Le chat ou le chien atteint d’un cancer

© ilarialapreziosa

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Les néoplasies (cancers/tumeurs) résultent d’une multiplication incontrôlé de cellules, indépendamment du besoin réel de l’organisme en nouvelles cellules. Cette multiplication incontrôlée est généralement causée par au moins deux mutations, dont au moins une peut se rencontrer plus fréquemment au sein d’une race particulière. Au contraire des tumeurs bénignes, les cellules malignes peuvent traverser les membranes basales, envahir les tissus proches et métastaser dans un organe se situant plus loin. La nomenclature des tumeurs bénignes consiste à ajouter le suffixe -orne à la suite du nom de l’organe d’origine (ex : fibrome). Un carcinome désigne une tumeur maligne dérivée d’un tissu épithélial; un adénocarcinome une tumeur maligne dérivée d’un épithélium glandulaire ; et un sarcome une tumeur maligne dérivée d’un tissu mésenchymateux. Il existe cependant quelques exceptions telles qu’un lymphome (qui correspond à une tumeur maligne par définition, malgré le suffixe -orne); un mélanome ou un histiocytome n’est malin que si l’on rajoute « malin » à la suite ;et les mastocytomes que l’on classe en différents grades selon leur agressivité (généralement bénins chez les chats).

Les tumeurs les plus fréquentes chez les chats et les chiens

  • Tumeur cutanée : lipome, adénome sébacé, mastocytome

  • Tumeur hématopoïétique : lymphome, leucémie, myélome multiple

  • Tumeur de la cavité buccale : mélanome malin, carcinome épidermoïde, fibrosarcome

  • Tumeur du tractus intestinal : adénome/carcinome gastrique ou intestinal, lymphome, léiomyome/ léiosarcome

  • Tumeur hépatique : carcinome hépatique, carcinome biliaire, organe souvent sujet aux métastases

  • Tumeur splénique : hémangiosarcome, lymphome

  • Tumeur rénale : carcinome rénal,lymphome (surtout chez les chats)

  • Tumeur vésicale-carcinome à cellules transitionnelles

  • Tumeur pulmonaire : carcinome pulmonaire, organe souvent sujet aux métastases

  • Tumeur des vaisseaux sanguins : hémangiome, hémangiosarcome

  • Tumeur du myocarde : tumeur de la base du cœur

  • Tumeur squelettique : ostéosarcome, chondrosarcome

  • Tumeur testiculaire : tumeur à cellules de Sertoli,

  • Tumeur à cellules interstitielles

  • Tumeur des voies génitales femelles : adénome/ carcinome ovarien, tumeur des cellules de la granulosa, léiomyome

  • Tumeur pituitaire : adénome.

Approche diagnostique

Les signes cliniques d’un cancer peuvent être soit non spécifiques (ex : perte de poids, manque d’appétit, léthargie), soit en lien avec l’organe touché (ex : boiterie, hématurie) ou résulter de facteurs libérés par la tumeur (ex :polydipsie associée à une hypercalcémie humorale maligne). Les propriétaires remarquent parfois la présence d’une masse lorsque le tissu touché est superficiel (ex :tumeur cutanée, mammaire ou dans la cavité buccale ; lymphome). Dès que l’on soupçonne la présence d’une tumeur,il est impératif de réaliser un examen clinique complet comprenant une palpation attentive des nœuds lymphatiques et de l’abdomen.

Si l’on détecte la présence d’une masse, on optimisera les chances de succès du traitement en effectuant rapidement des examens complémentaires pour établir le diagnostic aussi précocement que possible. Lorsque la masse est assez facilement accessible, une aspiration à l’aiguille fine de son contenu peut fournir des informations intéressantes. Cependant, dans la majorité des tumeurs, il est indispensable d’effectuer des biopsies chirurgicalement ou à l’aide d’une aiguille spéciale (Tru CUT), si l’on souhaite établir un diagnostic définitif.

Lorsque l’on reçoit un résultat d’analyse histopathologique ou cytologique en faveur d’une tumeur, il est im­ portant de vérifier qu’il concorde avec la nature du tissu envoyé dans le prélèvement et avec le patient. Lorsque le diagnostic est inattendu ou ne semble pas clair, on conseille d’en discuter avec le pathologiste. On trouve­ ra sur le compte-rendu d’analyse tous les éléments en relation avec le caractère malin ou bénin de la tumeur, tels que l’index mitotique (qui correspond au pourcentage de cellules en train de se diviser que l’on peut voir), le degré d’atypie cellulaire (anomalie de la morphologie cytonucléaire) et la présence d’une néoangiogenèse.

On doit normalement également trouver des informations sur l’extension des cellules cancéreuses au niveau des marges d’exérèses du prélèvement.

S’il s’agit d’une tumeur maligne, on effectuera un bilan d’extension complet afin de déterminer si elle s’est disséminée dans le reste de l’organisme. On utilise pour cela la classification TNM :

  • Tumeur : on évalue la tumeur en elle-même, ainsi que son degré d’infiltration et ses conséquences

  • Nœuds lymphatiques : on évalue si la tumeur a infiltré les nœuds lymphatiques locaux ou distants

  • Métastases : on recherche la présence de métastases à distance.

Ce bilan peut nécessiter d’effectuer des analyses sanguines, des radiographies du thorax, des radiographies et une échographie de l’abdomen, une IRM ou un scanner, et/ou une aspiration ou biopsie de la moelle osseuse. Le nombre d’examens complémentaires nécessaires à la réalisation de ce bilan pour une tumeur donnée dépend de sa nature, et il faut parfois référer l’animal pour qu’il puisse être correctement réalisé. Pour certaines tumeurs, il suffit uniquement de déterminer l’importance de son extension, alors que pour d’autres (telles qu’un lymphome), il existe des catégories spécifiques pour la caractériser. Il est important d’effectuer un bilan d’extension, car il aide à mettre en place le traitement le plus adapté pour l’animal, et il donne une idée du pronostic.

Traitement

A cause d’un parallèle avec la médecine humaine, les propriétaires associent souvent la présence d’un cancer avec une morbidité élevée, une diminution de l’espérance de vie, une opération chirurgicale lourde et/ou un protocole de traitement médical avec des produits toxiques. En conséquence, le propriétaire accueille souvent le diagnostic d’un cancer avec beaucoup plus d’émotions que pour une autre maladie chronique sévère, pouvant pourtant avoir un pronostic plus sombre.

A l’exception des tumeurs que l’on peut retirer chirurgicalement, il est rare d’arriver à guérir complètement l’animal. Il est très important d’être prêt à discuter de toutes les options thérapeutique en recueillant toutes les informations nécessaires sur le comportement de la tumeur diagnostiquée, les possibilités thérapeutiques et le pronostic avant la consultation.

Les différents traitements envisageables lors d’un cancer incluent :

  • la résection chirurgicale

  • la chimiothérapie

  • la radiothérapie

Il est capital de choisir le traitement le plus approprié selon la nature de la tumeur si l’on souhaite optimiser le résultat thérapeutique. L’exérèse chirurgicale seule est le traitement de choix des tumeurs bénignes localisées telles qu’une tumeur cutanée ou une tumeur d’un organe facilement accessible. D’un autre côté, la chimiothérapie est un traitement systémique plus adapté aux tumeurs invasives (ex : lymphome). Lors de tumeur maligne, on peut également utiliser la chimiothérapie comme traitement adjuvant de la 1 résection chirurgicale afin d’atteindre les métastases. Le contrôle des tumeurs sensibles à la radiothérapie (ex : mastocytomes, mélanomes ou méningiomes) peut se faire uniquement avec une radiothérapie locale, ou à la suite d’un débridement chirurgical.

Indépendamment du traitement choisi, le but final est d’améliorer autant que possible la qualité de vie de l’animal. Il faut adapter le protocole thérapeutique à l’animal afin d’éviter l’apparition des effets secondaires sévères connus chez les humains qui ne sont pas acceptables en médecine vétérinaire. Les effets secondaires ne sont pas compatibles avec une bonne qualité de vie, il faut donc absolument tenter de les faire disparaître lorsqu’ils surviennent. Un traitement symptomatique et de soutien (anti-émétiques, favoriser la prise de nourriture, etc.) est nécessaire chez tous les patients indépendamment du traitement mis en place ; ils constituent la base des soins palliatifs.

La décision d’initier un traitement définitif ou palliatif repose sur les résultats du bilan d’extension et sur la comorbidité du patient. Il est important que le traitement choisi améliore le bien-être général de l’animal. Il est par exemple probable qu’initier une chimiothérapie néphrotoxique chez un animal souffrant déjà d’une affection rénale sévère, dégrade son état général, même si le cancer est alors sous contrôle. Il faut mettre en place des soins palliatifs dans tous les cas, ils seront dans certains cas les seuls soins apportés à l’animal. On pourra utiliser des analgésiques, des anti­ émétiques ou une alimentation spéciale.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Le pronostic des animaux souffrant d’un cancer ne peut être formulé qu’au cas par cas, car il est influencé par tous les facteurs décrits précédemment. Il faut garder à l’esprit que par rapport aux moyennes, certains animaux survivront beaucoup plus longtemps, et d’autres beaucoup moins. Le but principal du traitement est bien de maintenir la qualité de vie de l’animal plutôt que sa longévité.

Les affections dentaires

Les affections dentaires peuvent être congénitales, comme lors de malocclusion ou de dent déciduale persistante, ou bien acquises, comme lors de gingivite, de maladie parodontale, de lésions de résorption,d’abcès de la racine dentaire, de fracture dentaire, d’attrition dentaire ou de tartre. Les affections dentaires acquises sont plus fréquentes chez les animaux âgés; les petites races (< 5 kg) et les brachycéphales sont généralement touchés plus précocement et de façon plus sévère que les autres races. Les troubles dentaires sont courants chez les chats et les chiens. Le tartre, qui correspond à une minéralisation de la plaque dentaire, touche 20-25 % de la population canine et féline présentée chez les vétérinaires, et 15-20 % d’entre eux souffrent d’une gingivite plus ou moins sévère (inflammation de la gencive). La maladie parodontale (l’évolution d’une gingivite) est la maladie infectieuse la plus courante chez les chiens et les chats. Elle touche les tissus de soutien des dents, provoquant une augmentation de leur mobilité. Lorsqu’elle n’est pas traitée, elle se propage dans tout le corps grâce à la circulation sanguine, lymphatique ou en étant avalée, provoquant des dommages sub-cliniques aux organes ou une maladie systémique.

Les traumatismes dentaires et les caries peuvent être à l’origine de blessures, et donc d’infection, de la cavité pulpaire. Il va alors y avoir une inflammation de la pulpe puis une nécrose. Des granulomes ou des abcès de la racine dentaire peuvent se former si des toxines et des bactéries s’échappent au niveau de l’apex de la racine. Ce phénomène peut se produire rapidement en quelques jours, ou lentement sur plusieurs mois.

L’abrasion dentaire (usure anormale des dents) est généralement due au mâchonnement de pierres ou de balles. L’attrition est provoquée par un frottement anormal entre les dents. Les fractures dentaires sont généralement dues au mâchonnement d’objets trop durs tels que des pierres ou des os. Il est généralement admis que tout objet dont la surface ne peut être attaquée avec un ongle est trop dur.

La résorption dentaire n’est fréquente que chez les chats, et peut toucher jusqu’à 75% de la population à un moment de leur vie. Il existe un système de classification complexe pour ces lésions selon leur sévérité et leur localisation. La sévérité est notée sur une échelle débutant au stade 1 (perte modérée d’émail), puis progressant jusqu’au stade 4 (perte osseuse majeure associée à une perte de l’intégrité de la quasi-totalité de la dent, et enfin au stade 5 (débris d’os totalement recouverts par la gencive et uniquement visibles sur les radiographies comme des formes radio-opaques irrégulières). Sur les radiographies, on classe les lésions en types 1, 2 et 3 (voir plus loin).

Signes cliniques

Malgré la prévalence élevée des affections dentaires, les chiens et les chats n’expriment souvent que très peu de signes de douleur orale, et les propriétaires amènent rarement leur compagnon pour ce motif. Les animaux souffrant d’une maladie dentaire peuvent être asymptomatiques, mais ils peuvent aussi exprimer différents signes tels qu’une perte d’appétit, une anorexie, une perte de poids, une léthargie, une halitose, une dysphagie, une hypersalivation, un claquement des mâchoires, une difficulté à ouvrir ou fermer la bouche ou un œdème au niveau de la face. Les abcès de la racine dentaire affectant les prémolaires ou les molaires supérieures peuvent être à l’origine d’un œdème maxillaire et d’un trajet fistuleux infra-orbitaire. Les abcès se situent souvent au niveau de la carnassière. Les abcès de la racine dentaire peuvent être à l’origine d’un écoulement nasal unilatéral ou d’une fistule se déversant en haut de la muqueuse buccale au-dessus de la dent.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est important que le clinicien examine soigneusement la cavité buccale aussi bien lors d’un examen clinique complet (afin de vérifier qu’il n’y a aucun problème que le propriétaire n’aurait pas remarqué) que lorsqu’il suspecte une atteinte de la cavité buccale. Tout d’abord, il convient d’inspecter visuellement la tête de l’animal et de la palper pour vérifier qu’il n’y aucune douleur, sensibilité, chaleur ou gonflement, ainsi que de palper les nœuds lymphatiques mandibulaires. On examinera ensuite les babines et on les soulèvera pour examiner leur face interne, la muqueuse buccale, la surface rostrale des incisives et la surface buccale des canines, des prémolaires et des molaires. Il faut ensuite ouvrir la gueule afin d’examiner le plancher de la cavité buccale, la langue, la partie interne des dents, la gencive, le palais, l’oropharynx et les amygdales. Il faut rechercher une modification de la couleur, une inflammation, une ulcération, une hyperplasie, des saignements, un gonflement anormal,une tumeur ou un corps étranger.

Au cours de l’examen des dents, le clinicien doit rechercher la présence et déterminer la sévérité de la couche de tartre, d’une gingivite, d’une maladie parodontale, d’une malocclusion, ou chez les chats de lésions de résorption dentaire. Les anomalies qu’il est possible de détecter incluent un retard de l’éruption des dents définitives, une persistance des dents déciduales, une attrition dentaire, des anomalies de l’émail, une exposition de la racine ou une furcation, des caries, l’absence d’une dent ou une dent fracturée.

Un examen plus poussé de la cavité buccale (réalisé sous sédation ou anesthésie générale) peut s’avérer nécessaire lorsqu’un problème a été détecté, si l’animal refuse ou est incapable d’ouvrir la gueule. Il sera ainsi possible d’inspecter plus précisément le parodonte, la dentition, la profondeur du sulcus et de détecter des poches parodontales infectées. Pour diagnostiquer correctement une maladie parodontale, il faut sonder l’espace sous-gingival afin de déterminer la profondeur du sulcus. La profondeur maximale du sulcus est de 3 mm pour les chiens, et 1mm pour les chats. L’examen minutieux des dents peut aussi révéler des zones où il est possible qu’il y ait des caries ou que la pulpe soit exposée (on verra parfois des points noirs sur le bord incisif ou une fissure).

Les radiographies dentaires sont de précieux outils pour établir le diagnostic, le pronostic et le traitement de beaucoup d’affections dentaires telles qu’une maladie parodontale, une affection endodontique ou une résorption dentaire. Il convient de réaliser une radiographie afin d’évaluer de façon optimale la sévérité de l’atteinte des dents entourées d’un sulcus ou de poches d’une profondeur supérieure à 4 mm. Il est indispensable de faire une radiographie pour différencier une lésion de résorption dentaire de type 1, 2 ou 3 chez les chats :

  • Type 1 : zones radiotransparentes focales ou multifocales au sein de la dent, le reste de sa structure est d’opacité normale et l’espace ligamentaire parodontal est normal

  • Type 2 : l’espace ligamentaire parodontal peut être diminué ou absent au moins dans certaines zones, et la radiotransparence de la dent est diminuée dans certaines parties

  • Type 3 : des éléments du type 1et du type 2 sont présents au sein d’une même dent.

Chez certains animaux souffrant d’une affection dentaire, il est conseillé d’effectuer des analyses sanguines de routine afin de vérifier qu’il n’y a pas une maladie systémique sous-jacente et à cause du risque anesthésique souvent plus élevé chez les animaux souffrant d’une affection dentaire (ex : seniors, races pesant moins de 5 kg, animaux atteints d’une maladie parodontale chronique et animaux débilités de façon générale). Il est généralement inutile d’effectuer une culture bactérienne pour explorer une affection dentaire car la flore commensale buccale est très nombreuse et variée aussi bien de façon physiologique que pathologique. La seule exception à cette règle est le syndrome gingivite/stomatite chronique félin. Cette affection est complexe et son origine multifactorielle ; pourtant, une culture bactérienne met souvent en évidence la présence exclusive de Pasteurella multocida. Bien que cette donnée soit utile pour traiter le patient, il est probable qu’il existe d’autres facteurs étiologiques tels que le calicivirus félin,la génétique et l’environnement. Lorsque l’on détecte la présence d’une masse dans la cavité buccale, il est nécessaire d’effectuer une biopsie pour connaître sa nature et établir un diagnostic.

Traitement

Tartre, gingivite et maladie parodontale

Le moment optimal pour intervenir se situe lorsqu’il y a une gingivite mais avant que la maladie parodontale 1 et la perte des moyens de fixité n’aient débuté. A ce stade, l’inflammation gingivale est réversible si l’on détartre et on polit les dents, et si le propriétaire effectue des soins quotidiens chez lui. Une fois la maladie parodontale installée, les attaches de la dent à l’os sous-jacent vont irrémédiablement disparaître, ce qui aboutira à la chute de la dent.

Lorsqu’une maladie parodontale est diagnostiquée, il est impératif de la traiter. Les dents devront être détartrées et polies, et si possible radiographiées pour déterminer quel est le traitement optimal et le pronostic. Il est préférable de retirer les dents mobiles ou ayant perdu plus de 50 % de leurs moyens de fixité. Il est possible de sauver les dents ayant perdu plus de 50 % de leurs attaches, mais il faudra utiliser des techniques spécialisées, il est donc préférable de référer l’animal. Selon la sévérité de la maladie parodontale, il est possible de prescrire un traitement antibiotique systémique. Dans les cas avancés, on recommande de démarrer le traitement 5 jours avant l’opération ; pour les cas moins sévères, il est possible de limiter le traitement à la période postopératoire. Les antibiotiques qui sont considérés comme étant les plus efficaces sont la doxycycline, le métronidazole et la clindamycine.

La prévention à long terme repose sur un brossage quotidien avec un dentifrice vétérinaire. Cette prévention nécessite que le propriétaire soit motivé et impliqué, et que son animal soit coopératif. Il est important que les vétérinaires de la clinique encouragent et apprennent aux propriétaires comment brosser les dents de leur compagnon. Il ne faut jamais utiliser de dentifrice humain chez les animaux car ils contiennent des détergents, des agents moussants et du fluor qui sont toxiques à long terme lorsqu’ils sont avalés (les chats et les chiens ne pouvant pas le recracher puis se rincer la bouche). Beaucoup de solutions, lamelles et autres produits vendus comme protecteurs de la plaque dentaire sur le marché, n’ont que très peu voire aucune justification scientifique derrière leurs slogans. Il convient de recommander ou vendre ces produits après s’être bien renseigné.

Abcès de la racine dentaire

On les traitera en identifiant tout d’abord la dent affectée grâce à un cliché radiographique. L’extraction chirurgicale de cette dernière sera curative, il est 1 possible d’associer un traitement du canal radiculaire chez les chats et les chiens, en particulier lorsqu’il s’agit d’une canine ou d’une carnassière.

Dent usée ou fracturée

Si la cavité pulpaire n’est pas exposée, il faut essayer de la protéger pour éviter les traumatismes répétés, et , il faut également surveiller son état deux fois par an. Si la cavité pulpaire est exposée, la pulpe va devenir inflammée et se nécroser. Il convient alors soit d’extraire la dent, soit de traiter le canal radiculaire en retirant et en remplaçant la pulpe inflammée ou nécrosée. Il ne faut en aucun cas « attendre de voir » comment évolue l’état d’une dent fracturée avec exposition de la pulpe.

Résorption dentaire chez les chats

Il est nécessaire d’avoir des clichés radiographiques de qualité au niveau des lésions si l’on veut correctement traiter cette affection ; cependant, il faudra de toute façon retirer toutes les dents atteintes.

Lors de lésion de type 1, il y a encore des tissus présents dans la dent pouvant engendrer une inflammation puis une nécrose. Il faut les retirer de façon conventionnelle, afin de s’assurer que toutes les racines ont bien été extraites. Cette extraction est souvent difficile à cause de la perte d’intégrité de la structure dentaire, et il faudra parfois faire une fenêtre dans la gencive en découpant un lambeau pour pouvoir retirer toutes les parties de la dent. Lors de lésion de type 2, on ne voit plus de ligament parodontal ou de pulpe et tout le matériel présent commence à fusionner avec l’os. Il n’est alors pas conseillé d’effectuer une extraction conventionnelle car la dent s’ankylose (fusion entre la racine dentaire et l’os alvéolaire) sans être à l’origine d’une douleur particulière pour l’animal. Pour traiter ces lésions, il est possible de retirer la couronne après avoir soulevé un lambeau de la gencive, tout en conservant les racines. Les dents atteintes de lésions de type 3 devront être traitées avec une combinaison des techniques utilisées pour les lésions de type 1et 2, en réalisant par exemple l’extraction conventionnelle d’une racine et la conservation d’une autre.

Dent déciduale persistante

Il convient de retirer les dents déciduales si elles engendrent des traumatismes sur les tissus mous, ou si elles restent en place après l’éruption de la dent définitive. Ces dents sont fragiles et possèdent des racines qui sont profondes, il faut donc être très vigilant lors de leur extraction. Il est généralement nécessaire de découper une fenêtre dans la muqueuse gingivale pour avoir un bon accès aux racines et éviter de léser la dent définitive sous-jacente.

Occlusion anormale/malocclusion

La malocclusion douloureuse la plus fréquente est la brachygnathie mandibulaire (mandibule trop courte/ maxille normale). Bien souvent, on observera une occlusion de la canine inférieure dans le palais dur,ce qui est douloureux pour l’animal. Il faut mettre en place un traitement dès que possible. Pour les dents déciduales, il faut extraire la ou les canine(s) inférieure(s). Pour les dents définitives, il existe plusieurs options, telles qu’une extraction, un retrait de la couronne associé à un coiffage pulpaire, ou la mise en place d’un traitement orthodontique correctif.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Lorsqu’on effectue un détartrage, le propriétaire pourra constater tout de suite l’amélioration.Si on extrait une dent ou si l’on traite une maladie parodontale, l’état de l’animal s’améliorera nettement en quelques jours. En revanche, lorsqu’une dent en mauvais état n’a pas été soignée, ou lorsque la racine n’a pas été entièrement extraite, l’animal pourra continuer à montrer des signes de douleur. La cartographie de la dentition et les radiographies dentaires aident à localiser les zones lésées.

Revue de presse – Septembre 2015

BREVES

Etats-Unis
Un guide du comportement pour éviter abandon et euthanasie

Chaque année aux Etats-Unis, 3,9 millions de chiens et 3,4 millions de chats sont abandonnés pour des raisons comportementales. L’American Animal Hospital Association a donc édité un guide à destination des vétérinaires afin de mieux détecter les troubles du comportement chez leurs patients, ceci pour mieux les soigner et éviter à terme leur abandon et/ou leur euthanasie. En effet, le comportement animal n’est finalement que très peu étudié dans les écoles vétérinaires, laissant les praticiens sans ressources face à des problèmes très particuliers.

La plupart des animaux abandonnés le sont entre 1 et 3 ans, au cours de leur maturité sociale. Or, la plupart des troubles comportementaux qui surviennent durant cette période peuvent être aisément traités s’ils sont pris en charge assez tôt et de la bonne façon. Comme pour toute maladie, la prévention a un rôle clé à jouer, d’autant plus que la gravité de ces troubles est progressive. Une intervention à un stade précoce peut donc permettre d’améliorer grandement la qualité de vie du patient et du propriétaire. Deux pistes sont à privilégier pour soigner ces troubles : la modification des mauvais comportements, et le recours à la médication lorsque cela s’avère nécessaire.

Les éducateurs canins sont d’excellents partenaires des vétérinaires dans l’établissement du diagnostic, les soins à apporter et le suivi. Ils peuvent proposer notamment des méthodes d’éducation amicales et positives qui, à l’inverse des méthodes aversives, n’ont pas d’effets délétères sur le lien propriétaire-animal ainsi que sur la santé physique et psychologique de l’animal. C’est la raison pour laquelle le guide de l’AAHA ne se base que sur les méthodes qui récompensent les bons comportements et retirent les récompenses lorsque les mauvais comportements se manifestent.

Lien direct vers le guide :

https://www.aaha.org/professional/resources/behavior2015.aspx#gsc.tab=0

(source : AAHA 28 août)

 

Espagne
Les changements climatiques ont eu un impact sur l’évolution canine

Nous savons aujourd’hui que les changements climatiques ont un impact sur les écosystèmes et sur leur évolution. Une étude publiée le 18 août dans la revue Nature Communications démontre que ce phénomène est également vrai pour des espèces au sein de ces mêmes écosystèmes, dans le cas présent, pour les chiens.

