Les infections auriculaires

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© antoine-photographe

Les infections auriculaires sont très courantes chez les chiens, moins chez les chats. Elles ont toujours pour origine une otite (inflammation du conduit auditif). L’otite peut être externe, dans ce cas elle sera limitée au conduit auditif externe vertical et horizontal, ou bien elle peut être interne lorsqu’elle touche l’oreille moyenne. Dans ce cas, l’infection aura progressé au-delà de la membrane tympanique jusqu’à la bulle tympanique. Les otites internes sont extrêmement rares et correspondent à une inflammation touchant la cochlée ou les conduits semi­ circulaires. Tout comme les autres affections cutanées, les infections auriculaire sont généralement secondaires à une maladie sous-jacente.

Différents facteurs et maladies prédisposant au développement d’otites chez le chien.

*Facteurs prédisposants :

  • oreilles tombantes

  • conduit auditif étroit congénital

  • nombreux poils dans les conduits auditifs

  • production de cérumen excessive

  • bains trop fréquents

*Causes primaires :

  • corps étranger (ex : épillet)

  • infestation par Otodectes cynotis

  • modification transitoire de la flore

  • dermatite atopique

  • allergie alimentaire

  • polype ou tumeur dans le conduit auditif

  • intolérance à certains médicaments auriculaires

  • hypothyroïdie

  • affections séborrhéiques

  • hyperplasie des glandes cérumineuses

  • otite à démodécie

*Facteurs d’entretien :

  • infection bactérienne résistante (ex : Pseudomonas)

  • otite moyenne

  • sténose progressive du conduit auditif

  • fibrose du conduit auditif

  • calcification du conduit auditif

  • ostéomyélite de la bulle tympanique

Les causes sous­ jacentes d’une otite sont regroupées en trois groupes : les facteurs de prédisposition, les causes primaires et les facteurs d’entretien. Les facteurs de prédisposition sont de nature anatomique, physiologique, ou comportementale ; ils favorisent le développement de l’otite, mais ne sont pas nécessairement des facteurs déterminants. Les causes primaires sont des maladies spécifiques, dans lesquelles les otites font partie du tableau clinique. Les facteurs d’entretien correspondent à des modifications chroniques pathologiques qui rendront les otites récurrentes ou réfractaires aux traitements. Chez les chats, les deux principales causes d’otite sont les Otodectes et les masses situées dans le canal auriculaire (polypes et tumeurs).

Indépendamment de l’origine de l’otite, le conduit auditif est généralement infecté par des levures ou des bactéries. Au départ, il s’agit d’une multiplication de la flore commensale, avec notamment Staphycococcus intermedius, Streptocoçcus canis ou Malassezia pachydermatis. Avec leur multiplication, on verra également apparaître des bactéries gram négatives comme Escherichia Coli, Proteus spp. ou Pseudomonas aeruginosa, en particulier lorsque le traitement initié au début de l’otite était inadapté.

Anamnèse et signes cliniques

On observe typiquement du prurit, des signes de douleur, une inflammation du conduit auditif,une odeur désagréable, un écoulement et l’animal secoue la tête. Les symptômes d’une otite moyenne sont les mêmes que ceux d’une otite externe; cependant, ils sont généralement plus persistants et récurrents, et peuvent conduire à une paralysie faciale. Bien que les otites internes soient rares, elles peuvent entrainer une surdité et un syndrome vestibulaire (tête penchée, nystagmus, ataxie). On interrogera en détail le propriétaire et on réalisera un examen dermatologique complet afin de détecter des signes d’une affection sous­-jacente. Par exemple, lorsque le chien se met brusquement à secouer la tête, l’hypothèse du corps étranger est la plus probable, alors qu’une apparition progressive du prurit est plus caractéristique d’une allergie.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il existe deux techniques particulières à réaliser dès que l’on suspecte une otite : un examen otoscopique et une analyse cytologique de l’écoulement. L’examen otoscopique permettra de mettre en évidence un éventuel corps étranger, la présence d’acariens, l’aspect des conduits auditifs horizontaux et verticaux, l’aspect et l’intégrité de la membrane tympanique et de caractériser la nature de l’écoulement. Lorsqu’une seule oreille est touchée, le clinicien examinera en premier celle qui est saine. Il évitera ainsi de propager l’infection à l’oreille saine et gardera l’examen inconfortable pour la fin. Il peut arriver que le conduit soit trop douloureux, enflé, ou rempli de sécrétions au point qu’il soit difficile de réaliser un examen otoscopique complet. Il conviendra alors soit de sédater le chien, soit de l’anesthésier pour examiner correctement son oreille, ou encore de démarrer un traitement pour l’examiner à nouveau quelques jours plus tard. Le choix de la marche à suivre dépendra de la sévérité de l’atteinte, et du degré de suspicion des autres hypothèses diagnostiques. Tôt ou tard, il sera de toute façon indispensable de réaliser un examen otoscopique complet.

On effectuera une analyse cytologique de l’exsudat lors de la première visite ainsi que lors des visites de suivi. Cet examen est toujours réalisable, même lorsque l’oreille est trop douloureuse pour qu’il soit possible d’effectuer un examen complet. Il permet de déterminer rapidement la nature des agents infectieux en cause (coques, bacilles ou Malassezia). Lorsqu’on trouve des coques ou Malassezia, il est possible de démarrer un traitement empirique, car leur profil de sensibilité est assez facilement prévisible. En revanche, si l’on rencontre des bacilles, il est recommandé de faire une culture bactérienne afin d’obtenir un antibiogramme permettant d’adapter l’antibiothérapie. En effet, la résistance aux antibiotiques est beaucoup plus fréquente chez les bactéries Gram négatives. On recommande aussi d’en faire une lorsque le traitement se révèle inefficace.

Lorsqu’on est limité par le temps, plusieurs stratégies existent afin de faciliter l’introduction des examens cytologiques dans la clinique :

  • Apprendre à une auxiliaire spécialisée vétérinaire comment colorer et examiner les lames pendant que le client patiente

  • Garder le chien à la clinique quelques heures afin d’examiner la lame lorsqu’on en a le

temps

  • Mettre de côté le prélèvement pour l’examiner plus tard. Dans l’hypothèse où il faudrait réaliser une culture bactérienne parce que des bacilles sont présents, on collectera également un échantillon stérile. On recommande moins cette méthode car le choix du traitement doit être de préférence prescrit à la lumière de l’examen cytologique. Idéalement, il faudrait que le client attente les résultats de l’analyse pour démarrer le traitement.

En plus de diagnostiquer et traiter l’infection en elle­- même, le clinicien doit essayer de déterminer l’affection sous-jacente. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux souffrant d’otites récurrentes. Si le vétérinaire n’effectue pas cette démarche, l’otite risque de devenir chronique ou réfractaire.

Quel traitement ?

Certaines otites surviennent sans raison identifiable et peuvent être soignées en un seul traitement. Ces cas sont susceptibles d’être causés par des modifications passagères de l’écosystème dans le conduit auditif induites par des changements de température, d’humidité ou de la population microbienne. Cependant, si l’infection revient quelques jours ou quelques semaines plus tard, on recherchera une cause sous-jacente afin de la traiter pour éviter qu’elle ne devienne chronique.

Les infections limitées aux canaux verticaux et horizontaux pourront être traitées avec des gouttes auriculaires disponibles dans le commerce contenant diverses associations d’antibiotiques, antifongiques et corticoïdes. Les cliniciens choisiront les médicaments en fonction des organismes mis en évidence par la cytologie ou après culture et antibiogramme. Traiter des otites sans savoir quel est le type d’organisme présent favorise le développement d’antibiorésistances. Pour les infections n’impliquant que des coques, les antibiotiques de choix sont l’acide fusidique ou la polymyxine B. Lorsqu’il y a des bacilles, les options possibles (en attendant les résultats de la culture et de l’antibiogramme) sont la néomycine, la framycétine, la polymyxine B, la gentamicine ou la marbofloxacine, bien que ces deux dernières molécules aient le plus large spectre d’activité contre les bactéries gram-négatives. Il est possible de choisir l’un de ces antibiotiques avant réception des résultats de la culture, mais il faudra parfois en changer selon les résultats de l’antibiogramme. Si la membrane tympanique s’est rompue, ou si son intégrité ne peut être déterminée, on évitera de prescrire de la gentamicine car elle est la plus ototoxique. Les autres agents topiques peuvent généralement être utilisés en toute sécurité, mais les cliniciens doivent être conscients que tout médicament peut se révéler ototoxique, et il faudra envisager de référer si un doute persiste.

Lorsque seules des Malassezia sont présentes,l a résistance n’est pas un problème, et toutes les molécules antifongiques disponibles dans le commerce sous forme de gouttes auriculaires sont susceptibles d’être efficaces, comme le miconazole, le clotrimazole ou la nystatine. Il est donc préférable de choisir des gouttes ne contenant pas d’antibiotiques de dernière génération si un antifongique efficace est disponible. Ainsi, on évitera les produits contenant de la gentamicine ou de la marbofloxacine en association avec des molécules antifongiques, car ils sont très utiles pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, et leur utilisation irraisonnée peut favoriser le développement de résistances, en particulier si seules des Malassezia sont présentes.

La présence de corticoïdes dans les gouttes est intéressante pour réduire l’inflammation et la douleur ; le type de corticoïde ne semble pas être important et n’est pas pris en compte dans le choix du traitement. Lorsque le conduit auditif est extrêmement sténosé, un traitement court à base de corticoïdes systémiques peut s’avérer efficace pour réduire l’inflammation et rétablir la lumière du conduit. Les solutions auriculaires contenant des céruménolytiques et des agents asséchants peuvent également être bénéfiques pour la gestion des otites. Ces produits sont particulièrement utiles lorsque le conduit auditif est très cérumineux ou trop sale pour permettre aux gouttes antibiotiques de pénétrer, ou encore dans la gestion à long terme des otites chroniques cérumineuses.

Les animaux traités pour une otite doivent être ré­examinés après 5-7 jours de traitement afin d’assurer un suivi clinique. Ceci est important car les clients ne sont pas en mesure d’évaluer si l’infection a bien été traitée dans le canal horizontal. On recommande d’effectuer des examens cytologiques réguliers afin de surveiller l’évolution de la nature des micro-organismes présents, car il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de modifier le traitement. Si l’infection n’a pas totalement disparu,on poursuivra le traitement. Si la nature de l’otite a changé (ex : micro-organisme différent), le traitement doit être modifié.

Si une cause sous-jacente est identifiée, il faut la prendre en compte et la traiter. Une mauvaise aération et une humidité accrue, associées à des facteurs de prédisposition nécessiteront d’effectuer des nettoyages réguliers des oreilles et éventuellement d’épiler les poils. Si ces mesures sont insuffisantes, et que le clinicien n’est pas certain de leur implication dans le processus pathologique, un traitement chirurgical du conduit auditif par résection de la paroi latérale ou ablation du canal vertical peut être bénéfique.

Les causes primaires nécessitent un traitement spécifique : retrait des épillets et autres corps étrangers, traitement des acariens, retrait des polypes ou des tumeurs. Cependant, si l’origine est allergique, le traitement sera long, tout comme la gestion de la composante cutanée. Une intervention chirurgicale n’est pas indiquée pour le traitement des causes primaires, sauf s’il faut retirer une tumeur.

Les facteurs d’entretien sont parfois les plus difficiles à traiter car ils peuvent rendre l’infection récurrente ou chronique. Si les facteurs d’entretien ne sont pas traités, le canal auditif peut finir par être définitivement et irréversiblement endommagé. Si les démarches diagnostiques et thérapeutiques décrites ci-dessus sont bien suivies, il est généralement possible d’éviter que ne se développent des facteurs d’entretien. Une fois qu’ils sont installés en revanche, il sera nécessaire de réaliser une intervention médicale et/ou chirurgicale assez complexe pour les traiter.

Technique standard de nettoyage des oreilles

Afin d’augmenter les chances de réussite du traitement, on montrera aux propriétaires comment nettoyer correctement les oreilles de leur animal. On inonde le conduit de nettoyant auriculaire tout en tenant fermement le pavillon. Ensuite, il faut masser les cartilages des conduits horizontaux et verticaux. Il faut ensuite montrer aux propriétaires comment masser la partie profonde du conduit afin que le nettoyage soit efficace. Lorsqu’il est bien effectué, on entendra un bruit caractéristique de succion. Le chien peut ensuite secouer la tête pour éliminer une bonne partie du produit. On retirera doucement le surplus avec une compresse légèrement humide ou un morceau de coton. Il est préférable d’éviter d’utiliser des cotons-tiges car ils repoussent les débris au fond du conduit. Les propriétaires devront bien examiner la compresse pour voir ce qu’elle a ressorti de l’oreille. Cette étape est très importante lorsque les nettoyages sont effectués à long terme, car elle permet de déterminer la fréquence des nettoyages nécessaire. Ces nettoyages pourront n’être effectués que temporairement, afin d’augmenter l’efficacité du traitement de l’infection. En revanche, s’ils sont poursuivis à long terme, l’aspect de la compresse après le nettoyage permet de déterminer à quelle fréquence les renouveler. Si la compresse est très sale, on renouvellera le nettoyage des oreilles le lendemain. Si elle ressort complètement propre, le nettoyage pourra être espacé à un jour sur deux. Si la compresse reste propre lors des nettoyages suivants, on espacera à deux fois par semaine, et on pourra parfois réduire à une seule fois. Lorsque la compresse redevient sale, il faut augmenter à nouveau la fréquence des nettoyages.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il y a deux issues que le propriétaire peut considérer comme des « échecs ». Il est d’abord possible que l’infection initiale régresse, mais elle peut récidiver. Il est alors presque sûr que le clinicien est passé à côté d’une infection sous-jacente. Tant qu’elle n’aura pas été identifiée, le problème ne sera jamais complètement résolu. Sinon, il est possible que l’infection ne réponde pas au traitement mis en place initialement. Cette situation est généralement due à la présence de germes résistants tels que Pseudomonas aeruginosa. On réalisera alors une culture associée à un antibiogramme afin d’utiliser un antibiotique approprié.

Si l’origine est établie de façon certaine et qu’elle est traitable (corps étranger, acariens, modification de la flore suite à de nombreux bains), la gestion de l’infection ne devrait pas impliquer de frais importants. Les coûts supplémentaires qu’engendreront les examens cytologiques seront largement compensés par le risque que représente la mise en place d’un traitement inadapté, pouvant conduire à la sélection de bactéries résistantes. Les otites nécessitant un traitement chirurgical (tumeur dans le conduit auditif) ou associées à des affections à vie (allergies) reviendront inévitablement plus cher à traiter. La facture deviendra très élevée lorsque des facteurs d’entretien s’installent, tels que des infections à Pseudomonas résistants, une otite moyenne ou un autre processus irréversible. Il est la plupart du temps possible d’éviter cet écueil en initiant rapidement un traitement adapté dès la première visite.

Revue de presse – Août 2016

BREVES

Etats-Unis

Des nanoparticules pour traiter le cancer des os

L’animal modèle pour tester les traitements contre le cancer est, à l’heure actuelle, la souris. Cependant, une étude a tenté de faire l’expérience sur des chiens atteints de cancer, avec des résultats positifs.

Les chercheurs de l’université de l’Illinois ont ainsi inoculé un traitement contre le cancer des os à des chiens déjà malades. Malgré le stade avancé de la maladie, les particules se sont logés dans les sites atteints par les tumeurs, grâce à une nanoparticule, le pamidronate, qui s’attache de préférence aux zones atteintes des os. Elle s’est également montrée imperméable au cancer.

L’étude a été publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences le 13 juin.

Les chiens utilisés pour l’étude étaient tous des animaux de compagnie, atteints d’un cancer des os avancé, mais qui toléraient très bien les hautes doses inoculées sans signe de réaction négative.

(source : Newstat, 1er août)

Etats-Unis

Le manque de diversité génétique du bulldog n’améliore pas sa santé

Populaire mais connu pour sa mauvaise santé, le bulldog anglais vit environ 8 ans. D’après une nouvelle étude, il semblerait difficile d’améliorer cette longévité.

Les chercheurs de l’université de Californie UC Davis ont étudié la diversité génétique de la race, en se basant strictement sur l’ADN plutôt que sur les pedigrees. Il en résulte (et ce n’est pas surprenant) une très forte consanguinité. Pour la race, cela signifie un pool génétique très appauvri, alors qu’une diversité génétique permettrait d’améliorer nettement la santé des individus.

L’étude a été publiée dans la revue Canine Genetics and Epidemiology le 28 juillet.

Les chercheurs ont étudié l’ADN de 102 bulldogs anglais, dont 87 venant des Etats-Unis, les autres d’autres pays. Ces chiens ont été génétiquement comparés à 37 autres chiens de la même race, afin de déterminer si les problèmes génétiques de la race venaient des pratiques d’usines à chiots.

L’étude a confirmé l’idée initiale, à savoir à quel point le génome du bulldog a été modifié en 5 siècles de croisements, concentrés principalement sur l’apparence du chien. « Nous étions nous-mêmes saisis de voir à quel point il restait peu de place pour de nouvelles modifications », explique Niels Pedersen, principal auteur de l’étude.

(source : NewStat, 2 août)

Allemagne

Les chattes répondent à l’appel des petits dès qu’il y a urgence

L’instinct maternel n’est pas l’apanage des humains ! En effet, les chatons semblent bénéficier d’une communication unique en son genre avec les chattes, même celles qui ne sont pas leur mère, d’après une étude des chercheurs de l’école de médecine et de l’école vétérinaire de Hanovre (Allemagne).

Les chattes sauraient ainsi distinguer dans les appels des petits les différents niveaux d’urgence et y répondre en conséquence. Les chats mâles ne semblent pas ajuster leur réponse comportementale de la même manière.

L’étude a été publiée le 12 août dans la revue BMC Evolutionary Biology.

Les chercheurs ont enregistré 14 miaulements chez 7 chatons, 4 mâles et 3 femelles, âgés de 9 à 11 jours, dans deux contextes différents. En « stimulation modérée », le chaton était physiquement séparé de sa mère et frères et sœurs pendant 3 minutes et non manipulé. En « stimulation forte », le chaton était retiré du « nid » pendant 3 minutes, soulevé du sol et retourné sur le dos.

