du Code de la consommation – qui est au coeur même de ce litige – vient donc de connaître une exception singulière et ceci pour deux raisons : d’une part, la faculté laissée au vendeur de ne pas procéder à la réparation du bien, dès lors que celle-ci entraînerait un coût « disproportionné au regard de l’autre modalité », se trouve purement et simplement annulée par le seul fait qu’il y aurait déjà entre le bien vivant et sensible et son maître un lien d’attachement, aspect pour le moins subjectif que l’on ne s’attend pas à trouver spontanément dans un code qui régit la consommation des biens ; d’autre part, cette interprétation suggère et confirme que l’animal est un bien vivant, sensible, par opposition aux biens inertes qui ne peuvent se mouvoir que sous l’effet d’une force étrangère, cette suggestion s’accompagnant d’une autre difficulté, à savoir que – si l’on en croit l’arrêt précité – seul l’animal de compagnie et notamment le chien, serait susceptible de faire ressortir cette notion d’attachement qui a permis au juge de la Cour d’en déduire que l’animal en question était donc devenu irremplaçable.


e. Jusqu’à cet arrêt qui fera sans doute date, comme le fit jadis le célèbre arrêt Lunus1 , les juges prenaient surtout en compte la destination (ou l’usage) que l’acheteur voulait donner à sa nouvelle acquisition, cherchant surtout à établir, avant de rendre une décision, un lien de cause à effet entre le dommage subi par le propriétaire et l’usage qu’il comptait faire de l’animal. L’expression « animal de compagnie » excluait donc a priori tout autre usage que celui de la compagnie, celle-ci étant comprise dans son sens le plus large. Cette fameuse expression, préférée des vendeurs qui en général s’abstenaient d’en expliquer les éventuelles conséquences auprès de leurs clients acheteurs – et pour cause ! -, vient de subir une rotation de 180°, puisqu’il suffira désormais à l’avocat de l’acheteur de démontrer que son client s’est déjà fortement attaché à son animal et de faire référence à ce nouvel arrêt qui l’établit d’une façon magistrale et dont on peut parier qu’il va faire jurisprudence. Avec un bémol, cependant : cet arrêt ne vise que les animaux de compagnie et, tout spécialement, les chiens. Il sera intéressant de voir si la Cour

suprême retient, par la suite, tout ou partie de sa récente démonstration pour l’appliquer à d’autres NAC, voire – pourquoi pas ? – à d’autres animaux domestiques… L’animal dit de compagnie vient, à l’évidence, de gravir quelques marches dans la considération qui lui est portée, dès lors que, même sans grande valeur pécuniaire, il est susceptible de « recevoir l’affection de son maître », celle-ci suffisant à en interdire le remplacement et à obliger son vendeur à assumer tous les frais de sa « réparation », quel qu’en soit le coût. Cet arrêt risque de provoquer des orages dans l’environnement des vendeurs d’animaux de compagnie… On peut aussi imaginer, dès maintenant, que de nouveaux arrêts viendront préciser, dans les mois à venir, cette évolution qui n’est pas sans lien direct avec la loi du 16 février 2015. Certes, l’animal était déjà un être sensible au regard du Code pénal et du Code rural ; depuis un an, il a gagné quelques galons dans le Code civil, enfin reconnu comme un être vivant, doué de sensibilité. « Ni repris, ni échangé » dans le cas présent, au motif que son maître y est particulièrement attaché, il attend que notre pays lui « fabrique » un code spécifique, enfin adapté à sa nature, loin du code de la consommation (vais-je consommer demain mon chat ?) et en lien étroit avec tout ce qui a déjà été fait en la matière chez nos voisins partenaires de l’Union européenne. Qui va avoir le courage de lancer cette vraie réforme ?

Sources :

1. Cour de cassation, arrêt du 16 janvier 1962 ; préjudice d’ordre affectif, subi à la suite de la mort accidentelle d’un cheval, son maître ayant réussi à démontrer qu’il y était particulièrement attaché.

2. Article L214-6 du Code rural et de la pêche maritime : « on entend par animal de compagnie tout animal détenu ou destiné à être détenu par l’homme pour son agrément ».

Revue de presse – Juillet 2016

Brèves

Chats stressés en refuge ? Une simple caresse peut changer les choses

L’année dernière, la revue Preventive Veterinary a publié une étude sur l’impact que des interactions positives, notamment par le toucher et la voix, pouvaient avoir sur les chats vivant en refuge. Les chercheurs se sont intéressés à un groupe de chats rendus anxieux par la gestion ordinaire de leur refuge. Le groupe a été divisé en 2, un groupe expérimental et un groupe de contrôle. Les individus du groupe expérimental étaient caressés 4 fois par jour et la personne qui s’occupait d’eux leur parlait avec une voix aiguë. Les chats trop agressifs pour être touchés à la main étaient stimulés avec un bâton agrémenté d’une gomme. Le groupe de contrôle était également en présence d’un chercheur, sans être stimulés. D’après les résultats, les chats du groupe expérimental étaient de bonne humeur et contents plus rapidement et plus souvent que les autres chats. Les chercheurs ont également noté des différences physiologiques : les chats stimulés produisaient plus d’anticorps et avaient moins de risques de maladies.

A noter que les interactions opérées étaient très progressives et contrôlées : le chercheur commençait par parler à l’animal, se tenait devant la cage puis l’ouvrait, avant de toucher le chat. Les caresses se faisaient d’abord sur les joues, puis sous le menton, entre les oreilles, à la suite de quoi le chercheur fermait la cage et quittait la pièce. Au bout d’une minute, il revenait et répétait l’opération, pour un total de 10 minutes d’interactions. A noter que le même chercheur réalisait les sessions.

Cette étude montre bien l’importance des interactions sociales positives. Pour les chats qui ont eu des expériences sociales avec les humains par le passé, des interactions contrôlées et prévisibles peuvent contribuer à diminuer leur stress et favoriser leur adoption.

Lire l’étude :

https://www.researchgate.net/publication/263316724_Effect_of_gentle_stroking_and_vocalization_on_behaviour_mucosal_immunity_and_upper_respiratory_disease_in_anxious_shelter_cats

(Source : Aspca.org)

Grande-Bretagne

Les chiens diminuent le stress des enfants autistes

Les vétérinaires connaissent bien les effets positifs des chiens sur le mental et le stress des familles. Une nouvelle étude démontre que cet effet est d’autant plus vrai pour les familles ayant des enfants autistes.

Les chercheurs de l’université de Lincoln, en Grande-Bretagne, ont noté que ces familles avaient moins de dysfonctionnements lorsqu’elles avaient un chien domestique.

Les liens dysfonctionnels entre les parents et l’enfant autiste étaient également largement diminués grâce au chien.

L’etude a été publiée en mars dans le Journal of Veterinary Behavior Applications and Research.

Une précédente étude avait été réalisée il y a 2 ans et demi pour démontrer les effets à court terme d’un chien sur les enfants autistes, afin de déterminer les effets à long terme.

D’après la nouvelle étude, les bénéfices à long terme s’étendent sur plusieurs années après l’adoption du chien, et le stress de l’enfant décroît très régulièrement.

« Le stress diminue singulièrement chez ces familles, contrairement à celles qui ne possèdent pas de chien », explique Daniel Mills, un des auteurs de l’étude.

(Source : Newstat, 26 juillet)

Etats-Unis

Un modèle pour tester les médicaments contre l’herpès du chat

Le FHV (Feline herpes virus 1) est une cause fréquente d’infections oculaires chez les chats. Cependant, les médicaments pouvant les soigner doivent être appliquées plusieurs fois par jour, et leur efficacité est contestée. Un nouveau modèle espère changer les choses sur ce point.

Les chercheurs du Baker Institute for Animal Health de l’ecole veterinaire de Cornell ont développé un modèle de test de ces médicaments. Les premiers résultats ont permis d’identifier un nouveau médicament qui devrait bientôt passer les tests cliniques. Cette étude a été publiée en juin dans le Journal of General Virology.

Les chercheurs ont rempli la cornée de chats décédés d’autres causes que des maladies oculaires avec de l’agarose, qui permet à la cornée de garder sa forme en dôme. Ils ont ensuite inoculé le virus à certaines cornées et pas à d’autres. Enfin, ils ont testé l’efficacité de deux traitements communément utilisés pour le traitement des infections oculaires dérivées du FHV : du cidofovir et de l’acyclovir, qui semble prometteur lorsqu’il est administré fréquemment.

Ces deux traitements faisaient disparaître l’infection lorsqu’ils étaient appliqués toutes les 12 heures, mais il semblerait que le cidofovir soit plus efficace.

Par ailleurs, les chercheurs ont utilisé ce modèle afin d’identifier d’autres traitements potentiels contre ces infections. Le raltegravir, utilisé chez les humains comme traitement contre le VIH, n’avair par exemple jamais été expérimenté chez les chats. Il semblerait très efficace, même avec une seule application toutes les 24 heures.

(Source : Newstat, 25 juillet)

France

Catedog.com, un outil d’information vétérinaire à l’usage des propriétaires

Offrant un contenu entièrement rédigé par un vétérinaire comportementaliste et

enrichi par plus de 1000 planches anatomiques, le site Catedog.com, est un outil

de vulgarisation inédit à l’usage des propriétaires d’un chien ou d’un chat

qui peuvent désormais bénéficier d’informations complètes, fiables et accessibles

sur la santé de leur animal.

Qu’il s’agisse de la santé de son animal comme de la sienne, le réflexe est

désormais d’aller rechercher des informations sur Internet afin d’essayer

d’établir soi-même un diagnostic avant même d’aller consulter son médecin

ou son vétérinaire. « La difficulté », souligne Laurence Dillière Lesseur,

vétérinaire comportementaliste auteure de plusieurs livres sur la santé

animale, « c’est la fiabilité de l’information glanée sur le Net. Dans la grande

majorité des cas, on ignore sa provenance, et donc le crédit qu’on peut lui

accorder. »

Devant ce constat, Laurence Dillière Lesseur a créé avec son mari

Vincent Lesseur, designer graphique, Catedog.com, un site internet dédié

à la santé animale résolument grand public, entièrement rédigé par un vétérinaire.

« Il ne s’agit en aucun cas de se substituer à une consultation, avec examen

clinique à l’appui, mais de répondre à un besoin désormais quasi général

d’information », précise Laurence Dillière Lesseur. Voilà donc 8 ans que

le couple travaille à ce projet, dont le lancement officiel a eu lieu le 14 février.

Ainsi, pour rompre avec l’univers clinique des sites vétérinaires existants,

Catedog propose une expérience utilisateur simple et ludique, faisant une

large place à l’illustration et mettant l’accent sur la pédagogie et la relation

affective à l’animal.

Résultat : les internautes ont désormais accès gratuitement à plus de 1 000

articles consacrés à la vie quotidienne et à la santé de leur chien ou de leur chat :

cycle hormonal, troubles du comportement, contre-indications alimentaires,

entretien ou encore mode de transport et législation européenne.