Des chercheurs de l’université de Malaga, associés à des scientifiques du Muséum d’histoire naturelle de New York et de l’université de Providence, ont examiné des fossiles de chiens datant de 40 millions d’années découverts en Amérique du Nord et plus spécifiquement, leurs ligaments des coudes. Comparés à des fossiles datant de 2 millions d’années, des différences morphologiques sont évidentes. Les coudes les plus anciens étaient faits pour attraper des proies, tandis que les plus récents avaient évolué pour favoriser la course.

Les chercheurs soulignent qu’entre ces deux périodes, le climat terrestre s’est refroidi et les Montagnes Rocheuses ont émergé, bloquant l’air humide venant de l’est, à la suite de quoi des zones arides ont remplacé les forêts denses. C’est à ce moment-là que les corps canins ont évolué pour chasser plutôt que de guetter les proies et les saisir. Clairement, c’est le changement climatique et ses conséquences sur la végétation et la structure des habitats qui a poussé les individus à muter.

(Source : NewStat, 25 août)

Etats-Unis
Le vin et le raisin, facteurs de cancer canin

Une étude publiée en février dernier dans la revue Veterinary Immunology and Immunopathology indique que le resveratrol, un composant que l’on retrouve dans le raisin et le vin rouge, serait nocif pour les chiens, alors qu’il s’avère plutôt bénéfique pour les humains. Cette molécule affecterait le système immunitaire des chiens lorsqu’il atteint le sang, mais les changements eux-mêmes suscitent de nouvelles questions de la part des scientifiques. En effet, une fois mêlé au sang, le resveratrol provoque chez les globules blancs à la fois plus de cytokines pro-inflammatoires et moins de cytokines anti-inflammatoires, ces cellules étant des signaux permettant au corps de communiquer en cas d’infection et d’inflammation. Les chercheurs ont donc remarqué une moindre capacité des cellules immunes à lutter contre la maladie en tuant une bactérie. C’est ce qu’on appelle la fonction neutrophile, qui est donc amoindrie par le resveratol, qui stimule en même temps les cellules inflammatoires.

Les chercheurs estiment que s’ils étaient en mesure de comprendre ces variations du système immunitaire et de les contrôler, cela pourrait être très utile dans des traitements contre le cancer, à la fois pour les chiens et les humains.

(Source : NewStat, 25 août)

 

Pays-Bas
Postures et comportements des chiens déterminent la hiérarchie

Les loups et les chiens domestiques sont des animaux sociaux. En groupe, une hiérarchie émerge qui permet à l’ensemble des individus d’agir de façon efficace. Dans le monde canin, comment les rôles sont-ils répartis ? Une étude hollandaise publiée dans la revue PLOS ONE le 26 août dernier à chercher à décoder ce phénomène.

Les chercheurs ont identifié 7 postures et 24 comportements différents liés à la hiérarchie d’un groupe de chiens. Ils ont également déduit que cette hiérarchie ne s’établissait pas de haut en bas en passant par l’agressivité, contrairement à ce que pensent de nombreux propriétaires et éducateurs canins, mais du bas vers le haut, via des comportements de soumission. Les deux postures clés de la domination étaient la « fausse morsure » et « la posture haute », c’est-à-dire une tête et queue droites, oreilles dressées, dos et pattes droites. Remuer la queue est considéré comme une posture de soumission, ainsi que toutes les positions rapprochant progressivement du sol jusqu’à ce que l’individu soit sur le dos. Les léchages et « passages sous la tête » sont également des comportement de soumission mais réservés à l’alpha. Ni l’âge ni le poids du chien n’avaient d’importance pour déterminer son rang dans la hiérarchie. L’agressivité ne détermine visiblement jamais la domination, puisqu’elle a été observée aussi bien chez les alphas que chez les individus de rang inférieur envers ceux de rang supérieur.

Ces éléments peuvent être extrêmement utiles dans la compréhension des relations entre congénères et même entre un chien et un humain, afin d’identifier et traiter les problèmes de comportements.

(source : Plos One, 26 août)

Etats-Unis
Avoir des animaux domestiques en classe est riche d’enseignements

Une étude, publiée en juillet dernier et sponsorisée par l’American Humane Society, démontre que la présence d’un animal domestique (même un poisson rouge) est une méthode éducative très efficace et riche. L’étude s’est basée sur des questionnaires et interviews réalisés auprès de 1200 professeurs américains et canadiens qui avaient gardé un animal dans leur salle de classe pendant au moins 3 mois. L’étude révèle que la présence d’un animal permet aux élèves d’apprendre des valeurs humaines et éthiques très importantes telles que la compassion, l’empathie, le respect et le sens des responsabilités envers d’autres créatures vivantes. Elle permet également d’apprendre aux enfants à gérer des problématiques complexes comme la perte d’un animal. Elle pose cependant deux problèmes majeurs, le coût engendré par les soins à prodiguer à l’animal et sa responsabilité lorsqu’il n’y a pas école.

Dans l’ordre de popularité, voici les animaux, pour la plupart exotiques, qui fréquentaient ces classes :

Poissons (31%)

Cochon d’Inde (13,7%)

Hamster (10,5%)

Agames ou Pogona (7,8%)

Gecko (7,3%)

La deuxième étape de l’étude s’intéressera à l’impact des animaux sur les élèves en matière de compétences sociales, diminution des problèmes de comportement et meilleurs capacités d’apprentissage.

(Source : NewStat, 2 septembre)

Finlande
Les chiens domestiques pourraient protéger les enfants des allergies

Avant d’acquérir un animal, les parents sont souvent soucieux de savoir si leur enfant ne va pas y être allergique. C’est aussi parfois un motif d’abandon. Pourtant, d’après une étude de l’université de Turku en Finlande, publiée dans la revue The Journal of Allergy and Clinical Immunology le 3 septembre, l’inverse serait plus probable : les auteurs ont remarqué que les enfants dont les foyers possédaient des animaux domestiques partageaient avec eux un certain nombre de bactéries, ce qui les immuniserait contre certaines allergies. Pour en venir à cette conclusion, les chercheurs ont comparé les fèces de 51 enfants issus de familles avec animaux avec celles de 64 enfants sans animaux. Deux types de bactéries, que l’on trouve aussi chez les animaux, étaient recherchées : B. thermophilum et B. pseudolongum. Les éventuelles réactions allergiques des enfants étaient ensuite testées : 19 d’entre eux ont manifesté des réactions, et n’étaient pas porteurs des bactéries présentes chez les animaux. Certaines bactéries animales seraient donc bénéfiques pour la santé humaine !

(Source : NewStat 21 septembre)

Autriche
Les girafes chantent !

D’après une récente étude de chercheurs de l’université de Vienne, publiée le 9 septembre dans la revue BMC Research Notes, le fredonnement nocturne des girafes pourrait être une forme de langage. Les auteurs ont réuni des enregistrements de girafes résidant dans trois zoos européens, et à l’écoute ont pu distinguer des grognements ordinaires des vocalises harmoniques, prolongées et modulées. Compte tenu de leur complexité acoustique, ces vocalises pourraient convoyer des informations sur l’identité, la taille, la force, l’état d’excitation de l’individu qui les émet, de façon à trouver un partenaire ou pour signifier son intention d’aller au conflit.

(source : NewStat, 24 septembre

 

AGENDA
Révolutions animales : de la science au droit

Conférences à la Cité des Sciences à partir du 19 septembre 2015

les samedis à 14h30

 Une incroyable révolution est en marche. Depuis plusieurs années, la science transforme la perception que nous avons des animaux et ébranle la frontière qui sépare les hommes d’eux. Sentiments, amour, stress, peurs, intelligences et cultures… Comment définir aujourd’hui un animal ? En conséquence de cette profonde mutation, la condition animale est devenue l’une des préoccupations sociétales du XXIe siècle. En quatre actes, des experts, des chercheurs, des penseurs, des juristes portent un nouveau regard sur les animaux et suscitent le débat sur leurs droits.

Qu’est-ce qu’un animal ? Comment le considérer ? Quels sont ses nouveaux statuts ? Les évolutions attendues et les combats à mener aujourd’hui ? Et comment établir de nouvelles relations avec eux ? Autant de questions cruciales dans notre monde, pour une évolution du droit des animaux et une société plus juste envers eux.

Le détail de toutes les conférences sur le site : http://www.cite sciences.fr/fileadmin/fileadmin_CSI/fichiers/au-programme/activites-spectacles/conferences/_documents/DEF2_CITE_MUTATIONS_6aout.pdf

 

ETUDE
Les consultations de comportement vétérinaires : quelles pratiques, quelles difficultés ?

Par le Dr. Pierre-Yves Hugron

Même si Henri Ey et Abel Brion écrivent leur livre PSYCHIATRIE VETERINAIRE en 1964, nous pouvons retenir 1994 comme date de naissance de la Zoopsychiatrie, en tant que nouvelle discipline médicale à part entière, et cela un an après la violente rupture avec le Behaviorisme en 1993 au congrès de Verbier. En effet en 1994 Patrick PAGEAT écrit son ouvrage « Pathologie comportementale du chien » et donne une première complète semaine de cours de comportement auprès des étudiants de quatrième année, option canine, à l’Ecole Nationale vétérinaire de Nantes.

Vingt ans après, il nous parait opportun de réaliser un état des lieux de la pratique de la consultation de comportement vétérinaire en France. Nous pensons que pour une discipline médicale, surtout si elle est récente, une enquête sur les pratiques et les ressenties peut aider à la constitution de celle-ci, en permettant aux praticiens de se situer et se rassurer, surtout les débutants, même si la pratique de cette discipline est très personnelle.

De la prise de rendez-vous au suivi, comment s’organisent les praticiens ? Quelles difficultés ressentent-ils ? Quelles solutions ont-ils mis en place ? Mais aussi quelles satisfactions retirent-ils de leur exercice ? Ces réponses requièrent une enquête terrain auprès des praticiens, enquête intitulée « La consultation de comportement et ses difficultés » que nous réalisons durant l’été 2014.

Matériels et méthodes

Nous avons utilisé un logiciel de sondage en ligne payant : EVAL & GO. Nous avons sélectionné ce logiciel car, très complet, il permet une multitude de types de réponses (réponses uniques et multiples, matrices, curseurs, échelles, classements, répartition et réponse par texte). Cette variété ainsi que la personnalisation de la présentation nous a permis de choisir une forme de réponse adaptée à la question et de maintenir une bonne accroche du répondant en évitant la lassitude. Ainsi nous avons eu le plaisir d’avoir 84.62 % de questionnaires complets pour une enquête qui était pourtant longue : 44 questions et un temps moyen de réponse de 36 minutes !

Nous avions laissé la liberté au praticien de ne pas répondre aux questions qui l’embarrassaient, ce qui ne gênait pas l’exploitation des données. L’ordre des réponses proposées était aléatoire afin de ne pas influencer le répondant. Nous avons sondé une dizaine de testeurs avant de mettre l’enquête en ligne.

Nous avons contacté par courrier électronique 152 praticiens comportementalistes. L’annuaire Roy en ligne des vétérinaires français présente 324 vétérinaires se déclarant exercer dans le domaine du comportement. Nous avons exclu ceux qui travaillent en laboratoire de recherche ainsi que ceux qui ne font que des évaluations comportementales. Nous avons conservé ceux qui acceptent des référés, ceux qui faisaient valoir des diplômes, ceux qui présentaient le comportement dans les spécialités de leur clinique et les adhérents de l’association Zoopsy y compris 2 étrangers « de proximité » (belge et suisse). Nous n’avons volontairement pas tenu compte du « courant » de pensée ni du type d’exercice (en Clinique, en Ecole, en itinérant ou en club canin) afin de représenter tous les vétérinaires qui pratiquent sur le terrain.

Nous avons relancé par deux fois. Nous avons reçu 97 réponses (64 %). Nous avons supprimé les doublons, exclu les questionnaires remplis à moins de 20% et nous avons conservé 89 réponses. Nous avons corrigé les fautes de frappe (ex : 30 consultations par jour au lieu de 3 ) et les réponses incohérente ( ex : exerce depuis 1997 années) .

Nous avons ensuite exporté les données dans le tableur du logiciel et dans celui d’Excel.

De manière général il n’y a pas vraiment d’obstacle pour se lancer dans le comportement à part la rentabilité ; par contre l’acquisition des connaissances est considérée comme une nécessité rassurante, difficile à organiser mais en même temps citée comme le premier facteur d’encouragement.

Au niveau des structures, la prise en charge du comportement permet en premier lieu la détection précoce des troubles ainsi que la satisfaction de la clientèle et de l’équipe. Nous retrouvons les idées chères au Dr Martin GODBOUT (14). Contrairement aux sondés, ce dernier a réussi en plus, à augmenter sa clientèle (x 1.5 en 4 ans) et son chiffre d’affaire (x 2.6 en 10 ans). Précisons qu’il exerce au Canada et qu’il y est précurseur en ayant notamment entièrement conçu une imposante clinique avec toutes les spécialités mais organisée autour du comportement.

Ce sont en premier lieu les valeurs nobles (améliorer, guérir, démarche intellectuelle et satisfaction du client) qui motive le zoopsychiatre et cela avant ses propres motivations et notamment financières. Les psychiatres ne semblent pas exercer pour l’argent, manifestement les zoopsychiatres non plus…

Evidemment dans les facteurs de découragement nous retrouvons en premier lieu les problèmes de rentabilité et d’une discipline chronophage. Par rapport aux autres spécialités vétérinaires, la zoopsychiatrie apporte en premier lieu des satisfactions personnelles (stimulation, enrichissement, gratification) supérieures d’après les répondants. De plus elle est qualifiée de plus ludique et plus complète. La contrepartie semble être une fatigue et un stress supérieurs. Elle est aussi considérée comme plus difficile et, de nouveau, moins rentable.

Le nombre important de réponses et la représentativité des répondants nous permet d’avoir des résultats cohérents et exploitables. Ils ne révèlent pas de surprise majeure, mais ils permettent d’avoir des données chiffrées sur les consultations de comportement qui valident les impressions propres à chacun. Elles conforteront les plus anciens dans leurs expériences et impressions sur l’Art et permettront aux plus jeunes de se situer et de se fixer des objectifs. Cet état des lieux 2014 permet aussi de donner une idée de cette profession aux non-initiés même si, n’oublions pas, la consultation de comportement peut présenter des formes très variées et la zoopsychiatrie se pratiquer de façon très personnelle.

C’est une discipline qui peut encore se diversifier auprès d’autres espèces ou continuer de s’investir dans le bien-être animal. C’est une discipline chronophage dont la rentabilité doit être étudiée pour être perfectionnée. Mais au vu des résultats il ne fait aucun doute que la vraie richesse du zoopsychiatre réside en ce qu’il apporte à son patient et son propriétaire, à sa structure et son équipe et… à lui-même. C’est une profession de passionnés, preuve en est l’annexe 1 qui laisse « signer » chaque participant par sa définition du comportement.

lire l’intégralité de l’étude (mettre le PDF en lien direct sur le site)

ETUDE
Gérer le stress chez le chat : les différentes approches

Marta Amat et coll. publient (accès libre) dans le Journal of Feline Medicine and Surgery, une synthèse sur le stress du chat et les moyens d’y remédier. L’enrichissement de l’environnement est une clé de la résolution de ces troubles, plus fréquents dans les collectivités félines. Des approches médicamenteuses sont également possibles. (in l’Essentiel n°378)

Après quelques rappels sur la pathogénie du stress, les auteurs soulignent que lorsque ce dernier dépasse les capacités adaptatives de l’animal, un effet négatif s’observe sur le bien-être, avec l’occurrence fréquente de comportements indésirables, qui peuvent mener à l’abandon ou à l’euthanasie. Le lien avec le propriétaire en est aussi affecté, alors que le stress peut en outre faire le lit de nombreuses maladies.

Le tempérament individuel

L’environnement a bien sûr des effets sur le stress, mais le tempérament individuel des animaux joue également. Ses caractéristiques font intervenir la génétique et les expériences précoces. Il a ainsi été démontré que des chatons nés d’un étalon amical avec l’homme le sont également davantage que ceux issus d’un étalon peu amical. Concernant la race, certains auteurs affirment par exemple que le Siamois, le Persan, sont plus interactifs (jeu, curiosité, comportement amical) que les chats européens, d’autres indiquent que le Bengal serait plus agressif. Les Persan manifesteraient le plus faible niveau d’activité. De plus, des associations entre tempérament et couleur de la robe ont été faites mais méritent d’être confirmées : les chats dont la robe comporte de l’orange seraient plus agressifs, les chats de robe sombre seraient plus sociables. L’expérience précoce des animaux est certainement plus importante. Des chatons élevés par une mère expérimentée et sevrés tard développent en général moins de troubles du comportement.

A l’inverse, ces derniers sont plus fréquents chez des chatons issus de mères mal nourries qui n’ont

pas un comportement maternel adapté. Les auteurs rappellent que la période de socialisation des chatons s’étend de 2 à 7 semaines, période pendant laquelle il est conseillé de manipuler les animaux, si possible par des personnes différentes.

De nombreuses causes de stress

Les principales causes de stress comprennent les modifications de l’environnement, un environnement trop stérile, une mauvaise relation avec l’homme, les conflits intraspécifiques, un manque de routine journalière. En elle-même, la nouveauté peut être une source de stress : il peut s’agir de l’arrivée d’un nouveau membre dans le foyer, d’un changement de routine, etc. De même, un environnement pauvre proposant peu de possibilités pour exprimer un comportement sera anxiogène. Certains comportements spécifiques doivent faire l’objet des attentions du propriétaire et de tentatives d’enrichissement : les chats d’extérieur passent une bonne partie de leur temps à chasser et explorer leur territoire, il est donc nécessaire de proposer des alternatives aux chats d’intérieur. La relation homme-animal peut parfois être en cause et engendrer un stress : il peut s’agir de chats mal socialisés ou de propriétaires qui utilisent la punition comme mode d’éducation.

Un maître qui connaît mal le comportement normal du chat sera aussi source de stress. Ce dernier peut provenir aussi des relations intraspécifiques : introduction d’un nouveau congénère ou, par exemple, retour d’un pensionnaire qui avait été hospitalisé. Il s’en suit des conflits territoriaux ou des agressions défensives, des compétitions pour les ressources, des soucis de malpropreté, un chat pouvant interdire à l’autre l’accès au bac à litière.

Stress et maladies

Une des conséquences du stress est la suppression d’une partie de la fonction immunitaire, permettant notamment le développement de nouvelles maladies infectieuses ou la réapparition d’anciennes. Il semble ainsi que le stress puisse réactiver une infection latente par des herpès-virus. Une étude a montré, en refuges, un risque multiplié par cinq de développer des infections respiratoires supérieures chez les chats soumis au stress. Diarrhée et vomissements peuvent être également des conséquences, le stress pouvant altérer la qualité de la barrière gastro-intestinale avec augmentation de la perméabilité et inflammations locales. Inutile de rappeler aussi le rôle du stress dans le déclenchement des cystites idiopathiques qui sont les premières causes d’ABAU. Enfin, dermatite atopique et dermatites de léchage trouvent dans le stress une partie de leurs causes.

Modifications comportementales induites par le stress

Le stress favorise un grand nombre d’anomalies comportementales. Dans certains cas, il inhibe les activités normales du chat, qui se cache, joue moins, explore moins, cesse ses activités éventuelles d’allomarquage ou d’allotoilettage. Le propriétaire peut alors ne pas se rendre compte de l’inconfort éprouvé par son animal. Une des manifestations majeure du stress est l’anorexie, qui peut mener à une lipidose hépatique, particulièrement chez des chats obèses. De plus, le stress renforce la néophobie alimentaire et l’anorexie sera dès lors plus marquée quand on propose un nouvel aliment dans un environnement modifié (hospitalisation par exemple).

A l’inverse, il est possible aussi d’observer une polyphagie. On peut trouver aussi des troubles compulsifs. Les plus fréquents sont l’hyperesthésie, l’alopécie psychogène et le pica. Lors d’hyperesthésie, on note en courtes séquences un « rolling skin syndrome », un toilettage intense, des épisodes de course effrénée, un ptyalisme, des vocalisations, des éliminations urinaires inappropriées. Cette affection est plus fréquente chez les chats âgés. L’alopécie psychogène serait plus fréquente chez les Siamois et les Abyssin. Habituellement, les zones alopéciques se localisent en partie caudale du corps, plus volontiers sur l’abdomen. On peut trouver ces lésions en association avec une cystite idiopathique, le patient se léchant l’abdomen dans le dessein de soulager sa douleur. Selon la littérature, le pica, chez le chat, peut être considéré comme un TOC. Les chats absorbent divers matériaux comme des textiles (laine, coton), du caoutchouc ou du plastique. Il existe certainement une base génétique à l’expression du pica, plus fréquente dans les races orientales. Le stress semble favoriser les comportements de pica. Il influe aussi largement sur l’élimination urinaire, particulièrement dans les collectivités : on estime que 25 % des chats seuls font du marquage urinaire qui est présent dans 100 % des cas quand la collectivité comprend plus de dix chats. La relation entre stress et agression est bidirectionnelle : agressions défensives et offensives peuvent survenir. L’agression redirigée est fréquente : l’animal attaque un stimulus autre que celui qui a motivé l’agression.

Stratégies de prévention et de traitement

Quand cela est possible, on procède à la suppression du ou des stimuli qui provoquent le stress. Ce qui n’est pas toujours aisé comme, par exemple, quand la source du stress est un congénère. Dans ce cas, réintroduire graduellement les deux animaux dans un contexte plaisant peut suffire. Des protocoles ont été décrits, qui font intervenir des phases olfactives, puis d’habituation visuelle et enfin directe. On peut également prélever les sécrétions faciales sur chaque animal et les appliquer sur l’autre. La clé de la gestion du stress chez le chat est l’enrichissement de l’environnement en évitant les changements trop soudains. Toute amélioration du milieu de vie se fera de manière progressive. Les différentes mesures peuvent être incluses (voir encadré).

Les auteurs n’envisagent que brièvement les traitements médicaux, soulignant que faire avaler un comprimé est en soi un stress. Ils rappellent que les benzodiazépines sont traditionnellement utilisées pour stimuler l’appétit, mais que certaines d’entre elles, notamment le diazépam, peuvent entraîner une nécrose hépatique. Une alternative plus sûre serait l’utilisation de la mirtazapine, antidépresseur tétracyclique, qui ne doit être donnée que tous les 3 jours. De nombreuses études ont également montré l’intérêt des phéromones faciales dans la gestion du stress.

Gérer le stress chez le chat nécessite donc de mettre en oeuvre des mesures diverses, l’enrichissement de l’environnement étant la principale approche de ces troubles, de même qu’une bonne gestion des conflits intraspécifiques.

Encadré : mesures à prendre pour limiter le stress

Mise à disposition d’une « zone de sécurité » où le chat se sent bien et dispose des ressources nécessaires.

Mise à disposition de la nourriture (croquettes) dans des dispositifs spéciaux qui obligent le chat à « chasser » son repas.

Changement fréquent des jouets pour conserver l’intérêt du chat. Les jouets qui simulent de petites proies, mobiles, sont les plus appréciés.

Prévoir un univers tridimensionnel avec possibilité de se percher.

Séparer le bac à litière de la zone d’alimentation.

Multiplier les griffoirs.

Dans les collectivités, prévoir au moins un bac à litière par chat, en de multiples endroits, accessible facilement.

Les fontaines à eau favorisent l’abreuvement. A défaut, il est nécessaire que les bols aient un diamètre suffisant pour que les vibrisses ne touchent pas les bords du récipient.

Eviter à tout prix les punitions.

Etablir une routine prédictible.

 

ETUDE

L’apprentissage social dans l’éducation canine : la méthode « fais comme je fais » plus efficace que le clicker

C. Fugazza, A. Miklosi, Social learning in dog training : the effectiveness of the Do as I do method compared to shaping/clicker traning, Applied Animal Behaviour Science 171 (2015) 146–151

Les méthodes d’éducation canine se basent traditionnellement sur l’apprentissage individuel. Néanmoins, les chiens aiment acquérir des connaissances en groupes et sont capables d’imiter les humains. Cette prédisposition à l’apprentissage social a été récemment introduit dans l’éducation canine par le biais de la méthode « Do as I do ». Avec cette méthode, les chiens apprennent d’abord à faire correspondre leur comportement à quelques actions simples présentées par un humain sur la seule injonction « fais-le ! ». Par la suite, ils doivent être capable de se servir de cette règle pour toute nouvelle action. La présente étude a comparé l’efficacité de cette méthode avec les méthodes plus traditionnelles de clicker-training, qui fonctionne bien mais se base sur l’apprentissage individuel et enseigne au chien deux types d’actions différentes : un mouvement corporel et une action liée à un objet. Pour évaluer l’efficacité de chaque méthode, les auteurs ont comparé le taux de réussite des deux groupes de chiens et éducateurs pour apprendre et réaliser une action en 30 minutes. L’effet de ces méthodes sur la longévité de l’apprentissage et la réponse fournie au signal verbal était également observé. Les résultats montrent que la méthode « Do as I do » est plus efficace que le clicker-training sur un court laps de temps et indiquent que cette méthode peut s’appliquer à l’apprentissage de mouvements corporels. Détail important, l’utilisation de l’apprentissage social stimule la mémoire des chiens et permet la généralisation de l’action apprise : les chiens retiennent ce mode d’apprentissage savent par la suite imiter leur humain sur une action complètement nouvelle, même très longtemps après leur initiation.

ETUDE
Comment apprendre à un chien à détecter une vache en chaleur ?