« De façon surprenante, mâles et femelles adultes répondaient de la même manière lorsqu’un chaton miaulait dans un cas de stimulation modérée. Mais lorsque leur niveau de stress augmentait, les femelles ajustaient leur réponse comportementale, contrairement aux mâles. Par ailleurs, il ne semblerait pas nécessaire pour une femelle d’avoir déjà été mère pour manifester ce type de comportements et réagir à l’appel de chatons stressés », explique Wiebke Konerding, principale auteur de l’étude.

(source : NewStat, 15 août)

Etats-Unis
Une étude menée sur la fertilité des chiens pointe du doigt les conditions environnementales

Au cours des 70 dernières années, un déclin de la fertilité du sperme humain a été observée, tandis qu’une augmentation des cancers des testicules et d’anomalies génitales pourraient indiquer un effet de l’environnement sur l’appareil reproducteur masculin. Les chercheurs pensent que certains perturbateurs endocriniens, trouvés par exemple dans un environnement chimiquement pollué, seraient à incriminer.

Le chien domestique partageant le même environnement que l’homme, il est amené à manifester plus ou moins le même type de maladies, souvent à la même fréquence, et répond d’ailleurs souvent de la même façon aux traitements thérapeutiques. Il a été démontré qu’en 40 ans, les cancers des testicules ont augmenté chez les chiens, selon une courbe relativement parallèle à celle des humains. Des chercheurs américains ont ainsi étudié la qualité du sperme chez 5 races de chiens (border collie, berger allemand, labrador, golden retriever …) sur une période de 26 ans, se basant également sur une base de données de santé afin d’identifier d’éventuelles modifications chez les chiots mâles. Afin d’évaluer l’impact environnemental sur la santé des individus, les concentrations de polluants chimiques ont été mesurés dans les tests et les prélèvements sur les fonctions endocriniennes et le sperme.

Les chiens testés avaient un taux de consanguinité assez faible, pour ne pas biaiser les résultats. Certains chiens étaient suivis pendant plusieurs années, les vieux chiens étant progressivement retirés de l’étude et remplacés par des plus jeunes. Ceux-ci étaient sélectionnés pour leur bonne santé physique et comportementale, mais leur fécondité n’était pas un critère.

Les chercheurs ont observé une diminution de la mobilité des spermatozoïdes sur une dizaine d’années. Dans les tests, plusieurs composants chimiques dont des bisphénols ont été identifiés.

Ces résultats démontrent avec certitude, et pour la première fois, un déclin de la fertilité chez les chiens sur une longue période. Si certains paramètres ont été observés comme étant à la hausse, comme dans certaines études antérieures, la baisse de mobilité des spermatozoïdes était continue. Comme résultat direct pour les individus, moins de mâles à la naissance, une plus grande mortalité des femelles, et une augmentation des cas de cryptorchidie. Plus inquiétant, les composants chimiques trouvés dans les prélèvements étaient également présents dans un large panel d’aliments pour chiens également testés. Etant donné que la concentration de ces composants chimiques retrouvés dans l’appareil reproducteur l’affecte directement, les chercheurs en ont conclu qu’il doit exister un mécanisme par lequel l’environnement chimique affecte directement la fertilité masculine.

(source : New York Times / Nature : http://www.nature.com/articles/srep31281)

Etats-Unis
L’agressivité chez le chien aurait une origine génétique

Si vous rencontrez des personnes pensant que leur chien pourrait être prédisposé à être agressif, ne vous étonnez pas : cela pourrait bien être possible, d’après une nouvelle étude.
Des chercheurs américains ont identifié approximativement 12 gènes communs chez plusieurs races de chiens qui seraient associés à une prédisposition à l’agressivité envers un humain ou un chien familier ou non familier. L’étude a été publiée le 8 août dans la revue BMC Genomics.

« Nous nous sommes concentrés sur les gènes spécifiques liés à l’agressivité envers des humains et chiens non familiers, que l’on trouve dans deux régions précises du génome », explique Carlos Alvarez, l’un des auteurs de l’étude. « Ces gènes concordent avec les mécanismes de la peur et de l’agression neuronale, connus comme l’axe amygdales-hypothalamo-hypophyso-surrénalien. »

(source : NewStat, 18 août)


Etats-Unis

Les chiens préfèrent les compliments aux friandises !

Les chiens sont des animaux sociaux, surtout dans leur rapport avec leur maître. Une récente étude démontrerait que les chiens préféreraient nettement les compliments et des paroles gentilles de leur maître en guise de récompense plutôt que des friandises.

Des chercheurs de l’université Emory d’Atlanta ont combiné des données d’imagerie cérébrale à des expériences comportementales pour savoir quelles étaient les préférences des chiens. Et d’après leurs observations, les chiens choisiraient volontiers les paroles.

L’étude a été publiée le 12 août dans la revue Social, Cognitive and Affective Neuroscience.

« Nous essayons de comprendre la base du lien homme-chien et si elle se concentre surtout sur la nourriture ou sur une relation plus affective », explique Gregory Berns, auteur principal de l’étude. « Sur les 13 chiens qui ont participé à l’étude, la plupart préférait les compliments de leur maître à la nourriture proposée, ou alors ils appréciaient les deux sans préférence. Deux chiens seulement ont manifesté une nette préférence pour les friandises. »

(Source : NewStat, 23 août)


Pays-Bas

Une méthodologie pour savoir s’il est raisonnable d’adopter un animal exotique

Comment savoir si un animal exotique sera heureux comme animal de compagnie ? Des chercheurs néerlandais ont mis au point une méthode d’évaluation pour le savoir.

De plus en plus de vétérinaires font face à cette mode croissante qui consiste à avoir des animaux de compagnie sauvages ou exotiques. La grille d’évaluation ne concerne que les mammifères, mais permettrait de savoir si un individu sauvage peut être gardé comme animal domestique.

L’étude a été publiée le 20 mai dernier dans la revue Frontiers in Veterinary Science.

Aux Pays-Bas, les 5 animaux exotiques les plus recherchés sont le daim sika, le wallaby, le wallaby tamar, le lama et la civette.

Le but de l’étude était de lister les animaux qui pourraient être domestiquées sans avoir besoin de connaissances biologiques très poussées ou d’un savoir-faire spécifique. La première étape fut d’identifier les animaux les plus populaires, par une recherche sur Internet, auprès des vétérinaires et des centres de sauvetage. Les mammifères étaient ensuite classés selon leurs besoins comportementaux, leur santé, les risques pour leur bien-être. Selon Paul Koene, principal auteur de l’étude, « l’équipe a identifié 5 espèces, mais elle compte la compléter après près de 270 autres mammifères. Elle tentera aussi de faire le même travail d’évaluation pour les oiseaux et les reptiles. Tout cela constituera une base de données exploitable et partageable dans le monde entier et dans une grande variété de contextes. »

(source : NewStat, 24 août)

CONGRES

Compte rendu du Canine Science Forum 2016, Padoue, Italie


par Charlotte Duranton, éthologue à AVA et doctorante Université Aix-Marseille

Dr. P. Pongrácz – La communication vocale chez le chien: contenu, informations et évolution.

Les vocalisations des chiens sont variées et porteuses d’informations.

L’approche du Dr. Pongrácz et de son équipe pour étudier les aboiements des chiens s’est basée sur l’hypothèse que les particularités de ces vocalisations ont évolué sous de nouvelles pressions de sélection dues à la vie des chiens dans le monde des humains. Les aboiements sont devenus un signal contenant des informations fiables et variables à propos de l’état interne des chiens, pour une nouvelle audience : non plus seulement leurs congénères, mais les humains, qui utilisent énormément la communication vocale.

Dans une série de tests dans lesquels étaient diffusés des playbacks d’aboiement, le chercheur et ses collègues ont montré qu’indépendamment de leur niveau d’expérience avec les chiens, les gens peuvent catégoriser correctement des aboiements de chiens produits dans des contextes variables ainsi que les états émotionnels des chiens liés à ces aboiements (aboiements de joie/jeu, aboiements de peur, etc etc).

L’équipe a aussi montré que, même s’il semble que les aboiements du chien se sont diversifiés sous la sélection de la domestication et donc des humains, la communication vocale, notamment par les grognements cette fois-ci, garde un rôle dans la communication intraspécifique, c’est à dire entre chiens. L’équipe du Dr. Pongrácz a réalisé plusieurs études portant sur l’interprétation de playbacks de différents types grognements par des chiens qui les entendaient. Les chiens savent reconnaître, en entendant simplement une séquence de grognements, s’ils appartiennent à un petit ou à un grand chien. Les chiens sont aussi capables de différencier si le grognement qu’ils entendent est un grognement de jeu, de peur, de protection, de défense de ressource… Par exemple, les chercheurs laissaient un os visible pour le chien testé, avec un son de grognement diffusé. Quand un grognement de jeu ou de peur était diffusé, les chiens testés s’approchaient rapidement de l’os pour le prendre, alors que quand un grognement de défense de ressource était diffusé, les chiens testés mettaient beaucoup plus de temps avant d’oser s’approcher de l’os. Les grognements portent donc des informations sur le contexte de leur production, que ce soit du jeu, ou différentes situations de conflits.

Les chercheurs encouragent la recherche sur les vocalisations canine à étudier des situations appliquées, notamment dans la relation humain-chien, la production de gémissements pour attirer l’attention de humains, ou encore les aboiements/hurlements des chiens laissés seuls.

F. Carballo – La capacité des chiens à discriminer les attitudes généreuses ou égoïstes des humains : comparaison entre les chiens de famille, les chiens de refuge, et les chiots.

Les chiens savent différencier les attitudes généreuses et égoïstes des humains.

Pour répondre à cette question, F. Carballo et son équipe ont comparé des chiens de famille adultes (ayant de fortes interactions avec l’humain), des chiens de refuge adultes (ayant peu d’interactions avec l’humain), et des chiots âgés entre 45 et 60 jours (c’est à dire en cours de socialisation) dans une tâche où les chiens étaient exposés à deux expérimentateurs, un généreux et un égoiste.

Pendant une phase d’entrainement, l’expérimentateur généreux pointait en direction d’un bol dans lequel se trouvait de la nourriture, puis le chien pouvait manger la nourriture ; alors que l’expérimentateur égoïste faisait aussi le geste de pointage vers le bol, mais le chien n’était pas autorisé à manger la nourriture. Chaque chien recevait 6 séances d’entrainement avec chacun des expérimentateurs. Ensuite, les chiens étaient soumis à un test de préférence entre les deux expérimentateurs : on leur présente les expérimentateurs debout, immobiles, et on regarde le premier expérimentateur vers qui se dirigent les chiens, ainsi que le temps passé à proximité de chaque expérimentateur. Puis, les chiens recevaient à nouveau 6 séances d’entrainement et un test de préférence.

Les chercheurs ont trouvé que les chiens de compagnie et les chiens de refuges ont préféré interagir avec l’expérimentateur généreux dès le premier test de préférence, alors que les chiots ne l’ont fait qu’après le second test.

F. Carballo et son équipe concluent donc que les connaissances sociales nécessaires aux chiens pour faire la différence entre généreux et égoïste se développent assez tôt dans le développement des chiens, et ne nécessitent pas d’expériences avec les humains très poussées.

N. Albuquerque – Compréhension fonctionnelle des émotions chez le chien.

Les chiens réagissent de façon fonctionnelle aux émotions négatives.

Les chiens étaient capables de reconnaître le stimulus audiovisuel cohérent (image positive avec son positif, et image négative avec son négatif) peu importe le sexe, la valence ou le côté de présentation. Les chercheurs ont donc conclu que les chiens sont capables de reconnaitre et d’associer entre elles les expressions faciales et vocales, de leurs congénères et des humains.

Pour étudier si en plus les chiens y répondent de façon fonctionnelle, les chercheurs se sont interessés aux comportements présentés par les chiens, comme les pourlèchements des babines (qui sont considérés comme des signaux de communication lorsqu’il n’y a pas de nourriture) pendant qu’on leur présentait les stimuli. L’équipe d’Alberquerque a analysé l’intensité des pourlèchements de babines en fonction du temps passé à regarder les images, et la fréquence des pourlèchements de babines dirigés vers la photo joyeuse ou en colère pour chaque chien.

Les analyses statistiques ont révélé que les chiens faisaient plus de pourlèchements de babines face aux images d’humains que face à celles de congénères. Les résultats ont aussi montré que les chiens faisaient plus de pourlèchements des babines lorsqu’ils regardaient les images de faces en colère que de faces joyeuses.

Les chercheurs concluent donc que leurs résultats mettent en évidence une réponse spontanée différentielle lorsque les chiens sont confrontés à l’expression d’émotions négatives, indiquant ainsi que les chiens comprennent de façon fonctionnelle l’information émotionnelle qu’ils perçoivent.

N. Affenzeller – Faire des activités de jeu après une séance d’apprentissage améliore la mémorisation chez les labradors retriever.

Jouer avec votre chien après un apprentissage améliore sa mémorisation.

Les résultats de l’étude ont montré que lorsqu’on les testait à nouveau 24h après la première séance d’apprentissage, les chiens qui avaient eu une activité de jeu avaient besoin de moins d’essais pour se rappeler la tâche apprise la veille, par rapport aux chiens qui n’avaient pas eu de période de jeu. Les auteurs concluent donc que la séance d’activité de jeu après l’apprentissage a amélioré la mémorisation de la tache par les chiens.

C’est la première fois qu’est mis en évidence le rôle d’une activité post-apprentissage sur la mémorisation chez le chien.

G. Cimarelli – Les relations des chiens de compagnie avec leur maitre et les autres chiens vivant sous le même toit.

Les chiens n’ont pas les mêmes relations avec les autres chiens qu’avec les humains.

Cimarelli a donc décidé d’étudier la relation unissant un chien avec son maitre et ses compagnons chiens. Pour étudier si les maîtres et les chiens compagnons ont des rôles semblables ou différents pour un chien de compagnie, la chercheuse et son équipe ont développé plusieurs tests permettant d’évaluer de nombreux aspects de la relation que le chien a avec son maitre et les autres chiens (dépendance, support social, référencement social, etc etc).

Les chercheurs ont donc testé 65 chiens avec leur maitre, et 57 chiens avec un partenaire chien qui vivait avec eux depuis au moins 1 an. Chaque dyade était testée dans un parc extérieur, et devait faire cinq tâches : exploration, séparation, réunion, réaction face à un objet nouveau, et face à un individu effrayant. Les chercheurs ont observés les mêmes comportements chez les chiens qu’ils soient testés avec leur maitre ou un chien (orientation vers le partenaire, synchronization, jeu, recherche de contact, comportements associés au stress, etc etc).

Les résultats montrent que les chiens regardent plus leur maitre, mais qu’ils synchronisent plus leurs mouvements avec leur compagnon chien. Ces résultats mettent en évidence un rôle différent d’un compagnon humain et canin pour le chien de compagnie. Les auteurs proposent que le chien utilise son propriétaire comme une source d’information, et considère son partenaire chien comme un compagnon avec lequel partager des activités.

S. Marshall-Pescini – Regarder vers l’humain : un comportement de renoncement, ou une mesure de communication avec l’humain ? Ré-évaluation de la tache « non- résoluble » chez les loups vivant en meute, les chiens vivant en meute, les chiens errants, et les chiens de compagnies.

Les chiens apprennent à regarder les humains pour leur demander de l’aide lorsqu’ils n’arrivent pas à résoudre un problème.

De nombreux auteurs ont d’ailleurs suggéré que ce comportement est une capacité qui a évolué chez les chiens pour s’adapter à leur environnement de vie dans un milieu d’humains. Cependant, lorsqu’aucun humain n’est présent, les loups confrontés à un problème difficile qu’ils n’arrivent pas à résoudre, sont plus persistants que les chiens. Il se peut donc que le fait que les chiens se retournent et regardent un humain soit en fait une conséquence d’une tendance générale qu’ils auraient à abandonner plus rapidement que les loups.

Marshall-Pescini et ses collègues ont cherché à savoir quelle était l’hypothèse la plus juste : une évolution due à la vie avec les humains, ou une tendance générale à abandonner rapidement ? Ils ont donc comparé les comportement de regards vers l’humain lorsqu’ils sont confrontés à une tâche impossible chez différents canidés : 20 chiens de compagnie, 21 chiens errants, 20 chiens vivant en meute, et 15 loups vivant en meute, tout en contrôlant le temps de persistance de chaque individu (le temps passé à interagir avec l’appareil).

Les résultats de l’étude ont montré que le degré de persistence affecte les comportements de regard vers l’humain. Quand les chercheurs ont controlé pour la persistence, ils se sont rendu compte qu’il n’y a aucune différence dans le temps avant le premier regard à l’humain entre les loups et tous les groupes de chiens. De plus, les chercheurs ont trouvé que les loups interagissent de façon générale plus longtemps avec l’appareil que tous les groupes de chiens quels qu’ils soient. En contrôlant pour la persistence, les résultats ont aussi montré que les chiens de compagnies regardaient plus l’humain que les loups ou les chiens errants, et que les chiens élevés en meute et les loups élevés en meute se comportaient de manière similaire.

Pris ensemble, tous ces résultats semblent montrer qu’en fait, le facteur le plus important pour expliquer le comportement de regard vers l’humain est bien le degré de persistence, et que lorsqu’on contrôle pour ce facteur, les différences entre chiens et loups sont minimes. Cela montre aussi que lorsque des différences restent quant au temps passé à regarder l’humain, elles sont en fait expliquées par le degré de socialisation à l’humain. C’est donc un exemple de plus de l’importance des histoires de vies et des apprentissages des individus dans leur communication avec l’humain.

C. A. Kaufmann – Le comportement social des chiens mâles castrés comparé à celui des chiens mâles intacts. Analyses vidéo, questionnaires et études de cas.

La castration peut avoir des impacts négatifs sur les comportements sociaux des chiens.

Les chercheurs se sont intéressés aux comportements sociaux des chiens. Les chercheurs ont trouvés des différences significatives : les chiens castrés reniflaient moins les parties génitales des autres chiens, montraient plus les crocs, et étaient plus agressifs envers les autres chiens que les mâles entiers.

