Revue de presse – Octobre 2016

BREVES

Etats-Unis

Les microbes peuvent prédire l’IBD canine

La maladie inflammatoire intestinale canine (IBD) est plus fréquente chez les chiens d’âge moyen et plus âgés, et comprend l’inflammation des intestins et des symptômes gastro-intestinaux chroniques. Une nouvelle étude offre quelques idées sur sa cause.

Des chercheurs de l’Université de Californie San Diego School of Medicine et de la Texas A & M University ont identifié un modèle de microbes indicatif de l’IBD chez les chiens et ont été en mesure de prédire quels chiens avaient cette maladie avec plus de 90 % de précision. L’étude a été publiée dans Nature Microbiology le 3 octobre.

Les chercheurs ont recueilli des échantillons de matière fécale de 85 chiens en bonne santé et 65 chiens avec des signes chroniques de maladie gastro-intestinale et de changements inflammatoires confirmés par la pathologie. Pour déterminer quelles espèces microbiennes vivaient dans chaque échantillon, ils ont utilisé une technique appelée «16S rRNA sequencing» pour identifier rapidement des millions d’espèces bactériennes vivant dans un échantillon mixte, en se basant sur les gènes uniques qu’elles hébergent.

Grâce à cette information, les chercheurs ont été en mesure de rechercher des similitudes et des différences dans les espèces microbiennes trouvées chez les chiens porteurs et les chiens sains. Les différences étaient suffisamment significatives pour permettre de distinguer les fèces de chien porteur de l’IBD des autres types de MII à 90%.

Cette approche pour diagnostiquer cette maladie chez le chien n’est cependant pas encore disponible pour les vétérinaires ou les propriétaires de chiens.

(NewStat, 11 octobre)

Suède

La source génétique du changement de comportement social canin identifiée

Pendant des milliers d’années, les chiens se sont adaptés à la vie au contact des humains et ont développé des capacités uniques pour communiquer et coopérer avec eux, y compris pour résoudre des problèmes difficiles. De telles adaptations peuvent également avoir été déclenchées par une base génétique, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université de Linköping en Suède ont identifié une relation entre cinq gènes différents et la capacité des chiens à interagir avec les humains. Quatre d’entre eux sont également liés à des troubles sociaux chez les humains, comme l’autisme. L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports le 29 septembre.

Les chercheurs ont confronté 500 beagles à la résolution d’un problème : ouvrir un couvercle fermé pour obtenir une friandise. Les scientifiques ont utilisé des enregistrements vidéo pour évaluer la volonté des chiens de chercher un contact physique avec une personne dans la pièce lorsque le problème s’avérait trop difficile.

Pour plus de 200 chiens, l’ADN a également été étudié. En utilisant une méthode appelée GWAS (étude d’association à l’échelle du génome), les chercheurs ont examiné un grand nombre de variantes génétiques à travers le génome. GWAS peut être utilisé pour savoir si une variante génétique particulière est plus fréquente chez les individus avec un trait particulier, comme le comportement de recherche de contact dans ce cas. Les chiens en quête de contact portaient plus souvent certaines variantes génétiques.

« Nous avons trouvé une association claire avec les régions d’ADN contenant cinq gènes différents intéressants. Quatre des gènes sont connus auparavant à partir d’études de troubles sociaux chez l’homme, par exemple, l’autisme et le TDAH », a déclaré Mia Persson, un étudiant au doctorat et auteur principal de l’étude.

(Newstat, 17 octobre)

Grande-Bretagne/Australie

L’argument pour motiver les propriétaires à promener leur chien identifié !

Si en tant que vétérinaire vous rencontrez des difficultés à motiver certains de vos clients à balader leurs chiens, l’encouragement et la motivation peuvent faire partie de l’équation, selon une étude récente.

Des chercheurs de l’Université de Liverpool au Royaume-Uni et de la Western Australia University ont examiné pourquoi certaines personnes se sentent motivées à marcher régulièrement avec leurs chiens et d’autres pas, et concluent que les facteurs démographiques et comportementaux contribuent à encourager et à motiver les propriétaires à faire des promenades. L’étude a été publiée dans BMC Public Health le 29 septembre.

Les données ont été recueillies à partir de 629 propriétaires de chiens participant à l’étude RESIDE, une étude menée pendant 10 ans auprès de 1 813 résidents à Perth, en Australie. Les données de deux résultats de l’enquête, « L’encouragement venant des chiens » (combien de fois le chien m’a encouragé à marcher le mois dernier) et « La motivation du chien à aller marcher » (avoir un chien me fait marcher plus) ont été analysées et ont identifié à la fois des facteurs négatifs et positifs qui leur sont associés.

« Nous savons maintenant que les propriétaires se sentent plus motivés pour promener des chiens plus gros, et s’ils estiment que la marche est bénéfique pour la santé du chien. Une relation forte avec le chien, et le sentiment que leur chien aime les promenades sont également motivants pour les propriétaires », a déclaré Carri Westgarth, BSc, MPH, PhD, l’un des auteurs de l’étude.

« Ils sont moins motivés à emmener leur chien s’ils perçoivent qu’il est trop vieux ou malade, ou si d’autres membres de la famille promènent le chien à leur place. »

(NewStat, 19 octobre)

Etats-Unis

Les chiens ignorent les conseils des humains s’ils sont mauvais

Si vos compagnons canins ne suivent pas vos instructions certaines fois, c’est peut-être qu’ils sont plus intelligents que vous ne le pensez. Du moins, c’est ce qu’une nouvelle étude suggère !

Des chercheurs du Centre de cognition canine de l’Université de Yale ont conclu que les chiens dédaigneraient les actions non pertinentes quand il y a un moyen plus efficace de résoudre un problème, même lorsqu’un humain exige à plusieurs reprises d’accomplir ces actions. L’étude a été publiée dans Developmental Science le 22 septembre.

Les chercheurs ont conçu une boîte de casse-tête pour chiens, dans laquelle la seule action pertinente pour obtenir la friandise était de lever un couvercle sur le dessus de la boîte. Lorsque les chercheurs ont montré aux chiens comment utiliser la boîte, ils ont d’abord montré un levier sur le côté de la boîte avant de soulever le couvercle pour obtenir le traitement. Une fois que les chiens ont appris à ouvrir la boîte, ils ont cessé d’utiliser le levier qui ne leur était d’aucune utilité.

En fait, les chercheurs ont découvert que les chiens étaient tout aussi susceptibles d’arrêter d’utiliser le levier comme des canidés sauvages, comme les dingos australiens.

(NewStat, 3 octobre)

Etats-Unis

Les chiens de pure race pas plus susceptibles de présenter des troubles génétiques que les croisés

Des chercheurs de l’Université Davis de Californie ont contesté la théorie selon laquelle les chiens de race pure sont plus enclins aux désordres génétiques que les chiens de race mixte. Ils ont étudié 27 254 chiens souffrant de troubles héréditaires sur une période de cinq ans. La théorie selon laquelle les chiens de race pure sont plus sensibles aux maladies héréditaires ne vaut que pour 10 des 24 troubles étudiés.

Voici quelques-unes des conclusions:

La prévalence des troubles chez les chiens de race pure et les chiens de race mixte variait selon la condition. Certaines conditions (14) entraînent une nette distinction entre les chiens de race pure et les chiens de races mixtes et d’autres (10) ne montrent aucune différence.

Les résultats ont donné un aperçu de la capacité des pratiques de sélection à réduire la prévalence de la maladie. Des tests génétiques fiables ou un dépistage à un jeune âge pourraient réduire certains troubles dans la population de chiens dans son ensemble.

Les chercheurs ont également souligné que certains désordres peuvent exiger l’intervention de clubs de race pour réduire des pressions de sélection qui contribuent à un certain désordre dans une race.

Les « races récemment obtenues » ou les races provenant de lignées semblables étaient plus sensibles à certains troubles qui affectent toutes les races apparentées.

Les troubles avec une prévalence égale chez les races pure ou les races mixtes semblaient être des mutations plus anciennes qui sont largement répandues dans la population de chiens domestiques.

CONGRES

Séminaire canin Dog Revolution – 1er et 2 octobre Université Paris Ouest Nanterre

Une révolution culturelle avant tout !

Qu’est-ce qu’un bon chien aujourd’hui ? Difficile question, alors que plus de 7 millions de Canis Lupus Familiaris peuplent nos foyers français, et que les vétérinaires et comportementalistes reçoivent de plus en plus de patients atteints de troubles du comportement.

Les 1er et 2 octobre, l’université Paris Ouest Nanterre accueillait le séminaire Dog Revolution, organisé par les docteurs vétérinaires et comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, pour tenter de répondre à cette question complexe. Le choix du lieu n’était pas complètement anodin : après tout, en mai 68, c’est à Nanterre que tout a commencé.

Une « Dog Revolution » oui, car durant deux jours, tous les professionnels les plus représentatifs du monde canin, vétérinaires, éducateurs, éleveurs, mais aussi (et c’était une première) des spécialistes de la pensée humaine, psychologues, juristes et sociologues, ont expliqué à un public venu en masse et avide de conseils qu’il fallait tout simplement changer notre rapport au chien pour le rendre plus heureux. Qu’en somme, le problème, ce n’était pas eux : c’était nous.

Prenons le début de l’histoire : on croit savoir que le chien « a été domestiqué par l’homme il y a 15 000 ans ». Or, les recherches scientifiques nous démontrent aujourd’hui que c’est bien plutôt le chien qui a fait le choix de se rapprocher de l’homme, et de s’adapter à cette nouvelle espèce qui investissait son biotope. Un exemple parfait de darwinisme, et un fait biologique qui démonte totalement la vision anthropocentrée admise jusqu’à présent.

Et tout le problème est là, dans nos relations avec nos chiens : nous prenons rarement leur point de vue en compte !

Des deux morphotypes originels identifiés, le chien courant et le molosse, en plusieurs milliers d’années, nous avons atteint près de 400 races de chiens. Chiens de compagnie, chiens de travail, tous ont une utilité. Une mission précise à assurer auprès de l’homme. Un épagneul papillon est idéal pour la compagnie, un chien de berger pour garder les troupeaux. Chacun son job. Il y a 30 ans, personne n’aurait eu l’idée d’avoir un chien de berger en ville. Aujourd’hui, combien de border collies sont amenés en consultation par des propriétaires débordés parce qu’ils « rassemblent » les vélos ou les voitures ?

Qu’est-ce donc qu’un bon chien ? Eh bien, un chien dont on respecte la nature. Cela peut paraître simpliste, pourtant les professionnels constatent au quotidien à quel point cela semble difficile à admettre pour nous, humains. A ce titre, l’intervention de Nicolas Cornier, éducateur canin très connu du milieu cynophile, dès l’ouverture du congrès samedi matin, donnait le ton. A peine arrivé sur l’estrade, le décor était planté : « Vous voyez ça ? » dit-il en présentant un clicker… Avant de l’écraser rageusement du pied devant un public à la fois médusé et amusé. « Voilà, maintenant on peut travailler. » Sous-entendu : débarrassons-nous de nos idées reçues, et partons sur des bases neuves.

Son intervention n’a pas été du goût de tout le monde, pourtant elle posait toutes les bonnes problématiques : qu’est-ce qu’un chien de berger a à faire en ville ? Pourquoi a-t-on le droit de faire n’importe quoi avec les chiens ? Comment vaincre les petites peurs de l’humain, qui ne veut pas lâcher son chien de peur de gêner socialement, qui ne quitte plus la laisse parce qu’il n’a pas les compétences pour maîtriser son animal ; comment socialiser le chiot de façon précoce ; et pourquoi y a -t-il justement tant de ratés, de problèmes relationnels entre les chiens et nous, au point que la qualité de vie des uns comme des autres se dégrade ? Pour Nicolas, la réponse est sans appel : « On regarde le chien de trop près, on ne prend plus assez de recul. On a arrêté de réfléchir à la place qu’il doit occuper. Tous les week-ends, des gens exposent des chiens, dansent avec eux… Il y a d’autres moyens pour être heureux avec eux, ils ne demandent pas ça. »

Pour lui, ce n’est pas le chien qui a besoin d’être révolutionné, c’est l’homme, et le rapport qu’il crée avec le chien. « La culture du bon chien, du beau chien… c’est relatif. Regardez, il y a bien des gens qui adoptent des carlins ! Je plaisante. Le « mignonisme », le « gâtisme », il faut bien admettre que cela existe, mais c’est un véritable obstacle. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant que l’on considère avant tout comme beau. » L’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. On entre presque dans la philosophie.

Forcément, de tels propos choquent certaines personnes (au hasard, les éleveurs). Mais tous les intervenants ont, après tout, démontré ceci : le problème dans la relation homme/chien vient souvent de l’homme. Sarah Jeannin, psychologue clinicienne intervenue le deuxième jour du colloque, assiste Thierry Bedossa dans ses consultations en médecine du comportement au CHUVA d’Alfort depuis 3 ans. Nous avions d’ailleurs fait un reportage sur cette méthode unique en France et sans doute en Europe, qui consiste à adjoindre au vétérinaire les services d’une psychologue qui « gère » l’humain. « Les propriétaires amènent un animal qui souffre d’un trouble du comportement, mais en vérité ils viennent en raison d’un problème plus large. Une névrose, un traumatisme, un manque à combler. Et le vétérinaire n’est souvent pas du tout formé à la psychologie humaine. Or, il est très utile de prendre en compte l’état émotionnel du maître pour comprendre le problème de l’animal et de sa relation avec son humain. »

Le fait est que les problèmes rencontrés chez les chiens impliquent très souvent la responsabilité du maître : ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race, des exigences trop importantes envers un jeune chien (comme envers un enfant…), des difficultés à interpréter ses états émotionnels. Aucune étude scientifique ne démontre que les chiens savent distinguer le bien du mal et qu’ils maîtrisent la notion de vengeance. Pourtant, combien de maîtres ont pu dire « il a fait pipi sur mon canapé pour se venger ! » ?

En vérité, nous ne connaissons pas nos chiens. Dans un phénomène de cristallisation stendhalienne, ce que nous aimons en eux, ce que nous voyons en eux, ce sont avant tout nos propres projections. « Attention cependant : il faut certes questionner la responsabilité du propriétaire, mais ce n’est pas toujours et invariablement sa faute ! La présence du psychologue sert justement à le rassurer, à le mettre en confiance pour qu’il oublie un instant ses propres émotions et se rende à l’écoute des besoins de son animal. L’amour malheureusement ne suffit pas à rendre un chien heureux ! », précise Sarah.

Pour comprendre, il faut donc apprendre. C’était l’objet de l’intervention de Caroline Gilbert, docteur vétérinaire, responsable de l’enseignement d’éthologie fondamentale et appliquée de l’ENVA et des consultations en médecine du comportement du CHUVA. Elle supervise donc directement les consultations de Thierry Bedossa et Sarah Jeannin, et reste convaincue qu’il faut avant tout éduquer les propriétaires aux besoins éthologiques de leur animal : « Il faut leur faire comprendre qu’ils ont des émotions, leur apprendre à les détecter et à y répondre. La plupart des maîtres ignorent que les chiens sont parfaitement capables de nous reconnaître à notre visage, et de décoder nos expressions faciales pour identifier notre humeur. Ils savent interpréter le comportement d’un humain avec un autre humain, ils reconnaissent nos peurs, notre joie, notre colère, la science l’a démontré. Notre rôle est d’apprendre au propriétaire à identifier ces signaux et à les interpréter. » L’exposé de la doctorante Charlotte Duranton et de l’éducatrice Eléonore Buffet sur les capacités cognitives du chien était à ce titre extrêmement riche en enseignements.

Ainsi, on pourrait presque dire que dans la relation homme/chien, celui qui ne parle pas la langue de l’autre n’est pas celui que l’on croit… « Il ne leur manque que la parole »… En effet ! Les chiens nous comprennent bien plus que nous les comprenons, parce qu’après des millénaires à nos côtés, ils nous ont attentivement observés et ont appris à décoder notre langage, verbal et non-verbal. Et nous ? Où en sommes-nous dans notre apprentissage de la langue « chien » ?