Dans un souci de pédagogie, chaque pathologie est illustrée par des planches

anatomiques (plus de 1 000 également) dessinées par Vincent lui-même sous

la validation scientifique de Laurence.

Catedog.com, c’est également des pages d’actualité, elles aussi exclusivement

rédigées par un vétérinaire et la possibilité de poser des questions en ligne

(réponses assurées par une équipe de vétérinaires). A l’avenir, un forum

devrait également permettre aux internautes d’échanger entre eux sur

les questions qui les préoccupent.

Plus d’informations : www.catedog.com

Grande-Bretagne

Les changements physiques et psychologiques des chats âgés documentés

On estime que les chats atteignent la vieillesse à l’âge de 15 ans, mais il n’est pas

rare de les voir dépasser cet âge, voire qu’ils atteignent les 20 ans.

Avec une si longue vie, à quoi ressemble un chat âgé en bonne santé ? Un groupe de chercheurs a tenté de définir cela. Dans une étude publiée dans le Journal of Feline Medicine and Surgery (JFMS), les scientifiques ont collecté toutes les informations relatives aux changements observés chez les chats âgés, du système musculo-squelettal au comportement et à la santé cognitive.

Ils ont également constitué une base de données sur les éléments biochimiques et sanguins spécifiques des chats matures et âgés, à partir d’une population de 600 chats âgés en bonne santé.

(Source : Newstat, 11 juillet)

ÉTUDE

Les effets de la solitude sur le bien-être des chiens

T.Rehn, L.Keeling, the effects of time left alone at home on dog welfare, Applied Animal Behaviour Science 129 (2011) 129–135

Dans nos sociétés modernes, les propriétaires de chiens travaillent très souvent toute la journée. Les chefs d’entreprise refusent souvent que leurs employés amènent leur chien avec eux, parce que certaines personnes ont des allergies ou ont peur des chiens. Par conséquent, de nombreux propriétaires de chiens ne voient pas d’autre alternative que de laisser leur chien seul à la maison pour une grande partie de la journée. Une étude de Norling and Keeling (2010) a montré que 73% des propriétaires de chiens suédois avaient laissé leur chien à la maison pendant les heures de travail. Dans le même temps, la sélection moderne sur l’apparence plutôt que sur les traits de comportement a conduit à un niveau de peur plus élevé chez les chiens de compagnie en Suède (Svartberg, 2006). La peur et l’anxiété sont étroitement liées, de sorte que les stratégies d’élevage pratiquées aujourd’hui peuvent augmenter le risque d’anxiété de séparation liée à des problèmes de comportement et une altération du bien-être des chiens. Bien que l’anxiété de séparation soit l’un des problème de comportement le plus fréquemment rapportés (par exemple Bamberger et Houpt, 2006; VoithandBorchelt, 1996), cela représente encore une faible proportion de la population totale. Il y a eu peu de recherches sur la façon dont les chiens qui ne manifestent pas ce trouble du comportement sont affectés par la séparation avec leur propriétaire. Des études antérieures sur les chiens ne manifestant pas d’anxiété de séparation indiquent un niveau élevé de comportement passif lorsqu’ils sont seuls à la maison. Aslaksen et Aukrust (2003) montrent qu’ils restent couchés 95,3% du temps lorsqu’ils sont laissés seuls à la maison entre 4 et 9.5h. Dans une autre étude (Vestrum, 2009), lorsque les chiens étaient laissés seuls à la maison avec un autre congénère, ils restaient couchés environ 83% du temps. Les chiots laissés seuls 1.5h exprimaient un comportement actif seulement au début de la période, mais devenaient ensuite plus passifs (77,4% du temps) (Frank et al., 2007). Dans ces études, l’effet de différentes longueurs de temps durant lesquelles le chien est laissé seul n’a pas été pris en considération. Chaque chien réagit différemment à un stress aigu et chronique et l’excitation peut se manifester par des comportements tels que la fréquence accrue des comportements oraux, la vocalisation, le corps tremblant, bâillements, position accroupie, augmentation de mouvements répétitifs, l’augmentation de l’auto-toilettage (par exemple, Beerda et al, 1997, 2000;. Glover, 1992;. Hetts et al., 1992; Rooney et al, 2007). Les réactions comportementales aux facteurs de stress peuvent être accompagnées d’une augmentation de la fréquence cardiaque (HR) et dans la salive, du cortisol (par exemple Beerda et al., 1998). Les réponses cardiaques peuvent également se produire de manière anticipée avant l’expression de tout changement dans le comportement, ainsi que persister au-delà de la réponse comportementale. La variabilité du rythme cardiaque (HRV) des animaux peut être une subtile indication d’une sensibilité au stress acquise dans l’élevage (par exemple Von Borell et al., 2007) et a par exemple été utilisé pour évaluer le niveau de stress des animaux dans différentes conditions de logement (par exemple Hagen et al., 2005). Le HRV a également été étudié chez les chiens et semble un bon indicateur des états affectifs des chiens (Maros et al., 2008). L’objectif principal de cette étude était d’identifier les éventuelles différences dans le comportement du chien et de l’activité cardiaque, selon le nombre d’heures pendant lesquelles le chien est laissé seul à la maison, pour évaluer l’impact potentiel sur le bien-être des chiens. L’hypothèse des auteurs est que même les chiens sans antécédents connus de problèmes de comportement liés à une séparation montreraient aussi des signes de stress négatif dans les moments où ils ont été laissés seuls pendant de longues périodes et qu’ils montreront des signes de grande excitation au retour de leur maître.

Cas clinique

Dermatite alopécique et érythémateuse : traitement par la moxidectine chez un colley

La démodécie est une maladie parfois difficile à traiter, divers protocoles sont disponibles, dont l’utilisation de l’amitraz, mal supportée dans le cas présent. Nous avons donc décidé d’utiliser la moxidectine malgré la race (colley) de l’animal non sans avoir effectué une recherche du gène MDR-1. Ce traitement a été rapidement couronné de succès. (in l’Essentiel n°414)

Une chienne colley, non stérilisée, âgée de 8 mois est présentée à la consultation pour une perte de poils multifocale associée à un érythème diffus. La chienne a été acquise à l’âge de 4 mois dans un élevage, elle vit seule dans une maison avec jardin, aucune contagiosité n’est signalée au propriétaire, elle mange un aliment industriel de bonne qualité. Aucun antécédent pathologique notable n’est signalé, les vaccins et les traitements anti-parasitaires internes et externes sont correctement administrés.

Anamnèse

Au retour des vacances d’été des propriétaires, une première plaque, non prurigineuse, est apparue sur un membre, soit à l’âge de 5 mois. Les lésions se sont ensuite étendues progressivement à la face et à l’autre membre antérieur, des croûtes et des démangeaisons modérées sont apparues. Ces éléments ont conduit un confrère à suspecter une pyodermite et à administrer une antibiothérapie orale pendant une dizaine de jours et une corticothérapie de courte durée. Une amélioration transitoire s’ensuit puis la dermatose rechute et s’étend en deux mois ; la chienne nous est alors présentée.

Examen clinique

A distance, le pelage paraît normal, seule une alopécie du chanfrein, des babines et des extrémités distales des 4 membres est observable (photo 1). La chienne est en bon état général, un peu amaigrie ; les propriétaires signalent une baisse de l’appétit récente en parallèle de l’aggravation de la dermatose. L’examen rapproché montre des plages alopéciques érythémateuses multifocales, qui concernent les membres antérieurs, en particulier les carpes et les métacarpes, mais l’alopécie et l’érythème sont également observés en écartant le pelage sur l’ensemble des quatre membres. La face est atteinte gravement, avec alopécie généralisée diffuse bilatérale et péri-oculaire. L’érythème est marqué et quelques croûtes sont observées sur les babines. Des plaques identiques associées à de nombreux comédons sont également présentes sur les flancs, mais recouvertes par le long pelage. Le prurit est marqué, plutôt facial. Les conduits auditifs sont sains.

Bilan clinique

Il s’agit d’une dermatose chronique, prurigineuse, alopécique et érythémateuse, avec quelques comédons et croûtes, multifocale et extensive, intéressant surtout les membres et la face, dans une moindre mesure les flancs sans caractère de symétrie, associée à une dysorexie.

Hypothèses cliniques

Démodécie

Dermatophytie

Dermatomyosite

Dermatite allergique

Pyodermite secondaire

Examens complémentaires

Des calques cutanés et des scotch-tests, réalisés sur les lésions alopéciques et érythémateuses faciales et podales, mettent en évidence une discrète prolifération bactérienne de surface à cocci. Le trichogramme ne met pas en évidence de parasites, de spores ou de manchons pilaires ; l’examen en lumière de Wood est également normal. Les raclages montrent par contre de nombreux Demodex et leurs oeufs, de taille classique ou plus courte mais toujours dans l’intervalle usuel : il s’agit de Demodex canis présent en grande quantité. Un Demodex est aussi observé sur un scotch-test de cytologie, confirmant sa localisation superficielle. La culture fongique (technique du carré de moquette stérile) envoyée au labo DPM Oniris est négative.

Diagnostic

Démodécie juvénile multifocale extensive à Demodex canis.

Traitement

Des shampooings hebdomadaires au peroxyde de benzoyle suivis d’une balnéation à base d’amitraz (Ectodex® dilué à 0,025 %) sont proposés au propriétaire, l’usage d’avermectines étant a priori exclu étant donné la race de la chienne. Après discussion, il s’avère que le maître de la chienne est diabétique. Les lotions seront donc effectuées à la clinique chaque semaine ; dans un souci d’efficacité, une tonte généralisée préalable est proposée mais les propriétaires sont « traumatisés » par l’idée et la tonte est donc reportée.

En parallèle, une antibiothérapie systémique est mise en place avec de la céfalexine (Rilexine®) à la dose de 30 mg/kg/jour en deux prises quotidiennes pendant 3 semaines, ainsi que des applications régulières d’une mousse hydratante (Ermidra®). La première application d’amitraz se déroule correctement puis la chienne développe une réaction fortement irritative se traduisant par un érythème généralisé prurigineux après chaque séance accompagné de suintements localisés. Les propriétaires rapportent également une agitation importante pendant les 48 heures suivantes. Cette intolérance associée à l’apparition de nouvelles lésions alopéciques et au refus toujours maintenu de tonte nous font envisager et proposer l’emploi d’une avermectine par voie orale, en l’occurrence la moxidectine. Le statut racial de la chienne, colley pure race, est bien évidemment une limite majeure. Après une nouvelle discussion, nous réalisons un test de dépistage du gène MDR-1. Le test génétique est heureusement négatif, ce qui permet de débuter la moxidectine à dose progressive, après accord écrit et consentement éclairé des maîtres.

Nous utilisons la Cydectine® à 1% injectable Bovins (soit 10 mg/ml de moxidectine) par voie orale quotidienne (hors AMM). Afin de prévenir toute réaction idiosyncrasique, la posologie initiale est de 0,1 mg/kg/j pendant 3 jours, puis 0,2 mg/kg/j pendant les 3 jours suivants, et 0,3 mg/kg/j pendant

3 jours supplémentaires. Aucun effet indésirable n’étant constaté, la dose d’entretien est ensuite administrée à raison de 0,4 mg/kg/j, soit 7 mg (ou 0,7 ml/jour) pour le poids de la chienne (17,5 kg). Après une quinzaine de jours de traitement, la chienne ne présente toujours aucun effet secondaire et le traitement est maintenu à la posologie de 0,4 mg/kg/j.