En plus, des questionnaires ont été complétés par 104 propriétaires de chiens. Les résultats de ces questionnaires montrent que les chiens castrés réagissent de façon plus instable, moins constante, dans les situations stressantes.

Les chercheurs ont aussi étudié 54 cas pratiques lors de consultations vétérinaires. Leurs analyses ont révélé que les comportements d’agression et de peur sont plus fréquents chez les chiens mâles castrés qu’entiers.

Ces résultats vont dans le sens de précédentes études qui indiquent que la castration peut avoir des effets négatifs sur le comportement des chiens mâles. Mais il faut rester prudent : les mâles ont pu être castrés pour les problèmes de comportements cités. Cependant, même si c’est le cas, l’étude montre donc que la castration n’a en rien diminué les problèmes de comportement des mâles liés à la peur ou à l’instabilité émotionnelle.

I. Schöberl – Le type d’interactions du propriétaire affecte le comportement et la réponse physiologique des chiens lorsqu’ils se sentent menacés.

Les chiens ayant des maîtres rassurants sont moins stressés et se calment plus vite lorsqu’ils ont peur.

Aucun des chiens testés n’étaient stérilisé, car on sait que cela peut influencer leur réaction dans les situations stressantes. La menace consistait en l’approche d’une personne inconnue, portant une capuche, des lunettes, et se penchant en avançant directement sur le chien. Les fréquences cardiaques et variations de fréquences cardiaques étaient relevées avant et après la phase de menace grâce à une ceinture moniteur de fréquence cardiaque (Polar-RS800CX), et les chercheurs ont également observé les comportements des chiens.

Les résultats de l’étude ont montré que la fréquence cardiaque était plus élevée pendant la menace qu’après la menace, et que la variation de la fréquence cardiaque était plus élevée en présence du maitre qu’en son absence. C’est à dire que la fréquence cardiaque des chiens diminuait plus après la menace lorsque le maitre était présent : la présence du maitre apaisaient les chiens.

De plus, les chercheurs ont trouvé que les chiens dont les propriétaires interagissaient de façon amicale et rassurante avaient une fréquence cardiaque plus basse (étaient moins stressés) et une plus haute variabilité de la fréquence cardiaque (se relaxaient plus rapidement). Et ils ont également trouvé que les chiens se synchronisaient plus avec leur maitre, et montraient plus de comportements amicaux vis à vis de la personne menaçante lorsque leur maitre interagissait de façon amicale et rassurante.

Les chercheurs concluent que le style d’interaction du maitre avec son chien se reflète dans le comportement du chien et dans ses paramètres physiologiques. Les maitres amicaux et rassurants ont des chiens plus sécures, amicaux et apaisés.

J.R.A. Butler – Régime alimentaire de chiens errants en zone rurale au Zimbabwé.

Les chiens errants du Zimbabwé se nourrissent principalement de nourriture humaine à base de farine de maïs et d’excréments humains.

Dans les régions moins développées, il y a parfois un manque de lieux sanitaires, et les risques pour la santé humaine et pour la conservation de la faune sauvage du à un manque de contrôle de la population de chiens errants sont importants. La présence excréments peut avoir un rôle important dans ce cadre.

Butler et ses collègues ont réalisé des observations directes de 16 chiens errants, suivis par radio émetteur, pendant 18 mois, dans une zone rurale du Zimbabwé.

Leurs observations ont révélé que les ressources alimentaires d’origine humaine représentaient 87,5% du régime alimentaire des chiens. L’aliment le plus souvent consommé était les restes de sadza (un plat typique de la région, à base de farine de maïs et de légumes), ainsi que des excréments humains. En volume de nourriture ingurgitée, les charognes de mammifères représentaient 49%, et les restes de sadza et d’excréments humains 43%. Cependant, quand les chercheurs ont regardé non plus en volume, mais en composition nutritive, ils ont trouvé que l’apport principal en protéine provient des restes de sadza et des excréments humains.

L’équipe de chercheurs conclue alors que le nettoyage des restes humains dans les pays plus occidentalisés peut avoir eu un rôle essentiel dans le passage de la vie de chiens errants à celle de chiens de compagnies, ne leur permettant plus de survivre seuls. Butler souligne également que les contributions des restes et surtout des excréments humains dans le régime alimentaire et dans l’écologie comportementale des chiens errants contemporains devraient être plus reconnues et étudiées.

ETUDE

L’obésité chez l’animal domestique : analyses et gestion par les praticiens vétérinaires

L’obésité est l’une des maladies chroniques les plus communes et graves chez les chats et les chiens domestiques, et entraîne tout un panel de conséquences négatives, à commencer par un raccourcissement de l’espérance de vie. Bien que l’alerte ait été lancée sur ce problème depuis de nombreuses années et que les bénéfices d’un physique plus équilibré aient été maintes fois décrits, il reste toujours aussi frustrant et difficile pour les équipes vétérinaires et les propriétaires de bonne volonté de faire maigrir les animaux. D’autant plus que les bénéfices d’un régime réussi ne se maintiennent pas toujours sur le long terme, et les animaux reprennent souvent du poids rapidement après l’arrêt du régime. Pour prévenir l’obésité, les rôles du propriétaire et du vétérinaire sont capitaux, que ce soit pour l’identifier ou pour lutter contre elle.

C’est peut-être le plus difficile : reconnaître que son animal est obèse. La perception des propriétaires et des vétérinaires est très souvent différente. Les propriétaires posent un regard globalement irréaliste sur leur animal, et c’est justement une sous-estimation de la condition physique de l’animal et de son aspect corporel qui peut mener, dans un premier temps, au développement d’une obésité. Par ailleurs, l’humanisation de l’animal apparaît comme une justification du propriétaire pour expliquer son surpoids : le nourrir en abondance et le récompenser est une façon de lui montrer son affection. Dans ce cas précis, si le vétérinaire parle d’obésité de l’animal, le propriétaire sera sceptique, une réaction classique de déni. Il prendra même cela comme une accusation lorsque le vétérinaire exposera les risques associés à l’obésité, qui sont pourtant réels. Certains praticiens auront même entendu des patients expliquer qu’ils préfèrent avoir un animal heureux, même s’il est obèse et qu’il ne vivra pas vieux, plutôt que de le restreindre et ainsi de risquer de le rendre malheureux ! Une façon de rationaliser le problème et de signifier qu’ils ne feront rien pour le résoudre… Cela ne doit pour autant pas arrêter les praticiens pour l’établissement du diagnostic, car il en va du bien-être de l’animal (voir plus bas « stratégies de communication auprès des propriétaires »).

L’obésité résulte d’un déséquilibre entre la dépense d’énergie et la prise de nourriture. De nombreuses études ont souligné divers facteurs pouvant conduire au développement de l’obésité :

  • la prédisposition de certaines races, tant chez les chiens que chez les chats

  • le sexe de l’animal

  • s’il est stérilisé ou non

  • son âge

  • son taux de croissance

Le propriétaire peut être aussi facteur à risque, selon :

  • les choix alimentaires qu’il décide pour l’animal

  • la façon dont il le nourrit

  • l’environnement qu’il lui fournit et l’exercice qu’il lui fait faire

  • son âge et son propre état physique

  • son revenu financier

  • sa perception de l’état de son animal

Chez certaines races de chiens, un plus grand risque de développer une obésité peut être lié à un moindre besoin d’énergie.

Il a été en tout cas observé dans certaines études que les chiens obèses vivent souvent avec des maîtres âgés et eux-mêmes en surpoids, sans que l’observation ait été également confirmé chez les chats. Ces propriétaires parlent beaucoup à leurs animaux, les laissent dormir avec eux, et le surveillent pendant la prise des repas, ce qui tend à faire penser qu’ils les humanisent. Très souvent, ces mêmes propriétaires ont un faible revenu financier et dépensent peu pour la nourriture de leur animal. Dans leur étude, Courcier et al l’ont souligné, et ont également noté que la sous-estimation

de l’état physique de l’animal était courante. En comparant les perceptions de propriétaires de chien de Glasgow et de leurs vétérinaires, les chercheurs ont noté que 44% des propriétaires sous-estimaient l’obésité de leur chien.

Ainsi, de nombreux facteurs sont à l’oeuvre dans le développement de l’obésité, et les choix relatifs au propriétaire, tels que le choix du régime alimentaire, le fractionnement des repas et l’environnement de vie, sont très importants et doivent être considérés lorsqu’il s’agit de faire maigrir un animal. La plupart des études s’accordent à dire qu’une nourriture à volonté, trop riche doit être échangée contre une nourriture équilibrée et adaptée à l’animal, et que les animaux stérilisés doivent être suivis de près. La détermination des besoins énergétiques doit être évaluée dans la mesure du possible, et par ailleurs, le degré de restriction visant à éviter une reprise de poids peut varier et être ajustée.

J. A Larsen, C. Villaverde, Scope of the Problem and perception by owners and veterinarians, 2016

Quel traitement conseiller ?

Il est capital d’impliquer les propriétaires dans le programme d’amaigrissement, afin de déterminer des stratégies de nourrissage efficaces qu’ils pourront réaliser chez eux. Ceci afin de s’assurer qu’ils adhéreront sans réticence et sans paresse au programme arrêté.

En dehors des ajustements propres à chaque animal et aux possibilités du propriétaire, tout plan de régime devrait inclure une promenade 3 fois par jour pour un total de 30 à 45 minutes de marche.

Le vétérinaire devra particulièrement se soucier de l’implication du propriétaire, ce qui passera par une stratégie de « contrôle » de son propre comportement : lui apprendre à résister à la tentation de trop récompenser son animal, à ne pas culpabiliser, à ne pas être dans le déni, à être concentré sur l’objectif fixé etc.

Afin d’établir un plan d’amaigrissement réaliste et surtout réalisable par les propriétaires, se baser sur les « 5 A » peut être une bonne approche pour les conseiller efficacement :

  • « Assess », évaluer : évaluer au mieux le cas de l’animal et conseiller en conséquence

  • « Advise », conseiller : expliquer de façon argumentée quels sont les risques de l’obésité

  • « Agree », se mettre d’accord : collaborer avec le propriétaire afin de s’assurer son intérêt et sa bonne volonté

  • « Assist », aider : aider le propriétaire à mettre en place au mieux les conseils reçus

  • « Arrange », accommoder : apporter un suivi et une aide pendant le programme, l’ajuster si besoin

Le programme d’amaigrissement joue certes une part importante dans le contrôle du poids, mais il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’environnement et de l’approche du propriétaire. Conseiller de l’exercice, des stratégies de nourrissage, et globalement une activité quotidienne pour l’animal sont des aspects environnementaux à ne pas négliger.

M. Murphy, Obesity treatment, environment and behavior modification, 2016

Gestion des cas d’obésité et stratégies de communication auprès des clients

L’obésité continue d’être la maladie la plus répandue chez les chiens et les chats, affectant près de la moitié de la population d’animaux domestiques aux Etats-Unis. Bien qu’il soit bien établi que l’obésité a une influence très négative sur la santé, le bien-être, et même la durée de vie, les vétérinaires rencontrent encore beaucoup de difficultés pour « éduquer » et convaincre les propriétaires qu’il serait nécessaire d’entamer un programme de perte de poids de leur animal.

Les vétérinaires peuvent manquer de leadership ou de techniques pour communiquer efficacement avec leurs patients à ce sujet. En outre, le manque de temps et des inquiétudes concernant le bon régime alimentaire à donner à l’animal constituent des obstacles supplémentaires pour évoquer le sujet de l’obésité. Les équipes vétérinaires doivent alors se présenter comme un groupe cohérent et unifié dans leur approche pour traiter efficacement l’obésité des animaux de compagnie et de surmonter ces défis.

De nombreux vétérinaires sont réticents à dire à un propriétaire que leur animal est obèse, craignant que le diagnostic ne l’offense ou ne le bouleverse au point même qu’ils perdent sa clientèle. Si les vétérinaires parviennent à transmettre leurs recommandations diététiques, il se peut que derrière celles-ci soient négligées par le client, ou qu’il n’arrive pas à les mettre correctement en pratique et à faire maigrir son animal. En retour, cela peut décourager le vétérinaire.

Certes, l’obésité animale est un sujet complexe, difficile et sensible, mais c’est une responsabilité professionnelle pour le vétérinaire de la traiter comme toute autre maladie grave, aussi les stratégies de communication et les traitement doivent être réfléchis et conçus de façon à impliquer davantage le personnel et engager activement les clients pour qu’ils réussissent à faire maigrir leur animal de compagnie.

La cohérence est nécessaire pour que le succès soit durable. Les équipes vétérinaires doivent ainsi mettre au point une approche claire, logique et méthodique pour conseiller les clients sur l’alimentation, le mode de vie, et la qualité de vie de leur animal. Les conseils nutritionnels et les recommandations sur la perte éventuelle de poids devraient faire partie intégrante des visites de routine, par exemple pour un vaccin, des premiers rendez-vous pour un chiot ou un chaton, et lors de visites d’animaux malades. L’objectif de l’équipe vétérinaire devrait être d’évaluer la nutrition d’un patient comme le cinquième signe vital dans chaque examen, tel que proposé par le World Small Animal Veterinary Association.

Un autre élément important pour assurer des conseils nutritionnels de façon efficace est d’assurer

que l’équipe de soins est ouverte, accessible, et empathique. Beaucoup de propriétaires sont réticents à demander des conseils diététiques à leur vétérinaire : ils peuvent en effet se sentir gênés, craignent d’être jugés comme de mauvais propriétaires, ou doutent tout simplement que l’équipe vétérinaire puisse les aider. Ces préoccupations sont légitimes, et les professionnels doivent être là pour y répondre.

Il est important que les équipes vétérinaires soient proactives sur la perte de poids, car les clients peuvent rarement aborder le sujet spontanément. Chaque membre de l’équipe doit être formé pour communiquer de manière cohérente, sans jugement ou agressivité. Les vétérinaires doivent se concentrer sur l’écoute active de leurs clients, faire preuve d’ouverture d’esprit et être flexibles aux besoins de chaque propriétaire, de façon à offrir un soutien individualisé. Chaque membre de l’équipe a la possibilité d’influencer la compréhension du propriétaire sur la condition physique de son animal, sur la nutrition et ce qu’il faut changer. C’est la responsabilité des vétérinaires et des chefs d’équipe pour créer et maintenir les meilleures pratiques pour les communications et les traitements.

Trois éléments clés pour la réussite d’un régime

Le succès clinique pour atteindre et maintenir la perte de poids chez les animaux est déterminé par 3

facteurs clés: l’engagement du propriétaire, un programme de perte de poids individualisé, un contact vétérinaire régulier et cohérent. Lorsque ces trois éléments sont réunis, les taux de réussite sont grandement améliorés.

Réussir la gestion de l’obésité peut être très enrichissante. L’animal voit sa qualité de vie améliorée, et se trouve en meilleure santé. Le propriétaire de l’animal sera un client fidèle, surtout s’il s’est impliqué dans le plan de soins de son animal et a été motivé par l’équipe vétérinaire en ce sens.

J. Churchill, E. Ward, Communicating with pet owners about obesity, roles of the veterinary health care team, 2016.

Bibliographie

R. Backus, A. Wara, Development of obesity, mechanisms and physiology, 2016

M.L. Chandler, Impact of obesity on cardiopulmonary disease, 2016

M. Clark, M. Hoenig, Metabolic effects of obesity and its interaction with endocrine diseases, 2016

L. Eirmann, Nutritional Assessment, 2016

C. Frye, J. W. Shmalberg, J. J. Wakshlag, Obesity, Exercise and orthopedic disease, 2016

A. German, Obesity, prevention and Weight maintenance after loss, 2016

D. E. Linder, V. J. Parker, Dietary aspects of weight management in cats and dogs, 2016

PROTECTION ANIMALE

Vers des méthodes alternatives à l’expérimentation animale : des récompenses pour les chercheurs oeuvrant en ce sens…

La législation évolue pour faire en sorte que les essais sur les animaux soient limités au strict minimum (et les contraintes subies par les animaux aussi faibles que possible) mais, en pratique, le nombre d’essais a plutôt tendance à augmenter à cause du nombre croissant de nouveaux composés chimiques qui apparaissent dans notre environnement et dont la sécurité doit être testée. (in l’Essentiel n°414)

Le Lush Prize est le plus grand fonds mondial destiné à encourager les chercheurs à proposer des solutions alternatives. 55 projets nés dans 22 pays ont d’ores et déjà profité de ce Prix. Lors des précédentes éditions, il a permis l’attribution de plus d’un million d’euros.

2,2 millions d’animaux de laboratoire « consommés » en France

Chaque année, au moins 115 millions d’animaux sont « consommés » dans le monde par les laboratoires de l’industrie chimique et pharmaceutique, des universités et autres instituts de recherche, dont 11,5 millions en Europe (2,2 millions en France). Seule la mise au point de méthodes de substitution peut faire évoluer les choses. En matière d’expérimentation animale, c’est le concept des 3R qui doit prévaloir : diminuer le nombre d’animaux utilisés (Réduire), limiter la souffrance des animaux (Raffiner), voire s’affranchir de l’expérimentation animale (Remplacer). Un 4ème R est parfois ajouté, quand la Réhabilitation des animaux après leur utilisation est envisageable.

Le « Lush Prize » 2016 : une bourse de 315 000 euros

L’entreprise britannique qui fabrique et commercialise les cosmétiques de la marque Lush se positionne ouvertement en faveur des causes qu’elle défend. Son principal combat est celui de l’expérimentation animale : depuis sa création, il y a 20 ans, Lush milite pour l’interdiction des essais de cosmétiques sur les animaux et contribue activement à aider les chercheurs qui développent des méthodes de substitution, ou qui font pression sur les pouvoirs publics pour faire évoluer les choses. Depuis 4 ans, le Lush Prize récompense chaque année des chercheurs en pointe dans ce domaine. Des scientifiques du monde entier sont donc à nouveau invités à soumettre leur candidature pour le Lush Prize. Les inscriptions ont commencé depuis le 25 avril 2016 sur le site www.lushprize.org . Les différents gagnants se verront attribués une bourse globale de 250 000 livres (environ 315 000 euros).

