Une solution simple contre la cataracte

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© Ivonne Wierink

La cataracte est l’affection oculaire la plus courante et la plus héréditaire chez les chiens. Mais une solution « simple » pourrait y remédier. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université de Californie et publiée dans la revue Nature le 30 juillet, propose une alternative non-chirurgicale à l’opération de la cataracte : une solution à base de stéroïdes qui la dissoudrait ! Les chercheurs ont noté que les enfants pourvus d’une mutation génétique causant la cataracte ne produisaient pas de lanostérol, une stéroïde produite naturellement par le corps. Les chercheurs ont donc testé la solution sur trois groupes : sur des cultures in-vitro, sur les pupilles de lapins et sur 7 chiens issus de 3 races différentes (labrador noir, pinscher miniature et bouvier australien). Tous ces chiens avaient la cataracte. Chaque chien a reçu la solution sous forme de gouttes ou d’injections, et dans les 6 jours suivants, leur vue s’est considérablement améliorée.

(source : NewStat, 4 août)

L’électronique au service de la santé des chiens

Les accéléromètres, ou appareils détecteurs d’activité, faits pour les animaux ont de tous temps été chers et difficiles à utiliser, même dans le cas des études cliniques. Néanmoins, depuis que ces appareils ont été designés pour les humains et rendus plus faciles à porter, la technologie a également évolué pour les animaux. Une nouvelle étude de l’Université du Colorado, publiée dans la revue BioMed Central, s’est intéressée à l’un de ces appareils, baptisé « Whistle », un dispositif s’utilisant avec un smartphone, en le comparant avec un accéléromètre largement validé et utilisé.

Whistle permet à un propriétaire de prendre des notes, des photos, de les partager, de gérer la posologie d’un traitement médicamenteux ainsi que l’activité physique d’un chien via un smartphone ou une tablette.

Les résultats de l’étude montre qu’il y avait une corrélation entre les deux accéléromètres, ce qui n’était pas une surprise en soi pour les chercheurs. L’étude avait donc comme objectif de valider l’efficacité de l’appareil.

Néanmoins, ce n’est pas le seul appareil portable de ce type à être étudié dans le cadre de cette recherche. Chaque appareil est différent et peut répondre à une problématique particulière. Dans le cadre d’une utilisation par des particuliers, tous les appareils semblent efficaces et faciles d’utilisation pour mieux surveiller des chiens cardiaques, dotés de douleurs chroniques, ou tout autre trouble limitant leur activité.

(Source : NewStat, 13 juillet)

Et si l’or guérissait le cancer ?

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© Igor Mojzes

Chez les chiens, il existe une forme de cancer propre à leur espèce particulièrement violente pour l’organisme : l’adénocarcicome nasal. Et le pronostic de guérison est plutôt pessimiste, du moins d’après la National Canine Cancer Foundation américaine. Sans traitement, cette maladie peut être fatale en 3 mois. « Avec une radiothérapie, les chiens atteints peuvent gagner une à deux années, mais une très petite minorité d’entre eux peuvent être guéris », explique Nikolas Dervisis, vétérinaire et spécialiste de la médecine des petits animaux à l’école vétérinaire Virginia-Maryland. Avec une collègue, il va d’ailleurs lancer une étude clinique sur une thérapie expérimentale à base de nanoparticules, qui permettraient de « cuire » une tumeur.

Le praticien injecte une solution contenant des nanoparticules enrobées d’or au patient. Pourquoi de l’or ? Parce que le métal est attiré vers les vaisseaux sanguins qui nourrissent les tumeurs cancéreuses. Une fois le produit « installé », un laser de faible puissance est utilisé pour chauffer les particules d’or et ainsi « cuire » la tumeur de l’intérieur. Ni la solution, ni le laser n’affectent la santé des tissus, semble-t-il.

Cet essai clinique, baptisé « AuroLase® » est en cours de réalisation et ouvert aux chiens et aux chats. Il est également pratiqué à l’école vétérinaire du Wisconsin et à l’université de médecine vétérinaire et de sciences biomédicales du Texas.

