Colloque UNESCO « Bien-être animal, de la science au droit »

L’UNESCO organise les 10 et 11 décembre prochain un colloque intitulé « Le bien-être animal : de la science au droit ». Ce colloque s’adresse aux juristes et aux scientifiques concernés par la vie animale (enseignants, chercheurs, praticiens et étudiants), aux parlementaires et représentants d’instances ministérielles concernés par l’animal, ainsi qu’aux représentants des professions en lien avec l’animal (éleveurs, pêcheurs, directeurs et soigneurs de parcs zoologiques et aquariums, responsables d’animaleries, journalistes, responsables d’ONG de protection animale et de préservation de la faune sauvage). Le programme détaillé sera communiqué ultérieurement.

Si vous souhaitez assister à ce colloque, écrivez à contact@fondation-droit-animal.org.

Programme_Colloque_BEA2015

 

Revue de presse – Juin 2015

Belgique

Brutales captures d’animaux dans l’ancienne Egypte

Une étude publiée dans l’International Journal of Osteoarchaeology le 24 mars dernier fait état de la violence physique infligée aux animaux sauvages capturés et gardés comme animaux de compagnie par les élites dans l’Antiquité. Des restes de chats sauvages ont été déterrés dans un cimetière de l’ancienne ville antique de Hierakonpolis, en Haute-Egypte, datant de plus de 5000 ans. Ces animaux étaient exhibés par leurs propriétaires et enterrés avec eux à leur mort, en signe de richesse et de pouvoir. A ce titre, chaque animal démontrait un certain type de pouvoir (un éléphant = la force).

A la différence des cimetières de l’ère pré-dynastique égyptienne, 20 animaux sur les 38 déterrés montraient des signes de fractures résultant de coups ou d’attaches trop serrées, soignées par la suite. Parmi ces animaux, on compte 15 babouins, un chat sauvage, un léopard, un hippopotame, une antilope et un bœuf. Wim Van Neer, docteur en sciences et zoo-archéologue à l’Institut Royal des Sciences naturelles de Bruxelles, estime que la majorité des fractures observées étaient certainement dues à la difficulté des captures et à l’emploi de la violence pour soumettre les animaux. Des méthodes moins sophistiquées que la mode ou l’architecture égyptienne ont pu nous le suggérer jusqu’à présent…

(source : NewStat, 3 juin)

Etats-Unis
Reconnaître les bienfaits des chiens de thérapie

L’expression « chien de thérapie » est progressivement entrée dans le lexique anglo-saxon ces dernières années, mais malgré cette popularité croissante et le fait qu’on associe de plus en plus ces chiens aux études et aux interventions auprès des patients, peu d’études scientifiques ont à ce jour évalué leur plus-value. L’American Humane Association a ainsi initié une rigoureuse étude visant à estimer les effets psychologiques et physiques des chiens de thérapie sur les enfants atteints de cancer et leurs familles. L’étude se penche également sur l’impact des visites sur l’équilibre des chiens. Le but de cette étude clinique est de prouver empiriquement que les chiens de thérapie représentent un bénéfice réel pour les patients cancéreux et leurs familles, de façon à ce qu’ils soient pris en compte dans les traitements proposés par les hôpitaux.

A ce jour, l’étude compte 56 participants dans 5 hôpitaux américains. Commencée mi-2014, elle sera achevée fin 2015 et les résultats seront publiés en 2016. Enfants, parents et chiens sont « évalués » selon des critères psychologiques et physiologiques. La pression artérielle, le pouls et la qualité de vie des enfants sont évaluées. Les interactions des chiens sont analysées par le biais de leurs niveaux de cortisol ainsi qu’en observant leur comportement. Les maîtres des chiens les évaluent également par le biais du protocole C-BARQ développé par l’université de Pennsylvanie. Jusqu’à présent, après l’examen de 250 niveaux de cortisol, les résultats semblent positifs.


(source : NewStat 9 juin)

Etats-Unis
Régime cru : quelles conséquences sur la santé des chiens ?

Nourriture organique, régimes spéciaux, viande crue sont des tendances alimentaires de plus en plus à la mode auprès des maîtres soucieux du bien-être de leur animal de compagnie. Des inquiétudes existent néanmoins concernant la viande crue, et avec raison ! C’est pour cette raison que la FDA (US. Food and Drug Administration) a rendu publique une étude établissant un lien entre les salmonelles et la viande crue préparée spécialement pour les animaux domestiques.

Sur près de 3000 chiens et chats testés, moins de 100 ont été reconnus positifs. Les animaux porteurs de salmonelles avaient bien mangé de la viande crue. La FDA a également souligné que les animaux pouvaient transmettre la bactérie à leur entourage à l’insu de leurs propriétaires (les chiens positifs ne manifestaient aucun symptôme particulier).

(source : NewStat, 16 juin)

Espagne

Un aboiement peut dire beaucoup

Des chercheurs de l’université polytechnique de Madrid ont développé un algorithme permettant de déterminer avec précision l’âge, le genre, l’identité d’un chien et même le contexte dans lequel il se trouve à la simple écoute de son aboiement. L’étude, publiée en septembre 2014 dans la revue Animal Cognition, souligne non seulement la richesse des aboiements de nos compagnons, mais suggère également que de futurs recherches dans ce domaine pourraient permettre d’analyser les aboiements de façon à identifier les signaux de peur, d’anxiété et même le degré d’agressivité chez un chien. Les modélisations informatiques ont permis d’établir un degré de fiabilité de 85,13% pour l’identification du genre, 80,25% pour celle de l’âge, 55% pour celle du contexte et 67,63% pour celle de la race.

Pour cette étude, 8 chiens, 800 aboiements, 29 outils de mesure acoustique et 7 situations différentes ont été employés !

(source : NewStat 25 juin)

Etats-Unis

Création d’une base de tests génétiques pour chats

Comme les humains, les chats peuvent être atteints de maladies héréditaires. Mais les vétérinaires ne disposent que de très peu de tests génétiques pour assurer une bonne détection. C’est pourquoi des chercheurs de l’école vétérinaire de l’université de Cornell développent actuellement une base de données génétique « spécial félins ». Leur but : identifier une base génétique des maladies les plus communes, insuffisance rénal chronique, cardiomyopathie hypertrophique, diabète, etc. Les scientifiques pourront ensuite se référer à cette base de façon à identifier les causes de nombreuses maladies héréditaires chez les chats. Cela permettra par la suite d’affiner les diagnostics et les traitements, et de mieux comprendre le rôle joué par la génétique chez d’autres espèces, notamment la nôtre. Les chercheurs collectent à l’heure actuelle les prélèvements sanguins et font passer aux chats donneurs un examen vétérinaire complet (analyses sanguines, urinaires, bilan alimentaire, examen oculaire, oral, orthopédique, mensurations de l’animal, scan tomographique). Les chercheurs ont encore besoin de 48 chats domestiques en bonne santé, âgés de plus de 10 ans. Les résultats sont disponibles à la Biobank et partagés avec le vétérinaire suivant l’animal.

(source : NewStat 25 juin)

Espagne

Gérer le stress des chats, c’est possible

Comme la plupart des êtres vivants, les chats peuvent faire l’expérience du stress. Ce sont toujours les mêmes facteurs qui le déclenchent : changement, conflit, sentiment d’avoir peu de prise sur les évènements. Mais le stress peut se gérer, et une étude, publiée dans le Journal of Feline Medicine le 22 juin et menée par l’école vétérinaire de l’université de Barcelone, montre de quelle manière. Elle souligne en effet quelles sont les causes du stress des chats domestiques et les moyens d’y remédier. Le stress apparaît suite à un changement dans l’environnement du félin, ou si cet environnement ne permet pas à l’animal d’exprimer les besoins propres à son espèce : chasse, grimpe, grattage/griffades. Une relation chat-humain plutôt pauvre ou un conflit avec un autre chat sont également des sources de stress.

Les chercheurs ont remarqué que ce ne sont pas forcément les conditions qui créent le stress (qu’elles soient physiques, sociales ou issues de la façon dont le propriétaire s’occupe de son chat) : la personnalité de chaque chat et sa propre façon de « gérer » ces émotions et changements a aussi un rôle important.

Le stress chez les chats est une problématique sérieuse puisque les troubles comportementaux qui en dérivent (agressivité, comportements compulsifs, troubles de l’élimination) entraînent souvent des abandons voire des euthanasies. Il peut en outre déclencher des maladies graves comme l’anorexie, l’hyperesthésie féline ou du pica. Les chercheurs finissent enfin par quelques suggestions afin de minimiser le stress, notamment un protocole en 3 phases permettant de réduire les conflits entre chats, d’enrichir l’environnement et d’offrir une zone de « repli » au chat qui lui servira de refuge pour s’apaiser.

(source : NewStat 25 juin)

ETUDE

Evaluer la validité du protocole B.A.R.K et la satisfaction des propriétaires de chiens adoptés

K. M. Mornement, G.J. Coleman, S. R. Toukhsati, P. C. Bennet, Evaluation of the predictive validity of the behavioural assessment for re-homing K9’s (B.A.R.K protocol and owner satisfaction with adopted dogs, Applied Animal Behaviour Science 167 (2015) 35–42

Le personnel des refuges et des associations de sauvetage d’animaux domestiques ont de plus en plus recours à des protocoles d’évaluation comportementale pour dresser le portrait psychologique de leurs pensionnaires, et ainsi les faire plus facilement adopter. Le but de ces tests d’évaluation permet de donner une « photo » de chaque animal, cependant l’efficacité et la précision de ces outils pour « prévoir » les comportements des chiens après leur adoption n’a pas été particulièrement étudié par la communauté scientifique. La présente étude s’est attachée à évaluer le protocole dit « B.A.R.K » (« Behavioral Assessment for Re-homing K9’s »). Les chercheurs ont eu recours au B.A.R.K sur 74 chiens vivant en refuge avant leur adoption. Tous les chiens étaient âgés d’au moins un an. Les nouveaux propriétaires de ces chiens participaient à une enquête 4 mois en moyenne après l’adoption, afin de savoir si les tendances comportementales observées au refuge se manifestaient bien dans le nouvel environnement. La valeur prédictive du protocole était finalement assez pauvre. La tendance à la peur « détectée » grâce au protocole se traduisait effectivement en « troubles de l’émission liés à la peur » dans les comportements observés quelques mois après l’adoption. Néanmoins, d’une façon générale, les comportements problématiques et les phénomènes d’agression n’étaient pas clairement détectés grâce au protocole. Près de 25% des adoptants ont ainsi fait état de grognements ou de tentatives de morsure de la part de leur chien, et 75% assuraient que leur chien manifestait un comportement gênant qu’ils aimeraient faire disparaître. En dépit de ces éléments, près de 56,8% des adoptants se déclaraient très satisfaits du comportement de leur nouveau chien et 71,2% estimaient que leur nouveau compagnon correspondait à leurs attentes. Les résultats de l’étude démontrent que des recherches supplémentaires sont urgentes afin d’évaluer la précision et l’efficacité de ce type de test. Peut-être qu’une autre approche devrait être mise en place, comme un programme de suivi des animaux adoptés sur le long terme, afin de préserver le bien-être des chiens en refuge et dans la société en général.

ETUDE

Maintenir le fonctionnement cognitif des chiens âgés grâce à une protéine stimulant la régulation du calcium intracellulaire

N. W. Milgram, G. Landsberg, D. Merrick, M. Y. Underwood, A novel mechanism for cognitive enhancement in aged dogs with the use of a calcium-buffering protein, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 217-222

La dérégulation du calcium intracellulaire est généralement associé à l’âge chez les chiens, et pourrait d’ailleurs être liée au syndrome de dysfonctionnement cognitif. La présente étude s’est ainsi intéressée à l’efficacité de l’apoaequorin, une protéine stimulant la régulation du calcium intracellulaire. Deux études portant sur des beagles âgés ont été menées. Dans la première étude, 23 beagles âgés sont séparés en plusieurs groupes et traités un placebo, des doses de 2,5 mg de protéine, des doses de 5 mg de protéine. Les chiens devaient par la suite réaliser des exercices où leur attention, leur capacité d’apprentissage et leur mémoire spatiale et visuelle étaient évaluées. Les animaux traités avec la protéine réalisaient de meilleures performances à la fois sur l’apprentissage et les tâches demandant de l’attention, mais n’avaient rien de différent avec le groupe de contrôle sur les exercices de mémoire spatiale. Dans la seconde étude, les auteurs ont comparé 24 chiens traités soit avec une dose de 5 mg ou 10 mg d’apoaequorin, soit avec 1mg/kg de selegiline (Anipryl), un traitement reconnu contre les dysfonctionnements cognitifs. Le groupe ayant reçu les doses de 10 mg d’apoaequorin réalisaient de meilleures performances que tous les autres sur toutes les tâches demandées. D’après ces résultats, l’usage de cette protéine pourrait donc avoir des effets bénéfiques sur le traitement des dysfonctionnements cognitifs chez les chiens âgés, et qu’en tout état de cause, l’apoaequorin est au moins aussi efficace que la selegiline.

ETUDE

Stérilisation pré-pubertaire : pas de conséquences sur la santé à moyen terme

Dans le Veterinary Record du 29 mai, Nathalie Porters et coll. envisagent les conséquences sur la santé à moyen terme de la stérilisation pré-pubertaire chez le Chat. Le suivi, qui a duré 24 mois, ne montre pas d’effets délétères, en particulier sur le risque de fractures, de présenter une affection du bas appareil urinaire ou encore des troubles cutanés. Cette technique, fort utile pour lutter contre la surpopulation féline, semble donc pouvoir être utilisée sans danger. (in l’Essentiel n°374)

Les auteurs parlent de gonadectomie pré-pubertaire (GPP) pour désigner une stérilisation effectuée entre l’âge de 6 et 16 semaines. Son principal dessein est de lutter contre la surpopulation féline. Cette technique ne pose pas de soucis techniques ou anesthésiques mais, pour certains, demeurent encore des interrogations quant à d’éventuelles conséquences sur la santé et le comportement futur des chatons subissant cette intervention. La GPP pourrait augmenter le risque de maladies du bas appareil urinaire (MBAU), retarder la fermeture de certaines plaques de croissance, en particulier chez le mâle, d’où un allongement des os concernés, les rendant plus sensibles aux risques de fractures, ce qui reste à démontrer. A ce jour, peu d’études avaient été réalisées pour comparer les effets de la GPP à celle de la gonadectomie réalisée à un âge conventionnel (GAC). Elles concernaient en général le court terme. L’une d’elles ne montrait pas davantage de complications à 7 jours après la chirurgie. Des soucis méthodologiques apparaissaient dans deux autres études qui de plus envisageaient la stérilisation avant 24 et non 16 semaines.

Une étude chez 800 chatons

Cette très importante étude de Nathalie Porters et coll., soutenue par le gouvernement belge, a pour objet de comparer les conséquences des GPP et des GAC. Entre mai 2010 et août 2012, 800 chatons en bonne santé ont été recrutés dans les Flandres. Ils ont été vermifugés, vaccinés, leur âge a été estimé d’après leur poids, on a considéré que les animaux pesant 0,7 à 1,4 kilo avaient entre 8 et 12 semaines. Les chatons ont été hébergés à l’Université Vétérinaire de Gand. Deux tiers ont subi une GPP, un tiers une GAC (entre 6 et 8 mois). Après quoi ils sont retournés à leur refuge initial pour y être adoptés. Les adoptants ont donné leur accord pour fournir ultérieurement des informations sur leurs animaux jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de 24 mois, via Internet ou des questionnaires papier. Le suivi à court terme a concerné la mortalité postopératoire des chatons et les événements survenus à la fin du premier mois suivant l’adoption. En cas de décès, des autopsies ont été réalisées si possible. Un examen de santé a été pratiqué à 6-8 mois, des appels téléphoniques ont été donnés à 12,18 et 24 mois. On insistait en particulier sur l’éventuelle occurrence d’ABAU, de boiteries, de maladies cutanées (hypersensibilité). Les auteurs détaillent ensuite les méthodes statistiques utilisées pour l’interprétation des résultats.