D. Johnen, W. Heuwieser, C. Fischer-Tenhagen, How to train a dog to detect cows in heat – training and success, Applied Animal Behaviour Science 171 (2015) 39–46

Une détection des chaleurs précise et efficace est un facteur déterminant pour mener à bien la reproduction des vaches laitières. Des études ont déjà montré par le passé que les chiens pouvaient faire la différence entre une vache en chaleur et une vache qui ne l’était pas (en sentant simplement le mucus vaginal) avec une précision située entre 40,3% et 97%. Les auteurs proposent dans cette étude un protocole d’éducation spécifique pour les chiens qui devront identifier ces vaches et se sont par ailleurs intéressés à la sensibilité et la spécificité de ces chiens. 6 chiens ont été entraînés par renforcement positif. 4 d’entre eux ont été soumis à un test final après une moyenne d’entraînement de 50 heures par chiens. Dans l’ensemble, ils ont tous identifié correctement les vaches en chaleur dans 23 cas sur 32, soit un taux de réussite de 71,9%. Leur « diagnostic » s’est révélé faux dans 9 cas seulement. Sur 128 cas, 119 vaches ont bien été identifiées comme n’étant pas en chaleurs (soit un taux de réussite de 93%), et là encore, 9 vaches seulement ont été mal diagnostiquées comme étant en chaleur. Des recherches supplémentaires seraient nécessaires afin d’optimiser ce protocole pour une utilisation dans un temps plus rationalisé.

 

ETUDE
Evaluation de la sévérité des symptômes et du rythme de progression du syndrome de dysfonction cognitif chez les chiens

A. Madari, J. Farbakova, S. Katina, T. Smolek, P. Novak, T. Weissova, M. Novak, N. Zilka, Assessment of severity and progression of canine cognitive dysfunction syndrome using the Canine Dementia Scale (CADES), Applied Animal Behaviour Science 171 (2015) 138–145

Le syndrome de dysfonction cognitif désigne un groupe de symptômes liés au vieillissement du cerveau canin. Ces changements mènent à terme à un déclin de la mémoire et des capacités d’apprentissage, une altération des interactions sociales, un trouble de la propreté, des changements des cycles de sommeil et de l’activité générale. Les symptômes initiaux s’aggravent généralement avec le temps. Malgré une recherche intense sur le sujet, on sait peu de choses sur les étapes de ce syndrome et sa variabilité phénotypique. Les auteurs ont analysé dans cette étude plus de 300 chiens ; 215 ont été sélectionnés pour l’étude. Les auteurs se sont servis d’une échelle d’évaluation en 17 points répartis en 4 domaines liés aux changements observables dans les comportements des chiens : orientation spatiale, interactions sociales, cycles de sommeil et propreté. Grâce à cette échelle, les auteurs ont pu identifier trois stades de la dysfonction cognitive : légère, modérée, sévère. Au bout de 6 mois de surveillance, le taux de conversion du stade de vieillissement normal au stade « dysfonction cognitive légère » était de 42%, alors qu’entre le stade « légère » et « modérée », il passe à 24%. Au bout de 12 mois, ces taux ont quasiment doublé, passant respectivement à 71% et 50%.

Les auteurs ont noté que la baisse d’interactions sociales était très fréquente au stade léger (40%). 67% des chiens présentaient des interactions sociales moindres et des troubles des cycles de sommeil. Lorsque le dernier stade était atteint, tous les chiens présentaient des déficiences dans les 4 domaines précités. Cette échelle d’évaluation est utilisable sur le long terme et peut éventuellement servir à évaluer également l’efficacité des traitements.

ETUDE

Sensibilité au bruit chez 17 races de chiens : prévalence, risques par race et corrélation avec d’autres réponses comportementales sous effet de la peur

L.M. Storengen, F. Lingaas, Noise sensitivity in 17 dog breeds : prevalence, breed risk and correlation with fear in other situations, Applied Animal Behaviour Science 171 (2015) 152–160

Une enquête a été menée sur Internet afin d’estimer la sensibilité au bruit chez 17 races de chiens en Norvège et sa prévalence. Les auteurs se sont concentrés sur les bruits dérivant de feux d’artifices, bruits violents (coups de feu, chutes), tempêtes et trafic routier important. L’étude s’est également intéressée aux facteurs à risques et la corrélation de cette sensibilité au bruit avec d’autres réponses comportementales fournies sous effet de la peur.

En moyenne, 23% des chiens manifestaient une peur des bruits, le cas des feux d’artifices étant le plus fréquent. Les trois autres cas se suivaient dans l’ordre que nous avons indiqué plus haut et de façon décroissante. Parmi les 17 races observées, le nombre de chiens susceptibles d’être sensibles au bruit variait énormément : très important chez le berger norvégien, le terrier irlandais à poil doux et le Lagotto Romagnolo, tandis que le boxer ou le danois semblent être moins sensibles aux bruits. Une tendance s’est nettement dégagée, à savoir que la peur augmente avec l’âge. Les femelles et les individus stérilisés sont également plus sensibles aux bruits que les mâles et les individus entiers. Chez les chiens très sensibles, les auteurs ont noté de l’anxiété de séparation, un stress manifeste dans les situations nouvelles et un besoin de temps pour retrouver son calme plus important que chez les chiens moins craintifs.

CONGRES

POPULATIONS ANIMALES : RESSOURCES NATURELLES ET BIEN-ETRE ANIMAL (3ème volet)

Les 14 et 15 juillet 2015, l’UFAW tenait son congrès annuel à Zagreb sur le thème : « Animal populations : World resources and Animal Welfare » ; l’occasion pour de nombreux scientifiques, vétérinaires, élus et tous professionnels liés au milieu animal de 28 pays différents de se rencontrer et d’échanger leurs points de vue, leurs recherches, sur la meilleure façon de vivre en bonne harmonie avec les animaux.

Après deux premières thématiques consacrées aux considérations générales sur le bien-être animal (juillet 2015) et à la gestion des « PEST » et des animaux errants dans le monde, nous présentons ce mois-ci les résumés des différentes interventions sur les méthodes de conservation de la faune sauvage et un nouveau modèle d’agriculture raisonnée et éthique.

1. Réflexions pour des productions agricoles éthiques, durables et respectueuses du bien-être animal


Quantité de vie : entre vivre bien et longtemps ou pas du tout, pas de solution ?

IAS Olsson, M. Magalhaes Sant’Ana, NH Franco, Quantity of life : living long, well or not at all ?, Laboratory Animal Science, Institut de Biologie moléculaire et cellulaire, Portugal ; School of Veterinary Medicine, Ecole Universitaire Vasco de Gama, Portugal ; Veterinary Sciences Center, University College de Dublin, Irlande

Les sciences relatives au bien-être animal se concentrent principalement sur la qualité de vie des animaux, mais laissent de côté de nombreuses problématiques pertinentes sur le plan éthique concernant la « quantité de vie », qui prend en compte le nombre d’animaux vivant et la longévité de chaque individu. Dans de nombreuses situations, qualité et quantité de vie sont liées, et souvent par une tension. Les auteurs ont choisi de présenter trois exemples concrets où le dilemme peut s’observer.

Chez les vaches laitières, une production de lait importante ou augmentée entraîne des maladies plus fréquentes au sein du cheptel ; dans ce cas, quantité et qualité de vie sont directement affectées. L’entremêlement des facteurs en cause est complexe : la problématique de santé qui entraîne l’abattage sélectif des individus malades peut être considérée comme sans douleur, mais d’un autre côté, la décision d’abattre des membres du cheptel peut être motivée davantage par l’arrivée de nouvelles génisses que par la nécessité de retirer des animaux malades. A ce titre, les jeunes veaux nés de vaches laitières, ayant peu de valeur pour la production de viande, sont systématiquement abattus à l’issue de leur première année de vie, faisant par là même une expérience de la vie très courte. Dans d’autres cas, ils peuvent servir à la production de viande de veau, faisant alors l’expérience d’une qualité de vie pauvre.

Ces deux problématiques sont liées : améliorer la longévité des vaches serait économiquement plus viable pour les éleveurs, car ils pourraient alors combiner l’insémination avec des semences sélectionnées pour produire de nouvelles génisses, et l’insémination avec des semences issues de races à viande pour le reste de leur production (donc les veaux). Les jeunes destinés à la production laitière seront pleinement de type laitier tandis que les autres veaux seront croisés.

Autre cas, celui des animaux utilisés en laboratoires, pour lesquels le dilemme se situe entre la réduction du nombre d’animaux et la réduction de l’impact qu’ils subissent, ce dernier point étant particulièrement souligné par l’éventuelle « ré-utilisation » des animaux pour d’autres procédures. Un tel dilemme a été soumis à des étudiants en laboratoire. Le choix hypothétique était le suivant : 20 procédures douloureuses endurées par le même animal pendant 20 jours, ou une seule et unique procédure sur 20 animaux différents. Lorsque les animaux étaient des souris, les réponses étaient réparties de façon égale (49% pour 20 souris, 51% pour 20 essais sur un même individu), tandis que pour les chiens et les primates, les étudiants préféraient avoir recours à moins d’animaux.

Ces cas démontrent bien la problématique posée entre qualité et espérance de vie d’un côté, qualité et nombre d’individus en cause de l’autre. Toute la difficulté réside dans la perception que les gens peuvent avoir de la qualité et de la quantité de vie. Il apparaît, par ailleurs, que cette perception évolue selon l’espèce animale concernée.

Gérer la faune sauvage sans léser le bien-être animal : une nouvelle approche pour une production agricole durable

AJ. Tomlinson, A. Rayner, D. Cowan, KE. Littin, A. Bright, R. Layton, Considering Animal welfare in a whole-farm approach to wildlife management for sustainable food production, Wildlife health and veterinary consultant, UK ; Food Animal Initiative, The Field Station, Oxford, UK ; National Wildlife Management Center, Animal and Plant Health Agency, York, UK ; Ministry for Primary Industries, Nouvelle-Zélande

Certaines espèces sauvages peuvent compromettre l’équilibre d’une production agricole ou d’un élevage. Les problèmes sont variés : destruction des aliments destinés au bétail, contamination de la nourriture ou des litières, transmission de maladies au cheptel, prédation. Pour les auteurs, appliquer le modèle de gestion dit « IPM » (Integrated Pest Management) qui compte les étapes suivantes : prévenir, surveiller, contrôler, est une approche intelligente. Néanmoins, la plupart des opérateurs se concentrent sur l’étape « contrôler » en ayant recours à des méthodes de destruction radicale (jugées plus simples et économiques), et négligent fortement la prévention et la surveillance, ce qui peut avoir des conséquences éthiques, environnementales et économiques négatives.

Les rodenticides anti-coagulants constituent l’essentiel des solutions proposés pour « gérer » les populations de rongeurs non-désirées, et ce à travers le monde. Elles sont pourtant particulièrement inhumaines, entraînent des problématiques non seulement de bien-être mais aussi d’environnement et de sécurité alimentaire pour les espèces non visées qui peuvent y être exposées. Enfin, une utilisation à grande échelle entraîne invariablement une antibiorésistance accrue. Les auteurs ont réalisé un sondage par téléphone auprès de 500 éleveurs afin de déterminer si une gestion des PEST en amont et une meilleure surveillance avaient fait diminuer leur utilisation de rodenticides. De façon très significative, les auteurs ont constaté que ce n’était pas le cas : les « bonnes pratiques » préventives n’avaient pas d’effet sur la consommation de rodenticides. Les auteurs ont donc cherché d’autres solutions qui induiraient une moindre utilisation de ces produits.

Dans une seconde phase, les auteurs ont étudié la nature de la relation entre la faune sauvage et les pratiques agricoles à une plus large échelle. Paradoxalement, de nombreuses initiatives de préservation d’espèces « désirables » et de renforcement de la biodiversité voisinaient, chez les mêmes acteurs, avec des méthodes de contrôles létales pour les espèces considérées comme nuisibles. Les auteurs proposent des pistes de réflexion visant à élargir le cercle des espèces acceptées et à réduire le nombre d’espèces, ou d’individus au sein d’une même espèce, non désirées, de façon à diminuer les conflits associés à leur présence.

Nouvelles perspectives pour un système de production animal durable et le rôle du bien-être animal

DM. Broom, New directions for sustainable animal production systems and the role of animal welfare, Center for Animal Welfare and Anthrozoology, Department of Veterinary Medicine, University of Cambridge, UK.

De nouveaux systèmes de production agricole et d’élevage, véritablement durables, sont nécessaires à très court terme. On considère à ce titre qu’un système ou une procédure est « durable » s’il est acceptable aujourd’hui et que ses effets seront acceptables dans le futur, en particulier en terme de disponibilité des ressources, conséquences directes du mode de fonctionnement et d’éthique. A ce titre, certains systèmes ayant recours aux animaux peuvent ne pas être durables en raison de l’épuisement des ressources qu’ils engendrent, de l’accumulation des dommages et tout autre effet que le public pourra considérer légitimement comme négatif : un mauvais usage des ressources alimentaires mondiales ; des effets nocifs sur la santé humaine ; un bien-être des animaux médiocre ; des effets délétères sur l’environnement comme une biodiversité appauvrie ou peu de conservation de la faune sauvage ; des modifications génétiques inacceptables ; des relations commerciales inéquitables, dans lesquelles les producteurs des pays en voie de développement sont mal rétribués ; dommages causés aux communautés rurales. N’importe quelle conséquence parmi celles précitées peut être le résultat d’un mode de production dit « pauvre ».

Le bien-être animal et d’autres critères de développement durable sont davantage présents que dans la moyenne des productions animales lorsque le bétail, les moutons, les chèvres ou les porcs, ont la possibilité de paître dans des espaces boisés. Par ailleurs, les arbres peuvent fournir des végétaux et des fruits comestibles et produire un bois de qualité. Ils constituent un environnement favorable aux animaux. Le système dit « sylvo-pastoral » se construit ainsi sur trois niveaux : des pâtures, des arbustes comestibles, puis des arbres comestibles également. Appliqué dans les zones tropicales, ce système engendre une meilleure productivité, une plus grande biodiversité, un bien-être animal amélioré et même un plus grande envie de travailler pour les ouvriers agricoles, que dans les systèmes basés uniquement sur le pâturage simple.

Le bien-être animal est notamment plus développé pour les raisons suivantes : la qualité nutritionnelle est améliorée puisque les animaux mangent des végétaux divers et naturels ; ils disposent d’ombre donc d’un plus grand confort thermique ; ils ont moins peur puisqu’ils peuvent se cacher ; ils sont en meilleure santé puisqu’ils côtoient des prédateurs de mouches et de tiques ; ils ont moins de risques de cancers et autres maladies puisqu’ils peuvent s’abriter davantage du soleil ; ils sont enfin en meilleure condition physique, manifestent des comportements plus équilibrés et ont de meilleures interactions avec les humains.

L’élevage industriel : les mythes jumeaux de l’efficacité et de la nécessité

P.J Stevenson, Industrial livestock production : the twin myths of efficiency and necessity, Compassion in World Farming, UK.

Il est généralement avancé que la production alimentaire devra augmenter de 70% afin d’assumer la croissance de la population mondiale et la nourrir correctement. En conséquence, il faudrait généraliser l’élevage industriel, ce qui entraînerait un bien-être encore amoindri pour les animaux.

En réalité, il n’est pas nécessaire d’augmenter la production alimentaire mondiale. Nous produisons déjà la quantité de nourriture qui sera nécessaire pour nourrir une population de 9,6 milliards d’individus, chiffre qui sera atteint à la moitié de ce siècle. Pourtant, plus de la moitié de cette production est gâchée : 25% est détruite à cause d’un mauvais stockage, ou jetée au stade de la mise en vente, et 9% des céréales produites servent pour les biocarburants ou d’autres secteurs industriels. 36% de la production céréalière mondiale nourrit les animaux d’élevage, mais les trois quart en sont perdus, les animaux parvenant difficilement à « convertir » ces céréales en lait ou en viande. Le challenge n’est donc pas tant de produire plus que de moins gaspiller.

Si toutes les formes de gaspillage énoncées ci-dessus étaient réduites voire supprimées, les 9,6 milliards d’individus estimés à l’horizon 2050 seraient nourris sans qu’aucune augmentation de la production agricole soit nécessaire. L’élevage industriel à grande échelle ne serait plus une nécessité, d’autant plus que ce mode de production n’exploite pas les ressources naturelles mondiales de façon durable. Ce type d’élevage est entièrement dépendant du nourrissage céréalier des animaux. Pour 100 calories données aux animaux sous forme de céréales, nous n’en recevons que 17 à 30 sous forme de viande ou de lait. La production qui en est issue est donc très pauvre en terme calorique. Le gaspillage est à tous les niveaux : l’eau et l’énergie pour produire ces céréales, jusqu’aux céréales eux-mêmes. Enfin, l’élevage industriel est un grand consommateur, pour ne pas dire dévoreur, d’eaux (qu’il pollue également), de surface et de terres arables que les élevages extensifs.

Une généralisation de l’élevage intensif aurait deux conséquences : la demande croissante en céréales engendrera une intensification de la production céréalière donc l’usage de monocultures, de fertilisants et de pesticides. Ces derniers sont de plus en plus reconnus comme nocifs pour la biodiversité et destructeurs pour les sols. Par ailleurs, la nécessité d’étendre les terres agricoles nécessitera de détruire des habitats sauvages et de fragiliser la faune sauvage. La seule approche qui évite ces deux problèmes est de réduire l’élevage animal basé sur le nourrissage céréalier. La conséquence directe sera une diminution de la production de viande, donc de sa consommation, ce qui aura des effets bénéfiques sur la santé humaine.

Le rôle des insectes comestibles dans un système d’élevage durable et éthique

J.A.E Josephs, E.A McBride, Mini livestock : the rôle of edible insects in welfare friendly farming, Applied Animal Behaviour Unit, Psychology, University of Southampton, UK.

On estime que la population mondiale atteindra 9 milliards d’individus à l’horizon 2050. Cela aura fatalement un impact négatif sur le bien-être animal, si pour satisfaire cette croissance de population, l’élevage s’intensifie. Une des propositions des Nations Unies pour limiter cet impact est d’encourager l’entomophagie. 80% des pays du globe consomment déjà des insectes et sont une source importante de protéines et de nutriments essentiels.

Les besoins des insectes comestibles peuvent être facilement satisfaits, si l’on prend garde à la température ambiante, au taux d’humidité, à la lumière et à la présence d’un abri. Leurs besoins nutritionnels ne sont pas complexes et ils peuvent se nourrir des déchets végétaux et animaux. En outre, les besoins en termes d’espace et de lien social sont facilement réunis, étant donné que de nombreuses espèces vivent naturellement en groupes sociaux (par exemple, les ténébrions meuniers ou les cafards) et ont un espace vital modeste.

Alors qu’il est clair que ces insectes répondent aux stimuli aversifs, nous ne savons pas grand chose de leur perception de la douleur. Malgré cette inconnue, il est clair que l’élevage d’insectes évite toutes les méthodes provoquant peur et maltraitance, fréquentes dans l’élevage, le transport et l’abattage des oiseaux, poissons et mammifères. Les mesures de santé préventives, dans le cas de l’élevage entomologique, excluent le recours aux antibiotiques ou encore les procédures aversives comme la castration, la caudectomie, l’insémination artificielle etc. Les insectes peuvent être abattus de façon « humaine » par recours dans un premier temps à l’hypothermie, l’anesthésie provoquée par réfrigération étant utile avant l’abattage par congélation dans un second temps.

Les bénéfices de l’élevage d’insectes sont également d’ordre environnemental. On estime que les criquets demandent 1000 fois moins d’eau que les bovins pour produire 1 kilo de viande. Ce type d’élevage émet beaucoup moins de méthane et d’ammoniaque que l’élevage bovin. Par ailleurs, les insectes demandant moins d’espace, ils ont un moindre impact sur l’utilisation des terres et ne nécessitent pas de déforestation supplémentaire. Enfin, ce type d’élevage permet de « dé-mondialiser » la production alimentaire et de renforcer sa traçabilité.

La production à usage commercial des insectes nécessitera une législation adaptée en matière de bien-être, d’hygiène, et devra aussi se préoccuper des problématiques de bio-sécurité (zoonoses, lâcher d’espèces non-endémiques dans un nouveau milieu).

2. Problématiques diverses liées à la conservation des animaux sauvages

par Brunilde Ract-Madoux, éthologue et consultante au refuge AVA

Contrôle de la croissance des populations en assurant le bien-être et le potentiel reproducteur dans les programmes d’élevage coopératifs des zoos et aquariums

K. Leus1,2,3 and K.M. Schad1, Controlling population growth while ensuring welfare and future reproductive potential in cooperative breeding programmes in zoos and aquaria,

1 European Association of Zoos and Aquaria, Amsterdam, The Netherlands

2 Copenhagen Zoo, Copenhagen, Denmark

3 International Union for Conservation of Nature (IUCN)/ Species Survival Commission (SSC), Conservation Breeding Specialist Group (European Regional Network)

kristin@cbsgeurope.eu

La gestion des espèces en captivité se fait grâce à l’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA)* et à ses membres, qui travaillent ensemble pour assurer une base fiable d’animaux en bonne santé pour le futur. Les objectifs sont de maintenir une stabilité démographique, préserver la diversité génétique et maintenir des animaux en bonne santé physique et mentale.

Tous les programmes d’élevage arrivent toujours à une étape clé où la cible démographique est atteinte ou alors la capacité d’accueil maximale des animaux est atteinte, c’est pourquoi les naissances doivent être surveillées. Bien avant d’atteindre cette étape, des individus sont sélectionnés pour la reproduction que ce soit pour de courtes ou de longues périodes, pour optimiser la préservation de la diversité génétique. Des phénomènes tels qu’un sex ratio à la naissance inégal ou des structures de groupes type harem, résultent en un nombre de reproducteurs d’un même sexe trop élevé.

Cette présentation a clarifié le spectre d’options disponibles utilisées par les zoos et aquariums afin d’atteindre leurs objectifs. L’auteur a aussi présenté une évaluation des avantages et inconvénients potentiels des conséquences comportementales, médicales et reproductives de ces actes et le potentiel reproducteur futur.

Les catégories de stratégies décrites ont été : séparation des sexes, contraception, castration et stérilisation, gestion de l’euthanasie. Les responsables de programmes d’élevage doivent décider quels individus sont aptes à la reproduction. Une des difficultés est de gérer les individus non voulus une fois qu’ils sont nés.

Voici les options pour limiter la croissance de la population et décider de la sélection d’individus à la reproduction :

1/ Eviter la production d’individus non voulus :

– chirurgie permanente : castration, stérilisation

– contraception réversible : hormonale, immunologique, mécanique, chirurgicale

– séparation de sexes

– supprimer l’environnement favorisant la reproduction.

2/ Gérer les individus non voulus une fois qu’ils sont nés

– transfert entre institutions

– abattage sans cruauté

Aucune méthode n’est appropriée à chaque espèce, chaque individu, chaque situation, mais doit être évaluée et mise en place selon le contexte.

1/ Eviter la production d’individus non voulus :

Plusieurs facteurs sont impliqués pour décider quelle méthode est la plus appropriée dans chaque situation, il faut considérer :

– l’espèce

– l’âge, la santé, le statut reproducteur et les conditions de l’individu

– la valeur génétique de l’individu

– L’efficacité

– la sécurité (maladie létale ou qui peut être soignée, infertilité, longévité courte, …)

– le degré de réversibilité

– la méthode et la fréquence délivrée (orale, implant, injection, chirurgie)

– disponibilité et coût

– culture, éthique…

Il est difficile de prendre des décisions selon la méthode utilisée. Voici des exemples de méthodes utilisées, les facteurs impliqués et les conséquences :

– « sécurité » : une méthode de contraception avec un progestatif ne doit pas être utilisée à long terme, risque de pathologie utérine chez les félins et autres carnivores. Existence d’un agoniste de la GnRH, plus efficace, plus sûr et donc de plus en plus fréquent en zoo.

– « réversibilité » : la méthode de stérilisation peut être utilisée pour les individus dont on est sûr qu’ils ne devront jamais se reproduire. Mais la valeur génétique d’un individu peut évoluer au cours du temps (elle est déterminée par le taux de parenté avec la population entière, qui est donc susceptible d’évoluer); une autre méthode est la séparation des sexes, mais chez certaines espèces, la probabilité du succès reproducteur diminue avec l’âge.

– « sécurité » et « réversibilité » : les résultats d’une étude (Asa et al., 2014) ont montré la prévalence de pathologie utérine était supérieure chez les femelles qui passaient du temps sans se reproduire bien que sous contraception ou dans un environnement sans nid et sans contraception.

Des cycles sans conception peuvent porter plus de risques que l’utilisation de contraceptifs.

– « effets sur le comportement » : très peu d’études sur les conséquences de la contraception sur le comportement : absence ou présence de comportements reproducteur ? Une base de données existe AZA WCC (Association of Zoos and Aquariums, Wildlife Contraception Center). L’utilisation d’autres méthodes renvoie à d’autres conséquences comportementales : interruption de la composition « normale » d’un groupe social, changements d’humeurs, dépression, léthargie, etc.

Les effets comportementaux observés affectent-ils le bien être et les compétences comportementales de l’individu ?

2/ Gérer les individus non voulus une fois qu’ils sont nés :

– par accident : les méthodes de contrôle peuvent échouer, ou alors cela peut être le résultat d’une planification de la taille de la population basée sur des moyennes.

Les données des studbook et les données démographiques de chaque population permettent d’estimer le nombre d’individus qui peut naitre chaque année. Afin de calculer le nombre d’individus aptes à la reproduction chaque année, il est nécessaire de calculer la moyenne de portées par an, la taille moyenne de chaque portée, la probabilité qu’un couple choisi se reproduise, la moyenne du sex-ratio à la naissance.