(Source : NewStat, 6 juillet)

Les affections hépatiques

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© Monika Wisniewska

Les affections hépatiques sont courantes chez les chats et les chiens, et peuvent être la conséquence de maladies primaires ou secondaires très diverses. Elles entrent dans le diagnostic différentiel de nombreux signes cliniques non spécifiques. Il est possible de suspecter un désordre hépatique lorsque les analyses sanguines révèlent une augmentation des enzymes hépatiques et/ou des acides biliaires.

 

Principaux diagnostics différentiels

Il est important de prendre en considération les causes les plus courantes d’atteinte hépatique décrites ci-dessous. Il faut en particulier garder à l’esprit que l’atteinte hépatique peut être secondaire à une affection plus sévère d’un autre organe.

Chiens

  • Hépatite

→ médicamenteuse (ex : phénobarbital, AINS, sulfamides potentialisés)

→ toxique (ex : mycotoxines, pesticides, métaux lourds)

→ infectieuse (ex :leptospirose, maladie de Carré)

→ prédisposition raciale (ex : Bedlington Terrier, Cocker Spaniel, Doberman Pinscher)

→ Idiopathique (hépatite chronique active), étiologie inconnue possiblement à médiation immunitaire

  • Régénération nodulaire et cirrhose : peut faire suite à une hépatite chronique

  • Hépatopathie cortico-induite

  • Affection porto-vasculaire congénitale (ex : shunt porto-systémique)

  • Tumeur (ex : carcinome hépatocellulaire, métastases)

  • Hyperplasie nodulaire hépatique -découverte fortuite courante et bénigne chez les chiens âgés

  • Affection hépatique secondaire (due à une pancréatite, une septicémie, un syndrome de Cushing ou un diabète sucré).

Chats

  • Cholangite neutrophilique (suppurée) : probablement causée par une infection ascendante depuis le duodénum

  • Cholangite lymphocytaire : pourrait être à médiation immune, souvent associée à une pancréatite et une MICI (« triade pathologique »)

  • PIF

  • Lipidose hépatique : primaire ou secondaire à toute maladie provoquant une anorexie, conduit à une cholestase et à un dépôt massif de graisse dans le tissu hépatique

  • Hépatopathie toxique aiguë

  • Shunt porto-systémique congénital

  • Tumeur (ex : carcinome ou adénome biliaire, métastases)

  • Affection hépatique secondaire (due à une pancréatite, une hyperthyroïdie, un diabète sucré, une septicémie ou une maladie infectieuse systémique).

L’anamnèse et les signes cliniques associés à une affection hépatique peuvent être vagues, par exemple un manque d’appétit, une léthargie, un amaigrissement, des vomissements ou une diarrhée. On peut aussi constater des symptômes plus spécifiques (mais non pathognomoniques) tels qu’un ictère, une ascite ou une PUPD. On peut également être confronté à des cas plus sévères, comme lors d’un trouble de l’hémostase qui conduira à des saignements, ou lors d’une encéphalopathie hépatique qui peut se manifester par des signes neurologiques. Lorsqu’on suspecte une atteinte hépatique chez un animal, il faut savoir s’il a eu accès à des médicaments ou des produits toxiques en particulier, s’il est à jour de ses vaccins, s’il souffre déjà d’une autre maladie et s’il y a eu d’autres cas parmi ses frères, sœurs ou parents. Il est important d’effectuer une palpation abdominale attentive afin de détecter toute hépatomégalie, douleur,ascite ou anomalie d’un autre organe.

Chez les chats, la hiérarchisation des hypothèses diagnostiques dépend de la présentation clinique. La cholangite neutrophilique touche plutôt des chats d’âge moyen à avancé qui présentent alors une atteinte aiguë avec de la fièvre, une anorexie, un ictère et une douleur abdominale. Les chats atteints d’une cholangite lymphocytaire sont préférentiellement jeunes et présentent un ictère, mais sinon leur état général et leur appétit sont conservés. Les premiers signes cliniques associés à une lipidose hépatique sont frustes, puis on pourra observer un ictère et une encéphalopathie.