« Il nous faut interroger l’état de nos pensées aujourd’hui », expliquait Thierry Bedossa dans sa première intervention, très attendue, samedi midi. « Les chiens qui manifestent des troubles du comportement ne sont pas des malades mentaux que l’on doit absolument soigner à coups de psychotropes. Ce sont des animaux intelligents et sensibles qui recherchent le plaisir, comme nous, comme la plupart des mammifères, et nous l’avons largement oublié. Les questions que l’on entend souvent de la part de maîtres débutants sont édifiantes : est-il mauvais qu’il dorme avec moi ? Doit-il manger après moi ? Doit-il vivre en chenil ? Non ! La notion de dominance et d’ascendant relationnel sur l’humain est à déconstruire absolument. Ce n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social, que ce soit avec des congénères ou des humains. La relation entre notre chien et nous doit être basée sur une éthique, comme toute relation équilibrée d’ailleurs, sur une méthode amicale et positive. Et si on n’y parvient pas, si l’on se sent dépassé et désespéré de ne pas arriver à être un bon maître, pour des raisons extrêmement variées, le placement responsable et conscient est une meilleure solution que la souffrance d’une bête, et on n’a pas le droit de stigmatiser un maître pour cela. »

Parler couramment le « chien », c’est s’attaquer aux causes (nous, notre égoïsme et notre ignorance) plutôt qu’aux effets. C’est souvent efficace pour régler un problème (ainsi, les troubles du comportement d’un chien). Mais c’est plus exigeant. Cela oblige à s’oublier et à ne plus considérer notre chien comme « l’animal-machine » qu’évoquait Descartes. Car être un chien de compagnie, c’est un sacré boulot ! Jocelyne Porcher, sociologue chercheuse à l’INRA et notamment spécialiste des relations de travail entre les hommes et les animaux, l’a expliqué dimanche matin : « Etre présent, rechercher l’interaction, se tenir tranquille, être aimable : la compagnie est un véritable travail, comme l’était celui de dame de compagnie au 18ème siècle. Un travail avec des horaires, largement intériorisés par le chien, qui s’y investit autant qu’il le peut et qu’il s’approprie au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec son maître. Et qu’en est-il de son temps libre ? La vraie liberté, pour un chien de compagnie, serait d’avoir un temps où il puisse faire ce qu’il veut et ne plus avoir à se maîtriser. L’emmener courir sur une plage et le laisser aller où il le souhaite, par exemple. C’est très difficile à envisager pour les maîtres, pourtant cela pourrait apporter une réponse à bon nombre de comportements difficiles. »

Souvenons-nous que nous-mêmes, nous sommes des animaux. Et nous apprécions qu’on nous comprenne. Alors, avec les chiens, faisons preuve d’empathie, et mettons-nous à leur place. C’est encore le meilleur moyen pour les comprendre et les rendre plus heureux. Nous-même, nous ne pourrons qu’en bénéficier. C’était la leçon de Dog Revolution. Et vu l’enthousiasme du public, il semblerait qu’elle trouve un écho favorable. C’est encourageant pour l’avenir !

Plus d’informations

Site Internet : www.dog-revolution.fr

Toutes les conférences en vidéo sur

Périscope : https://www.periscope.tv/Stephane_Tardif/1ZkJzWjDyVexv

(source : Pet in the City.fr)

COMPTES RENDUS

*Tendances comportementales : élevage, choix de sélection

Antoine Bouvresse – Mélodie Pichoir

Qu’est ce que c’est qu’un bon chien dans la société, dans son utilité ? La domestication fut sans doute la première sélection qui s’est mise en place pour créer une nouvelle espèce, Canis lupus familiaris, issue de Canis lupus. Du point de vue de l’homme, l’adaptation, la domestication, a été initiée par l’homme, qui a fait le choix d’aller chercher des loups et de créer une nouvelle espèce. Ce point de vue anthropocentré néglige le fait que la domestication, d’un point de vue biologique est simplement le fait qu’une espèce s’est adaptée à une autre espèce ou un nouveau biotope. C’est une vision de pure sélection naturelle, où l’humain n’intervient pas. L’humain fut chasseur-cueilleur, pourquoi se tournerait-il vers un prédateur ? D’un point de vue biologique, l’humain chasseur qui commence à se sédentariser , les canidés sauvages commencent à se rapprocher, s’adapter et à vivre aux côtés de l’humain

Chez les premiers canidés domestiques, deux grands morphotypes se dégagent : Morphotype graïoide : chiens élancés et souples, fins, membres fins, museau allongé. Chien de chasse

Morphotype molossoïde : épaules musclées, tête carrée, imposant, poitrail fort, pattes larges et fortes. Fonction de gardien à la maison et dans les troupeaux

L’émergence de ces deux variétés extrêmement bien définies est liée à une spécialisation du travail qu’on leur affecte et d’une pression de sélection importante par l’homme. Ces spécialisations vont se poursuivre en fonction des évolutions techniques et culturelles

Le tableau de Coppinger sur les patrons moteurs montre que certains comportements typiques de certains chiens en fonction de leur utilisation, peuvent être des comportements sélectionnés à partir de comportements déjà existants chez le canidé sauvage :

Coppinger définira les patrons moteurs ainsi : « C’est une exagération de comportement et les gens du chien les surpassent tous en développant des centaines de races, chacune exprimant de manière dramatique des conformations comportementales bizarres : le setter irlandais, le golden retriever, le pointer anglais, le pitbull terrier, le puli hongrois, et mon favori le border collie. Je pense que le border a la plus délicieusement bizarre des conformations comportementales de toutes ces espèces ». Et encore : « On n’apprend pas des patrons moteurs. Ils font partie du répertoire comportemental du chien. Le maître est le chorégraphe d’un ballet de patrons moteurs, où pour le dernier acte, les moutons rentrent dans l’enclos. »

Les comportements sont donc présents génétiquement, ont un potentiel, qui s’exprimera ou pas, en fonction de l’environnement qu’on lui présente.

L’élevage est une autre partie de la problématique des tendances comportementales. Il existe 7 millions de chiens en France, on compte 200 000 chiens LOF de plus par an. L’élevage est réalisé en général par des gens passionnés d’une race qui ont envie de le faire partager. La grande majorité des élevages sont de petits effectifs, et la nouvelle réglementation en la matière oblige à déclarer toute activité d’élevage même non professionnelle. Le but ? Améliorer une race et satisfaire les particuliers demandeurs. L’élevage est soumis à des contraintes réglementaires et économiques. Les clients sont des utilisateurs pour le travail, le sport/loisir ou de simples particuliers.

Les critères recherchés chez le chien sont souvent des compétences et une bonne santé pour un utilisateur, un bon compagnon (critère variable selon les gens) et une bonne santé chez les particuliers. Le « beau chien » n’est pas le principal critère (seuls ¼ des chiens LOF vont à la confirmation), la recherche concerne avant tout un chien « atypique ».

On constate une très nette évolution du nombre de races représentées par groupe entre 1969 et 2015 :

Quel que soit l’élevage, le choix des reproducteurs se fera en fonction des critères suivants :

  • le standard

  • les cotations, résultats en expo, en concours

  • le tempérament : même si cela évolue, on a encore peu sélectionné sur le comportement (chiens agressifs ou peureux remis à la reproduction)

  • les compétences sociales : même constat. Les élevages se font souvent en box, ce qui nuit aux compétences sociales

  • les compétences au quotidien : mais comment sera le chiot dans un autre contexte ?

  • les compétences en reproduction, maternage : les éleveurs regardent peu la fonctionnalité de l’outil de travail. (Césarienne en série etc).

Les élevages se font majoritairement par lignée (utilisation de la consanguinité, outils de sélection – pedigree, tests génétiques – choix d’élevage – sélection d’hypertype – évolution des standards). Une préparation optimum des chiots est visée mais le contexte d’élevage n’est pas toujours favorable (isolement de l’élevage, chiots isolés des adultes, du groupe, phobie sanitaire).

Le rapport CGAAER (2015) établit un état des lieux des méthodes d’élevage. Près de 600 maladies génétiques ont été identifiées, la sélection se base avant tout sur des critères de beauté, une forte médicalisation des reproducteurs, une aide à la procréation, une forte consanguinité et une dérive vers l’hypertype. Parmi les risques, on notera principalement une incidence accrue des maladies génétiques récessives ; une fertilité réduite (taille des portées, baisse de la viabilité des cellules sexuelles) ; une fréquence accrue d’apparition de défauts congénitaux tels que cryptorchidie, malformations cardiaques, fentes palatines ; des asymétries variables (déformations faciales ou yeux dissymétriques) ; réduction des poids de naissance et mortalité néonatale plus élevée. Le reproducteur est sur-utilisé, ce qui augmente les risques de troubles génétiques, et la maladie apparaîtra d’autant plus rapidement si une part importante du pool génétique est porteur.

Eviter les hypertypes morphologiques consistent à éviter les problèmes locomoteurs, respiratoires, reproducteurs, de communication avec les congénères et les malformations. Concernant les hypertypes comportementaux, à l’éleveur de savoir évaluer si tel propriétaire sera fait pour son chien.

*Familiarisation et socialisation : la socialité du chien peut-elle se résumer par une approche binaire ?

Nicolas Cornier / Séverine Belkhir

Le rôle de l’éducation

Familiariser un chien doit se faire de façon précoce, progressive et libre. Il est nécessaire d’extraire le plus tôt possible le chien de son élevage et du cocon familial et lui faire rencontrer son environnement de vie. En outre, une vraie réflexion doit se faire pour savoir si un propriétaire sera capable de le rendre heureux avant de l’adopter.

Comment faire pour favoriser la socialisation précoce du chien ? Un vétérinaire peut collaborer avec un éducateur canin, en poussant le propriétaire à sortir le chiot le plus tôt possible, en le mettant en contact avec plusieurs chiens adultes expérimentés.

Le rôle de l’éducateur sera de scénariser les séquences d’apprentissage, d’essayer de se mettre à la place du chien et d’avoir un cahier des charges pour qu’il réussisse dans chaque situation (sortir dans la rue n’est pas indolore comme situation : cela suppose de réfléchir et de ne pas subir : si on sort un jeune chien dans des situations traumatisantes, l’objectif n’est clairement pas atteint). Pour gérer les réticences et les peurs de l’humain, l’éducateur a l’avantage car il sait gérer les émotions des propriétaires. Le vétérinaire a un rôle de conseil mais n’a pas le temps pour cela. L’éducateur fait, et fait faire, pour que les propriétaires s’approprient le savoir-faire. Ian Dunbar disait qu’il fallait avoir du bon sens et être avec les chiens et les humains pour réussir à socialiser les chiens.

An amont de l’adoption, le souci est de savoir quel chien sera un bon chien de compagnie : il y a des chiens qui ont du mal à ne pas bouger, à ne pas devenir  « addict » à des balles, à des attentions, qui ont des difficultés face à une forme d’apprentissage de l’ennui, de la solitude. Comment se fait-il alors qu’il y a autant de ratés, de mauvais scénarios avec le chien comme compagnon, et que la qualité de vie se dégrade ? On regarde le chien de trop près, on manque de recul, on a arrêté de réfléchir à la place qu’il a. Il y a d’autres moyens pour être heureux avec les chiens que de les exposer ou de danser avec eux, ce n’est pas ce qu’ils demandent, ce n’est pas leur nature. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant qu’on considère avant tout comme beau, car l’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. Eduquer un chien demande des compétences, rééduquer un chien demande de très grandes compétences. La peur de déranger l’autre socialement, de brider le chien, parce qu’on a pas les compétences pour le gérer est une erreur. Un chien n’est pas là uniquement pour notre profit, notre utilité. Un bon chien de compagnie est un objectif plus ambitieux car moins mécanique. La révolution doit venir des humains, qui laisseront les chiens à leur juste place (les chiens de travail au travail, ceux de compagnie à la compagnie).

Approche binaire de la socialité

Quelle est la structure sociale chez le chien ? Cela dépend ! Chez le chien, toutes les structures sociales existent, c’est d’ailleurs l’une des rares espèces à présenter cela. La composition démographique d’un groupe social dépend du nombre d’individus, du nombre de mâles, de femelles, des différentes classes d’âge, du système d’appariement (mode de reproduction, monogame/polygame). On observe toute une palette de comportements, des interactions affiliatives, des comportements sociaux ou agonistiques (agressions, évitements). On peut alors déterminer le caractère d’une relation en vertu de l’ensemble des interactions observées. L’organisation et l’image du groupe définissent aussi la nature de la relation.

En éthologie, on répartie les différentes activités comportementales sur une journée et on étudie ainsi les interactions sociales dans un groupe de chiens : comportements agressifs, de dominance, de soumission, soumission active. On peut considérer que l’on est déjà dans l’interprétation en relevant les comportements classés dans des catégories, et qu’on posait le principe d’une structure sociale hiérarchique de base. Mais certaines unités de comportements peuvent s’exprimer dans des interactions de différentes natures : queue portée haute, aboyer, grogner etc. La recherche systématique d’une organisation hiérarchique en éthologie est une possibilité parmi d’autres.

Quels comportements sont exprimés lors d’interactions sociales chez le chien ? Existe-t-il des marqueurs de cohésion chez le chien ? L’étude menée à AVA sur des groupes de chiens se basait sur un répertoire comportemental de 132 comportements, inspiré de la thèse de doctorat de B. Deputte en 1986.

  • Comportements d’approche : 11 unités

  • comportements actifs de contacts physiques : 68 unités

  • comportements de proximité : 35 unités

  • Comportement de rupture ou empêchement de contact : 14 unités

  • comportement visuel : 4 unités

  • + 14 unités associées (port de queue, vocalisations etc)

A l’issue des premières observations des données d’un groupe (¼ des données analysées soit environ 11 000 comportements) :

  • 61/132 s’expriment de manière régulière

  • Comportements d’approche : 11/11

  • Comportement d’approche : 18/68

  • Comportements de proximité : 19/35

  • Comportement de rupture ou empêchement de contact : 11/14

  • Comportement visuel : 4/4

A la lumière de ces données, peut-on affirmer que la notion de hiérarchie existe ? Cela dépend, et en réalité, elle n’est pas nécessaire pour comprendre le comportement des chiens. Les conclusions dépendent du découpage du continuum comportemental. Pour définir le profil comportemental d’un chien, on regarde la nature des comportements émis ou reçus, la fréquence et durée d’interaction, le contexte d’expression, la tendance comportementale, le tempérament de l’individu, son développement précoce (qui a forcément un impact sur sa façon de gérer des évènements), son histoire de vie, son âge, son état de santé et émotionnel. Rencontrer des chiens nouveaux, c’est une situation de résolution de problème, et le stress impacte notre réfléxion et la capacité à réagir et à gérer un problème. En conclusion, les comportements sociaux chez le chien sont très variés, sa communication complexe, dynamique et multimodale. Aussi la socialité du chien ne peut être résumée à un schéma explicatif unique et universel. Elle s’exprime à travers des apprentissages (associatifs, sociaux), un changement d’état émotionnel, des capacités d’ajustement différentes, des capacités cognitives différentes, des marqueurs de cohésion, etc.

Les communautés hybrides pour une éthique de la relation homme/chien

Thierry Bedossa

Quel est l’état de nos pensées aujourd’hui sur le chien ? Certaines problématiques sont difficiles à appréhender. La question de la dominance par exemple est très relative. Au vu des nombreuses situations que son statut de vétérinaire a pu lui faire rencontrer en 30 ans de pratique, de comportements gênants, de placements (abandons), d’humains en détresse, l’auteur peut affirmer aujourd’hui qu’un bon placement est parfois la meilleure solution à apporter à la souffrance d’une bête. De nombreux propriétaires se demandent ainsi, pour mieux appréhender leur quotidien avec le chien :

  • s’il est bon qu’un chien dorme avec son propriétaire ? Cela entraîne t-il des troubles du comportement ?

  • Doit-il manger avant son maître ?

  • Qu’en est-il des chenils ?

En réponse à ces questions fréquentes : le chien est un animal intelligent et sensible qui recherche le plaisir, et on l’a beaucoup oublié. Un chien mangeant paisiblement en même temps que son maître même dans un lieu public ne gêne pas l’environnement social et cela ne choque plus culturellement. Enormément de chiens se sont développés en chenil, enfermés, ce qui ne peut qu’altérer la qualité du développement. Sans doute sont-ils déjà handicapés à vie pour être un bon animal de compagnie parce qu’ils ont eu des conditions de développement défaillantes. Même les scientifiques n’hébergent plus leurs chiens d’étude en chenil pour leur éviter tout stress. On pourrait aussi imaginer l’élevage de façon différente, car l’impact est fondamental sur les attitudes des chiens

Sur des questions aussi banales mais préoccupantes pour les propriétaires :

  • emmenez-vous votre chien en vacances, au resto ? Facteur de bien-être pour le chien et pour vous ?

  • Le confiez-vous à des pensions, ou des chenils ?

  • Vous lui achetez des vêtements, des accessoires ?

  • Gestion de la fin de vie : accompagnement ou euthanasie « de convenance » ?

  • Comment voyage le chien en voiture ? Dans un kennel ou sur un siège ?

On constate très peu de références scientifiques sur toutes ces pratiques. On sait en revanche que la notion de dominance n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social. Pour évaluer la personnalité des chiens, des méthodes existent (C-Barq). Il est nécessaire de développer une éthique de notre relation à l’animal, une méthode amicale et positive basée sur une réflexion sur l’état des connaissances scientifiques, et présenter des choix assumés.

*Cognition du chien et applications

Eléonore Buffet, Charlotte Duranton

Qu’est-ce que la cognition ? Un ensemble des processus mentaux d’un organisme qui lui permettent de traiter des informations provenant de son environnement (Giraldeau & Dubois, 2009). Mémoire, raisonnement, apprentissage, résolution de problème, prise de décision, perception, attention, attribution de connaissances, langages, émotions… Chaque espèce animale perçoit le monde d’une façon qui lui est propre. Comprendre comment les chiens raisonnement, apprennent, traitent les informations, se comportent, permet de comprendre leur point de vue sur leur environnement.