Evolution

L’état dermatologique s’améliore rapidement avec disparition progressive de l’érythème et du prurit, repousse du poil semaine après semaine et reprise d’un dynamisme et d’un appétit satisfaisant. La chienne est revue chaque mois pour des raclages sur cinq sites différents. Le nombre

de Demodex par lame diminue drastiquement. A deux mois on dénombre moins de trois Demodex par lame, puis plus aucun à trois et ensuite à quatre mois, soit deux séries de raclages négatifs à un mois d’intervalle. La repousse du poil est alors complète, la face et les membres sont cliniquement normaux et les plaques alopéciques du flanc ont disparu. Le traitement est alors administré encore 6 semaines à jours alternés, toujours à la même posologie de 0,4 mg/kg/j et terminé avec la guérison clinique et parasitologique. Le dernier contrôle à huit mois confirme la guérison ; aucune rechute n’est observée à ce jour.

Discussion

La démodécie est une maladie inflammatoire parasitaire du chien caractérisée par la prolifération anormale d’un acarien démodécidé très spécifique, Demodex canis. Les démodex sont considérés comme des composants habituels de la microfaune cutanée du chien. Une étude récente a démontré par recherche RT-PCR (real-time PCR) d’un gène de la chitine-synthétase la présence habituelle des

démodex sur la peau du chien – quoiqu’en petit nombre – quels que soient la race, l’âge, le pelage ou le sexe du chien.

La transmission du parasite se fait dès les premières heures de vie lors de la tétée depuis la mamelle vers le museau du chiot. Le parasite colonise ensuite l’ensemble du tégument follicule pileux par follicule pileux, par comportement nomade, avec une répartition variable dans le temps selon les zones. Chez la plupart des mammifères, le système immunitaire inné semble tolérer ces parasites et les contrôler dans une forme de relation symbiotique commensale. Le passage à l’état parasitaire ferait suite à des modifications de l’écosystème cutané, avec pour conséquence une prolifération majeure à l’origine d’un éclatement des follicules pileux et l’apparition d’une véritable maladie cutanée.

Leur multiplication excessive anormale chez le jeune chien est un cas à part, puisque les démodécies juvéniles généralisées y sont plus fréquentes que chez les autres espèces de mammifères. Elle pourrait être la conséquence d’une immunodéficience (endoparasitisme, malnutrition, mauvais état général chronique) ou plus probablement de prédispositions génétiques dues à des sélections raciales et l’isolement de critères spécifiques. Diverses études ont montré la surreprésentation de races comme les Staffordshire terriers, les bouledogues français ou les shar-peï (aux USA), les races à poil court et les petits terriers (en Europe).

La recherche de facteurs prédisposants – et leur contrôle – lors de démodécie généralisée juvénile ou de l’adulte est indispensable pour obtenir une guérison totale et définitive. Dans notre cas a priori classique d’une forme juvénile en cours de généralisation, se distinguent néanmoins quelques points originaux. Tout d’abord l’atteinte faciale et des membres antérieurs, habituelle chez le jeune, prend ici une forme rapidement extensive vu le jeune âge de la chienne, avec les premières lésions à cinq mois sur un membre et non pas sur le museau et une extension jusqu’aux flancs en moins de trois mois. Le prurit plutôt marqué ici n’est pas une caractéristique des démodécies non infectieuses du jeune. Même si une pyodermite secondaire est présente localement au niveau d’une babine avec présence de croûtes, elle ne constitue pas une complication majeure. L’antibiothérapie précédant de deux mois la consultation principale avait été de courte durée, tout comme la corticothérapie orale qui ne constitue pas dès lors un facteur aggravant.

D’autre part, la race colley ne fait pas partie des races prédisposées, celles à long pelage étant considérées comme habituellement épargnées. L’éleveur contacté par les propriétaires n’a pas confirmé – ou souhaité confirmer… – la présence de la maladie sur d’autres portées.

La recherche de facteurs prédisposants s’est avérée dans notre cas infructueuse, la chienne étant correctement vermifugée, alimentée et entretenue depuis son plus jeune âge. Ce cas de figure semble finalement le plus fréquent. Aucune maladie sous-jacente n’a donc été trouvée et la chienne se porte bien depuis le traitement. Le trichogramme n’a pas permis ici de mettre en évidence des manchons pilaires considérés comme classiques lors d’une démodécie dans une race à poil long.

La principale caractéristique de ce cas est thérapeutique. En effet, de nombreux problèmes se sont présentés pour trouver une solution adaptée aux demandes des propriétaires et à la race de la chienne. La première option envisagée, des balnéations d’amitraz hebdomadaires, s’est rapidement avérée impossible. Face à la contre-indication d’utilisation liée au diabète dont souffrait le propriétaire, les soins topiques devaient être administrés à la clinique. Le refus de la tonte compliquait le traitement. L’intolérance de la chienne dès la première application s’aggravant rapidement (érythème puis suintements), nous nous sommes retrouvés devant un dilemme : comment traiter une jeune chienne de race colley pour une démodécie en cours de généralisation quand l’emploi de l’amitraz est impossible ?

Les seules molécules restantes étaient donc les lactones macrocycliques, soit les avermectines, soit les milbémycines. La limitante fondamentale à leur utilisation est l’extrême sensibilité médicamenteuse dite MDR-1 (pour multi-drug-resistance) ou ABCB1-1Δ des Colleys et races apparentées. Elle est due à une anomalie génétique du gène MDR-1, suite à une mutation nt230(del4) à transmission autosomale récessive, à l’origine d’une glycoprotéine P de transport transmembranaire anormale. Cette protéine, exprimée dans les cellules endothéliales des capillaires méningés, est une pompe d’efflux rejetant certaines molécules en dehors du système nerveux central. Elle intervient également dans le foie et le rein par élimination active et au niveau de l’intestin par limitation d’absorption. La P-gP mutée est tronquée et ne joue donc plus son rôle de protection, des médicaments comme les lactones macrocycliques peuvent s’accumuler dans le liquide céphalorachidien et provoquer une neurotoxicité par mode GABAagoniste (blocage de la transmission de l’influx nerveux chez les arthropodes, les nématodes sauf filaires adultes et les mammifères).

La race colley étant très majoritairement porteuse de la mutation (homozygotes mutés ou hétérozygotes), nous effectuons en dernier ressort un dépistage par frottis buccal auprès du laboratoire Antagène. Par chance, la chienne est homozygote saine, donc non porteuse de la mutation. Cela nous permet donc d’envisager un traitement systémique avec une milbémycine et notre choix se porte sur la moxidectine par voie orale, la milbémycine-oxime n’étant plus disponible. Cette molécule semble en effet un substrat et un inhibiteur moindre de la P-gP que l’ivermectine, donc génère des effets neurologiques plus modérés et une tolérance augmentée. Pharmacologiquement, l’affinité de la moxidectine pour la P-gP est dix fois moindre et son transport à travers la barrière hématoméningée est plus faible.

Les propriétaires donnent leur consentement éclairé à cet essai thérapeutique que nous réaliserons avec prudence par paliers progressifs d’augmentation de posologie avec surveillance étroite. La moxidectine utilisée à une dose variant de 0,2 à 0,5 mg/kg/jour est en effet approuvée dans cette indication. En conclusion, dans ce cas, une lactone macrocyclique, la moxidectine (présentation en Cydectine® à 1% injectable ovins à la dose maximale de 0,4 mg/kg/jour hors AMM) a donc permis une guérison clinique et parasitaire en six mois sur un animal pour lequel aucun autre traitement efficace de sa démodécie n’était envisageable.

SYNTHESE

Traitements anti-épileptiques : les troubles cutanés sont très fréquents

L’épilepsie canine nécessite dans la plupart des cas un traitement à vie. Dans Frontiers in Veterinary Science, Tina Koch et coll. de l’Université Vétérinaire de Munich font le point sur les effets indésirables cutanés des médicaments employés dans cette indication, principalement le phénobarbital. Les auteurs présentent ici deux études, l’une rétrospective et l’autre prospective, mettant en évidence l’apparition de signes dermatologiques chez 10 à 20 % des patients, ce qui est beaucoup plus élevé qu’attendu. (in l’Essentiel n°411)

Les anticonvulsivants sont connus pour provoquer des effets indésirables (EI) qui sont une préoccupation des propriétaires de chiens épileptiques. Ces EI, quand ils ne sont pas à médiation immune, comprennent surtout une polyphagie, une polyuropolydipsie, une sédation, une ataxie, une augmentation de l’activité des enzymes hépatiques. Il n’existe dans la littérature que quelques rapports de cas de réaction d’hypersensibilité de nature immunitaire : sont décrits des dyscrasies sanguines, des hépatopathies idiosyncrasiques (avec le zonisamide), des troubles cutanés. Ainsi peut-on observer des dermatites nécrolytiques superficielles qui peuvent apparaître des mois ou des années après l’initiation d’un traitement par le phénobarbital. Des troubles cutanés ont aussi été décrits avec le bromure de potassium (panniculite) et le zonisamide (érythème multiforme). Les auteurs divisent les effets indésirables en EI de type 1 et 2. Les EI de type 1 ne sont pas à médiation immune et sont attribués aux propriétés chimiques et physiques de l’agent thérapeutique ou de ses métabolites. Ils sont dosedépendants et prédictibles. Les EI de type 2 sont à médiation immune, idiosyncrasiques et surviennent inopinément. Leur mécanisme est encore incomplètement compris. Les manifestations sont nombreuses : lésions hépatiques, adénopathies, pneumonies, anomalies hématologiques, mais les manifestations cutanées sont les plus fréquentes.

La situation en médecine humaine

En médecine humaine, on estime que 3 % environ des patients sous anti-épileptiques présentent des effets secondaires cutanés. Lors de ces hypersensibilités à médiation immune, on peut observer une urticaire modérée ou des éruptions maculopapuleuses dans les cas bénins. Plus grave, le syndrome d’hypersensibilité aux anti-épileptiques semble lié à une réaction immunitaire retardée de type 4, dans la mesure où des lymphocytes T spécifiques jouent apparemment un rôle majeur. D’autres théories suggèrent une intervention conjointe d’infections par les herpès et cytomégalovirus. Il existe aussi, probablement, des facteurs héréditaires prédisposants, faisant intervenir des déficits enzymatiques qui entraînent l’accumulation de métabolites toxiques. Des « patch tests » et des intradermoréactions peuvent être réalisés pour prédire ces EI. Les auteurs émettent l’hypothèse selon laquelle les EI cutanés seraient plus fréquents que ce qu’on croit chez les chiens sous anti-épileptiques. Il s’agit d’une étude prospective et rétrospective.