Lors de shunt porto-systémique, la croissance est ralentie, et l’anamnèse rapporte un appétit moyen, une diarrhée et des vomissements intermittents. On peut aussi parfois observer des signes d’atteinte du bas appareil urinaire à la suite de la présence de calculs urinaires d’urate d’ammonium. L’iris de certains chats prend une couleur cuivrée caractéristique. Lorsqu’il s’agit d’un chat âgé présentant des signes d’insuffisance hépatique, il est plus probable qu’il s’agisse d’une tumeur ou d’une cirrhose.

Il convient d’effectuer une NF sanguine, une analyse biochimique et urinaire dès que l’on suspecte une atteinte hépatique. La NF sanguine peut être modifiée de façon non spécifique ; on peut par exemple avoir un leucogramme de stress. La NF sanguine peut également révéler une microcytose chez les patients souffrant de pertes sanguines gastro-intestinales chroniques ou atteints d’un shunt porto-systémique. Pour diagnostiquer une atteinte hépatique,il est capital d’effectuer une analyse biochimique ; elle permet d’évaluer une éventuelle souffrance hépato-cellulaire, une cholestase et les autres fonctions du foie. Une augmentation des enzymes hépatiques (ASAT et ALAT) indique une souffrance hépato-cellulaire. L’ALAT est cependant plus spécifique d’une atteinte hépatique. Une augmentation des PAL et des yGT oriente vers une cholestase. Il est également possible d’observer une augmentation des PAL après l’administration de corticoïdes, lors d’une atteinte osseuse ou chez les animaux jeunes. Le dosage des yGT est particulièrement utile chez les chats, car elles augmentent lors de cholestase mais pas lors de lipidose hépatique. Il est important de garder à l’esprit que pour beaucoup d’affections hépatiques secondaires, une élévation des enzymes hépatiques est courante. Ainsi, si leur augmentation reste faible à modérée, elle ne révèle pas systématiquement une affection hépatique primaire. Remarquez que leur augmentation sera faible à modérée lors d’hyperplasie nodulaire hépatique, bien qu’elle n’ait aucune signification clinique. Les marqueurs d’une défaillance hépatique sont une hypoalbuminémie, une augmentation de la bilirubine, ainsi qu’une augmentation des acides biliaires ; la bilirubinémie et les acides biliaires peuvent aussi être augmentés lors de cholestase.

Si l’on suspecte une atteinte hépatique après avoir effectué une analyse biochimique, le moyen le plus efficace de poursuivre l’exploration des fonctions hépatique est de réaliser un test de stimulation des acides biliaires. Pour ce faire, il convient d’effectuer une prise de sang lorsque l’animal est à jeun depuis 12h afin de doser les acides biliaires, puis on effectuera une deuxième prise de sang pour les doser à nouveau2 heures après avoir donné un repas riche en graisses à l’animal. On obtient ainsi à partir du sérum la concentration des acides biliaires à jeun et postprandial. Si la concentration postprandiale est supérieure à 25 µmol/L, le foie ne fonctionne pas correctement. On observera une forte augmentation lors de shunt porto-systémique, tandis que les enzymes hépatiques seront normales à modérément augmentées, et la bilirubinémie sera normale. Une analyse urinaire peut mettre en évidence une bilirubinurie ou des cristaux d’urate d’ammonium. On conseille d’effectuer un titrage des anticorps anti­-leptospires si cette infection est plausible, c’est-à-dire chez les animaux non vaccinés ayant des symptômes aigus.

Il est important de se rappeler que l’atteinte hépatique et l’élévation des paramètres hépatiques peut être secondaire à une autre maladie. Lorsque l’atteinte hépatique est secondaire,les symptômes de l’affection primaire seront généralement prédominants. Les symptômes d’une affection primaire peuvent cependant parfois être confondus avec ceux d’une atteinte hépatique primaire lorsqu’ils sont similaires. Il convient d’explorer l’hypothèse d’une pancréatite ou d’une affection endocrinienne (en particulier un diabète sucré, un syndrome de Cushing ou une hyperthyroïdie) lorsque les éléments cliniques et les examens complémentaires sont en leur faveur.