Le Lush Prize se divise en 6 catégories : Science, Formation, Jeunes chercheurs, Lobbying, Sensibilisation du grand public et Black box prize. Lors de l’édition 2015, une partie importante de la dotation est allée à cinq chercheurs travaillant sur des méthodes de prévision des effets indésirables des composés chimiques appliqués sur la peau, sans recourir à l’animal : un Anglais (David Basketter), deux Suisses (Andreas Natsch, Roger Emter) et deux américains (Franck Gerberick, Terry Schultz). Leurs travaux visent à proposer des techniques qui puissent être appliquées dans tous les grands laboratoires du monde.

Lors de la cérémonie de remise du Lush Prize ayant eu lieu à Londres le 20 novembre dernier, L’Essentiel a rencontré la directrice éthique de Lush, Hilary Jones.

L’Essentiel : Depuis quand êtes-vous engagée dans le combat contre l’expérimentation animale ?

Hilary Jones : Mon engagement pour la défense des animaux remonte à l’adolescence ! En tant que « vegan », j’achetais des produits cosmétiques exclusivement végétaux et non testés sur les animaux. Je suis devenue cliente de Lush car leurs produits correspondaient à mes attentes. J’ai rejoint l’équipe fondatrice de la marque dans les années 1990 et je suis toujours avec eux. Je n’aurais pas pu intégrer une société dont je ne partage pas les valeurs.

L’Essentiel : Comment est née la marque Lush ?

Hilary Jones : L’actuel PDG de Lush, Mark Constantine, travaillait autrefois pour Body Shop, une autre société de cosmétiques. Avec quelques autres personnes, il a créé sa propre marque de

produits naturels, pour rester indépendant et continuer à travailler selon l’éthique qui lui est chère. Body Shop a depuis été racheté par L’Oréal.

L’Essentiel : Qui sont les clients de la marque ?

Hilary Jones : Beaucoup de gens sont simplement attirés par les couleurs de nos produits et l’atmosphère très ludique qui règne dans les boutiques Lush. (NDR : il en existe aujourd’hui 934, dans 44 pays différents, dont 43 en France). Mais nous avons aussi un noyau important de clients qui viennent parce qu’ils se sentent concernés par la protection de l’environnement, le bien-être animal, la toxicité de certains produits chimiques, etc. Globalement, les clients sont bien mieux informés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a 20 ans. Ils sont soucieux de connaître les ingrédients que nous utilisons. Ils veulent des produits végétariens, bios, issus du commerce équitable, etc. Les clients s’intéressent aussi à la réglementation concernant l’expérimentation animale.

L’Essentiel : Depuis 2009, il est interdit de vendre en Europe des produits cosmétiques testés sur les animaux, qu’ils soient fabriqués dans la CE ou importés* . Cette loi a-t-elle fait avancer les choses ?

Hilary Jones : La loi a en effet permis d’éliminer de nombreux essais inutiles sur les animaux, même si elle a été très longue à se mettre en place car des groupes de pression importants ont retardé son application. La loi a aussi ses limites : tester un ingrédient sur les animaux est effectivement interdit si cet ingrédient est uniquement destiné à la fabrication de cosmétiques mais pas s’il entre dans la composition de produits alimentaires, textiles, etc. De plus en plus de pays tiers s’interrogent sur le bien-fondé de l’expérimentation animale pour évaluer la sécurité des produits cosmétiques : la Nouvelle-Zélande, l’Inde, la Turquie et Israël ont déjà choisi l’interdiction, le Japon, la Corée et le Brésil pourraient prochainement les rejoindre. Malheureusement, d’autres pays autorisent toujours les tests de cosmétiques sur les animaux. Le gouvernement chinois peut même réclamer que des produits importés soient testés sur les animaux quand ils sont commercialisés en Chine ! Lush n’ouvre pas de magasin en Chine pour cette raison.

L’Essentiel : Comment garantissez-vous la sécurité des produits Lush, s’ils ne sont pas testés sur les animaux ?

Hilary Jones : D’abord, les tests sur animaux ne sont pas une garantie de sécurité absolue ! Dans bien des domaines, les effets secondaires de certains composants chimiques apparaissent chez l’homme alors que les tests sur animaux n’ont rien mis d’anormal en évidence. Il faut quelquefois très longtemps pour que ces effets secondaires apparaissent. Même si la gamme de produits Lush est très large, la sécurité de nos cosmétiques n’a jamais été mise en cause. Leur fabrication s’appuie sur des ingrédients naturels qui ont fait leurs preuves depuis longtemps et qui n’exigent pas de tests particuliers. Nous choisissons de ne pas utiliser de nouveaux ingrédients « miracle », comme par exemple ceux issus des nanotechnologies. Qui connaît les effets potentiels de ces composants sur la peau et la santé en général dans quelques années ? Dans nos laboratoires, nous utilisons exclusivement des produits végétaux : herbes séchées, graisses végétales, fleurs, huiles essentielles, etc. Nous travaillons nos mélanges d’ingrédients nous-mêmes. C’est comme faire la cuisine ! Nous créons de nouveaux plats avec ce que la nature nous propose, c’est tout. Mais il faut faire beaucoup d’essais avant d’obtenir un résultat satisfaisant : pour un produit qui arrive sur nos rayons, c’est 50 à 100 autres qui ont été éliminés en cours de développement. C’est très frustrant mais cette sélection rigoureuse est indispensable pour proposer des produits aptes à convenir à notre clientèle.

L’Essentiel : Seulement 4 ans après son lancement, le Lush Prize est aujourd’hui un événement auquel participent de nombreux scientifiques de très haut niveau. Ce concours a-t-il été difficile à mettre en place ?

Hilary Jones : C’est la première étape qui a été la plus délicate : il fallait d’abord composer un jury d’experts scientifiques qui puisse administrer le Lush Prize pour la société. Quand on travaille pour une entreprise comme Lush, réputée comme « activiste », il est difficile de séduire des scientifiques « sérieux », ils avaient un peu peur de nous ! Une fois la confiance établie, ce jury composé de bénévoles a fait un travail formidable. De manière complètement indépendante, ils ont tissé un réseau de chercheurs impliqués dans les méthodes alternatives à l’expérimentation animale. Dès la première année, le succès du Lush Prize a suscité beaucoup d’autres candidatures pour l’édition suivante. Le jury fait aussi une veille scientifique très importante : lorsqu’il repère des chercheurs qui ont des résultats intéressants à présenter, il les contacte en direct.

DROIT

Réparation ou remplacement d’un « être sensible » ? La Cour de cassation valorise le statut de l’animal de compagnie

La Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 9 décembre 2015, qu’un animal de compagnie, en l’occurrence un chien, est un être sensible, mais reste un bien ; un bien particulier, « destiné à recevoir l’affection de son maître » qui, le cas échéant et pour ce motif, serait donc tout à fait fondé à en refuser le remplacement si, à la suite de son achat, il s’avérait que l’animal était porteur d’un défaut de conformité, réparable et ceci quel qu’en soit le coût. Une décision qui, pour la première fois, semble-t-il, remet en cause favorablement le statut de l’animal de compagnie, en dehors de toute considération de race, de prix et de destination. (in l’Essentiel n°414)

Cette décision peut avoir de multiples conséquences sur la protection des acheteurs d’animaux de compagnie.

Les faits

Le 22 mars 2012, une éleveuse professionnelle vend à un particulier un chiot de race bichon frisé, en tant qu’animal de compagnie. Celui-ci se révèle atteint d’une cataracte héréditaire entraînant de graves troubles de la vision. Invoquant un défaut de conformité au regard, notamment, de l’article L211-9 du Code de la consommation, son nouveau maître demande réparation, plus une allocation de dommages-intérêts. Considérant que le coût de la réparation est « manifestement disproportionné » par rapport « à la valeur du bien ou de l’importance du défaut », le vendeur choisit plutôt de remplacer le chiot, ce que n’accepte pas l’acheteur. Comme c’est souvent le cas dans ce type de litiges, l’affaire est portée devant le tribunal compétent, en l’occurrence le TI de Vannes qui, le 28 août 2014, donne raison à l’acheteur qui exige de son vendeur la réparation de son animal et refuse son remplacement pourtant autorisé par la loi. Le vendeur – c’était évidemment prévisible – s’est pourvu en cassation. La Cour (1re Chambre civile) a rendu son arrêt le 9 décembre 2015. Un arrêt pour le moins inattendu.

Les dispositions du Code de la consommation

L’article L211-9 (créé par ordonnance du 17 février 2005) dispose qu’« en cas de défaut de conformité, l’acheteur choisit entre la réparation et le remplacement du bien. Toutefois, le vendeur peut ne pas procéder selon le choix de l’acheteur si ce choix entraîne un coût manifestement disproportionné au regard de l’autre modalité, compte tenu de la valeur du bien ou de l’importance du défaut. Il est alors tenu de procéder, sauf impossibilité, selon la modalité non choisie par l’acheteur ».

L’arrêt de la Cour de cassation

La Cour de cassation, reprenant les attendus du tribunal d’instance, a confirmé et précisé :
« attendu, d’abord, qu’ayant relevé que le chien en cause était un être vivant, unique et irremplaçable et un animal de compagnie destiné à recevoir l’affection de son maître, sans aucune vocation économique, le tribunal, qui a ainsi fait ressortir l’attachement de Mme Y pour son chien, en a exactement déduit que son remplacement était impossible au sens de l’article L211-9 du Code de la consommation ; attendu, ensuite, qu’ayant retenu que le défaut de conformité de l’animal était présumé exister au jour de sa délivrance, concomitante à la vente, sans que soit démontrée une acquisition en connaissance de cause, le tribunal a implicitement mais nécessairement considéré que Mme X, réputée connaître le défaut de conformité du bien vendu en sa qualité de vendeur professionnel, avait commis une faute ; d’où il suit que le moyen n’est pas fondé ; par ces motifs : rejette le pourvoi ; condamne Mme X aux dépens ; vu l’article 700 du CPC, rejette la demande de Mme X et condamne celle-ci à payer la somme de 3 000 euros à Mme Y ».

Commentaires

Le jugement et l’arrêt rendus dans cette affaire sont tout à fait inédits, quelques mois seulement après le vote de la loi du 16 février 2015 qui dit dans son article 2 : « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens » (art. 515-14 du Code civil). Que peut-on en conclure ?

a. Tout d’abord, seul est visé ici le chien, en tant qu’animal de compagnie, « être vivant, unique et irremplaçable » ; et, précisément parce qu’il est « de compagnie », il est « destiné à recevoir l’affection de son maître », sans contrepartie économique ; l’attachement de Mme Y pour son chien rend donc celui-ci irremplaçable par un autre chien de même race, fût-il sans défaut : tous les motifs ainsi réunis n’autorisent plus le vendeur à préférer le remplacement à la réparation du bien, créant du même coup une exception à la règle. En serait-il de même pour tout autre animal de compagnie, y compris dans le cas d’un NAC, qui se révèlerait porteur d’un défaut de conformité découvert dans des circonstances comparables ? Le libellé des attendus précités semble exclure le cas général des animaux domestiques, puisqu’ils ne sont pas tous des animaux

de compagnie. En d’autres termes, pourrait-on s’attacher, de la même façon, à un animal qui ne serait pas un animal de compagnie, au point qu’on ne puisse se résoudre, le cas échéant, à le faire remplacer par un autre qui lui serait semblable ?

b. N’oublions pas, d’autre part, que la législation du défaut de conformité d’un animal ne s’applique que lorsque le vendeur est un professionnel et que l’acheteur est un
« consommateur» ; autrement dit, elle ne peut être invoquée dans le cas d’une vente faite par un particulier et où l’acheteur serait lui-même un consommateur, c’est-à-dire en l’espèce un non-professionnel. On voit bien l’ambiguïté de ce contexte singulier où l’animal, être sensible, reste malgré tout assimilé, notamment dans le cas d’une vente, à un vulgaire bien de consommation. L’analyse n’a manifestement pas été conduite jusqu’à son terme.

De sorte que le nouvel article 515-14 du Code civil manque, pour le moins, de cohérence puisque les animaux – sans distinction d’aucune sorte -, tous qualifiés d’« êtres vivants doués de sensibilité », restent « soumis au régime des biens », notamment dans le cas d’une vente. La solution de cette énigme ne résiderait-elle pas dans une refonte totale du droit des animaux, ceux-ci trouvant enfin une place qui leur serait propre entre le droit des personnes et le droit des biens, comme l’avait précisément recommandé Me Suzanne Antoine, ancien président de chambre à la Cour d’appel de Paris, dans un rapport qu’elle avait remis au ministre de la Justice en mai 2005 ?

c. Le défaut de conformité se distingue du vice rédhibitoire (code rural, art. L213-1 et suivants, liste très limitée, délais très courts) et du vice caché (code civil, articles 1 641 et suivants, délai d’action qui court à compter du jour de la découverte du vice), notamment par le fait que son mode d’action est explicitement prévu comme étant une extension des dispositions prioritaires de l’article L213-1 du code rural et par le fait également que le délai d’action (2 ans) court à compter du jour de la livraison de l’animal. Ces différentes modalités d’action ont déjà fait l’objet, ici, d’une publication spécifique. Il est néanmoins important de rappeler que, en principe, la législation des vices cachés ne peut être invoquée que si une mention expresse et afférente figurait déjà sur l’attestation de vente. La plupart des acheteurs, évidemment, n’en savent rien. Et la plupart des vendeurs ne sont pas particulièrement enclins à le leur faire savoir.

d. L’application de l’article L211-9 du Code de la consommation – qui est au coeur même de ce litige – vient donc de connaître une exception singulière et ceci pour deux raisons : d’une part, la faculté laissée au vendeur de ne pas procéder à la réparation du bien, dès lors que celle-ci entraînerait un coût « disproportionné au regard de l’autre modalité », se trouve purement et simplement annulée par le seul fait qu’il y aurait déjà entre le bien vivant et sensible et son maître un lien d’attachement, aspect pour le moins subjectif que l’on ne s’attend pas à trouver spontanément dans un code qui régit la consommation des biens ; d’autre part, cette interprétation suggère et confirme que l’animal est un bien vivant, sensible, par opposition aux biens inertes qui ne peuvent se mouvoir que sous l’effet d’une force étrangère, cette suggestion s’accompagnant d’une autre difficulté, à savoir que – si l’on en croit l’arrêt précité – seul l’animal de compagnie et notamment le chien, serait susceptible de faire ressortir cette notion d’attachement qui a permis au juge de la Cour d’en déduire que l’animal en question était donc devenu irremplaçable.


e. Jusqu’à cet arrêt qui fera sans doute date, comme le fit jadis le célèbre arrêt Lunus1 , les juges prenaient surtout en compte la destination (ou l’usage) que l’acheteur voulait donner à sa nouvelle acquisition, cherchant surtout à établir, avant de rendre une décision, un lien de cause à effet entre le dommage subi par le propriétaire et l’usage qu’il comptait faire de l’animal. L’expression « animal de compagnie » excluait donc a priori tout autre usage que celui de la compagnie, celle-ci étant comprise dans son sens le plus large. Cette fameuse expression, préférée des vendeurs qui en général s’abstenaient d’en expliquer les éventuelles conséquences auprès de leurs clients acheteurs – et pour cause ! -, vient de subir une rotation de 180°, puisqu’il suffira désormais à l’avocat de l’acheteur de démontrer que son client s’est déjà fortement attaché à son animal et de faire référence à ce nouvel arrêt qui l’établit d’une façon magistrale et dont on peut parier qu’il va faire jurisprudence. Avec un bémol, cependant : cet arrêt ne vise que les animaux de compagnie et, tout spécialement, les chiens. Il sera intéressant de voir si la Cour

suprême retient, par la suite, tout ou partie de sa récente démonstration pour l’appliquer à d’autres NAC, voire – pourquoi pas ? – à d’autres animaux domestiques… L’animal dit de compagnie vient, à l’évidence, de gravir quelques marches dans la considération qui lui est portée, dès lors que, même sans grande valeur pécuniaire, il est susceptible de « recevoir l’affection de son maître », celle-ci suffisant à en interdire le remplacement et à obliger son vendeur à assumer tous les frais de sa « réparation », quel qu’en soit le coût. Cet arrêt risque de provoquer des orages dans l’environnement des vendeurs d’animaux de compagnie… On peut aussi imaginer, dès maintenant, que de nouveaux arrêts viendront préciser, dans les mois à venir, cette évolution qui n’est pas sans lien direct avec la loi du 16 février 2015. Certes, l’animal était déjà un être sensible au regard du Code pénal et du Code rural ; depuis un an, il a gagné quelques galons dans le Code civil, enfin reconnu comme un être vivant, doué de sensibilité. « Ni repris, ni échangé » dans le cas présent, au motif que son maître y est particulièrement attaché, il attend que notre pays lui « fabrique » un code spécifique, enfin adapté à sa nature, loin du code de la consommation (vais-je consommer demain mon chat ?) et en lien étroit avec tout ce qui a déjà été fait en la matière chez nos voisins partenaires de l’Union européenne. Qui va avoir le courage de lancer cette vraie réforme ?

Sources :

1. Cour de cassation, arrêt du 16 janvier 1962 ; préjudice d’ordre affectif, subi à la suite de la mort accidentelle d’un cheval, son maître ayant réussi à démontrer qu’il y était particulièrement attaché.

2. Article L214-6 du Code rural et de la pêche maritime : « on entend par animal de compagnie tout animal détenu ou destiné à être détenu par l’homme pour son agrément ».

Revue de presse – Juillet 2016

Brèves

Chats stressés en refuge ? Une simple caresse peut changer les choses

L’année dernière, la revue Preventive Veterinary a publié une étude sur l’impact que des interactions positives, notamment par le toucher et la voix, pouvaient avoir sur les chats vivant en refuge. Les chercheurs se sont intéressés à un groupe de chats rendus anxieux par la gestion ordinaire de leur refuge. Le groupe a été divisé en 2, un groupe expérimental et un groupe de contrôle. Les individus du groupe expérimental étaient caressés 4 fois par jour et la personne qui s’occupait d’eux leur parlait avec une voix aiguë. Les chats trop agressifs pour être touchés à la main étaient stimulés avec un bâton agrémenté d’une gomme. Le groupe de contrôle était également en présence d’un chercheur, sans être stimulés. D’après les résultats, les chats du groupe expérimental étaient de bonne humeur et contents plus rapidement et plus souvent que les autres chats. Les chercheurs ont également noté des différences physiologiques : les chats stimulés produisaient plus d’anticorps et avaient moins de risques de maladies.