Etude rétrospective : 20 % d’effets secondaires cutanés

Dans l’étude rétrospective, 185 chiens (84,9 % souffrant d’épilepsie idiopathique, 15,1 % d’épilepsie structurelle) ont été inclus. 52,4 % d’entre eux bénéficiaient d’une monothérapie. On comptait 93 chiens sous phénobarbital (PB), 3 sous bromure de potassium (KBr), 1 sous lévétiracétam (LEV) alors que 47,6 % recevaient plus d’une molécule (66 sous KBr + PB, 5 sous PB + LEV, 10 sous KBr + PB + LEV), quelques chiens recevant zonisamide, prégabaline, lacosamide. Les effets secondaires généraux ont été nombreux : ataxie (27,1 %), sédation (20,5 %), moins souvent pancréatite (5,4 %) et maladies hépatiques (2,2 %). On a observé une neutropénie chez3,2 % des chiens. Les signes cutanés sont très présents, affectant 20 % des sujets dont 30 % présentaient une épilepsie idiopathique. Il s’agissait en général d’une alopécie prurigineuse (23 chiens) mais on a aussi noté des papules, pustules ou un érythème (13) alors qu’un animal a souffert

d’une nécrose de l’épiderme. Tous ces signes ne pouvaient être reliés avec certitude au traitement mais, en utilisant l’algorithme de Naranjo (qui précise la probabilité selon laquelle les EI sont dus à la molécule employée), les auteurs arrivent à la conclusion suivante : effets secondaires probablement dus au médicament dans 5,4 % des cas, possiblement chez 59 % des sujets, 35,1 % des cas étant douteux.

Etude prospective : 10,9 % de troubles cutanés

Dans l’étude prospective, 137 chiens ont été inclus, présentant une épilepsie idiopathique (74,5 %) ou structurelle (25,5 %). 10,9 % des malades ont présenté des signes cutanés après le début du traitement. Trois chiens avaient des lésions avant sa mise en oeuvre, mais celui-ci semble avoir exacerbé les troubles. Tous les chiens ayant présenté les lésions cutanées recevaient du PB, seul ou en association (PB/LEV, PB/KBr, PB/LEV/KBr). Celles-ci sont survenues quelques jours à quelques mois après les premières prises de PB. Une nécrose de l’épiderme est survenue chez 4 animaux, 8 chiens ont présenté des signes modérés (papules, pustules, érythème, lésions croûteuses, prurit, alopécie) localisés principalement au niveau de la face et des zones périoculaires, des jonctions cutanéomuqueuses, la région inguinale et les membres. Un chien souffrait en réalité de gale sarcoptique, aucune autre cause que les médicaments n’ayant été identifiée chez 14 chiens.

Chez 5 chiens, les symptômes cutanés ont été amendés en l’espace de 2 semaines après arrêt du traitement. L’abord thérapeutique des lésions a inclus anti-inflammatoires et/ou antibiotiques, anti-parasitaires avec une amélioration nette mais non pérenne. Dans 40 % des cas (tous les chiens étant sous PB), les EI ont été attribués au traitement probablement, possiblement dans 53, 3 % des cas, le reste (6,7 %) étant douteux. Les auteurs détaillent ensuite les résultats de tests intradermiques et à l’aide de patches, réalisés uniquement sur quelques chiens.

Une pathogénie encore obscure

Dans la discussion, les auteurs estiment que les EI cutanés lors de ces traitements sont plus fréquents qu’attendu. Le chiffre de 20 % dans l’étude prospective est jugé très élevé, de même que celui obtenu lors de l’étude prospective (10,9 %). Ils postulent que des mécanismes immunologiques identiques puissent sous-tendre la pathogénie des troubles cutanés et nerveux. On sait en effet que chez l’homme, les allergies alimentaires et l’asthme augmentent le risque de présenter une épilepsie. Par ailleurs, on utilise les acides gras oméga 3 et les triglycérides à chaînes moyenne pour diminuer la fréquence des crises lors d’épilepsie réfractaire, des produits également utiles dans la gestion de la dermatite atopique. Dès lors, il existe peut-être un lien entre maladies allergiques et épilepsie, menant à l’apparition de lésions cutanées, indépendamment des traitements anti-épileptiques. Chez l’homme, des facteurs génétiques prédisposent à l’apparition de ces événements, mais aucune prédisposition raciale n’a été observée dans cette étude. Concernant les patches tests et les tests intradermiques, les auteurs signalent que la valeur prédictive négative est élevée : aucun chien témoin, aucun chien sous PB ne présentant pas de lésions cutanées n’ont été trouvés positifs à ces tests.

Cette étude permet aussi de faire le point sur les EI autres que cutanés. Un quart des patients environ souffre d’ataxie et de sédation, apparaissant au cours des premières semaines de traitement mais s’améliorant par la suite. Troubles hépatiques, pancréatites, dyscrasies sanguines sont des sujets de préoccupation majeurs dans la littérature mais leur incidence apparaît somme toute assez faible dans cette série de cas par rapport à l’importance des troubles cutanés.

KOCH (T) : Cutaneous Adverse Drug Reactions in Dogs Treated with Antiepileptic Drugs. Frontiers in Veterinary Science. 2016.

SYNTHESE

Grade des mastocytomes : de fortes différences raciales

Les mastocytomes sont des tumeurs cutanées très fréquentes, que l’on classe selon deux grades (Patnaik et Kiupel). Dans Veterinary and Comparative Oncology, Mochizuki et coll. présentent les résultats d’une étude qui a tenté de relier la race et le grade de la tumeur diagnostiquée. Elle confirme quelques prédispositions alors que certaines races semblent protégées. En particulier, le carlin est effectivement prédisposé mais n’exprime pratiquement que des tumeurs de grades bas et intermédiaire. On confirme aussi que le berger allemand est très rarement atteint par ces cancers. (in l’Essentiel n°414)

Chez le chien, les mastocytomes sont les tumeurs cutanées les plus fréquentes, représentant environ 20 % de l’ensemble de ces néoplasies. Leur comportement biologique est très variable, ils peuvent être aussi bien bénins que hautement malins. Il s’agit donc d’un défi diagnostique. Le pronostic se base sur l’histopathologie, avec deux grades actuellement employés : celui de Patnaik est historiquement le plus utilisé et comporte trois grades. Des études ont montré des taux de survie à
1 500 jours de 93 %, 44 % et 6 % pour, respectivement, les tumeurs de grades I, II et III. Plus récemment a été introduit le grade de Kiupel qui n’en comporte que deux (grade faible ou élevé). Ce grade a été proposé pour éviter trop de variations dans l’estimation de la malignité par les pathologistes. Quand on emploie cette échelle, on constate que les chiens présentant des mastocytomes de haut grade ont un risque multiplié par 50 de souffrir de tumeurs évolutives.

Des prédispositions décrites

Il est désormais bien établi qu’il existe des races canines prédisposées aux mastocytomes : il en va ainsi du boxer, du Boston terrier, des Labrador et golden retrievers et du carlin. Inversement, ces cancers sont plus rares chez le berger allemand, le Yorkshire terrier et le chihuahua. Ces constatations suggèrent l’intervention de facteurs génétiques. Pour autant, peu d’études se sont penchées sur l’association éventuelle entre la race et le comportement de la tumeur. Deux, seulement, indiquent que le boxer et le carlin, bien que prédisposés, seraient plus volontiers atteints par des tumeurs de bas grade. Les auteurs ont donc cherché à relier la race avec le grade des mastocytomes, ce cancer ayant une expression très hétérogène.

Une étude sur près de 10 000 chiens

Ils reprennent les dossiers cliniques de 9 375 chiens atteints de mastocytomes. Selon le grade de Patnaik, les tumeurs étaient le plus souvent de grade intermédiaire (76,3 %), de faible grade
(15,5 %) ou de haut grade (8,2 %). Le grade de Kiupel était disponible pour 5 387 chiens. 89,2 % des tumeurs étaient de bas grade, 10,8 % de haut grade. Quand les deux grades étaient disponibles, le résultat était cohérent dans la grande majorité des cas. Ainsi, 96,3 % des cancers de grade intermédiaire selon Patnaik étaient classés en bas grade selon Kiupel, 3,7 % seulement étaient classés en haut grade.

Variations en fonction du sexe

On observe dans un premier temps que la proportion de tumeurs de haut grade augmente au fil de l’âge. En revanche, l’âge n’est pas associé au pourcentage de cancers de grade intermédiaire selon Patnaik. Il apparaît également que les femelles non stérilisées développent un mastocytome plus jeunes (7 ± 3 ans) que les chiennes ovariectomisées (7,9 ± 2,9 ans). Les chiffres sont de 7,6 ± 2,9 ans chez les mâles stérilisés ou non. Pour ces 4 catégories d’animaux, on note que les mâles ont un risque un peu plus élevé (x 1,26) de souffrir d’un mastocytome de haut grade. Mais d’une manière générale, les mastocytomes de haut grade frappent moins (x 0,59) les chiens stérilisés, avec une tendance plus marquée chez les mâles. Ces constatations sont identiques quel que soit le grade considéré (Patnaik ou Kiupel).

La population étudiée était constituée de chiens de race commune et de 117 animaux de races différentes (26 races avec plus de 50 représentants). On observe que les chiens de races de petit ou moyen format ont tendance à développer un mastocytome à un âge avancé. A l’inverse, les chiens issus de race de type bulldog sont atteints plus tôt au cours de leur vie (boxer, bouledogue français, bulldog anglais, American Staffordshire terrier, Staffordshire bull terrier, Boston terrier).

Tumeurs de bas grade chez le carlin

Les grades tumoraux diffèrent selon les races, pour les deux échelles considérées. L’observation la plus remarquable de cette étude est la bénignité majeure des mastocytomes chez le carlin. Seules 2,9 % des tumeurs dans cette race étaient de haut grade (selon Patnaik). Inversement, rottweiler et shih tzu présentent un risque pratiquement doublé, par rapport à la population générale (8,2 %), de souffrir de mastocytomes de haut grade (19,6 et 16,9 % respectivement). Toujours selon le grade de Patnaik, bulldog, beagle, cocker et caniche ont également un risque de mastocytomes de haut grade plus élevé (x 1,66 à 2,13). Les résultats sont moins significatifs quand on utilise le grade de Kiupel.

Le berger allemand épargné

Pour calculer plus précisément les risques relatifs de présenter un mastocytome, quel qu’en soit le grade, les auteurs ont confronté leur population d’étude à celle recensée par l’American Kennel Club pendant la durée de l’étude, soit environ 2 millions de chiens. Les chiens de race croisée sont évidemment exclus de cette analyse. Les chiffres qui en résultent sont les suivants : le risque relatif est multiplié par 15,26 chez le Parson Russell terrier, par 9,97 chez le Staffordshire bull terrier, par 7,33 chez l’American Staffordshire terrier, par 4,71 chez le boxer, par 4,38 chez le carlin. En revanche, on trouve une diminution du risque chez le berger allemand (x 0,14), le teckel (x 0,19), le Yorkshire terrier (x 0,24) et le caniche (x 0,24).