Les transferts d’animaux en parcs zoologiques sont une des solutions à ce problème, entre institutions membres de l’EAZA, ils auront les mêmes règles, lois et standards de bien-être et les programmes d’élevage sont centralisés et coordonnés par un responsable. Les animaux peuvent aussi être envoyés dans des institutions non membres de l’EAZA, mais les règles et lois n’étant pas les mêmes, quelques précautions sont à prendre en compte.

Lorsque des jeunes sont nés par accident et que leur placement n’est pas possible, ils peuvent être abattus. Par contre, cette solution peut aussi être adoptée même si les naissances sont délibérées, par exemple pour que le couple maintienne son potentiel reproducteur, ou alors parce que certaines croyances sont en faveur du maintien des comportements naturels (augmenter les compétences comportementales et le bien-être). Cette pratique est très débattue, en effet, tuer un animal en bonne santé pose des questions éthiques.

Selon les caractéristiques spécifiques et les expériences sur l’espèce, le niveau de données scientifiques disponible, la disponibilité de contraceptifs, des différences dans la loi et les aspects culturels, les institutions membres de l’EAZA venant de pays différents ont tendance à utiliser des approches différentes. Ainsi, différentes méthodes sont utilisées pour les programmes d’élevage au lieu d’utiliser une méthode spécifique à un programme.

La conférencière a aussi mis l’accent sur le besoin assez important de l’enregistrement détaillé et systématique des expériences pour chaque espèce, l’apprentissage de preuves, la recherche scientifique, pour répondre aux innombrables questions sur ce sujet.

A l’heure actuelle, les quelques méthodes existantes fonctionnent assez bien pour certaines espèces et dans certains contextes. Aucune méthode n’est parfaitement appropriée pour toutes les espèces dans toutes les situations. Il y a de nombreux facteurs en jeu à considérer lorsque l’on décide quelle méthode est la plus appropriée, pour quelle espèce, population, institution, individu. Ne faire aucun contrôle n’est pas une option à long terme. La plupart des programmes d’élevage utilisent une combinaison des différentes méthodes, impliquant une propagation des risques.

La recherche scientifique est utile. Les chercheurs peuvent aider de différentes manières :

– aider les coordinateurs des programmes d’élevage à identifier quelles données collecter pour permettre une bonne analyse rétrospective

– planifier et réaliser des recherches sur les effets sur le comportement

– planifier et réaliser des évaluations des conséquences des différentes méthodes sur le bien-être dans différents contextes.

– Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA) : http://www.eaza.net

– Existence d’une base de données sur la contraception des animaux sauvages captifs : AZA WCC (Association of Zoos and Aquariums, Wildlife Contraception Center) avec plus de 30 000 entrées. Il est conseillé de fournir des informations et des recommandations aux responsables, d’initier et de coordonner des essais de nouvelles méthodes, de mener des examens pathologiques, de travailler pour rendre les résultats disponibles et abordables

L’abattage améliore-t-il le bien-être des animaux en parcs zoologiques ?

P. Sandøe1,2, T.J. Kasperbauer1 and B. Holst3 , Does culling improve the welfare of zoo animals ?

1 Department of Food and Resource Economics, University of Copenhagen, Denmark

2 Department of Large Animal Sciences, University of Copenhagen, Denmark

3 Copenhagen Zoo, Denmark

pes@sund.ku.dk

Les parcs zoologiques européens et américains ne traitent pas de la même manière le « surplus » des animaux captifs de leurs institutions. Les zoos européens créent des surplus en permettant aux animaux de se reproduire librement, cela implique donc une sélection des individus pour le contrôle des populations. Alors qu’en Amérique du Nord, ils essayent de prévenir les surplus grâce à la contraception, la stérilisation et la séparation physique. En réalité, les choses ne sont pas si bien divisées que cela. L’abattage existe aussi dans les zoos Nord américains.

Les auteurs ont décrit les résultats d’interviews effectuées auprès des directeurs de zoos et auprès des responsables de programmes d’élevage, sur le rôle de l’abattage dans la gestion des populations. Les résultats ont servi de point de départ pour discuter de la question importante du bien-être animal et des raisons favorisant une des deux méthodes de gestion du surplus d’animaux dans les zoos européens et américains. Un des points important est d’essayer de concilier le bien-être et la conservation. Il y a différents intérêts liés au bien-être animal : le coté irréversible de la stérilisation, le maintien en structures sociales, la fertilité, les agressions entre individus, la frustration sexuelle, les comportements naturels.

Trois problèmes s’exposent aux parcs zoologiques :

– Effets sur le contrôle des naissances :

Quel est l’impact de la contraception sur le bien-être ? La contraception induit des changements psychologiques et physiologiques qui impactent le bien-être.

Quel est l’impact de la stérilisation sur le bien-être ? Elle cause des effets physiologiques, psychologiques et comportementaux.

Quel est l’impact des naissances libres sur le bien-être ? Elles permettent un nombre de comportements pouvant améliorer le bien-être : le choix de partenaire, la reproduction, l’élevage, un groupe social naturel. Mais certains ont une autre conception et mettent en avant les effets de la reproduction sur l’état émotionnel négatif ou positif des animaux selon les situations.

– Effets sur l’hébergement :

Dans les cas de surpopulations, il est difficile d’héberger tous les animaux dans les meilleures conditions, les séparations physiques ne sont pas toujours possibles. Une des alternatives est le transfert d’animaux, mais cela n’est pas toujours réalisable.

– Quel est l’impact de la séparation physique sur le bien-être ? Cela peut créer une isolation sociale, une perturbation de la structure sociale, des contraintes spatiales.

– La mort comme résolution du problème du bien-être :

« La longévité d’un animal n’entraine pas forcément un meilleur bien-être, le bien-être n’étant pas une caractéristique cumulative pour l’individu. Les animaux abattus n’ont pas un moins bon bien-être », Penfold et al. (2014).

La mort ne permet pas l’opportunité d’essayer d’avoir une bonne vie. Donc la perte de bien-être est liée au nombre d’opportunités pour expérimenter la perte des bonnes choses. La perte sera récupérée par un autre individu naissant qui aura donc l’opportunité de vivre une bonne vie. Dans les conditions naturelles, les animaux meurent jeunes, la sélection par abattage peut mimer ce qu’il se passe dans la nature. Mais cela ne laisse pas de chance à l’animal d’expérimenter une bonne vie.

La raison la plus communément citée de la préférence du système européen est que l’abattage routinier maximise la diversité génétique des populations captives et permet d’atteindre l’objectif de la taille de la population. Cet argument suppose que les individus doivent être sacrifiés par égard au reste de la population, cela positionne les zoos américains au premier plan avec une gestion cherchant les intérêts des animaux. A partir des résultats des interviews, les auteurs ont fourni des raisons de penser que cette conclusion n’est pas si simple.

Les auteurs ont exposé trois arguments pour conclure :

Premièrement, les méthodes actuelles de contrôle des naissances ont souvent des impacts négatifs sur le bien-être animal. Par exemple, la contraception peut avoir des effets psychologiques significatifs, impactant négativement l’individu et la population entière. Deuxièmement, même si le contrôle des naissances ne cause pas de problème de bien-être, nous soutenons que la reproduction naturelle, la naissance, l’élevage des jeunes peut promouvoir un bon niveau de bien-être.

Troisièmement, l’abattage des animaux pour des raisons de contrôle génétique peut potentiellement améliorer le bien-être des autres animaux qui naitront dans le futur. Avec ces trois arguments, nous soutenons qu’une pratique incluant la sélection d’un surplus d’animaux peut en réalité être favorable au bien être des animaux de zoos.

SYNTHESE

Comportement animal en refuge
par Brunilde Ract-Madoux

L’ASPCA a organisé le 9 septembre dernier un webinar ou séminaire web à destination des professionnels de refuges. Les 2 conférencières Emily Weiss, vice présidente recherche et développement – ASPCA et Heather Mohan-Gibbons, directrice de la recherche appliquée et comportement – ASPCA ont présenté leur nouveau livre : « Comportement animal pour les vétérinaires et le personnel de refuge ». Elles ont aussi exposé les recommandations pour bien prendre en charge les animaux à leur arrivée et tout au long de leur séjour en refuge, dans les meilleures contions de bien-être possible.

Dans ce livre, il y a 3 chapitres importants dont les sujets se recoupent. Le premier concerne la population de chiens et chats, le second les animaux de compagnie, le troisième, les chiens et chats de refuge.

Aux Etats-Unis, il est courant de voir dans les refuges des jeunes chats, des jeunes animaux en général, des gros chiens, des pitbulls et assimilés. Ce sont les animaux qui ont le plus de risques d’entrer dans un refuge, et certains d’entre eux n’en ressortiront jamais.

Une étude sur le profil des animaux abandonnés a montré les résultats suivants :

– les chiens les plus souvent placés ont entre 5 mois et 2 ans, ils ne sont pas stérilisés, ils ne reçoivent pas de soins vétérinaire, ils vivent plutôt dehors, ils ne sont pas spécialement éduqués, ils sont souvent malades ou blessés.

– les chats les plus souvent placés ont moins de 3 ans, ne sont pas stérilisés, ils sont autorisés à sortir, ne reçoivent pas de soins vétérinaire.

Une des causes les plus courantes de placement en refuge est l’élimination inappropriée chez les chiens ou les chats. Pour nombre de professionnels c’est un problème qui peut se résoudre à la maison, la cause est souvent le stress. En retirant la/les source(s) de stress à l’animal, tout peut se remettre en ordre rapidement. Elles ont précisé que certaines fois, il serait utile d’agir en amont pour éviter le placement inapproprié d’un animal.

Le stress peut être défini comme une réponse biologique obtenue lorsqu’un individu perçoit une menace pour son homéostasie (conséquence d’un agent stresseur).

Il y a de nombreux signaux visibles sur l’animal exprimant du stress, certains sont facilement visibles, d’autres sont plus discrets. Chaque être réagit différemment selon la situation. Le stress est exprimé différemment selon les individus.

Il y a plusieurs manières de mesurer le stress :

– mesurer les réponses physiologiques : cortisol et autres hormones du stress, rythme cardiaque, bioacoustique, etc.

– mesurer les réponses comportementales : tout changement comportemental de l’animal est à considérer : augmentation/diminution de la locomotion, du toilettage, de la prise alimentaire, des vocalisations, halètement hyper salivation, dilatation des pupilles, agressivité, peur, destructions, etc.

Les réponses physiologiques et comportementales varient selon les espèces et selon l’individu. Il est donc important de prendre en compte les différences individuelles et entre les espèces. Par exemple, quand un chien est stressé il va avoir tendance à augmenter ses mouvements et déplacements alors qu’un chat va plutôt se cacher et être prostré.

Les problèmes médicaux peuvent aussi être liés au stress et sont souvent liés aux troubles comportementaux et inversement.

Le stress est une réponse normale à l’environnement mais les réponses au stress deviennent problématiques lorsque l’animal n’arrive plus à s’ajuster aux challenges de l’environnement, qu’il est incapable d’échapper aux agents stresseurs. On parle de stress chronique et de stress aigu selon l’intensité et la durée de la menace pesant sur l’animal et la façon dont il le ressent.

En refuge, il est conseillé d’essayer d’anticiper l’état de stress d’un animal dès son arrivée, par exemple en aménageant au mieux son environnement.

De nombreuses sources de stress existent en collectivité : Odeurs, bruits, alimentation différente, proximité avec d’autres espèces, isolation, substrat inconfortable, etc.

Afin de réduire le stress dans ce type d’environnement, il est recommandé d’entrainer le personnel à la détection des signes de stress, de bien observer les comportements quotidiens des animaux et d’essayer au maximum d’intervenir précocement. Pour améliorer le bien-être des animaux, il faut leur permettre d’avoir plus de choix et de contrôle sur leur environnement, diminuer les agents stresseurs, enrichir leur milieu de vie, tout ceci en mettant en place un protocole précis.

Aménager l’environnement de l’animal signifie :

– permettre une augmentation du choix de comportements

– considérer les comportements spécifiques à l’espèce et ses capacités propres

Les aménagements de l’environnement peuvent être classés en plusieurs catégories :

Les sens (via l’alimentation, les odeurs, les sons, etc.), les interactions sociales, l’environnement physique, les jeux.

On parle souvent d’ajouter quelque chose pour enrichir l’environnement et réduire le stress, mais certaines fois, il faut plutôt retirer la source de stress !

Attention aux préférences individuelles : il est possible de tester les aménagements pour vérifier les préférences de chaque animal et être sûr que l’on va dans le bon sens pour atteindre le/les objectif(s) voulus.

Les conférencières ont donné des exemples détaillés de la façon de mettre en place les aménagements de l’environnement selon plusieurs critères (spécifique à l’espèce, préférences individuelles, expérience passée, etc.).

Par exemple, pour les jeux : un jouet nouveau peut attirer le chien, il peut être réutilisé d’une autre manière pour accroitre l’intérêt. Le jouet est choisi selon l’individu, sa race, le contexte. Un jouet présent dans un parc, un chien qui explore augmentent positivement la perception du public.

Plusieurs études ont montré l’effet positif des caresses, du contact positif avec des personnes, des promenades sur la diminution du stress chez le chien.

Le processus d’aménagement de l’environnement peut être organisé comme suit :

– identifier les agents stresseurs

– définir les objectifs, développer le protocole

– lister le matériel

– planifier la mise en place et le roulement des aménagements

– suivi régulier et observations pour vérifier l’efficacité.

Enfin, les conférencières ont exposé les recommandations pour bien accueillir un animal de refuge à la maison, pour que cela se passe dans les meilleures conditions et des conseils pour aider les propriétaires à garder leur animal.

Pour plus d’informations :

« Comportement animal pour les vétérinaires et le personnel de refuge », 2015, Emily Weiss, Heather Mohan-Gibbons, Stephen Zawistowski.

http://aspcapro.org/webinar/2015-09-09/animal-behavior-shelters

 

SYNTHESE
Diabète sucré : une importante étude épidémiologique suédoise

Le Journal of Veterinary Internal Medicine publie les résultats d’une importante étude menée en Suède sur le diabète sucré du chat. Ils confirment la surreprésentation très nette du Burmese et des mâles, mais ils identifient également des races à plus faible risque. Ils portent sur l’historique de plus de 500 000 chats médicalisés. (in l’Essentiel n°379)

Le diabète sucré est une endocrinopathie fréquente chez le chat et il semble que sa prévalence ait augmenté au cours des dernières décennies, comme cela a été observé chez l’homme. Le diabète du chat, en général, est similaire au diabète de type 2 de l’homme. On trouve d’ailleurs des facteurs de risque commun comme l’obésité, l’âge, la sédentarité, l’histopathologie du pancréas des diabétiques

félins et humains est très similaire. Des différences ethniques de prévalence existent chez l’homme comme chez le chat, le Burmese étant prédisposé dans cette espèce. Bien que cette affection soit courante, peu d’études fiables se sont penchées sur sa prévalence. Une publication américaine faisait état d’une augmentation de 8 cas pour 10 000 dans les années 1970 à 124 pour 10 000 en 1999.

Une étude sur plus de 500 000 chats

En Suède, un très grand nombre d’animaux de compagnie sont assurés pour leur santé, ce qui permet de réaliser des études de grande ampleur : 36 % de la population féline est ainsi assurée, celle-ci étant estimée à près de 1,2 million d’animaux. Agria, qui a fourni ces données, est la principale assurance santé du marché. Entre 2009 et 2013, le nombre total de chats assurés était de 504 688, contribuant à 1 229 699 chats-années à risque (CAAR), 23 % concernant des chats de pure race.

Un pic à l’âge de 11 ans

Le taux d’incidence du diabète dans l’ensemble de la cohorte a été de 11,6 cas pour 10 000 CAAR, il ne varie pas significativement au fil des années qu’a duré cette étude. L’âge moyen au moment du diagnostic était de 10,7 ± 3,1 ans. Cet âge ne diffère pas entre les mâles et les femelles. Le taux d’incidence est proche de zéro chez les jeunes chats, il commence à augmenter dès l’âge de 6 ans et connaît un pic à l’âge de 11 ans.

Le Burmese en première ligne

On observe de fortes variations raciales : le taux d’incidence est de 48,8 cas pour 10 000 CAAR chez le Burmese, de 44,1 chez le bleu russe, de 21,2 chez le chat des forêts norvégiennes, de 21,1 chez le chat européen à poil court, de 12 chez l’Abyssin. A l’inverse, certaines races apparaissent relativement protégées : il s’agit du Bengal (2), du Sibérien (2,3), du ragdoll (2,9), du Birman (2,9), etc. L’ensemble de ces données est disponible dans cette publication en accès libre. Quand on tient compte de l’âge, la surreprésentation apparente des chats domestiques n’apparaît plus.

Un risque doublé chez les mâles

On remarque que les mâles sont beaucoup plus atteints que les femelles : 15,4 pour 10 000 CAAR, versus 7,6 cas pour 10 000 CAAR. En d’autres termes, les mâles ont un risque de développer un diabète deux fois plus élevé que les femelles. Ce n’est pas le cas chez le Burmese, dans laquelle mâles et femelles sont frappés à parts sensiblement égales. Dans la discussion, les auteurs soulignent les points suivants :

la prédisposition du Burmese au diabète sucré est largement confirmée, le risque est multiplié environ par 5 dans cette race. Ceci confirme les résultats d’autres études menées en Australie et en Europe, alors que cette particularité n’est pas observée aux Etats-Unis, les lignées ayant été longtemps séparées. La cause de cette prédisposition n’est pas encore totalement élucidée, mais on suspecte l’intervention d’une dyslipidémie et d’une résistance à l’insuline ;

cette étude met en avant trois races (bleu russe, chat des forêts norvégiennes, Abyssin) qui n’apparaissaient pas à risque plus élevé dans des publications antérieures. Ceci est sans doute dû à l’importance de l’effectif analysé ;

cette publication est la première à identifier des races à faible risque, en l’occurrence le Bengal, le Birman, le Persan, le ragdoll, le British shorthair ;

l’âge moyen au moment du diagnostic est d’environ 11 ans, ce qui correspond aux données de la littérature. Le pic est observé à 11 ans, puis décroît, ce qui est difficilement interprétable, car il est vraisemblable qu’un certain nombre de propriétaires de chats très âgés optent pour l’euthanasie au moment du diagnostic, le cas n’étant ainsi pas déclaré ;

la surreprésentation des chats mâles peut s’expliquer par le fait qu’ils sont plus volontiers obèses et plus résistants à l’insuline que les femelles.

une des limites de cette étude est l’absence de renseignements sur le statut sexuel des animaux. Pour autant, en Suède, 88 % des mâles et 73 % des femelles sont stérilisés, respectivement.

SYNTHESE
Prothèse de hanche : indications et contre-indications

Les boiteries de la hanche sont un motif assez fréquent de consultation au quotidien. Elles sont surtout une cause fréquente de boiteries qui peuvent être importantes chez le chien jeune (dysplasie, trauma) comme chez le chien âgé (arthrose). La prothèse de hanche peut aujourd’hui constituer une solution à ces troubles, les contre-indications devant cependant être bien pesées. (in l’Essentiel n°378)

Les prothèses de hanche ont beaucoup évolué depuis une quinzaine d’années. Grâce à la prothèse de la hanche, les présentations cliniques de dysplasie coxo-fémorale, sans solution thérapeutique satisfaisante, sont maintenant extrêmement rares. Le coût des prothèses les plus fiables reste cependant une limitation importante. Bien connaître les indications et les contre-indications de la prothèse permet de pouvoir la recommander plus justement aux meilleurs candidats.

Indications de la prothèse de hanche

La prothèse de hanche est une chirurgie qui permet de remplacer l’articulation coxo-fémorale anormale par une articulation prosthétique permettant au chien de retrouver une biomécanique de hanche normale. L’indication est clinique : l’examen général et l’examen orthopédique doivent mettre en évidence une gêne liée à une anomalie de l’articulation de la hanche. Les radiographies permettent de confirmer la suspicion clinique. L’indication n’est pas liée à la gravité radiographique de l’atteinte coxo-fémorale : un chien avec peu d’arthrose aux radiographies pourra être un meilleur candidat à une prothèse de hanche qu’un chien qui a une arthrose marquée de la hanche mais est cliniquement (presque) normal.

Différentes conditions entraînent régulièrement la nécessité de réaliser une prothèse de hanche :

1/Arthrose de la hanche

L’anamnèse doit aller dans le sens d’une atteinte de la hanche, souvent plus chronique que beaucoup d’autres boiteries du membre pelvien. Le propriétaire aura souvent plus de mal à savoir quel est le membre atteint car les deux sontsouvent affectés. Le plus souvent, une raideur est notée, plus importante au lever. Chez le jeune, des clics peuvent être audibles pour les propriétaires. Il est rare qu’une boiterie de hanche soit sans appui, les boiteries sont souvent faibles à modérées. Une atteinte apparemment modérée n’est cependant pas une raison de ne pas traiter, surtout si l’animal est jeune. Cette douleur a un impact important sur la qualité de vie des chiens, les propriétaires notent souvent une grosse différence de « joie de vivre » de leur chien dès que son niveau de confort articulaire s’améliore. L’examen orthopédique doit aussi aller dans le sens d’une atteinte de l’articulation coxo-fémorale et il est indispensable d’écarter une atteinte du ligament croisé, qui reste la première cause de boiterie du membre pelvien. L’animal présentera une douleur à l’extension des hanches et pas à la manipulation du grasset. Pour les chiens jeunes trop actifs en consultation, un test de « mise debout » peut être réalisé plus facilement qu’une extension de la hanche et entraînera aussi une réponse douloureuse. Une fonte musculaire des muscles fessiers est souvent notée avec un trochanter proéminent.

L’indication de prothèse de hanche est recommandée dès lors que la réponse au traitement médical n’est pas complétement efficace, mais aussi lorsque les options chirurgicales préventives ne sont plus adaptées… Par exemple, la double ostéotomie du bassin n’est plus recommandée si l’arthrose est déjà présente ou que les angles de réduction lors de l’Ortolani sont trop importants, ce n’est pas une question d’âge. Avec l’évolution des implants, une prothèse peut être posée dès 8 mois d’âge sans contre-indication. Ce sera une prothèse non cimentée (uniquement disponible chez Biomedtrix), qui présente de nombreux avantages dont une longévité meilleure que les implants cimentés actuellement disponibles en France.

2/ Fracture Salter Harris de la tête fémorale

De la même manière que la prothèse de hanche peut être recommandée précocement pour la dysplasie de hanche, les fractures Salter Harris du fémur proximal chez les jeunes chiens peuvent également être une indication chirurgicale pour des implants non cimentés. Cette indication concerne uniquement des chiens dont une réduction et stabilisation chirurgicales ne sont plus indiquées (fracture datant de plusieurs jours, par exemple). Il faut cependant que la plaque de croissance du grand trochanter soit fermée donc que le chien ait déjà 6 ou 7 mois.

3/ Fracture du col fémoral

Les prothèses de hanche sont indiquées lorsqu’une réduction et stabilisation chirurgicales ne sont plus indiquées (fracture chronique avec malunion par exemple). La prothèse de hanche est recommandée pour tous les patients et reste préférée à l’exérèse de la tête et du col fémoral pour tous les chiens, en particulier les chiens sportifs et les chiens de plus de 20 kilogrammes.

4/ Luxation coxo-fémorale

La luxation de la hanche reste une indication pour une prothèse de hanche dès lors que la réduction ouverte n’a pas permis de stabiliser l’articulation de manière durable (récidive) ou lorsque la luxation date de plusieurs jours faisant penser à une destruction du cartilage. Plusieurs tentatives de réduction ouverte peuvent être tentées, mais chaque épisode entraîne un risque accru d’arthrose. La durée de la chronicité de luxation entraînant des dommages irréversibles et trop importants du cartilage n’est pas connue. On peut imaginer qu’après 5-6 jours, ce risque reste trop élevé mais cela varie selon le poids de l’animal, l’activité du chien et son degré de boiterie (le chien utilisant plus le membre pelvien souffrant d’une luxation aura un dommage articulaire plus important). Chez les chiens ayant une arthrose coxo-fémorale préexistante, la réduction ouverte ne sera souvent pas tentée et une prothèse sera directement recommandée.

Contre-indications de la prothèse de hanche

Il existe plusieurs contre-indications de la pose d’une prothèse de hanche. Certaines évolutions récentes ont permis de répondre à des contre-indications techniques, qui deviennent aujourd’hui très limitées. Il est possible d’opérer des chiens très jeunes. Il est aussi possible d’opérer des animaux de très petit format, avec des résultats satisfaisants. Les contre-indications techniques sont plutôt liées au chirurgien.