Pas de différences dans la mortalité postopératoire

Précisément, 547 chatons ont subi une GPP (289 femelles et 258 mâles) et 253 une GAC (125 femelles et 128 mâles). 42 sont décédés entre leur arrivée et la fin de la première semaine au cours de laquelle ils sont retournés au refuge. Il n’existe pas de différence significative dans les taux de mortalité des groupes GPP (5,7 %) et GAC (4,3 %). Les maladies infectieuses étaient à l’origine de la plupart des décès. En particulier, une panleucopénie infectieuse a été diagnostiquée chez 11 GPP et 2 GAC. Une femelle GPP est morte en raison d’une lacération accidentelle de la rate durant l’intervention. Un chaton GPP est décédé de complications infectieuses, deux autres de pneumonie interstitielle. Chez 6 GPP et 7 GAC, des signes cliniques vagues ou des troubles digestifs ont précédé de peu le décès. Les auteurs détaillent ensuite les résultats disponibles de l’examen à un mois, qui reflètent pour l’essentiel des maladies infectieuses banales qui sont survenues à parts sensiblement égales dans les groupes GPP et GAC. Les résultats à long terme sont disponibles pour 614 chats (417 GPP et 197 GAC). 186 chats ont été perdus de vue pour diverses raisons. 78 chats supplémentaires ont été perdus en fin d’étude. 40 chats sont décédés, essentiellement en raison d’accidents de la voie publique, beaucoup plus rarement de PIF, infection par le FeLV, intoxications… Des chats ont été perdus, d’autres ont été relogés, etc.

Incidence des ABAU

Plus intéressante est l’analyse des ABAU survenues dans les deux groupes. Dix chats (8 GPP, 2 GAC) ont présenté au moins un épisode. On comptait 5 mâles (4 GPP, 1 GAC) qui ont été présentés pour une obstruction urétrale. Un diagnostic de cystite a été porté chez deux femelles GPP avant l’âge de 12 mois, suivi par l’exérèse de calculs de struvite avant l’âge de 18 mois. Un mâle GPP a présenté une ABAU avec obstruction avant 12 mois et récidive avant 18 mois. Un mâle GAC a souffert de cystite avant 12 mois et deux mâles GPP ont eu une ABAU avant 24 mois. Deux autres mâles GPP ont présenté une obstruction urétrale vers 18 mois et un autre mâle vers 24 mois. Un des mâles GPP avec obstruction avant 18 mois a présenté une ABAU sans obstruction entre 18 et 24 mois. Un mâle GAC a fait de même.

Boiteries et fractures

48 chats (29 GPP et 19 GAC) ont présenté un épisode de boiterie. Parmi ceux-ci, 3 GPP et 5 GAC ont été victimes de fractures avant l’âge de 18 mois. Un chat GPP a subi deux fractures, une à l’âge de 6-8 mois et une avant 12 mois. Il s’agissait toujours de fractures traumatiques. Une boiterie sans fracture a été observée 56 fois chez 50 chats (36 GPP et 14 GAC). Des traumas et des bagarres ont été signalés chez 14 GPP et 5 GAC. Chez un GPP, on a suspecté une polyarthrite virale. Dans la majorité des cas (22 GPP et 8 GAC), la cause de la boiterie demeurait inconnue. Chez 13 chats (9 GPP et 4 GAC), une dermatite par hypersensibilité a été diagnostiquée. Chez 8 GPP, on a suspecté une hypersensibilité d’origine alimentaire. Dans cinq cas, les troubles sont survenus avant un an. À 12 et 18 mois, un GAC a développé des ulcères indolents. À 24 mois, deux chats GAC ont présenté des troubles éosinophiliques.

Lever les réticences

Dans la discussion, les auteurs indiquent que beaucoup de vétérinaires sont encore réticents à la GPP. Cette étude devrait les convaincre pour diverses raisons :

la mortalité postopératoire à 7 jours est semblable lors de GPP et lors de GAC, elle n’est pas liée à l’anesthésie et la chirurgie, mais à des maladies infectieuses (rappelons que les effectifs sont composés de chats de refuge).

l’analyse statistique des résultats ne permet pas d’établir une association entre l’âge au moment de la stérilisation et le risque d’ABAU, d’obstruction urétrale, de fractures, boiteries et d’hypersensibilités cutanées.

que la GPP n’entraîne pas davantage d’obstructions urétrales s’explique par le fait que le diamètre de l’urètre à 22 mois n’est pas significativement différent entre des chats mâles demeurés entiers et des chats castrés à 7 semaines ou à 7 mois. Néanmoins, une étude épidémiologique a montré un plus fort risque d’ABAU chez les mâles castrés, mais il n’y avait pas de différence selon qu’ils aient été stérilisés avant 6 ou après 11 mois.

le risque de fracture n’est pas significativement différent lors de GPP ou de GAC bien que la fermeture des plaques de croissance soit modifiée (ceci est contredit par deux publications). Une étude menée sur 26 chats a cependant montré un risque de fracture spontanée augmenté lors de GPP, mais ces animaux étaient obèses, ce qui constitue en soi un risque de fracture. Il est établi que la stérilisation est un facteur de risque majeur de l’obésité et il convient donc de faire la part des choses.

en dernier lieu, la GPP ne semble pas prédisposer aux maladies cutanées.

Les auteurs conviennent de certaines limites à leur étude : la durée de suivi est insuffisante pour estimer, par exemple, le risque d’ABAU au moment où elles surviennent plus volontiers, c’est-à-dire entre 2 et 7 ans. De plus, le nombre de maladies survenues dans les deux groupes de chats est relativement faible, ce qui a pu gommer certaines différences qui auraient pu apparaître avec des lots numériquement plus importants. Quoi qu’il en soit, rien ne semble désormais s’opposer à la pratique des stérilisations précoces.

CAS CLINIQUE

Douleurs thoracolombaires : deux cas de tumeurs vertébrales primitives

Nous décrivons deux cas félins de tumeurs osseuses vertébrales atypiques et à l’issue favorable. Lors d’apparition de symptômes nerveux médullaires progressifs, cette cause peu fréquente doit être envisagée. Chez ces deux cas, la levée de la compression médullaire a permis la récupération d’une locomotion normale. (in l’Essentiel n°371)

Cas N°1

Nala est une chatte européenne stérilisée de 15 mois. Elle présente depuis trois mois environ des épisodes douloureux thoraco-lombaires aigus dont la fréquence et l’intensité s’accroissent. L’animal est décrit par ses maîtres comme fréquemment gêné dans la motricité de son arrière-train et comme assez « maladroit ». Des suspicions de simple lombalgie puis de discospondylite ont été émises. Les propriétaires décrivent des réponses plus ou moins bonnes, mais toujours transitoires, aux différents traitements proposés (AINS, corticoïdes, antibiotiques). L’animal nous est référé pour avis.

Examen clinique

L’examen clinique de l’animal confirme la présence d’une vive douleur à la palpation lombaire caudale. L’examen neurologique des postérieurs est jugé normal. Le bilan sanguin n’appelle pas de commentaires. Des radiographies sans préparation sous anesthésie générale sont réalisées, montrant une discrète image de densification intracanalaire médullaire sur L5. L’animal est dirigé vers le centre IMV Boulogne pour une exploration scanner qui conclut à la présence d’une formation osseuse pathologique en position endocanalaire, dorsolatérale gauche en regard de l’entrée de L5. La masse, prenant naissance en face interne du pédicule ventral gauche de L5, génère une compression médullaire de 40 à 50 % et oblitère l’ouverture foraminale L4-L5. Les hypothèses étiologiques comprennent en premier lieu une tumeur osseuse bénigne ou maligne, une anomalie embryonnaire (tumeur, malformation, kyste…) ou moins probablement une séquelle traumatique. L’aspect lésionnel écarte a priori les hypothèses d’atteinte inflammatoire, infectieuse ou fongique. Le bilan d’extension néoplasique est négatif.

Traitement

Compte tenu des hypothèses et notamment de la probabilité d’avoir affaire à une tumeur osseuse bénigne, une exérèse chirurgicale de la lésion est réalisée par une laminectomie étendue latéralement jusqu’au corps vertébral à gauche. La masse, latéralisée à gauche, est curetée dans son intégralité pour lever la compression de la moelle épinière.

L’analyse histologique (laboratoire LAPVSO) de la pièce d’exérèse pose le diagnostic d’ostéome ostéoïde de type parostéal, sans image suspecte de malignité. 48 heures après l’intervention la récupération est complète, l’animal se déplace normalement et sans douleur. Aucune anomalie n’est à signaler au contrôle 20 mois postopératoire.

Cas N°2

Kiki est un chat croisé Maine coon mâle castré de 8 ans. Il présente depuis 8 mois environ des douleurs thoracolombaires dont l’intensité s’aggrave malgré les traitements anti-inflammatoires mis en place. Depuis 4 mois environ, des symptômes nerveux ont fait leur apparition, évoluant progressivement vers une importante parésie postérieure bilatérale et de l’incontinence urinaire et fécale. Des radiographies réalisées par le vétérinaire traitant montrent une spondylose lombosacrée marquée, lésion à laquelle ont été attribués les symptômes. Les propriétaires nous consultent pour un avis complémentaire.

Examen clinique

L’examen clinique montre une vive douleur à la palpation de la zone thoracique caudale. Les deux membres postérieurs sont spastiques, l’animal présente une parésie postérieure. La nociception profonde persiste nettement à droite et modérément à gauche. Une rétention urinaire de type spastique est notée. Toutefois des urines sont émises régulièrement par l’animal, sans réel contrôle. Des radiographies sans préparation sous anesthésie sont réalisées, révélant la présence d’une anomalie osseuse vertébrale latéralisée à gauche en T10-T11. Le chat est adressé au centre d’imagerie MICEN VET pour exploration scanner. L’examen confirme la présence d’une masse osseuse vertébrale thoracique en T11. Elle s’étend largement dans le canal vertébral, en regard de toute la vertèbre T11 et en regard de la moitié caudale de T10, latéralement à gauche de la moelle. Elle semble avoir pris naissance au sein de la médullaire de l’arc dorsal vertébral à gauche et a grossi jusqu’à réduire le diamètre du canal médullaire des deux tiers. Compte tenu de l’aspect de la lésion, de la lenteur de son évolution et d’un bilan d’extension négatif, une exérèse chirurgicale de la masse est décidée.

Traitement

Comme dans le premier cas et malgré l’importance et l’ancienneté des symptômes nerveux, le choix thérapeutique se porte sur une exérèse chirurgicale de la lésion. Elle est réalisée par laminectomie étendue latéralement à gauche jusqu’au corps vertébral. Un curetage complet des tissus anormaux est effectué, y compris sur une partie du corps vertébral de T11, pour retrouver des plans sains et libérer la compression médullaire. Malgré cet abord large, la stabilité vertébrale est jugée suffisamment bonne pour ne pas entreprendre de stabilisation chirurgicale complémentaire.

La pièce d’exérèse est adressée au laboratoire LAPVSO : « L’examen histologique est en faveur d’un sarcome ostéogénique, de faible grade, de localisation intra-osseuse. La difficulté diagnostique réside dans le diagnostic différentiel entre un ostéoblastome potentiellement agressif et un ostéosarcome « ostéoblastome-like ». L’examen histologique montre une tumeur osseuse dont l’aspect histologique est déroutant et peu, voire jamais rencontré, non classiquement décrit en médecine vétérinaire. L’ostéoblastome agressif et l’ostéosarcome ostéoblastome-like sont décrits en littérature humaine et non décrits chez l’animal. Trois semaines après l’intervention le chat a récupéré une locomotion quasi normale, est continent et continue de s’améliorer. Son état est considéré comme satisfaisant au contrôle à six semaines. 18 mois après l’intervention, le chat demeure cliniquement normal, sans signes de rechute ou dissémination de la tumeur.

Discussion

Les affections tumorales représentent 25 % des myélopathies félines. Par ordre de fréquence, sont décrits les lymphosarcomes, puis les ostéosarcomes, les tumeurs gliales et les méningiomes. Les tumeurs primaires vertébrales sont réputées rares, dominées par les ostéosarcomes, puis les fibrosarcomes et différents sarcomes indifférenciés. Les pronostics classiquement associés à ces tumeurs vertébrales sont globalement mauvais. Les tumeurs osseuses bénignes sont particulièrement rares. Nos deux cas illustrent l’intérêt d’une exploration étiologique rigoureuse et poussée des atteintes médullaires chez le chat. A ce titre, l’apport des techniques modernes d’imagerie est majeur. La découverte d’une masse vertébrale compressive doit être considérée avec circonspection, n’étant pas forcément associée à un pronostic sombre. Une approche chirurgicale bien menée permettra de poser un diagnostic précis et dans certains cas d’obtenir la guérison.

CAS CLINIQUE

Dermoïde scléro-cornéen chez un chiot : traitement et suivi

Nous décrivons ici le cas d’une chienne bouledogue français de trois mois atteinte de lésions oculaires depuis son acquisition. Ce cas clinique nous permet de faire le point sur le traitement des dermoïdes scléro-cornéens, en fonction de leur extension, et sur le suivi qu’ils nécessitent. (in l’Essentiel n°373)

Une chienne bouledogue français de 3 mois est présentée à la consultation pour une masse à la surface de l’oeil droit présente depuis son acquisition d’après le propriétaire.

Examen clinique

La chienne est présentée en bon état général. L’examen clinique général ne révèle aucune anomalie. L’examen à distance ne révèle aucun blépharospasme, un épiphora modéré est présent uniquement à droite. L’évaluation de la fonction visuelle par l’intermédiaire du réflexe de clignement à la menace et du suivi de la boule de coton ne révèle aucun trouble visuel. Les réflexes photomoteurs directs et consensuels sont conservés et normaux. L’examen rapproché de l’oeil gauche à la lampe à fente est normal. L’examen de l’oeil opposé révèle la présence d’une masse pigmentée en regard du canthus externe de l’oeil droit qui s’étend sur 40 % de la surface cornéenne ainsi que sur la sclère adjacente. Des poils sont présents en surface de cette formation. L’examen en lampe à fente permet d’estimer la profondeur d’envahissement de la néoplasie à la moitié du stroma.

Examens spécifiques

La pression intra-oculaire des deux yeux est mesurée à l’aide d’un Tonovet® , elle est normale. Un examen ophtalmoscopique indirect est réalisé pour explorer la rétine après dilatation pupillaire (Tropicamide-Mydriaticum® 1 goutte toutes les cinq minutes, trois fois), il est normal pour les deux yeux.

Hypothèses diagnostiques

Face à cet aspect très classique et compte tenu de l’âge du patient, un diagnostic de dermoïde scléro-cornéen est posé. Le traitement est aussitôt proposé, il consiste en la réalisation d’une kératectomie et d’une sclérotomie.

Traitement chirurgical

Après induction par la médétomidine et la kétamine, unentretien sous anesthésie gazeuse (isoflurane) est réalisé. Le site est préparé : désinfection de la zone périoculaire à l’aide de Vétédine savon® puis Vétédine solution® , lavage à l’eau stérile ; désinfection de l’oeil à l’aide de Vétédine solution® diluée à 1/50e . Après avoir mis en place un blépharostat, on réalise une kératectomie lamellaire (fig. 2) associée à une sclérotomie à l’aide d’un couteau à cornée en suivant les marges du dermoïde. Le plan profond est disséqué à l’aide d’un couteau de crescent angled bevel up . Les deux tiers de l’épaisseur du stroma cornéen sont excisés afin d’enlever complètement le choristome. Compte tenu de la profondeur de l’ulcère généré, une greffe de deux feuilles de VetBioSysT est alors mise en place et suturée à l’aide d’un monofilament 9/0 par des points simples. La greffe de biomatériau a été préférée pour ses propriétés d’intégration et son faible impact visuel à terme.

Une injection sous conjonctivale de Gentamicine est réalisée en fin d’intervention. Un traitement antibiotique topique (Tobramycine – Tobrex Pommade® ) est prescrit ainsi qu’un cycloplégique (Atropine 0,5 %® ) pendant une semaine.

Evolution postopératoire

La chienne est revue une semaine, trois semaines puis 8 semaines après l’intervention. Le greffon s’intègre normalement à J+7 une réaction conjonctivale est présente, le traitement topique est alors complété par l’application de fluorométholone (Flucon® ) en collyre. Lors du contrôle à J20 le greffon est totalement intégré dans le stroma cornéen (fig. 5), l’hyperhémie conjonctivale est moins prononcée. Les néovaisseaux et l’oedème cornéen sont en régression. Seul le traitement Flucon® est alors poursuivi à raison d’une application quotidienne. L’oeil droit est enfin contrôlé 8 semaines après l’intervention, seuls quelques pigments persistent sur la cornée, il n’y a plus d’oedème ni de néovaisseaux cornéens. Le traitement est interrompu, le résultat cosmétique est très satisfaisant ainsi que la transparence cornéenne.