Dans la discussion, les auteurs concluent à une grande diversité du risque de mastocytomes de haut grade en fonction de la race. Il est vraisemblable que la sélection effectuée par l’homme au cours des derniers siècles ait accru le risque de maladies variées dans certaines d’entre elles. Le mastocytome est donc une tumeur hétérogène dans son expression. Cette étude confirme les prédispositions raciales déjà connues. Elle vérifie l’hypothèse selon laquelle le carlin est plus souvent atteint de tumeurs de bas grade et ouvre la voie pour des travaux de génétique moléculaire permettant d’expliquer ces phénomènes.

MOCHIZUKI (H) : Association of breed and histopathological grade in canine mast cell tumours.

Veterinary and Comparative Oncology.

SYNTHESE

Cystite idiopathique : une enquête sur les facteurs de risque

Le Journal of Feline Medicine and Surgery publie les résultats d’une étude sur les facteurs de risque d’apparition d’une cystite idiopathique féline. Menée en Norvège, elle a comparé les principales caractéristiques de chats malades et de chats indemnes. Ses conclusions permettent de conseiller quelques mesures préventives ou curatives simples et de bon sens. (in l’Essentiel n°414)

Les affections du bas appareil urinaire (ABAU) ont uneincidence de l’ordre de 1,5 %, rappellent les auteurs. Elles connaissent de nombreuses causes : infections, urolithiases, cancers, facteurs iatrogènes, etc. Quand aucune cause spécifique n’est mise en évidence, on parle de cystite idiopathique féline (CIF). D’après plusieurs études, la CIF compterait pour 54 à 69 % des cas d’ABAU. La CIF ressemble beaucoup aux cystites interstitielles humaines, du point de vue des signes cliniques, de la tendance aux récidives, de sa relation avec les stress. La pathogénie est complexe, différents facteurs pouvant intervenir. Les auteurs parlent de maladie psychoendocrinienne. Parmi les facteurs psychologiques incriminés, ils citent les conflits entre chats, des modifications de l’environnement, de l’alimentation, des déménagements, l’introduction de nouvelles personnes ou animaux dans le foyer, etc. Dans une récente publication, Buffington estime qu’il s’agit d’une maladie systémique, dont les causes vont bien au-delà de l’appareil urinaire seul, qualifiant la CIF de « syndrome de Pandore ». L’objectif de cette étude menée en Norvège était de comparer les caractéristiques de chats souffrant ou non de CIF, du point de vue de la personnalité des animaux, de leur comportement, de l’environnement et de leur quotidien. Matériel et méthode sont détaillés, ainsi que les questionnaires qui ont été administrés aux propriétaires.

Une étude sur 160 chats

L’enquête a permis d’identifier 70 chats souffrant de CIF dont les caractéristiques ont été confrontées à celles de 90 témoins. Parmi les cas cliniques, on comptait 80 % de chats de race commune et 20 % de chats de race, des proportions comparables à celles du groupe témoin. Les âges moyens dans le groupe CIF et le groupe témoin étaient respectivement de 5,7 et 5,8 ans. 67% des chats du groupe CIF étaient des mâles castrés, 3 % des mâles intacts, 23 % des femelles stérilisées, 6 % des femelles non ovariectomisées. Les chiffres, dans le groupe témoin, sont respectivement de 63 %, 6 %, 24 % et 6 %.

Un rôle de l’obésité

Les résultats de l’analyse univariée montrent que plus de la moitié des chats souffrant de CIF étaient en surpoids (30 %) ou obèses (21 %). La même observation chez les chats témoins donne des chiffres respectifs de 28 et 4 %. La différence est significative. Les poids moyens étaient respectivement de 5,3 et 4,5 kg. On observait aussi des différences comportementales entre les deux lots : ainsi, les chats atteints de CIF étaient-ils plus volontiers qualifiés de peureux (44 %) que les sujets témoins (25 %). Dans l’analyse multivariée, l’obésité et un caractère « nerveux » apparaissent comme des facteurs de risque.

Davantage de chats d’intérieur

Les auteurs se sont également penchés sur l’environnement des animaux. Les chats présentant une CIF étaient plus souvent des animaux strictement d’intérieur (53 %) par rapport aux chats témoins (35 %). En revanche, on ne note pas de différence selon que d’autres animaux cohabitent ou non dans le foyer. On distribuait plus souvent des repas à heure fixe aux chats souffrant de CIF (36 %) tandis que les chats témoins étaient majoritairement nourris ad libitum (81 %). Ces derniers recevaient davantage d’aliments secs que les chats à CIF, qui étaient aussi plus souvent nourris avec des aliments dédiés aux chats stérilisés. Les changements de nourriture étaient également plus fréquents. On observait aussi que les chats atteints de CIF recevaient leur eau et nourriture dans des endroits moins sûrs et moins confortables. Dans l’analyse multivariée, seuls les changements fréquents de nourriture demeurent en tant que facteurs de risque.

Gestion du bac à litière

La gestion du bac à litière a été abordée : 10 % des chats à CIF avaient un bac placé dans un endroit inapproprié (manque de confort et d’isolement) contre 2 % des sujets témoins. Le substrat, la fréquence de nettoyage, n’interviennent pas. Cette observation n’est pas significative dans l’analyse multivariée. Enfin, du point de vue de l’aménagement spécifique, on note que 14 % des chats témoins avaient des accès à des points situés en hauteur, ce n’était le cas que pour 6 % des chats souffrant de CIF. La CIF frappe donc plus volontiers les chats obèses, de caractère « nerveux », n’ayant pas accès à l’extérieur et dont l’environnement est mal sécurisé, autant de facteurs sur lesquels il est possible d’agir.

LUND (HS) : Risk factors for idiopathic cystitis in Norwegian cats : a matched case-control study. Journal of Feline and Medicine Surgery. 2016. Vol 18, N°6, p 483-491.

SYNTHESE

Lipidose hépatique : importance d’une prise en charge précoce

Le dernier congrès du chat d’Arcachon (mai 2016) était axé sur la pathologie hépatique et pancréatique. Ce fut l’occasion de faire le point sur une maladie féline décrite pour la première fois en 1977 mais dont l’incidence annuelle semble augmenter depuis, la lipidose hépatique. Selon une étude récente, 0,16 % des chats venant à la consultation vétérinaire seraient touchés par la lipidose. (in l’Essentiel n°415)

La lipidose hépatique touche préférentiellement les chats adultes sédentaires (médiane : 7 ans). L’association entre un état d’obésité préexistante et une perte de poids importante et récente fait partie des signes d’appel qui doivent faire suspecter une éventuelle lipidose.

Physiopathogénie

Les cas de lipidose primaire (qui se développe sans cause identifiable) représentent moins de 5 %. Sans affection sous-jacente, un jeûne d’au moins deux semaines serait nécessaire pour déclencher la maladie. En général la lipidose est secondaire à une anorexie apparaissant dans un contexte pathologique favorisant son développement : affection gastro-intestinale (40 % des cas), hépatique (20 %), néoplasique (15 %) ou pancréatique (10 %). Dans ce contexte, une perte d’au moins 25 % du poids est constatée et un jeûne de 2 à 7 jours est suffisant pour déclencher le processus dans 90 % des cas.

Quelle qu’en soit la raison, l’interruption de l’alimentation provoque chez le chat une lipolyse importante et un afflux massif d’acides gras libres dans le foie, où ils sont stockés sous forme de triglycérides (TG) ou directement oxydés dans les mitochondries hépatiques. Cette bêta-oxydation est cependant dépendante de la carnitine. Un jeûne prolongé ou une affection prédisposante peuvent entraîner un déficit en carnitine et les TG s’accumulent alors au sein des hépatocytes, formant des vacuoles lipidiques optiquement vides, caractérisant cytologiquement et histologiquement la lipidose hépatique. Du fait d’un catabolisme protéique souvent exacerbé dans les contextes d’apparition de la lipidose, la production d’ammoniac augmente mais sa détoxification en urée peut être perturbée à cause des carences éventuelles (consécutives à l’anorexie) en au moins deux nutriments essentiels à l’uréogenèse : l’arginine et la vitamine B12. Des troubles nerveux caractéristiques de l’encéphalose hépatique peuvent ainsi se développer et sont liés à la toxicité neuronale du NH3 (très diffusible) et qui, une fois transformé en NH4+ (peu diffusible) dans le secteur intracellulaire, reste bloqué dans les cellules.

Présentation clinique

Un chat souffrant de lipidose hépatique est généralement anorexique et une amyotrophie a déjà pu s’installer. Un ictère est visible dans 70 % des cas mais son absence n’exclut pas la lipidose. Il est fréquent que l’hépatomégalie soit décelable à l’auscultation. Outre la nausée et le ptyalisme, le chat peut aussi présenter une faiblesse musculaire et une ventroflexion secondaire à l’hypokaliémie. Détresse respiratoire et hyperexcitabilité cardiaque peuvent être les conséquences rares mais graves d’une carence en potassium. La présence d’une encéphalose hépatique au diagnostic est rare (moins de 5 % des cas) mais peut être très délétère.

Examens complémentaires d’orientation

De nombreuses anomalies biochimiques peuvent être mises en évidence pour conforter la suspicion de lipidose hépatique :

augmentation des enzymes hépatiques : ASAT, ALP, ALT (plus rarement GGT qui est généralement le reflet d’une affection hépatique concomitante) ;

hyperbilirubinémie totale dans 95 % des cas ;

hypoalbuminémie dans 50 % des cas ;

hyperammoniémie peu fréquente, associée aux signes d’encéphalose hépatique ;

hypocoagulabilité : augmentation du temps de Quick (25 % des cas), du temps de céphaline activée (> 30 % des cas) et augmentation des protéines induites par une carence en vitamine K (PIVKA) chez 60 % des chats ; en effet l’absorption de la vitamine K, vitamine liposoluble, dépend

de la présence des sels biliaires et d’une bonne circulation entéro-hépatique ;

carences électrolytiques : à l’admission, environ 30 % des chats sont hypokaliémiques, une hypomagnésémie existe dans presque 30 % des cas et une hypophosphatémie dans 20 % des cas ;

l’hypocobalaminémie (déficit en vitamine B12) concerne 30 à 50 % des chats à l’admission et peut refléter un défaut d’absorption digestive concomitante. A l’échographie, le foie apparaît hyperéchogène, dense et gros ; cet examen est surtout intéressant pour l’exploration d’éventuelles affections sous-jacentes.

Diagnostic de certitude par histopathologie

La réalisation et l’analyse de biopsies hépatiques constituent les seuls moyens de diagnostic de certitude. Cela implique d’anesthésier l’animal, procédure risquée chez un chat débilité. Il faudra donc toujours stabiliser son état avant de pratiquer un tel examen. Une cytoponction peut en revanche être réalisée sur un animal vigile débilité. Elle peut permettre une analyse bactériologique et les complications sont rares (nécessité de vérification des fonctions hémostatiques auparavant). L’interprétation est cependant largement dépendante de la technique de cytoponction (prélèvement et étalement des lames) et de l’expertise du cytologiste.