A noter que les interactions opérées étaient très progressives et contrôlées : le chercheur commençait par parler à l’animal, se tenait devant la cage puis l’ouvrait, avant de toucher le chat. Les caresses se faisaient d’abord sur les joues, puis sous le menton, entre les oreilles, à la suite de quoi le chercheur fermait la cage et quittait la pièce. Au bout d’une minute, il revenait et répétait l’opération, pour un total de 10 minutes d’interactions. A noter que le même chercheur réalisait les sessions.

Cette étude montre bien l’importance des interactions sociales positives. Pour les chats qui ont eu des expériences sociales avec les humains par le passé, des interactions contrôlées et prévisibles peuvent contribuer à diminuer leur stress et favoriser leur adoption.

Lire l’étude :

https://www.researchgate.net/publication/263316724_Effect_of_gentle_stroking_and_vocalization_on_behaviour_mucosal_immunity_and_upper_respiratory_disease_in_anxious_shelter_cats

(Source : Aspca.org)

Grande-Bretagne

Les chiens diminuent le stress des enfants autistes

Les vétérinaires connaissent bien les effets positifs des chiens sur le mental et le stress des familles. Une nouvelle étude démontre que cet effet est d’autant plus vrai pour les familles ayant des enfants autistes.

Les chercheurs de l’université de Lincoln, en Grande-Bretagne, ont noté que ces familles avaient moins de dysfonctionnements lorsqu’elles avaient un chien domestique.

Les liens dysfonctionnels entre les parents et l’enfant autiste étaient également largement diminués grâce au chien.

L’etude a été publiée en mars dans le Journal of Veterinary Behavior Applications and Research.

Une précédente étude avait été réalisée il y a 2 ans et demi pour démontrer les effets à court terme d’un chien sur les enfants autistes, afin de déterminer les effets à long terme.

D’après la nouvelle étude, les bénéfices à long terme s’étendent sur plusieurs années après l’adoption du chien, et le stress de l’enfant décroît très régulièrement.

« Le stress diminue singulièrement chez ces familles, contrairement à celles qui ne possèdent pas de chien », explique Daniel Mills, un des auteurs de l’étude.

(Source : Newstat, 26 juillet)

Etats-Unis

Un modèle pour tester les médicaments contre l’herpès du chat

Le FHV (Feline herpes virus 1) est une cause fréquente d’infections oculaires chez les chats. Cependant, les médicaments pouvant les soigner doivent être appliquées plusieurs fois par jour, et leur efficacité est contestée. Un nouveau modèle espère changer les choses sur ce point.

Les chercheurs du Baker Institute for Animal Health de l’ecole veterinaire de Cornell ont développé un modèle de test de ces médicaments. Les premiers résultats ont permis d’identifier un nouveau médicament qui devrait bientôt passer les tests cliniques. Cette étude a été publiée en juin dans le Journal of General Virology.

Les chercheurs ont rempli la cornée de chats décédés d’autres causes que des maladies oculaires avec de l’agarose, qui permet à la cornée de garder sa forme en dôme. Ils ont ensuite inoculé le virus à certaines cornées et pas à d’autres. Enfin, ils ont testé l’efficacité de deux traitements communément utilisés pour le traitement des infections oculaires dérivées du FHV : du cidofovir et de l’acyclovir, qui semble prometteur lorsqu’il est administré fréquemment.

Ces deux traitements faisaient disparaître l’infection lorsqu’ils étaient appliqués toutes les 12 heures, mais il semblerait que le cidofovir soit plus efficace.

Par ailleurs, les chercheurs ont utilisé ce modèle afin d’identifier d’autres traitements potentiels contre ces infections. Le raltegravir, utilisé chez les humains comme traitement contre le VIH, n’avair par exemple jamais été expérimenté chez les chats. Il semblerait très efficace, même avec une seule application toutes les 24 heures.

(Source : Newstat, 25 juillet)

France

Catedog.com, un outil d’information vétérinaire à l’usage des propriétaires

Offrant un contenu entièrement rédigé par un vétérinaire comportementaliste et

enrichi par plus de 1000 planches anatomiques, le site Catedog.com, est un outil

de vulgarisation inédit à l’usage des propriétaires d’un chien ou d’un chat

qui peuvent désormais bénéficier d’informations complètes, fiables et accessibles

sur la santé de leur animal.

Qu’il s’agisse de la santé de son animal comme de la sienne, le réflexe est

désormais d’aller rechercher des informations sur Internet afin d’essayer

d’établir soi-même un diagnostic avant même d’aller consulter son médecin

ou son vétérinaire. « La difficulté », souligne Laurence Dillière Lesseur,

vétérinaire comportementaliste auteure de plusieurs livres sur la santé

animale, « c’est la fiabilité de l’information glanée sur le Net. Dans la grande

majorité des cas, on ignore sa provenance, et donc le crédit qu’on peut lui

accorder. »

Devant ce constat, Laurence Dillière Lesseur a créé avec son mari

Vincent Lesseur, designer graphique, Catedog.com, un site internet dédié

à la santé animale résolument grand public, entièrement rédigé par un vétérinaire.

« Il ne s’agit en aucun cas de se substituer à une consultation, avec examen

clinique à l’appui, mais de répondre à un besoin désormais quasi général

d’information », précise Laurence Dillière Lesseur. Voilà donc 8 ans que

le couple travaille à ce projet, dont le lancement officiel a eu lieu le 14 février.

Ainsi, pour rompre avec l’univers clinique des sites vétérinaires existants,

Catedog propose une expérience utilisateur simple et ludique, faisant une

large place à l’illustration et mettant l’accent sur la pédagogie et la relation

affective à l’animal.

Résultat : les internautes ont désormais accès gratuitement à plus de 1 000

articles consacrés à la vie quotidienne et à la santé de leur chien ou de leur chat :

cycle hormonal, troubles du comportement, contre-indications alimentaires,

entretien ou encore mode de transport et législation européenne.

Dans un souci de pédagogie, chaque pathologie est illustrée par des planches

anatomiques (plus de 1 000 également) dessinées par Vincent lui-même sous

la validation scientifique de Laurence.

Catedog.com, c’est également des pages d’actualité, elles aussi exclusivement

rédigées par un vétérinaire et la possibilité de poser des questions en ligne

(réponses assurées par une équipe de vétérinaires). A l’avenir, un forum

devrait également permettre aux internautes d’échanger entre eux sur

les questions qui les préoccupent.

Plus d’informations : www.catedog.com

Grande-Bretagne

Les changements physiques et psychologiques des chats âgés documentés

On estime que les chats atteignent la vieillesse à l’âge de 15 ans, mais il n’est pas

rare de les voir dépasser cet âge, voire qu’ils atteignent les 20 ans.

Avec une si longue vie, à quoi ressemble un chat âgé en bonne santé ? Un groupe de chercheurs a tenté de définir cela. Dans une étude publiée dans le Journal of Feline Medicine and Surgery (JFMS), les scientifiques ont collecté toutes les informations relatives aux changements observés chez les chats âgés, du système musculo-squelettal au comportement et à la santé cognitive.

Ils ont également constitué une base de données sur les éléments biochimiques et sanguins spécifiques des chats matures et âgés, à partir d’une population de 600 chats âgés en bonne santé.

(Source : Newstat, 11 juillet)

ÉTUDE

Les effets de la solitude sur le bien-être des chiens

T.Rehn, L.Keeling, the effects of time left alone at home on dog welfare, Applied Animal Behaviour Science 129 (2011) 129–135

Dans nos sociétés modernes, les propriétaires de chiens travaillent très souvent toute la journée. Les chefs d’entreprise refusent souvent que leurs employés amènent leur chien avec eux, parce que certaines personnes ont des allergies ou ont peur des chiens. Par conséquent, de nombreux propriétaires de chiens ne voient pas d’autre alternative que de laisser leur chien seul à la maison pour une grande partie de la journée. Une étude de Norling and Keeling (2010) a montré que 73% des propriétaires de chiens suédois avaient laissé leur chien à la maison pendant les heures de travail. Dans le même temps, la sélection moderne sur l’apparence plutôt que sur les traits de comportement a conduit à un niveau de peur plus élevé chez les chiens de compagnie en Suède (Svartberg, 2006). La peur et l’anxiété sont étroitement liées, de sorte que les stratégies d’élevage pratiquées aujourd’hui peuvent augmenter le risque d’anxiété de séparation liée à des problèmes de comportement et une altération du bien-être des chiens. Bien que l’anxiété de séparation soit l’un des problème de comportement le plus fréquemment rapportés (par exemple Bamberger et Houpt, 2006; VoithandBorchelt, 1996), cela représente encore une faible proportion de la population totale. Il y a eu peu de recherches sur la façon dont les chiens qui ne manifestent pas ce trouble du comportement sont affectés par la séparation avec leur propriétaire. Des études antérieures sur les chiens ne manifestant pas d’anxiété de séparation indiquent un niveau élevé de comportement passif lorsqu’ils sont seuls à la maison. Aslaksen et Aukrust (2003) montrent qu’ils restent couchés 95,3% du temps lorsqu’ils sont laissés seuls à la maison entre 4 et 9.5h. Dans une autre étude (Vestrum, 2009), lorsque les chiens étaient laissés seuls à la maison avec un autre congénère, ils restaient couchés environ 83% du temps. Les chiots laissés seuls 1.5h exprimaient un comportement actif seulement au début de la période, mais devenaient ensuite plus passifs (77,4% du temps) (Frank et al., 2007). Dans ces études, l’effet de différentes longueurs de temps durant lesquelles le chien est laissé seul n’a pas été pris en considération. Chaque chien réagit différemment à un stress aigu et chronique et l’excitation peut se manifester par des comportements tels que la fréquence accrue des comportements oraux, la vocalisation, le corps tremblant, bâillements, position accroupie, augmentation de mouvements répétitifs, l’augmentation de l’auto-toilettage (par exemple, Beerda et al, 1997, 2000;. Glover, 1992;. Hetts et al., 1992; Rooney et al, 2007). Les réactions comportementales aux facteurs de stress peuvent être accompagnées d’une augmentation de la fréquence cardiaque (HR) et dans la salive, du cortisol (par exemple Beerda et al., 1998). Les réponses cardiaques peuvent également se produire de manière anticipée avant l’expression de tout changement dans le comportement, ainsi que persister au-delà de la réponse comportementale. La variabilité du rythme cardiaque (HRV) des animaux peut être une subtile indication d’une sensibilité au stress acquise dans l’élevage (par exemple Von Borell et al., 2007) et a par exemple été utilisé pour évaluer le niveau de stress des animaux dans différentes conditions de logement (par exemple Hagen et al., 2005). Le HRV a également été étudié chez les chiens et semble un bon indicateur des états affectifs des chiens (Maros et al., 2008). L’objectif principal de cette étude était d’identifier les éventuelles différences dans le comportement du chien et de l’activité cardiaque, selon le nombre d’heures pendant lesquelles le chien est laissé seul à la maison, pour évaluer l’impact potentiel sur le bien-être des chiens. L’hypothèse des auteurs est que même les chiens sans antécédents connus de problèmes de comportement liés à une séparation montreraient aussi des signes de stress négatif dans les moments où ils ont été laissés seuls pendant de longues périodes et qu’ils montreront des signes de grande excitation au retour de leur maître.

Cas clinique

Dermatite alopécique et érythémateuse : traitement par la moxidectine chez un colley

La démodécie est une maladie parfois difficile à traiter, divers protocoles sont disponibles, dont l’utilisation de l’amitraz, mal supportée dans le cas présent. Nous avons donc décidé d’utiliser la moxidectine malgré la race (colley) de l’animal non sans avoir effectué une recherche du gène MDR-1. Ce traitement a été rapidement couronné de succès. (in l’Essentiel n°414)

Une chienne colley, non stérilisée, âgée de 8 mois est présentée à la consultation pour une perte de poils multifocale associée à un érythème diffus. La chienne a été acquise à l’âge de 4 mois dans un élevage, elle vit seule dans une maison avec jardin, aucune contagiosité n’est signalée au propriétaire, elle mange un aliment industriel de bonne qualité. Aucun antécédent pathologique notable n’est signalé, les vaccins et les traitements anti-parasitaires internes et externes sont correctement administrés.

Anamnèse

Au retour des vacances d’été des propriétaires, une première plaque, non prurigineuse, est apparue sur un membre, soit à l’âge de 5 mois. Les lésions se sont ensuite étendues progressivement à la face et à l’autre membre antérieur, des croûtes et des démangeaisons modérées sont apparues. Ces éléments ont conduit un confrère à suspecter une pyodermite et à administrer une antibiothérapie orale pendant une dizaine de jours et une corticothérapie de courte durée. Une amélioration transitoire s’ensuit puis la dermatose rechute et s’étend en deux mois ; la chienne nous est alors présentée.

Examen clinique

A distance, le pelage paraît normal, seule une alopécie du chanfrein, des babines et des extrémités distales des 4 membres est observable (photo 1). La chienne est en bon état général, un peu amaigrie ; les propriétaires signalent une baisse de l’appétit récente en parallèle de l’aggravation de la dermatose. L’examen rapproché montre des plages alopéciques érythémateuses multifocales, qui concernent les membres antérieurs, en particulier les carpes et les métacarpes, mais l’alopécie et l’érythème sont également observés en écartant le pelage sur l’ensemble des quatre membres. La face est atteinte gravement, avec alopécie généralisée diffuse bilatérale et péri-oculaire. L’érythème est marqué et quelques croûtes sont observées sur les babines. Des plaques identiques associées à de nombreux comédons sont également présentes sur les flancs, mais recouvertes par le long pelage. Le prurit est marqué, plutôt facial. Les conduits auditifs sont sains.

Bilan clinique

Il s’agit d’une dermatose chronique, prurigineuse, alopécique et érythémateuse, avec quelques comédons et croûtes, multifocale et extensive, intéressant surtout les membres et la face, dans une moindre mesure les flancs sans caractère de symétrie, associée à une dysorexie.

Hypothèses cliniques

Démodécie

Dermatophytie

Dermatomyosite

Dermatite allergique

Pyodermite secondaire

Examens complémentaires

Des calques cutanés et des scotch-tests, réalisés sur les lésions alopéciques et érythémateuses faciales et podales, mettent en évidence une discrète prolifération bactérienne de surface à cocci. Le trichogramme ne met pas en évidence de parasites, de spores ou de manchons pilaires ; l’examen en lumière de Wood est également normal. Les raclages montrent par contre de nombreux Demodex et leurs oeufs, de taille classique ou plus courte mais toujours dans l’intervalle usuel : il s’agit de Demodex canis présent en grande quantité. Un Demodex est aussi observé sur un scotch-test de cytologie, confirmant sa localisation superficielle. La culture fongique (technique du carré de moquette stérile) envoyée au labo DPM Oniris est négative.

Diagnostic

Démodécie juvénile multifocale extensive à Demodex canis.

Traitement

Des shampooings hebdomadaires au peroxyde de benzoyle suivis d’une balnéation à base d’amitraz (Ectodex® dilué à 0,025 %) sont proposés au propriétaire, l’usage d’avermectines étant a priori exclu étant donné la race de la chienne. Après discussion, il s’avère que le maître de la chienne est diabétique. Les lotions seront donc effectuées à la clinique chaque semaine ; dans un souci d’efficacité, une tonte généralisée préalable est proposée mais les propriétaires sont « traumatisés » par l’idée et la tonte est donc reportée.

En parallèle, une antibiothérapie systémique est mise en place avec de la céfalexine (Rilexine®) à la dose de 30 mg/kg/jour en deux prises quotidiennes pendant 3 semaines, ainsi que des applications régulières d’une mousse hydratante (Ermidra®). La première application d’amitraz se déroule correctement puis la chienne développe une réaction fortement irritative se traduisant par un érythème généralisé prurigineux après chaque séance accompagné de suintements localisés. Les propriétaires rapportent également une agitation importante pendant les 48 heures suivantes. Cette intolérance associée à l’apparition de nouvelles lésions alopéciques et au refus toujours maintenu de tonte nous font envisager et proposer l’emploi d’une avermectine par voie orale, en l’occurrence la moxidectine. Le statut racial de la chienne, colley pure race, est bien évidemment une limite majeure. Après une nouvelle discussion, nous réalisons un test de dépistage du gène MDR-1. Le test génétique est heureusement négatif, ce qui permet de débuter la moxidectine à dose progressive, après accord écrit et consentement éclairé des maîtres.

Nous utilisons la Cydectine® à 1% injectable Bovins (soit 10 mg/ml de moxidectine) par voie orale quotidienne (hors AMM). Afin de prévenir toute réaction idiosyncrasique, la posologie initiale est de 0,1 mg/kg/j pendant 3 jours, puis 0,2 mg/kg/j pendant les 3 jours suivants, et 0,3 mg/kg/j pendant

3 jours supplémentaires. Aucun effet indésirable n’étant constaté, la dose d’entretien est ensuite administrée à raison de 0,4 mg/kg/j, soit 7 mg (ou 0,7 ml/jour) pour le poids de la chienne (17,5 kg). Après une quinzaine de jours de traitement, la chienne ne présente toujours aucun effet secondaire et le traitement est maintenu à la posologie de 0,4 mg/kg/j.

Evolution

L’état dermatologique s’améliore rapidement avec disparition progressive de l’érythème et du prurit, repousse du poil semaine après semaine et reprise d’un dynamisme et d’un appétit satisfaisant. La chienne est revue chaque mois pour des raclages sur cinq sites différents. Le nombre

de Demodex par lame diminue drastiquement. A deux mois on dénombre moins de trois Demodex par lame, puis plus aucun à trois et ensuite à quatre mois, soit deux séries de raclages négatifs à un mois d’intervalle. La repousse du poil est alors complète, la face et les membres sont cliniquement normaux et les plaques alopéciques du flanc ont disparu. Le traitement est alors administré encore 6 semaines à jours alternés, toujours à la même posologie de 0,4 mg/kg/j et terminé avec la guérison clinique et parasitologique. Le dernier contrôle à huit mois confirme la guérison ; aucune rechute n’est observée à ce jour.