Discussion

Un dermoïde est un choristome, c’est un mécanisme entraînant la formation de tissus dans un endroit du corps où ils ne devraient pas se trouver normalement. Les dermoïdes apparaissent le plus souvent en regard du limbe temporal et peuvent toucher les paupières, la conjonctive, la cornée voire une association des trois sites. Les lésions peuvent contenir un épithélium kératinisé, des poils, vaisseaux sanguins, du tissu fibreux, des graisses, nerfs, des glandes, des muscles voire même du cartilage. Ils sont présents dès la naissance mais peuvent ne pas être observés avant que l’animal n’ait plusieurs semaines. La meilleure solution lors d’atteinte de la cornée est leur exérèse chirurgicale par kératectomie superficielle. Les plus petits avec peu de follicules pileux peuvent cependant être laissés en place s’ils ne sont pas irritants pour l’oeil.

Kératectomie superficielle

C’est la technique la plus fréquemment usitée pour le traitement des dermoïdes cornéens. Elle peut également être utilisée pour le traitement des ulcères indolents, néoplasies cornéennes, séquestres, corps étrangers, abcès et autres kératites bactériennes ou fongiques (en association avec des techniques de greffes). Avant de se lancer dans l’intervention il est crucial de déterminer la profondeur de la lésion à l’aide d’un examen en lampe à fente. Si la lésion pénètre à plus de la moitié de l’épaisseur de la cornée, le comblement est fortement conseillé ne serait-ce que pour protéger la cornée restante, éviter les perforations et favoriser la cicatrisation. L’utilisation d’un système optique grossissant (lunettes loupes ou microscope opératoire dans l’idéal) est essentielle pour réaliser cette chirurgie. Il faut également être équipé de matériel de micro-chirurgie, pour faciliter l’excision du tissu cornéen, comme des couteaux à cornée, dissecteurs à cornée, trépan… Deux méthodes permettent de réaliser une kératectomie superficielle :

la première technique, la kératectomie avec incision complète, consiste en la réalisation d’une incision cornéenne périphérique de la lésion. La profondeur de cette incision doit être adaptée à celle de la lésion afin d’en permettre une exérèse complète. Elle peut être réalisée à l’aide d’un couteau diamant, de trépan ou d’une lame microchirurgicale. Après avoir réalisé l’incision, les bords du tissu à enlever sont assujettis à l’aide de pinces et un dissecteur à cornée (spatule à iris, dissecteur de Martinez…) est introduit pour cliver la cornée. La cornée est alors séparée sous la totalité de la lésion.

la seconde technique de kératectomie est la kératectomie avec incision partielle, une petite incision est réalisée de façon adjacente à la lésion à retirer. Cette incision est de la largeur de l’outil utilisé pour séparer la lésion de la cornée saine. La lésion est alors décollée puis, en fin d’intervention, des ciseaux à cornée sont introduits par le point d’entrée pour terminer la kératectomie. Après kératectomie, la cornée est traitée comme un ulcère cornéen le serait. On utilise un traitement antibiotique à large spectre pour limiter le risque d’infection ainsi qu’un cycloplégique limitant le spasme ciliaire et l’inconfort. Une des complications les plus fréquentes est la perforation oculaire qui peut être consécutive à l’infection du site opératoire, motif d’autant plus important que la kératectomie est profonde et étendue.

CAS CLINIQUE

Leucémie aiguë myéloïde : diagnostic et traitement

Lors de syndrome fébrile associé à des signes cliniques peu spécifiques, les hémopathies malignes font partie du diagnostic différentiel. Le diagnostic de certitude doit être effectué de façon rigoureuse afin de pouvoir proposer un pronostic et un traitement adapté à l’animal. (in L’Essentiel n°372)

Une chienne Labrador retriever stérilisée de 8 ans est présentée en consultation pour abattement, fatigabilité, dysorexie et amaigrissement depuis 2 mois. Les propriétaires du chien rapportent trois épisodes de vomissements aigus en un mois, résolus avec un traitement symptomatique chez le vétérinaire traitant. Il est également rapporté une augmentation de la prise de boisson depuis 2 semaines.

Examen clinique

La chienne est en bon état général. Elle présente une hyperthermie à 40 °C. L’auscultation cardiaque met en évidence une tachycardie à 140 battements par minute, un souffle systolique gauche de grade 3/6 audible dans toute l’aire de projection cardiaque et des bruits cardiaques sourds. L’auscultation pulmonaire est normale. La palpation abdominale révèle une hépato-splénomégalie.

Investigations complémentaires / Radiographies thoraciques

Des clichés radiographiques du thorax de face et de profil sont réalisés. On note un élargissement du médiastin crânial sur l’incidence ventro-dorsale et une opacité liquidienne en région crânio-ventrale sur l’incidence latérale droite, compatibles avec une adénomégalie sus-sternale.

Echographie abdominale

L’échographie abdominale révèle une splénomégalie importante et une hépatomégalie. Une adénomégalie iliaque droite et mésentérique est également mise en évidence.

Examen hématologique

Une numération formule sanguine est réalisée. Elle met en évidence une anémie marquée normocytaire normochrome non régénérative, une thrombocytopénie marquée et une leucocytose très importante. La formule leucocytaire n’a pas pu être établie par l’analyseur. Un frottis sanguin a donc dû être réalisé pour apprécier la morphologie des globules blancs notamment. L’examen cytologique du frottis sanguin coloré au May-Grünwald-Giemsa (MGG) met en évidence des hématies de morphologie normale, sans anisocytose ni polychromatophilie, en accord avec le caractère non régénératif de l’anémie, et permet de confirmer la thrombopénie (absence d’agrégats plaquettaires). Une neutropénie et une lymphopénie sont également mises en évidence. Une très abondante population relativement monomorphe de cellules nucléées est observée. Ces cellules sont de taille moyenne à grande (2-3 globules rouges), de forme ronde à ovoïde, avec un rapport nucléo-cytoplasmique moyen à élevé, un noyau de forme variable à la chromatine grossièrement réticulée dévoilant un à plusieurs nucléoles, et un cytoplasme basophile moyen présentant parfois des granulations azurophiles. Ces cellules évoquent des cellules myéloïdes atypiques en première hypothèse (asynchronisme de maturation…) et représentent 98 % des cellules circulantes.

Myélogramme

Une ponction de moelle osseuse est réalisée au niveau des jonctions chondrocostales. L’examen cytologique du myélogramme montre une moelle hypercellulaire associée à une myélophtisie (aplasie mégacaryocytaire et hypoplasie érythroïde) et un envahissement médullaire par des cellules blastiques qui représentent 94 % du nombre total de cellules nucléées.

Diagnostic

L’hypothèse diagnostique qui peut être établie suite aux examens complémentaires réalisés est celle d’une leucémie aiguë. Le myélogramme semble caractéristique d’une leucémie myéloïde aiguë myéloblastique avec maturation (LAM-1 ou LAM-2). Cependant, l’analyse morphologique seule ne permet pas d’établir de diagnostic de certitude. Des immunomarquages et colorations cytochimiques sont nécessaires pour confirmer l’origine myéloïde de la leucémie et établir un diagnostic définitif.

Traitement et pronostic

Face au pronostic très sombre, l’animal a été euthanasié sur demande des propriétaires. Une autopsie est réalisée et révèle une infiltration diffuse des organes par un processus néoplasique à tropisme hépato-splénique et ganglionnaire, tableau lésionnel compatible avec celui d’une leucémie.

Discussion

Les leucémies sont des affections rares chez le chien qui représentent environ 10 % des tumeurs hématopoïétiques. L’incidence des leucémies lymphoïdes au sein de ces affections (9 %) est supérieure à celle des leucémies myéloïdes qui représentent seulement 1 % des cancers hématopoïétiques. Elles résultent de la prolifération clonale de cellules circulantes malignes dans les organes hématopoïétiques (moelle osseuse, noeud lymphatique, rate, thymus). Lors de leucémies aiguës, ce sont des cellules blastiques (c’est-à-dire immatures) qui prolifèrent et le départ est le toujours médullaire. Ces cellules peuvent passer dans le sang périphérique (on parle alors de leucémie « leucémique ») ou rester dans la moelle (leucémie « aleucémique »).

Classification

On distingue les leucémies aiguës des leucémies chroniques en fonction du caractère mature ou immature des cellules proliférantes et, parfois, de la vitesse d’évolution de l’expression clinique. Les leucémies aiguës sont ensuite divisées en deux catégories en fonction de la lignée cellulaire dont elles sont originaires : leucémie aiguë lymphoïde (LAL) ou leucémie aiguë myéloïde (LAM). On distingue différents sous-types de leucémies aiguës myéloïdes.

Signes cliniques

Les signes cliniques chez les chiens atteints de leucémie aigüe (LA) sont peu spécifiques mais le plus souvent marqués et d’apparition aiguë. On observe fréquemment de la léthargie, une dysorexie, une hyperthermie persistante, une perte de poids, des boiteries, et même parfois des signes oculaires et neurologiques. Lors de l’examen clinique, une splénomégalie, une hépatomégalie, des muqueuses pâles, une hyperthermie et une adénomégalie sont souvent détectées. Les boiteries, l’hyperthermie et les signes oculaires sont plus fréquemment décrits dans les cas de LAM alors que les signes neurologiques apparaissent plus fréquemment lors de LAL5.

Diagnostic

Le tableau clinique ne permet pas à lui seul d’établir un diagnostic de leucémie aiguë. Une série d’examens d’investigation visant à explorer les compartiments sanguin et médullaire doivent donc être systématiquement effectués en cas de suspicion de LA. Les chiens atteints de LA présentent également de nombreuses anomalies hématologiques. On observe fréquemment des cytopénies isolées, des bicytopénies ou des pancytopénies secondaires à une myélophtisie due à l’étouffement des autres lignées médullaires par le clone leucémique. La thrombopénie et l’anémie, généralement normochrome normocytaire non régénérative, sont fréquemment présentes (dans près de 85 % des cas). En phase leucémique ou subleucémique, le passage de cellules tumorales dans le sang peut induire une leucocytose, pouvant atteindre des valeurs extrêmes dans les cas de LAL notamment. Le diagnostic de certitude d’une LAM s’établit en plusieurs étapes. La réalisation d’un frottis sanguin et d’un myélogramme suivie de leur analyse cytomorphologique rigoureuse permet d’établir un diagnostic initial de leucémie aiguë.

Cependant, le recours à des marquages cytochimiques peut permettre, par le biais de la révélation d’enzymes spécifiques (myéloperoxidase par exemple), de différencier une leucémie lymphoïde d’une leucémie myéloïde, la technique étant disponible dans des laboratoires spécialisés. Les cellules blastiques sont fréquemment identifiées sur le frottis sanguin. Les critères morphologiques de cellules blastiques sont : un fort rapport nucléocytoplasmique, un cytoplasme basophile avec archoplasme facultatif, un noyau à chromatine décondensée et des nucléoles. La différence entre LAL et LAM n’est parfois pas simple du fait du caractère blastique et peu différencié du clone impliqué (cellules morphologiquement assez proches) et repose essentiellement sur la taille des cellules (plus grandes lors de LAM), le RNP (généralement plus faible lors de LAM), la forme du noyau et sur la présence éventuelle de granulations azurophiles indiquant une différenciation vers le stade promyélocyte. La lecture du frottis sanguin peut donc permettre au clinicien de suspecter une LAM. L’identification des sous-types de LAM sont ensuite exclusivement du ressort d’un spécialiste et nécessitent des examens complémentaires spécifiques.

Lors de suspicion de leucémie aiguë, un myélogramme doit être réalisé. Une leucémie aiguë est diagnostiquée lorsque le pourcentage de cellules blastiques dans la moelle osseuse est supérieur ou égal à 20 % du nombre total de cellules nucléées. Cependant, déterminer la lignée des blastes médullaires, dans le cas de leucémies aiguës à l’aide de leurs seules caractéristiques morphologiques est le plus souvent impossible. Le recours à d’autres techniques telles que l’immunophénotypage est donc incontournable. L’immunophénotypage est une technique relativement récente qui utilise des anticorps monoclonaux spécifiques dirigés contre des molécules caractéristiques de l’origine de la cellule qui les porte, appelés cluster of differenciation (CD). Il permet donc de détecter l’expression antigénique spécifique à certains leucocytes par l’utilisation d’un panel de marqueurs cellulaires (CD) et ainsi de déterminer la lignée des cellules tumorales. Cette technique peut être réalisée au moyen de la cytométrie en flux à partir de prélèvement de sang ou de moelle osseuse, ou grâce à l’immunocytochimie ou immunohistochimie sur biopsies. Cependant il subsiste un manque de marqueurs pour la lignée myéloïde et le sous-typage des leucémies myéloïdes reste difficile.

Traitement et pronostic

La différenciation entre LAL et LAM est primordiale pour envisager un traitement. En effet, dans le cas des LAM canines, aucun traitement n’a permis une rémission significativement longue car la réponse à la chimiothérapie est très faible, ce qui est différent dans le cas de LAL. Le pronostic des LAM est sombre à court terme. La plupart des chiens atteints de leucémie aiguë myéloïde décèdent naturellement ou sont euthanasiés peu de temps après le diagnostic. Les complications lors d’initiation de chimiothérapie (à base de cytosine arabinoside, seule ou en association) sont fréquentes et la mort de l’animal survient alors rapidement suite à des saignements ou sepsis secondaires à l’aplasie médullaire induite par la chimiothérapie. En cas de réponse au traitement, la survie n’excède en général pas 3 mois.

En l’absence de traitement, l’évolution spontanée est rapide et la mort de l’animal survient dans les 2 semaines suivant l’établissement du diagnostic. Les complications majeures sont les sepsis et les hémorragies. Les données restent cependant limitées étant donné le faible nombre de cas répertoriés. Le diagnostic des LAM s’effectue donc par étapes de façon rigoureuse. La suspicion clinique doit précéder la lecture précise des frottis sanguin et myélogramme. Ils peuvent être interprétés par le clinicien qui sollicitera ensuite un cytologiste expérimenté afin de confirmer le diagnostic par immunophénotypage. Ces étapes sont indispensables pour pouvoir fournir un pronostic et un traitement adapté lors de leucémie aiguë. Cependant, étant donné le pronostic sombre, le coût et la faible disponibilité de ces techniques, elles sont rarement réalisées en pratique.

CAS CLINIQUE

Cyanose intermittente : un diagnostic de tétralogie de Fallot

La tétralogie de Fallot est une maladie cardiaque rare chez le Chien dont le traitement est essentiellement médical en médecine vétérinaire. Le cas de ce chien bichon maltais mâle de 4 ans présenté en urgence pour détresse respiratoire permet d’illustrer le diagnostic et le suivi de cette affection. (in l’Essentiel n°374)

Un chien bichon maltais mâle de 4 ans est présenté en urgence pour une détresse respiratoire évoluant depuis quelques heures. Des épisodes précédents de difficulté respiratoire transitoire observés suite à des phases de repos sont rapportés. Une échocardiographie avait été réalisée à l’âge de 4 mois afin d’explorer un souffle cardiaque. Une sténose pulmonaire marquée avait alors été diagnostiquée et un traitement à base de spironolactone est depuis administré.

L’animal est présenté en décubitus latéral et détresse respiratoire. Une tachypnée et une dyspnée mixte ainsi qu’une cyanose des muqueuses sont identifiées. Une tachycardie et un souffle cardiaque systolique basal gauche et droit de grade V/VI sont présents. Des radiographies thoraciques sont réalisées et permettent d’identifier une cardiomégalie ventriculaire droite ainsi qu’un élargissement de l’artère pulmonaire. Aucune lésion broncho-pulmonaire n’est observée. Un traitement d’urgence à base d’oxygénothérapie, butorphanol (0,1 mg/kg IM) et aténolol (1 mg/kg) est instauré. Une amélioration clinique progressive et une résolution de la cyanose sont notées dans les heures qui suivent la prise en charge.