Ces opérations lourdes nécessitent un taux de succès élevé. La prothèse de hanche est cependant contre-indiquée pour certaines présentations d’atteinte coxo-fémorale :

un chien dysplasique avec une arthrose des hanches sans signe clinique. Le diagnostic est souvent posé lors de radiographies de dépistage en vue de la reproduction. Il reste courant que des chiens avec de l’arthrose des hanches n’aient aucun signe clinique. Bien qu’il soit également fréquent que des chiens boiteux ne soient pas diagnostiqués ni traités…

un chien dysplasique ayant eu une réponse favorable durable au traitement conservateur, sans avoir besoin d’un traitement anti-inflammatoire continu. La perte de poids, la reprise d’activité, le changement d’alimentation peuvent en effet avoir un effet durable permettant d’éviter une chirurgie lourde au patient.

un chien ayant une autre atteinte orthopédique. Il n’est en effet pas rare qu’un chien dysplasique se mette à boiter plus sévèrement et soudainement à cause d’une rupture de ligament croisé.

un chien atteint d’une pyodermite n’est pas candidat pour une chirurgie immédiatement. Un traitement approprié devra être mis en place et la chirurgie est donc différée dans un premier temps.

un chien atteint d’une maladie nerveuse ou d’une myopathie et même si la dysplasie de la hanche contribue grandement aux signes cliniques. Il faut alors voir l’évolution de la maladie nerveuse ou musculaire (myopathie du gracile par exemple) car si elle progresse, elle pourrait rapidement devenir plus gênante que l’atteinte de la hanche.

un chien atteint d’une arthrite infectieuse. Cette atteinte prédisposera à une infection qui peut entraîner des complications majeures lors de prothèse de hanche.

un chien atteint d’une tumeur articulaire. La prothèse de hanche va certainement gagner en popularité dans les prochaines années grâce à l’évolution des implants qui permet une diminution des complications mais aussi de plus larges indications. L’exérèse de la tête et du col fémoral, bien que permettant souvent une amélioration des signes cliniques, entraîne rarement un retour à 100 % de la fonctionnalité du membre traité. Même si cette approche n’est plus (ou presque) pratiquée chez les chiens de grand format et jeunes atteints de dysplasie de la hanche, elle reste sans doute trop fréquemment réalisée chez des patients qui bénéficieraient encore plus d’une prothèse de hanche. Les risques de complications (infection, fracture et descellement, notamment), bien que faibles, et leurs conséquences (explantation du matériel) doivent cependant être clairement exposés avant la décision du propriétaire.

Revue de presse – Août 2015

BREVES

Grande-Bretagne
Proie ou prédateur ? Regardez-les dans les yeux

Tout est dans les yeux : ils donnent des indications sur le statut social d’un animal, s’il s’agit d’un prédateur ou d’une proie, et même sa taille. Des scientifiques des universités de Berkeley en Californie et Durham en Grande-Bretagne ont découvert le nombre d’informations que recèlent les pupilles. Comme chacun sait, lorsqu’un chat domestique resserre ses pupilles jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que des fentes, et il le fait verticalement. Les moutons, les daims et les chevaux ont pour leur part des yeux aux pupilles horizontales.

Martin Banks, professeur d’optométrie à Berkeley et Gordon Love, directeur du Centre d’instrumentation avancée à Durham, ont ainsi découvert qu’il est tellement important pour un animal (une proie) de garder un œil sur les alentours que, lorsqu’il baisse la tête, sa pupille s’incline de près de 50° de façon à rester horizontale. « L’élément visuel fondamental pour ces animaux est la capacité à détecter la venue de prédateurs, qui viennent généralement du sol ; ils ont donc besoin de pouvoir les voir de façon panoramique, avec le moins d’angles morts possible » explique Banks. « Une fois qu’ils ont détecté la présence d’un prédateur, ils doivent voir dans quelle direction ils fuient. Ils doivent donc avoir une excellente vue y compris dans les angles afin de courir rapidement et de sauter par-dessus d’éventuels obstacles. »

Pour cette étude, les chercheurs ont regardé 214 animaux dans les yeux, tous des animaux vertébrés et terrestres, du serpent australien à toutes les espèces de chats et de chiens, en passant par les hyènes et les mangoustes, ainsi que les espèces de ruminants comme les tapirs et le rhinocéros. L’objectif était de savoir si la forme de la pupille pouvait permettre de deviner la niche écologique de chaque animal.

Un schéma s’est dégagé : les prédateurs qui restent en embuscade pour attraper une proie éventuelle ont plus souvent des pupilles qui se réduisent de façon verticale. Les chasseurs qui rôdent de nuit comme de jour savent utiliser la moindre lumière disponible dans l’obscurité et éviter d’être éblouis par le soleil, ce qui explique pourquoi leur pupille se dilate autant. La pupille est composée de plis, d’autant plus nombreux que l’animal peut la refermer : le chat domestique en a 135, le gecko 300… l’être humain, 15 !

Mais les humains sont grands. Les lions et les tigres aussi, qui disposent également d’yeux ronds et de pupilles circulaires. Les grands félins sont des « glaneurs actifs » : ils pourchassent leur proie. Sur ce point précis de l’étude, les chercheur ont observé 65 prédateurs actifs dont les yeux sont situés sur le devant de la tête. Parmi eux, 44 avaient des pupilles verticales et 82% avaient les épaules d’une hauteur inférieure à 42 cm. Conclusion : la vision binoculaire combinée à la dilatation des pupilles permet aux petits animaux de se jeter plus facilement sur leur proie, en utilisant les différentes mises au point dont ils disposent.

(source : The Guardian, 7 août)


Grande-Bretagne
Les chiens détecteurs de cancer évalués par la NHS

De plus en plus d’études montrent que les chiens savent détecter les symptômes, même invisibles, de cancer chez les humains. Ils sont en passe d’être de plus en plus reconnus par les instances de santé. L’hôpital de Milton Keynes, près de Londres, a ainsi décidé d’évaluer plusieurs chiens « détecteurs » de l’association Medical Detection Dogs, après qu’une étude liminaire ait prouvé que ces chiens pouvaient détecter des traces de tumeur dans les urines dans près de 93% des cas.

Les médecins espèrent que ce « testing » supplémentaire permettra de pallier aux déficiences du traditionnel test pratiqué dans les cas de cancer de la prostate, qui a un taux de réussite négatif très important et contraint de nombreuses personnes chaque année à pratiquer une biopsie alors que celle-ci n’était pas nécessaire.

L’association Medical Detection Dogs a été co-fondée en 2008 par le docteur Claire Guest, directrice du premier programme d’étude visant à entraîner des chiens à identifier les signes de cancer en 2003. Elle a personnellement expérimenté cette capacité des chiens lorsque sa chienne Daisy aurait détecté qu’elle souffrait d’un cancer du sein en 2009.

La Grande-Bretagne a l’un des plus mauvais taux de détection de cancer d’Europe. C’est la raison pour laquelle la NHS (National Health Service) anglaise cherche à introduire d’autres méthodes de détection innovantes et efficaces afin de diagnostiquer les cancers plus tôt.

Les chiens ont, il est vrai, un taux de fiabilité extraordinairement important par rapport à la plupart des tests existants. Leur odorat est si puissant qu’il leur permet de détecter des traces de tumeurs dans une goutte de sang versée dans l’équivalent de deux piscines olympiques ! Ces « bio-détecteurs » ont tellement impressionné les associations de lutte contre le cancer qu’elles se sont dites prêtes à les mettre en place à grande échelle dans les hôpitaux et cliniques. Une opportunité qui pourrait sauver des milliers de vies chaque année.

Canada
L’homme, un super-prédateur qui menace les équilibres écologiques

De tous temps, l’homme a considéré qu’il avait le droit d’exploiter la nature comme bon lui semblait, les actions de conservation n’étant que très récentes. On est encore loin du compte : une étude publiée aujourd’hui par la revue Science et menée par l’équipe du chercheur Chris Darimont, de l’université Victoria au Canada, démontre que la pression que l’homme exerce sur les populations animales, terrestres et marines, en fait un « super-prédateur terriblement efficace ». Ca pourrait faire sourire si cette qualité ne brisait pas un grand nombre de règles du monde animal, ne déséquilibrait pas les écosystèmes et les chaînes alimentaires, au point de provoquer des extinctions de masse.

L’étude intitulée « The Unique Ecology of Human Predators » menée par les chercheurs avait pour but de comparer l’impact de l’homme sur la nature avec celui d’autres prédateurs. 300 études antérieures portant sur 2125 cas de prédations sur des espèces sauvages sur chaque continent et océan (sauf l’Antarctique) ont été passées à la loupe. Résultats ? Nous sommes 14 fois plus mortels pour les poissons que les requins ou les baleines ; 9 fois plus pour les ours, les loups et les lions qu’ils ne le sont entre eux. En terme d’équivalence, cela signifie que l’industrie de la pêche capture 78% des saumons adultes d’Alaska, quand les grizzlys (le principal prédateur de l’espèce dans le monde animal) n’en tuent que 6% par an. Nous tuons 32% des pumas américains, 1% seulement des pumas s’entre-tuent.

Mais le plus grave est que nous tuons selon un mode particulièrement destructeur pour la nature. En chassant les animaux adultes, et non les jeunes, les humains non seulement réduisent les populations, mais handicapent les espèces dans leur processus de reproduction. Entre eux, les animaux ne s’attaquent qu’aux proies faibles ou trop jeunes pour se défendre, ce qui laisse néanmoins la possibilité aux adultes de se reproduire et de faire naître de nouveaux individus. En résumé, nous prélevons trop de proies, et pas les bonnes, pour que les espèces puissent renouveler leurs populations.

Pour Chris Darimont, « nos technologies techniquement mortelles, nos systèmes économiques et notre gestion des ressources nous ont poussés à rendre prioritaires les bénéfices à court terme pour l’humanité, nous transformant ainsi en super-prédateur. Le problème est que notre impact est aussi extrême que notre comportement, qui devient insoutenable pour notre planète. » 

La seule solution pour les chercheurs ? Changer nos techniques de chasse et de pêche et cibler davantage les jeunes individus de chaque espèce, une idée qui va à l’encontre des recommandations actuelles. Et avant tout, réduire notre taux de prédation. Selon Heather Bryan, co-auteure de l’étude citée par Le Monde, « les niveaux décrits par les scientifiques comme durables sont encore trop élevés. Nous devrions nous inspirer du comportement des autres prédateurs, qui représentent des modèles de prédation raisonnée à long terme. »

(source : Petinthecity.fr ; LeMonde.fr)

Etats-Unis
Les causes du diabète canin enfin établies

On comprend aujourd’hui relativement mal les causes sous-jacentes des diabètes chez les chiens. Mais une récente étude, publiée début juin dans la revue Plos One et conduite par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie et du Baylor College of Medicine, fournirait les premières données précises en la matière.

A l’aide de technologies d’imagerie médicale pointues, les chercheurs ont pu précisément établir le nombre de cellules produisant l’insuline perdues par les organismes des chiens, et l’ont comparé avec le nombre de cellules perdues par les humains atteints de diabète de type 1. Bien qu’il existe des différences importantes entre les manifestations de la maladie chez les humains et chez les chiens, l’étude a mis à jour des similitudes clés qui démontreraient qu’en étudiant les causes du diabète chez les chiens, on pourrait affiner les traitements pour les humains.

Le diabète canin peut être traité avec des injections d’insuline, de la même façon que le diabète de type 1 chez les humains. Mais à la différence des humains qui développement ce type de diabète durant l’enfance, les chiens sont atteints à maturité ou à un âge avancé. Les chercheurs n’ont par ailleurs pas pu déterminer si la maladie était également auto-immune chez les chiens.

Afin d’en savoir davantage sur les causes de cette maladie, les chercheurs ont étudié les prélèvements issus de 23 chiens diabétiques et 17 sains, tous traités à l’école vétérinaire de l’université. Les tissus pancréatiques ont été analysés par ordinateur afin d’en déterminer la composition. Ils ont ainsi observé que les cellules beta, qui produisent l’insuline, diminuent de 13% par rapport aux animaux sains. Par ailleurs, chez les chiens non diabétiques, les îlots des tissus pancréatiques contenaient un pourcentage important de cellules beta, composées d’au moins 80% de cellules endocriniennes. Chez les humains sains, les cellules beta ne contiennent que 50% de cellules endocriniennes. Les chercheurs en ont conclu qu’avant de manifester des symptômes diabétiques, les chiens devaient « perdre » un plus grand nombre de cellules beta, ce qui expliquerait également pourquoi la maladie apparaît à un âge plus avancé que chez les humains. Enfin, les structures pancréatiques des chiens diabétiques contenaient encore beaucoup d’îlots, mais aucun ne contenait d’insuline, contrairement aux tissus humains.

(source : NewStat, 19 août)

Suède
Les chats sauvages auraient eu un impact négatif sur les races de chiens primitives

Les chats sont-ils plus doués que les chiens pour obtenir ce qu’ils veulent ? Une nouvelle étude menée conjointement par des chercheurs suédois, brésiliens et suisses et publiée fin mai dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, semble affirmer que c’est le cas, du moins ça l’était aux temps préhistoriques. Ces chercheurs ont étudié près de 2000 fossiles nord-américains et en ont conclu que les chats sauvages venus d’Asie en Amérique du Nord, auraient contribué à l’extinction d’au moins 40 espèces de chiens primitifs.

Les chercheurs tablaient sur des changements climatiques pour expliquer l’évolution de la biodiversité de l’époque. Il semblerait que ce soit plutôt une compétition entre les différentes espèces carnivores qui ait eu un rôle déterminant dans l’existence des chiens. On sait que la survie d’une espèce est liée avant tout à sa capacité à se nourrir. Lorsque le nombre de proies est limitée dans une zone géographique donnée, la lutte entre espèces carnivores pour ces mêmes proies augmente mécaniquement. Pour les chercheurs, ce sont les chats sauvages qui ont gagné la lutte, ce qui en feraient donc des prédateurs supérieurs aux chiens. D’une part, les chats ont l’avantage d’être pourvus de griffes rétractables. Elles s’usent donc moins que celles des chiens, susceptibles d’être moins aiguisées lors d’une attaque. D’autre part, les espèces de chiens qui avaient développé des techniques d’embuscade similaires à celles des félins ont souffert de la concurrence, et ont disparu en grande partie.

En Amérique du Nord, le chien est apparu il y a environ 40 millions d’années et a atteint le nombre maximal de 30 espèces différentes il y a 22 millions d’années. Aujourd’hui, il n’existe plus que 9 espèces endémiques, issues des espèces canines qui ont le mieux survécu parce qu’elles pouvaient compter sur leur vitesse et leur instinct meurtrier, comme les loups.

(source : NewStat, 20 août)

Grande-Bretagne

Les chevaux ont plus d’expressions faciales que les singes !

Quatre chercheurs en sciences cognitives et en psychologie de l’Université du Sussex (Brighton, Royaume-Unis) ont publié début août un article dans le journal PLOS One, dans lequel ils déterminaient la similitude des expressions faciales entre humains et chevaux. Jusqu’ici, aucune étude n’avait cherché à inventorier l’ensemble des expressions faciales dont peut faire preuve l’animal, affirment les chercheurs. Mais comment quantifier des expressions ? Pour ce faire l’équipe a utilisé une méthode bien connue des psychologues (animaliers ou non) appelée FACS (Facial Action Coding System). Celle-ci, mise au point en 1978, consiste à décrire des mouvements de groupes de muscles du visage et à leur attribuer des codes (ex : « 1 » pour « Remontée de la partie interne des sourcils ») et des intensités (de « A » à « E » en fonction du degré de contraction des muscles). Toutefois, cette méthode n’avait jusqu’à présent jamais été appliquée à un animal possédant des yeux très écartés et une face aussi allongée que le cheval.

L’équipe anglaise a donc adapté la méthode à la morphologie de l’animal, notamment en ce qui concerne les muscles et tissus adipeux autour des oreilles, des lèvres et du nez qui sont particulièrement larges et complexes chez les équidés. Et grâce à cette technique baptisée « EquiFACS », ils ont pu identifier un panel d’expression riche de 17 mimiques différentes ! Plus que l’on en trouve chez le chien (16 mimiques identifiées) ou chez le chimpanzé (13 expressions seulement). A titre de comparaison, la palette d’expression humaine en comporte 27. Les chercheurs notent d’ailleurs de nombreuses similitudes en matière d’expression entre le cheval et nous. Par exemple le haussement des yeux, le clin d’œil, l’augmentation du blanc des yeux en situation d’angoisse, ou encore la lèvre inférieure relâchée comme signe d’endormissement.

Selon les chercheurs, cette large palette d’expressions proviendraient du long rapport de domestication qu’entretient l’homme avec le cheval, soit près de 5 000 ans. En effet, la phylogénétique n’est pas la seule responsable dans l’affaire. Pour le professeur de l’université de Sussex, Karen McComb, moins un animal interagit avec des êtres humains, moins il est expressif. Toujours d’après ces chercheurs, le lien homme-cheval aurait eu pour effet d’influer sur les caractéristiques sociales, cognitives et morphologiques du cheval, expliquant ainsi les similitudes faciales.

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0131738

(source : Dr. Bruno Remiot)

Etats-Unis
Une solution simple contre la cataracte

La cataracte est l’affection oculaire la plus courante et la plus héréditaire chez les chiens. Mais une solution « simple » pourrait y remédier. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université de Californie et publiée dans la revue Nature le 30 juillet, propose une alternative non-chirurgicale à l’opération de la cataracte : une solution à base de stéroïdes qui la dissoudrait ! Les chercheurs ont noté que les enfants pourvus d’une mutation génétique causant la cataracte ne produisaient pas de lanostérol, une stéroïde produite naturellement par le corps. Les chercheurs ont donc testé la solution sur trois groupes : sur des cultures in-vitro, sur les pupilles de lapins et sur 7 chiens issus de 3 races différentes (labrador noir, pinscher miniature et bouvier australien). Tous ces chiens avaient la cataracte. Chaque chien a reçu la solution sous forme de gouttes ou d’injections, et dans les 6 jours suivants, leur vue s’est considérablement améliorée.

(source : NewStat, 4 août)

CONGRES

POPULATIONS ANIMALES : RESSOURCES NATURELLES ET BIEN-ETRE ANIMAL (2ème volet)

Les 14 et 15 juillet 2015, l’UFAW tenait son congrès annuel à Zagreb sur le thème : « Animal populations : World resources and Animal Welfare » ; l’occasion pour de nombreux scientifiques, vétérinaires, élus et tous professionnels liés au milieu animal de 28 pays différents de se rencontrer et d’échanger leurs points de vue, leurs recherches, sur la meilleure façon de vivre en bonne harmonie avec les animaux.

Après une première thématique consacrée aux considérations générales sur le bien-être animal dans la revue de presse de juillet 2015, nous présentons ce mois-ci les résumés des différentes interventions sur deux thématiques : la gestion des « PEST », c’est-à-dire des animaux dits nuisibles, et des possibles pistes d’amélioration des politiques publiques en la matière ; la gestion des animaux errants, chats et chiens, à travers le monde.

1. Gestion des « PEST » : vers une coexistence avec les humains

Gestion des animaux sauvages : minimiser l’impact sur leur bien-être

SE Baker, Minimising welfare impacts in wildlife management, Wildlife Conservation Research Unit, Département de Zoologie, Université d’Oxford.

Les conflits entre les humains et la faune sauvage se produisent partout dans le monde : à travers l’agriculture, le commerce, les infrastructures, le contexte domestique… Par ailleurs, la population humaine s’accroît considérablement et réduit toujours davantage les espaces sauvages, augmentant le risque de conflit avec la faune sauvage. Or, gérer ces conflits entraîne forcément un impact sur le bien-être des animaux sauvages concernés.

Jusqu’à présent, cet impact n’a été que peu évalué et le bien-être des animaux dits « nuisibles » est totalement sous-évalué. En Grande-Bretagne, plusieurs lois encadrent la gestion des animaux sauvages : le Wild Mammals protection Act de 1996, qui punit toute souffrance inutilement infligée à un mammifère sauvage ; le célèbre Hunting Act de 2004, qui bannit toute chasse aux mammifères avec des chiens ; enfin le Animal Welfare Act de 2006, qui protège des souffrances inutiles tous les animaux se trouvant sous le contrôle de l’homme, y compris les animaux sauvages piégés. Un consensus se développe pour limiter les conséquences des actions humaines sur la faune sauvage. Cependant, peu de données sont disponibles concernant l’impact réel des différentes méthodes d’intervention, et surtout le point de vue sur leur niveau de « cruauté » varie largement. Ainsi, les agriculteurs estimeront que les poisons à base de strychnine sont plus « humains » que les pièges qui attrapent les animaux vifs, à l’inverse des particuliers.

En tout premier lieu, ces impacts ont donc besoin d’être évalués de façon objective, afin de choisir la méthode de gestion la mieux adaptée de la façon la plus neutre possible, d’identifier les futurs champs de recherche et enfin de rendre ces méthodes plus humaines en améliorant les procédures d’intervention.

Les mots même nécessitent d’être définis avec précision. L’emploi du mot « humain » est souvent une alternative au mot « non-létal ». Or, certains pièges à taupe sont dits « humains » de ce point de vue…

Evaluer le bien-être animal est difficile : subjectivité, manque de mesure unique représentant le niveau de bien-être, problèmes liés à l’association de plusieurs indicateurs indépendants…

L’auteur propose d’avoir recours à un modèle d’évaluation du bien-être déjà reconnu, permettant d’estimer la relative humanité d’un certain nombre d’interventions humaines, mortelles ou non, sur les lapins (Oryctolagus cuniculus), les taupes (Talpea europaea) et les corbeaux (Corvus corone corone) en Grande-Bretagne. Les résultats sont interprétés selon l’échelle des « Five Freedoms » de Mellor and Reid (1994).

Les interventions évaluées incluent les tirs, fumigations, pièges, dislocation cervicale, effarouchement, traque avec des chiens, chasse, grillages, déplacements, effarouchement avec des fumigènes ou des épouvantails, gestion des taupinières. On relève souvent sur le terrain, lorsque cela est approprié, des combinaisons de plusieurs solutions. Les auteurs ont pu classer les différentes solutions existantes selon une échelle de valeur, du moins impactant pour le bien-être au plus agressif. Certaines solutions, qui pouvaient apparaître comme bonnes, se révélaient plus stressantes que prévu : ainsi, le grillage semble plus stressant pour les lapins qu’une balle dans la tête (bien que sur le long terme, le grillage d’une zone soit moins impactant). Ces éléments démontrent combien le besoin de données objectives est nécessaire avant toute élaboration de solution. Mais la simple évaluation conduite par les auteurs démontre également que les procédures standards d’intervention peuvent être améliorées.

Effets indirects de la présence des prédateurs sur le bétail – Exemples du Brésil, de Suède et du Kenya

J. Jung, J. Yngvesson, MP da Costa, M Steen, Indirect effects of wild carnivores on livestock – Examples from Sweden, Brazil and Kenya, Departement of Animal Environment and Health, Swedish University of Agricultural Sciences, Faculty of Agricultural and Veterinary Sciences, Sao Paulo State University, Swedish Centre for Animal Welfare, Uppsala, Sweden

Le nombre de grands prédateurs augmente régulièrement en Europe, ce qui a nécessairement attiré l’attention sur leur impact sur le bétail. Les recherches se sont surtout portées sur les effets directs que ces carnivores pouvaient causer, prélèvement de proies parmi les troupeaux ou blessures infligées aux animaux. Néanmoins, des éléments très concrets démontreraient que la simple présence de ces prédateurs autour des élevages aurait des effets plus larges, à la fois sur les productions et sur le bien-être des troupeaux. Les auteurs de cette intervention ont mené leur étude sur trois continents (Europe, Afrique, Amérique du Sud), établissant d’importants parallèles entre ces trois cas. Une analyse des effecteurs faciliterait selon eux la gestion des élevages, des productions, et une meilleure gestion des prédateurs.

Pour chaque exemple étudié, les auteurs ont d’abord fourni une cartographie de la présence des prédateurs et des attaques sur le bétail ; ils ont ensuite analysé les stratégies déployées par les carnivores (comment, quand, où). Par la suite, l’analyse des « effets post-traumatiques » des attaques a été étudiée de près : le comportement, le bien-être, la croissance et la reproduction des moutons, ainsi que le stress de l’exploitant, s’il avait plus de travail et moins de revenus. Les auteurs proposaient enfin des solutions et stratégies pour prévenir les attaques de prédateurs et limiter leurs effets a posteriori.

En Suède, les loups tuent chaque année environ 0,1% de la population ovine, et la population de loups augmente très rapidement. On note aussi des attaques de lynx. La plupart des fermiers interrogés affirmaient avoir clairement observé des changements de comportement, une croissance du cheptel moins importante, et surtout des difficultés croissantes pour manipuler les animaux. Certains, par peur et fatigue, envisageaient même de cesser leur activité.

Au Brésil, les fermes sont immenses et comptent parfois des milliers de têtes de bétail. Elles sont souvent situées dans d’anciennes zones de forêt amazonienne, ou sur des zones qui conservent encore quelques fragments de forêt primaire. La destruction des forêts a entraîné un impact dramatique sur les écosystèmes. Les fermes peuvent aussi se situer sur des zones de prairies semi-naturelles. Il n’y a eu qu’un faible impact sur les écosystèmes avec ce système.

Les prédateurs les plus problématiques sont le jaguar, le puma et les vautours. Pendant les vêlages, les vautours attendent souvent à proximité des vaches. Ils n’attaquent quasiment jamais les veaux nouveau-nés. Néanmoins, leur simple présence perturbe fortement les mères, qui les agressent pour les éloigner. Ce faisant, elles ralentissent la mise-bas et la première tétée de leur veau. Or, il est capital que les veaux puissent téter très rapidement après leur naissance afin de recevoir le colostrum à temps ; si ce n’est pas le cas, cela peut affecter leur santé. Les grands félins de leur côté tuent les jeunes veaux en pâture. Comprendre et réduire de telles attaques est très complexe, d’autant plus que la présence de la forêt primaire est importante à la fois pour la biodiversité et pour la thermorégulation des bovins.