Discussion

La démodécie est une maladie inflammatoire parasitaire du chien caractérisée par la prolifération anormale d’un acarien démodécidé très spécifique, Demodex canis. Les démodex sont considérés comme des composants habituels de la microfaune cutanée du chien. Une étude récente a démontré par recherche RT-PCR (real-time PCR) d’un gène de la chitine-synthétase la présence habituelle des

démodex sur la peau du chien – quoiqu’en petit nombre – quels que soient la race, l’âge, le pelage ou le sexe du chien.

La transmission du parasite se fait dès les premières heures de vie lors de la tétée depuis la mamelle vers le museau du chiot. Le parasite colonise ensuite l’ensemble du tégument follicule pileux par follicule pileux, par comportement nomade, avec une répartition variable dans le temps selon les zones. Chez la plupart des mammifères, le système immunitaire inné semble tolérer ces parasites et les contrôler dans une forme de relation symbiotique commensale. Le passage à l’état parasitaire ferait suite à des modifications de l’écosystème cutané, avec pour conséquence une prolifération majeure à l’origine d’un éclatement des follicules pileux et l’apparition d’une véritable maladie cutanée.

Leur multiplication excessive anormale chez le jeune chien est un cas à part, puisque les démodécies juvéniles généralisées y sont plus fréquentes que chez les autres espèces de mammifères. Elle pourrait être la conséquence d’une immunodéficience (endoparasitisme, malnutrition, mauvais état général chronique) ou plus probablement de prédispositions génétiques dues à des sélections raciales et l’isolement de critères spécifiques. Diverses études ont montré la surreprésentation de races comme les Staffordshire terriers, les bouledogues français ou les shar-peï (aux USA), les races à poil court et les petits terriers (en Europe).

La recherche de facteurs prédisposants – et leur contrôle – lors de démodécie généralisée juvénile ou de l’adulte est indispensable pour obtenir une guérison totale et définitive. Dans notre cas a priori classique d’une forme juvénile en cours de généralisation, se distinguent néanmoins quelques points originaux. Tout d’abord l’atteinte faciale et des membres antérieurs, habituelle chez le jeune, prend ici une forme rapidement extensive vu le jeune âge de la chienne, avec les premières lésions à cinq mois sur un membre et non pas sur le museau et une extension jusqu’aux flancs en moins de trois mois. Le prurit plutôt marqué ici n’est pas une caractéristique des démodécies non infectieuses du jeune. Même si une pyodermite secondaire est présente localement au niveau d’une babine avec présence de croûtes, elle ne constitue pas une complication majeure. L’antibiothérapie précédant de deux mois la consultation principale avait été de courte durée, tout comme la corticothérapie orale qui ne constitue pas dès lors un facteur aggravant.

D’autre part, la race colley ne fait pas partie des races prédisposées, celles à long pelage étant considérées comme habituellement épargnées. L’éleveur contacté par les propriétaires n’a pas confirmé – ou souhaité confirmer… – la présence de la maladie sur d’autres portées.

La recherche de facteurs prédisposants s’est avérée dans notre cas infructueuse, la chienne étant correctement vermifugée, alimentée et entretenue depuis son plus jeune âge. Ce cas de figure semble finalement le plus fréquent. Aucune maladie sous-jacente n’a donc été trouvée et la chienne se porte bien depuis le traitement. Le trichogramme n’a pas permis ici de mettre en évidence des manchons pilaires considérés comme classiques lors d’une démodécie dans une race à poil long.

La principale caractéristique de ce cas est thérapeutique. En effet, de nombreux problèmes se sont présentés pour trouver une solution adaptée aux demandes des propriétaires et à la race de la chienne. La première option envisagée, des balnéations d’amitraz hebdomadaires, s’est rapidement avérée impossible. Face à la contre-indication d’utilisation liée au diabète dont souffrait le propriétaire, les soins topiques devaient être administrés à la clinique. Le refus de la tonte compliquait le traitement. L’intolérance de la chienne dès la première application s’aggravant rapidement (érythème puis suintements), nous nous sommes retrouvés devant un dilemme : comment traiter une jeune chienne de race colley pour une démodécie en cours de généralisation quand l’emploi de l’amitraz est impossible ?

Les seules molécules restantes étaient donc les lactones macrocycliques, soit les avermectines, soit les milbémycines. La limitante fondamentale à leur utilisation est l’extrême sensibilité médicamenteuse dite MDR-1 (pour multi-drug-resistance) ou ABCB1-1Δ des Colleys et races apparentées. Elle est due à une anomalie génétique du gène MDR-1, suite à une mutation nt230(del4) à transmission autosomale récessive, à l’origine d’une glycoprotéine P de transport transmembranaire anormale. Cette protéine, exprimée dans les cellules endothéliales des capillaires méningés, est une pompe d’efflux rejetant certaines molécules en dehors du système nerveux central. Elle intervient également dans le foie et le rein par élimination active et au niveau de l’intestin par limitation d’absorption. La P-gP mutée est tronquée et ne joue donc plus son rôle de protection, des médicaments comme les lactones macrocycliques peuvent s’accumuler dans le liquide céphalorachidien et provoquer une neurotoxicité par mode GABAagoniste (blocage de la transmission de l’influx nerveux chez les arthropodes, les nématodes sauf filaires adultes et les mammifères).

La race colley étant très majoritairement porteuse de la mutation (homozygotes mutés ou hétérozygotes), nous effectuons en dernier ressort un dépistage par frottis buccal auprès du laboratoire Antagène. Par chance, la chienne est homozygote saine, donc non porteuse de la mutation. Cela nous permet donc d’envisager un traitement systémique avec une milbémycine et notre choix se porte sur la moxidectine par voie orale, la milbémycine-oxime n’étant plus disponible. Cette molécule semble en effet un substrat et un inhibiteur moindre de la P-gP que l’ivermectine, donc génère des effets neurologiques plus modérés et une tolérance augmentée. Pharmacologiquement, l’affinité de la moxidectine pour la P-gP est dix fois moindre et son transport à travers la barrière hématoméningée est plus faible.

Les propriétaires donnent leur consentement éclairé à cet essai thérapeutique que nous réaliserons avec prudence par paliers progressifs d’augmentation de posologie avec surveillance étroite. La moxidectine utilisée à une dose variant de 0,2 à 0,5 mg/kg/jour est en effet approuvée dans cette indication. En conclusion, dans ce cas, une lactone macrocyclique, la moxidectine (présentation en Cydectine® à 1% injectable ovins à la dose maximale de 0,4 mg/kg/jour hors AMM) a donc permis une guérison clinique et parasitaire en six mois sur un animal pour lequel aucun autre traitement efficace de sa démodécie n’était envisageable.

SYNTHESE

Traitements anti-épileptiques : les troubles cutanés sont très fréquents

L’épilepsie canine nécessite dans la plupart des cas un traitement à vie. Dans Frontiers in Veterinary Science, Tina Koch et coll. de l’Université Vétérinaire de Munich font le point sur les effets indésirables cutanés des médicaments employés dans cette indication, principalement le phénobarbital. Les auteurs présentent ici deux études, l’une rétrospective et l’autre prospective, mettant en évidence l’apparition de signes dermatologiques chez 10 à 20 % des patients, ce qui est beaucoup plus élevé qu’attendu. (in l’Essentiel n°411)

Les anticonvulsivants sont connus pour provoquer des effets indésirables (EI) qui sont une préoccupation des propriétaires de chiens épileptiques. Ces EI, quand ils ne sont pas à médiation immune, comprennent surtout une polyphagie, une polyuropolydipsie, une sédation, une ataxie, une augmentation de l’activité des enzymes hépatiques. Il n’existe dans la littérature que quelques rapports de cas de réaction d’hypersensibilité de nature immunitaire : sont décrits des dyscrasies sanguines, des hépatopathies idiosyncrasiques (avec le zonisamide), des troubles cutanés. Ainsi peut-on observer des dermatites nécrolytiques superficielles qui peuvent apparaître des mois ou des années après l’initiation d’un traitement par le phénobarbital. Des troubles cutanés ont aussi été décrits avec le bromure de potassium (panniculite) et le zonisamide (érythème multiforme). Les auteurs divisent les effets indésirables en EI de type 1 et 2. Les EI de type 1 ne sont pas à médiation immune et sont attribués aux propriétés chimiques et physiques de l’agent thérapeutique ou de ses métabolites. Ils sont dosedépendants et prédictibles. Les EI de type 2 sont à médiation immune, idiosyncrasiques et surviennent inopinément. Leur mécanisme est encore incomplètement compris. Les manifestations sont nombreuses : lésions hépatiques, adénopathies, pneumonies, anomalies hématologiques, mais les manifestations cutanées sont les plus fréquentes.

La situation en médecine humaine

En médecine humaine, on estime que 3 % environ des patients sous anti-épileptiques présentent des effets secondaires cutanés. Lors de ces hypersensibilités à médiation immune, on peut observer une urticaire modérée ou des éruptions maculopapuleuses dans les cas bénins. Plus grave, le syndrome d’hypersensibilité aux anti-épileptiques semble lié à une réaction immunitaire retardée de type 4, dans la mesure où des lymphocytes T spécifiques jouent apparemment un rôle majeur. D’autres théories suggèrent une intervention conjointe d’infections par les herpès et cytomégalovirus. Il existe aussi, probablement, des facteurs héréditaires prédisposants, faisant intervenir des déficits enzymatiques qui entraînent l’accumulation de métabolites toxiques. Des « patch tests » et des intradermoréactions peuvent être réalisés pour prédire ces EI. Les auteurs émettent l’hypothèse selon laquelle les EI cutanés seraient plus fréquents que ce qu’on croit chez les chiens sous anti-épileptiques. Il s’agit d’une étude prospective et rétrospective.

Etude rétrospective : 20 % d’effets secondaires cutanés

Dans l’étude rétrospective, 185 chiens (84,9 % souffrant d’épilepsie idiopathique, 15,1 % d’épilepsie structurelle) ont été inclus. 52,4 % d’entre eux bénéficiaient d’une monothérapie. On comptait 93 chiens sous phénobarbital (PB), 3 sous bromure de potassium (KBr), 1 sous lévétiracétam (LEV) alors que 47,6 % recevaient plus d’une molécule (66 sous KBr + PB, 5 sous PB + LEV, 10 sous KBr + PB + LEV), quelques chiens recevant zonisamide, prégabaline, lacosamide. Les effets secondaires généraux ont été nombreux : ataxie (27,1 %), sédation (20,5 %), moins souvent pancréatite (5,4 %) et maladies hépatiques (2,2 %). On a observé une neutropénie chez3,2 % des chiens. Les signes cutanés sont très présents, affectant 20 % des sujets dont 30 % présentaient une épilepsie idiopathique. Il s’agissait en général d’une alopécie prurigineuse (23 chiens) mais on a aussi noté des papules, pustules ou un érythème (13) alors qu’un animal a souffert

d’une nécrose de l’épiderme. Tous ces signes ne pouvaient être reliés avec certitude au traitement mais, en utilisant l’algorithme de Naranjo (qui précise la probabilité selon laquelle les EI sont dus à la molécule employée), les auteurs arrivent à la conclusion suivante : effets secondaires probablement dus au médicament dans 5,4 % des cas, possiblement chez 59 % des sujets, 35,1 % des cas étant douteux.

Etude prospective : 10,9 % de troubles cutanés

Dans l’étude prospective, 137 chiens ont été inclus, présentant une épilepsie idiopathique (74,5 %) ou structurelle (25,5 %). 10,9 % des malades ont présenté des signes cutanés après le début du traitement. Trois chiens avaient des lésions avant sa mise en oeuvre, mais celui-ci semble avoir exacerbé les troubles. Tous les chiens ayant présenté les lésions cutanées recevaient du PB, seul ou en association (PB/LEV, PB/KBr, PB/LEV/KBr). Celles-ci sont survenues quelques jours à quelques mois après les premières prises de PB. Une nécrose de l’épiderme est survenue chez 4 animaux, 8 chiens ont présenté des signes modérés (papules, pustules, érythème, lésions croûteuses, prurit, alopécie) localisés principalement au niveau de la face et des zones périoculaires, des jonctions cutanéomuqueuses, la région inguinale et les membres. Un chien souffrait en réalité de gale sarcoptique, aucune autre cause que les médicaments n’ayant été identifiée chez 14 chiens.

Chez 5 chiens, les symptômes cutanés ont été amendés en l’espace de 2 semaines après arrêt du traitement. L’abord thérapeutique des lésions a inclus anti-inflammatoires et/ou antibiotiques, anti-parasitaires avec une amélioration nette mais non pérenne. Dans 40 % des cas (tous les chiens étant sous PB), les EI ont été attribués au traitement probablement, possiblement dans 53, 3 % des cas, le reste (6,7 %) étant douteux. Les auteurs détaillent ensuite les résultats de tests intradermiques et à l’aide de patches, réalisés uniquement sur quelques chiens.

Une pathogénie encore obscure

Dans la discussion, les auteurs estiment que les EI cutanés lors de ces traitements sont plus fréquents qu’attendu. Le chiffre de 20 % dans l’étude prospective est jugé très élevé, de même que celui obtenu lors de l’étude prospective (10,9 %). Ils postulent que des mécanismes immunologiques identiques puissent sous-tendre la pathogénie des troubles cutanés et nerveux. On sait en effet que chez l’homme, les allergies alimentaires et l’asthme augmentent le risque de présenter une épilepsie. Par ailleurs, on utilise les acides gras oméga 3 et les triglycérides à chaînes moyenne pour diminuer la fréquence des crises lors d’épilepsie réfractaire, des produits également utiles dans la gestion de la dermatite atopique. Dès lors, il existe peut-être un lien entre maladies allergiques et épilepsie, menant à l’apparition de lésions cutanées, indépendamment des traitements anti-épileptiques. Chez l’homme, des facteurs génétiques prédisposent à l’apparition de ces événements, mais aucune prédisposition raciale n’a été observée dans cette étude. Concernant les patches tests et les tests intradermiques, les auteurs signalent que la valeur prédictive négative est élevée : aucun chien témoin, aucun chien sous PB ne présentant pas de lésions cutanées n’ont été trouvés positifs à ces tests.

Cette étude permet aussi de faire le point sur les EI autres que cutanés. Un quart des patients environ souffre d’ataxie et de sédation, apparaissant au cours des premières semaines de traitement mais s’améliorant par la suite. Troubles hépatiques, pancréatites, dyscrasies sanguines sont des sujets de préoccupation majeurs dans la littérature mais leur incidence apparaît somme toute assez faible dans cette série de cas par rapport à l’importance des troubles cutanés.

KOCH (T) : Cutaneous Adverse Drug Reactions in Dogs Treated with Antiepileptic Drugs. Frontiers in Veterinary Science. 2016.

SYNTHESE

Grade des mastocytomes : de fortes différences raciales

Les mastocytomes sont des tumeurs cutanées très fréquentes, que l’on classe selon deux grades (Patnaik et Kiupel). Dans Veterinary and Comparative Oncology, Mochizuki et coll. présentent les résultats d’une étude qui a tenté de relier la race et le grade de la tumeur diagnostiquée. Elle confirme quelques prédispositions alors que certaines races semblent protégées. En particulier, le carlin est effectivement prédisposé mais n’exprime pratiquement que des tumeurs de grades bas et intermédiaire. On confirme aussi que le berger allemand est très rarement atteint par ces cancers. (in l’Essentiel n°414)

Chez le chien, les mastocytomes sont les tumeurs cutanées les plus fréquentes, représentant environ 20 % de l’ensemble de ces néoplasies. Leur comportement biologique est très variable, ils peuvent être aussi bien bénins que hautement malins. Il s’agit donc d’un défi diagnostique. Le pronostic se base sur l’histopathologie, avec deux grades actuellement employés : celui de Patnaik est historiquement le plus utilisé et comporte trois grades. Des études ont montré des taux de survie à
1 500 jours de 93 %, 44 % et 6 % pour, respectivement, les tumeurs de grades I, II et III. Plus récemment a été introduit le grade de Kiupel qui n’en comporte que deux (grade faible ou élevé). Ce grade a été proposé pour éviter trop de variations dans l’estimation de la malignité par les pathologistes. Quand on emploie cette échelle, on constate que les chiens présentant des mastocytomes de haut grade ont un risque multiplié par 50 de souffrir de tumeurs évolutives.

Des prédispositions décrites

Il est désormais bien établi qu’il existe des races canines prédisposées aux mastocytomes : il en va ainsi du boxer, du Boston terrier, des Labrador et golden retrievers et du carlin. Inversement, ces cancers sont plus rares chez le berger allemand, le Yorkshire terrier et le chihuahua. Ces constatations suggèrent l’intervention de facteurs génétiques. Pour autant, peu d’études se sont penchées sur l’association éventuelle entre la race et le comportement de la tumeur. Deux, seulement, indiquent que le boxer et le carlin, bien que prédisposés, seraient plus volontiers atteints par des tumeurs de bas grade. Les auteurs ont donc cherché à relier la race avec le grade des mastocytomes, ce cancer ayant une expression très hétérogène.

Une étude sur près de 10 000 chiens

Ils reprennent les dossiers cliniques de 9 375 chiens atteints de mastocytomes. Selon le grade de Patnaik, les tumeurs étaient le plus souvent de grade intermédiaire (76,3 %), de faible grade
(15,5 %) ou de haut grade (8,2 %). Le grade de Kiupel était disponible pour 5 387 chiens. 89,2 % des tumeurs étaient de bas grade, 10,8 % de haut grade. Quand les deux grades étaient disponibles, le résultat était cohérent dans la grande majorité des cas. Ainsi, 96,3 % des cancers de grade intermédiaire selon Patnaik étaient classés en bas grade selon Kiupel, 3,7 % seulement étaient classés en haut grade.