Examens complémentaires

Des examens complémentaires sont réalisés afin d’explorer l’état cyanotique observé initialement. La numération-formule sanguine et le bilan biochimique ne révèlent aucune anomalie. Toutefois, l’hématocrite et l’hémoglobine sont dans les valeurs usuelles moyennes hautes. Une échocardiographie est réalisée et conduit à un diagnostic de tétralogie de Fallot. L’atrium droit est dilaté et le ventricule droit présente une hypertrophie excentrique et concentrique. Une communication interventriculaire et une dextroposition de l’aorte sont observées. Le shunt semble bidirectionnel mais avec une composante gauche-droite prédominante en mode Doppler. Une sténose pulmonaire sous-valvulaire sévère (gradient de pression de 122 mmHg) associée à une dilatation du tronc pulmonaire est observée. Une échocardiographie de contraste (« bubble study ») est alors réalisée. Elle consiste en l’injection de microbulles d’air sous contrôle échocardiographique. De l’air est injecté au niveau de la veine céphalique via l’agitation d’1ml d’air avec 1ml de NaCl 0,9 %. Les micro-bulles formées rejoignent la veine cave supérieure puis l’atrium droit, le ventricule droit et les capillaires pulmonaires. A ce niveau, l’air est arrêté et évacué naturellement. Il ne passe donc pas au niveau des cavités cardiaques gauches en situation physiologique.

Lors de communication interventriculaire et lorsque la pression dans le ventricule droit est supérieure à celle du ventricule gauche, on peut observer le passage des microbulles d’air au niveau du coeur gauche. L’examen pratiqué dans notre cas révèle un contraste fortement positif au niveau de l’atrium droit, du ventricule droit et du tronc pulmonaire. Seul un modeste contraste est observé au niveau de l’aorte, traduisant la présence d’un léger flux droite-gauche. Ceci permet de confirmer l’existence d’une faible composante droite-gauche du shunt interventriculaire. L’administration d’aténolol est maintenue à raison de 0,6 mg/kg par jour en deux prises. Une excellente évolution clinique est observée dans les semaines qui suivent le diagnostic.

Discussion

La tétralogie de Fallot est une anomalie cardiaque rare chez le chien : 0,6 % des cas de cardiopathie congénitale d’après une étude rétrospective regroupant 151 cas. Cette valeur est probablement sous-estimée en raison du nombre de chiots gravement atteints décédant avant tout examen vétérinaire. Le pronostic est pauvre sans chirurgie palliative et le temps de survie n’est pas défini. Les animaux atteints décèdent généralement subitement d’hypoxémie et des complications de la polycythémie. L’apparition d’une insuffisance cardiaque congestive est rare. La tétralogie de Fallot est fréquente chez le spitz loup, le bulldog anglais et certaines familles d’autres races. La présentation et les signes cliniques sont typiques des maladies cardiaques cyanosantes : retard de croissance, essoufflement, fatigue à l’effort, faiblesse, syncope et crises épileptiformes. La cyanose peut être absente à marquée. Elle peut apparaître ou s’aggraver à l’effort. Elle est présente uniformément et est plus facilement observable au niveau des muqueuses (orale, pénienne, vulvaire, anale). Un souffle cardiaque est fréquemment, mais pas systématiquement, audible. La plupart du temps, il s’agit d’un souffle systolique basal gauche typique de sténose pulmonaire. Un souffle audible à droite peut également être détecté, secondairement au passage du sang au travers d’une communication inter-ventriculaire étroite depuis le ventricule gauche vers le ventricule droit et ceci lorsque la sténose pulmonaire est modérée. L’absence de souffle cardiaque évident est occasionnelle. Elle est suggestive d’atrésie pulmonaire, de polycythémie associée à une hyperviscosité diminuant ainsi la turbulence du flux ou d’éjection à travers une communication interventriculaire large et non restrictive. Dans notre cas, le souffle était systolique, basal, audible à gauche et à droite. Lors de tétralogie de Fallot, les radiographies révèlent généralement un coeur de taille petite à normale associé à un arrondissement de la silhouette cardiaque droite. Contrairement à notre cas et aux cas classiques de sténose pulmonaire, l’artère pulmonaire principale n’est pas toujours élargie. Les vaisseaux pulmonaires sont de petite taille et l’atrium gauche est parfois peu visible en raison d’une diminution du retour veineux. Les critères échographiques permettant de diagnostiquer la tétralogie de Fallot correspondent à ceux observés sur notre patient : hypertrophie excentrique et concentrique du ventricule droit, communication interventriculaire large située dans la portion haute du septum, dextroposition de l’aorte, sténose pulmonaire sous-valvulaire. Lors de tétralogie de Fallot, la pression est élevée dans le ventricule droit suite à l’obstruction du flux d’éjection associée à la sténose pulmonaire et peut dépasser la pression dans le ventricule gauche. Le sang désaturé en oxygène shunte alors du coeur droit vers le coeur gauche via la communication interventriculaire et conduit à une hypoxémie artérielle pouvant se manifester cliniquement par une cyanose. Une polycythémie secondaire peut s’installer suite à l’hypoxémie chronique. Dans notre cas, le shunt est principalement gauche-droite sur animal vigile. Il est cependant probable que le flux s’inverse et devienne essentiellement droite-gauche lors de baisse de la pression artérielle systémique, notamment lorsque le chien s’assoupit. Un mélange des sangs et une hypoxémie systémique peuvent alors être observés, pouvant conduire à un épisode de cyanose comme observé, en particulier si une période d’activité ou d’agitation suit immédiatement une période de repos. L’absence de polycythémie secondaire s’expliquerait alors par la fugacité des phases d’hypoxémie.

La tétralogie de Fallot peut être traitée médicalement ou chirurgicalement. L’approche chirurgicale étant peu pratiquée en médecine vétérinaire, seule l’approche médicale sera discutée. Le but principal de la prise en charge médicale est d’atténuer les signes cliniques consécutifs à la polycythémie. Ainsi, des phlébotomies peuvent être réalisées afin de maintenir un hématocrite entre 60 et 65 %. Les saignées excessives doivent être évitées et une perfusion de NaCl 0,9 % doit être administrée parallèlement afin de conserver le débit cardiaque et l’oxygénation tissulaire. Un traitement à base d’hydroxyurée peut être instauré pour les cas nécessitant des phlébotomies fréquentes. Il s’agit d’un agent myélosuppresseur qui induit une inhibition réversible de la moelle osseuse. Par ailleurs, l’administration de béta-bloquants semble être efficace dans la résolution d’épisode d’hypoxémie. Un seul cas a été décrit dans la littérature. Le propranolol semble être la molécule de choix. Il peut être utilisé en urgence dans les cas d’hypoxémie aiguë ou sur le long terme afin de prévenir l’apparition de tels épisodes. Le béta-bloquant agit en diminuant l’influx adrénergique transmis au myocarde, ce qui diminue la force de contraction du ventricule droit et améliore le flux pulmonaire. Les béta-bloquants peuvent également diminuer la résistance vasculaire systémique au cours de l’effort. L’administration d’aténolol a permis une nette amélioration des signes cliniques dans notre cas. Il a donc été décidé de poursuivre ce traitement. Les épisodes d’hypoxie sévères doivent également être traités par un maintien au repos associé à une oxygénothérapie et l’administration de bicarbonate de sodium en cas d’acidose métabolique.

La tétralogie de Fallot est donc une maladie cardiaque congénitale rare mais probablement sous-diagnostiquée. L’arsenal médical disponible permet une prise en charge palliative de cette atteinte. Toutefois, le pronostic reste réservé sans intervention chirurgicale.

SYNTHESE

Maladie rénale chronique : intérêts du diagnostic précoce et étiologique

La maladie rénale chronique (MRC) est une préoccupation fréquente en pratique canine puisqu’elle concerne 1-3 % des chats de tous âges, 35 % des chats de plus de 15 ans et 0,5-1,5 % des chiens de tous âges, 10 % des chiens de plus de 15 ans. À l’occasion d’une récente édition, le congrès AFVAC Pyrénévet s’est penché sur les affections rénales, notamment chroniques. (in l’Essentiel n°372)

Le rein a pour mission première de maintenir le volume et la composition du milieu extracellulaire via la filtration glomérulaire et la réabsorption/sécrétion tubulaire. La régulation de la physiologie rénale est étroitement liée à celle d’autres organes et toute perturbation endocrinienne, cardiaque ou digestive peut potentiellement agir sur la physiologie rénale.

Brefs rappels anatomophysiologiques

Le rein est constitué d’une capsule, d’un cortex (glomérules), d’une médulla (anse de Henlé), d’une papille, d’un bassinet et de l’uretère. Le rein est parmi les organes les mieux perfusés : 20-25 % du débit cardiaque alors que sa masse représente 0,5 % de la masse corporelle totale. Il y a donc une étroite relation entre la circulation sanguine et le bon fonctionnement rénal. Par exemple, les reins (80 g) d’un chien pesant 10 kg filtrent 200-250 ml de sang par minute. L’hémodynamique rénale peut s’affranchir de l’hémodynamique systémique par des systèmes d’autorégulation si la pression artérielle (PA) est supérieure à 90 mmHg. En revanche, lorsque celle-ci chute, lors de vieillissement ou de maladie rénale, l’autorégulation est moins performante et des faibles variations de PA entraînent des modifications de l’hémodynamique rénale. La filtration s’effectue au niveau du cortex, dans les glomérules. Le débit de filtration glomérulaire (DFG, volume plasmatique filtré par l’ensemble des glomérules par minute, en ml/min/kg) chute lors d’hémorragie, d’hypovolémie, de déshydratation, d’hypotension. Le tubule proximal est le site majeur de réabsorption : glucose, acides aminés, protéines et sodium. 75 % de l’eau est réabsorbée dans le tubule proximal et 20 % dans l’anse de Henlé. Le rôle majeur du rein n’est pas de produire de l’urine mais bien de réabsorber l’eau. Par exemple, un chien sain de 10 kg filtre 45 l/jour et produit 0,2-0,4 l/jour d’urine. Ce même chien, en stade débutant de MRC, voit son DFG diminuer de 2/3 et ne réabsorbe plus que 90 % d’eau: la filtration n’est que de 15 l/jour mais la production d’urine augmente à 1,5 l/jour. Le rein a également des fonctions endocrines, dérégulées lors de MRC : synthèse de l’érythropoïétine (anémie quand atteinte rénale), synthèse de vitamine D active (hyperparathyroïdisme secondaire), système Rénine-Angiotensine-Aldostérone (hypertension artérielle, hypertension glomérulaire, fibrose tissulaire).

Quand suspecter et dépister une MRC ?

La maladie ou insuffisance rénale chronique représente un groupe d’affections rénales progressives et généralement irréversibles. Le but d’une détection précoce est de pouvoir ralentir la maladie et augmenter le temps de survie. Plus la prise en charge est précoce, plus la survie obtenue est longue. Malheureusement, le diagnostic précoce d’une MRC est difficile et fait appel à plusieurs examens complémentaires. Les signes d’appel sont une PUPD, une déshydratation, une anorexie/dysorexie, un amaigrissement, des vomissements, une baisse d’activité, des vocalises importantes, une cécité brutale… Si la MRC est plus fréquente chez les animaux âgés, il convient de ne pas oublier les maladies congénitales et familiales rencontrées chez des animaux jeunes : polykystose rénale du chat persan, du bull terrier, du Cairn terrier, amyloïdose du shar-peï, dysplasie, syndrome de Fanconi (basenji), par exemple. Une MRC peut également être présente secondairement à une autre affection ou se développer suite à un traitement potentiellement néphrotoxique (AINS, diurétiques, IECA, aminosides, allopurinol, doxorubicine, etc.). Il est également important d’évaluer la fonction rénale avant une anesthésie générale, lors de troubles cardiovasculaires, en situation d’urgence ou avant de prescrire un traitement potentiellement néphrotoxique.

Les points clé de l’analyse d’urine

L’analyse d’urine est l’examen complémentaire le plus réalisé en médecine humaine, avant les examens sanguins. En médecine vétérinaire, elle est encore trop peu réalisée malgré son faible coût, sa simplicité et les précieux renseignements qu’elle livre lors de MRC et d’affections du bas appareil urinaire. La méthode de choix pour prélever de l’urine est la cystocentèse, facilement réalisable chez le chat et le petit chien, sans anesthésie ni échographie. La cystocentèse échoguidée est nécessaire sur un gros chien ou lorsque la vessie est faiblement remplie. Lorsqu’elle s’avère impossible, le recueil est possible par cathétérisme urétral, plus technique chez la chienne. La miction spontanée est déconseillée car les urines sont contaminées.

La bandelette urinaire permet une quantification partielle de certains composants urinaires. Il est important de connaître les limites de la bandelette : interprétation impossible de la densité urinaire (Dur), des nitrites, de l’urobiline. Si les urines sont colorées, la bandelette est inutilisable car elle s’appuie sur des réactions colorimétriques. La plage leucocytes est ininterprétable chez le chat. Chez le chien, si les urines ont été collectées par cystocentèse, la sensibilité est de 50 %, la spécificité de 95 %. Chez le chien, si la plage glucose réagit, la glycémie est supérieure à 1,8 g/l, il faut rechercher une cause à cette glucosurie.

En revanche, chez le chat, lors d’hyperglycémie de stress ou d’obstruction urinaire basse, la plage glucose vire sans que le chat ne soit diabétique. Le pH urinaire varie tout au long de la journée. La lecture du pH sur bandelette est intéressante pour orienter sur la nature d’urolithiase (cristaux de PAM : pH basique, cristaux d’oxalates, d’urates, de cystine : pH acide) ou pour suivre l’observance d’un traitement alimentaire.

Chez le chien, les cristaux de PAM sont les plus fréquents et se forment en milieu infecté (bactéries uréases +). Ils ont une forme de « couvercles de pierre tombale ». Les calculs de PAM sont généralement de grande taille et de forme pyramidale. Lors d’identification de cristaux de PAM et/ou de bactéries chez le chien, un ECBU s’impose. La dissolution des calculs et des cristaux de PAM peut être obtenue par un traitement antibiotique et la prescription d’un aliment adapté. Les cristaux d’oxalates sont carrés, entrecoupés de leurs diagonales. Les calculs ont la forme de rose des sables, le traitement est chirurgical. Les cristaux d’urates sont en forme de citron ou d’oursins. Ils sont fréquents chez le Dalmatien ou lors de shunt portosystémique chez les autres races. Leur dissolution fait appel à l’allopurinol et au traitement de la cause. Les cristaux de cystine, rares (1 %), sont hexagonaux. L’observation de bactéries doit inciter à réaliser un ECBU, notamment chez des chats de moins de un an ou de plus de 10 ans, dont la Dur est inférieure à 1,030, après une urétrostomie ou un sondage urétral et si l’urine est trouble et malodorante.

La détermination de la densité urinaire, par réfractométrie, est un examen simple, peu onéreux et riche d’enseignements. Elle dépend de l’état d’hydratation de l’animal et est comprise entre 1,025 et 1,035 chez le chien et 1,035 et 1,060 chez le chat. Elle ne doit pas être prise en compte lorsque l’animal est sous corticoïdes ou diurétiques. Une Dur normale signifie que le rein est capable de concentrer les urines : la PUPD et la MRC sont écartées. Une Dur augmentée signe un défaut de perfusion rénale par déshydratation ou insuffisance pré-rénale, l’urémie est légèrement augmentée, la créatininémie est normale. Le rein est capable de concentrer les urines, il n’y a pas de MRC. Une Dur abaissée est rencontrée chez un animal sain perfusé, ayant beaucoup bu, sous diurétique ou corticoïde et lors de MRC.

Interprétation de la protéinurie

La protéinurie est un élément important lorsqu’elle est persistante, si sa seule origine est une altération rénale persistante (MRC) et lorsque toutes les causes extra-néphroniques ont été écartées (MBAUF, ITU, tumeur, néphrite). La protéinurie peut être objectivée par un test de Heller, évaluée de manière semi quantitative par bandelette urinaire et de manière quantitative par le rapport protéine urinaire/créatinine urinaire (RPCU). Le dosage semi quantitatif de la micro albuminurie est également possible. La bandelette urinaire détecte essentiellement l’albumine. Une croix signifie que l’albuminurie est supérieure à 300 mg/l, deux croix signifient qu’elle est supérieure à 1 g/l. La lecture étant subjective, il faut préférer les lecteurs de bandelette, plus fiables et respecter le temps de contact et de lecture. La protéinurie s’interprète toujours en fonction de l’hydratation de l’animal. Un chien dont la bandelette présente une croix de protéines a 2 chances sur 3 d’être protéinurique (VPP 65 %). Un chien dont la bandelette présente deux croix de protéines a 91 % de chances d’être protéinurique (VPP 91 %). En pratique, lorsque la bandelette présente deux croix, il convient de réaliser un examen microscopique du culot urinaire : si le sédiment est actif (cellules inflammatoires, hématies, bactéries), il faut rechercher une cause postrénale à la protéinurie. Si le sédiment est inactif, selon le contexte et la persistance de la protéinurie, on effectue un RPCU, afin d’orienter le diagnostic et établir un pronostic. Si RPCU > 2, il s’agit vraisemblablement de lésions glomérulaires. Le RPCU est corrélé à la protéinurie des dernières 24 h. Il doit être mesuré plusieurs fois pour être correctement interprété et seules les variations importantes (doubles) doivent être considérées significatives. Le dosage semi quantitatif de la micro albuminurie détecte une albuminurie faible, inférieure à 300 mg/l. Il permet de rechercher des protéinuries minimes, de confirmer une protéinurie équivoque à la bandelette chez un chien sain ou un chat MRC et de dépister une protéinurie chez un chat sain.