Prise en charge nutritionnelle

Chez un chat anorexique, la réalimentation doit démarrer le plus tôt possible pour espérer interrompre le processus catabolique. Les orexigènes oraux étant majoritairement insuffisants, voire contre-indiqués, au début du traitement, la pose d’une sonde naso-oesophagienne s’impose généralement, relayée éventuellement par une sonde d’oesophagostomie quand le chat devient capable de supporter l’anesthésie. L’aliment liquide et tiédi doit être administré par petits volumes, en augmentant progressivement les doses. L’apparition d’un syndrome de renutrition inappropriée est à surveiller : la réalimentation provoque en effet une consommation très importante de potassium, magnésium et phosphates, pouvant aggraver ou déclencher des perturbations électrolytiques graves en termes de récupération.

Un traitement anti-vomitif est généralement nécessaire : métoclopramide (en perfusion continue : 1-2 mg/kg par 24 h) ou maropitant. Le métoclopramide en perfusion continue présente l’avantage de pouvoir stimuler la reprise/le maintien du transit digestif.

Stabilisation électrolytique

Une stabilisation hydro-électrolytique par voie intraveineuse s’impose chez les chats déshydratés et carencés, en s’appuyant sur un bilan ionique complet. Le dosage des électrolytes doit être réalisé dès l’admission et il ne faut pas hésiter à répéter ces bilans pendant la période d’hospitalisation.

S’il existe un risque d’insuffisance hépatocellulaire ou une suspicion d’encéphalose hépatique, mieux vaut utiliser un soluté cristalloïde de NaCl isotonique (0,9 %) plutôt que du Ringer Lactate.

En cas d’hypokaliémie, un apport IV de chlorure de potassium est nécessaire avec un débit maximal de 0,5 mEq/kg/heure. Attention à l’administration en bolus qui est mortelle. L’administration doit toujours se faire en diluant le volume requis dans la poche du soluté choisi ! Lorsque l’animal va mieux, le relais peut être pris par une complémentation orale de gluconate de potassium (ex : K for Cat® , MP Labo) : 1 à 3 gélules par jour selon la kaliémie (2 mEq/gélule).

S’il existe une hypomagnésémie concomitante à l’hypokaliémie, cette dernière sera souvent réfractaire au traitement si la première n’est pas prise en charge simultanément. Il peut donc être nécessaire d’administrer aussi du chlorure (ou sulfate) de magnésium en IV lente : 0,03 à 0,04 mEq/kg/h (3 à 4,5 mg/kg/h). Du chlorure de magnésium à 10 % peut aussi être donné par voie orale (1 à 2 mEq/kg par jour) mais cette administration peut être assortie d’un risque de diarrhée.

Le risque d’hypophosphatémie augmente pendant la phase de réalimentation et ses conséquences sont très délétères : l’hypophosphatémie peut être responsable d’anémie (risque d’hémolyse par fragilité osmotique), accroît le risque d’infection et est responsable de nombreux signes cliniques : faiblesse, douleurs musculaires, vomissements… Là encore, la complémentation se fait idéalement par voie IV lente, avec du phosphate monopotassique (0,01 à 0,06 mmol/kg/h). Il ne faut pas administrer de calcium en même temps à cause du risque d’hypocalcémie lié à la chélation entre phosphates et calcium et au risque de précipitation intraveineuse. Dans la perfusion, il est de toute façon recommandé de séparer l’administration de phosphates de celle du magnésium et du potassium.

Complémentation vitaminique

Au moins trois vitamines risquent de faire défaut lors de lipidose hépatique et leurs carences risquent d’être associées à des signes cliniques non négligeables. La supplémentation en vitamines B12, B1 et K est donc à mettre en place systématiquement. L’expérience clinique montre que si elles sont administrées dès l’admission, ces vitamines permettent de raccourcir la durée d’hospitalisation et d’améliorer le pronostic vital.

Le bénéfice potentiel d’une supplémentation en vitamine B12 (ex : Vitamine B12 Vetoquinol S® ) est très important et aucun effet secondaire n’est à craindre. La vitamine B12 s’administre par voie SC ou IM une fois par semaine (500 μg/chat).L’administration sera répétée au moins 6 semaines, en espaçant ensuite les injections selon le résultat des analyses biologiques. Il ne faut pas arrêter brutalement le traitement.

On manque de données quant à la prévalence de la carence en vitamine B1 ou thiamine (ex : NutraB® , Zoetis : 50 mg de thiamine/ml) mais elle est probablement présente dans de nombreux cas. La complémentation consiste à administrer 100 mg de vitamine B1/chat/jour en IV lente en mélangeant le volume dans le liquide de perfusion prévu pour 24 h et en protégeant la perfusion de la lumière. Le traitement sera donné au minimum 3 jours de suite après l’admission.

L’apport en vitamine K1 (ex : Vitamine K1 injectable® , TVM) se fait à la dose de 1 à 1,5 mg/kg, une fois par jour pendant 3 jours consécutifs. Cette dose doit impérativement être respectée car une dose supérieure en vitamine K1 peut avoir un effet pro-oxydant lorsque le fonctionnement hépatique est altéré.

Traitements nutritionnels adjuvants

Les données d’une étude montreraient qu’une complémentation en L-carnitine pourrait améliorer la survie. De manière empirique, il est recommandé de donner 300 mg de L-carnitine/chat/jour pendant une semaine. Un soutien nutritionnel en antioxydants (exemple : SAMe et Silybine : Zentonil® Advanced, Vetoquinol) peut être conseillé pour favoriser la régénération cellulaire. En cas d’encéphalose hépatique (ou de suspicion) et pour limiter l’hyperammoniémie, l’effet acidifiant du lactulose (0,3 à 0,5 ml/kg deux fois par jour per os et à moduler en fonction de la consistance des matières fécales) peut être mis à profit : l’acidification de l’ammoniac en ammonium empêche l’absorption digestive. Le lactulose a aussi un effet laxatif qui limite la stase des selles et donc la résorption du NH3 non acidifié dans le sang.

Pronostic

Le pronostic d’une lipidose primaire est très bon : dans 90 %des cas, le chat survit et récupère complètement. Lors de lipidose secondaire, le pronostic varie selon l’affection sous-jacente. Une baisse d’au moins 50 % de la bilirubine dans la première semaine de traitement est un bon marqueur pronostique de survie. Le suivi des enzymes hépatiques au long cours permet de voir si la situation se normalise. Normalement, les valeurs doivent redevenir physiologiques en quelques mois.

SYNTHESE

Hyperadrénocorticisme : une enquête épidémiologique britannique

Le JSAP publie les résultats d’une importante étude britannique sur l’hyperadrénocorticisme. Elle permet de confirmer certaines données et d’apporter des notions nouvelles, comme la prédisposition du bichon frisé qui n’avait pas été mise en évidence auparavant. Elle montre que la prévalence de cette maladie est de 0,28 % et qu’elle frappe aussi bien les femelles que les mâles et plus volontiers les chiens dont le poids est supérieur ou égal à celui indiqué par le standard de la race. (in l’Essentiel n°415)

L’hyperadrénocorticisme (HAC) résulte d’une hypersécrétion de cortisol, souvent en raison d’un adénome hypophysaire fonctionnel, parfois à cause de tumeurs surrénaliennes. Les autres causes sont beaucoup plus rares. Le tableau clinique classique comprend : polyuropolydipsie, polyphagie, atrophie musculaire, alopécie, hyperpigmentation cutanée. Une étude américaine a estimé la prévalence des HAC d’origine hypophysaire à 0,2 % environ, l’incidence des nouveaux cas étant de 1 à 2 cas/1 000 chiens/an.

Différents facteurs de risque ont été déterminés : il s’agit en général d’une affection du chien âgé et des prédispositions raciales sont relevées : caniche nain, boxer et teckel. Les femelles sont surreprésentées dans certaines études mais pas dans d’autres. Les principales recherches épidémiologiques ont été effectuées aux USA, mais ne sont pas applicables sans nuances à la Grande-Bretagne, en raison notamment de différences génétiques dans les populations canines. Les quelques enquêtes britanniques indiquent un âge de survenue de l’ordre de 8 ans. Races toy, terriers, femelles en général sont davantage affectés.

77% des HAC, en Grande-Bretagne, sont d’origine hypophysaire. Les auteurs signalent par ailleurs que ces études ont été réalisées chez des chiens référés auprès de spécialistes et qu’elles peuvent dès lors ne pas refléter entièrement la réalité.

Une étude sur plus de 210 000 chiens

Cette étude avait pour objectif de décrire le signalement, la prévalence, les facteurs de risque de l’HAC dans des clientèles généralistes adhérentes au projet VetCompass entre 2009 et 2014. VetCompass collecte des données issues de cliniques volontaires et les exploite par la suite pour des études épidémiologiques. Un but essentiel était aussi de déterminer quelles races, en Grande-Bretagne, sont plus à risque d’HAC.

Prédispositions raciales

La cohorte étudiée comprend 210 284 chiens reçus dans 119 cliniques. On comptait 4 846 chiens suspects de HAC. Une exploitation manuelle des fichiers a permis de retenir 304 patients qui répondaient parfaitement aux critères de diagnostic de l’HAC. 37,32 % étaient des chiens déjà malades, 62,8 % correspondaient à des découvertes fortuites. Ces données permettent d’estimer la prévalence à 0,28 %. La prévalence la plus élevée est trouvée chez le teckel (2,6 %) et le bichon frisé (1,6 %). 79,3 % des patients atteints de HAC étaient de race, on recensait 50 %de femelles, dont 86,1 % étaient stérilisées. Le poids médian était de 12,5 kg et l’âge médian de 10,9 ans. Les races les plus fréquemment atteintes étaient le Jack Russel terrier (9,5 % de l’effectif), le bichon frisé (7,9 %), le Yorkshire terrier (7,2 %), le Staffordshire bull terrier (5,6 %) et le West Highland white terrier (4,3 %). Chez les animaux non atteints, le poids médian était de 17,8 kg et l’âge médian de 3,9 ans.

Une espérance de vie compromise

Les auteurs précisent ensuite les tests statiques ou dynamiques qui ont permis de parvenir au diagnostic chez les chiens suspectés fortuitement de développer un HAC. Il s’agit de la démarche diagnostique classique en la matière. Pendant la période de l’étude, 127 chiens à HAC sont morts, soit 41,8 % et ce de causes diverses. Ces décès sont intervenus à un âge médian de 12,7 ans. 119 de ces chiens ont été euthanasiés. 40,3 % des chiens pour lesquels le diagnostic avait été posé au moment de la consultation considérée sont également morts. On n’observe pas de différences raciales, mais les mâles ont eu davantage de risque de décès pendant la durée de l’étude.