Au Kenya, les fermes sont vastes, souvent fondées aux temps coloniaux et économiquement très stables. Les troupeaux sont relativement modestes (1 à 100 vaches), les fermiers possèdent leur propre ferme, ou font partie d’un groupement de plusieurs exploitants. Les prédateurs principaux sont les lions et les hyènes, mais les grands herbivores comme les éléphants peuvent aussi poser problème pour des raisons différentes. Les auteurs fournissent l’exemple de la ferme d’Ol Pejeta. 10 vaches par an sont tuées par des lions, et toutes les pâtures sont à proximité de zones entièrement sauvages peuplées d’au moins 70 lions, de plusieurs centaines de hyènes, de 120 rhinocéros et 450 éléphants. Des solutions de conservation face aux grands herbivores et chiens sauvages ont été largement mises en place, . Des enclos semi-grillagés comportant des caméras ont été installés. Ces enclos mobiles permettent au bétail de paître de nuit et d’avoir peu de distance à couvrir. C’est une solution efficace contre les prédateurs mais coûteuse qui ne peut pas convenir aux petits exploitants. Les caméras installées ont enregistré la présence de nombreux prédateurs, permettant aux auteurs d’analyser leurs modèles de prédation et d’adapter les infrastructures en conséquence.

Apprendre à partager l’espace avec les animaux sauvages

D. Ramp, Learning to share space with wild animals, Centre for Compassionate Conservation, School of Environment, University of Technology Sydney

De nombreuses populations d’animaux sauvages sont considérées comme des nuisibles par les populations humaines, principalement parce que ces dernières estiment que ces animaux affectent leurs moyens d’existence. De la même manière, des espèces devenues invasives après avoir été introduites dans de nouveaux milieux méritent attention car elles ont un impact sur l’équilibre de la biodiversité, entraînent parfois la raréfaction d’espèces indigènes voire leur extinction. Qu’elles soient indigènes ou non, la réponse apportée pour gérer ces populations est souvent l’éradication, ou du moins la diminution du nombre d’individus par espèce, afin de « restaurer » les communautés écologiques dans leur équilibre ancestral.

Le problème est que la justification de telles interventions est souvent floue : on assiste généralement à un mélange de considérations anthropomorphiques et de morale environnementale. Ceci se manifeste concrètement dans des éliminations de masse et un bien maigre bien-être pour de nombreux animaux sauvages, « gérées » au nom de l’intérêt général, et cela entraîne, de la part des communautés humaines, méfiance et peur envers ces animaux.

La « conservation compassionnelle » promeut l’inclusion du bien-être de chaque individu dans les pratiques de conservation des espèces. Ce concept permet de réviser le ciblage des espèces à conserver et encourage fortement une coexistence entre les communautés animales et humaines qui prenne en compte le bien-être des animaux.

Dans son intervention, l’auteur a donné un exemple représentatif de son pays, la gestion des kangourous. Bien qu’iconiques, ces grands animaux sont souvent considérés comme nuisibles, les données scientifiques à leur sujet trop imprécises et les idées fausses largement véhiculées. Ils s’en retrouvent donc très souvent persécutés et massacrés. Le projet de recherche présenté par D. Ramp s’est implanté sur le terrain et les résultats montrent que l’application d’une « conservation compassionnelle » sont efficaces : les kangourous sont mieux considérés par les populations locales, mieux informées à leur sujet ; en conséquence, les chasses ont largement diminué. En fournissant des informations scientifiques et en enseignant les bons comportements à adopter avec ces animaux, les chercheurs ont permis d’envisager une nouvelle forme de coexistence entre les humains et eux, améliorant leur bien-être et créant une grande communauté d’espèces qui parvient à s’entendre.

2. Gestion des populations de chiens et chats errants

par Brunilde Ract-Madoux, éthologue à AVA

La population de chiens et chats errants est très vaste à travers le monde. Il y aurait entre 100 et 150 millions de chiens errants en Europe, 50 millions de chats errants aux Etats-Unis, et 200 millions de chiens errants dans le monde. Tous les ans, des millions de chiens et de chats errants sont euthanasiés, notamment aux Etats-Unis. En réaction, des associations de protection animale, des vétérinaires, des municipalités militent en faveur de la stérilisation, que ce soit pour les animaux de compagnie ou pour les animaux vivant libres, en organisant des campagnes de stérilisation.

Les populations canine et féline errantes présentent de nombreux problèmes lorsqu’elles vivent à proximité des humains. Très souvent, la densité d’animaux est fonction de la densité d’humains, elle est donc très importante dans les milieux urbains. Les animaux errants se nourrissent de déchets laissés à même le sol, ou dans les décharges, ou encore sont nourris par des humains « protecteurs ». Le risque de morsures, griffures ou agression est présent et non négligeable. De nombreuses zoonoses existent, certaines étant très graves, comme la rage qui tue encore des milliers de personnes dans le monde tous les ans. A l’heure actuelle, les campagnes de « capture-stérilisation-relâcher » permettent de stériliser en masse les animaux. Dans certains pays, ce sont les campagnes de « capture-euthanasie » qui sont plus fréquentes afin d’essayer de réduire drastiquement le nombre d’individus errants.

Certains organismes essayent de remettre de l’ordre dans les programmes de contrôle des populations de chiens et de chats errants, car selon eux, les problèmes ne sont pas bien identifiés à la source : il n’y a pas de base des données collectées, la taille des populations n’est pas connue, le suivi, la surveillance et l’évaluation des programmes sont quasi inexistants. De plus, des interventions plus « humaines », sans cruauté, donc prenant en compte le bien-être animal sont primordiales.

Vous trouverez ci-dessous des résumés des conférences auxquelles nous avons assistés, dont le sujet principal est l’organisation/la réorganisation des programmes de contrôle des populations de chiens errants. Des liens web sont disponibles à la fin des résumés.

Nous voulions souligner un point important qui n’a pas été abordé lors de ces conférences. Le sujet a été traité à l’échelle des populations, et non à l’échelle individuelle. Le bien-être animal est indispensable à prendre en compte, mais le bien-être de chaque individu l’est tout autant.

En effet, de rares études existent sur l’impact des interventions de stérilisation sur les chiens et chats relâchés sur leur site de capture, d’un point de vue comportemental et devenir de l’individu. Peu de données montrent que ces animaux stérilisés ont des comportements différents des autres et qu’ils nécessitent une réadaptation à leur milieu de vie, notamment lorsqu’ils vivent en groupe.

Les chats errants se regroupent autour de ressources alimentaires et plus les ressources sont abondantes et largement réparties, plus les chats sont nombreux et tolérants envers leurs congénères. Quelques études ont montré que les campagnes de « capture-stérilisation-relâcher » avaient un effet inverse à celui attendu : la population féline augmentait. Sur ces sites de nourrissage, de nombreux facteurs sont impliqués dans l’augmentation de la taille de la population, et varient selon les sites : les mâles castrés peuvent être chassés des groupes alimentaires dans lesquels ils vivaient, le taux de survie des chatons augmente, la dispersion des virus est réduite, de plus les animaux stérilisés vivraient plus longtemps. La stérilisation aurait un effet sur la diminution de la population au moins les premières années, mais rien de prouve qu’elle est efficace sur le long terme, et on manque cruellement de données de terrain et d’études scientifiques.

Une des alternatives à la stérilisation/castration est de pratiquer l’hystérectomie et la vasectomie : la production d’hormones est toujours présente, l’animal conserve des comportements sexuels, mais n’est pas fertile. Les résultats de données obtenues par modélisation (McCarthy et al., 2013) montrent une diminution significative de la taille de la population de chats errants en capturant pas plus de 50% d’entre eux par an, et ce sur le long terme, comparé aux deux autres méthodes plus classiques « capture-stérilisation-relâcher » et « capture-euthanasie ». Il ne reste plus qu’à tester cette méthode sur le terrain.

Référence :

McCarthy R.J. , Levine S. H. & Reed J.M., 2013, “Estimation of effectiveness of three methods of feral cat population control by use of a simulation model”, Scientific Reports, JAVMA Vol 243, n°4.

Etablir des indicateurs spécifiques pour surveiller et évaluer les interventions de gestion de la population de chiens dans les Balkans 

E. F. Hiby1, A. Hammond-Seaman2 and M. Vučinić3 1 , Establishing specific indicators for monitoring and evaluating dog population management interventions in the Balkan countries, 1 International Companion Animal Management (ICAM) Coalition

2 Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals, RSPCA, Horsham, UK

3 Faculty of Veterinary Medicine, University of Belgrade, Serbia alexandra.hammond-seaman@rspca.org.uk

Le problème des chiens errants est largement répandu à travers l’Europe et particulièrement dans la région des Balkans. Bien que de nombreux pays aient mis en place une large gamme d’interventions, l’absence de bases de données et le manque d’indicateurs spécifiques à chaque programme n’aident pas à la surveillance et à l’évaluation des programmes de contrôle des populations de chiens.

Beaucoup d’interventions de contrôle des populations commencent sans compréhension très claire du problème, elles se basent souvent sur des hypothèses des causes des problèmes. La Coalition internationale de gestion des animaux de compagnie (International Companion Animal Management (ICAM) Coalition) supporte l’idée qu’une collecte initiale des données de terrain et leur évaluation devraient précéder chaque intervention sur les populations de chiens errants. Ils soutiennent qu’avant de mettre en place un programme de gestion de la population canine, il est essentiel de bien comprendre et de mesurer objectivement la dynamique de la population. Cette approche fait que le programme de gestion final sera adapté aux caractéristiques de la population canine locale, plutôt que d’utiliser une intervention générale pour tous les chiens dans toutes les situations.

Les conseils les plus récents d’ICAM ont pour but de donner des recommandations valides, efficaces, pratiques et faisables pour évaluer l’impact des interventions sur les populations de chiens errants.

La surveillance et l’évaluation demandent une compréhension des impacts de l’intervention à mettre en place, afin d’aider à améliorer le rendement en trouvant les erreurs et les réussites de l’intervention; ainsi que pour montrer aux donateurs, supporteurs et aux personnes bénéficiant de l’intervention que le programme atteint ses objectifs. La surveillance et l’évaluation pourraient être abordées de manière participative où tous les intervenants seraient consultés en prenant part aux recommandations. L’objectif est d’appliquer des solutions scientifiques aux problèmes et d’encourager la recherche scientifique sur la gestion de la population canine.

La conférencière a insisté sur la nécessité de bien choisir les indicateurs qui pourront être utilisés pour évaluer les progrès à chacune des étapes du programme pour 8 objectifs classiques de ce genre d’interventions (vous pouvez retrouver le détail dans le guide développé par ICAM « Guide de gestion sans cruauté de la population canine ») :

– Améliorer le bien-être animal (indicateurs basés sur l’animal)

– Améliorer les soins aux chiens (indicateurs basés sur les ressources)

– Réduire la densité de chiens

– Réduire le risque sur la santé publique

– Améliorer la perception du public

– Améliorer la performance des centres de réhabilitation

– Réduire les impacts négatifs des chiens sur la faune sauvage

– Réduire les impacts négatifs des chiens sur les animaux de ferme

Les indicateurs serviront à surveiller et à évaluer le succès du programme. Il faut les déterminer dès le départ de la mise en place du programme en ayant un plan clair d’intervention, déterminer les objectifs et réfléchir à la réalisation.

Un des objectifs les plus importants est de réduire la densité de la population canine. Cette présentation a analysé les erreurs les plus communes et les défaillances des programmes de gestion de la population canine actuels.

Pour plus d’informations :

http://www.icam-coalition.org/

– Humane Dog Population Management Guidance ; en français : Guide de gestion sans cruauté de la population canine :

http://www.icam-coalition.org/downloads/ICAM%20REPORT%20-%20French_Layout2_ebook.pdf

– Are we making a difference? A Guide to Monitoring and Evaluating Dog Population Management Interventions (version anglaise):

http://www.icam-coalition.org/downloads/ICAM_Guidance_Document.pdf

– The welfare basis for euthanasia of dogs and cats and policy development (version anglaise):

http://www.icam-coalition.org/downloads/ICAM-Euthanasia%20Guide-ebook.pdf

– Humane cat population management guidance (version anglaise):

http://www.icam-coalition.org/downloads/ICAM-Humane%20cat%20population.PDF

Le contrôle de la population de chiens errants dans l’Himalaya indien : scénario actuel et futures stratégies

A. Sharma, Street dog population control in the north Western Himalayas of India : current scenario and future strategies, Department of Veterinary Surgery & Radiology, Dr G C Negi College of Veterinary and Animal Sciences, CSK H.P Agricultural University, Palampur, Himachal Pradesh, India

sunnyvet@rediffmail.com

En Inde, il y a environ 35 millions de chiens errants. La population de chiens a énormément augmenté dans la région de l’Himalaya indien à cause de l’augmentation de l’urbanisation, du tourisme, de l’industrie hôtelière, des monastères et couvents, et du manque de collecte des déchets (pas de décharges, poubelles dans la rue). Avec cette urbanisation, les chiens vivant dans la rue ont des contacts plus proches avec les humains. Mais ils manquent de nourriture, de vaccins, d’abris.

Il y a une augmentation exponentielle des cas de morsures de chiens sur les humains et de cas sous-jacents de rage (20 000 personnes meurent de la rage par an). Il y a un net problème de santé publique, de conflit homme-chien (morsures, attaque du bétail, rage, …) et un problème de bien-être animal.

Les mesures actuelles de contrôle des populations de chiens errants interviennent sur le contrôle des naissances en stérilisant les chiens de manière occasionnelle, interventions organisées par le « Département d’élevage animal du gouvernement » (State Animal Husbandry Department) et par quelques ONG. Il y a un manque de visibilité à long terme, de stratégies et d’approche scientifique pour bien s’occuper de ce problème. Pour chaque district, il devrait y avoir au moins une équipe de vétérinaires, d’ASV et de « dog catchers » tous entraînés et formés au contrôle des naissances et à la stérilisation des chiens. Des opérations permanentes et mobiles, des sauvetages de chiens et des centres de réhabilitation devraient être créés.

Coordonner les efforts à travers une coopération et une collaboration de l’Ecole Vétérinaire, des ONG et d’actions du gouvernement aideraient à faire avancer le problème. Chacun apporterait ses connaissances et compétences : support scientifique, soins vétérinaires, personnel technique, de terrain, avec pour but d’éduquer et de sensibiliser le grand public, les touristes, et tous les professionnels concernés. La mise en place de décharges permettrait de regrouper les déchets. La santé et le bien-être animal, la santé publique et les interventions sur le contrôle des populations de chiens n’en seraient qu’améliorés.

Gestion des refuges croates et mortalité des chiens

T. Mikuš1, S. Barnard2, M. Ostović3 and Ž. Pavičić3 , Management of Croatian shelters and dog mortality

1 Animal Welfare Office, Croatian Veterinary Institute, Zagreb, Croatia

2 Istituto Zooprofilattico Sperimentale dell’Abruzzo e del Molise, Teramo, Italy

3 Department of Animal Hygiene, Behaviour and Welfare, Faculty of Veterinary Medicine, University of Zagreb, Zagreb, Croatia.

mikus@veinst.hr

Cette étude s’est penchée sur l’éventuelle influence de la gestion des refuges sur la mortalité des chiens (sans tenir compte des euthanasies légales). Les gestionnaires de refuges ont une grande influence sur le bien-être des animaux détenus et la mortalité est un paramètre facile à mesurer pour répondre à ce questionnement. En Croatie, il y a 19 refuges enregistrés pour les animaux errants qui sont gérés par des ONG, des organisations vétérinaires (VET), à l’exception d’un qui est un refuge municipal.

Les données ont été collectées en 2014 à partir de bases de données de 8 refuges. Ils ont reçu des questionnaires basés sur le « Shelter Quality Protocol » = protocole pour évaluer le bien-être des chiens en refuge. Tous les refuges sélectionnés ont tous pour mission de ne pas euthanasier les chiens. Le protocole demande à ce que les chiens évalués soient ceux qui sont au refuge depuis au moins 3 mois. La loi autorise l’euthanasie après 60 jours. L’évaluation de la mortalité inclus les animaux adultes (> 6 mois) euthanasiés pour des raisons de santé, des problèmes comportementaux, ou mort naturellement.

Les refuges gérés par une ONG ou une organisation vétérinaire ne fonctionnent pas de la même façon. Les premiers n’ont pas d’employés, ils ont des bénévoles et travaillent avec des cliniques vétérinaires locales. Les seconds ont au moins un vétérinaire et un ASV à temps plein. Les refuges tenus par des ONG ont un nombre moyen de chiens (174), nombre plus élevé que dans les refuges VET (46 chiens) ; ils ont eu en moyenne 4,2 chiens euthanasiés par an (raisons de santé), comparé aux autres refuges qui ont euthanasié 21,4 chiens pour des raisons de santé et de comportement. En tenant compte des chiens décédés sans euthanasie, il n’y avait pas de différence entre les deux types de refuges (de 12 à 34 par an).

Les résultats suggèrent que les refuges gérés par les ONG ont tendance à offrir un meilleur bien-être aux animaux malgré le nombre plus important de chiens dans leurs refuges, ils ont notamment un taux d’euthanasie due aux problèmes comportementaux plus bas que les refuges gérés par des organisations vétérinaires. Cette étude mériterait d’être approfondie car il y a d’autres paramètres à mettre en jeu, par exemple, les refuges VET reçoivent plus d’animaux blessés, donc le taux d’euthanasie parait lié à l’état des pensionnaires accueillis.

Il y a des différences nettes de management dans les deux types de refuges. Les ONG ont des bénévoles relativement jeunes, motivés pour évoluer et changer les choses. Alors que dans les VET, les employés sont plus âgés et sont moins enclins à changer de manière de fonctionnement. Il est suggéré que le bien-être des chiens devrait être le centre du problème et de la gestion des refuges.

Référence :

SHELTER QUALITY, Welfare Assessment Protocol for Shelter Dogs”, S. Barnard, C. Pedernera, A. Velarde, P. Dalla Villa, Istituto Zooprofilattico Sperimentale dell’Abruzzo e del Molise “G. Caporale”, 2014.

Défaillances majeures dans le contrôle des populations de chiens errants en Serbie 

M. Vučinić1, A. Hammond-Seaman2 and K. Radisavljević1 , Major deficiencies in stray dog population control strategies in Serbian municipalities

1 Faculty of Veterinary Medicine, University of Belgrade, Belgrade, Serbia

2 Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals, RSPCA, Horsham, UK

vucinicm@vet.bg.ac.rs

Les populations de chiens errants sont un problème commun aux pays des Balkans, dont la Serbie. Ces problèmes existent depuis des décennies, notamment à cause d’un manque d’éducation du public au bien-être animal, d’une irresponsabilité des propriétaires de chiens, et de problèmes liés aux activités des chiens errants. Cela devient encore plus évident depuis le processus d’intégration de la Serbie à l’UE et avec la volonté du pays d’harmoniser la loi nationale sur le bien-être animal en se basant sur le système européen.

Ces dix dernières années, beaucoup de municipalités serbes ont essayé de résoudre le problème des chiens errants mais sans succès réel. Elles sont responsables du contrôle des populations de chiens errants. Cette conférence a présenté les principales raisons du déficit du contrôle des populations de chiens errants, une analyse des stratégies de contrôle des populations, des données collectées sur les programmes de contrôle des chiens, des preuves venant des refuges, et une analyse de questionnaires donnés aux représentants de refuges municipaux et privés dans 15 municipalités serbes (= 145 villes).

Les défaillances suivantes ont été observées :

  • absence d’évaluation préliminaire de la taille de la population et de sa composition, pas d’identification de l’origine des animaux, menant à des interventions mal planifiées et mal ciblées. Pas de recensement des chiens errants, des ressources, des abris, ni des chiens de propriétaires.

  • absence d’objectifs bien définis et de méthodes à employer pour mesurer de la taille des populations, la prévention des morsures, la santé publique, la prévention et le contrôle des maladies. En d’autres termes, les objectifs des stratégies à adopter ne sont pas clairs. Depuis 2007, augmentation des morsures de chiens errants sur des humains (jusqu’à 7000 en 2011), plus de 7 000 000 euros dépensés.

  • absence de règles claires sur la santé et le bien-être, les adoptions et la réhabilitation, la durée de garde des chiens dans les refuges, et pas de guide sur les mesures à prendre en compte pour prévenir la surpopulation dans les refuges.

  • absence de compétences claires et manque d’éducation et d’entrainement du personnel et des responsables de refuges.

  • absence de coopération avec les autres intervenants, comme les ONG.

  • absence de pénalités spécifiques et manque de renforcement de celles existantes pour les propriétaires irresponsables de chiens et l’abandon.

Il est évident que nombre de défaillances des stratégies de contrôle des populations de chiens errants existent en Serbie. Elles sont liées à un manque de compréhension du problème, à un manque d’organisation et de professionnalisme, qui ne permettent pas de bien déterminer les objectifs des interventions pour contrôler la taille des populations et leur dynamique.

ETUDE

Gestion des chevaux, gestion des chiens, gestion des humains (introduction)

M.B.H Schilder, C. M. Vinke, Horsemanship, dogmanship, humanship, The Veterinary Journal 205 (2015) 331–332

Un article publié récemment dans le Veterinary Journal par Elyssa Payne, de l’université de Sydney, et ses collègues, synthétisait les qualités dont les équipes vétérinaires devraient faire preuve afin d’améliorer leurs interactions avec les chevaux et les chiens qu’elles soignent, de quelle façon elles pourraient montrer ces qualités aux propriétaires et même leur enseigner comment mieux s’occuper de leur animal (Payne et al, 2015). Modérer l’état d’excitation et rechercher un état positif chez un animal sont deux moyens d’améliorer non seulement la sécurité des personnes concernées, mais aussi le bien-être de l’animal et la satisfaction du client.

Les chercheurs ont donc dressé la liste des qualités recherchées chez les vétérinaires en ce sens : comportement cohérent, connaissance du passé de l’animal, un recours à la méthode amicale et positive par des récompenses plus qu’à la punition positive. L’animal peut, d’après les auteurs, mal interpréter certains signaux donnés par les humains : une caresse ou un enlacement peut ne pas être perçu comme agréable par un individu. Le toilettage (Feh and De Mazières, 1993) est bien plus facilement conçu comme plaisant, sauf par un animal qui n’a pas du tout été socialisé avec les humains.

Un manque de socialisation peut être un problème très sérieux dont les effets peuvent être de longue durée (Scott and Fuller, 1965 ; Appleby et al, 2002). Il peut affecter la capacité d’un animal à bien vivre avec les humains. Aussi les vétérinaires doivent-ils savoir identifier cette lacune chez un animal : les réactions de panique ou de tétanie sont compréhensibles et attendues si un humain tente d’approcher un animal peu socialisé.

Ces éléments doivent pousser les vétérinaires à être plus gentils, plus « humains » avec leurs patients. Malheureusement, ils s’attachent plus souvent à traiter une maladie qu’un patient. Les aspects comportementaux, comme un stress chronique résultant d’une mauvaise relation avec l’humain ou de mauvaises conditions de vie peuvent entraîner par exemple des cystites chez les chats (Stella et al, 2013), mais cette cause peut facilement passer inaperçue. Pour apprendre les bons comportements envers les chevaux et les chiens à des propriétaires, il faut leur expliquer comment corriger leurs habitudes sans pour autant les froisser ou susciter leur méfiance. Des comportements inappropriés peuvent comprendre des punitions ou récompenses mal venues ; la punition est une action rapide et efficace sur le moment, bien que ses effets puissent être temporaires et même inefficaces à la longue (Church, 1963). Les vétérinaires doivent être capables d’identifier les effets négatifs provoqués par trop de punitions : par exemple, punir un chien pendant qu’il mange peut l’amener à craindre de se nourrir (Lichtenstein, 1950).

Il devient alors difficile, mais nécessaire, d’expliquer aux propriétaires que la punition qu’ils appliquent renforce en fait les comportements indésirables (Holz and Azrin, 1962 ; Ayllon and Azrin, 1966). Ce risque est encore plus fort chez les animaux qui ont besoin d’attentions. Un humain qui punit exprime souvent en même temps des émotions négatives (Xiao and Houser, 2005). Ce faisant, l’animal est plus préoccupé par sa lutte contre ces émotions négatives que par la correction du comportement qui pose problème. Cela entraîne par la suite les punitions injustes, inappropriées aux circonstances, qui n’ont plus d’intérêt si l’animal a déjà corrigé son comportement. De telles subtilités doivent être clairement expliquées aux propriétaires, et des alternatives doivent leur être proposées.

Ces éléments nécessitent que le vétérinaire puisse non seulement « gérer » son patient animal, mais aussi estimer la sensibilité du propriétaire et évaluer son degré de compréhension, de douceur, de dureté, de cohérence, de constance et sa force physique et mentale. Evaluer ces éléments au plus près permet d’estimer d’autant mieux la teneur du malentendu entre le propriétaire et son animal, et possiblement d’inciter le propriétaire à aller contre son inclination naturelle. Parfois, cela peut aller jusqu’à conseiller de trouver un autre foyer à l’animal plutôt que d’entamer une thérapie comportementale. S’intéresser à l’animal, mais aussi au maître : c’est ce qu’on pourrait appeler « la gestion humaine », une qualité complémentaire et indispensable à l’exercice vétérinaire.

Cette qualité peut permettre à un praticien de poser les questions délicates, notamment lorsqu’une mauvaise entente entre deux partenaires humains devient problématique pour le bien-être de l’animal. Il n’y a pas de données sur ce sujet, mais de nombreux cas de chiens étant stressés chez eux et pas à l’extérieur ont été observés ; ils interprètent les cris entendus comme autant de punitions pour leur comportement, ce qui les stresse et compromet leur bien-être. Pour aborder ces sujets, le vétérinaire devra faire preuve d’un excellent sens de la communication et d’une bonne dose d’empathie.