Apport des analyses sanguines

L’élévation de la créatininémie est tardive, lors de MRC avancée. La connaissance d’une valeur de référence et la répétition des mesures au cours du temps chez un animal donné permet de détecter une variation précoce de ce paramètre. Pour être fiable et comparable, la créatininémie doit être mesurée dans les mêmes conditions : animal à jeun depuis la veille, analyseur identique, hydratation normale, pas de variation de la masse musculaire. La considération de la production endogène de créatinine, c’est-à-dire essentiellement de la masse musculaire de l’animal, est indispensable : la créatininémie d’un chien de moins de 10 kg est beaucoup plus basse que celle d’un animal de 45 kg et plus ou d’un chien sportif (lévrier notamment). Ainsi, une créatininémie de 10 mg/l chez un Yorkshire de 2 kg doit inciter à rechercher une MRC, notamment si les valeurs préalables étaient plus basses et si le contexte clinique concorde. Concernant les chats, des différences raciales ont été observées : les Persans ont des créatininémies plutôt basses par rapport aux autres chats, à l’inverse des sacrés de Birmanie, chez qui des valeurs hautes, au-delà des valeurs de référence, sont fréquemment observées en l’absence de MRC. La créatininémie est corrélée, de façon non linéaire, au DFG, qui est le meilleur marqueur de la fonction rénale mais dont la détermination est plus difficile. Lors de MRC, la créatininémie double lorsque le DFG est divisé par 2. Or les valeurs de la créatininémie sortent des valeurs de référence lorsque le DFG est déjà très diminué (25 % de la norme).

Intérêts d’un diagnostic étiologique

Le diagnostic étiologique est d’autant plus difficile à obtenir que les lésions sont avancées car en stade terminal, les lésions rénales sont mixtes et ne sont plus spécifiques. Le diagnostic fait appel aux commémoratifs (évolution), à l’épidémiologie (race, âge) et à l’examen clinique en premier lieu. En effet, la palpation rénale est importante. Si elle est difficilement réalisable chez un gros chien, elle est simple et rapide chez un chat ou un petit chien. Des reins petits et ficelés orientent vers une néphropathie interstitielle alors qu’une rénomégalie et un inconfort à la palpation incitent à réaliser une radiographie ou une échographie : elle évoque une tumeur, une hydronéphrose, une polykystose. L’établissement d’un diagnostic étiologique est important car il conditionne souvent le traitement (différent si obstruction urétérale, tumeur, infection ou glomérulopathie) et il permet d’anticiper les conséquences cliniques de la maladie rénale (troubles digestifs, hypertension artérielle par exemple) ou de prévenir l’entourage lors de zoonose. L’établissement du diagnostic étiologique met en œuvre l’imagerie. La radiographie est souvent négligée en néphrologie alors qu’elle permet de mettre en évidence les calculs radio-opaques (oxalates, PAM), d’apprécier les modifications de contour des reins, de mesurer la taille des reins (CN : 2,5-3,5 x longueur de L2, CT : 2,4-3 x longueur de L2) et réaliser un bilan d’extension : lésions osseuses de spondylodiscite lors de processus infectieux, métastases pulmonaires, recherche de signes de thromboembolie pulmonaire. En revanche, cet examen manque de sensibilité et ne met pas en évidence les calculs radiotransparents (urates, xanthine, cystine). L’échographie est l’examen de choix pour évaluer la morphologie rénale, évaluer la perfusion rénale, réaliser un bilan abdominal (shunt porto-systémique, vessie, prostate, noeuds lymphatiques, vaisseaux) et réaliser des biopsies échoguidées ou des ponctions de liquide pyélique, rétropéritonéal ou abdominal ainsi que des abcès ou des (pseudo)kystes. Cependant, certaines lésions inflammatoires chroniques ou suraiguës ne modifient pas l’aspect du parenchyme rénal.

La biopsie rénale est contre-indiquée dans les stades avancés car l’examen histologique mettra en évidence des lésions mixtes non spécifiques, lors de troubles de la coagulation, lors d’hypertension artérielle non traitée, lors de lésions kystiques. Elle est intéressante lors de protéinurie (néphropathie congénitale, glomérulopathie) et lors de suspicion tumorale si la cytologie n’a pas permis d’obtenir le diagnostic. Les techniques d’examen sont encore, hélas, restreintes (microscopie photonique et immunofluorescence) et le diagnostic n’est pas toujours établi. La maladie rénale chronique ne doit donc pas être traitée de façon systématique mais individuellement tant ses causes sont variées. L’examen clinique et l’analyse d’urine sont les étapes incontournables dans l’établissement du diagnostic, bien avant la biochimie. Le diagnostic précoce et le suivi rigoureux de ces patients permet un allongement significatif de l’espérance de vie.

SYNTHESE

Maladies articulaires : études des effets anti-inflammatoires d’un copolymère d’acides gras injectable (ara 3000 beta®)

Les maladies articulaires sont des affections fréquemment rencontrées en clinique. Cet article met en lumière les effets obtenus, in vitro et in vivo, sur un modèle murin, par un copolymère d’acides gras injectable (ara 3000 beta®) qui justifient son emploi dans la gestion de ces affections. (in l’Essentiel n°374)

Les maladies articulaires, telles que l’arthrose, maladie dégénérative de l’articulation, et l’arthrite rhumatoïde, maladie inflammatoire, sont caractérisées par une dégradation sévère du cartilage articulaire induite par la surexpression de Métalloprotéases (MMPs) et une activité anabolique réduite des chondrocytes. Les MMPs produites par les chondrocytes sont des protéinases contenant du zinc qui dégradent le cartilage et provoquent de graves lésions aux articulations. MMP-1 et MMP-13, en particulier, sont à l’origine de la dégradation du collagène de type II, le principal matériel collagénique du cartilage hyalin. MMP-3 est aussi impliquée dans la dégradation de la matrice extracellulaire, en particulier des protéoglycanes. L’IL-1b a été détectée dans le liquide synovial de patients atteints d’arthrose. Elle joue un rôle majeur dans les maladies articulaires, induisant une surproduction de prostaglandine E2 (PGE2), de dérivés réactifs de l’oxygène (ROS), d’oxyde nitrique (NO) et de MMPs, tous contribuant au processus de dégradation du cartilage. L’IL-1b réduit le niveau d’inhibiteurs des MMPs (inhibiteurs des MMPs des tissus ou TIMP) dans l’articulation arthrosique et diminue la biosynthèse de collagène de type II et d’agrécane, limitant le potentiel de réparation du cartilage. Un grand nombre d’études in vitro ont évalué l’intérêt de molécules anti-arthrosiques, utilisant leur capacité à contrer les effets de l’IL-1 dans des modèles de maladies articulaires inflammatoires. De telles études ont souligné les effets anti-inflammatoires des médicaments testés en mesurant l’inhibition de l’expression de marqueurs inflammatoires tels que la quantité de MMPs, PGE2, ou NO induits par l’IL-1. Cependant, même si l’IL-1b est un facteur déterminant dans les mécanismes de dégradation du cartilage, d’autres cytokines pro-inflammatoires, en particulier TNF-a et IL-6, peuvent également stimuler fortement l’inflammation dans l’arthrose.

But de l’étude

Un copolymère d’acides gras, composé d’acide oléique, acide palmitique et acide stéarique appelé ara 3000 beta® est utilisé depuis plus de 35 ans dans le traitement symptomatique de l’arthrose chez le chien. Il a démontré sa capacité à réduire les symptômes de l’arthrose chez les chiens, avec une réduction de la boiterie et de la douleur. Ce gel injectable inhibe la synthèse de leucotriènes et la dégranulation des mastocytes. Nous avons souhaité évaluer ici les fonctions anti-inflammatoires de ce copolymère d’acides gras dans l’articulation. Nous avons évalué ses effets sur la production de MMPs induite par l’IL-1 et sur d’autres marqueurs de l’inflammation dans une culture de chondrocytes articulaires humains. Nous avons par ailleurs utilisé un modèle d’inflammation in vivo afin d’évaluer l’intérêt thérapeutique de ce copolymère d’acides gras dans les maladies articulaires inflammatoires.

Méthodes

Expériences in vitro

L’inflammation est modélisée in vitro en traitant des chondrocytes articulaires humains avec des interleukines-1b. Les effets d’un traitement avec un copolymère d’acides gras (ara 3000 beta®) ont été déterminés en évaluant la production de MMPs par RT-PCR et par test ELISA, la libération de NO par le test de Griess et l’expression de PGE2 par un test ELISA. Les chondrocytes articulaires humains (CAH) sont préparés à partir de têtes fémorales de patients atteints de fractures de la hanche. Les cellules ont été isolées et mises en culture.

Expériences in vivo

Nous avons étudié l’effet anti-inflammatoire du copolymère d’acides gras sur un modèle d’arthrite induite par un adjuvant (AIA) chez des rats. Des analyses in vivo (évolution de l’oedème, du score de sévérité de l’arthrite et du poids corporel) ont été effectuées après l’injection intradermique de l’adjuvant complet de Freund chez des rats traités ou pas avec le copolymère d’acides gras.

Analyses statistiques

Pour les expériences in vitro, trois expériences différentes ont été réalisées. Les valeurs représentent les moyennes ± SEM et l’importance des différences a été calculée avec un test de Student. Pour les expériences in vivo, 10 animaux ont été étudiés pour chaque groupe et un test ANOVA (mesures répétées) suivi par un test de Fisher PLFS et un test de Student ont été réalisés.

Résultats

Toxicité cellulaire du copolymère d’acides gras

Pour évaluer l’effet supposé du copolymère d’acides gras ara 3000 beta® sur la prolifération des chondrocytes ou sa toxicité, nous avons évalué le nombre de chondrocytes viables en fonction de la dilution du copolymère. Le copolymère d’acides gras n’est pas toxique pour les chondrocytes sauf à la concentration assez élevée de 1 : 100.

Effet du copolymère d’acides gras sur les MMPs

Nous avons analysé l’expression de MMP-1, MMP-3 et MMP-13 induites par l’IL-1. Un traitement de 48 heures avec le copolymère d’acides gras réduit significativement le taux d’ARN messager (ARNm) de MMPs induit par l’IL-1, particulièrement à une concentration 1 : 250. Cet effet est plus significatif quand les cellules sont pré-incubées avec le copolymère d’acides gras pendant 24 heures avant la stimulation par l’IL-1. C’est pour cette raison que nous avons utilisé cette condition expérimentale pour les études suivantes.

Nous avons ensuite analysé les niveaux protéiques de MMPs dans le milieu par un test ELISA. Nos expériences montrent qu’un traitement avec ara 3000 beta® réduit la libération de MMPs induit par l’IL-1. Cet effet est statistiquement significatif pour MMP-1 à la dilution de 1 : 1000 et pour MMP-3 à la dilution de 1 : 250.

Effet du copolymère d’acides gras sur la libération de NO et PGE2 induit par l’IL-1

Nous avons étudié si ara 3000 beta® influençait la libération de molécules inflammatoires impliquées dans les maladies articulaires, notamment NO et PGE2. Nous avons montré par le test de Griess et ELISA que le copolymère d’acides gras aux dilutions 1 : 1 000 et 1 : 250 réduisait significativement la libération de NO et PGE2 induit par l’IL-1.

Effets du copolymère d’acides gras sur l’activation de NFκ B induite par l’IL-1

NFκ B est un facteur de transcription responsable d’une partie des effets pro-inflammatoires de l’IL1. Pour déterminer si les effets anti-inflammatoires de l’ara 3000 beta® peuvent être associés à une modulation de l’activation NFκ B, nous avons évalué l’activité de liaison de NFκ B à l’ADN par EMSA. Alors que l’IL-1b induit la liaison de NFκ B à l’ADN, cette liaison est réduite par un traitement avec ara 3000 beta®, confirmant les propriétés anti-inflammatoires de ce copolymère d’acides gras.

Effets du copolymère d’acides gras sur un modèle d’arthrite in vivo

Nous avons étudié l’effet anti-inflammatoire du copolymère d’acides gras sur un modèle d’arthrite induite par un adjuvant (AIA) chez des rats. Après l’injection intradermique de l’adjuvant complet de Freund (CFA), nous avons observé une réaction inflammatoire importante dans la patte arrière droite dès le premier jour et la réaction s’est amplifiée progressivement pendant les 20 jours suivants. Une réponse inflammatoire dans la patte non injectée (patte arrière gauche) est observée à partir du 10e jour après l’induction de AIA et augmente graduellement jusqu’au 21e jour. Les rats ont été traités ou non avec de l’ara 3000 beta® ou de l’acide acétylsalicylique (aspirine) : l’oedème (A et B), le score de sévérité de l’arthrose (C) et le poids corporel (D) ont été déterminés chaque jour pendant un mois. Les graphes représentent les valeurs moyennes de 10 animaux ± SEM.

Le traitement des rats par de l’acide acétylsalicylique ne réduit pas significativement l’inflammation. Cependant, le traitement de rats avec ara 3000 beta® réduit le développement de l’oedème dans la patte droite (injectée avec CFA) (p < 0,01 dès le jour 12). À partir du 14e jour, les animaux sans traitement ont développé une inflammation modérée puis sévère (score > 2), alors que les animaux traités avec le copolymère d’acides gras n’ont montré seulement qu’une semaine d’inflammation (score < 1,5). En ce qui concerne le poids des animaux, nous avons observé une augmentation progressive jusqu’au 12e jour. Quand la manifestation systémique de la maladie a commencé, une perte de poids s’est produite. Il est intéressant de noter que les rats traités avec ara 3000 beta® continuent de grossir jusqu’à la fin de l’expérimentation (jour (p < 0,03 à partir du jour 18).

Discussion

Cette étude a vérifié le potentiel thérapeutique et les effets anti-inflammatoires d’un copolymère d’acides gras composé d’acide oléique, acide palmitique et acide stéarique (ara 3000 beta®) in vitro et in vivo dans des articulations. Nous avons tout d’abord mesuré la production de MMPs et la libération de NO et PGE2, dans un modèle in vitro de la maladie articulaire inflammatoire physiologiquement pertinent. Un traitement avec l’IL-1b a été utilisé à 1ng/ml comme dans les études précédentes, concentration qui stimule fortement l’inflammation et la production de MMPs. Notre étude montre que le copolymère d’acides gras peut moduler l’expression de différents gènes impliqués dans le catabolisme de la matrice extracellulaire et ses dysfonctionnements pathologiques. Nous avons montré que ara 3000 beta® est capable de prévenir l’expression et la libération de MMP-1, MMP-3 et MMP-13 stimulée par l’IL-1. Ces données suggèrent l’effet protecteur du copolymère d’acides gras sur la dégradation du cartilage induite par l’interleukine-1b.

In vitro, la réduction de l’expression de MMPs est plus importante quand ara 3000 beta® est utilisé en prétraitement, suggérant que ce copolymère d’acides gras peut aussi être utilisé comme un traitement préventif. Dans ces conditions (24 h de prétraitement avec ara 3000 beta® suivi par un traitement de 24 h avec ara 3000 beta® en présence de IL-1b) nous montrons que ce copolymère d’acides gras diminue fortement l’expression de MMPs induite par l’IL-1 au niveau de son ARNm (> 40 %). Cet effet est plus faible quand on évalue la libération protéique de MMPs dans le milieu. Cependant, il est notable qu’une incubation pendant 24 h avec l’IL-1 induit une faible libération de MMPs dans le milieu, alors qu’il est suffisant pour induire l’activation de NFκ B et une forte augmentation de l’expression de MMPs au niveau de l’ARN messager. En outre, nous avons montré un net effet anti-inflammatoire du copolymère d’acides gras, dans la mesure où il diminue la voie d’activation de NFκ B et la libération de molécules inflammatoires telles que NO et PGE2. Cet effet anti-inflammatoire peut prévenir l’expression de récepteurs d’adhésion des leucocytes pro-inflammatoires et ensuite l’interaction des leucocytes endothéliaux. Donc, l’effet bénéfique du copolymère d’acides gras peut être encore plus profond et durer plus longtemps in vivo, car des circuits anti-inflammatoires plus larges peuvent être engagés.