Influence du poids et de l’âge

Les auteurs s’intéressent par ailleurs au risque relatif selon les différents groupes de chiens tels que définis par le Kennel Club. On notera que les chiens de travail, les chiens de berger, les chiens de chasse, sont relativement épargnés par rapport aux races toy. On remarque que le risque relatif de développer un HAC est multiplié par 3 chez les chiens de moins de 10 kg, par 3,1 pour les animaux de 10 à 19,9 kg, par rapport aux chiens de plus de 40 kg. Les analyses statistiques complexes effectuées lors de ce travail permettent de considérer qu’il existe de fortes preuves pour affirmer le risque accru d’HAC chez le bichon frisé (x 6,5) par rapport à des chiens de race croisée. Il en va de même pour le Yorkshire terrier (x 1,8) et le teckel (x 3,4). En revanche, certaines races sont beaucoup moins frappées par l’HAC. Il s’agit du border collie (x 0,1), du Labrador (x 0,3). On remarque aussi que les chiens dont le poids est égal ou supérieur au standard de la race ont un risque multiplié par 1,7 par rapport aux animaux moins lourds. L’âge est bien entendu un facteur de risque majeur. Des chiens âgés de 9 à 11,9 ans ont un risque multiplié par 3,9 de développer un HAC, le chiffre est de 5,7 pour les sujets de plus de 12 ans, ceci par rapport aux individus de 6 à 8,9

ans. On note enfin que les chiens assurés sont représentés 4 fois plus souvent que les non assurés.

Une prévalence de 0,28 %

Dans la discussion, les auteurs analysent ces données brutes et indiquent que l’HAC dont la prévalence est de 0,28 % en Grande-Bretagne est la troisième endocrinopathie la plus courante après l’hypothyroïdie (0,87 %) et le diabète sucré (0,34 %). Les méthodologies différentes employées dans les différentes études doivent néanmoins inciter à la prudence dans l’interprétation de ces chiffres.

On notera que cette publication est la première à identifier le bichon frisé comme étant une race à risque. Pour le teckel, il s’agit d’une confirmation. La relation faite entre le risque d’HAC et le poids est également intéressante : le risque est doublé chez les chiens dont le poids est égal ou supérieur à celui indiqué par le standard. Un surpoids pourrait donc intervenir dans la genèse de la maladie, ce qui a été déjà constaté dans des publications antérieures et également en médecine humaine. Le lien de causalité, pour autant, n’est pas établi. Il se peut, par exemple, que le surpoids lors d’HAC soit une conséquence et non une cause, les animaux atteints souffrant volontiers de polyphagie.

L’augmentation du risque de HAC au fur et à mesure de l’avancée en âge n’est pas une surprise, ce phénomène ayant déjà été décrit. L’âge médian de 10,9 ans des patients correspond à peu près aux chiffres antérieurement publiés. Cet âge est similaire à celui du pic d’incidence des cancers en général.

Si des études ont montré une prédisposition des femelles, ce phénomène n’est pas observé ici, contrairement à ce qu’on constate en médecine humaine où les femmes sont trois fois plus frappées par l’HAC que les hommes, sans qu’on puisse actuellement expliquer les raisons de cet état de fait. Ici, par ailleurs, les mâles avaient un risque de décès plus important en cours d’étude, pour des raisons qui demeurent à déterminer. On notera aussi que les risques sont identiques que les patients soient stérilisés ou non. Il est intéressant de constater que les chiens mâles stérilisés avaient des concentrations de cortisol post-stimulation plus élevées que les entiers, il est peut-être nécessaire de redéfinir des intervalles de référence, cette catégorie d’animaux étant possiblement sous-diagnostiquée.

L’étude met en évidence une plus forte proportion de chiens bénéficiant d’une assurance santé, comme c’est le cas pour un grand nombre d’autres maladies, tout spécialement quand les protocoles de diagnostic sont complexes et coûteux. Il est évident que ces patients profitent, davantage que d’autres, d’examens plus poussés, ce qui peut expliquer cette différence. Le traitement est également relativement coûteux. Les auteurs, en dernier lieu, conviennent de certains biais inhérents à ce type de travail. Les données n’ont pas été collectées initialement à des fins de recherche, elles sont donc parfois incomplètes et certains éléments cliniques ou diagnostiques peuvent être manquants. Par ailleurs, on ne fait pas ici la distinction entre HAC d’origine hypophysaire ou surrénalienne. Certains cas, d’autre part, ont pu échapper aux vétérinaires participant au projet VetCompass, faute de moyens pour établir un diagnostic.

En conclusion, on peut affirmer que l’HAC est diagnostiqué chez un chien sur 400 en Grande-Bretagne, le patient type étant un Yorkshire terrier, un teckel ou un bichon frisé ou plus généralement un chien pesant moins de 20 kg, mais plus que le poids indiqué dans le standard. Ces données peuvent permettre de renforcer la suspicion du praticien face à un cas douteux.

O’NEILL (DG) : Epidemiology of hyperadrenocorticism among 210,824 dogs attending primary-care veterinary practices in the UK from 2009 to 2014. Journal of Small Animal Practice.

La distension abdominale

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La distension abdominale peut être un motif de consulta­tion ou être remarquée par le clinicien au cours d’un exa­men clinique. Elle peut être due à l’accumulation de gaz, de liquide, à une augmentation de taille d’un organe ou à une combinaison de ces éléments. Certains propriétaires auront l’impression que leur animal a pris du poids, sans remarquer qu’une distension abdominale progressive peut être associée à un amaigrissement du reste du corps et à une fonte musculaire, particulièrement marquée sur le dos et la croupe.

Principaux diagnostics différentiels

  • Dilatation-torsion gastrique

  • Gestation ou pyomètre

  • Globe vésical (chats surtout)

  • Accumulation de liquide (ascite)

– Transsudat – hypoprotéinémie, hypertension por­tale préhépatique

– Transsudat modifié – affection hépatique, tumeur, affection péricardique, insuffisance cardiaque congestive droite, PIF (chats)

– Exsudat – péritonite, PIF (chats)

– Autre liquide – bile, sang,urine, chyle

  • Augmentation de taille d’un organe : en particulier, les affections infiltrantes et cancéreuses du foie ou de la rate

  • Syndrome de Cushing : rassemble une hépatomégalie, une faiblesse musculaire et une redistribution de la graisse (abdomen pléthorique)

Approche diagnostique

Lors d’une atteinte aiguë, on essaiera d’évaluer s’il faut mettre en place un traitement d’urgence ou non. Par exemple, les patients souffrant d’une obstruction vésicale ou d’une dilatation-torsion de l’estomac devront être pris en charge rapidement. Si l’atteinte est chronique, on prendra soin de recueillir une anamnèse complète en s’attardant surtout au passé reproducteur des chiennes non stérilisées. On réalisera aussi un examen clinique complet. Il est possible de palper un organe hypertrophié, mais il est souvent difficile d’identifier avec certitude duquel il s’agit. La présence d’un épanchement peut être révélée par un signe du flot positif. Une fois sa présence identifiée, on recherchera la présence d’un reflux hépato-jugulaire. Pour ce faire, un assistant exerce une pression ferme et continue sur le foie, ce qui provoque une augmentation du retour veineux vers l’atrium droit ; si la pression atriale droite était déjà élevée à cause d’une atteinte péricardique ou d’une insuffisance cardiaque droite, l’atrium droit n’arrivera pas à évacuer le surplus de sang et on pourra observer une distension jugulaire. Ce test est facile à réaliser,bien qu’il ne soit pas très sensible. On retiendra qu’il ne faut pas éliminer trop vite une affection péricardique ou une affection du cœur droit comme origine de l’ascite.

Lorsqu’on suspecte fortement la présence de liquide dans l’abdomen, on pratiquera une abdominocentèse et on enverra le prélèvement pour faire une analyse cy­tologique, biochimique (dont les protéines totales, l’al­bumine et d’autres paramètres énoncés plus haut), ain­si qu’éventuellement une culture avec antibiogramme. Il est intéressant de faire également une analyse bio­ chimique du sérum afin de comparer les résultats, ainsi que pour identifier une hypoalbuminémie sévère (va­leur en général < 15 g/L), pouvant être à l’origine de la formation d’un transsudat. La présence dans l’épanche­ment de granulocytes neutrophiles toxiques avec des inclusions bactériennes intracellulaires, associée à une glycémie basse et une lactatémie augmentée, orientera vers une péritonite septique nécessitant une chirurgie d’urgence. Dans le cas d’un uropéritoine, la concentration en créatinine de l’épanchement sera supérieure à celle du sérum. De même lors d’une pancréatite, les concentrations en amylase et lipase seront supérieures dans le hquide par rapport au sérum; et lors d’une péritonite biliaire, la concentration de la bilirubine sera supérieure dans le liquide d’épanchement. On pourra mieux cerner la chronicité et la sévérité d’une hémorragie chez les patients ayant un hémoabdomen grâce à la mesure de !’hématocrite et des protéines totales. On pourra réaliser ces analyses avec la majorité des analyseurs disponibles en clinique.

Une échographie permettra de confirmer la présence de liquide. Elle pourra aussi révéler une hypertrophie d’un organe, un pyomètre ou une gestation. Si on identifie une organomégalie, il est possible d’envisager de faire une biopsie. L’échographie permet aussi de vérifier qu’il n’y a pas d’épanchement pleural concomitant ; la mise en évidence d’une effusion bi­-cavitaire restreint les hypothèses diagnostiques à une hypoprotéinémie, une insuffisance cardiaque droite, une tumeur ou la PIF (chats). On l’utilisera également pour diagnostiquer une affection péricardique ou une insuffisance cardiaque droite.

Une radiographie peut aider à identifier les lésions grossières, mais ne présente qu’un intérêt limité lors de la présence de fluide à cause de la perte de contraste qu’il induit. On pourra cependant identifier un épanchement pleural ou une cardiomégalie grâce à des clichés radiographiques.

Traitement

La prise en charge initiale dépend de l’origine de la distension abdominale. Une dilatation-torsion de l’estomac, une obstruction vésicale, un uroabdomen, une péritonite septique ou un pyomètre sont des urgences. Les patients souffrant d’une hémorragie abdominale aiguë nécessiteront également une prise en charge en urgence afin de les perfuser, de poser un bandage abdominal compressif, et éventuellement d’envisager une chirurgie. Lors d’effusion péricardique, il faudra parfois réaliser une péricardiocentèse en urgence, selon la sévérité de la tamponnade cardiaque.

L’évolution des autres causes de distension abdominale est en général plus lente. La prise en charge initiale visera à établir un diagnostic pour traiter la maladie de façon adéquate. Il arrive lors d’ascite sévère qu’une ponction thérapeutique de suffisamment de liquide soulage l’animal en attendant les résultats des analyses. Lors d’hémoabdomen en revanche, il ne faut pas ponctionner, car ceci peut faire empirer l’hémorragie et empêche la réabsorption de l’hémoglobine et des protéines. Il ne faut pas répéter les drainages trop souvent au risque d’épuiser les réserves protéiques de l’animal.

Si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement ne sera efficace que si l’origine de la maladie a été déterminée. Si le diagnostic n’est pas certain, il faut réexaminer l’animal, se pencher à nouveau sur les résultats des analyses, et faire de nouveaux examens complémentaires si nécessaire.