Même si ces qualités sont présentes, il est parfois difficile de savoir si les changements de gestion d’un animal impacteront son bien-être de façon positive. Lorsque de tous petits changements sont attendus, les vétérinaires doivent être là pour aider le propriétaire à les identifier, lui recommander la patience et limiter leur frustration.

En ce sens, Payne et ses collègues ont fourni des exemples stimulants et intéressants et en ont tiré des conclusions utiles pour un meilleur exercice de la pratique vétérinaire avec les chevaux et les chiens, sans oublier les humains.

Exemples de bonnes gestions des chevaux et des chiens et leur application dans le contexte vétérinaire

E. Payne, M. Boot, M. Starling, C. Henshall, A. McLean, P. Bennett, P. McGreevy, Evidence of horsemanship and dogmanship and their application in veterinary contexts, The Veterinary Journal 204 (2015) 247–254

Cette étude fait un tour d’horizon des bonnes pratiques envers les chiens et les chevaux, qui sont hautement recommandées pour les praticiens de l’exercice vétérinaires (médecins et ASV). Non seulement, améliorer la qualité des interactions avec ces animaux est bonne pour leur bien-être, mais elle permet d’assurer une plus grande sécurité pour les humains qui s’en occupent.

Gestion des chevaux

Les chiens manifestent facilement un retour affectif lorsqu’ils reçoivent des attentions positives (Kuhne et al, 2012, Bloom and Friedman, 2013 ; Schirmer et al, 2013). Le comportement équin peut être en revanche plus subtil, parfois même rendu presque invisible par l’utilisation de harnachements (Taylor et al, 2002 ; McGreevy et al, 2012). Cela rend la gestion des chevaux et des chiens radicalement différente et oblige les praticiens à évaluer très attentivement l’humeur et l’état d’esprit d’un cheval.

La grande majorité des interactions entre les équipes vétérinaires et les chevaux entraîne un renforcement négatif, des stimulus gênants afin de renforcer le comportement désiré (cela passe souvent pas l’usage de la bride ou du licol) et peut de récompenses. Le risque pour les chevaux d’entrer dans un état émotionnel négatif est donc important (McGreevy, 2007 ; Hall et al, 2008). Sans pour autant supprimer totalement l’usage du harnachement, qui structure les relations homme-cheval, il est néanmoins possible de réduire les punitions, la peur qu’elles engendrent, et au contraire d’augmenter les caresses, les grattages tandis que le harnachement accomplit son rôle. La réduction des stimuli rebutants ou leur remplacement par d’autres signaux conditionnés de façon pavlovienne peuvent optimiser le niveau d’excitation et l’état émotionnel du cheval.

Afin que les vétérinaires puissent soigner des chevaux sans leur administrer de sédatif, ces derniers doivent être habitués à la présence humaine. L’étude de Sondergaard and Halekoh (2003) montre qu’une socialisation précoce de jeunes poulains réduit leur réticence à être approché par un humain inconnu dans un nouvel environnement, à l’inverse des chevaux familiarisés plus tardivement. Les habituer le plus tôt possible à la diversité des objets, des lieux, des personnes, améliorera leur bien-être une fois adulte. Par ailleurs, les vétérinaires peuvent demander au propriétaire quel sera l’endroit le plus approprié pour ausculter l’animal tout en limitant son stress.

Gérer un cheval stressé est une expérience courante pour les cavaliers et ceux dont on dit qu’ils « sentent » les chevaux. Il s’agit d’une conscience de l’état émotionnel du cheval et de son comportement, d’abord acquis par l’observation et les interactions avec l’animal. « Le sens du cheval » est cette capacité à se comporter de façon fluide et calme, en toute sécurité, afin d’augmenter le contrôle du comportement du cheval et d’anticiper ses réactions, notamment la fuite ou l’agression. Il se construit à l’issue de multiples expériences avec les chevaux, certains humains étant plus réceptifs que d’autres à ce « sens ». Une équipe vétérinaire pourvue de telles individualités peut apprendre beaucoup à un propriétaire débordé et ainsi améliorer le bien-être d’un cheval.

Le cheval et le chien ont chacun suivi un chemin différent dans l’évolution en ce qui concerne leur gestion de la nourriture : si le chien sait coopérer avec ses congénères pour chasser, le cheval rend la fuite prioritaire par rapport à la nourriture s’il est menacé et doit fuir (Goodwin, 1999). Cela a des conséquences dans la gestion des récompenses avec ces deux espèces. Le cheval a surtout besoin d’herbe pour vivre, et de peu de ressources annexes ; il n’a donc pas développé le comportement opportuniste du chien qui attend des humains qu’il le nourrisse.

L’attitude d’un praticien à l’égard d’un cheval dit beaucoup sur sa connaissance des chevaux et son niveau de management. La vitesse à laquelle il se déplace et agit envers un individu est un des principaux facteurs de fuite chez les chevaux. Les équipes vétérinaires seront donc attentives à ce que chaque cheval soit correctement « géré » par son propriétaire, cavalier ou autre, afin d’éviter les réponses de fuite et d’avoir recours à du renforcement négatif.

Une des difficultés principales pour les vétérinaires réside dans une bonne adaptation vocale. De façon générale, il a été observé que les sons aigus et répétitifs stimulaient les comportements animaux tandis que les sons plus bas ou sourds avaient tendance à les inhiber (McConnel, 1992). Un bon gestionnaire de chevaux doit donc savoir adapter ses « vocalises » au contexte auquel il fait face. La prosodie humaine semble avoir une influence sur le comportement et le rythme cardiaque des chevaux (Merkies et al, 2013). Ces auteurs avaient remarqué que les chevaux étaient davantage stressés par une voix grave et sombre, tandis qu’une voix plus aigüe et gaie les encourageait à s’apaiser et à ralentir leurs mouvements.

Gestion des chiens

Les interactions positives entre les humains et les chiens sont caractérisées par une baisse du niveau de cortisol des chiens et des comportements associés à la peur, signifiant donc que des interactions appropriées limitent les réponses négatives sur le plan psychologique et comportemental des chiens (Shiverdecker et al, 2013). La présence d’un humain familier peut diminuer le taux de cortisol, mais la même réaction n’est pas automatique lors d’une interaction avec un chien familier (Tuber et al, 1996). Cela veut dire que pour certains chiens, les humains apportent plus de réconfort et de sécurité qu’un congénère.

Le renforcement positif peut influencer très fortement le comportement canin, notamment le niveau d’attention. Les récompenses sous forme de nourriture sont éthologiquement plus efficaces chez les chiens que chez les chevaux, en raison de son rôle dans le processus de domestication (Adler and Adler, 1977 ; Reid, 2009). Il faut néanmoins utiliser des récompenses de petite ou moyenne valeur pour des interactions de routine, et réserver les récompenses à forte valeur ajoutée pour les situations les plus difficiles ou complexes, et surtout ne jamais aller jusqu’à la satiété afin de préserver leur efficacité (McGreevy and Boakes, 2007).

Le jeu a également un rôle clé dans les interactions humain-chien, et constitue un moyen d’éducation positif efficace. Les signaux de jeu chez le chien (y compris les « fausses » morsures entre chiots) qui seraient sanctionnées dans le cadre de punition positive peuvent engendrer un état émotionnel négatif qui influencera les autres interactions. Des signaux de jeu appropriés peuvent aider un chien à savoir si un vétérinaire n’est réellement pas menaçant pour lui. Les militaires qui font du sport avec leur chien de travail ou qui jouent avec lui rapportent moins de problèmes de morsures et moins de comportements indiquant un bien-être appauvri (Lefebvre et al, 2007). Les chiens de travail montrent d’ailleurs une diminution très importante du niveau de cortisol lorsque leurs maîtres ont recourt à des comportements amicaux et positifs durant le jeu (Horvath et al, 2008). Tous ces éléments démontrent que le jeu a un rôle capital dans la réduction de la peur chez les chiens. Si un chien se sent assez en sécurité pour jouer, on pourra légitimement s’attendre à ce qu’il ne craigne rien. Le jeu peut être un modérateur d’humeur très utile lors d’interventions entre espèces.

Les chiens qui ont le même vétérinaire tout au long de leur vie sont plus enclins à développer des associations positives. Cela dépendra néanmoins du niveau de gestion du praticien, et si le chien a effectivement associé les visites chez le vétérinaire avec des éléments positifs. Le temps passé à partager des activités agréables et même neutres entre chiens et humains augmente considérablement le caractère positif d’une relation et le niveau de bonne gestion des chiens, on y note moins de problèmes de comportement et de cas de morsures.

Chez les chiens, l’attention et l’obéissance ont souvent été associées à l’utilisation d’un ton aigu dans les ordres donnés. Néanmoins, pour McConnel (1990), le stimuli acoustique optimal dépend beaucoup du comportement que l’on cherche à obtenir. Les variations tonales représentent d’ailleurs un aspect relativement inexploré de la relation humain-chien, notamment lorsqu’elles influencent l’extrême excitation. De futures études pourront s’intéresser à l’utilisation de la prosodie dans les rapports homme)chien et l’effet des basses fréquences sur l’excitabilité.

Enfin, l’attachement est un des socles de la relation humain-chien (Topal et al, 1998 ; Mariti et al, 2003 ; Shore et al, 2005). Dans les situations où un chien est isolé dans un nouvel environnement, la présence d’une figure d’attachement peut être pour lui un signal de sécurité. Ce phénomène peut être utile dans les contextes vétérinaires. Par exemple, isoler un chien particulièrement excité (une forme de punition négative), puis le retrouver lorsque son excitation a diminué peut représenter un signal positif et entraîner un comportement plus agréable. Néanmoins, si c’est le praticien qui agit ainsi, l’efficacité de l’exercice dépendra de son niveau de familiarité avec le chien. Etant donné que les vétérinaires ne voient leurs patients que sur de courts moments, le développement d’un lien d’attachement fort est peu probable. Ce n’est cependant pas le cas avec les animaux hospitalisés, aussi la possibilité qu’ils représentent des figures d’attachement ne doit pas être négligé. Ils peuvent aussi avoir à régler des problèmes d’attachement chez les chiens (manque d’attention, trop plein d’attentions) et renseigner les propriétaires là-dessus (Cottam et al, 2008).

ETUDE

L’influence des rapports sociaux sur la néophobie et l’exploration chez les loups et les chiens

L. Moretti, M. Hentrup, K. Kotrschal, F. Range, The influence of relationships on neophobia and exploration in wolves and dogs, Animal Behaviour 107 (2015) 159-173

L’exploration est un comportement important pour les animaux, qui leur permet de réunir des informations sur leur environnement immédiat, lequel peut directement ou indirectement influencé leur survie et leur reproduction. La néophobie (peur de tout ce qui est nouveau, de l’inconnu) est étroitement liée à l’exploration : si elle limite l’exposition au danger, elle limite également fortement le comportement d’exploration. Dans cette étude, les auteurs se sont intéressés au rôle des relations sociales sur la néophobie et l’exploration chez les loups et les chiens. 11 loups vivant en meute et familiarisés avec les humains, et 13 chiens élevés et vivant dans le même contexte ont été étudiés face à un nouvel objet ou élément dans leur environnement selon trois modes : seul ; en duo avec un congénère ; avec toute la meute. D’après les observations, les chiens semblaient moins néophobiques que les loups, et interagissaient plus vite avec le nouvel objet. Néanmoins, les chiens montraient assez rapidement moins d’intérêt que les loups pour ce nouvel élément, qui jaugeaient l’objet plus longtemps que les chiens. Loups et chiens manipulaient l’objet plus longtemps lorsqu’ils étaient deux ou en meute. Le lien de parenté facilitait l’exploration du nouveau objet dans le mode « duo », tandis que l’association de deux individus sans parenté directe entraînait le résultat inverse.

Ces résultats suggèrent que la présence de congénères encourage l’exploration d’éléments nouveaux dans un environnement, en particulier si ces congénères sont des proches parents. On peut interpréter cela comme un « partage de risques ». La rapidité avec laquelle les chiens approchaient plus facilement de l’objet et passaient moins de temps à le manipuler par rapport aux loups peut être vu comme une résultante de la domestication.

ETUDE

Les chiens préfèrent-ils les familles ?

J. Hamilton, J. Vonk, Do dogs (Canis lupus familiaris) prefer family ? Behavioural processes

La reconnaissance des membres de sa famille nécessite de savoir faire la différence entre ses proches et les autres individus. Deux mécanismes permettent de faire ce type de distinction : l’adéquation des phénotypes et le niveau de familiarité. Les chiens peuvent être de bons éléments pour étudier ces phénomènes, étant donné que cette espèce est extrêmement sociable et dotée d’un puissant sens de l’odorat. Dans cette étude, des chiens domestiques des deux sexes devaient sentir deux odeurs (celle d’un membre de la famille proche, celle d’un membre de la famille éloignée), et leurs préférences étaient évaluées selon trois mesures : vitesse d’approche, nombre d’occurrences à sentir l’odeur, temps passé à le faire). La première expérience s’intéressait à la possibilité d’une adéquation de phénotypes alors que les individus testés n’avaient eu aucun contact avec leurs géniteurs, dont les odeurs étaient présentées aux côtés d’une odeur mâle de contrôle. La deuxième expérience s’intéressait à la reconnaissance entre membres de la même famille, élevés avec les sujets testés, puis séparés à l’âge de 7 semaines. Alors que les femelles testées ne montraient pas de préférence significative, les mâles montraient une préférence pour les odeurs des membres de leur famille éloignée.

Les chiens domestiques sont aujourd’hui principalement gardés comme animaux de compagnie ou de travail dont les interactions, y compris la reproduction, sont très contrôlées. L’intervention humaine rompt la nécessité d’une reconnaissance du lien de parenté. Il se peut donc qu’au fil de leur domestication, les chiens aient perdu leur faculté de reconnaître leur famille proche à l’odeur. Les chiens n’ont néanmoins pas totalement perdu ce sens, d’après les résultats de cette étude. Le point intéressant est qu’il ne semblerait pas nécessaire qu’un lien familier ait été formé au préalable.

SYNTHESE

Démodécies humaines et canines : entre mythes et réalités

L’originalité des 29e journées du GEDAC résidait dans le fait de comparer des affections cutanées animales à celles rencontrées en médecine humaine. Ainsi, les Drs Anne Joubert et Éric Guaguère ont-ils comparé la démodécie humaine et la démodécie canine. (in l’Essentiel n° 371)

Par définition, la démodécie humaine (ou démodécidose) est un ensemble de manifestations cutanées qui seraient déclenchées en partie par une infestation par un demodex. Cette entité clinique est controversée voire inexistante pour certains auteurs. Les demodex sont retrouvés, chez l’homme, de façon physiologique, au niveau du front, du nez, du menton, de la face antérieure du sternum et des organes génitaux. Le nombre de porteurs sains augmente avec l’âge. Il s’agit principalement de D. folliculorum et D. brevis , présents au niveau de l’infundibulum du follicule pileux. La pathogénicité de cet acarien n’est pas très claire en médecine humaine : une multiplication opportuniste des demodex dans certaines conditions pourrait devenir pathologique, notamment lors d’hyperséborrhée (acné par exemple), d’abus de cosmétique, lors d’immunodépression ou en terrain débilité (AVC, démence, alitement).

Des demodex pourraient être impliqués lors de rosacée, de spiculosis du visage, de dermite péri-orale, de rosacée granulomateuse ou de blépharite chronique. Le diagnostic biologique n’est pas facile et on considère qu’une infestation est pathologique lorsque des signes cliniques compatibles sont associés à la visualisation de plus de 5 demodex/cm2 en examen direct après scotch test, raclage de squames ou biopsie cutanée et examen histologique. Il n’y a pas de consensus sur le traitement et les dermatologues utilisent des traitements locaux à base de métronidazole (pour son action anti-inflammatoire), de crotamiton (anti-prurigineux), de benzoate de benzyle 10 %, de peroxyde de benzoyle 5 %. En traitement systémique, le métronidazole, l’ivermectine, des cyclines ou des rétinoïdes peuvent être prescrits.

Une maladie canine bien réelle… quoi que

La démodécie canine est fréquente et bien connue en médecine vétérinaire. Maladie parfois sous-diagnostiquée car polymorphe, elle est secondaire à la multiplication de trois formes de demodex : D. canis, D. cornei et D.injai. Des formes localisées (notamment podales) et des formes généralisées sont décrites. Plusieurs manifestations cliniques sont possibles et variables selon les races : forme nummulaire, squameuse, comédoneuse, en manchon pilaire, pustuleuse ou ulcéro-croûteuse. Les surinfections bactériennes sont fréquentes et peuvent aboutir à des folliculites, des cellulites ou des furonculoses graves. La première description d’une démodécie canine à D. injai est récente : 1999 et le nom du parasite ne sera attribué qu’en 2003. Morphologiquement différent des autres demodex canins (corps long, oeufs volumineux) et peu prolifique, il vit dans les follicules pileux et les glandes sébacées. 80% des cas de démodécie à D. injai concernent des terriers (fox terrier, West Highland white terrier, terrier tibétain…). Les autres chiens atteints sont des shih tzu, des teckels, des Lhassa apso. Il s’agit d’une démodécie du chien adulte ou âgé chez qui une maladie prédisposante est fréquemment identifiée : hypercorticisme, dermatite atopique, hypothyroïdie, traitement immunomodulateur ou immunosuppresseur.

Le signe clinique principal est un état kératoséborrhéique chronique : nombreuses squames, peau grasse, huileuse, érythème, prurit important, essentiellement au niveau du dos, des pieds et des pavillons auriculaires. Les zones alopéciques sont rares, les surinfections bactériennes moins fréquentes que dans les autres formes de démodécie. Le diagnostic est plus difficile car les parasites sont peu nombreux et il n’est pas rare de ne pas les voir à l’examen direct après épilation et raclage cutané. Les biopsies cutanés font état d’une hyperplasie des glandes sébacées, de dermatite péri-annexielle et éventuellement de quelques parasites.

Le traitement est identique à celui des autres formes de démodécie, mais la persistance de l’état kératoséborrhéique en l’absence du parasite est fréquente voire constante. En ce sens, il y a une réelle analogie avec la démodécie humaine car dans cette forme, on ne sait qui, du demodex ou de l’hyperplasie des glandes sébacées, est à l’origine des signes cliniques observés.

Etat des lieux des traitements disponibles

Le traitement de la démodécie canine requiert quelques préliminaires :

traiter les surinfections bactériennes (après culture et antibiogramme) ;

shampooing kératomodulateur et émollient à la chlorhexidine 2 fois/semaine ;

tonte obligatoire pour faciliter les traitements ;

rechercher les causes sous-jacentes ;

sélectionner 2-3 sites de raclages pour le suivi du traitement ;

dénombrer les différentes formes de demodex à chaque raclage (adultes, formes juvéniles, oeufs) ;

dépister les chiens mutés MDR-1, même si la race n’est pas à risque.

Les traitements anti-démodéciques devront être choisis en fonction de leur AMM, de leur disponibilité, de leur facilité d’emploi, du statut MDR-1 du chien à traiter et de la forme clinique présente. L’amitraz (Ectodex® , MSD) est une molécule possédant une AMM pour le traitement de la démodécie canine. Son utilisation suppose une tonte et un shampooing préalable. Elle ne doit pas être utilisée chez des chiens (et des propriétaires) diabétiques. Les effets secondaires sont réels : irritation, érythème, abattement, anorexie, vomissements, diarrhées. L’atipémazole en est l’antidote

(0,1 mg/kg IM) en cas d’intoxication. Son efficacité est supérieure à 85 % lorsqu’elle est utilisée correctement et suffisamment longtemps. L’association fipronil, S-Méthoprène, amitraz en spoton est efficace à 100 % en 84 jours. De nombreuses lactones macrocycliques sont efficaces contre les demodex. La milbémycine oxime disposait d’une AMM mais n’est plus disponible sur le marché. De la milbémycine associée à du praziquantel peut être utilisée dans le cadre de la cascade de prescription et semble bien tolérée au quotidien. Il est également possible d’utiliser l’ivermectine ou la moxidectine par voie orale, hors AMM (0,4-0,6 mg/kg/jour). L’utilisation de la moxidectine est plus sûre pour certains dermatologues car moins toxique. La moxidectine en spot-on dispose d’une AMM pour le traitement de la démodécie, en application hebdomadaire, pour limiter les récidives ou en première intention sur les formes modérées. La doramectine s’utilise hors AMM à la posologie de 0,6 mg/kg par voie orale ou sous-cutanée, une fois/semaine. La connaissance du statut MDR-1 du chien à traiter est un préalable obligatoire. Cependant, il convient d’être conscient qu’un chien MDR-1 non muté peut également présenter des effets secondaires d’une intoxication chronique à l’un de ces composés.

Le suivi est essentiel lors de démodécie : le chien doit être revu une fois par mois, le traitement est maintenu jusqu’à ce que les signes cliniques aient disparu et jusqu’à l’obtention de deux raclages négatifs à un mois d’intervalle. Malgré le respect de ces consignes, de nombreux chiens rechutent dans l’année qui suit l’arrêt du traitement. La démodécie canine à D. injai a donc de nombreux points communs avec la démodécie humaine et son pouvoir pathogène réel fait encore débat. Les autres formes de démodécie canine restent d’actualité en médecine vétérinaire et les traitements doivent toujours être menés de nombreux mois, ce qui nécessite d’obtenir le plein consentement du propriétaire.

SYNTHESE

Dermatophytoses des carnivores domestiques : les étapes du diagnostic

L’hypothèse diagnostique de dermatophytose doit être posée fréquemment lors de la consultation dermatologique, non seulement dans l’intérêt de l’animal, mais aussi de son propriétaire. Les dermatophytes des carnivores sont en effet des agents de zoonoses. Cependant, la symptomatologie protéiforme des dermatophytoses rend obligatoire la réalisation d’examens complémentaires pour confirmer une suspicion clinique. (in l’Essentiel n°376)

Cet article récapitule les éléments de diagnostic des dermatophytoses et expose l’intérêt et les limites des examens complémentaires disponibles.

Eléments de suspicion clinique

Le diagnostic exclusivement clinique des dermatophytoses est impossible. Tout au plus est-il possible d’émettre une hypothèse diagnostique en fonction des lésions cutanées observées et de l’anamnèse. La lésion typique de dermatophytose se présente comme une zone alopécique, circonscrite, nummulaire, d’évolution lentement centripète. En réalité, d’autres aspects sont fréquents : l’alopécie peut être franche, disséminée ou extensive, accompagnée ou non de séborrhée, de collerettes épidermiques, de croûtes. Toutes les parties du corps peuvent être atteintes, mais les lésions sont habituellement mises en évidence sur la face, les pavillons auriculaires et les membres. Chez le chien, le prurit est en général absent (ou très discret). Chez le chat, au contraire, les lésions sont assez fréquemment prurigineuses et la dermatophytose est une cause possible de dermatite miliaire ou de prurit cervico-facial. Les dermatophytoses suppurées ou kérions se traduisent par l’apparition de lésions très inflammatoires, en relief, uniques ou multiples.

Les facteurs prédisposants incluent l’espèce (la teigne est plus fréquente chez le chat que chez le chien), la race (yorkshire et chat Persan surtout), l’âge (risque augmenté chez le jeune), le mode de

vie (collectivité, accès à l’extérieur) et l’état de santé. En réalité, le polymorphisme des dermatophytoses et leur possible évolution chez des animaux de compagnie de tout âge et de toute race rendent indispensable le recours au diagnostic expérimental pour confirmation.

Diagnostic expérimental

Lui seul permet la confirmation ou l’infirmation de l’hypothèse diagnostique.

Lampe de Wood

Elle permet d’examiner l’animal sous lumière ultra-violette. Les poils contaminés par la plupart des souches de Microsporum canis émettent alors une fluorescence verte. Cet examen souffre d’une très faible valeur prédictive négative (souche non fluorescente ou autre dermatophyte, application de topique ayant fait disparaître la fluorescence). Les faux positifs, plus rares, sont dus à la confusion entre la fluorescence grisâtre ou jaunâtre émise par les squames ou les exsudats et la fluorescence verte recherchée.

Examen microscopique des poils

Les poils sont récupérés par raclage cutané ou prélevés à la pince en périphérie des lésions, éventuellement sous lumière de Wood. Sont recherchées la modification structurelle du poil due à l’envahissement mycélien et la présence de spores fongiques (arthroconidies) disposées en manchon ou en chaînette autour de la tige pilaire. Une observation positive permet de conclure à une dermatophytose. Les faux positifs sont liés à un manque d’expérience dans la reconnaissance des éléments fongiques. Cette méconnaissance est également la cause de faux négatifs, au même titre que l’absence d’éléments identifiables (mauvais prélèvement, dermatophytose due à Microsporum persicolor qui n’envahit pas les poils).

Culture mycologique

La culture mycologique demeure la seule technique permettant l’identification de l’espèce de dermatophyte. La culture est utile pour confirmer l’infection par un dermatophyte mais aussi pour détecter les animaux porteurs asymptomatiques. Le recours à un laboratoire spécialisé en mycologie vétérinaire est recommandé. Le rôle du praticien consiste à effectuer et à expédier un prélèvement de qualité. L’idéal est d’utiliser le matériel fourni par le laboratoire lui-même : brosse ou carré de moquette stérile avec lesquels on frotte vigoureusement la lésion. À défaut, on peut utiliser une compresse stérile. On fera attention de bien emballer le prélèvement dans un flacon ou dans du papier d’aluminium stériles.