Variations en fonction du sexe

On observe dans un premier temps que la proportion de tumeurs de haut grade augmente au fil de l’âge. En revanche, l’âge n’est pas associé au pourcentage de cancers de grade intermédiaire selon Patnaik. Il apparaît également que les femelles non stérilisées développent un mastocytome plus jeunes (7 ± 3 ans) que les chiennes ovariectomisées (7,9 ± 2,9 ans). Les chiffres sont de 7,6 ± 2,9 ans chez les mâles stérilisés ou non. Pour ces 4 catégories d’animaux, on note que les mâles ont un risque un peu plus élevé (x 1,26) de souffrir d’un mastocytome de haut grade. Mais d’une manière générale, les mastocytomes de haut grade frappent moins (x 0,59) les chiens stérilisés, avec une tendance plus marquée chez les mâles. Ces constatations sont identiques quel que soit le grade considéré (Patnaik ou Kiupel).

La population étudiée était constituée de chiens de race commune et de 117 animaux de races différentes (26 races avec plus de 50 représentants). On observe que les chiens de races de petit ou moyen format ont tendance à développer un mastocytome à un âge avancé. A l’inverse, les chiens issus de race de type bulldog sont atteints plus tôt au cours de leur vie (boxer, bouledogue français, bulldog anglais, American Staffordshire terrier, Staffordshire bull terrier, Boston terrier).

Tumeurs de bas grade chez le carlin

Les grades tumoraux diffèrent selon les races, pour les deux échelles considérées. L’observation la plus remarquable de cette étude est la bénignité majeure des mastocytomes chez le carlin. Seules 2,9 % des tumeurs dans cette race étaient de haut grade (selon Patnaik). Inversement, rottweiler et shih tzu présentent un risque pratiquement doublé, par rapport à la population générale (8,2 %), de souffrir de mastocytomes de haut grade (19,6 et 16,9 % respectivement). Toujours selon le grade de Patnaik, bulldog, beagle, cocker et caniche ont également un risque de mastocytomes de haut grade plus élevé (x 1,66 à 2,13). Les résultats sont moins significatifs quand on utilise le grade de Kiupel.

Le berger allemand épargné

Pour calculer plus précisément les risques relatifs de présenter un mastocytome, quel qu’en soit le grade, les auteurs ont confronté leur population d’étude à celle recensée par l’American Kennel Club pendant la durée de l’étude, soit environ 2 millions de chiens. Les chiens de race croisée sont évidemment exclus de cette analyse. Les chiffres qui en résultent sont les suivants : le risque relatif est multiplié par 15,26 chez le Parson Russell terrier, par 9,97 chez le Staffordshire bull terrier, par 7,33 chez l’American Staffordshire terrier, par 4,71 chez le boxer, par 4,38 chez le carlin. En revanche, on trouve une diminution du risque chez le berger allemand (x 0,14), le teckel (x 0,19), le Yorkshire terrier (x 0,24) et le caniche (x 0,24).

Dans la discussion, les auteurs concluent à une grande diversité du risque de mastocytomes de haut grade en fonction de la race. Il est vraisemblable que la sélection effectuée par l’homme au cours des derniers siècles ait accru le risque de maladies variées dans certaines d’entre elles. Le mastocytome est donc une tumeur hétérogène dans son expression. Cette étude confirme les prédispositions raciales déjà connues. Elle vérifie l’hypothèse selon laquelle le carlin est plus souvent atteint de tumeurs de bas grade et ouvre la voie pour des travaux de génétique moléculaire permettant d’expliquer ces phénomènes.

MOCHIZUKI (H) : Association of breed and histopathological grade in canine mast cell tumours.

Veterinary and Comparative Oncology.

SYNTHESE

Cystite idiopathique : une enquête sur les facteurs de risque

Le Journal of Feline Medicine and Surgery publie les résultats d’une étude sur les facteurs de risque d’apparition d’une cystite idiopathique féline. Menée en Norvège, elle a comparé les principales caractéristiques de chats malades et de chats indemnes. Ses conclusions permettent de conseiller quelques mesures préventives ou curatives simples et de bon sens. (in l’Essentiel n°414)

Les affections du bas appareil urinaire (ABAU) ont uneincidence de l’ordre de 1,5 %, rappellent les auteurs. Elles connaissent de nombreuses causes : infections, urolithiases, cancers, facteurs iatrogènes, etc. Quand aucune cause spécifique n’est mise en évidence, on parle de cystite idiopathique féline (CIF). D’après plusieurs études, la CIF compterait pour 54 à 69 % des cas d’ABAU. La CIF ressemble beaucoup aux cystites interstitielles humaines, du point de vue des signes cliniques, de la tendance aux récidives, de sa relation avec les stress. La pathogénie est complexe, différents facteurs pouvant intervenir. Les auteurs parlent de maladie psychoendocrinienne. Parmi les facteurs psychologiques incriminés, ils citent les conflits entre chats, des modifications de l’environnement, de l’alimentation, des déménagements, l’introduction de nouvelles personnes ou animaux dans le foyer, etc. Dans une récente publication, Buffington estime qu’il s’agit d’une maladie systémique, dont les causes vont bien au-delà de l’appareil urinaire seul, qualifiant la CIF de « syndrome de Pandore ». L’objectif de cette étude menée en Norvège était de comparer les caractéristiques de chats souffrant ou non de CIF, du point de vue de la personnalité des animaux, de leur comportement, de l’environnement et de leur quotidien. Matériel et méthode sont détaillés, ainsi que les questionnaires qui ont été administrés aux propriétaires.

Une étude sur 160 chats

L’enquête a permis d’identifier 70 chats souffrant de CIF dont les caractéristiques ont été confrontées à celles de 90 témoins. Parmi les cas cliniques, on comptait 80 % de chats de race commune et 20 % de chats de race, des proportions comparables à celles du groupe témoin. Les âges moyens dans le groupe CIF et le groupe témoin étaient respectivement de 5,7 et 5,8 ans. 67% des chats du groupe CIF étaient des mâles castrés, 3 % des mâles intacts, 23 % des femelles stérilisées, 6 % des femelles non ovariectomisées. Les chiffres, dans le groupe témoin, sont respectivement de 63 %, 6 %, 24 % et 6 %.

Un rôle de l’obésité

Les résultats de l’analyse univariée montrent que plus de la moitié des chats souffrant de CIF étaient en surpoids (30 %) ou obèses (21 %). La même observation chez les chats témoins donne des chiffres respectifs de 28 et 4 %. La différence est significative. Les poids moyens étaient respectivement de 5,3 et 4,5 kg. On observait aussi des différences comportementales entre les deux lots : ainsi, les chats atteints de CIF étaient-ils plus volontiers qualifiés de peureux (44 %) que les sujets témoins (25 %). Dans l’analyse multivariée, l’obésité et un caractère « nerveux » apparaissent comme des facteurs de risque.

Davantage de chats d’intérieur

Les auteurs se sont également penchés sur l’environnement des animaux. Les chats présentant une CIF étaient plus souvent des animaux strictement d’intérieur (53 %) par rapport aux chats témoins (35 %). En revanche, on ne note pas de différence selon que d’autres animaux cohabitent ou non dans le foyer. On distribuait plus souvent des repas à heure fixe aux chats souffrant de CIF (36 %) tandis que les chats témoins étaient majoritairement nourris ad libitum (81 %). Ces derniers recevaient davantage d’aliments secs que les chats à CIF, qui étaient aussi plus souvent nourris avec des aliments dédiés aux chats stérilisés. Les changements de nourriture étaient également plus fréquents. On observait aussi que les chats atteints de CIF recevaient leur eau et nourriture dans des endroits moins sûrs et moins confortables. Dans l’analyse multivariée, seuls les changements fréquents de nourriture demeurent en tant que facteurs de risque.

Gestion du bac à litière

La gestion du bac à litière a été abordée : 10 % des chats à CIF avaient un bac placé dans un endroit inapproprié (manque de confort et d’isolement) contre 2 % des sujets témoins. Le substrat, la fréquence de nettoyage, n’interviennent pas. Cette observation n’est pas significative dans l’analyse multivariée. Enfin, du point de vue de l’aménagement spécifique, on note que 14 % des chats témoins avaient des accès à des points situés en hauteur, ce n’était le cas que pour 6 % des chats souffrant de CIF. La CIF frappe donc plus volontiers les chats obèses, de caractère « nerveux », n’ayant pas accès à l’extérieur et dont l’environnement est mal sécurisé, autant de facteurs sur lesquels il est possible d’agir.

LUND (HS) : Risk factors for idiopathic cystitis in Norwegian cats : a matched case-control study. Journal of Feline and Medicine Surgery. 2016. Vol 18, N°6, p 483-491.

SYNTHESE

Lipidose hépatique : importance d’une prise en charge précoce

Le dernier congrès du chat d’Arcachon (mai 2016) était axé sur la pathologie hépatique et pancréatique. Ce fut l’occasion de faire le point sur une maladie féline décrite pour la première fois en 1977 mais dont l’incidence annuelle semble augmenter depuis, la lipidose hépatique. Selon une étude récente, 0,16 % des chats venant à la consultation vétérinaire seraient touchés par la lipidose. (in l’Essentiel n°415)

La lipidose hépatique touche préférentiellement les chats adultes sédentaires (médiane : 7 ans). L’association entre un état d’obésité préexistante et une perte de poids importante et récente fait partie des signes d’appel qui doivent faire suspecter une éventuelle lipidose.

Physiopathogénie

Les cas de lipidose primaire (qui se développe sans cause identifiable) représentent moins de 5 %. Sans affection sous-jacente, un jeûne d’au moins deux semaines serait nécessaire pour déclencher la maladie. En général la lipidose est secondaire à une anorexie apparaissant dans un contexte pathologique favorisant son développement : affection gastro-intestinale (40 % des cas), hépatique (20 %), néoplasique (15 %) ou pancréatique (10 %). Dans ce contexte, une perte d’au moins 25 % du poids est constatée et un jeûne de 2 à 7 jours est suffisant pour déclencher le processus dans 90 % des cas.

Quelle qu’en soit la raison, l’interruption de l’alimentation provoque chez le chat une lipolyse importante et un afflux massif d’acides gras libres dans le foie, où ils sont stockés sous forme de triglycérides (TG) ou directement oxydés dans les mitochondries hépatiques. Cette bêta-oxydation est cependant dépendante de la carnitine. Un jeûne prolongé ou une affection prédisposante peuvent entraîner un déficit en carnitine et les TG s’accumulent alors au sein des hépatocytes, formant des vacuoles lipidiques optiquement vides, caractérisant cytologiquement et histologiquement la lipidose hépatique. Du fait d’un catabolisme protéique souvent exacerbé dans les contextes d’apparition de la lipidose, la production d’ammoniac augmente mais sa détoxification en urée peut être perturbée à cause des carences éventuelles (consécutives à l’anorexie) en au moins deux nutriments essentiels à l’uréogenèse : l’arginine et la vitamine B12. Des troubles nerveux caractéristiques de l’encéphalose hépatique peuvent ainsi se développer et sont liés à la toxicité neuronale du NH3 (très diffusible) et qui, une fois transformé en NH4+ (peu diffusible) dans le secteur intracellulaire, reste bloqué dans les cellules.

Présentation clinique

Un chat souffrant de lipidose hépatique est généralement anorexique et une amyotrophie a déjà pu s’installer. Un ictère est visible dans 70 % des cas mais son absence n’exclut pas la lipidose. Il est fréquent que l’hépatomégalie soit décelable à l’auscultation. Outre la nausée et le ptyalisme, le chat peut aussi présenter une faiblesse musculaire et une ventroflexion secondaire à l’hypokaliémie. Détresse respiratoire et hyperexcitabilité cardiaque peuvent être les conséquences rares mais graves d’une carence en potassium. La présence d’une encéphalose hépatique au diagnostic est rare (moins de 5 % des cas) mais peut être très délétère.

Examens complémentaires d’orientation

De nombreuses anomalies biochimiques peuvent être mises en évidence pour conforter la suspicion de lipidose hépatique :

augmentation des enzymes hépatiques : ASAT, ALP, ALT (plus rarement GGT qui est généralement le reflet d’une affection hépatique concomitante) ;

hyperbilirubinémie totale dans 95 % des cas ;

hypoalbuminémie dans 50 % des cas ;

hyperammoniémie peu fréquente, associée aux signes d’encéphalose hépatique ;

hypocoagulabilité : augmentation du temps de Quick (25 % des cas), du temps de céphaline activée (> 30 % des cas) et augmentation des protéines induites par une carence en vitamine K (PIVKA) chez 60 % des chats ; en effet l’absorption de la vitamine K, vitamine liposoluble, dépend

de la présence des sels biliaires et d’une bonne circulation entéro-hépatique ;

carences électrolytiques : à l’admission, environ 30 % des chats sont hypokaliémiques, une hypomagnésémie existe dans presque 30 % des cas et une hypophosphatémie dans 20 % des cas ;

l’hypocobalaminémie (déficit en vitamine B12) concerne 30 à 50 % des chats à l’admission et peut refléter un défaut d’absorption digestive concomitante. A l’échographie, le foie apparaît hyperéchogène, dense et gros ; cet examen est surtout intéressant pour l’exploration d’éventuelles affections sous-jacentes.

Diagnostic de certitude par histopathologie

La réalisation et l’analyse de biopsies hépatiques constituent les seuls moyens de diagnostic de certitude. Cela implique d’anesthésier l’animal, procédure risquée chez un chat débilité. Il faudra donc toujours stabiliser son état avant de pratiquer un tel examen. Une cytoponction peut en revanche être réalisée sur un animal vigile débilité. Elle peut permettre une analyse bactériologique et les complications sont rares (nécessité de vérification des fonctions hémostatiques auparavant). L’interprétation est cependant largement dépendante de la technique de cytoponction (prélèvement et étalement des lames) et de l’expertise du cytologiste.

Prise en charge nutritionnelle

Chez un chat anorexique, la réalimentation doit démarrer le plus tôt possible pour espérer interrompre le processus catabolique. Les orexigènes oraux étant majoritairement insuffisants, voire contre-indiqués, au début du traitement, la pose d’une sonde naso-oesophagienne s’impose généralement, relayée éventuellement par une sonde d’oesophagostomie quand le chat devient capable de supporter l’anesthésie. L’aliment liquide et tiédi doit être administré par petits volumes, en augmentant progressivement les doses. L’apparition d’un syndrome de renutrition inappropriée est à surveiller : la réalimentation provoque en effet une consommation très importante de potassium, magnésium et phosphates, pouvant aggraver ou déclencher des perturbations électrolytiques graves en termes de récupération.

Un traitement anti-vomitif est généralement nécessaire : métoclopramide (en perfusion continue : 1-2 mg/kg par 24 h) ou maropitant. Le métoclopramide en perfusion continue présente l’avantage de pouvoir stimuler la reprise/le maintien du transit digestif.

Stabilisation électrolytique

Une stabilisation hydro-électrolytique par voie intraveineuse s’impose chez les chats déshydratés et carencés, en s’appuyant sur un bilan ionique complet. Le dosage des électrolytes doit être réalisé dès l’admission et il ne faut pas hésiter à répéter ces bilans pendant la période d’hospitalisation.

S’il existe un risque d’insuffisance hépatocellulaire ou une suspicion d’encéphalose hépatique, mieux vaut utiliser un soluté cristalloïde de NaCl isotonique (0,9 %) plutôt que du Ringer Lactate.

En cas d’hypokaliémie, un apport IV de chlorure de potassium est nécessaire avec un débit maximal de 0,5 mEq/kg/heure. Attention à l’administration en bolus qui est mortelle. L’administration doit toujours se faire en diluant le volume requis dans la poche du soluté choisi ! Lorsque l’animal va mieux, le relais peut être pris par une complémentation orale de gluconate de potassium (ex : K for Cat® , MP Labo) : 1 à 3 gélules par jour selon la kaliémie (2 mEq/gélule).

S’il existe une hypomagnésémie concomitante à l’hypokaliémie, cette dernière sera souvent réfractaire au traitement si la première n’est pas prise en charge simultanément. Il peut donc être nécessaire d’administrer aussi du chlorure (ou sulfate) de magnésium en IV lente : 0,03 à 0,04 mEq/kg/h (3 à 4,5 mg/kg/h). Du chlorure de magnésium à 10 % peut aussi être donné par voie orale (1 à 2 mEq/kg par jour) mais cette administration peut être assortie d’un risque de diarrhée.

Le risque d’hypophosphatémie augmente pendant la phase de réalimentation et ses conséquences sont très délétères : l’hypophosphatémie peut être responsable d’anémie (risque d’hémolyse par fragilité osmotique), accroît le risque d’infection et est responsable de nombreux signes cliniques : faiblesse, douleurs musculaires, vomissements… Là encore, la complémentation se fait idéalement par voie IV lente, avec du phosphate monopotassique (0,01 à 0,06 mmol/kg/h). Il ne faut pas administrer de calcium en même temps à cause du risque d’hypocalcémie lié à la chélation entre phosphates et calcium et au risque de précipitation intraveineuse. Dans la perfusion, il est de toute façon recommandé de séparer l’administration de phosphates de celle du magnésium et du potassium.

Complémentation vitaminique

Au moins trois vitamines risquent de faire défaut lors de lipidose hépatique et leurs carences risquent d’être associées à des signes cliniques non négligeables. La supplémentation en vitamines B12, B1 et K est donc à mettre en place systématiquement. L’expérience clinique montre que si elles sont administrées dès l’admission, ces vitamines permettent de raccourcir la durée d’hospitalisation et d’améliorer le pronostic vital.

Le bénéfice potentiel d’une supplémentation en vitamine B12 (ex : Vitamine B12 Vetoquinol S® ) est très important et aucun effet secondaire n’est à craindre. La vitamine B12 s’administre par voie SC ou IM une fois par semaine (500 μg/chat).L’administration sera répétée au moins 6 semaines, en espaçant ensuite les injections selon le résultat des analyses biologiques. Il ne faut pas arrêter brutalement le traitement.