Ceci est en accord avec nos observations in vivo, qui ont montré, en utilisant le modèle de l’arthrite induite par l’adjuvant de Freund, que l’ara 3000 beta® a un effet anti-inflammatoire sur les phases vasculaire et cellulaire de l’inflammation, caractérisé par le maintien de la croissance des rats et la réduction de l’oedème et de l’inflammation. Cela suggère que l’ara 3000 beta® empêche l’inflammation induite par l’IL-1 comme montré par nos données in vitro , mais aussi que ce copolymère d’acides gras peut réduire les effets de TNF-a et IL-6, car ces cytokines sont fortement induites pour le modèle chez le rat de l’arthrite à l’adjuvant. Cependant, d’autres analyses sont requises pour confirmer cette hypothèse. Il est intéressant de noter que nous avons trouvé un meilleur effet du copolymère d’acides gras, comparé à l’acide acétylsalicylique. Ces données soutiennent la validité de cas cliniques montrant les bienfaits de l’ara 3000 beta® sur les maladies articulaires chez les chiens et apportent la preuve de ses effets anti-inflammatoires sur les chondrocytes articulaires. En conclusion, cette étude montre que le copolymère d’acides gras ara 3000 beta® réduit l’inflammation articulaire. In vitro , il diminue la production et la libération de MMPs par les chondrocytes stimulés par l’IL-1, ainsi que la libération de NO et de PGE2 et l’activation de NFκ B. En outre, in vivo , il réduit l’oedème, l’érythème et l’ankylose chez des rats arthritiques. Par conséquent, ce copolymère d’acides gras est une puissante molécule anti-inflammatoire et peut être utilisé pour le traitement de maladies articulaires, telle que l’arthrose.

SYNTHESE

Les tumeurs du tractus urinaire : diagnostic et conduite à tenir

Les tumeurs de l’appareil urinaire chez le chat sont peu fréquentes et par conséquent, peu décrites dans la littérature. La plupart des cas présentés le sont sous forme de cas cliniques ou séries avec peu de cas. Cet article résume les informations disponibles dans la littérature à ce jour et établit une conduite diagnostique et thérapeutique à tenir lors de suspicion de tumeur de l’appareil urinaire félin. (in l’Essentiel n°373)

Nous distinguerons les tumeurs vésicales, urétrales et rénales.

Tumeurs vésicales : généralités

Elles présentent 1 % des tumeurs du chien et du chat, mais sont les secondes tumeurs les plus fréquentes de l’appareil urinaire félin, derrière le lymphome rénal. Rares sont les études mais l’âge moyen rapporté des animaux atteints est de 9,7 ans, les mâles sont prédisposés. La grande majorité des tumeurs vésicales sont malignes. Chez le chien certains facteurs de risque ont été identifiés pour les carcinomes transitionnels : l’exposition aux nitrosamines, certains insecticides, l’obésité. Ceux-ci n’ont pas été explorés chez le chat.

On trouve aussi des carcinomes épidermoïdes, adénocarcinomes et moins fréquemment des hémangiosarcomes, léiomyosarcomes, rhabdomyosarcomes. Chez les chats plus jeunes : lymphomes et rhabdomyosarcomes. Les tumeurs bénignes incluent les fibromes, léiomyomes et papillomes. Enfin, le diagnostic différentiel inclut également des syndromes prolifératifs non tumoraux tels que les cystites granulomateuses ou polypoïdes, qui peuvent être prises à tort pour des tumeurs.

Revue de bibliographie

Les études publiées sont limitées, 4 d’entre elles sont des séries de cas. Le premier article est une revue bibliographique de 27 tumeurs vésicales félines (Urinary bladder tumors in the cat: a review of 27 cases, Schwartz et al. , 1985, JAAHA) incluant 20 mâles et 7 femelles, tous des chats âgés. La répartition était comme suit : 15 carcinomes, 2 lymphomes, 5 tumeurs mésenchymateuses bénignes, 5 tumeurs mésenchymateuses malignes (2 léiomyomes, 1 hémangiosarcome, 1 léiomyosarcome). Le traitement le plus fréquent était la cystectomie partielle (9 chats). 4 chats ont un temps de survie rapporté supérieur à 6 mois. Un 2e article regroupe uniquement des cas de carcinomes transitionnels vésicaux (Clinical signs, treatments and outcome in cats with transitional cell carcinoma of the urinary bladder : 20 cases, Knapp et al. , 2007). Cette étude est réalisée sur 14 ans et regroupe 13 chats mâles castrés, 7 femelles stérilisées, la médiane d’âge est de 15 ans.

L’article le plus récent regroupe 11 carcinomes transitionnels félins de la vessie exprimant COX-1 et COX-2 ainsi que leur traitement par le méloxicam. Il semblerait que les carcinomes transitionnels exprimant COX-2 aient un moins bon pronostic de survie. Enfin, une autre série de carcinomes transitionnels (données non publiées de Knapp et al. ) regroupe 15 chats dont 6 mâles castrés et 9 femelles stérilisées et leur médiane d’âge est de 13 ans (4-18 ans). La synthèse des données bibliographiques permet de retenir les éléments suivants : les tumeurs vésicales touchent les chats âgés, il semblerait que les mâles soient plus représentés que les femelles. La synthèse clinique et diagnostique est rapportée ci-après.

Signes cliniques et diagnostic

La majorité des patients atteints de tumeurs vésicales présentent des signes cliniques attribuables à une affection du bas appareil urinaire félin : hématurie, strangurie, pollakiurie. Le signe d’appel fréquent et très évocateur (mais non systématique) de tumeur vésicale féline est une hématurie massive, à l’origine d’une anémie (parfois importante) à la numération formule. L’examen clinique peut être normal. On peut aussi noter une rénomégalie par obstruction basse, un globe vésical. Le diagnostic d’orientation est posé par l’imagerie : l’échographie abdominale, en particulier du système urinaire, permet la mise en évidence d’une masse vésicale, d’une anomalie de la paroi vésicale (possiblement à distance du trigone pour les carcinomes transitionnels chez le chat, au contraire du chien), d’une masse unique ou encore de multiples polypes, parfois associée à une dilatation urétrale si ce dernier est infiltré. L’échographie permet également l’examen des noeuds lymphatiques régionaux.

La radiographie du bassin permet la mise en évidence de lésions osseuses métastatiques. Les cystites polypoïdes non tumorales se différencient des polypes tumoraux par leur nature pédiculée, alors que les tumeurs sont souvent sessiles. Les caillots intravésicaux se différencient par l’absence de vascularisation (doppler) et leur mobilité intravésicale (échographie vésicale animal debout). Chez le chien, le taux de métastases est élevé : 50 % au moment du diagnostic (régionales et à distance) et 25 % de plus sont identifiées au moment de l’autopsie. Il est probablement similaire chez le chat, mais encore méconnu. Sur l’étude de Knapp sur 20 carcinomes transitionnels (2007) évoquée ci-dessus, 3 chats sur 20 avaient des métastases pulmonaires et 1 des métastases lymphatiques régionales au moment du diagnostic. Chez le chien, les sites les plus fréquents sont les noeuds lymphatiques sous-lombaires, les vertèbres lombaires et pelviennes et les poumons. On trouve également, moins fréquemment, des métastases hépatiques, pulmonaires et lymphatiques sternales. Les infections urinaires concomitantes sont très fréquentes et peuvent détourner du diagnostic dans un premier temps : 67 % – 75 % (Knapp et al. ). D’où l’importance de la recherche systématique de causes sous-jacentes lors d’infection du tractus urinaire félin. Le diagnostic définitif est posé par l’histopathologie.

L’analyse du culot est rarement diagnostique car les cellules exfoliées d’un carcinome transitionnel peuvent être confondues avec des cellules mésenchymateuses normales de la paroi vésicale. Les cytocentèses ou cytoponctions de la paroi vésicale ne sont pas recommandées à cause du risque d’essaimage des cellules tumorales le long du trajet de l’aiguille. Ceci est alors la cause de métastases au niveau de la paroi abdominale. Les sondages traumatiques sont effectués chez le Chien mais leur potentiel diagnostique n’est pas rapporté chez le chat. Les biopsies par voie chirurgicale (pour biopsie seule ou accompagnées de cystectomie partielle) ou endoscopiques (avec la limite de la petite taille des biopsies par voie endoscopique) sont la technique de référence pour l’obtention d’un diagnostic.

Traitement et pronostic

La chirurgie est le traitement de référence pour les tumeurs situées à l’apex vésical et pour les tumeurs bénignes. Les noeuds lymphatiques régionaux de taille augmentée doivent être retirés. Si cela est impossible, ils doivent être biopsés. Si l’ensemble de la tumeur est réséqué, des marges larges doivent être prises (1 cm au minimum). Le traitement des tumeurs vésicales félines est peu rapporté. Dans l’étude de Knapp et al. , 2007 : 2 tumeurs ont été réséquées chirurgicalement sans autre traitement (temps de survie variables 80-200 jours), 8 tumeurs ont été réséquées et associées à un traitement adjuvant, 3 chats ont reçu du piroxicam (0,3 mg/kg 2-3 jrs par semaine) seul et 1 une chimiothérapie seule. Ces chiffres sont malheureusement peu représentatifs car beaucoup ont été perdus de vue au cours de l’étude. Le temps médian de survie des 20 chats de l’étude était de 261 jours. Un cas de carcinome transitionnel est décrit (JSAP 2005) : une gestion chirurgicale s’est suivie d’une récidive 316 jours plus tard, suite à quoi un traitement par radiothérapie a été mis en place, suivi du décès du patient 70 jours plus tard.

Actuellement, le consensus thérapeutique est le suivant :

retrait chirurgical si la masse est réséquable ;

traitement médical au méloxicam (moins de toxicité que le piroxicam chez le Chat) ;

chez le Chien atteint de carcinome transitionnel, la chimiothérapie combinée (doxorubicine/cyclophosphamide) est le traitement de choix mais n’a pas été évaluée chez le chat.

Tumeurs urétrales

Les tumeurs urétrales félines ont les mêmes types histopathologiques que les tumeurs vésicales. La grande majorité d’entre elles sont malignes. Le type de tumeur le plus fréquent est le carcinome transitionnel également. Les carcinomes à cellules épidermoïdes sont également rapportés. La présentation clinique est celle des maladies du bas appareil urinaire : hématurie, pollakiurie, strangurie.

L’examen clinique peut être normal ou révéler une vessie de taille augmentée si l’obstruction est complète. Dans ce cas, les reins peuvent aussi être de taille augmentée, bilatéralement et douloureux à la palpation. L’état général est généralement bon, sauf lors d’obstruction complète lorsqu’une insuffisance rénale post-rénale, urgence vitale, s’est installée. L’hyperkaliémie qui en résulte, si elle est importante, peut être à l’origine de troubles du rythme cardiaque. Ceux-ci dépendent de l’amplitude de l’élévation de la kaliémie. Les signes cliniques connus lors d’insuffisance rénale aiguë post-rénale sont alors possibles : vomissements, abattement… Le diagnostic différentiel des tumeurs urétrales inclut toute autre cause d’obstruction urétrale : calculs, sténoses et urétrite granulomateuse bénigne. L’urétrite granulomateuse est une maladie purement inflammatoire, dont les lésions macroscopiques peuvent être très prolifératives et facilement prises pour des lésions tumorales. La différenciation entre les deux est impérative et requiert une analyse histopathologique, puisque les traitements et pronostics sont très différents.

Tumeurs rénales : généralités

Les cas décrits de tumeurs rénales sont rares, souvent sporadiques. Il n’existe que peu de séries de cas. Le lymphome est la tumeur rénale la plus fréquente chez le chat, mais est plus fréquemment métastatique que primaire. La tumeur rénale primitive la plus fréquente est le carcinome rénal. Les tumeurs rénales primitives sont souvent unilatérales et malignes.

Revue de la bibliographie

Dans une série de 19 cas (Primary renal tumors in the cat : 19 cases, JFMS 1999) excluant les lymphomes rénaux la répartition était la suivante : 13 carcinomes, 3 carcinomes transitionnels, un néphroblastome malin, un hémangiosarcome et un adénome. La moyenne d’âge était de 11 ans (6 à 16 ans). Il n’y avait pas de prédisposition statistiquement significative de sexe.

Un cas de tumeur du pelvis rénal est décrit (JFMS 2014, Gomes et al.). La mise en évidence d’une dilatation pyélique unilatérale par échographie abdominale sur un chat présentant une anorexie et une léthargie progressives ont orienté vers la chirurgie. Une néphrectomie associée à une biopsie péritonéale (d’aspect macroscopique normal) a révélé un carcinome transitionnel du pelvis rénal associé à une carcinomatose péritonéale. Une série de cas de greffes rénales (Wooldridge et al., Vet Surgery 2002) met en évidence une prédisposition desgreffons rénaux à se tumoriser (tumeurs malignes) une fois transplantés. L’immunosuppression est mise en cause.

Clinique, diagnostic et traitement

La présentation clinique est souvent non spécifique : anorexie, perte de poids. L’hématurie, des signes neurologiques, de la douleur abdominale, de la dyspnée et une mort subite sont également rapportés. Les examens hémato-biochimiques peuvent mettre en évidence une urémie, une hyper ou hypophosphatémie, une hypernatrémie. L’anémie est relativement fréquente et un cas de polycythémie paranéoplasique a été rapporté. L’hématurie et la protéinurie sont fréquentes.

Dans l’étude citée ci-dessus, le taux de métastases tout type de tumeur confondu était de 64 % et de 100 % pour les carcinomes transitionnels. Il est donc impératif d’effectuer un bilan d’extension complet avec radiographies thoraciques et échographie abdominale. L’échographie rénale est l’examen d’orientation de choix. Il permet la latéralisation des anomalies rénales et leur caractérisation. Les tumeurs rénales primitives sont unilatérales, dans la grande majorité des cas, leur diagnostic se fait le plus souvent par histopathologie car la cytologie est peu utile. Le diagnostic est souvent fait sur exérèse chirurgicale et analyse histopathologique du rein. En revanche, la cytologie peut être très utile dans les cas de lymphomes, qui exfolient beaucoup mieux que les carcinomes et dont l’atteinte est très fréquemment bilatérale.

Ce bilan d’extension est d’autant plus utile que les tumeurs rénales primitives, dans la grande majorité des cas, sont malignes. Par conséquent le traitement recommandé est la néphrectomie. Leurs signes cliniques sont souvent peu spécifiques et relatifs aux maladies du bas appareil urinaire félin. Les tumeurs de l’appareil urinaire félin sont donc peu fréquentes et pour la majorité d’entre elles malignes. Il convient d’en faire un diagnostic histologique afin d’exclure des phénomènes inflammatoires purs, bénins, dont le traitement et le pronostic sont très différents.

SYNTHESE

Douleur chez le chat : première validation d’une grille d’évaluation

Deux équipes britanniques ont uni leurs efforts depuis plusieurs années pour aboutir à la publication en décembre 2014 d’une validation d’une échelle algique chez le chat avec un descriptif détaillé des visages de la douleur. (in l’Essentiel n°372)

Même si dès 1872, Darwin avait proposé les expressions faciales des animaux comme grille de lecture de leurs émotions, y incluant la douleur, les visages et postures de la douleur ne commencent à être reconnues et cartographiées chez le chat que depuis peu. L’échelle de la douleur des chiens, dite de Glasgow, fait référence depuis 2001. Chez la souris, l’échelle des grimaces de la douleur a été publiée en 2010, celle du Rat en 2011, du lapin en 2012 et du cheval en 2014. En 2006, une première grille de la douleur avait été établie par l’Université du Colorado (Feline Acute Pain Scale), tout comme en 2012 par 4AVet en France, mais sans validation. En 2013, Brondani avait ouvert la voie d’une meilleure compréhension des visages de la douleur chez le chat, avec la mise en ligne de nombreuses vidéos pour améliorer le diagnostic de la douleur des chats par les soignants (http://www.animalpain.com.br/en-us/ ).

Le choix des mots pour traduire la douleur

Treize vétérinaires, 10 ASV, 2 éleveurs, 2 techniciens des refuges et 3 propriétaires de chats ont travaillé sur le listing précis des mots qui décrivent l’expression de la douleur des chats. À partir des 115 mots listés, 40 ont été retenus comme pertinents par un groupe d’experts vétérinaires de la douleur, qui les ont articulés autour de six catégories comportementales : vocalisation, activité, postures, attention portée à la plaie, réponse aux personnes et réponse au toucher et à l’attitude.