Examens complémentaires

Les autres examens complémentaires envisageables pour explorer une atteinte hépatique incluent des clichés radiographiques, une échographie ou des biopsies. La radiographie permettra d’évaluer la taille du foie et de détecter d’éventuelles masses abdominales. En revanche, elle n’est pas très utile lors d’ascite. L’échographie permettra de visualiser le parenchyme hépatique et les voies biliaires ; elle peut également servir à confirmer la présence de liquide abdominal. Dans des mains expérimentées, l’échographie est très utile pour détecter un shunt porto-systémique. Un examen échographique seul est généralement insuffisant pour diagnostiquer un processus tumoral au sein du foie car des lésions nodulaires peuvent correspondre à une hyperplasie nodulaire bénigne, des abcès, des hématomes ou une tumeur. De plus, il n’est pas possible d’exclure une atteinte hépatique lorsque l’examen échographique est normal. On ne réalise généralement pas de biopsie lors d’une atteinte aiguë, à moins qu’il n’y ait eu aucune amélioration après le traitement initial, mais on recommande d’en effectuer une pour établir un diagnostic définitif dans les cas chroniques. On réalisera des biopsies au cours d’une laparotomie exploratrice, par laparoscopie ou par ponction écho-guidée (aiguille Tru-Cut).

Quel traitement ?

Lors d’atteinte hépatique, on recommande de débuter par un traitement de soutien. Lorsque le patient est déshydraté, il convient de mettre en place une fluidothérapie. Il faut également adapter l’alimentation. Bien que les croquettes formulées dans cette indication soient adaptées, il est préférable que les animaux anorexiques mangent autre chose plutôt que d’insister avec ces aliments s’ils refusent de se nourrir. Il faut proposer aux animaux qui ont arrêté de s’alimenter depuis plusieurs jours, en particulier les chats, de la nourriture très appétente et/ou mettre en place une sonde naso-œsophagienne. On administrera des anti-émétiques et des analgésiques si nécessaire. Les chiens suspects de leptospirose doivent être isolés et recevoir des antibiotiques (par exemple l’association amoxicilline-acide clavulanique).

Les chats atteints d’une cholangite suppurée doivent recevoir des antibiotiques à large spectre (par exemple amoxicilline-acide clavulanique), idéalement en adaptant l’antibiothérapie après les résultats d’une culture à partir d’un prélèvement de bile (bien que des prélèvements de la vésicule biliaire ne soient pas réalisés en routine dans la plupart des cliniques). Lors de cholangite lymphocytaire, on prescrira de la prednisolone d’abord à dose immuno-suppressive puis en la diminuant sur 6 à 12 semaines.

Des antioxydants, tels que la S-adénosylméthionine, peuvent ralentir les dégâts hépatocellulaires. L’acide ursodésoxycholique (UDCA) peut améliorer l’écoulement de la bile, mais il est déconseillé chez les patients souffrant d’une obstruction biliaire complète. Ces molécules sont indiquées dans toutes les formes d’hépatite, ainsi que pour les deux types de cholangite chez les chats.

La base du traitement de la lipidose hépatique repose sur un soutien nutritionnel agressif, qui nécessite généralement la mise en place d’une sonde gastrique. On pense qu’une supplémentation précoce en L-Carnitine, en taurine, en vitamine E, en vitamine B1, en vitamine K1 et en vitamine 812 pourrait améliorer le pronostic. On recommande de surveiller étroitement ces chats car plusieurs complications sont susceptibles de se produire : stase gastrique, encéphalopathie hépatique, hyperkaliémie ou hypophosphatémie (à l’origine d’une anémie hémolytique).

Le traitement d’un shunt porto-systémique ou d’une encéphalopathie hépatique peut être médical ou chirurgical (ligature du shunt). Le traitement médical comprend une alimentation pauvre en protéines, du lactulose (PO ou en lavement chez les patients très atteints) et de l’amoxicilline ou de l’ampicilline.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

S’il n’y a aucune amélioration à la suite du traitement de soutien, il faut reconsidérer le diagnostic d’atteinte hépatique primaire. Le traitement définitif d’une affection hépatique repose sur l’identification de sa cause sous-jacente et sur la mise en place d’un traitement approprié (en particulier lors d’une origine infectieuse). Il est ainsi parfois nécessaire d’avoir recours à des examens plus poussés tels qu’une échographie ou une biopsie hépatique. Si les propriétaires refusent de référer, on retiendra alors l’hypothèse diagnostique la plus plausible concernant la maladie sous-jacente et on traitera comme décrit précédemment. Il faudra cependant informer le propriétaire que cette démarche n’est pas la meilleure et qu’elle peut même parfois s’avérer préjudiciable pour la santé de l’animal.