Que comprennent réellement les chiens de l’humain ? Ils sont sensibles à un état attentionnel et obéissent à une commande vocale. Ainsi, les chiens obéissent et réclament à manger de façons différentes selon l’attention visuelle de leur maître (Call et al, 2003 ; Schwab and Huber, 2006). Dans le jeu de rapport d’objet, les chiens se réorientent pour ramener en face de l’humain (Gàcsi et al, 2004). Les gens pensent comprendre ce que leur communique leur chien et savoir identifier lorsqu’il a fait une bêtise grâce au « regard coupable » (Horowitz et al, 2009 ; Hetch et al, 2012) L’étude de Kaminski montre que les chiens suivent nos indications corporelles 90% du temps. Les chiens suivent aussi notre regard, comprennent aussi ce que signifie des yeux fermés, ce qui pourrait suggérer que les chiens ont la capacité à voir au-delà d’eux mêmes. Même les grands singes n’y arrivent pas ! Les chiens apprennent à notre contact et utilisent tous les signaux communicatifs même les signaux inconscients. Pourquoi manifestent-ils de la culpabilité même lorsqu’ils n’ont rien fait ? Il n’y a pas de preuve que le chien ait une mémoire autobiographique mais ils ont une mémoire associative : donc quand le maître rentre, même s’ils n’ont rien fait, ils ont le regard coupable.

Emotions : applications pratiques chez le chien

Qu’est-ce qu’une émotion ? Une réponse affective à un événement, à durée courte. Un état objectivable qui n’est pas obligatoirement conscient, associé à des changements physiologiques, morphologiques et/ou comportementaux mesurables, spécialisé et/ou adaptatif qui permet de réagir à des menaces ou opportunités présentes.

Appliquées au chien de compagnie, quelles sont les émotions que l’on recherche ? Qu’il soit sociable et familier (comportements affiliatifs), adaptable (peu excitable et pas peureux) et coopératif (comportements affilitatifs). Les animaux sont moins stressés face à la valence positive d’une situation, la possibilité d’avoir du contrôle sur une situation, la prévisibilité d’une situation. Ils sont en revanche plus stressés face à la valence négative d’une situation, l’impossibilité d’avoir du contrôle sur une situation, la soudaineté d’une situation. Le niveau de stress dépend cependant de la façon dont l’individu perçoit la situation. Les émotions et le niveau d’éveil impactent la réponse comportementale : dans des situations aversives répétées, l’impact sera négatif sur l’humeur et la personnalité, favorisera les interactions agonistiques. Au contraire, des situations affiliatives répétées auront un impact positive sur l’humeur et la personnalité, favoriseront la coopération. Les émotions sont donc essentielles à prendre en compte pour le bien-être du chien, elles influencent et participent aux apprentissages.

Apprentissages : applications pratiques chez le chien

Qu’est-ce qu’un apprentissage ? Une modification comportementale à la suite d’expériences individuelles (Giraldeay & Dubois, 2009). Un apprentissage est adaptatif, il apprend à réagir à des menaces, trouver de la nourriture, communiquer. On distingue deux modes d’apprentissage :

  • l’habituation : apprendre à ne pas répondre à un stimulus ; diminution progressive de la probabilité d’apparition d’une réponse suite à la présentation répétée d’un même stimulus (Carew et al, 1972)

  • la sensibilisation : apprendre à répondre à un stimulus ; augmentation progressive de la probabilité d’apparition d’une réponse suite à la présentation répétée d’un même stimulus, surtout pour les stimuli légèrement aversifs

Le conditionnement classique type pavlovien permet d’associer un stimulus neutre à un stimulus inconditionnel, qui déclenche alors une réponse inconditionnée. L’apprentissage est associatif, la réaction non-volontaire.

Le conditionnement opérant permet une modification de la probabilité d’apparition d’un comportement en fonction des conséquences dudit comportement, avec utilisation d’un renforçateur (primaire, la nourriture ; secondaire, le clicker). L’apprentissage est associatif, la réaction volontaire.

L’impuissance acquise consiste à apprendre à ne plus produire de comportement d’évitement face à un stimulus aversif suite à des présentations répétées dans des conditions telles que l’animal ne peut plus s’y soustraire (Seligman 1976). On parle de détresse acquise, résignation apprise, impuissance acquise, où le chien apprend à ne plus essayer d’échapper à une situation aversive via l’emploi de méthodes coercitives.

L’apprentissage social est une modification de la probabilité d’apparition d’un comportement en résultat d’interaction avec ses congénères. Dans le cas d’une facilitation sociale, l’individu va avoir davantage tendance à faire un comportement quand il est en présence d’autres individus qui font ce même comportement. Dans le cas d’un apprentissage observationnel, un individu apprend à faire une nouvelle action avoir avoir observé un congénère la faire (Scandurra et al, 2016). Pour optimiser l’apprentissage social, il faut choisir le bon démonstrateur en fonction de l’objectif. C’est plus optimal si le lien est familier. Par ailleurs, plus la tâche est complexe et précise, plus l’environnement doit être neutre.

L’apprentissage latent se fait en absence (apparente pour l’observateur) de renforcement ou de punition. L’information est mémorisée en absence d’effet positif ou négatif, puis réutilisée plus tard en situation adéquate, lorsqu’elle a un bénéfice.

En résumé, la prise en charge comportementale du chien de compagnie doit favoriser la bonne humeur (contrôle sur son environnement, prévisibilité des situations, expériences majoritairement neutres ou positives), un niveau d’éveil modéré (familiarisation, socialisation, habituation, méfiance envers les activités addictives), un apprentissage associatif à valence positive (notamment dans des contextes contraignants), un environnement répondant aux besoins individuels, la clé du bien-être. Pour atteindre ces objectifs, il existe une multitude d’outils : observer, réfléchir, inventer, exécuter, improviser, essayer.

*Bien-être animal et gestion du mal-être chez le chien : approche pluridisciplinaire

Serge Pautot, Séverine Belkhir, Sonia Kischkewitz

Etat du droit de l’animal

« L’animal est un être organisé doué de mouvement ou mobilité et de sensibilité » selon les définitions des dictionnaires Larousse et Petit Rober.

L’animal ne pouvait donc pas être ignoré par le droit car il occupe une place importante dans la vie des hommes et que, en raison de cette place, la science juridique s’en est saisie et d’hier à aujourd’hui la conception du statut de l’animal a beaucoup évolué.

Nous analyserons cette évolution au travers de trois grandes matières du droit :

  • Le Droit Civil : De l’animal chose à l’animal être vivant doué de sensibilité

  • Le Droit Pénal : La protection pénale de l’animal victime d’acte douloureux

  • Le Droit Rural : La recherche maximale du bien être de l’animal

I – De l’animal chose à l’animal être vivant doué de sensibilité

La science juridique a longtemps gardé la certitude que l’animal n’a aucun point commun avec l’homme ; qu’il est une chose alors que l’homme est une personne ; un objet quand l’homme est un sujet. Ainsi, le Code Civil, après avoir posé en son article 516 que tous les biens sont meubles ou immeubles, classe les animaux en principe dans la catégorie des meubles, exceptionnellement dans celle des immeubles par destination.

Pour caractériser cette conception qui est la transposition juridique de la théorie philosophique des animaux-machines, la doctrine la qualifie le plus souvent de conception de l’animal-chose.

Cette conception empêche le droit en général et le droit privé en particulier à ignorer que l’animal est doué de motilité et de sensibilité : le droit privé, en conservant les préjugés cartésiens a refoulé les principales caractéristiques qui contribuent à donner à l’animal une place primordiale dans la société des hommes, souligne le Professeur J.P. MARGUENAUD dans sa thèse : l’animal en droit privé.

Cependant la jurisprudence, ensemble des décisions judiciaires tendant à déterminer une solution uniforme pour un problème juridique donné, a reconnu le droit à réparation pour le préjudice moral consécutif à la mort d’une bête, ainsi que l’insaisissabilité des animaux de compagnie à la répression des mauvais traitements, des actes de cruauté, des sévices graves, les abandons volontaires ou qui proclament que l’animal est un être sensible comme nous le verrons dans l’analyse du droit pénal. « A partir du moment où le fait animal devient un fait social d’une densité suffisante, il n’est pas normal que le droit, même si le droit n’est pas le simple reflet des faits, il n’est pas normal que le droit se désintéresse de ce fait social animal ». Comme le disait le professeur Antoine VIALARD.

Ce sont dans ces conditions que la loi n° 2015-177 du 16 févier 2015 a édicté : les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens.

Au lieu de Art. 528 « Sont meubles par leur nature les animaux et les corps qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre, soit qu’ils se meuvent par eux-mêmes, soit qu’ils ne puissent changer de place que par l’effet d’une force étrangère ».

Ainsi depuis 2015, l’animal est consacré « être vivant et doué de sensibilité ».

II – La protection pénale de l’animal victime d’acte douloureux

Il existe depuis bien longtemps une protection juridique des animaux mais il fallut attendre le 2 juillet 1850 pour que le général Jacques DELMAS DE GRAMMONT parvienne, au prix de quelques quolibets, à faire adopter la célèbre « loi relative aux mauvais traitements envers les animaux domestiques » à laquelle est restée attachée une partie de son nom. Ce texte est donc à l’origine de la protection individuelle de l’animal fondée sur sa sensibilité, qui permet de sanctionner un nouveau type d’atteintes portées par les tiers aux appropriées mais qui, surtout, apporte de considérables limites aux prérogatives du propriétaire lui-même.

Le Professeur MARGUENAUD souligne que cette loi n’envisageait que l’aspect physiologique de la sensibilité de l’animal. Aujourd’hui la protection vise aussi un être psychologiquement sensible, tel l’abandon, les sévices graves.

Le Code Pénal réprime :

  1. Des mauvais traitements envers un animal

Art R. 654-1 Hors le cas prévu par l’article 511-1 (art. 521-4), le fait, sans nécessité, publiquement ou non, d’exercer volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 4ème classe.

En cas de condamnation du propriétaire de l’animal ou si le propriétaire est inconnu, le tribunal peut décider de remettre l’animal à une œuvre de protection animale reconnue d’utilité publique ou déclarée, laquelle pourra librement en disposer.

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Exemple : laisser un chien sans soins, sans nourriture suffisante, le laisser dehors à une température descendant à – 10 degrés centigrades etc…

  1. Des sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux

Art 521-1 (L. n° 99-5 du 6 janvier 1999) « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves (L. n° 2004-204 du 9 mars 2004, art. 50), ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende ».

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Exemple : l’acte de cruauté se distingue de la simple brutalité en ce qu’il est inspiré par une méchanceté réfléchie et qu’il traduit une volonté perverse.

III – La recherche maximale du bien être de l’animal dans le Code Rural

La sphère d’affection de l’animal conduit à lui procurer des conditions les meilleures. Le Code Rural n’a pas manqué de fixer les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques relevant du au IV de l’article L.214-6 du Code Rural et de la pêche maritime.

Voici à titre d’exemple des extraits des dispositions à respecter prévues par l’Arrêté du 3 avril 2014.

Dispositions spécifiques aux chiens

1. Hébergement

Les chiens disposent d’un logement étanche et isolé thermiquement pour les protéger des intempéries et des conditions climatiques excessives, adapté à leur taille, équipé d’une aire de couchage sèche et isolée du sol.

L’espace minimal requis pour l’hébergement des chiens est d’une surface de 5 m² par chien et d’une hauteur de 2 m. Tout ou partie de cet espace d’hébergement est abrité des intempéries et du soleil. Il peut être réduit pour les séjours dans les locaux d’isolement le temps du traitement de l’animal malade. Pour les chiens dont la taille est supérieure à 70 cm au garrot, la surface d’hébergement ne peut être inférieure à 10 m² ; cette surface peut toutefois accueillir 2 chiens. Les chiots non sevrés peuvent être hébergés sur ces surfaces minimales avec leur mère.

Hormis, les installations construites avant l’entrée en vigueur du présent arrêté, les établissements de vente et le cas particulier visé à l’article 2 du présent arrêté, les chiens ont accès en permanence à une courette en plein air dont la surface est adaptée à leurs besoins en fonction de la race. Le sol des logements est plein et continu. Le sol de l’espace d’hébergement et des courettes doit être conçu et entretenu pour ne pas être source de nuisances, de risque sanitaire et garantir les conditions de bien-être des chiens.

Des dispositifs et accessoires appropriés sont mis en place pour favoriser l’occupation et le jeu.

Dans les établissements de vente, à titre dérogatoire, les chiots de plus de huit semaines, sans leur mère, peuvent être détenus dans un compartiment dont la surface minimale requise correspond aux normes suivantes :

Tableau 1

Poids du chiot

Surface minimale par chiot

Surface minimale du compartiment

Hauteur minimale

< 1.5 kg

0.3 m²

1.5 m²

1.2 m

1.5 kg ≤ x < 3 kg

0.5 m²

1.5 m²

1.2 m

3 kg ≤ x < 8 kg

0.75 m²

1.5 m²

1.2 m

8 kg ≤ x < 12 kg

1 m²

2 m²

1.2 m

12 kg ≤ x < 20 kg

2 m²

4 m²

1.2 m

≥ 20 kg

3 m²

5 m²

1.5 m

2. Contacts sociaux

Les chiens sont hébergés autant que possible en groupes sociaux harmonieux, sauf quand il est justifié de les isoler pour raisons sanitaires ou comportementales.

Des précautions particulières sont prises lors du regroupement des chiens ou de l’introduction d’un nouveau chien dans un groupe. Dans tous les cas, la compatibilité sociale au sein des groupes fait l’objet d’une surveillance régulière.

Les chiens ont accès quotidiennement à des contacts interactifs positifs avec des êtres humains et d’autres chiens. Une attention particulière est portée à leur socialisation et leur familiarisation.

3. Mouvement

Les chiens doivent pouvoir se mouvoir librement, sans entrave et sans gêne. Ils ne peuvent être tenus à l’attache que ponctuellement et conformément à l’arrêté du 25 octobre 1982 relatif à l’élevage, la garde et à la détention des animaux.

Les chiens, à l’exception des animaux malades ou isolés provisoirement pour raison sanitaire, quel que soit leur âge et leur mode de détention, sont sortis en tant que de besoin, en extérieur tous les jours, afin qu’ils puissent s’ébattre et jouer entre eux et en interaction avec l’humain. Une aire d’exercice en plein air de conception et de dimension adaptées est à leur disposition. Dans les établissements de vente, à défaut d’une aire d’exercice en plein air, les chiens sont sortis quotidiennement de leur compartiment dans une aire d’exercice intérieure.

Les plages horaires prévues pour la sortie des animaux figurent, sans le détail par animal, dans un document affiché ou présenté à la demande des agents de contrôle.

Gestion des états de mal-être chez le chien

Chaque espèce animale appartient à une race, qui a ses propres tendances comportementales. Chaque individu a son tempérament, son histoire de vie, des capacités cognitives et un état de santé qui lui sont propres. Définir les capacités d’adaptations de chaque individu, ses besoins individuels, les agents stresseurs, enfin évaluer son état éventuel de mal-être, permet d’agir sur l’environnement du chien avec pour objectif un bien-être optimal.

L’état de bien-être se définit par l’absence de souffrance (physique ou mentale), un animal en harmonie avec son environnement, un respect des capacités d’adaptation de l’individu. Concernant les besoins, il est important de bien les identifier : certains rendent la vie possible, d’autres maintiennent l’état de santé, enfin d’autres maintiennent le confort, ce qui permet de passer du stade de la survie à celui de la qualité de vie (Broom & Johnson, 1993 ; Hurnik & Lehman, 1985). Chez le chien, répondre à ses besoins en tant qu’espèce permet d’éviter l’apparition de comportements gênants.

Le chien étant une espèce sociale, les interactions intra-spécifiques (socialisation, communication, jeu…) sont primordiales. Les interactions inter-spécifiques, avec les humains (via une bonne éducation, une relation de confiance, du respect) et d’autres espèces sont tout aussi nécessaires pour enrichir la qualité de vie de l’individu. Un chien doit avoir des activités exploratoires, physiques (promenades, activités sportives), masticatoires. Il n’a pas besoin d’être habillé comme un humain pour être un chien.

Le stress est un phénomène naturel et adaptatif, qui se manifeste par divers mécanismes :

  • des mécanismes physiologiques : préparation à l’action (adrénaline/noradrénaline), production d’énergie (cortisol), éventuellement épuisement si le stress est trop fort

  • des mécanismes cognitifs : stratégies d’ajustement (« coping »), un ensemble d’efforts cognitifs et comportementaux, de nombreuses capacités cognitives sollicitées.

Quels sont les agents stresseurs ? Un manque de dépenses cognitives et physiques. Ainsi l’isolement, le confinement, l’absence de « contrôle » sur l’environnement, le changement de routine, la nouveauté, des personnes non familières, la douleur, etc… sont des agents stresseurs courants, mais il existe une grande variabilité interindividuelle. (Breeda et al, 1997 ; Tuber et al, 1999).

Comment évaluer l’état de mal-être ? Via l’état de santé (noter un éventuel amaigrissement, des pathologies cutanées, digestives, des affections chroniques…), des indicateurs physiologiques (fréquence cardiaque, respiratoire, température corporelle, taux de glucocorticoïdes) et des indicateurs comportementaux : agressions, destructions, automutilations, mydriase, mais aussi éliminations inappropriées, tremblements, vocalisations, fugues, peur, coprophagie, pica, etc. Outre l’apparition des signes, on peut noter un changement de fréquence du niveau d’activité, des comportements affiliatifs, agonistiques (agression et évitement), une modification des capacités d’apprentissage (Breeda et al, 1997 ; Tuber et al, 1999 ; Rooney 2009).