Les mots ont été organisés autour d’une interaction avec le chat, dans un ordre logique et 630 vétérinaires ont répondu en ligne sur le choix de chaque mot dans chaque situation pour mieux décrire la douleur et son intensité. A partir de ces réponses, un questionnaire a été conçu pour évaluer, en un temps court, la douleur d’un chat hospitalisé. Testé sur 25 chats hospitalisés, avant et après leur traitement analgésique, ce questionnaire a fait l’objet d’une révision, en rassemblant certains items comme les vocalisations et en simplifiant l’attention portée à la plaie (sans préciser de quelle façon), par exemple. L’échelle de mesure de la douleur en hospitalisation des chats comporte actuellement 6 questions, qui vont de l’attitude du chat dans sa cage jusqu’à sa réaction à l’approche et à la manipulation de sa plaie (s’il en a une) ou sinon en le touchant en haut du postérieur. Un score est alors établi en quelques minutes sur un total de 16 points.

Validation de la grille d’évaluation

Le test a ensuite été utilisé dans de nombreuses structures (cliniques, écoles vétérinaires) sur 116 chats hospitalisés, en postopératoire ou pour toute autre affection. L’analgésie était administrée selon les standards ou à la demande d’une ASV signalant sa nécessité. Juste avant l’administration de l’analgésique, une ASV évaluait la douleur à l’aide du questionnaire, attribuant un score à la douleur du patient. Un vétérinaire établissait alors, en aveugle, son propre score sur une échelle de 0 à 10 et répondait à la question : « Pensez-vous que cet animal a besoin d’une analgésie ? » 59 autres chats ont été évalués avec la grille de Glasgow modifiée.

Une corrélation positive a été établie, de façon significative, entre les deux scores, soit avec la grille de douleur de Glasgow, soit avec une échelle numérique, et une diminution après analgésie de 2,4 (± 2,87) et 1,9 (± 2,34) a été notée, respectivement pour le score de Glasgow et le score numérique. Le niveau de douleur déclenchant l’administration sur les deux échelles se situe à 4/16 pour l’échelle de Glasgow et à 3/10 pour l’échelle numérique.

« Mapping » des visages de la douleur

L’équipe de Glasgow a également réalisé des clichés des faciès des chats, de race ou pas, poils longs ou courts, souffrant ou non, afin d’établir les points de repères anatomiques pertinents permettant, comme dans les autres espèces, d’objectiver la douleur. Les photos ont été réalisées sans flash ni contention, incluant l’ensemble des éléments anatomiques qui, du bout des moustaches jusqu’à la pointe des oreilles, permettent de reconnaître le visage de la douleur sur les patients félins. 78 points ont été sélectionnés et 80 distances entre ces différents points ont été mesurées. Six facteurs ont été identifiés comme pertinents pour la reconnaissance de la douleur et de son intensité.

La distance inter-auriculaire, à la base du pavillon, médiale et latérale, ainsi qu’à la pointe, tout comme l’aspect des babines et de leur hauteur sont toutes corrélées à l’expression de l’intensité de la douleur. L’équipe de Glasgow a fait réaliser, à partir de ces résultats, des schémas montrant les modifications d’expression faciale à reconnaître chez les chats qui souffrent. Les yeux n’ont pas été retenus dans les critères d’évaluation car trop sujets à des modifications médicamenteuses avec l’usage des opioïdes.

Améliorer la reconnaissance de la douleur

Un groupe de chats devant subir une intervention chirurgicale ou hospitalisés pour une autre raison, a été évalué de 0 à 10, sur une échelle numérique de douleur. Tous ceux ayant un score >1 ont été classés comme ayant mal dans cette étude. Dès lors qu’une analgésie était nécessaire, un portrait en 2D était réalisé, de face (sauf pour les chats qui subissaient une énucléation ou une amputation du pavillon de l’oreille, exclus de l’étude). 28 portraits de chats en souffrance ont été ainsi réalisés, sur lesquels les chercheurs ont appliqué les critères de mesures des distances précédemment établies.

Un powerpoint avec 16 visages de chats a été diffusé à des vétérinaires (praticiens, enseignants), ASV, étudiants (internes, résidents) et personnel (n = 68). Neuf étaient des chats en souffrance et 7 des chats normaux. Chaque image était montrée pendant 10 secondes au terme desquelles le public indiquait sur une feuille de papier « en souffrance » ou pas. Les scores de reconnaissance ont été de 18 à 94 %, selon les professionnels. Dans 6 cas, le score a été inférieur à 50 % pour tous, montrant le travail de formation nécessaire.

Reste maintenant après ce travail de recherche majeur à former l’ensemble des équipes vétérinaires à mieux reconnaître et évaluer la douleur de leurs patients félins, pour mieux les prendre en charge lors de leurs hospitalisations.

PROFESSION

Evaluer le bien-être de nos patients : un enjeu majeur pour les vétérinaires

Les filières d’animaux de rente s’intéressent depuis plusieurs décennies à évaluer le bien-être animal en élevage. Pourquoi la qualité de vie des chiens et chats n’est-elle jamais citée ? Lors du dernier congrès GECAF-GEDAC à Marseille, Emmanuel Gaultier nous a apporté quelques éléments de réflexion et a souligné le rôle fondamental du vétérinaire dans une telle évaluation. (in l’Essentiel n°373)

Aucun consensus n’existe à ce jour pour évaluer le bien-être ou la qualité de vie de nos carnivores domestiques. Pour eux en effet, cette évaluation devrait s’inspirer de deux méthodes existantes :

l’évaluation du bien-être des animaux de rente est avant tout collective et préventive. Difficile d’appliquer totalement cette démarche à nos animaux de compagnie dont les conditions de vie, d’une famille à l’autre, sont très variables.

l’évaluation de la qualité de vie chez l’homme est individuelle.

Elle fait appel à une question globale, « comment vous sentez-vous ? » et repose sur l’état physique, les sensations somatiques, l’état psychologique ou encore le statut social (relations sociales et rapport à l’environnement). Une telle subjectivité en limite l’application chez les carnivores domestiques.

Five freedoms

L’évaluation du bien-être d’un animal ne peut se réduire à la simple attestation de son bon état de santé. En ce sens, le Farm Animal Welfare Council a énoncé, dès 1979, les 5 piliers du bien-être de l’animal de rente, appelés les 5 Freedoms. L’étude de ces 5 critères, s’ils nécessitent quelques ajustements pour l’animal de compagnie, permettent de donner une puissante base de réflexion. Ils soulignent également le rôle central du vétérinaire praticien comme conseiller et garant du bien-être et de la qualité de vie des chats et chiens domestiques.

En effet, le vétérinaire est le plus à même de donner des prescriptions nutritionnelles (freedom 1), il est le seul capable de dépister et traiter les maladies et la souffrance physique, même discrète (freedom 3). En outre, le développement de la médecine du comportement lui permet d’énoncer des conseils, à titre préventif notamment, en ce qui concerne l’environnement et les conditions d’adoption et de détention (freedoms 2 et 4) des chiens et chats. Enfin, par des thérapies comportementales adaptées, il peut prévenir et traiter les situations de peur (freedom 5), réduire l’agressivité qui peut en découler et limiter ainsi le risque d’abandon ou d’euthanasie.

Un enjeu majeur

L’évaluation de la qualité de vie d’un animal fait partie de toute consultation, qu’elle soit comportementale ou non. Le vétérinaire doit pouvoir dépister les affections et la souffrance, même silencieuses, même comportementales, d’un animal. Il doit également pouvoir identifier le mal-être, généré par son intervention, afin de ne pas en subir les conséquences : la douleur, suite à une chirurgie, retarde la guérison ; l’anxiété, lors d’hospitalisation, limite les possibilités de manipulation en augmentant l’agressivité. L’observation de maladies mêlant le physique au comportemental conforte le praticien dans son rôle de garant du bien-être : la cystite idiopathique (ou plus précisément émotionnelle), par exemple, est une affection médicale déclenchée et entretenue par l’anxiété ; elle signe une atteinte du bien-être. Sa prise en charge doit aborder conjointement les deux facettes du trouble.

Par ailleurs, des enquêtes américaines montrent à quel point le manque de médicalisation des chats peut être lié au mal-être qu’ils expriment autour de la consultation vétérinaire (peur du transport et peur du vétérinaire) : 60 % des propriétaires déclarent que leur chat déteste aller chez le vétérinaire, 38 % d’entre eux sont eux-mêmes stressés à la simple perspective d’une consultation et 39 % n’emmènent leur chat consulter que si ce dernier est vraiment malade… En ce sens, les chats semblent être l’enjeu majeur de la prise en compte du bien-être des carnivores domestiques : seuls un accueil, une contention et une prise en charge adaptés pourront permettre d’augmenter leur accès aux soins (freedoms 2, 3 et 5).

Gestion du bien-être et troubles du comportement ne se résolvent pas simplement avec de l’affection et du bon sens… Pour être efficace, la réponse du vétérinaire à ces problèmes doit être professionnelle, construite, basée sur des connaissances, mais aussi débarrassée de toute attitude moralisatrice.

Encadré :

5 FREEDOMS, pré-requis du bien-être de l’animal de rente

1. Absence de faim, de soif et de malnutrition

2. Environnement climatique et physique non agressif

3. Absence de maladies et de blessures

4. Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce

5. Ne pas éprouver de peur ou de détresse

Revue de presse – Mai 2015

BREVES

Népal

Les chiens sauveteurs à la rescousse

Le séisme de magnitude 7.8 sur l’échelle de Richter, qui a gravement frappé le Népal le 25 avril dernier, a eu des conséquences sur près de 8 millions de personnes. La BBC faisait état de près de 5 500 morts (chiffre qui pourrait doubler selon les autorités népalaises) et de 11 000 blessés. Dès la semaine suivant le drame, des équipes de chiens sauveteurs du monde entier sont venus porter assistance aux Népalais. Les Canadiens ont envoyé une équipe, la Chine 62 secouristes avec 6 chiens renifleurs, l’Allemagne 52 sauveteurs, la Pologne 12 équipes de chiens renifleurs accompagnés de 81 pompiers, d’équipes médicales ainsi que du matériel. Les Etats-Unis de leur côté ont missionné une équipe de 57 membres, dont 6 équipes de chiens secouristes venus de Californie et spécialement entraîner pour la recherche post-catastrophe. Le Népal a dépêché sa propre Search and Rescue Dog Handler Academy près de l’épicentre du séisme, en dépit de conditions climatiques difficiles.

Ces tragiques événement le rappellent, les équipes de chiens sauveteurs font désormais partie intégrante des dispositifs de secours, et avec raison. Les microscopiques particules d’odeur humaine sont aériennes, l’odeur s’efface donc à mesure que les particules « voyagent ». Les chiens secouristes sont spécialement entraînés pour détecter ces pistes et les remonter jusqu’à leur source. C’est ce qui permet de retrouver des blessés ou des cadavres sous des décombres. Les équipes de sauvetage ont leur spécialité : pistage, détection d’odeurs, recherche de cadavres, les meilleurs sachant évidemment « tout » faire.

Ces équipes ont fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Une étude conduite par l’université d’Alberta en 1999 suivait ainsi le travail de 8 équipes de chiens sauveteurs spécialistes de la recherche de cadavres durant un entraînement de deux mois : le taux de réussite était compris entre 57 et 100 %, indiquant qu’avec un entraînement adapté, ces chiens peuvent être particulièrement efficaces. Une autre étude de l’université UC Davis de Californie a démontré que les intuitions des humains pouvaient même être contre-productives dans le travail social et cognitif des chiens dans certaines situations extrêmement difficiles. A ce titre, les chiens sauveteurs sont particulièrement adaptés à ces tâches éprouvantes, puisque selon une étude de l’école vétérinaire de Pennsylvanie, les chiens sauveteurs du 11 septembre n’ont pas manifesté de troubles du comportement ou un affaiblissement de leur santé après les évènements. Certains maîtres de ces chiens estimaient même que leur compagnon n’était jamais plus heureux que lorsqu’il était en train de faire son « boulot »….

(source : Newstat 30 avril)

Etats-Unis

Les vieux chiens utiles pour la recherche médicale ?

Si vous voulez vivre 100 ans, demandez à un vieux chien ! C’est ce que suggère une récente étude menée par des chercheurs du Gerald P. Murphy Cancer Foundation’s Center for Exceptional Longevity Studies : l’exceptionnelle longévité que l’on observe parfois chez nos compagnons canins serait liée au sexe (féminin pour être précis) et à la capacité à résister à certaines maladies. En somme, concernant l’appétit de vivre, les chiennes battent les mâles à 5 contre 1 !

Le centre d’études a ainsi répertorié les données médicales de près de 300 chiennes « centenaires », notamment les Rottweilers qui peuvent vivre au moins 13 ans, ce qui est près de 30% plus long que pour la moyenne des races, et qui équivaut à 100 ans en âge humain. D’après les chercheurs, ces centenaires canins manifesteraient une bonne résistance aux cancers : on en compte seulement 8% parmi ces chiennes… contre 70% chez les chiens « ordinaires ». La clé d’une vieillesse longue et heureuse serait donc à chercher dans cette capacité à résister aux maladies liées à l’âge, comme le cancer. Néanmoins, si les individus parmi ces chiennes sont peu nombreux à mourir effectivement d’un cancer, des autopsies ont pu montrer qu’elles recelaient un ou plusieurs types de cancer au moment de leur mort.

L’étude montre que, comme certains humains, ces chiennes manifesteraient ce que les auteurs appellent « une compression morbide », un « enfermement » ou une retenue des maladies liées à l’âge dans les dernières années de vie. Pendant les 10 premières années de leur vie, ces chiennes auraient été libres de toute maladie majeure.

Ces nouvelles données s’ajoutent donc au catalogue grandissant des différences de genre sur le plan biologique et médicale, de la vulnérabilité à l’auto-immunité face aux maladies aux effets inverses provoqués par certains médicaments, et même aux symptômes des crises cardiaques qui seraient différents d’un sexe à l’autre…

(source : NewStat 28 avril)

Ecosse

La longévité des chats liée à la vitamine D

Une étude menée à l’école vétérinaire d’Edimbourg et publiée le 13 mai sur Plos One démontrerait l’importance de la vitamine D pour la bonne santé des chats. 99 chats de l’hôpital vétérinaire de l’école, en état critique, ont reçu des injections de vitamine D, et leur état a été contrôlé 30 jours plus tard. Les chercheurs ont ainsi pu constaté que les chats qui avaient reçu la dose supplémentaire de vitamine dans leur sang étaient en meilleur santé, et en tout cas vivants, que les chats qui n’avaient pas reçu de dose-test. Pour les chercheurs, le potentiel de la vitamine D comme prévention des maladies chez les chats et soutien dans une convalescence est à étudier plus profondément. Elle pourrait également préciser les diagnostics et aider à évaluer le degré de gravité de certaines maladies.

(source : NewStat 20 mai)

Etats-Unis

Le nombre de morsures de chiens en baisse

La semaine du 16 au 23 mai était celle de la prévention aux morsures de chiens aux Etats-Unis, un phénomène qui touchait près d’un tiers des assurés américains en 2014. Il apparaît néanmoins que les incidents liés aux morsures de chien sont en diminution croissante. Une étude de 2008 menée par l’Autorité de la Santé révélait que 4,5 millions d’Américains avaient été mordus entre 2001 et 2003 ce qui, comparé aux données de 1994, représente une chute de 47%, en grande partie en raison des morsures beaucoup moins nombreuses sur les enfants. Doit-on en conclure que les particuliers adoptent des races plus adaptées à la vie familiale ? Pas forcément : une étude publiée en mars par l’American Veterinary Medical Association sur le rapport entre races et morsures démontre que le phénomène est plus complexe qu’il n’y paraît. Les races à la mode apparaissent effectivement en haut des statistiques de morsure tant qu’elles sont « tendance ». Les chiens de petite à moyenne taille semblent plus agressifs mais leurs morsures entraînent moins de conséquences dramatiques. Les grands chiens provoquant des morsures plus graves, les particuliers en possèdent moins, ce qui explique qu’on retrouve peu de retrievers et de chiens courants dans les statistiques. Les pitbull sont une race plutôt stigmatisée, alors que leurs maîtres sont le plus souvent responsables d’un « mauvais comportement » (d’après les statistiques, ils sont plus souvent impliqués dans des actes violents ou criminels). Les accidents les plus graves comportant des morsures de chiens impliquent de jeunes enfants, des chiens non-stérilisés, et ce sont souvent des chiens familiers de la « victime ». En conclusion, la race est un indicateur bien faible de la probabilité d’une morsure…

(source : NewStat 18 mai)

ETUDE

Stress et émotivité : quelles définitions et quelles méthodes d’évaluation pour quelles espèces ?