Il faut mesurer les temps de coagulation (temps de Quick et temps de Céphaline Kaolin) avant d’effectuer des biopsies, et supplémenter en vitamine K durant quelques jours lorsqu’ils sont augmentés. Il est possible d’obtenir de petits échantillons par ponction à l’aiguille fine, de préférence par guidage échographique. Une cytologie peut être utile dans le diagnostic d’une lipidose hépatique chez les chats, ou pour détecter un processus tumoral tel qu’un lymphome ou un mastocytome, mais elle n’a qu’un intérêt limité lors d’une atteinte inflammatoire. Il est préférable de prélever des échantillons de taille plus importante à l’aide d’une aiguille Tru-CUT ou par laparoscopie/ laparotomie.

Pour les chiens souffrant d’une hépatite chronique idiopathique, on modifiera l’alimentation en passant à un aliment commercial spécialement formulé dans cette indication, et en prescrivant des antioxydants tels que la S-adénosylméthionine, un modificateur des acides biliaires comme l’UDCA, ainsi que de la prednisolone à dose anti-inflammatoire. Remarquez cependant qu’à part concernant la prednisolone, il n’y a que peu d’études qui ont été publiées prouvant l’efficacité des autres traitements chez le chien, bien qu’en théorie il est probable qu’ils soient également efficaces. Lorsque l’on suspecte une inflammation neutrophilique, en particulier dans la zone péri-portale, on prescrira des antibiotiques à large spectre. Certaines affections, telles qu’un processus tumoral ou une cirrhose, comportent par nature un pronostic sombre.

Chez les chiens, lorsque l’on suspecte une affection hépatique inflammatoire, on conseille de fournir un traitement de soutien avec une alimentation adaptée, des antioxydants et de l’UDCA si le budget le permet. Bien qu’il soit rarement efficace, il est possible de prescrire un traitement d’essai à base d’antibiotiques à large spectre. Chez les chats qui s’alimentent encore correctement, il est possible de prescrire un traitement initial à base d’antibiotiques à large spectre. Si, lors de cholangite lymphocytaire, on ne constate aucune amélioration après 4 semaines d’antibiothérapie, on pourra ajouter de la prednisolone à dose anti­-inflammatoire. Il faut cependant avertir les clients des risques liés à l’administration de prednisolone, à la fois à cause de ses effets secondaires, et en cas de processus infectieux non diagnostiqué.

L’hyperthyroïdie féline

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© Budimir Jevtic

L’hyperthyroïdie est une endocrinopathie fréquente affectant les chats âgés. Dans environ 98 % des cas, elle est provoquée par une hyperplasie adénomateuse des glandes thyroïdes. Pour les 2 % restants, il s’agit d’un carcinome de la thyroïde. La cause sous-jacente est encore inconnue à l’heure actuelle. Dans environ 75% des cas, les deux glandes sont touchées. Dans 10-20 % des cas, il y a un tissu thyroïdien ectopique au sein de la cavité thoracique.

 

Signes cliniques

L’anamnèse classique d’un chat hyperthyroïdien est une perte de poids associée à une polyphagie. L’hyperthyroïdie tend à être diagnostiquée de plus en plus précocement, avant même que le chat n’ait commencé à perdre du poids. Les autres signes cliniques qu’il est possible de détecter précocement au cours de l’évolution de la maladie sont des vomissements, une agitation perpétuelle, des vocalisations excessives, de la diarrhée, une polyurie/polydipsie, un pelage de mauvaise qualité, des tremblements, une faiblesse ou une dyspnée/halètement. Certains chats ont une forme d’hyperthyroïdie appelée « apathique » ; au lieu d’être hyperactifs et en polyphagie, ils sont alors léthargiques et manquent d’appétit. D’autres maladies concomitantes, fréquentes chez les chats de cet âge, peuvent venir compliquer le tableau clinique.