Pour y répondre, il faut agir sur l’environnement, identifier la nature des stimuli (animés et inanimés). Assurer des dépenses cognitives suffisantes (favoriser la réflexion, limiter l’excitation) et les dépenses physiques (stimuler le métabolisme, assurer un bon état général).

En conclusion, les auteurs rappellent qu’il existe des fondamentaux permettant de répondre aux besoins du chien, mais la variabilité des individus nécessite de prendre en compte leurs besoins individuels. Y répondre permet de limiter ou réduire l’apparition de comportements gênants. Il convient d’évaluer l’aménagement proposé (a-t-il besoin d’enrichissement ou est-il agent stresseur), si les préconisations sont faisables pour les humains en charge de l’animal. Si besoin, une collaboration efficace avec un vétérinaire et un éducateur permettra une prise en charge optimale.

*En-quête de bien-être : rencontre de l’éthologie, de la psychologie et de la médecine vétérinaire du comportement

Caroline Gilbert, Thierry Bedossa, Sarah Jeannin

L’ENA est sans doute le seul lieu en Europe et en France où ces trois disciplines sont réunies pour des particuliers en consultation. Il est important de prendre en compte le regard croisé des deux disciplines, car les praticiens ont affaire à des chiens mais aussi à des humains avec leurs émotions. L’éthologie permet de mieux comprendre les capacités cognitives des chiens tandis que la psychologie permet de mieux comprendre l’humain.

Le rôle du vétérinaire dans la consultation de médecine comportementale

Le préalable à la consultation est de recevoir les patients dans un environnement standardisé. Les patients présentent des troubles du comportement jugés gênants par leurs propriétaires, qui parlent parfois de « maladie mentale ». Le but de la consultation est de déterminer la cause de ces comportements et de proposer un traitement adapté : rééducation, solutions, ou médicaments s’ils sont le résultat d’une atteinte organique.

Parmi les comportements gênants les plus courants, on note l’agressivité intra ou inter spécifique, l’activité excessive, la destruction, les vocalisations, un déficit d’obéissance, des troubles de l’élimination, un état anxieux/une anxiété contextuelle ou généralisée, des fugues, des TOC ou stéréotypies. Les consultations de médecine du comportement sont également le cadre d’évaluations comportementales, obligatoires pour certaines races depuis la loi sur la protection des personnes de 2007, qui permettent d’évaluer la dangerosité potentielle d’un individu de façon précoce.

Le praticien va d’abord s’assurer que le patient n’a pas de causes internes expliquant ses troubles : méningites, atteintes cérébrales ou viscérales (encéphaloses, problèmes de foie), glaucome.

Viennent ensuite les causes externes : environnement défavorable, mauvaises relations avec les humains, punitions inappropriées, mauvais apprentissages, mauvaise socialisation, etc.

La démarche clinique débute par un entretien libre avec le propriétaire (exploration du budget/temps, de la qualité de vie, de la capacité du propriétaire à comprendre les besoins de son animal, ses états émotionnels, à communiquer facilement. L’observation du propriétaire vis-à-vis de son chien en dit beaucoup sur sa relation avec lui. Le patient sera mis en situation et passera quelques tests factuels (face à des chiens démonstrateurs, de la nourriture) et on multipliera les contextes d’observation : relation avec les congénères, conflit sur la ressource, sortie en extérieur en longe, séparation avec les propriétaires. Il est important pour le praticien de distinguer le factuel du relaté, ce qu’il constate lui-même et la perception du propriétaire, afin d’analyser les facteurs intrinsèques et extrinsèques à l’origine du comportement gênant.

Viennent ensuite les explications des besoins éthologiques de l’animal et les recommandations qui peuvent être :

  • un aménagement de l’environnement physique

  • des dépenses physiques et mentales, enrichissement alimentaire et extérieur, chercher la nourriture

  • des aménagements sensoriels : olfactifs (huiles essentielles de lavande, camomille, menthe poivrée), auditifs (musique classique), visuels (jeux sur iPad, télévision), cognitifs (jouets éducatifs)

  • Une vie sociale !

  • Un travail avec les professionnels : nouveaux apprentissages en milieu contrôlé puis ouvert, modifications des comportements

  • S’adapter aux besoins de la race : pistage, agility, troupeau

En dernier recours, pour agir sur la qualité de la relation, il faut peut-être parfois agir sur l’humain et ainsi renvoyer vers un ou des intervenants spécialisés.

Le rôle de l’éthologie : comprendre le chien et ses émotions

Dans le contexte de la consultation, l’éthologie a pour rôle d’expliquer au propriétaire les émotions de son chien, ses réactions, prendre en compte la perception que les chiens ont des humains, quelles sont leurs capacités cognitives, afin d’améliorer la compréhension homme/chien et comprendre les besoins du chien. Le rôle de l’éthologue est d’expliquer au propriétaire à décoder les signaux négatifs de son chien, par exemple de stress ou de mal-être, pour les anticiper, les comprendre et adapter son propre comportement.

Comment détecter les émotions du chien ? Chez l’homme, cela se lit souvent de façon faciale, et c’est également le cas chez le chien. Un chien qui a peur présente une tension musculaire, une posture orientée vers l’arrière, la tête vers le bas, des oreilles en arrière, une queue abaissée, des yeux ouverts, une envie de fuite et de se cacher. Un chien stressé présentera un air fatigué ou « triste », des lèvres tirées, léchage de truffe, bâillements, patte avant levée, ébrouement, halètement. Les émotions positives sont souvent latéralisées. On pourra aussi évaluer la fréquence cardiaque, le taux de cortisol salivaire, ou utiliser la thermographie infra-rouge.

Quelle est la perception des humains par les chiens ?

  • les chiens reconnaissent les humains et leur propriétaire par le visage (Racca et al, 2010 ; Kerepesi et al, 2015.

  • ils reconnaissent les émotions humaines, discriminent la joie, la colère et s’adaptent (Muller et al, 2015 ; Albuquerque et al, 2016

Les chiens ont de réelles capacités à observer les humains, les reconnaître, adapter leur comportement en fonction des interactions précédentes :

  • ils sont capables d’analyser les comportements d’un humain interagissant avec un autre chien

  • capables d’interpréter la quantité d’une récompense (une personne qui récompense plus ou moins)

  • capables d’interpréter l’inégalité et l’injustice (lorsqu’une personne récompense mal à propos)

(Range et al, 2008 ; Horowitz, 2012)

  • ils adaptent leur comportement en interagissant moins avec des personnes injustes et moins généreuses

  • ils éprouvent la contagion émotionnelle et donc l’empathie : ils peuvent se mettre à la place d’un humain très proche, et s’adapter à son état émotionnel

Etre conscient de ces capacités permet de mieux comprendre, de favoriser les interaction positives pour avoir une relation de bonne qualité avec son chien. Le but ultime est de redonner confiance au propriétaire envers son chien, retrouver l’équilibre par une somme d’interactions. Il a été démontré que les animaux stressés devenaient pessimistes : devant une situation ambiguë, les animaux ne prennent plus le risque, la résignation est acquise et ils n’ont plus envie d’interagir. Ce fut prouvé chez les chevaux et moutons, le protocole est validé pour les chiens.

Le rôle de la psychologie

Les propriétaires consultent souvent en raison d’un problème plus large, mais le vétérinaire n’est pas formé à la psychologie humaine, ce qui peut être une limite puisque le rôle du propriétaire est très important. Le cadre de consultation est à ce titre semblable à celui de la pédopsychiatrie.

Les problèmes souvent rencontrés impliquant la responsabilité du propriétaire :

  • ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race

  • l’amour ne suffit pas !

  • relation parent-enfant : parallèle évident entre des exigences trop importantes envers un enfant et parfois envers un jeune chien

  • difficultés à interpréter les états émotionnels du chien

On assiste à des projections et des représentations pour les propriétaires : image idéalisée, objet de substitution, etc. Dès lors, un questionnement de la responsabilité du propriétaire peut naturellement se poser, mais il n’est pas toujours en cause.

Le psychologue peut analyser l’état émotionnel du propriétaire : on adopte souvent un animal quand on a des problèmes psychologiques ou un moment de difficulté psychologique, car l’animal apporte des émotions positives. Beaucoup de propriétaires qui consultent sont eux mêmes en détresse psychologique, qui peut se répercuter sur la qualité de vie de l’animal, entraînant une moins bonne écoute des besoins de l’animal ainsi qu’un risque de contagion émotionnel avec l’animal

L’animal peut être nécessaire à l’humain. Mais il faut aider le propriétaire à comprendre que son chien est un être vivant, avec ses besoins, et son besoin de respect. Le psychologue apporte un cadre bienveillant et sans jugement, accompagne et tempère le discours du vétérinaire pour que les recommandations soient suivies et bien vécues. Il peut aussi orienter les propriétaires vers un psychologue si besoin.

*Chien de compagnie, quel boulot !

Jocelyne Porcher, chercheuse à l’INRA Montpellier

Le rapport entre les animaux et les humains s’est souvent exprimé, et s’exprime encore, dans une relation de travail. Les animaux présentent une réelle intelligence de leur travail. Ce ne sont plus des animaux naturels, ils ont leur monde, nous le nôtre, mais à l’interface des deux, il y a le travail. Les chiens ont été domestiqués depuis longtemps et sont omniprésents dans le monde humain, peut-être y appartiennent-ils encore plus qu’au monde animal.

Les animaux de compagnie exercent-ils un travail ? Les anthropologues font une opposition entre animaux de compagnie choyés et animaux d’élevage mal traités, mais elle peut être erronée. Un chien guide est un chien de travail et plus un chien de compagnie.

Qu’est-ce que le travail ? Le concept n’est pas défini en sociologie. Pour qu’il y ait travail, il faut une personne qui travaille, et c’est son rapport au travail qui intéresse. Il existe une centralité du travail dans la construction des individus, qui doit exister aussi chez les animaux. Elle construit leur identité et leur façon d’être, laissant une place prépondérante à la subjectivité. Ils ont une intelligence de leur action, et ne font pas n’importe quoi, ils font même plus que ce qu’on attend d’eux.

On peut estimer que la compagnie est un travail pour le chien. A ce titre, la place du chien comme compagnon est en train de changer : dans les grandes entreprises comme Google, Apple etc on laisse venir les chiens sur le lieu de travail, parce que c’est positif pour les employés (moins de stress, plus de convivialité…)

Qu’est-ce que tenir compagnie ? Ce rôle n’a pas changé depuis le 18ème siècle, il s’agit de passer du temps avec le maître. Etre présent, rechercher l’interaction, être aimable, c’est un travail, celui de ne rien faire, d’être un objet manipulable. Pour un individu actif et mobile, c’est un travail et un effort. Il doit s’adapter à ce rythme là et prendre sur lui.

Ce qui compte pour tous les animaux qui travaillent, c’est la question du temps de travail, qui est aussi intériorisé. Ils intègrent un timing à tous les moments de la journée : le travail de présence, d’attention et d’obéissance est intégré. Ce métier est approprié par le chien au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec le propriétaire, ce qui suppose une forte adaptabilité. La vraie liberté pour un chien de compagnie, en dehors de ses heures de travail, serait de pouvoir faire ce qu’il veut et de ne plus se maîtriser (amener son chien à la plage et le laisser faire ce qu’il veut). Reconnaître ce statut de travail pourrait apporter une réponse aux comportements difficiles, car même si tout cet investissement subjectif des animaux est difficile à quantifier, il semble naturel de leur accorder un espace de liberté… Ce sont les animaux qui travaillent le plus avec nous finalement, c’est un enjeu à prendre en compte dans leur éducation.

*A l’écoute !

Anne Sachsé

En étudiant la médecine et la physiologie du corps humain, j’ai commencé par les primates supérieurs qui m’ont beaucoup appris. Et, d’emblée dans ma pratique quotidienne, le corps a été considéré comme un élément fondamental du développement affectif et comme un fabuleux outil d’intégration dans les différentes étapes de croissance.

Je me suis passionnée pour ce que le comportement animal peut nous apprendre, pour les travaux de Konrad Lorenz. Les éthologues américains et tout particulièrement Marc Bekoff et son étude sur les émotions des animaux ont également retenus mon attention. J’ajouterais les recherches de Peter Levine sur le figement qui nous offre de nouvelles pistes pour guérir le traumatisme. Je suis aussi une adepte de toutes les questions concernant l’origine de l’homme et toute la recherche paléontologique.

Dans cette intention d’ouverture, j’aborderais différents points :

1°) La continuité de l’animal à l’homme

2°) l’incidence des états de stress et des souffrances psychiques du propriétaire sur l’état de santé de l’animal.

3°) La perte de l’animal et les différentes étapes du deuil :

4°) Proposition thérapeutique : induction par hypnose d’un retour à l’état de bien-être;

5°) L’apport de la médecine Ayurvédique : respect des lois physiologiques, prévention, prévalence d’attitudes calmes, tranquilles et contenantes dans la relation avec l’animal.

La question de l’anthropomorphisme

Au préalable, je souhaiterais faire une mise au point afin qu’à aucun moment de cette prise de parole vous ne puissiez penser qu’il s’agit d’anthromorphisme ou que l’analogie avec le couple mère-bébé soit possible. Oui il y a des analogies, mais le cerveau d’un chien n’est pas le même qu’un cerveau du petit homme. A chacun d’être subtil et de ne pas faire des amalgames et pour le prouver, nous pouvons relire ensemble mots pour mots la description de Lorenz de l’éclosion de sa petite oie ; Bien sûr qu’il emploie des termes communs affectueux que toutes les mères expriment, mais Lorenz se tient bien droit dans ses bottes pour ne jamais glisser dans les confusions. Cette  parole prend appui d’une part sur mon expérience clinique et mon écoute des récits des souffrances confiées par mes patients qui sont des êtres humains lors des séances de thérapie et d’autres part de l’observation  des interactions à l’œuvre dans la communication humaine et animale.

1°) La continuité de l’animal à l’homme

Il est bien évident que dans toute ma réflexion sur la relation homme animal, mon souci est de faire valoir à quel point l’homme s’enrichit quand il reconnait en lui sa condition de mammifère supérieur, l’animal a beaucoup de choses à nous apprendre sur nous-mêmes. Et quand l’homme accepte de quitter sa position  « supérieure  » et qu’il met lui aussi son bagage perceptif au service de l’animal, il devient gagnant sur toute la ligne même si de nombreux progrès restent à faire.

Quand le Docteur  Bedossa m’a demandé d’intervenir dans ce colloque la première chose qui m’est venue à l’ esprit est mon utilisation dans ma pratique de thérapeute de l’anecdote de Konrad Lorenz sur l’adoption de sa petite oie. « On peut me croire ! je ne projette nullement les qualités humaines dans l’animal. Je fais plutôt le contraire : je montre l’importance de l’héritage animal qui subsiste dans l’homme d’aujourd’hui » disait-il.

Chacun ici connaît cette histoire qui fut le fondement  de la notion d’Empreinte; Lors de mes études, ce récit m’avait beaucoup marqué et je ne sais pas combien de fois l’ai-je raconté lors de séances où la détresse de l’humain face à l’abandon et la séparation était si forte que seul le récit du grand éthologue  me venait à l’esprit.

Vous  pourriez  me demander pourquoi je  faisais un détour par l’Ethologie pour adoucir la souffrance humaine ? C’est en passant mon été à relire les récits du grand homme aux cheveux blancs que je compris ce que Lorenz  avait fait en adoptant son bébé oie. Je ne savais pas qu’en lisant une nouvelle fois ce récit je découvrirais en Lorenz toutes les qualités d’une bonne mère, attention, vigilance, anticipation, tendresse, émerveillement pour son petit. Et pourtant le grand maître autrichien ne savait pas non plus qu’en acceptant le premier regard soutenu du nouveau-né oisillon, sa vie allait changer.

Porté par son immense intérêt pour les oies cendrées, il prit le risque de répondre à ce regard et d’être irrémédiablement  identifié comme « mère Oie », ce qu’il nomma l’Empreinte.

Dans la journée ce rôle de mère fut assuré sans problème, mais la nuit, Lorenz apprit très vite à se plier à cette nouvelle exigence: répondre même dans son sommeil aux piaillements d’inquiétude du bébé afin d’assurer cette sécurité de base dont nous avons tous besoin pour vivre et grandir. Et Lorenz dira lui-même : « Je crois qu’aujourd’hui encore je répondrais ainsi dans le plus profond sommeil  si quelqu’un disait doucement prés de moi : vivivivivi  ». Et je n’évoque pas cela pour l’anecdote mais pour vous faire comprendre que le grand professeur avait intégré sa réponse de mère rassurante en profondeur dans sa physiologie. Que se passe-il pour l’oisillon qui reçoit cette réassurance? Toute son énergie peut se mettre  au service de sa croissance, sans déperdition d’aucune angoisse et construire peu à peu la prochaine étape de son autonomie.

2°-L’incidence de l’état de stress et de la souffrance psychique du propriétaire sur l’état de santé de l’animal, son compagnon

La relation de l’homme à l’animal est très complexe et très riche. Difficile de trouver les mots justes, qui pourraient décrire quelque chose de l’ordre de de l’accordage,  de l’osmose,  de la communion, de la fusion, de l’interaction, une sorte d’intrication physique et émotionnelle.