Au laboratoire, le prélèvement est ensemencé sur le milieu de Sabouraud. Les colonies de dermatophytes se développent dans un délai de 10 à 14 jours (parfois moins). L’identification du dermatophyte se fait selon la couleur et l’aspect des colonies (recto et verso) et la nature des éléments de fructification (macro et microconidies, vrilles…). L’identification de l’espèce permet de mieux comprendre l’épidémiologie de l’infection et d’éventuellement prévenir une nouvelle contamination.

Le nombre de colonies peut fournir une indication sur le statut de l’animal. La mise en évidence de nombreuses colonies signifie que l’animal est infecté par le dermatophyte (qui se multiplie activement à la surface de la peau et dans les poils). Lorsqu’un très petit nombre de colonies sont mises en évidence, il est possible que l’animal soit un porteur mécanique de spores de dermatophytes. Certains praticiens continuent à utiliser des dispositifs DTM (Dermatophyte Test Medium). Il s’agit de flacons de verre contenant un milieu de culture avec un indicateur de pH qui vire au rouge lors du développement d’un dermatophyte. D’apparence pratique, ces tests sont à l’origine de nombreux faux négatifs et positifs et leur usage n’est pas recommandé.

Histopathologie

Il est possible de rechercher des dermatophytes sur des biopsies de lésions cutanées. Une coloration spéciale est utile (PAS) et la mise en évidence du champignon est positive dans 80 % des cas. Il faut penser à prévenir le laboratoire d’analyse de la suspicion au cas où une telle coloration ne serait pas systématiquement effectuée. L’examen histologique de biopsies cutanées est très utile pour le diagnostic de formes inhabituelles de dermatophytose canine (forme pustuleuse ou croûteuse, atteinte du chanfrein, etc.).

Traitement et prévention

Pour le vétérinaire, les dermatophytoses sont des dermatoses préoccupantes à plus d’un titre : il s’agit à la fois de guérir l’animal, d’éviter la contamination de l’environnement et de prévenir une éventuelle zoonose. Cet article a pour objet de faire le point sur les protocoles de consensus concernant le traitement et la prévention des dermatophytoses chez le chien et le chat. Chez l’animal sans trouble concomitant, une dermatophytose évolue naturellement vers une guérison spontanée en quelques semaines à quelques mois, par développement d’une immunité naturelle. Il y a cependant deux bonnes raisons d’intervenir systématiquement :

pour accélérer la vitesse de disparition des lésions cutanées chez l’animal tout en évitant le passage à l’état de porteur asymptomatique ;

pour limiter la dissémination des spores de dermatophyte dans l’environnement et le risque de contagion aux congénères et aux propriétaires.

Ces objectifs ne peuvent être atteints qu’en associant systématiquement un traitement par voie générale à un traitement local. Il est de plus nécessaire de s’assurer de la disparition totale du risque de contamination avant d’interrompre la thérapie.

Antifongiques systémiques

Itraconazole : 5 mg/kg en une prise par jour, une semaine sur deux. AMM chat seulement. Ne pas administrer aux femelles gestantes.

Kétoconazole : 10 mg/kg par jour en une ou deux prises au moment d’un repas. AMM chien seulement. Tératogène, troubles digestifs, hépatotoxicité.

Griséofulvine : 25 mg/kg matin et soir, avec un repas riche en graisses. AMM chat et chien. Tératogène, troubles digestifs, neutropénie chez les chats FIV positifs.

Terbinafine : 20 à 40 mg/kg en une prise par jour. Pas d’AMM vétérinaire. Vomissements possibles chez le chat. La terbinafine semble pouvoir être employée chez les femelles gravides, car elle n’est pas contre-indiquée chez la femme enceinte.

Note : il n’a pas été démontré que le lufénuron, utilisé pour lutter contre

les puces, ait une quelconque utilité pour le traitement ou la prévention des dermatophytoses.

Antifongiques topiques

Enilconazole : en solution à 0,2 %. Deux applications par semaine sans rinçage. AMM chat et chien. Pas d’effets secondaires, ne pas laisser les jeunes animaux se lécher.

Miconazole + chlorhexidine : shampooing à 2 %. Deux shampooings par semaine. AMM chat (en association avec la griséofulvine). Pas d’effets secondaires.

Note : les crèmes, gels et autres pommades issus de la pharmacopée humaine n’ont pas prouvé leur efficacité chez l’animal. En ce qui concerne la tonte, bien qu’elle puisse favoriser les lésions cutanées et une certaine extension de la maladie, elle reste recommandée car elle augmente l’efficacité du traitement topique.

Durée du traitement

Le traitement est mis en place pour une durée initiale de 4 à 6 semaines, période à l’issue de laquelle une culture mycologique en laboratoire spécialisé doit être entreprise. Il est souhaitable de n’interrompre la thérapie qu’après l’obtention de deux cultures négatives à 15 jours d’intervalle. Le phénomène de résistance aux antifongiques n’a été formellement prouvé que dans de rares occasions et cette hypothèse ne devra pas être considérée en première intention lors d’échec thérapeutique. Il faudra plutôt penser à une mauvaise observance du traitement ou à l’existence d’une maladie associée.

Information du propriétaire

Il faut informer le propriétaire du risque de contagion. Ne pas hésiter à préciser par écrit la nécessité de porter des gants et des vêtements spécifiques lors de la manipulation de l’animal, d’éviter le contact entre celui-ci et ses proches, qu’il s’agisse d’humains ou d’autres carnivores domestiques. Lui recommander de détruire par le feu les poils tombés sur le sol ainsi que les sacs d’aspirateur utilisés pour le nettoyage de la maison.

Traitement d’un effectif

La présence de plusieurs animaux rend la lutte contre les dermatophytoses beaucoup plus difficile, surtout dans les grands effectifs comme les élevages félins. Malgré le coût que cela représente, il est nécessaire de connaître par la réalisation de cultures mycologiques le statut de chacun des animaux présents. Tous les animaux symptomatiques, mais aussi tous les porteurs asymptomatiques doivent être isolés et traités par voie orale et locale, selon le protocole décrit ci-avant. Les précautions vestimentaires doivent être strictement respectées par les manipulateurs : port de blouses, protège-chaussures, gants.

Désinfection des locaux

Elle repose sur un nettoyage physique préalable, dont l’aspiration des zones de couchage, suivi de la désinfection du sol et des surfaces. L’eau de Javel non diluée et le formol à 1% sont efficaces sur les spores de dermatophytes mais présentent un risque d’intoxication chez le manipulateur. C’est pourquoi il faut leur préférer l’énilconazole en solution ou en fumigène.

Prévention de l’infection des carnivores domestiques

Le seul moyen de prévention réaliste est d’éviter le contact avec des animaux atteints ou porteurs de dermatophytes. En cas de contact accidentel avéré, un traitement topique pourrait limiter le risque de développement d’une dermatophytose. Dans les grands effectifs, il est recommandé de pratiquer une culture mycologique sur tout nouvel entrant et de respecter une quarantaine de quatre semaines. Actuellement, aucun vaccin « dermatophytose » n’est disponible pour les carnivores domestiques en France.

SYNTHESE

La trichomonose : une affection mal connue

La trichomonose féline n’est pas bien connue des praticiens, mais il faut dire que si le rôle pathogène de Tritrichomonas foetus est établi chez les bovins et les porcins depuis longtemps, son implication dans certaines diarrhées du chat n’a été découverte que récemment. Il s’avère d’ailleurs que le nom d’espèce T. foetus recouvre un ensemble de génotypes relativement spécifiques. Ainsi le T. foetus des bovins n’est pas celui du chat, et s’il peut être retrouvé chez l’homme, il ne semble pas s’agir d’une zoonose. (in l’Essentiel n°376)

T. foetus est présent dans le gros intestin (cæcum, côlon et rectum) sous forme de trophozoïtes se reproduisant par fission. A priori assez peu résistant dans le milieu extérieur, le parasite passe de chat en chat par ingestion de fèces lors du toilettage autocentré ou mutuel, l’usage d’une litière partagée étant un élément favorisant. Le portage est d’ailleurs plus important dans les grands effectifs. L’infection à T. foetus est en général inapparente. Cependant chez le jeune de moins de un an, chez les primo-infectés, ou encore comme élément de comorbidité en association avec des coccidies, elle peut être à l’origine de signes de colite (selles molles, pâteuses, parfois entourées de sang et/ou de mucus) et d’anite (ténesme, inflammation).

La diarrhée évolue en général vers une résolution spontanée, mais dans des délais variables, de quelques semaines à quelques mois, voire quelques années. L’état général n’est que très exceptionnellement atteint, sans d’ailleurs que dans ces rares cas l’imputabilité de ces symptômes à la présence du parasite ait pu être prouvée. Les études de prévalence de T. foetus dans l’espèce féline (estimée à environ 15-20 % en élevage félin en France) montrent d’ailleurs les difficultés de l’imputabilité de la symptomatologie observée à la présence de parasites. En effet, dans une population donnée, on trouve aussi bien des chats non porteurs du parasite mais présentant des diarrhées chroniques que des porteurs asymptomatiques. Il apparaît néanmoins que les chats porteurs de T. foetus présentent plus souvent des signes digestifs que les autres.

Comment la diagnostiquer ?

La trichomonose doit être incluse dans les hypothèses diagnostiques des diarrhées chroniques chez le chat. Plusieurs examens complémentaires peuvent être utilisés pour la recherche du parasite.

L’examen direct dans les selles, à partir de selles fraîches ou d’un écouvillonnage de la muqueuse rectale. Il faut rechercher des trophozoïtes piriformes, munis de 3 flagelles antérieurs et d’un flagelle postérieur, ainsi que d’une membrane ondulante. Ils se déplacent d’une manière saccadée assez caractéristique. Cela reste cependant un exercice difficile, la confusion avec les trophozoïtes d’autres protozoaires des espèces Giardia intestinalis et Pentatrichomonas hominis étant fréquente. La sensibilité de cette technique est faible, de l’ordre de 15 %.

Mise en culture. Elle est pratiquée sur milieu spécifique inhibant la croissance des espèces Giardia intestinalis et Pentatrichomonas hominis. Une identification par microscopie reste cependant nécessaire pour éviter les faux positifs. La sensibilité de la mise en culture est estimée entre 55 et 80 % suivant les auteurs.

PCR. Il s’agit de la méthode la plus sensible (94 %) et la plus spécifique. Elle a en outre l’avantage de pouvoir être pratiquée sur selles fraîches, réfrigérées ou congelées.

Comment la traiter ?

Une seule molécule a démontré son efficacité dans le traitement de la trichomonose féline. Il s’agit du ronidazole per os, à raison de 30 mg/kg une fois par jour pendant 2 semaines (hors AMM). Certains signes de neurotoxicité ayant été parfois observés, une surveillance est nécessaire. Les effets secondaires disparaissent progressivement à l’arrêt du traitement. Des gélules gastrorésistantes avec libération progressive du ronidazole permettant d’éviter les troubles neurologiques sont disponibles à l’ENVA (Sébastien Perrot, Pharmacotechnie). Le métronidazole et le tinidazole n’apportent qu’une amélioration temporaire.

SYNTHESE

Leishmaniose : actualités sur la prévention et le traitement

Limiter le contact entre le vecteur et le chien est bien sûr une nécessité pour éviter la transmission de Leishmania infantum. Le couplage avec la vaccination assure une prévention efficace, même si les risques ne sont jamais totalement absents. Quant au traitement, si de récentes études ont eu pour finalité de proposer de nouvelles voies thérapeutiques, il est recommandé de s’en tenir au protocole de consensus européen, non seulement pour son efficacité mais aussi pour des raisons de santé publique. (in l’Essentiel n°376)

Cet article est une mise au point sur les actualités en matière de prévention et de traitement de la leishmaniose canine d’après les recommandations les plus récentes des experts.

Prévention : limiter les contacts avec les vecteurs

Les vecteurs de la leishmaniose canine sont de petits diptères hématophages, les phlébotomes (voir encadré 1). Ils transmettent les leishmanies lors de la phase de nourrissage. Plusieurs moyens peuvent être mis en oeuvre afin de limiter les risques de piqûre des animaux par les phlébotomes :

Appliquer régulièrement des produits insectifuges/insecticides sur les chiens, sous forme de collier ou de spot-on pendant toute la saison d’activité des vecteurs. La saison à risque démarre en général au mois d’avril et se termine fin novembre. La saison d’activité des phlébotomes en zones d’enzootie est variable d’une année à l’autre ou d’une région à l’autre.

Ne pas promener les animaux dans les endroits où le biotope est favorable à la présence de phlébotomes.

Ne pas sortir les animaux aux périodes d’activité des phlébotomes, c’est-à-dire du crépuscule jusqu’à l’aube.

Limiter la pénétration du phlébotome à l’intérieur des habitations, en fermant les fenêtres la nuit ou en les dotant de moustiquaires (mailles fines de 0,3-0,4 mmÇ), en plaçant un ventilateur dans les pièces de couchage.

La vaccination

Un vaccin (Canileish® ) dispose d’une AMM en France depuis 2 ans. Le protocole vaccinal comprend 3 injections à deux semaines d’intervalle suivies de rappels annuels. Il est conseillé de tester les animaux avant la primo-vaccination à l’aide d’un test de dépistage sérologique rapide afin de ne pas vacciner les animaux déjà infectés. En région fortement enzootique, la vaccination permet de réduire les risques d’expression d’une leishmaniose clinique de 23,1 % à 7,3 % (dossier d’AMM). La vaccination n’étant pas à l’origine d’une protection totale, la lutte contre les vecteurs doit être poursuivie même chez les animaux vaccinés.

Traitement : informer avant de traiter

Puisqu’il s’agit d’une maladie chronique, il est nécessaire d’informer préalablement le propriétaire du chien sur l’évolution de la maladie, le coût du traitement, et le cas échéant, sur les risques pour les personnes immunodéprimées vivant à proximité du malade.

Protocole de consensus

Le traitement associant l’antimoniate de méglumine et l’allopurinol fait l’objet d’un consensus au niveau européen.

Antimoniate de méglumine : la posologie recommandée est de 100mg/kg/j en une ou deux injections sous-cutanées ou intramusculaires pendant 4 semaines. Le strict respect du protocole (dose, fréquence et durée, voie d’administration) est la condition sine qua non d’une bonne efficacité, d’une toxicité minimale et de moindres risques d’apparition de souches chimiorésistantes. Une intolérance au produit est parfois observée. Elle est due à l’accumulation du produit dans l’organisme, elle-même conséquence d’une insuffisance rénale.

Allopurinol : cette molécule est administrée per os à la posologie de 20 à 50 mg/kg en deux ou trois prises par jour à vie, afin de diminuer les risques de rechute.

Ce protocole n’exclut pas la mise en place d’un traitement de soutien symptomatique. Le suivi nécessite une surveillance de la fonction rénale, ainsi que des examens sérologiques réguliers. Le premier est effectué en général 6 mois après le début du traitement, puis une sérologie est effectuée au moins une fois par an. Certains auteurs estiment qu’en cas de disparition totale des signes cliniques et biologiques avec baisse significative des anticorps, la prise d’allopurinol peut être suspendue au bout d’un an. Des effets secondaires tels que la formation de concrétions de xanthine dans les urines peuvent apparaître. Les effets secondaires sont en général tous réversibles à l’arrêt de l’administration du produit. L’utilisation de l’allopurinol en monothérapie peut être envisagée pour des animaux présentant une insuffisance rénale avancée chez lesquels l’usage de l’antimoniate de méglumine n’est pas envisageable.

Autres traitements

La miltéfosine n’est pas disponible en France. Cette molécule présente une efficacité comparable à celle de l’antimoniate de méglumine avec des effets secondaires digestifs et tératogènes. Cette molécule est utilisée pour le traitement des leishmanioses viscérales humaines et son utilisation pose des problèmes éthiques (risque de sélection de souches résistantes).

Des études sur l’utilisation de l’amphotéricine B, l’enrofloxacine, la marbofloxacine ou encore le métronidazole associé à la spiramycine ont été publiées. Outre le fait que les protocoles sont discutés, l’utilisation irraisonnée de ces molécules sont susceptibles de provoquer l’apparition de souches chimiorésistantes.

Les techniques actuelles de diagnostic

Le diagnostic de la leishmaniose chez le chien peut être souhaité dans diverses circonstances : confirmer l’origine de signes cliniques observés chez un malade et mettre en place un traitement spécifique, connaître le statut de chiens apparemment en bonne santé mais exposés au risque leishmanien par leur mode de vie (habitat en zone d’enzootie, voyages), pratiquer un dépistage avant vaccination ou chez un donneur avant transfusion. Dans tous les cas, la réalisation d’examens complémentaires s’impose.

Les chiens infectés par Leishmania infantum peuvent être totalement asymptomatiques, présenter des lésions cutanées discrètes ou encore des signes marqués avec une atteinte de plusieurs organes : la peau et les phanères bien sûr (squamosis, croûtes, ulcères, onychogryphose) mais aussi d’autres organes (amaigrissement, polyadénomégalie, splénomégalie, modifications hématologiques avec anémie, atteinte rénale, oculaire, osseuse…). Lorsque la clinique est très marquée, la leishmaniose peut être facilement incluse dans le diagnostic différentiel, même si l’anamnèse n’indique pas une exposition particulière du malade au phlébotome vecteur, les cas erratiques étant toujours possibles (phlébotomes ayant été transportés par l’homme ou cas de transmission verticale). En revanche, il est plus difficile d’y penser lors d’atteintes discrètes. De petits ulcères des ailes du nez ou des canthus oculaires, une alopécie du bord de l’oreille doivent amener le praticien à interroger le propriétaire sur un éventuel déplacement de l’animal en zone d’enzootie.

Examens non spécifiques

Des examens hématologiques et biochimiques peuvent être entrepris : numération-formule (anémie, lymphopénie, thrombopénie), protéinémie et électrophorèse (hyperprotéinémie avec augmentation des gammaglobulines), évaluation de la fonction rénale. La découverte d’anomalies pourra conforter une suspicion clinique de leishmaniose mais ne permettra pas le diagnostic.

Examens spécifiques : observation directe des parasites

C’est théoriquement une méthode de choix puisqu’elle permet une confirmation du diagnostic. Plusieurs méthodes peuvent être mises en oeuvre : ponction ganglionnaire, ponction de moelle osseuse, calque cutané, examen histologique de biopsies cutanées ou ganglionnaires. Après coloration au MGG, les leishmanies se présentent comme de petits éléments (2-4 μm) ovoïdes présents dans le cytoplasme des macrophages, associant un noyau et un petit point de même couleur (le kinétoplaste). Malheureusement, l’observation directe souffre d’une faible sensibilité, de l’ordre de 50 à 60 %, qui cependant peut être améliorée par utilisation d’immunomarquage.

Sérologie

Tests sérologiques qualitatifs

Il s’agit de tests de paillasse rapides, pouvant être effectués à la clinique. Le résultat est dichotomique : négatif ou positif, et doit être prudemment interprété. Un résultat négatif peut indiquer aussi bien un animal véritablement sain qu’un porteur ou un malade présentant un faible taux d’anticorps. Un résultat positif nécessite dans tous les cas une évaluation quantitative par une méthode sérologique effectuée en laboratoire.

Tests sérologiques quantitatifs

Ces tests utilisent les techniques de l’immunofluorescence indirecte et ELISA, avec une sensibilité et une spécificité élevées. Ils permettent la détection d’anticorps circulants et le calcul de leur taux. Ainsi, il est possible non seulement de savoir si l’animal a été inoculé, mais aussi d’évaluer l’évolution de la maladie. Un taux d’anticorps élevé associé à des signes cliniques compatibles permet de confirmer l’hypothèse. Par contre, un taux relativement bas ne permet pas de conclure. Il faut rappeler que la sérologie est négative lors de la première phase de la maladie. Il est alors préférable de refaire un test sérologique quelques semaines plus tard afin d’évaluer la cinétique des anticorps. Cette cinétique est également utilisée pour le suivi de l’animal en cours de traitement et le dépistage des rechutes. Les valeurs de positivité sont à demander au laboratoire de référence. En effet, elles dépendent de la technique utilisée et des variations observées pour un même test. Il est d’ailleurs conseillé, pour un même animal, de travailler avec le même prestataire en cours de suivi.

PCR

Une PCR peut être effectuée à partir d’une ponction ganglionnaire, splénique ou osseuse, d’une biopsie de lésions cutanées ou conjonctivales. Le sang et l’urine sont par contre des substrats peu intéressants. La PCR permet de détecter l’ADN du parasite avec une sensibilité et une spécificité élevées (bien qu’il existe des faux négatifs) mais pas d’évaluer le statut immunologique de l’animal vis-à-vis de la maladie. Ainsi une PCR positive signe la présence de leishmanies mais ne permet pas de se forger une opinion sur l’évolution de la maladie. La situation d’un chien vis-à-vis de la leishmaniose n’est donc pas toujours facile à évaluer, d’autant qu’il existe des animaux montrant à la fois des signes cliniques modérés et une séronégativité, ou tout au moins un faible taux d’anticorps. Dans ces cas suspects, l’association d’examens complémentaires et un suivi sérologique de la cinétique des anticorps s’imposent.

Dépistage et diagnostic de la leishmaniose

*Dans le cadre d’un protocole vaccinal

Le laboratoire commercialisant le vaccin disposant d’une AMM en France préconise la réalisation d’un test sérologique qualitatif à la clinique. Si ce test ne permet pas de détecter les animaux porteurs asymptomatiques ou ayant un faible taux d’anticorps circulants, il évite de vacciner

des chiens en phase évolutive de la maladie.

*Dans le cadre d’une transfusion

En zone d’enzootie, il est préférable que le statut de tout donneur potentiel soit connu, le mieux étant de soumettre les donneurs potentiels à un suivi quantitatif.

*Dans le cadre d’un chien ayant voyagé

Il peut être justifié de vouloir évaluer le statut d’un chien ayant voyagé en zone d’enzootie vis-à-vis de la leishmaniose. Dans ce cas, il est recommandé d’effectuer une sérologie quantitative en laboratoire trois mois après la période d’exposition.

*Dans le cadre d’un diagnostic étiologique

La sérologie quantitative est l’examen de choix. Un taux élevé d’anticorps associé à une symptomatologie compatible permet d’établir le diagnostic. Si par contre le taux d’anticorps est relativement faible, il convient de rechercher la présence de leishmanies par cytologie ou/et histologie. Si le parasite est observé, le diagnostic est confirmé. Dans le cas contraire, une PCR peut être demandée. Si elle s’avère positive, on peut également conclure à une confirmation du diagnostic. Sinon, il est préférable de se pencher sur les autres hypothèses étiologiques, tout en surveillant la cinétique des anticorps en réalisant une nouvelle sérologie quelques semaines plus tard.

Encadré 1 : biologie des phlébotomes

Les phlébotomes sont des diptères de très petite taille (2 à 4 mm). Seules les femelles sont hématophages et le repas sanguin dure quelques minutes. En France, les deux espèces qui transmettent Leishmania infantum sont Phlebotomus perniciosus (le vecteur principal) et P. ariasi. Si ces insectes sont présents surtout sur la côte méditerranéenne, P. perniciosus peut être retrouvé jusqu’au nord de la France. Les phlébotomes recherchent leurs hôtes dès que le soleil est couché et restent au repos le jour dans des endroits frais et humides, comme les fissures et les trous des murs de pierre, les caves sombres ou les bâtiments d’élevage. C’est également dans ce type d’environnement que les femelles pondent leurs oeufs et on retrouve des larves dans les anfractuosités des murs, sous les pierres dans les jardins, dans les gouttières… Dans les conditions optimales, le développement de l’oeuf à l’adulte se déroule en 4 à 6 semaines. Leur rayon de vol étant plutôt limité, les phlébotomes ne s’éloignent pas de leur gîte d’origine. Ils craignent le vent et ne sont pas présents en front de mer. Cependant, les phlébotomes peuvent être occasionnellement poussés par la brise loin de leur zone de reproduction et même parfois voyager sur de très grandes distances par l’intermédiaire des moyens de transports humains (avion).

Gérer le stress des chats, c’est possible

Comme la plupart des êtres vivants, les chats peuvent faire l’expérience du stress. Ce sont toujours les mêmes facteurs qui le déclenchent : changement, conflit, sentiment d’avoir peu de prise sur les évènements. Mais le stress peut se gérer, et une étude, publiée dans le Journal of Feline Medicine le 22 juin et menée par l’école vétérinaire de l’université de Barcelone, montre de quelle manière. Elle souligne en effet quelles sont les causes du stress des chats domestiques et les moyens d’y remédier. Le stress apparaît suite à un changement dans l’environnement du félin, ou si cet environnement ne permet pas à l’animal d’exprimer les besoins propres à son espèce : chasse, grimpe, grattage/griffades. Une relation chat-humain plutôt pauvre ou un conflit avec un autre chat sont également des sources de stress.

Les chercheurs ont remarqué que ce ne sont pas forcément les conditions qui créent le stress (qu’elles soient physiques, sociales ou issues de la façon dont le propriétaire s’occupe de son chat) : la personnalité de chaque chat et sa propre façon de « gérer » ces émotions et changements a aussi un rôle important.

Le stress chez les chats est une problématique sérieuse puisque les troubles comportementaux qui en dérivent (agressivité, comportements compulsifs, troubles de l’élimination) entraînent souvent des abandons voire des euthanasies. Il peut en outre déclencher des maladies graves comme l’anorexie, l’hyperesthésie féline ou du pica. Les chercheurs finissent enfin par quelques suggestions afin de minimiser le stress, notamment un protocole en 3 phases permettant de réduire les conflits entre chats, d’enrichir l’environnement et d’offrir une zone de « repli » au chat qui lui servira de refuge pour s’apaiser.

(source : NewStat 25 juin)