On ne détecte souvent que la présence d’un goitre à l’examen clinique, il est présent chez environ 90 % des chats hyperthyroidiens. En revanche, l’absence de goitre n’exclut pas nécessairement le diagnostic d’hyperthyroïdie car la thyroïde peut avoir une position très variable, et il arrive dans certains cas que du tissu thyroïdien ectopique hypersécrétant soit présent dans le thorax. La palpation d’une masse cervicale n’est pas pathognomonique d’une hyperthyroïdie car il arrive que des nodules thyroïdiens non sécrétants ou qu’une masse d’origine non thyroïdienne soient présents. Les autres anomalies qu’il est possible d’observer sont une maigreur, un pelage de mauvaise qualité, une tachycardie ou une tachypnée. D’autres anomalies cardiaques telles qu’un souffle ou un bruit de galop peuvent être présentes à l’auscultation car il est courant qu’il y ait une hypertrophie ventriculaire secondaire. L’hypertension est fréquente chez les chats hyperthyroïdiens, on peut trouver des signes de rétinopathie hypertensive à l’examen ophtalmologique.

Principaux diagnostics différentiels

  • Les autres affections à l’origine d’une perte de poids, en particulier les affections rénales chroniques, le diabète sucré ou une tumeur

  • Les autres causes de polyphagie, en particulier le diabète sucré ou une malabsorption (ex : MICI, insuffisance du pancréas exocrine, cholangite lymphocytaire)

  • Les maladies engendrant une PUPD, en particulier l’insuffisance rénale chronique ou le diabète sucré

  • Les autres causes de vomissements et de diarrhée

  • Les autres affections à l’origine d’un manque d’appétit ou d’une anorexie

Techniques diagnostiques spécifiques

Le diagnostic définitif de l’hyperthyroïdie se base généralement sur la mise en évidence d’une augmentation de la concentration en T4, totale dans le sérum. L’élevation de cette dernière est très spécifique d’une hyperthyroïdie ; il suffit, pour plus de 90 % des chats souffrant d’hyperthyroïdie, de mettre uniquement en évidence cette élévation pour établir le diagnostic.

Il arrive occasionnellement que la T4 totale se situe au niveau de la norme supérieure chez des chats hyperthyroïdiens. Ceci peut s’expliquer par des fluctuations normales de la concentration en T4 lorsque le chat a une hyperthyroïdie précoce/modérée, ou par une baisse de la concentration de T4, totale à cause d’une autre affection concomitante non-thyroïdienne. Si la T4 totale se situe dans la norme chez un chat suspect d’une hyperthyroïdie, on effectuera les investigations suivantes :

  1. Mesurer à nouveau la T4 totale et exclure les affections non thyroïdiennes

  2. Si la T4, est toujours dans la norme, il faut mesurer la T4, libre à l’aide d’une dialyse à l’équilibre

  3. Si la T4 totale et libre sont toujours normales, deux approches sont possibles :

  4. Attendre et surveiller l’évolution de l’état du chat, puis répéter les étapes précédentes 2- 3 mois plus tard

  5. Effectuer une scintigraphie de la thyroïde. Bien que cette procédure nécessite de référer le chat, elle est utile car elle permet de localiser le tissu thyroïdien hyperfonctionnel et ainsi de déterminer le traitement à mettre en place.

Comme l’hyperthyroïdie est une maladie touchant les chats âgés qui ont souvent une autre affection concomitante pouvant influencer le traitement, il convient d’effectuer d’autres examens complémentaires tels qu’une NF sanguine complète, une biochimie, une analyse urinaire et une mesure de la pression artérielle. Il est fréquent que les enzymes hépatiques soient légèrement augmentées. Il est important de vérifier les paramètres rénaux avant de commencer à traiter l’hyperthyroïdie, car ce traitement peut provoquer une augmentation des paramètres rénaux en révélant une insuffisance rénale déjà présente, et auparavant masquée par l’hyperthyroïdie. La réalisation d’autres examens complémentaires dépendra des éléments cliniques et des résultats des tests effectués au laboratoire.