Il faut comprendre l’incroyable sensibilité du chien : avec une richesse de perception immense, face à la multiplicité des informations qu’il reçoit, l’animal est vite submergé et ne peut pas toujours gérer toutes ces nouvelles informations d’autant plus qu’en  ville, il n’est pas dans son milieu naturel. Donc spontanément il réagit avec un stress majeur d’adaptation en fonction de la peur générée par un environnement dont il ne maîtrise pas les données.

Quand tout va bien,  c’est-à-dire qu’il a retrouvé sa sécurité de base et est perçu par son maître comme un être vivant et respecté dans ses besoins fondamentaux, l’accordage avec le maître est fait d’une complicité indicible, l’ amour inconditionnel règne, chacun trouve sa place et la joie de vivre est présente.

Que se passe-t-il quand l’être humain souffre : comment l’animal peut-il gérer cet état? Il y a bien évidement plusieurs niveaux : en tout premier ce qui touche le plus l’animal, c’est qu’il ne retrouve plus chez son maître les repères bienveillants. Le maître est préoccupé, le chien est son dernier souci et l’animal perçoit une tension psychique et nerveuse dans laquelle il ne retrouve pas sa place. Si cette situation est exceptionnelle et brève, elle n’aura pas d’incidence particulière.

En revanche si la situation anxieuse persiste, peu à peu le chien va perdre sa situation de confort et peut réagir dans sa physiologie par des stratégies somatiques qui peuvent constituer peu à peu une pathologie

-Porosité et transmission de la tension nerveuse en direct sur l’animal en dehors de toute expression manifeste

-puis perception aiguë des changements même infimes du comportement du maître, gestes brusques, perte de l’attention, de l’égard, voix forte et agacée

Que se passe-t-il pour l’animal ? L’animal ressent et réagit dans sa physiologie : incompréhension et impuissance et va peu à peu s’imbiber de la. tension de son maître jusqu’à développer des pathologies. C’est cet espace inter-actionnel  que nous observons dans bon nombre de dysfonctionnements de l’animal quand le maître est submergé par sa propre souffrance.

3°) La perte de l’animal et les différentes étapes du deuil

La différence de longévité entre l’homme et le chien nous expose immanquablement à avoir à vivre le départ de l’animal. C’est toujours trop tôt car nous avons tendance à oublier cette donnée et à avoir la conviction que ce chien nous accompagnera tout au long de notre vie, ce qui n’est pas vrai.

Et quand cet évènement arrive, nous sommes très touchés. Le processus de deuil, du fait de notre condition d’être humain mortel, nous avons tous à le vivre un jour ou l’autre : perte d’un parent, d’un ami, accident, maladie,. Il s’agit d’un processus psychologique complexe qui s’effectue en plusieurs étapes : la première correspond à l’annonce de la mort et la réaction naturelle est d’en faire le déni. La seconde s’apparente à une réaction de colère, de sentiment d’injustice. Puis survient l’angoisse face à a précarité du monde et la tristesse qui ébauche l’évacuation des tensions de douleur, accompagnée souvent de larmes libératrices. C’est l’acceptation  qui marque le tournant et amorce la phase de remontée.

Pourtant le deuil est une étape naturelle de la vie. Il correspond à un processus complexe d’adaptation psychologique, face au choc que la personne vient de subir à l’annonce de la mort.

Qui n’a pas été touché en tant que thérapeute par le chagrin profond des maîtres. C’est toujours un moment difficile qu’il importe de partager avec le plus d’humanité possible. Outre l’accueil bienveillant et sans jugement : il faut prendre le temps d’observer sans rien dire. La souffrance générée par la mort d’un chien peut être extrêmement forte, voire provoquer une véritable dépression.

On peut penser que l’attachement au chien se compose de différents secteurs, la présence bien sûre, les horaires de sorties, les promenades, de repas, les retours à la maison où l’on anticipe le plaisir de voir son compagnon canin venir vous accueillir avec la même fougue, la même fraicheur qu’au premier jour. Tout cela tisse entre le maitre et l’animal une sorte de tissu commun émotionnel et physique très dense. Cette perte-là crée un grand vide. Et le travail de deuil est long.

Donc, dans le contexte d’un deuil :

  • en premier lieu : être à l’écoute des circonstances du départ, accueillir le récit, les émotions, les pleurs, avec une sincère empathie.

  • Commentaire compréhensif concernant la souffrance générée, laisser autant que possible raconter et parler du chien de son vivant et puis de son absence

  • Propositions thérapeutiques induction par hypnose : l’intention est de permettre un état de détente et de bien-être, relâchement du stress, ralentissement général, accession au plaisir d’être.

  • Au fond recréer l’osmose entre le maître et son compagnon.

*Statut du chien de service : réflexion et enjeux éthiques

Céline Louvet

Aujourd’hui, le chien de service est un être vivant programmé pour le bénéfice d’une personne vulnérable. Qu’en est-il de la considération de la situation dans laquelle il est placé : travail, souffrance, reconnaissance ? Quel symptôme de notre société cela met-il en avant ?

La programmation du chien guide

Le chiot est d’abord sélectionné. Depuis le décret de 2005, les chiens sont obligatoirement LOF, les élevages traçables, les chiens choisis sur des critères comportementaux et esthétiques, dont ils sont sortis à 8 semaines. Ils passent ensuite en famille d’accueil, qui leur enseigne l’éducation de base, les socialisent (vie en famille, apprentissage des ordres de base et de la propreté). On passe ensuite à l’éducation en centre (programmation aux attendus en fonction du handicap – chiens guides, d’assistance, écouteurs). La remise consiste à choisir le bon chien pour le bon bénéficiaire.
Les chiens réformés qui manifestent des pathologies ou des problèmes de comportement peuvent être proposés à l’adoption. Les chiens retraités retournent souvent en famille d’accueil. Leur vie est une situation de travail H24 durant des années, nécessitant hyper-vigilance, déplacements constants, hyper-adaptabilité.

Qu’en est-il de l’équilibre émotionnel d’un chien qui passe par des ruptures de situations de vie, avec en plus un conditionnement intensif ? Qu’en est-il de la responsabilité comprise par les bénéficiaires quand un chien leur est remis ? Quand considère t-on les conditions de vie et de travail du chien ? Dès qu’il est chiot, quand il est remis ou jamais ? Est-on conscient que l’on ne se préoccupe que du bien-être et non de la souffrance au travail du chien ? Quelle prise en compte des besoins éthologiques du chien ?

Le travail du chien de service

Reconnaître le travail animal implique de reconnaître l’existence des rapports sociaux entre l’homme et l’animal (comme avec les animaux d’élevage), de considérer la relation de travail entre les deux comme vivante, affective, collaborative, d’accepter de reconnaître une sensibilité, une subjectivité, un ressenti moral aux animaux, enfin de prendre en compte leur adaptabilité et leur capabilité.

Si l’on considère que l’animal travail, quelle est alors sa rétribution ? Quelle organisation du travail est mise en place ? Quelles conditions de travail lui sont offertes ? Quels repos, vacances, conditions de remplacement ?

Comment évalue-t-on sa souffrance à l’heure de l’explosion de la prise en considération des troubles psycho-sociaux chez l’homme ? Comment mesure t-on l’épuisement du chien ? Comment lui témoigne t-on de la reconnaissance ?

Quelques points de vue

Corinne Pelluchon, spécialiste de la question de la vulnérabilité et du soin, précise que le chien de service est un bien de consommation, que les personnes handicapées n’auraient sans doute pas eu de chien si elles n’étaient pas en situation de vulnérabilité. C’est un objet de satisfaction car il répond à un besoin d’autonomie. Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et questionne notre position d’agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l’humain.

Les vétérinaires n’hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d’assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l’activité : vieillissement prématuré, apathie repérée au bout d’une année de travail, problèmes au niveau des articulations, du dos et des hanches, problèmes endocriniens, baisse significative et précoce des fonctions sensorielles, altération des fonctions respiratoires et cardiaques.

Les besoins éthologiques (balades quotidiennes en liberté, contacts avec les congénères, avoir une vie de chien) ne sont pas pris en compte, pas plus que les besoins d’hygiène et de confort (bains, soins d’entretien). Dans l’organisation de son travail manquent des phases de repos clairement identifiées.

Une meilleure compensation des besoins du chien pourrait être proposée : financement des personnes pouvant effectuer la satisfaction des besoins éthologiques quand l’entourage de la personne handicapée ne peut le faire, financement des soins d’hygiène et de confort ; un suivi vétérinaire spécifique identique à la médecine du travail ; une reconnaissance du travail fourni par une meilleure prise en considération de cet aspect par les associations et les bénéficiaires qui doivent être davantage responsabilisés. Pourquoi ne pas envisager deux chiens, permettant ainsi une véritable alternance et un respect des conditions de travail ? Enfin à l’ère des robots domestiques, quel est l’avenir du chien de service ?

Les 10 points d’une éthique de la relation homme/chien

1. Se mettre à la place du chien et s’oublier

L’humain a toujours considéré le chien d’un point de vue anthropocentré, souvent comme une projection de ses propres envies ou une réponse à ses névroses. Moins d’égocentrisme, un regard plus empathique, et le chien redevient un individu à part entière, plus un objet.

2. Le respecter

Un chien n’a pas forcément besoin d’être habillé ou de danser pour être heureux avec nous. Il a avant tout besoin qu’on respecte sa nature de chien et qu’on lui permette de l’exprimer.

3. Comprendre sa nature

Le chien est un animal intelligent et sensible, comme nous à la recherche du plaisir. Toute adoption suppose donc de se renseigner sur le chien que l’on choisit, et d’évaluer si notre vie sera compatible avec celle qu’il doit avoir en tant qu’espèce et race.

4. Se débarrasser de ses idées reçues
La dominance, la vie en chenil, faire manger le chien après nous, le faire dormir dans son coin, un beau chien est un bon chien… Autant d’idées qu’il convient de jeter pour partir sur des bases saines ! Le comportement du chien est complexe et ses structures sociales nombreuses. Chaque chien est différent et ne rentrera pas dans des cases préétablies.

 

5. Apprendre à le lire et à l’écouter

Le comportement éthologique du chien est extrêmement riche et varié, mais pas toujours facile à décoder pour un maître débutant. Cela s’apprend ! Les vétérinaires comportementalistes, les éducateurs sont là pour aider à identifier les signaux, les interpréter, et ainsi éviter de commettre des erreurs.

6. Adapter son environnement à ses besoins

Un chien a besoin de courir, d’avoir des interactions avec ses congénères mais aussi avec de nombreux humains et d’autres espèces animales. C’est une espèce sociale, qui aime aussi explorer un territoire, mastiquer, se rouler dans la boue. Autant que possible, il faut satisfaire ses besoins.

7. Reconnaître son travail auprès de nous

La compagnie, c’est un travail, au même titre que de garder un troupeau ! Et tout travailleur mérite d’avoir du temps libre. Un chien qui n’a plus à se maîtriser quelques heures par jour est mieux dans ses pattes.

8. Maîtriser nos peurs et nos émotions

Tenir perpétuellement son chien en laisse de peur qu’il ne s’échappe, lui crier dessus parce qu’on manque de patience, le punir à mauvais escient, lui communiquer notre stress ou notre mal-être… Le chien nous comprend et nous ressent fortement, et ces éléments peuvent l’affecter. Un bon maître, si besoin, peut demander l’assistance d’un psychologue pour être mieux dans sa vie, et donc mieux avec son entourage, et son chien.

9. Progresser ensemble

Rien n’est irrémédiable. Rééduquer un chien demande de très grandes compétences, mais ce n’est pas impossible. Un maître conscient et impliqué dans le travail avec le vétérinaire et l’éducateur pourra améliorer sa relation avec son animal. Et si le blocage persiste, un placement réfléchi est une meilleure solution qu’une souffrance destructrice pour le chien et le maître.

10. L’aimer

L’amour ne suffit pas, mais il reste indispensable à une relation épanouie. C’est le ciment qui fait tenir tout l’édifice construit en suivant les 9 premiers points. Sans amour, il n’y a rien qui tient ! Et l’amour, c’est être à l’écoute de l’autre.

Revue de presse – Septembre 2016

BREVES

France

Dog Revolution : un congrès transdisciplinaire sur les comportements gênants chez le chien à Paris les 1et et 2 octobre

Les 1er et 2 octobre prochains, l’université Nanterre Paris-Ouest accueillera deux jours de séminaire consacrés à la place du chien dans notre société et à la gestion des comportements gênants. L’originalité ? Ce sera le premier événement de cette ampleur organisé en Ile-de-France, qui permettra de croiser les regards de plus de 12 intervenants confirmés (vétérinaires, éthologues, éducateurs canins, mais aussi avocats et psychiatres) sur les rapports entre l’humain et le chien, et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur relation.

Au cours de ces deux journées, un programme cohérent et progressif sera proposé : de la construction du chien de compagnie à sa place dans notre société, en passant par les modes de sélection et les tendances comportementales, les avancées législatives en matière de bien-être animal, et surtout l’approche à avoir face aux comportements « gênants », les divers professionnels du monde canin partageront leurs différents points de vue sur ces sujets, chacun représentant un aspect d’une approche globale et qui se veut la plus complète possible pour mieux comprendre le meilleur ami de l’homme.

Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, docteurs vétérinaires comportementalistes et initiateurs du projet, présentent cette conférence qui sera bien sûr ouverte à tous, professionnels et propriétaires sur le site Pet in the City : http://petinthecity.fr/?p=4740

Plus d’informations :

« Dog Revolution » : comportements gênants canins, regards croisés


Les 1er et 2 octobre de 8h30 à 18h, Université Nanterre Paris-Ouest, amphithéâtre B2

Prix de l’inscription pour les deux jours (accueil café + lunchbox inclus) : 119 euros

Réservations et informations pratiques sur le site dédié : www.dog-revolution.fr

France

Après Strasbourg, Brive enseigne le droit animalier

Pour travailler au contact des animaux, de nombreux métiers et formations existent : vétérinaire bien sûr, ASV, soigneur, éthologue, comportementaliste, éducateur, etc…

Mais quand il s’agit de s’engager pour leur protection et leur défense, jusqu’à présent, en dehors du bénévolat, il n’existait pas de diplôme reconnu légitimant une compétence acquise en la matière, notamment dans le domaine juridique. Or, un récent mouvement au sein des universités propose désormais d’ouvrir plus de cursus relatifs à l’éthique, l’éthologie, et le droit animal.

La rentrée universitaire 2016 au campus de Brive-la-Gaillarde, une antenne de l’université de Limoges, comporte ainsi une première en France : 29 étudiants inscrits en DU droit animalier. Une formation très courte (54 heures au total sur deux semaines), dispensées par neuf professeurs de droit.

Le site de la faculté de droit et de sciences économiques de l’université de Limoges indique ainsi que « l’objectif […] est de permettre à des étudiants en droit ou à des juristes confirmés (avocats, magistrats, juristes au sein d’association de protection animale…) d’acquérir les connaissances dans le domaine du droit applicable à l’animal. » Le site rappelle à juste titre que cette matière n’est jamais enseignée dans le cursus commun de la licence et du master en droit, quelle que soit la spécialisation choisie.

Très ouvert, le diplôme ne s’adresse pas qu’aux juristes étudiants ou professionnels, mais également à tous les professionnels de la protection animale (vétérinaires, inspecteurs vétérinaires, membres d’associations…) « qui ont une connaissance générale des règles applicables à l’animal et souhaiteraient parfaire leur maîtrise de la technique juridique dans ce domaine. »

Les cours intègrent une dimension historique, philosophique, anthropologique et une approche tant nationale qu’européenne et internationale du droit, afin que l’étudiant « comprenne l’ampleur de l’enjeu du statut juridique de l’animal et les difficultés de son évolution. »

Interrogés par le Monde.fr, Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé et Lucille Boisseau-Sowinski, maîtresse de conférences en droit privé, expliquent que c’est à la suite de la reconnaissance de la sensibilité des animaux dans le code civil par la loi du 16 février 2015, « une avancée juridique majeure », qu’ils ont décidé de co-fonder ce diplôme unique en son genre, en partenariat avec la Fondation 30 Millions d’Amis : « Nous avons décidé de créer un diplôme universitaire qui soit uniquement consacré à cette discipline en plein essor, mais complexe et mal maîtrisé ».

Un petit précédent existe cependant, et nous nous en étions fait l’écho en avril 2015 : l’université de Strasbourg propose depuis un an un master Ethique et Sociétés, comprenant une spécialisation en éthique animale et donc du droit animalier (lire notre article : http://petinthecity.fr/?p=3134)

Comme à Strasbourg, le cursus de Brive permet à des gens de tous horizons, mais surtout à des personnes engagées dans la le domaine associatif, de se former et d’acquérir les connaissances juridiques indispensables, par exemple, à la bonne gestion d’un refuge. La formation coûte entre 250 et 1050 euros selon les étudiants, sans compter les droits d’inscription universitaires.