On manque de données quant à la prévalence de la carence en vitamine B1 ou thiamine (ex : NutraB® , Zoetis : 50 mg de thiamine/ml) mais elle est probablement présente dans de nombreux cas. La complémentation consiste à administrer 100 mg de vitamine B1/chat/jour en IV lente en mélangeant le volume dans le liquide de perfusion prévu pour 24 h et en protégeant la perfusion de la lumière. Le traitement sera donné au minimum 3 jours de suite après l’admission.

L’apport en vitamine K1 (ex : Vitamine K1 injectable® , TVM) se fait à la dose de 1 à 1,5 mg/kg, une fois par jour pendant 3 jours consécutifs. Cette dose doit impérativement être respectée car une dose supérieure en vitamine K1 peut avoir un effet pro-oxydant lorsque le fonctionnement hépatique est altéré.

Traitements nutritionnels adjuvants

Les données d’une étude montreraient qu’une complémentation en L-carnitine pourrait améliorer la survie. De manière empirique, il est recommandé de donner 300 mg de L-carnitine/chat/jour pendant une semaine. Un soutien nutritionnel en antioxydants (exemple : SAMe et Silybine : Zentonil® Advanced, Vetoquinol) peut être conseillé pour favoriser la régénération cellulaire. En cas d’encéphalose hépatique (ou de suspicion) et pour limiter l’hyperammoniémie, l’effet acidifiant du lactulose (0,3 à 0,5 ml/kg deux fois par jour per os et à moduler en fonction de la consistance des matières fécales) peut être mis à profit : l’acidification de l’ammoniac en ammonium empêche l’absorption digestive. Le lactulose a aussi un effet laxatif qui limite la stase des selles et donc la résorption du NH3 non acidifié dans le sang.

Pronostic

Le pronostic d’une lipidose primaire est très bon : dans 90 %des cas, le chat survit et récupère complètement. Lors de lipidose secondaire, le pronostic varie selon l’affection sous-jacente. Une baisse d’au moins 50 % de la bilirubine dans la première semaine de traitement est un bon marqueur pronostique de survie. Le suivi des enzymes hépatiques au long cours permet de voir si la situation se normalise. Normalement, les valeurs doivent redevenir physiologiques en quelques mois.

SYNTHESE

Hyperadrénocorticisme : une enquête épidémiologique britannique

Le JSAP publie les résultats d’une importante étude britannique sur l’hyperadrénocorticisme. Elle permet de confirmer certaines données et d’apporter des notions nouvelles, comme la prédisposition du bichon frisé qui n’avait pas été mise en évidence auparavant. Elle montre que la prévalence de cette maladie est de 0,28 % et qu’elle frappe aussi bien les femelles que les mâles et plus volontiers les chiens dont le poids est supérieur ou égal à celui indiqué par le standard de la race. (in l’Essentiel n°415)

L’hyperadrénocorticisme (HAC) résulte d’une hypersécrétion de cortisol, souvent en raison d’un adénome hypophysaire fonctionnel, parfois à cause de tumeurs surrénaliennes. Les autres causes sont beaucoup plus rares. Le tableau clinique classique comprend : polyuropolydipsie, polyphagie, atrophie musculaire, alopécie, hyperpigmentation cutanée. Une étude américaine a estimé la prévalence des HAC d’origine hypophysaire à 0,2 % environ, l’incidence des nouveaux cas étant de 1 à 2 cas/1 000 chiens/an.

Différents facteurs de risque ont été déterminés : il s’agit en général d’une affection du chien âgé et des prédispositions raciales sont relevées : caniche nain, boxer et teckel. Les femelles sont surreprésentées dans certaines études mais pas dans d’autres. Les principales recherches épidémiologiques ont été effectuées aux USA, mais ne sont pas applicables sans nuances à la Grande-Bretagne, en raison notamment de différences génétiques dans les populations canines. Les quelques enquêtes britanniques indiquent un âge de survenue de l’ordre de 8 ans. Races toy, terriers, femelles en général sont davantage affectés.

77% des HAC, en Grande-Bretagne, sont d’origine hypophysaire. Les auteurs signalent par ailleurs que ces études ont été réalisées chez des chiens référés auprès de spécialistes et qu’elles peuvent dès lors ne pas refléter entièrement la réalité.

Une étude sur plus de 210 000 chiens

Cette étude avait pour objectif de décrire le signalement, la prévalence, les facteurs de risque de l’HAC dans des clientèles généralistes adhérentes au projet VetCompass entre 2009 et 2014. VetCompass collecte des données issues de cliniques volontaires et les exploite par la suite pour des études épidémiologiques. Un but essentiel était aussi de déterminer quelles races, en Grande-Bretagne, sont plus à risque d’HAC.

Prédispositions raciales

La cohorte étudiée comprend 210 284 chiens reçus dans 119 cliniques. On comptait 4 846 chiens suspects de HAC. Une exploitation manuelle des fichiers a permis de retenir 304 patients qui répondaient parfaitement aux critères de diagnostic de l’HAC. 37,32 % étaient des chiens déjà malades, 62,8 % correspondaient à des découvertes fortuites. Ces données permettent d’estimer la prévalence à 0,28 %. La prévalence la plus élevée est trouvée chez le teckel (2,6 %) et le bichon frisé (1,6 %). 79,3 % des patients atteints de HAC étaient de race, on recensait 50 %de femelles, dont 86,1 % étaient stérilisées. Le poids médian était de 12,5 kg et l’âge médian de 10,9 ans. Les races les plus fréquemment atteintes étaient le Jack Russel terrier (9,5 % de l’effectif), le bichon frisé (7,9 %), le Yorkshire terrier (7,2 %), le Staffordshire bull terrier (5,6 %) et le West Highland white terrier (4,3 %). Chez les animaux non atteints, le poids médian était de 17,8 kg et l’âge médian de 3,9 ans.

Une espérance de vie compromise

Les auteurs précisent ensuite les tests statiques ou dynamiques qui ont permis de parvenir au diagnostic chez les chiens suspectés fortuitement de développer un HAC. Il s’agit de la démarche diagnostique classique en la matière. Pendant la période de l’étude, 127 chiens à HAC sont morts, soit 41,8 % et ce de causes diverses. Ces décès sont intervenus à un âge médian de 12,7 ans. 119 de ces chiens ont été euthanasiés. 40,3 % des chiens pour lesquels le diagnostic avait été posé au moment de la consultation considérée sont également morts. On n’observe pas de différences raciales, mais les mâles ont eu davantage de risque de décès pendant la durée de l’étude.

Influence du poids et de l’âge

Les auteurs s’intéressent par ailleurs au risque relatif selon les différents groupes de chiens tels que définis par le Kennel Club. On notera que les chiens de travail, les chiens de berger, les chiens de chasse, sont relativement épargnés par rapport aux races toy. On remarque que le risque relatif de développer un HAC est multiplié par 3 chez les chiens de moins de 10 kg, par 3,1 pour les animaux de 10 à 19,9 kg, par rapport aux chiens de plus de 40 kg. Les analyses statistiques complexes effectuées lors de ce travail permettent de considérer qu’il existe de fortes preuves pour affirmer le risque accru d’HAC chez le bichon frisé (x 6,5) par rapport à des chiens de race croisée. Il en va de même pour le Yorkshire terrier (x 1,8) et le teckel (x 3,4). En revanche, certaines races sont beaucoup moins frappées par l’HAC. Il s’agit du border collie (x 0,1), du Labrador (x 0,3). On remarque aussi que les chiens dont le poids est égal ou supérieur au standard de la race ont un risque multiplié par 1,7 par rapport aux animaux moins lourds. L’âge est bien entendu un facteur de risque majeur. Des chiens âgés de 9 à 11,9 ans ont un risque multiplié par 3,9 de développer un HAC, le chiffre est de 5,7 pour les sujets de plus de 12 ans, ceci par rapport aux individus de 6 à 8,9

ans. On note enfin que les chiens assurés sont représentés 4 fois plus souvent que les non assurés.

Une prévalence de 0,28 %

Dans la discussion, les auteurs analysent ces données brutes et indiquent que l’HAC dont la prévalence est de 0,28 % en Grande-Bretagne est la troisième endocrinopathie la plus courante après l’hypothyroïdie (0,87 %) et le diabète sucré (0,34 %). Les méthodologies différentes employées dans les différentes études doivent néanmoins inciter à la prudence dans l’interprétation de ces chiffres.

On notera que cette publication est la première à identifier le bichon frisé comme étant une race à risque. Pour le teckel, il s’agit d’une confirmation. La relation faite entre le risque d’HAC et le poids est également intéressante : le risque est doublé chez les chiens dont le poids est égal ou supérieur à celui indiqué par le standard. Un surpoids pourrait donc intervenir dans la genèse de la maladie, ce qui a été déjà constaté dans des publications antérieures et également en médecine humaine. Le lien de causalité, pour autant, n’est pas établi. Il se peut, par exemple, que le surpoids lors d’HAC soit une conséquence et non une cause, les animaux atteints souffrant volontiers de polyphagie.

L’augmentation du risque de HAC au fur et à mesure de l’avancée en âge n’est pas une surprise, ce phénomène ayant déjà été décrit. L’âge médian de 10,9 ans des patients correspond à peu près aux chiffres antérieurement publiés. Cet âge est similaire à celui du pic d’incidence des cancers en général.

Si des études ont montré une prédisposition des femelles, ce phénomène n’est pas observé ici, contrairement à ce qu’on constate en médecine humaine où les femmes sont trois fois plus frappées par l’HAC que les hommes, sans qu’on puisse actuellement expliquer les raisons de cet état de fait. Ici, par ailleurs, les mâles avaient un risque de décès plus important en cours d’étude, pour des raisons qui demeurent à déterminer. On notera aussi que les risques sont identiques que les patients soient stérilisés ou non. Il est intéressant de constater que les chiens mâles stérilisés avaient des concentrations de cortisol post-stimulation plus élevées que les entiers, il est peut-être nécessaire de redéfinir des intervalles de référence, cette catégorie d’animaux étant possiblement sous-diagnostiquée.

L’étude met en évidence une plus forte proportion de chiens bénéficiant d’une assurance santé, comme c’est le cas pour un grand nombre d’autres maladies, tout spécialement quand les protocoles de diagnostic sont complexes et coûteux. Il est évident que ces patients profitent, davantage que d’autres, d’examens plus poussés, ce qui peut expliquer cette différence. Le traitement est également relativement coûteux. Les auteurs, en dernier lieu, conviennent de certains biais inhérents à ce type de travail. Les données n’ont pas été collectées initialement à des fins de recherche, elles sont donc parfois incomplètes et certains éléments cliniques ou diagnostiques peuvent être manquants. Par ailleurs, on ne fait pas ici la distinction entre HAC d’origine hypophysaire ou surrénalienne. Certains cas, d’autre part, ont pu échapper aux vétérinaires participant au projet VetCompass, faute de moyens pour établir un diagnostic.

En conclusion, on peut affirmer que l’HAC est diagnostiqué chez un chien sur 400 en Grande-Bretagne, le patient type étant un Yorkshire terrier, un teckel ou un bichon frisé ou plus généralement un chien pesant moins de 20 kg, mais plus que le poids indiqué dans le standard. Ces données peuvent permettre de renforcer la suspicion du praticien face à un cas douteux.

O’NEILL (DG) : Epidemiology of hyperadrenocorticism among 210,824 dogs attending primary-care veterinary practices in the UK from 2009 to 2014. Journal of Small Animal Practice.

La distension abdominale

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La distension abdominale peut être un motif de consulta­tion ou être remarquée par le clinicien au cours d’un exa­men clinique. Elle peut être due à l’accumulation de gaz, de liquide, à une augmentation de taille d’un organe ou à une combinaison de ces éléments. Certains propriétaires auront l’impression que leur animal a pris du poids, sans remarquer qu’une distension abdominale progressive peut être associée à un amaigrissement du reste du corps et à une fonte musculaire, particulièrement marquée sur le dos et la croupe.

Principaux diagnostics différentiels

  • Dilatation-torsion gastrique

  • Gestation ou pyomètre

  • Globe vésical (chats surtout)

  • Accumulation de liquide (ascite)

– Transsudat – hypoprotéinémie, hypertension por­tale préhépatique

– Transsudat modifié – affection hépatique, tumeur, affection péricardique, insuffisance cardiaque congestive droite, PIF (chats)

– Exsudat – péritonite, PIF (chats)

– Autre liquide – bile, sang,urine, chyle

  • Augmentation de taille d’un organe : en particulier, les affections infiltrantes et cancéreuses du foie ou de la rate

  • Syndrome de Cushing : rassemble une hépatomégalie, une faiblesse musculaire et une redistribution de la graisse (abdomen pléthorique)

Approche diagnostique

Lors d’une atteinte aiguë, on essaiera d’évaluer s’il faut mettre en place un traitement d’urgence ou non. Par exemple, les patients souffrant d’une obstruction vésicale ou d’une dilatation-torsion de l’estomac devront être pris en charge rapidement. Si l’atteinte est chronique, on prendra soin de recueillir une anamnèse complète en s’attardant surtout au passé reproducteur des chiennes non stérilisées. On réalisera aussi un examen clinique complet. Il est possible de palper un organe hypertrophié, mais il est souvent difficile d’identifier avec certitude duquel il s’agit. La présence d’un épanchement peut être révélée par un signe du flot positif. Une fois sa présence identifiée, on recherchera la présence d’un reflux hépato-jugulaire. Pour ce faire, un assistant exerce une pression ferme et continue sur le foie, ce qui provoque une augmentation du retour veineux vers l’atrium droit ; si la pression atriale droite était déjà élevée à cause d’une atteinte péricardique ou d’une insuffisance cardiaque droite, l’atrium droit n’arrivera pas à évacuer le surplus de sang et on pourra observer une distension jugulaire. Ce test est facile à réaliser,bien qu’il ne soit pas très sensible. On retiendra qu’il ne faut pas éliminer trop vite une affection péricardique ou une affection du cœur droit comme origine de l’ascite.

Lorsqu’on suspecte fortement la présence de liquide dans l’abdomen, on pratiquera une abdominocentèse et on enverra le prélèvement pour faire une analyse cy­tologique, biochimique (dont les protéines totales, l’al­bumine et d’autres paramètres énoncés plus haut), ain­si qu’éventuellement une culture avec antibiogramme. Il est intéressant de faire également une analyse bio­ chimique du sérum afin de comparer les résultats, ainsi que pour identifier une hypoalbuminémie sévère (va­leur en général < 15 g/L), pouvant être à l’origine de la formation d’un transsudat. La présence dans l’épanche­ment de granulocytes neutrophiles toxiques avec des inclusions bactériennes intracellulaires, associée à une glycémie basse et une lactatémie augmentée, orientera vers une péritonite septique nécessitant une chirurgie d’urgence. Dans le cas d’un uropéritoine, la concentration en créatinine de l’épanchement sera supérieure à celle du sérum. De même lors d’une pancréatite, les concentrations en amylase et lipase seront supérieures dans le hquide par rapport au sérum; et lors d’une péritonite biliaire, la concentration de la bilirubine sera supérieure dans le liquide d’épanchement. On pourra mieux cerner la chronicité et la sévérité d’une hémorragie chez les patients ayant un hémoabdomen grâce à la mesure de !’hématocrite et des protéines totales. On pourra réaliser ces analyses avec la majorité des analyseurs disponibles en clinique.

Une échographie permettra de confirmer la présence de liquide. Elle pourra aussi révéler une hypertrophie d’un organe, un pyomètre ou une gestation. Si on identifie une organomégalie, il est possible d’envisager de faire une biopsie. L’échographie permet aussi de vérifier qu’il n’y a pas d’épanchement pleural concomitant ; la mise en évidence d’une effusion bi­-cavitaire restreint les hypothèses diagnostiques à une hypoprotéinémie, une insuffisance cardiaque droite, une tumeur ou la PIF (chats). On l’utilisera également pour diagnostiquer une affection péricardique ou une insuffisance cardiaque droite.

Une radiographie peut aider à identifier les lésions grossières, mais ne présente qu’un intérêt limité lors de la présence de fluide à cause de la perte de contraste qu’il induit. On pourra cependant identifier un épanchement pleural ou une cardiomégalie grâce à des clichés radiographiques.

Traitement

La prise en charge initiale dépend de l’origine de la distension abdominale. Une dilatation-torsion de l’estomac, une obstruction vésicale, un uroabdomen, une péritonite septique ou un pyomètre sont des urgences. Les patients souffrant d’une hémorragie abdominale aiguë nécessiteront également une prise en charge en urgence afin de les perfuser, de poser un bandage abdominal compressif, et éventuellement d’envisager une chirurgie. Lors d’effusion péricardique, il faudra parfois réaliser une péricardiocentèse en urgence, selon la sévérité de la tamponnade cardiaque.

L’évolution des autres causes de distension abdominale est en général plus lente. La prise en charge initiale visera à établir un diagnostic pour traiter la maladie de façon adéquate. Il arrive lors d’ascite sévère qu’une ponction thérapeutique de suffisamment de liquide soulage l’animal en attendant les résultats des analyses. Lors d’hémoabdomen en revanche, il ne faut pas ponctionner, car ceci peut faire empirer l’hémorragie et empêche la réabsorption de l’hémoglobine et des protéines. Il ne faut pas répéter les drainages trop souvent au risque d’épuiser les réserves protéiques de l’animal.

Si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement ne sera efficace que si l’origine de la maladie a été déterminée. Si le diagnostic n’est pas certain, il faut réexaminer l’animal, se pencher à nouveau sur les résultats des analyses, et faire de nouveaux examens complémentaires si nécessaire.

Excepté lors d’une gestation, les affections responsables d’un épanchement engendreront des frais assez élevés. Elles sont toutes susceptibles de nécessiter des soins d’urgence, une chirurgie ou une gestion médicale conséquente. Il faut essayer d’estimer le pronostic pour en informer le propriétaire avant de se lancer dans des analyses ou une chirurgie poussée. Pour les cas chroniques, il faudra procéder par étape, en réalisant d’abord une échographie complète (ou une abdominocentèse suivie d’une analyse du liquide s’il y en a) pour tenter d’aboutir à un diagnostic. Bien que des radiographies puissent donner quelques renseignements, elles nécessitent souvent une sédation, et l’échographie permettra d’établir un diagnostic plus facilement.