Traitement

Il faut essayer autant que possible de commencer par stabiliser médicalement les chats hyperthyroïdiens. On pourra ainsi évaluer à nouveau la fonction rénale une fois le chat devenu euthyroïdien (avant de réaliser un traitement irréversible), afin de stabiliser une éventuelle affection rénale avant toute anesthésie (si l’on envisage une thyroïdectomie). Il n’existe qu’un seul médicament possédant une AMM vétérinaire dans le traitement de l’hyperthyroïdie du chat en France, c’est le thiamazole (Felimazole®, Dechra). Il existe dans la gamme des médicaments humains le carbimazole qui est rapidement métabolisé en thiamazole après administration.

Pour limiter les effets secondaires, on conseille de commencer avec une dose faible (2,5 mg de thiamazole une à deux fois par jour, ou 10-15 mg de carbimazole une fois par jour), puis d’augmenter la posologie toutes les 3 semaines (sauf si des effets secondaires trop délétères apparaissent) afin d’obtenir une euthyroïdie. Les effets secondaires se manifestent généralement au cours des trois premiers mois de traitement. Ils sont généralement modérés et incluent un manque d’appétit, des vomissements et une léthargie. Les effets secondaires plus sévères sont une hépatopathie, un prurit cervico-facial ou un désordre hématologique. Si l’un de ces effets secondaires apparaît, il faut arrêter le traitement immédiatement.

Une fois que le chat est stabilisé, il existe trois options pour son traitement à long terme : continuer le traitement médical, effectuer une thyroïdectomie chirurgicale ou administrer de l’iode radioactive. La thyroïdectomie est fréquemment effectuée dans des cliniques classiques et est généralement curative. Les inconvénients de la thyroïdectomie sont :

  • La nécessité d’effectuer une anesthésie générale (car ces patients ont souvent un risque anesthésique élevé)

  • Le risque de récidive, en particulier lors de thyroïdectomie unilatérale

  • Le risque d’hypoparathyroïdie et d’hypocalcémie en découlant si les glandes parathyroïdes sont retirées/ abîmées par mégarde lors d’une thyroïdectomie bilatérale

  • Un échec du traitement s’il existe un tissu thyroïdien ectopique.

L’administration d’iode radioactive est le traitement de choix car il est curatif sans être dépendant de la localisation du tissu hypersécrétant. Il ne possède que très peu d’effets secondaires et ne nécessite pas d’anesthésie. Les inconvénients sont qu’il est peu disponible, et qu’il faut hospitaliser le chat durant 3-4 semaines après le traitement dans une clinique spécialisée à cause de l’excrétion de substances radioactives. Toute affection concomitante ou complication secondaire, telle qu’une insuffisance cardiaque congestive ou une hypertension, peuvent nécessiter un traitement spécifique selon leur sévérité.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

La majorité des chats seront faciles à stabiliser avec le traitement médical. La cause d’échec la plus fréquente est une mauvaise administration du traitement par le propriétaire ou un chat difficile à manipuler pour lui donner. S’il s’avère difficile d’obtenir une euthyroïdie malgré un traitement correctement effectué, on pourra alors envisager d’autres hypothèses pour l’expliquer. Parmi celles-ci,on peut avoir un carcinome thyroïdien ou une grande quantité de tissu thyroïdien adénomateux hyperfonctionnel. Il peut être utile de réaliser une scintigraphie de la thyroïde chez les chats qui répondent mal au traitement médical.

Le traitement médical est celui qui revient le moins cher à court terme, mais pour arriver à stabiliser le chat de façon optimale, il faut le revoir régulièrement, suivre l’évolution de sa T4 sérique de la NF sanguine/biochimie afin de détecter tout effet secondaire du traitement avec du thiamazole ou du carbimazole. Comme le traitement est à vie, le choix d’un traitement médical peut se révéler plus cher à terme que la chirurgie ou l’administration d’iode radioactive selon l’espérance de vie du chat. Cependant, les frai sont plus étalés avec un traitement médical.