Cette multiplication de formations diplômantes reste encore timide en France où « le droit animalier ne rencontre aucun écho chez les juristes, à part des rires », confie une étudiante de Brive citée par le Monde.fr. Un retard de plus par rapport au monde anglo-saxon : aux Etats-Unis, les trois quart des facultés proposent cet enseignement depuis plus de vingt ans, et l’université Lewis & Clark de Portland (Oregon) propose même un master totalement dédié. Compte tenu de l’absence de débouchés plus conséquents en France, les créateurs du DU de Limoges l’envisagent pour le moment comme une « spécialisation complémentaire », une façon d’acquérir de nouvelles connaissances de plus en plus utiles pour consolider une association, ou tout simplement faire du lobbying auprès des parlementaires, qui seuls peuvent faire évoluer la législation en France.

Si la promotion 2016 remplit ses objectifs et donne des résultats satisfaisants, l’objectif pour les enseignants sera, pour la rentrée 2017, de développer des partenariats avec les écoles vétérinaires et de la magistrature.

Plus d’informations :

Le site de la Faculté de droit et de sciences économiques de Limoges, consacré à ce DU : http://www.fdse.unilim.fr/article937.html

Le site du CEERE (Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique) de l’Université de Strasbourg, sur le master « Ethiques et sociétés » : https://ethique-alsace.unistra.fr/index.php?id=14326

(source : Pet in the City, 9/09)

France

Abattoirs : la commission d’enquête parlementaire rend ses conclusions

En quelques mois, l’association L214, qui milite pour le bien-être animal et prône une alimentation végétarienne, a publié sept vidéos, tournées en caméra cachée dans des abattoirs français : ces images, souvent insoutenables, d’animaux en grande souffrance, ont conduit des abattoirs à fermer, au moins provisoirement, et à être condamnés pour « mauvais traitement envers un animal ».

Des contrôles menés par l’administration, après ces vidéos choc, ont montré des manquements graves sur 5% des lignes d’abattage de 259 abattoirs français inspectés (sur 263) au mois d’avril.

Ces images ont surtout suscité un émoi tel qu’une commission d’enquête parlementaire a été créée, multipliant pendant trois mois les auditions de ministres, dirigeants d’abattoirs, vétérinaires, éleveurs, membres de l’administration, syndicalistes agricoles, dignitaires religieux, chercheurs et représentants d’associations de défense des animaux pour déterminer ce qui peut être amélioré. Celle-ci dévoilera ses propositions en détail demain.

Parmi les pistes esquissées pendant les trois mois d’audition: l’amélioration de la formation des personnels et des contrôles vétérinaires, mais aussi la question de la mise en place d’une vidéosurveillance.

Doit-on ou non installer des caméras pour contrôler les opérations et les installations dans les abattoirs?Si les principaux syndicats agricoles s’y sont déclarés opposés, les associations de protection des animaux ont demandé davantage de transparence sur le fonctionnement des abattoirs. Mais des éleveurs, qui aimeraient eux aussi avoir un suivi des animaux qu’ils emmènent à l’abattoir, ont également appuyé cette demande de transparence au travers par exemple de comités d’éthique.

Quid du rôle et des effectifs pour les inspections de l’administration? Les auditions ont montré que l’accent est davantage mis sur la surveillance sanitaire que sur le bien-être animal.

« Il est possible que la réduction des effectifs, de moins 20% dans l’administration, ait eu comme conséquence un allègement du nombre et de la fréquence des contrôles en protection animale » , a reconnu Laurent Lasne, président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire (SNISPV).

Comment rendre l’étourdissement des animaux plus efficace, se sont également interrogé les députés. De nombreuses séquences vidéo de L214 ont montré  des animaux mal étourdis qui continuent donc à souffrir pendant les opérations d’abattage.

Pour le chef du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur Arnaud Schaumasse, le problème de l’étourdissement est avant tout un « non-respect des procédures établies, et non que l’abattage se fasse ou non selon un rite religieux » . Et c’est plus lié à des questions de formation qu’au respect de pratiques religieuses juives ou musulmanes, qui imposent de ne pas étourdir l’animal.

Parmi les autres pistes explorées par la commission figure la modernisation des plus petits abattoirs en investissant dans du matériel permettant d’assurer un abattage plus efficace et plus rapide et donc d’améliorer le bien-être animal.

D’après un très bon « grand format » du Monde.fr, la commission d’enquête parlementaire préconiserait tout de même l’expérimentation des abattoirs mobiles sur le territoire français :
http://abonnes.lemonde.fr/grands-formats/visuel/2016/09/20/et-si-on-abattait-les-animaux-a-la-ferme_5000554_4497053.html

(Source : Pet in the City /AFP, 19 septembre)

France

Initiez-vous à l’étude du comportement animal et humain !


L’éthologie est au programme de l’Université Populaire Européenne de Strasbourg : 26 séances d’octobre 2016 à juin 2017, tous les jeudis de 18h30 à 20h. 12 inscrits minimum pour que l’activité soit validée, n’attendez plus! 

http://www.u-populaire-europeenne.com/

France

Journées Droit et éthique de l’Animal à Strasbourg les 21 et 22 octobre

Depuis 2015, l’université de Strasbourg et le Centre européen d’Enseignement et de recherche en éthique ont ouvert un master Ethique et sociétés, spécialisation en éthique animale. Dans ce cadre, l’université accueillera les 21 et 22 octobre un colloque sur le droit et l’éthique de l’animal.

Voici le programme provisoire :

Vendredi 21 octobre: Ethique animale

9h00-9h15: allocution d’ouverture par Cédric Sueur

9h15-10h45: Les animaux dits nuisibles

    – Christian Braun, directeur de la LPO Alsace (Ligue pour la protection des Oiseaux)

     – Yves Handrich, chercheur au Département d’Ecologie, Physiologie et Ethologie, Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien, CNRS-Université de Strasbourg et membre du GEPMA, Groupe d’Etude et de Protection des Mammifères d’Alsace

11h00-12h30: Transanimalisme et animal cyborg

    – Dominique Martinez, chercheur CNRS en Neuroinformatique et Neurorobotique au Loria, Laboratoire lorrain de Recherche en Informatique et ses Applications, Nancy

    – Johann Roduit ; Docteur en droit et éthique biomédicale, collaborateur scientifique à l’Université de Zurich, Managing Director du nouveau centre d’Humanités Médicales de l’Université de Zurich

14h00-15h30: La possession de l’animal de compagnie

    – Laurence Bruder-Sergent, Comportementaliste et directrice de Vox-Animae

    – Xavier Ferreira, docteur vétérinaire à la Clinique vétérinaire des Halles, spécialiste des Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC)

15h45-17h15: La captivité des cétacés

    – Charlotte Curé, chercheuse au CEREMA, Strasbourg

    – Florian Sigronde, Ingénieur agronome chargé de mission à la LFDA

    – Fabienne Delfour, chercheuse spécialiste du comportement des cétacés

Samedi 22 octobre: Droit animal 

« La réglementation relative à l’abattage des animaux à des fins alimentaires, entre principes, dérogations et réalité » 

9h00-12h30: Etude comparative dans le droit européen (en anglais) /

    – Professeur Birgitta Wahlberg de l’Université de Turku, Finlande

    – Professeur Maria Baideldinova de l’université KIMEP à Alamaty, Kazakhstan

    – Professeur Tomasz Pietrzykowski et la doctorante Justyna Wieclawek de l’université de Katowice, Pologne

    – Professeur Marie Fox de l’université de Birmingham, UK

    – Dr Gieri Bolliger Directeur de la Fondation « Tier im Recht » à Zurich, Suisse

    – Dr Anne-Claire Lomellini-Dereclenne, Vétérinaire, inspectrice de la santé publique vétérinaire, France

Questions-réponses en anglais de 12h à 12h30 / Questions in English from 12:00 to 12:30

English version: on saturday morning (the 22nd, from 9:00 to 12:30), a workshop is organised on animal law, specifically on rules in slautherhouses. Several professors in animal Law will be invited. Contrary to the rest of the congress, these talks will be in English.

14h00-16h00: Débat public sur l’abattage en France au regard du droit (en Français)

    – Dr Anne-Claire Lomellini-Dereclenne, Vétérinaire, inspectrice de la santé publique vétérinaire

    – Jean-Marc Neumann, juriste spécialiste en Droit animal, secrétaire executive du groupe EGALS (Eurogroup for Animal Law Studies)

16h00-17h00 : Cloture du colloque: allocution et conclusions.


Les inscriptions sont aujourd’hui closes mais il est possible d’être sur une liste d’attente.

https://sites.google.com/site/droitetethiquedelanimal/home

Grande-Bretagne

Les vétérinaires anglais de plus en plus confrontés à l’euthanasie d’animaux en bonne santé

8% des praticiens britanniques seraient confrontés à de telles demandes en raison du comportement de l’animal comme le montre l’enquête dévoilée par la BVA.Quasiment tous les confrères sont donc exposés à de telles demandes de propriétaires d’animaux de compagnie comme le révèle le site de la British Veterinary Association (BVA) ce 6 septembre. 53% expriment même que ce n’est pas rare. Ils sont confrontés à ces demandes en raison de troubles du comportement de l’animal. Les vétérinaires comportementalistes incluent dans les motifs : les aboiements et les hurlements persistants, les destructions, etc. L’agressivité à la fois envers les personnes et les autres animaux, est aussi une problèmatique. De tels comportements peuvent altérer le lien homme – animal, et mener l’animal de compagnie à l’exclusion de la vie familiale au détriment de son bien-être, à l’abandon ou à l’euthanasie.

Cette étude menée auprès de 700 vétérinaires au Royaume-Uni met aussi en lumière le fardeau qui est placé sur les vétérinaires chaque jour quand ils doivent faire face à une demande d’euthanasie d’un animal en bonne santé. La BVA souligne l’importance d’une socialisation adéquate des animaux dès le plus jeune âge, et montre aussi l’intérêt des classes de socialisation des chiots.

Les propriétaires invoquent des raisons variées lorsqu’ils demandent l’euthanasie d’un animal en bonne santé. Les praticiens de l’enquête évoquent aussi dans les raisons les plus communes : la mauvaise santé du détenteur (48%), le déménagement dans une structure qui n’accepte pas les animaux (39%), et des raisons juridiques (32%). 

(source : le Point vétérinaire, 06/09)

Etats-Unis

Une meilleure information sur les impacts bénéfiques du lien homme/animal pousse les propriétaires à consulter plus souvent

Le 9 septembre, la Human Animal Bond Research Initiative Foundation (HABRI) et l’American Animal Hospital Association (AAHA) ont annoncé les résultats d’une nouvelle enquête montrant que lorsque les propriétaires sont conscients et au courant des bénéfices de la relation homme/animal, ceux-ci sont plus préoccupés de leur santé et les emmènent voir un vétérinaire plus souvent.

« Quand ils sont suffisamment informés sur la recherche scientifique sur le lien homme-animal, les propriétaires d’animaux sont plus susceptibles de prendre des mesures importantes pour améliorer la santé des animaux de compagnie et d’augmenter leur relation avec leurs vétérinaires », a déclaré le chef de la direction de l’AAHA, Michael Cavanaugh, DVM, DABVP (C /F).

 » Les hôpitaux pour animaux sous égide de l’AAHA continuent à élever le niveau des soins vétérinaires à travers le pays, et l’HABRI nous donne une autre façon de se connecter avec les propriétaires d’animaux pour améliorer cette offre. « 

Sur 2 000 propriétaires d’animaux instruits sur le bénéfice d’un animal sur la santé humaine :

  • 92% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de maintenir leur animal en bonne santé grâce aux vaccins et à la médecine préventive

  • 89% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de maintenir leur animal en bonne santé grâce aux contrôles réguliers avec un vétérinaire

  • 88% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de mieux nourrir leur animal

  • 51% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles d’acheter une assurance santé

  • 62% ont dit qu’ils étaient moins susceptibles d’annuler les visites chez le vétérinaire

  • 89% ont dit qu’ils étaient plus susceptibles de prendre mieux soin d’un animal de compagnie

« Quand les gens découvrent que les animaux de compagnie améliorent la santé cardiaque, diminuent le stress, aident à soulager la dépression, et aident à traiter des conditions spécifiques qui incluent l’autisme, le SSPT et la maladie d’Alzheimer, ils deviennent plus concentrés sur les soins pour la santé de leur animal de compagnie, » a déclaré le directeur exécutif de l’HABRI, Steven Feldman. « Plus de sensibilisation sur la recherche en matière de lien humain-animal améliore les soins vétérinaires et conduit à une population d’animaux de compagnie en meilleure santé.« 

Les vétérinaires, déjà vus favorablement par 97% des propriétaires d’animaux, sont également considérés comme des messagers importants de l’information scientifique, en particulier auprès des trentenaires :

  • 66% des propriétaires d’animaux (77% des trentenaires) auraient une vision plus favorable de leur vétérinaire s’ils ont discuté des avantages pour leur santé du lien humain-animal avec eux

  • 61% des propriétaires d’animaux (74% des trentenaires) seraient plus susceptibles de rendre visite à leur vétérinaire s’ils ont discuté des avantages pour la santé du lien humain-animal avec eux

« La science de la relation homme-animal offre aux vétérinaires une réelle opportunité d’améliorer leurs relations avec les clients, et de fournir les meilleurs soins pour leurs patients », a ajouté Cavanaugh.

(source : NewStat, 12/09)

Monde

L’alimentation, première priorité des propriétaires de chats

L’alimentation est le premier sujet dont les propriétaires de chats veulent parler avec leur vétérinaire, d’après une étude sponsorisée par Royal Canin auprès de 1001 propriétaires de félins. Néanmoins, l’étude démontre que 3 propriétaires sur 5 n’amènent pas régulièrement leur animal chez le vétérinaire. Comparés aux chiens, les chats ont trois fois plus susceptibles d’être amenés chez le vétérinaire uniquement lorsqu’ils sont malades.

(source : PetFood industry, 22 août)

Finlande

Les maladies héréditaires canines encore plus répandues que prévu

Le potentiel technologique pour tester un chien pour plusieurs troubles héréditaires à la fois existe depuis plusieurs années. Le défi consiste à exploiter ce potentiel pour une utilisation pratique en médecine vétérinaire. Une nouvelle étude propose un modèle.

Des chercheurs de l’Université d’Helsinki en Finlande ont conclu que le dépistage du panel génétique est un outil complet, efficace et valide dans l’établissement des diagnostics et la recherche, et dispose d’une gamme d’applications dans les soins vétérinaires, la recherche et l’élevage.

Les résultats ont également conclu que plusieurs allèles de maladies connues sont plus répandues dans les différentes races que ce que l’on croyait jusqu’à présent.

L’étude a été publiée dans la revue PLOS One le 15 Août.

Les chercheurs ont testé près de 7000 chiens représentant environ 230 races différentes prédisposées à près de 100 maladies génétiques et ont observé que le génome d’au moins un chien sur six un était porteur de la maladie testée.

En outre, un des variants génétiques testés sur six était également découvert dans une race de chien sans aucun précédent de maladie génétique. Grâce à un suivi clinique des chiens génétiquement à risques, l’équipe de recherche a été en mesure de confirmer que plusieurs troubles causent les mêmes signes de maladie chez d’autres races a priori pas concernées.

(source : NewStat, 30/08)


Etats-Unis

Les jeux de nourriture ont un impact positif sur les chats !

Les jeux pour les chats existent depuis plusieurs années. Cependant, les jeux sous forme de puzzles alimentaires, comportant des dispositifs qui libèrent la nourriture quand un animal interagit avec eux, offrent des avantages supplémentaires, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université de Georgia Veterinary Teaching Hospital, de l’Université de Californie à Berkeley; et de l’Ohio State University ont collaboré avec des comportementalistes félins et ont conclu que les puzzles alimentaires pourraient avoir un impact positif sur la santé des félins et les problèmes de comportement. La dernière étude a été publiée dans le numéro de septembre du Journal of Feline Medicine and Surgery.

Outre l’examen des preuves empiriques des avantages physiques et émotionnels conférées par des puzzles alimentaires, les auteurs ont rassemblés des détails issus de 30 cas où les puzzles alimentaires étaient utilisés comme aide pour gérer un problème de santé ou comportemental.

Des exemples de résultats positifs comprenaient un chat domestique de 8 ans, obèse, qui a perdu 20% de son poids corporel pendant les 12 mois qu’a duré l’expérimentation, et un British shorthair de trois ans avec des problèmes d’agression redirigée, problème résolu dans les 6 mois.

Selon l’étude, les puzzles alimentaires tirent partie de l’inclination naturelle d’un chat à chasser pour sa nourriture, et fournit à la fois une stimulation mentale et une activité accrue. Les puzzles alimentaires sont également faciles à mettre en place avec peu de risques pour l’animal.

L’étude comprend un aperçu des types de puzzles alimentaires, des conseils pour bien le choisir et le mettre en place.

(source : NewStat, 6/09)

Australie

La salive comme indicateur de stress implique de multiples facteurs

Le cortisol salivaire est souvent utilisé comme un indicateur de stress dans la recherche canine ; cependant, d’autres facteurs contribuent à ce niveau de cortisol, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université Monash en Australie et l’Université de Pennsylvanie ont réalisé une méta-analyse pour identifier les facteurs qui contribuent au stress chez les chiens domestiques. Les chercheurs ont identifié une gamme de concentration de cortisol et d’autres facteurs tels que les caractéristiques canines et les effets environnementaux qui impactent ces niveaux.