Excepté lors d’une gestation, les affections responsables d’un épanchement engendreront des frais assez élevés. Elles sont toutes susceptibles de nécessiter des soins d’urgence, une chirurgie ou une gestion médicale conséquente. Il faut essayer d’estimer le pronostic pour en informer le propriétaire avant de se lancer dans des analyses ou une chirurgie poussée. Pour les cas chroniques, il faudra procéder par étape, en réalisant d’abord une échographie complète (ou une abdominocentèse suivie d’une analyse du liquide s’il y en a) pour tenter d’aboutir à un diagnostic. Bien que des radiographies puissent donner quelques renseignements, elles nécessitent souvent une sédation, et l’échographie permettra d’établir un diagnostic plus facilement.

Santé mentale des chiens en élevage intensif : lorsque la peur domine…

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Un article co-écrit par des vétérinaires institutionnels et une association de protection animale explore pour la première fois le profil comportemental de chiens nord-américains ayant vécu en élevage intensif pour y produire des chiots, avant d’être adoptés en famille. Sans surprise, l’article démontre que la caractéristique dominante que manifestent ces chiens est la peur, même plusieurs années après le début de leur « 2ème vie » en famille d’adoption.

Les élevages commerciaux produisent une grande part des chiens de race dans le monde entier. Les Commercial Breeding Establishment ou CBE (appelés vulgairement moulins à chiots, ou « puppy mills », dans les pays anglosaxons) doivent répondre à des impératifs économiques et de production souvent comparables à ceux de l’élevage du bétail. Les éleveurs tendent dès lors à conserver le plus de chiens dans le minimum d’espace légalement autorisé et dans des conditions de salubrité très variables. Les chiens sont ainsi détenus dans un espace restreint pour toute la durée de leur vie de reproducteur, parfois sans sortie, ni enrichissement de l’environnement et avec des interactions sociales réduites au minimum. Les auteurs ont cherché à objectiver, via un questionnaire comportemental, les troubles comportementaux chroniques des chiens ayant vécu en CBE et ré-adoptés à l’âge adulte, en comparaison avec une population de chiens de compagnie adoptés jeunes.

Un questionnaire C-BARQ (Hsu & Serpell, 2003) était rempli par les propriétaires/adoptants, qui documentaient également l’âge d’adoption de leur chien et la possession éventuelles d’autres animaux. Les chiens issus de CBE étaient recrutés via les contacts d’associations de protection animale, une partie des chiens ayant été saisis dans des CBE par ces mêmes associations. L’étude était présentée comme visant à « évaluer, chez leur chien, l’impact de son ancienne vie en « puppy mill » sur son comportement et son équilibre psychologique ». Le terme « puppy mill », certes péjoratif, était choisi car plus reconnaissable que celui de CBE dans le texte de sollicitation à l’étude. Pour être inclus (groupe CBE, 332 chiens), le chien devait avoir vécu jusqu’à 8 mois au moins en CBE (1 an pour les non-reproducteurs) et avoir été adopté depuis. Les chiens du groupe contrôle (groupe C, 332 chiens) étaient recrutés via des sites internet, des clubs de race et des hôpitaux vétérinaires et étaient appariés aux chiens du groupe CBE selon l’âge (à 6 mois près), la race et en moindre mesure le sexe (les chiens du groupe CBE étant majoritairement stérilisés). Logiquement, le délai de possession (temps depuis l’adoption) était inférieur dans le groupe CBE (20 mois) par rapport au groupe C (56 mois), pour une moyenne d’âge de 7 ans environ. Dans le groupe C, les chiens étaient issus d’un élevage (55 %), d’un refuge (19 %), d’une animalerie (7 %), le reste étant nés à la maison (3 %), chez des connaissances (10 %), ou acquis différemment. Enfin, 83 % des chiens du groupe CBE vivaient dans des foyers « multi-chiens », contre 56 % des chiens du groupe C.

Dans le groupe CBE, 24 % des chiens présentent un problème de santé (contre 17 % dans le groupe C), 83 % présentent un trouble du comportement (contre 56 % dans le groupe C), se décomposant en 33 % présentant un trouble modéré à sérieux du comportement (20 % dans le groupe C) et 50 % un trouble mineur (36 % dans le groupe C). Les troubles du comportement sont donc fréquents dans les deux populations, mais statistiquement plus représentés dans le groupe CBE. Le C-BARQ permet de mettre en évidence les variables les plus augmentées dans le groupe CBE en comparaison

avec le groupe contrôle : peur des étrangers (OR = 8,12), peurs non sociales (OR = 6,62), sensibilité au toucher (OR = 3,19), marquage urinaire (OR = 2,06), malpropreté urinaire (OR = 2,06), mictions ou défécations quand reste seul (OR = 2,81 et 2,07), comportements compulsifs. A l’inverse, certaines variables sont significativement moins présentes dans le groupe CBE, par rapport au groupe C : agressions sur les propriétaires (OR = 0,55), les personnes étrangères (OR = 0,4), les autres chiens (OR = 0,30), capacité d’apprentissage, d’entraînement (OR = 0,25), excitabilité (OR = 0,47), énergie (OR= 0,29), comportement de chasse de petits animaux (OR = 0,20), fugues, vagabondage (OR = 0,56). Par ailleurs, les résultats montrent que le fait de vivre dans un foyer « multi-chiens » améliore les scores des chiens de CBE pour de nombreuses variables en comparaison avec les chiens de CBE vivant seuls en foyer (ce que souligne l’effet positif de ce que l’on peut appeler le « chien thérapeute » pour un chien peureux, NDR). Le fait d’être stérilisé ou non a peu d’effets en revanche et uniquement sur les symptômes reliés à la malpropreté. Enfin, sur la majorité des variables, l’augmentation du délai de possession diminue la différence entre le groupe CBE et le groupe C, indiquant une amélioration des symptômes avec le temps.

La variable qui différencie le plus les groupes CBE et C est la « peur », même après plusieurs années en famille. Associée à la diminution des agressions, les chiens de CBE manifestent donc majoritairement une réponse « flight » (fuite, évitement) plutôt que « fight » (combat) face à un évènement inquiétant. Pour expliquer ce constat d’un profil-type du chien de CBE, les auteurs avancent trois types de causes :

Psychopathologie induite par le stress : plusieurs études ont exploré le bien-être des chiens vivant en environnement confiné ; les premières ont d’ailleurs étudié les chiens de laboratoire, pour lesquels le stress fait varier les variables lors des expérimentations. Les éléments statistiquement associés au stress dans ces études sont : la restriction spatiale, une mauvaise régulation des températures, les interactions aversives avec le personnel du chenil, l’impossibilité pour le chien de contrôler son exposition à des situations aversives, l’accès limité aux contacts positifs intra- et interspécifiques. Tous ces éléments sont présents en CBE, leur influence étant sans doute maximisée par le nombre d’années que passe le chien dans l’élevage. Une étude récente en refuge montre que le stress chronique des chiens est confirmé par les scores physiques et comportementaux, une autre étude y démontre le développement de comportementaux anormaux type timidité, agressivité, hypermotricité ou comportements locomoteurs stéréotypés. De plus, la mise en évidence de problèmes de santé en plus grand nombre dans le groupe CBE illustre ce que l’on sait de la répercussion physique du stress : cette association stress chronique/maladie physique a été démontrée dans de nombreuses espèces, y compris chez l’homme.

Un défaut de socialisation précoce (défaut d’exposition aux situations classiques d’une vie typique de chien de compagnie) : la période sensible pour la socialisation du chiot finit entre 4 et 6 mois. Le plus souvent, les reproducteurs des CBE y sont eux-mêmes nés et y ont passé leur période de socialisation. Plusieurs études expérimentales ont montré que de jeunes chiens élevés dans des conditions appauvries (déprivation sensorielle), au cours de leurs 4 à 6 premiers mois, avaient de grandes difficultés à s’adapter à un nouvel environnement, développant ce que l’on appelle le syndrome du chien de chenil (ou « kennel syndrom », NDR), caractérisé par une peur et une timidité excessive lors de l’exposition à un nouvel environnement humain et physique. Une autre étude a montré que des chiots isolés et déprivés entre 3 et 20 semaines manifestent des perturbations à vie et une altération des capacités d’apprentissages. Ces effets de l’exposition à un milieu de développement précoce hypostimulant sont le plus souvent extrêmement persistants et résistants à la réhabilitation, sans doute à cause d’altérations irréversibles de la structure du cerveau en développement du chiot. Dans cette étude, une grande partie des comportements typiques des chiens de CBE concordent avec les symptômes liés au défaut de socialisation précoce et à la privation sensorielle dans le jeune âge (et évoque fortement le tableau du Syndrome de Privation Sensorielle au stade 2, anxiété permanente, ou au stade 3, dépression chronique, tel que décrit par Pageat, 1995, NDR).

Des traumatismes précoces : l’influence de la période prénatale ne doit pas être écartée, si l’on considère que les futurs reproducteurs ont d’abord été conçus et sont eux-mêmes nés en CBE. Plusieurs études ont montré à quel point le stress maternel pendant la gestation influence la santé et le comportement ultérieur du chiot, qui manifestera notamment : dysfonctionnement neuro-hormonal, sensibilité, peur, émotivité augmentées, exagération des réponses de stress, difficultés d’apprentissage, augmentation de la susceptibilité aux troubles psychopathologiques… Pour ce qui concerne la période post-natale, les conséquences des traumatismes précoces (ELA ou « Early Life Adversity ») ont été largement étudiées chez l’enfant et ont révélé -chez les adultes qu’ils devenaient- un risque accru de problèmes psychologiques, tels que l’instabilité des relations sociales, des troubles de l’humeur de type anxieux ou dépressif. La modélisation des ELA chez les rongeurs ou les primates (privation maternelle ou sociale) a confirmé la corrélation entre ELA et vulnérabilité ultérieure aux troubles psychopathologiques, de par des altérations à long terme de la réponse neuroendocrine au stress, de la régulation émotionnelle, de l’adaptabilité, des fonctions cognitives, de l’attachement et même une modification épigénétique de l’expression des gènes associés aux troubles anxieux ou de l’humeur.

De telles études chez le chien sont rares (et anciennes), mais concluent que la période de socialisation du chiot constitue une période à risque pour des dommages psychologiques permanents, une période de vulnérabilité au cours de laquelle une expérience aversive même unique (notamment autour de 8 semaines) peut avoir des conséquences à long terme.

La genèse de la pathologie comportementale manifestée chez les chiens de CBE est sans doute multi-factorielle et composite des trois catégories précitées. Les auteurs se sont appliqués à proposer une méthodologie statistique très sérieuse, menée par ailleurs sur un nombre significatif de chiens. La bibliographie riche et la proposition de causes générant les troubles observés chez les chiens de CBE permettent d’argumenter autour de la genèse du « kennel syndrom » (et par extension de celle du syndrome de privation sensorielle de l’école française, NDR).

Source :

McMillan FD et al., Mental health of dogs formerly used as ‘breeding stock’ in commercial breeding establishments, Applied Animal Behavior Science (2011)