La dernière étude, disponible en ligne, sera publié dans le numéro d’octobre de la revue Domestic Animal Endocrinology.

Les chercheurs ont examiné les bases de données et les comptes rendus de séminaires scientifiques de 1992 à 2002, ainsi que 61 études scientifiques sur le cortisol salivaire des chiens. Les chercheurs ont été contactés et 31 ensembles de données brutes ont été partagées, soit 5,153 échantillons de 1 205 chiens.

Les chercheurs ont identifié une gamme de concentrations de cortisol de 0 à 33,79 pg / dL (moyenne de 0,45 g / dL, SEM 0,13). Ils ont également noté que le sexe et l’état neutre, l’âge, l’environnement et le temps vivant dans cet environnement avant l’essai, l’environnement de test, la présence du propriétaire pendant les tests, et les médias de collecte ont tous joué un rôle dans les niveaux de cortisol.

(source : NewStat, 7/09)

Finlande

Des maladies ordinaires chez les chats identifiées

Des chercheurs de l’Université d’Helsinki et du Centre de recherche Folkhälsan en Finlande ont étudié la santé des chats finlandais et ont conclu que les problèmes de santé typiques chez les chats portent sur la bouche, la peau et les reins. En outre, les chercheurs ont identifié près de 60 maladies spécifiques à des races particulières.

L’étude a été publiée dans la revue Frontiers in Veterinary Science le 29 août.

Pour recueillir des données, les chercheurs ont développé une enquête de santé portant sur l’ environnement de vie des chats, leurs régimes alimentaires et leurs comportements. Les questionnaires ont été diffusés sur les réseaux sociaux et les données ont été recueillies en un peu plus de six mois.

Les données de l’enquête cartographiait ainsi la prévalence de 227 maladies chez 29 races, y compris les chats domestiques croisés, parmi une population de plus de 8000 chats. L’étude a identifié les maladies les plus courantes et les classifications de la maladie pour les races spécifiques et des combinaisons de race.

(source : NewStat, 8/09)

France

Symposium international sur la reproduction canine et féline : les comptes rendus en ligne

Tous les 4 ans, l’ISCFR tient un symposium scientifique réunissant des chercheurs spécialistes de la reproduction chez les chiens et chats domestiques, ainsi que chez les animaux sauvages menacés de disparition.

Les comptes rendus de l’édition 2016 sont en ligne à cette adresse : http://www.ivis.org/proceedings/iscfr/2016/toc.asp

ETUDE

Diabète chez le chat : une étude épidémiologique britannique

D.G O’NEILL, Epidemiology of Diabetes Mellitus among 193,435 Cats Attending Primary-Care Veterinary Practices in England, Journal of Veterinary Internal Medicine. En ligne le 29 juin 2016. DOI: 10.1111/jvim.14365.

Grâce au réseau de cliniques VetCompass, les Britanniques peuvent désormais se livrer à des étude épidémiologiques de grande ampleur. Celle-ci, parue dans le JVIM (accès libre) permet de préciser la prévalence du diabète chez le chat, elle identifie par ailleurs une nouvelle race à risque, le Tonkinois. Mais les résultats montrent que les mâles, d’une manière générale, ne sont pas plus affectés que les femelles (in l’Essentiel n°418)

Le diabète sucré figure parmi les endocrinopathies les plus fréquentes mais la prévalence est très variable en fonction des études publiées : la seule menée en Grande-Bretagne sur une population de plus de 14 000 chats assurés fait état d’un chiffre de 0,43 %. Des études suédoise et américaine avancent respectivement des chiffres de 0,21 et 1,24 %.

Dans la grande majorité des cas, le diabète sucré du chat est très proche du diabète sucré de l’homme. On assiste alors à des dysfonctionnements des cellules béta, à une résistance à l’insuline, des facteurs environnementaux et génétiques intervenant également. D’autres causes (plus rares) incluent l’acromégalie (hypersomatotropisme), les maladies du pancréas, l’utilisation de substances diabétogènes.

Les races à risque dans la littérature

D’une manière générale, les mâles sont prédisposés et on reconnaît chez le chat des facteurs de risque également rencontrés chez l’homme : âge, obésité, manque d’activité physique. L’héritabilité du diabète chez le chat est très complexe et nous sommes encore loin de pouvoir apporter des explications génétiques. La part de l’hérédité est sans doute importante dans la mesure où on connaît des races à risque : Burmese en Grande-Bretagne, Europe, Australie, alors qu’une récente étude suédoise indique des prédispositions du chat des forêts norvégiennes, du bleu russe et de l’Abyssin, alors que les Persans sont relativement protégés. Chez les Burmese vivant en Amérique du Nord, le risque de diabète n’est pas augmenté, Il s’agit d’une population génétiquement distincte de celle des autres pays du monde.

Une prévalence de 0,38 %

Les auteurs ont tenté d’estimer la prévalence du diabète dans une population de chats vus en clientèle généraliste. Cette étude utilise les données du réseau Vet Compass, auquel participent plusieurs centaines de cliniques vétérinaires. Au total, les résultats de 193 435 consultations ont été analysés. Dans 4 031 cas, un diabète était suspecté. Après vérification manuelle du fichier, les auteurs ont retenu 1 128 chats, soit une prévalence apparente de 0,38 %. Par races, on trouve une prévalence de 2,27 % chez le Burmese, de 2,21 % chez le chat des forêts norvégiennes, de 2,17 % chez le Tonkinois, Quand ces données étaient connues, on trouvait 10,7 % de chats de race, 39,8 % de mâles, 41,6 % des animaux bénéficiaient d’une assurance santé. L’âge médian du diagnostic, pour les cas diagnostiqués fortuitement, était de 13 ans. Les auteurs envisagent ensuite le pronostic quand il était disponible, on note que 92,8 % des décès ont été provoqués par euthanasie.

Âge et obésité : des facteurs importants

Les risques relatifs (par rapport à des chats de race commune) sont multipliés par 4,1 chez le Tonkinois, par 3,5 pour le chat des forêts norvégiennes, par 3 chez le Burmese. Le poids est également un élément important : comparés à des chats pesant moins de 3 kg, le risque est notablement plus élevé (x 3,3) chez les chats de 4 à 4,9 kg, encore plus (x 5,1) chez les chats de 5 à 5,9 kg. Les risques sont également plus importants au fur et à mesure que l’âge avance. Par rapport à des chats âgés de 3-5,9 ans, le risque est plus élevé (x 5,6) entre 6 et 8,9 ans et considérablement augmenté (x 17,1) chez les 9-11,9 ans. Le sexe n’est pas, dans cette étude, associé au risque de diabète.

En conclusion, les auteurs soulignent la fréquence du diabète chez le chat, avec une forte mortalité. Ce travail est le premier à mettre en évidence une prédisposition du Tonkinois (issu de croisements avec des Burmese) Contrairement à des données antérieurement publiées, le sexe n’est pas un facteur de risque.

SYNTHESE

Consultation dermatologique : les sept erreurs à ne pas commettre

Dans la revue Veterinary Medicine and Science, Ackerman publie un article à propos des sept erreurs les plus souvent commises en dermatologie vétérinaire. Cette spécialité peut générer la moitié des consultations, avec des patients souvent chroniques. L’auteur explique la nécessité de mettre en oeuvre une démarche professionnelle adaptée à des propriétaires qui ne savent pas toujours que leur chien, atopique par exemple, devra recevoir des soins tout au long de sa vie. (in l’Essentiel n°417)

Ne pas profiter des temps forts, ignorer les attentes des clients, surestimer la compliance, ne pas tenir compte de la qualité de vie, s’éloigner de la médecine factuelle, ne pas avoir de politique de prix pour les médicaments, considérer le client comme une nuisance sont les principales erreurs commises par les vétérinaires.

Ne pas profiter des temps forts

La plupart des vétérinaires se focalisent sur le motif de la consultation à divers moments de la vie de l’animal alors que c’est toujours le moment de parler de dermatologie. Dans certains cas, il est possible d’envisager les troubles cutanés bien longtemps avant qu’ils n’apparaissent : avec un propriétaire de chien de race prédisposée à la dermatite atopique, la discussion peut commencer dès les premiers vaccins ! L’instant est idéal pour informer sur l’apparition éventuelle des premiers symptômes et appeler à la vigilance sur les signes avant-coureurs : léchage et mâchonnements des extrémités, infections auriculaires, rash des zones inguinales et axillaires, etc. On expliquera ainsi au propriétaire que si la dermatite atopique est une maladie chronique, la traiter précocement ne peut qu’améliorer son évolution. Le vétérinaire en profitera pour sensibiliser au coût de la gestion d’une éventuelle affection, ce qui peut motiver les maîtres à souscrire à une assurance santé. Un autre temps fort, par exemple, est la première présentation d’un atopique symptomatique souffrant de prurit. Les praticiens auront tendance à utiliser les corticoïdes en première intention, pour un soulagement rapide de l’animal, mais quand on imagine l’état du patient à l’âge de 8 ou 10 ans, si ce traitement est trop répété, on se rend compte que des solutions à long terme doivent être immédiatement recherchées. Dans ce cas comme dans d’autres en dermatologie, il est nécessaire de planifier des visites régulières, un cas étant rarement solutionné lors d’une seule consultation généraliste : la dermatologie demande du temps et une information exhaustive du client.

Autre exemple : chez un jeune chien présentant une démodécie localisée, des évaluations répétées sont nécessaires pendant plusieurs mois. Ce chien peut aussi, possiblement, souffrir d’un déficit immunitaire qu’il sera peut-être nécessaire d’explorer. Le client doit aussi comprendre que l’amélioration clinique précède en général l’élimination des Demodex spp. Il convient de le prévenir

de la nécessité de prélèvements multiples et répétés. On l’informera aussi que les troubles cutanés sont souvent sous-jacents à des affections systémiques, à diagnostiquer également. Toutes ces démarches, le vétérinaire étant dans le rôle d’un Cassandre, permettent de cadrer les attentes du propriétaire (voir infra) et de le sensibiliser à la chronicité de nombre de dermatoses. Un homme averti en vaut deux…

Ne pas cadrer les attentes du client

Beaucoup de maladies de peau sont incurables, aussi le propriétaire doit-il avoir des attentes réalistes. Pour autant, un traitement bien mené peut permettre une bonne qualité de vie. Le vétérinaire peut prendre des exemples forts et comparer la dermatite atopique au diabète ou à l’arthrose : des maladies gérables mais qui ne guérissent pas. Le client doit comprendre que soigner n’est pas guérir. La transparence face à l’évolution est nécessaire pour d’autres maladies : ainsi est-il essentiel de préciser qu’un chien atteint de gale sarcoptique convenablement traité ne cessera pas de se gratter avant une ou deux semaines. Alors que le client, face à ce prurit violent, attend une résolution immédiate des troubles. Une bonne perception du diagnostic et du pronostic est dès lors indispensable.

Ne pas tenir compte de la qualité de vie

Les vétérinaires ont tendance à juger bénins la plupart des troubles cutanés car ils ne menacent pas, généralement, la vie du patient. Les propriétaires peuvent ne pas partager cet avis. Ils partagent parfois l’existence d’un chien qui se gratte toute la nuit, présente des lésions disgracieuses, sent mauvais, change de couleur de robe, etc. Ils ressentent volontiers une culpabilité renforcée par les réflexions de leur entourage qui leur reproche de mal s’occuper de leur compagnon. Alors que le praticien trouve que celui-ci va mieux. Il convient également de ne pas sous-estimer ce qui paraît trivial : tous ne sont pas à l’aise pour administrer des préparations auriculaires ou des shampooings répétés. Le personnel de la clinique a alors un rôle décisif pour expliquer, montrer, voire pratiquer les premiers traitements sur place.

Ne pas adhérer aux principes de la médecine factuelle

Les propriétaires, souvent férus d’Internet, s’attendent à un diagnostic précis et à un traitement conforme à l’état actuel des connaissances médicales. Ici s’impose, insiste l’auteur, la nécessité de protocoles précis pour chaque affection. Il ne s’agit pas ici d’ouvrir le parapluie thérapeutique mais d’informer, encore et encore. Par exemple, il n’est pas interdit de soigner empiriquement une pyodermite à Staphylococcus pseudintermedius, pour autant qu’on prévienne le client que le traitement peut échouer et qu’il sera alors nécessaire de prévoir des examens complémentaires. Parfois, un propriétaire bien informé sollicitera immédiatement la réalisation de ces derniers. En cas d’échec du traitement, en effet, le client a tôt fait d’aller consulter un autre vétérinaire. L’auteur estime qu’engagement et consentement éclairé mènent à la satisfaction. Cette démarche s’applique à toutes les consultations dermatologiques. Il faut aussi préciser qu’après application d’un protocole éprouvé, il demeure parfois nécessaire de référer à un spécialiste. Le client sera reconnaissant d’avoir été prévenu.

Sous-estimer le rôle de la compliance

Le vétérinaire surestime souvent la compliance des propriétaires. Avant de prescrire un traitement, il convient de se poser la question de savoir s’il pourra être appliqué. Le praticien doit alors s’orienter vers des questions ouvertes, se renseigner sur les expériences passées. Les clients sont habituellement plus observants pour « ce qui se voit » (appliquer une pommade, un spray) que pour ce qui ne se voit pas (antibiotiques per os par exemple). Ils oublient aussi volontiers les traitements anti-parasitaires espacés. Quand cela est possible, un traitement injectable peut dès lors être préféré, de la même manière qu’on favorisera les traitements per os en une prise quotidienne (au-delà de 2, l’observance est très rarement au rendez-vous). La compliance dépend également du coût du médicament et un effort pédagogique est encore nécessaire pour expliquer qu’il s’agit d’une stratégie gagnant-gagnant.

Manquer de réalisme et de produits adaptés

Il ne s’agit pas ici de revenir sur la gestion des stocks, mais le vétérinaire doit avoir à disposition la pharmacopée nécessaire, à un prix comparable à celui de la concurrence (un shopping sur Internet suit pratiquement toutes les consultations), même si le conseil du praticien dans l’esprit du client est essentiel pour la première prescription. Comme il s’agit pour l’essentiel de maladies chroniques, il ne faut pas insulter l’avenir et proposer un traitement au coût réaliste.

Considérer les clients comme une nuisance

Ces patients vont être vus plusieurs fois la première année et probablement revus toute leur vie à maintes reprises. C’est l’occasion de tisser un lien fort avec eux, Le vieil adage est toujours valable : la dermatologie est la plus gratifiante des spécialités : les patients ne meurent jamais et ne guérissent jamais. Ces clients, bien gérés, seront probablement les plus fidèles de la patientèle.

ACKERMAN (L) : Seven common mistakes to avoid in achieving long-term success with

dermatology patients. Veterinary and Medical Science. 2015. Vol 1, p 2-8.

SYNTHESE

Luxation de la rotule : une étude épidémiologique menée en Angleterre

La luxation de la rotule est un phénomène couramment rencontré en clientèle, elle affecte pour l’essentiel les chiens de races de petit format. Une récente étude britannique parue dans Canine Genetics and Epidemiology (en accès libre) permet de mieux appréhender l’épidémiologie de cette anomalie. La prévalence est de 1,3 %, avec des races nettement plus affectées, comme le spitz nain et le Yorkshire terrier. Par ailleurs, les femelles et les chiens stérilisés sont également prédisposés. (in l’Essentiel n°416)

Les luxations de la rotule sont des affections fréquentes, souvent indolores en début d’évolution, mais pouvant mener à l’arthrose. On manque de précisions quant à l’épidémiologie de ce trouble. En utilisant les données du réseau Vet-Compass, qui collecte les informations cliniques de tous les

chiens amenés dans 119 cliniques britanniques, les auteurs passent au crible les données issues de 210 284 chiens pour, notamment, préciser les prédispositions raciales.

Spitz et York en première ligne

Matériel et méthodes sont détaillés dans cet article en accès libre. La prévalence estimée de la luxation de la rotule est de 1,3 %. On note de fortes disparités raciales avec une prévalence très élevée dans certaines races : spitz nain (6,5 %), Yorkshire terrier (5,4 %), Chihuahua (4,9 %), bouledogue français (4 %), Lhassa apso (3,8 %), épagneul cavalier King Charles (3,8 %), bichon (3,8 %), carlin (3,5 %), bulldog anglais (2,9 %), West Highland white terrier (2,5 %), etc. 79,6 % des chiens atteints étaient de race (ou d’apparence de race), on comptait 54,8 % de femelles, 88 % d’animaux stérilisés, 58,2 % étaient assurés. Le poids médian des sujets atteints était de 8 kg, l’âge médian au moment du diagnostic de 4 ans. Le Yorkshire terrier représentait 13,6 % de l’ensemble des cas. On possédait des informations très précises pour 722 (96,1 %) des chiens atteints. 27,8 % des luxations étaient bilatérales, 62,2 % unilatérales.

Analyse des facteurs de risque

L’analyse statistique permet de calculer des facteurs de risque pour les races les plus concernées. Le risque relatif est très augmenté (par rapport aux chiens de race commune) chez le spitz nain (x 6,5), le Chihuahua (x 5,9), le Yorkshire terrier (x 5,5), le bouledogue français (x 5,4). A noter que les chiens en-dessous de leur poids de forme avaient un risque accru d’un facteur de 1,4. Le risque est très diminué (x 0,4) chez les chiens de 12 ans par rapport aux chiens de 3 ans. Le risque est multiplié par 1,3 chez les femelles, il est aussi considérablement augmenté (x 2,4) chez les chiens stérilisés par rapport aux animaux qui ne le sont pas.

Une origine probablement héréditaire

Dans la discussion, les auteurs confrontent ces nouvelles données à celles de la littérature. La prévalence de 1,3 % est conforme à celle (1,5 %) décrite dans une récente étude américaine. Elle a fortement diminué par rapport aux années 1970 au cours desquelles des publications faisaient état d’un chiffre de 7 %. L’étude suggère une forte héritabilité de la luxation de la rotule dans 11 races. Des analyses génomiques ont d’ailleurs permis d’identifier des loci sur certains chromosomes, qui pourraient être impliqués, en particulier sur le chromosome 7. Des stratégies d’élimination de cette « tare » sont donc envisageables. Les prédispositions sexuelles et relatives au statut sexuel diffèrent peu par rapport à ce qui a été publié, cette étude confirmant celles des femelles et des animaux stérilisés, mais l’augmentation du poids fréquente après stérilisation ne semble pas en cause ici, les animaux les moins lourds étant davantage à risque. Il est possible que les chiens les plus maigres aient une masse musculaire réduite concernant aussi le quadriceps, ce qui aurait pour effet une augmentation de la laxité patellaire. Pour autant, un lien de causalité inverse est également envisageable, l’absence d’utilisation du membre pouvant également mener à une amyotrophie. Il apparaît clair, par ailleurs, que la miniaturisation des races est un facteur de risque majeur.

Dans leur conclusion, les auteurs signalent la possibilité de certains biais inhérents à ce type d’étude et dressent le portrait du chien à risque élevé : Yorkshire terrier ou spitz nain stérilisé, femelle, pesant moins que le standard de sa race. Ils soulignent la nécessité de prendre en compte cette affection dans les schémas de sélection.

O’NEILL (DG) : The epidemiology of patellar luxation in dogs attending primary-care veterinary

practices in England. Canine Genetics and Epidemiology. 2016. En ligne le 8 juin. DOI:

10.1186/s40575-016-0034-0.

SYNTHESE

Otite externe chronique ou récidivante : nécessité d’une éducation thérapeutique

L’éducation thérapeutique du patient est un enjeu de santé publique en médecine humaine. En médecine vétérinaire, l’éducation thérapeutique du propriétaire est un concept essentiel à mettre en place, notamment dans le domaine des maladies chroniques et récidivantes ; les exemples en dermatologie sont nombreux. (in l’Essentiel n°418)

L’otite externe est un syndrome inflammatoire du conduit auditif et de la membrane tympanique, dont l’étiopathogénie reste complexe. Une otite externe est dite « chronique » dès que les signes cliniques associés durent plus de 6 semaines. Une otite récidivante est le plus souvent une otite chronique. Lors d’otite chronique et récidivante, une otite moyenne est présente dans la quasi-totalité des cas, mais peut demeurer asymptomatique.

Compte tenu des nombreuses causes d’échecs en matière de traitement d’otite externe (voir encadré), la prise en charge thérapeutique doit être précoce, rigoureuse, raisonnée et complète. La définition d’un plan thérapeutique construit est nécessaire pour une meilleure efficacité et l’obtention d’une adhésion thérapeutique par le propriétaire. Les critères de réussite dans cette prise en charge s’articulent auprès de quatre grands items : connaître la motivation du propriétaire, expliquer la maladie, définir le plan thérapeutique et ses objectifs et enfin, mettre en place un suivi thérapeutique.

Connaître la motivation du propriétaire

Celle-ci détermine la réussite du traitement et crée la relation entre vétérinaire, propriétaire et patient. La motivation du propriétaire est appréciée au cours de la consultation. Il faut écouter le client ; une étude récente en médecine humaine a montré que le médecin interrompait son patient en moyenne après 23 secondes de prise de parole par le patient. Le praticien doit prendre connaissance des préoccupations du propriétaire et du motif de consultation. Le praticien ne doit jamais se mettre à la place de celui-ci en mésestimant ses attentes. Ainsi, les motifs de consultation peuvent être différents : otite, odeur auriculaire, douleur ou prurit auriculaire, consultation pour un autre motif dermatologique (pododermatite, anite…) ou non (consultation vaccinale ou autre). Il convient de s’assurer que le propriétaire est disposé à investir en temps et en argent. Cet item est un préalable indispensable dans la conduite thérapeutique car il détermine la facilité de l’adhésion du propriétaire aux traitements et son adhésion à long terme.

Le praticien doit aussi aborder le coût réel du traitement, le budget minimal et maximal. Ces budgets doivent être présentés et explicités au propriétaire. En aucun cas, le praticien ne doit imposer un choix thérapeutique.

Expliquer la maladie

Un traitement, quel qu’il soit, n’est effectué correctement que si le propriétaire comprend la prescription. Cette compréhension passe initialement par une explication de la maladie, l’otite externe et des causes de sa chronicité et de ses récidives. Le praticien utilisera un vocabulaire simple, efficace et accessible. Il peut se servir de métaphores de la vie courante et évitera des mots compliqués et savants (par exemple hypersensibilité, aéroallergènes ou trophallergènes – lors d’otites allergiques).

La vidéo-otoscopie avec le propriétaire est le meilleur outil de communication

De nombreux outils de communication sont disponibles : brochures, schémas ou modèles anatomiques en plâtre, documents audiovisuels, mais il ne faut pas hésiter à concevoir soi-même les divers documents (leaflets, etc.). La réalisation de l’examen du conduit auditif et de la membrane tympanique par vidéo-otoscopie en présence du propriétaire va faciliter sans aucun doute la compréhension de la maladie par celui-ci et les échanges et ainsi, développer son adhésion au traitement.

Les explications doivent être simples et pertinentes

Dans l’explication de l’otite externe, divers points doivent être soulignés :

la différence entre l’otite de son chien (otite externe) et l’otite de son enfant (otite moyenne) ;

l’anatomie particulière de l’oreille du chien en plaçant les différentes parties (forme du conduit auditif en L, le tympan), l’oreille moyenne (bulle tympanique… indiquer les osselets… ils s’en souviennent, marteau, enclume, étrier !) et l’oreille interne ;

les particularités raciales : certaines races présentent une sténose de l’ouverture du conduit auditif (shar-peï), du canal vertical (shar-peï, West Highland white terrier) ou du canal horizontal (bouledogue français) ;

la dermatose sous-jacente, le plus souvent allergique (dermatite atopique dans 80 % des cas) à l’origine de l’otite externe ;

la mise en place des surinfections bactériennes et fongiques ;

l’entretien de l’otite externe par le rôle joué par les facteurs perpétuants (sténose du conduit auditif, otite moyenne associée) ;

le risque de passage à la chronicité et de récidives en cas d’absence de suivi thérapeutique ;

la possibilité d’un contrôle thérapeutique à condition d’une bonne collaboration chien-vétérinaire-propriétaire. Le but majeur est de recevoir une adhésion maximale du propriétaire au traitement.

Après ces explications générales, le praticien indique un résumé de la situation clinique dans laquelle se trouve le chien examiné. Cette explication personnalisée doit rester courte et synthétique; il ne faut pas ennuyer le propriétaire par des explications longues obligatoirement reçues avec confusion. Elle permet une justification du plan thérapeutique et de ses objectifs. La dernière étape est la vérification de la compréhension du message ; un temps de parole doit impérativement être laissé au propriétaire afin qu’il puisse poser des questions.

Définir le plan thérapeutique et ses objectifs

La définition d’un plan thérapeutique raisonné et complet est un temps capital souvent banalisé. Le praticien doit expliquer au propriétaire le « scénario thérapeutique », c’est-à-dire justifier les diverses modalités thérapeutiques (exemple : flushing auriculaire : intérêt, présentation de la technique, fréquence de réalisation, etc.) et préciser le mode d’action des différents médicaments prescrits, leur mode d’administration et leurs effets secondaires potentiels. De plus, il est généralement capital de replacer l’otite externe dans un contexte dermatologique plus général, notamment celui de la dermatite atopique. Les délais d’amélioration et les objectifs cliniques à 2 semaines, 4 semaines et plus doivent lui être indiqués. La transparence des objectifs thérapeutiques à court, moyen et long terme est essentielle

Si une décision chirurgicale (exérèse totale du conduit auditif) est peut-être à envisager à moyen terme, il convient d’emblée de l’annoncer et de commencer à expliquer les principes de l’intervention et quelques données sur les conséquences de cette intervention. Les modalités précises seront présentées lors des visites de suivi. La hiérarchisation des informations est importante ; il ne convient pas de noyer le propriétaire sous une multitude d’informations, ce qui nuit à la qualité de la communication. Dans tous les cas, ces informations doivent être concises et pertinentes. La vérification de la compréhension du message sur le traitement et ses objectifs est aussi utile ; un temps de parole sera de nouveau laissé au propriétaire.

La qualité de la rédaction de l’ordonnance est importante

La rédaction de l’ordonnance est un document professionnel important qui va asseoir le diagnostic et le plan thérapeutique. Outre les exigences légales, celle-ci s’attache à être logique dans la hiérarchisation des priorités thérapeutiques. Elle peut être assortie de documents explicatifs annexes. Dans tous les cas, l’ordonnance est lue avec le propriétaire et permet la présentation des divers médicaments utilisés et de leur mode d’emploi (notamment pour les topiques auriculaires). Ce moment privilégié d’échanges renforcera son adhésion thérapeutique.

Le carnet de suivi : un moyen de suivi discutable

Le carnet de suivi thérapeutique est un moyen de suivi bien connu chez l’homme qui commence à être utilisé chez le chien dans certaines dermatoses, comme la dermatite atopique. Toutefois, chez l’homme, l’intérêt du carnet de suivi est désormais discuté car souvent peu ou mal utilisé. D’une manière générale, ce carnet permet d’apprécier la consommation médicamenteuse et l’observance et de noter tous les événements observés au cours du traitement. Si le carnet de suivi thérapeutique peut constituer une aide intéressante et motivante, elle peut être ressentie également comme une contrainte réelle par le propriétaire allant ainsi à l’encontre de son objectif.

Mettre en place un suivi thérapeutique

La qualité du suivi thérapeutique conditionne la réussite du traitement. Celui-ci impose des visites régulières, tous les 10 à 15 jours dans un premier temps. Un phoning régulier maintient la motivation du propriétaire. Lors de ces visites de suivi, le praticien doit d’abord écouter le propriétaire, l’encourager et aussi le féliciter. Il est impératif de ne jamais le culpabiliser par exemple lors de soins insuffisants ou mal effectués. Il faut plutôt essayer de comprendre pourquoi les soins ne sont pas réalisés correctement et aider le propriétaire à y remédier. L’efficacité thérapeutique est appréciée par le vétérinaire par un examen clinique minutieux, mais elle doit également être jugée par le propriétaire.

Toutes les remarques du propriétaire doivent être prises en compte : résultats thérapeutiques (dont les échecs !), contrôle des diverses observances (notamment celui de la quantité de topiques auriculaires utilisée, ne pas hésiter à faire ramener les tubes et flacons) et les effets secondaires. La lecture du carnet de suivi (quand celui-ci existe) se fait avec le propriétaire. Les visites de suivi permettent d’adapter ou de réadapter si nécessaire les divers traitements. La mise en place d’une éducation thérapeutique raisonnée et raisonnable améliore de façon considérable la prise en charge d’un chien atteint d’une otite externe récidivante ou chronique.

Encadré : principales causes d’échecs de traitement des otites externes

Insuffisance ou absence de l’examen clinique (mise en évidence des facteurs perpétuants ; otite moyenne) ou des examens complémentaires.

Insuffisance ou absence de contrôle de la dermatose sous-jacente (dermatite atopique dans 80 % des cas).

Nettoyage et utilisation de nettoyants et de topiques auriculaires mal adaptés et irritants.

Insuffisance ou absence de suivi thérapeutique.

Auto-prescription des topiques auriculaires par le propriétaire.

Manque de motivation du propriétaire.

SYNTHESE

Herpèsvirose : une étude rétrospective sur le famciclovir

Les herpèsvirose félines, le plus souvent oculaires, mais aussi cutanées et respiratoires, sont difficiles à traiter. Cette étude rétrospective, publiée dans le JAVMA du 1er septembre, envisage l’utilisation du famciclovir (Oravir NDH, Novartis) qui montre une bonne efficacité de cette molécule, à des doses de 40 ou 90 mg/kg trois fois par jour. Cet article s’accompagne d’une enquête de satisfaction des clients, le taux étant de 91 %. (in l’Essentiel n°417)

Le famciclovir est un antiviral (prodrogue du penciclovir) utilisé dans les herpèsviroses humaines et notamment dans le traitement du zona et des infections herpétiques génitales. Il est de plus en plus employé dans le cadre des herpèsviroses du chat même si très peu d’études ont été consacrées à ce sujet. L’une d’elles, menée chez des chats infectés expérimentalement, a montré que cette molécule à la dose de 90 mg/kg 3 fois par jour, améliore les signes systémiques, oculaires, ainsi que les lésions histopathologiques. Une autre, sur des cas spontanés, a montré un effet sur les signes cutanés de cette virose. L’objectif de cette étude rétrospective était d’établir l’efficacité du famciclovir administré trois fois par jour lors de cas spontanés (oculaires, respiratoires, cutanés), associé ou non à d’autres traitements. On a également comparé les effets de doses faibles (40 mg/kg trois fois par jour) ou plus importantes (90 mg/kg trois fois par jour). La perception des propriétaires sur l’issue du traitement a été recueillie.

Une étude sur 59 chats

59 chats remplissaient les critères d’inclusion. On comptait 27 mâles castrés, 9 mâles entiers, 19 femelles ovariectomisées et 4 non stérilisées. Les chats européens étaient les plus représentés (66 %). Trente-trois chats ont été traités à faible dose, 26 à fortes doses. La durée médiane des symptômes avant le début du traitement était de 40 jours (0 à 2 154 jours). Quinze chats souffraient d’herpèsvirose depuis plus de 180 jours. Les lots (faible ou forte dose) étaient homogènes. Neuf chats ne recevaient aucun traitement, 50 étaient traités par des topiques ou par voie systémique. Vingt-neuf chats étaient sous L-lysine, 5 déjà sous famciclovir, 1 sous interféron oméga. Dix-huit chats bénéficiaient de topiques ophtalmiques (cidofovir, idoxuridine, vidarabine). Seize chats étaient traités à la fois par voie locale et générale. Quinze sujets étaient traités par antibiotiques. Parmi les autres traitements, citons le tacrolimus, la prednisolone, l’acétate de mégestrol.

Symptômes oculaires

53% des chats présentaient une atteinte oculaire bilatérale, 22 % une atteinte de l’oeil gauche, 19 % de l’oeil droit. Les 4 chats restants souffraient de rhinite (3 %) ou de dermatite (3 %) seulement. Les principales anomalies rencontrées étaient une conjonctivite (86 %), une kératite (86 %), une blépharite (32 %), un jetage (17 %), une dermatite (7 %). On rencontrait aussi souvent une kératite ulcéreuse (71 %), des séquestres cornéens (20 %), des ulcères cornéens dendritiques (15 %), une kératite éosinophilique (7 %), un symblépharon (7 %). Les auteurs détaillent ensuite les résultats des examens complémentaires effectués (test de Schirmer, pression intra-oculaire, PCR, cytologie, histologie, bactériologie, etc.).

Une amélioration dans 85 % des cas

La durée médiane de suivi a été de 22 semaines (1 à 304). Une amélioration qualifiée de marquée a été observée chez 30 chats sur 59 (51 %), elle a été modérée dans 34 % des cas, nulle chez 15 % des patients. L’amélioration a été plus marquée à forte dose, elle a également été plus rapide. À noter que les échecs étaient souvent associés à des maladies concomitantes.

83% des patients n’ont pas souffert d’effets secondaires même lors de traitements à très long

terme. 17% des malades ont présenté des troubles possiblement associés à la prise de famciclovir : diarrhée, anorexie, polydipsie, vomissements. 54% des propriétaires ont répondu à un questionnaire de satisfaction. 53% d’entre eux ont dit avoir constaté une amélioration permanente, 25 % une amélioration temporaire, alors que 3 % constataient un échec ou une stabilisation des lésions. 91% se disaient prêts à recommencer le traitement si nécessaire, 70 % estimaient que le famciclovir était la molécule la plus efficace qui ait été employée chez leur animal.

Les auteurs concluent à l’intérêt du famciclovir dans le traitement des herpèsviroses présumées mais d’autres études sont nécessaires pour mieux préciser la dose. En attendant, celle de 90 mg/kg trois fois par jour est a priori à retenir. La présentation humaine est sous la forme de comprimés à 500 mg. Il faut bien sûr tenir compte du coût relativement élevé : environ 106 euros les 21 comprimés.

THOMASY (SM) : Oral administration of famciclovir for treatment of spontaneous ocular, respiratory, or dermatologic disease attributed to feline herpesvirus type 1: 59 cases (2006–2013).

Journal of the American Veterinary Medical Association. 2016. Vol 249, N°5, p 526-538.