Edito du Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 91-93

Comment connaître les émotions chez des individus auxquels nous ne pouvons pas nous adresser verbalement ? Lorsque nous établissons néanmoins des évaluations de ces états émotifs, sont-elles utiles au sujet concerné ou correspondent-elles plutôt à nos désirs et à notre propre point de vue ? Les termes « excitation », « réactivité » et même « stress » sont-ils adéquats pour évaluer des émotions, assez précis pour fournir des informations biologiquement exploitables ? Quelles sont les « mesures » comportementales et physiologiques valides pour attester d’une émotion ?

Sherman et al. (2015) posent ces questions dans une étude sur la « réactivité émotionnelle » des labradors retrievers utilisés dans la détection d’explosifs. Il est vrai qu’une grande réactivité chez un individu peut lui permettre de réaliser un travail exigent, les animaux n’étant pas des machines, leurs performances peuvent être d’un niveau variable. Il pourrait donc être utile, particulièrement avec les chiens de travail, d’être capable d’évaluer leur niveau de réactivité avant l’effort et ainsi de prévoir son effet sur leur niveau de performance. Les chercheurs démontrent ainsi que l’on peut mettre au point une évaluation capable d’identifier les chiens les plus réactifs.

Dans une étude particulièrement pointue, Mongillo et al. (2015) étudient également la pertinence des notions d’ « excitation », de « réactivité » et de « stress » chez les chiens de travail, en observant la variabilité des comportements des chiens de travail et leur compatibilité avec les missions de recherche qui pouvaient leur être demandées. Les chiens étaient divisés en trois groupes : adapté, adapté sous réserves, inadapté. Les résultats ont montré que dans chaque groupe, les chiens répondaient différemment, et de façon très significative, aux trois principaux paramètres évalués : interactions négatives avec une personne inconnue, peur, agressivité. Ces résultats démontrent que des exercices standardisés d’évaluation comportementale sont faciles à reproduire et facilitent la sélection des individus au comportement adapté à certaines tâches.

Pour détails, voir les études suivantes :

  • P. Mongillo, E. Pitteri, S. Adamelli, S. Bonichini, L. Farina, L. Marinelli, Validation of a selection protocol of dogs involved in animal-assisted intervention, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 103-110

  • B. Sherman, M.E. Gruen, B.C. Case, M.L. Foster, R. Fish, L. Lazarowski, V. DePuy, D. Dorman, A test for the evaluation of emotional reactivity in Labrador retrievers used for explosives detection, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 94-102

ETUDE

Identifier les facteurs environnementaux et humains associés à la qualité de vie des chiens de refuge

J. Kiddie, L. Collins, Identifying environmental and management factors that may be associated with the quality of life of kennelled dogs (Canis Familiaris), Applied Animal Behaviour Science 167 (2015) 43–55

Cette étude fait appel à un test d’évaluation de la qualité de vie validé et attesté afin d’identifier les facteurs environnementaux et humains qui pourraient affecter les conditions de vie des chiens en attente d’adoption dans des refuges. 202 chiens issus de 13 refuges différents étaient répartis en quatre groupes, l’échelle d’évaluation du niveau de qualité de vie allant de 0.0 à 1.0. Les chiens pensionnaires de longue date disposant d’un environnement enrichi affichaient un score de 0.477 ; les chiens pensionnaires de longue date avec un environnement pauvre affichaient un score de 0.453 ; les chiens récemment admis et dotés d’un environnement enrichi affichaient un score de 0,399 ; les chiens récemment admis avec peu d’enrichissement affichaient un score de 0,362. Seuls 2% des chiens des quatre groupes avaient un score négatif. Les 13 responsables de refuge ont ensuite participé à une enquête sur leurs pratiques en matière d’enrichissement de l’environnement et de leur façon de gérer les animaux. Les données récoltées, comparées aux scores obtenus suite à l’observation des 202 chiens issus de ces 13 refuges, démontrent qu’une association est systématique entre les scores obtenus et « l’ambiance » des refuges : la présence de lits superposés améliorait la qualité de vie des chiens par 0.3, tandis que des interactions quotidiennes de 30 minutes entre les chiens et le personnel du refuge l’amélioraient de 0.26. Faire faire des exercices quotidiens aux chiens au moins pendant 30 minutes amélioraient également le score de 0.404. Côté alimentation, une alternance d’aliments humides et secs semble également positive, sans oublier évidemment un environnement globalement calme. En revanche, de façon assez surprenante, il semblerait que le toilettage des animaux et des exercices accomplis plus d’une fois par jour auraient un impact légèrement négatif. La conception de l’environnement dédié aux animaux du refuge et son management ont donc bien un impact sur la qualité de vie des pensionnaires, et doivent donc être scrupuleusement observés lors des prises de décision. De futures études pourraient s’intéresser à l’impact « négatif » opéré par le toilettage et les exercices trop nombreux, ces résultats ne semblant pas cohérents.

ETUDE

Effets d’un environnement stimulant durant la période de socialisation sur les performances des chiens policiers

B. Lopes, J. Alves, A. Santos, G. Da Graça Pereira, Effect of a stimulating environment during the socialization period on the performance of adult police working dogs, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 199-203

Cette étude cherchait à savoir si l’usage d’un parc enrichi et stimulant pouvait avoir un impact positif sur les performances des futurs chiens policiers en période de socialisation. 6 chiens, issus du même père, ont été divisés en deux groupes. Le groupe 1 a suivi le protocole de socialisation standard prévu par le groupe d’intervention cynotechnique. Le groupe 2 suivait le protocole classique mais profitait également d’un parc enrichi. En tant que jeunes adultes, ces chiens étaient testés dans 7 situations différentes, leur performance étant évaluée selon leur réponse pour passer les difficultés. Les niveaux de cortisol ont été mesurés avant et après les tests chez tous les individus et utilisés comme marqueurs de stress. D’après l’observation de ces niveaux après test, l’exposition à un parc enrichi diminuerait sensiblement le stress des chiens, alors qu’aucune différence significative dans les performances n’a été observée entre les chiens des groupes 1 et 2. On note bien que les chiens bénéficiant du parc manifestaient moins de stress lors de situations à résoudre. L’échantillon de test étant néanmoins très modeste, de futures études partant de cette base de test pourraient être lancées afin de savoir si l’enrichissement de l’environnement bénéficie significativement aux futurs chiens de travail.

ETUDE

Développement de la biorobotique pour la recherche vétérinaire sur la mobilité féline

C. Mariti, G. G. Muscolo, J. Peters, D. Puig, C. T. Recchiuto, C. Sighieri, A. Solanas, O. von Stryk, Developing biorotics for veterinary research into cat movements, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 248-254


Le développement de la collaboration entre les vétérinaires et d’autres professionnels tels que les ingénieurs et les chercheurs en informatique aura rapidement une grande importance en biorobotique, à la fois pour des questions de progrès scientifique et de protection du bien-être animal, notamment pour les chats, qui ne sont pas, à l’heure actuelle, une grande source d’inspiration pour les nouvelles technologies. Afin de répondre à ce « vide », la présente étude suggère une nouvelle approche de certains aspects particuliers de la morphologie et neurophysiologie féline, ainsi que du comportement, pour mieux prendre en compte les puissantes capacités locomotrices des chats, associer les paramètres biologiques aux outils robotiques et ainsi fabriquer des modèles d’étude. Le plan de travail proposé dans cette étude, décrivant le système biomécanique, la locomotion, l’équilibre, la perception visuelle des chats, servirait donc au développement de modèles robotiques testés et validés en comparant les données observées avec celles recueillies après observation de sujets vivants. Cette méthodologie trouverait son application dans divers domaines donc la création de modèles dynamiques et les systèmes de vision artificiels. Par ailleurs, cette méthode est respectueuse du bien-être animal, puisque très peu d’individus vivants seront étudiés et qu’elle permettra le développement de modèles remplaçant à long terme les sujets vivants. Ainsi, ces modèles pourront tester la façon dont un handicap (perte de la vue, d’une patte, etc) peut affecter les capacités locomotrices d’un chat. Ce modus operandi peut paver la voie vers un nouveau champ de recherche scientifique, et permettre d’améliorer les procédures de réhabilitation des chats et autres animaux non-humains en cas d’accident.

ETUDE

Chiens et propriétaires dans un contexte urbain : perception du public et problèmes de comportement

P. Mongillo, S. Adamelli, E. Pitteri, L. Marinelli, Attention of dogs and owners in urban contexts : public perception and problematic behaviors, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 210-216

Le comportement des chiens a un rôle fondamental dans leur intégration au sein des sociétés humaines. La présente étude a pour objet 1/ de caractériser les comportements problématiques manifestés par certains chiens lors de promenades en milieu urbain 2/ d’évaluer la perception des propriétaires et des non-propriétaires de ce comportement 3/ évaluer si ces comportements problématiques sont liés à une attention trop grande du propriétaire à l’égard de son chien. Sur 176 chiens filmés pour l’étude, 7 exprimaient de l’excitation, 10 de l’évitement, et 5 des comportements agressifs. Les propriétaires des chiens « problématiques » avouaient avoir peu confiance en leur chien, d’où une attention accrue pour leurs comportements, à l’inverse des propriétaires de chiens ne manifestant aucun comportement gênant. Néanmoins, aucune différence n’a été trouvée entre l’expression de ces comportements gênants et le niveau d’attention porté aux chiens, ce qui sous-entend que, bien que conscients des problèmes de leur chien et de leur besoin d’attention, les propriétaires ne savent pas comment y répondre de façon appropriée. Les personnes n’ayant pas d’animaux perçoivent les propriétaires de tels chiens comme moins attentifs et leurs chiens comme moins fiables. Du côté des chiens « problématiques », l’attention portée à leurs maîtres ne semblait pas moindre par rapport à celle des chiens sans problèmes. Les chiens agressifs étaient les seuls dont l’attention variait sensiblement lors de la manifestation du comportement problématique, puisqu’ils ne regardaient jamais leur maître durant les épisodes d’agression. Les chiens méfiants, dans « l’évitement », avaient tendance à regarder davantage leur maître, comme pour établir une communication, même si leur durée modeste peut mettre en question leur efficacité. Les auteurs ne peuvent pas fournir une analyse détaillée des facteurs qui contribuent à la manifestation de ces comportements gênants dans l’espace public, néanmoins ils identifient comme cause principale le déni de la plupart des propriétaires et leur incapacité à gérer les problèmes de leur animal.

ETUDE

Quels facteurs pour expliquer les aboiements permanents ?

T. Raglus, B. De Groef, L. Marston, Can bark counter collars and owner surveys help identify factors that relate to nuisance barking? A pilote study, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 204-209

Les aboiements excessifs des chiens domestiques constituent très souvent des nuisances pour les voisins et la communauté humaine en général. De tels aboiements peuvent être réellement problématiques, entraînant des plaintes de l’entourage mais signalant également un problème dans le bien-être du chien. Le but de cette étude était d’établir un éventuel lien entre des facteurs de prédisposition potentielle et les aboiements, et de savoir si ces éventuelles relations pouvaient être décelées dans les témoignages des propriétaires et l’analyse des comportements des chiens. Les chercheurs ont utilisé des colliers comptabilisant les aboiements de 25 chiens, tous inscrits auprès des services municipaux comme des « perturbateurs », durant 7 jours consécutifs. Par ailleurs, les propriétaires étaient soumis à un questionnaire afin d’identifier les éventuels facteurs favorisant ces comportements. L’étude démontre que le schéma de manifestation de ce comportement peut être identifié grâce à ces colliers ; par ailleurs, 4 chiens montraient un schéma comportemental spécifique, ce qui suggère qu’un stimulus survenant régulièrement était associé aux aboiements. Aucune corrélation n’a été établie entre la fréquence des aboiements et le niveau d’obéissance et/ou d’éducation dont les chiens disposaient, en revanche un lien a été observé avec le nombre de chiens présents dans le voisinage. Ces analyses peuvent être utiles aux équipes municipales et aux vétérinaires dans la gestion de ces nuisances.

ETUDE

Mort d’un animal domestique : quel lien entre cette perte et le stress chez les propriétaires ?

L. Tzivian, M. Friger, T. Kushnir, The death and owning of the companion dog : association between resource loss and stress in healthy Israeli women, Journal of Veterinary Behavior 10 (2015) 223-230

Les propriétaires de chiens considèrent très souvent que leur animal est un membre à part entière de la famille, qui leur procure une compagnie, un sentiment de sécurité et d’être aimé. La mort d’un chien peut dès lors être vécue comme une expérience stressante et mener à un deuil. La présente étude cherchait à savoir si des chiens domestiques pouvaient effectivement avoir un effet sur le stress de leurs propriétaires, par ailleurs en bonne santé. Les auteurs ont ainsi mené une étude croisée sur 110 propriétaires de chiens et 103 propriétaires en deuil, toutes des femmes. Les vétérinaires de 48 cliniques privées israéliennes ont indiqué aux auteurs lesquels parmi leurs clients avaient fait euthanasié leur chien dans le mois écoulé. Le groupe de contrôle comptait des propriétaires vivant avec leur animal depuis plus de 2 ans. Le niveau de stress était significativement plus fort chez les propriétaires en deuil, confirmant le fait que la perte d’un animal domestique est un événement traumatisant pour les humains.

NOTES DE CLINIQUE

CANCÉROLOGIE

Ostéosarcome chez le Leonberg : relation avec le poids à l’adolescence

Le poids supporté par les os longs pourrait être un facteur de risque pour les tumeurs osseuses de l’homme et du chien. Les auteurs ont suivi une cohorte de Leonberg de leur naissance à leur mort et la cause du décès a été répertoriée. L’hypothèse était que les chiens décédant d’un ostéosarcome seraient significativement plus lourds, en tenant compte du poids et de la circonférence du radius distal et de l’ulna (CRDU). Les chiens ont d’abord été examinés par un vétérinaire aux âges de 3, 4, 6, 12, 18 et 24 mois. La population étudiée incluait 196 Leonberg, dont 9 sont morts en raison d’une tumeur osseuse. On comptait 6 mâles et 3 femelles. Les courbes de croissance de ces 9 chiens ont été établies et comparées à celles de sujets décédés en raison d’autres causes. Elles montrent que ces animaux avaient un poids supérieur au cours de leur période de croissance, particulièrement les mâles. Les mâles morts d’un ostéosarcome avaient également une CRDU supérieure pendant la plus grande partie de cette période, par rapport à ceux n’ayant pas développé de tumeur. L’analyse statistique montre un effet significatif du poids à 12 et 18 mois et de la CRDUà 18 mois sur le risque de développer une tumeur osseuse. A 12 et 18 mois, un excès de poids d’un kilo augmente le risque de présenter un ostéosarcome de 20 % alors que chaque centimètre supplémentaire de la CRDU augmente le risque de 70 %. Il semble donc que lors de cette période de croissance, caractérisée par une importante activité des os longs, tout excès de poids puisse augmenter le risque ultérieur d’ostéosarcome.

ANFINSEN (KP) : Primary bone cancer in Leonbergers may be associated with a higher bodyweight during adolescence. Preventive Veterinary Medicine. En ligne le 14 février 2015.

CANCÉROLOGIE

Sarcomes histiocytaires à localisation nerveuse

Les sarcomes histiocytaires peuvent survenir en de nombreux sites anatomiques, mais les publications sont rares en ce qui concerne les localisations au niveau du système nerveux central. Cet article (accès libre) en décrit 19 cas. Tous les diagnostics ont été confirmés par autopsie ou biopsie. L’âge médian des patients était de 8 ans (4 à 11,6 ans). On comptait 5 Labrador retrievers, 4 golden retrievers, 3 Welsh corgi Pembroke, 2 chiens de race croisée, 2 Shetland, 1 English springer spaniel, 1 cavalier King Charles spaniel, 1 keeshond. On note une prédisposition des retrievers et du Welsh corgi Pembroke. Les motifs de consultation étaient : parésie (6), troubles du comportement (5), convulsions (2), ataxie (2), cécité (1), vomissements (1), port de tête penché (1). Les tumeurs concernaient l’encéphale dans 15 cas, la moelle épinière dans 4 autres. Les sarcomes histiocytaires étaient limités au système nerveux dans 15 cas, l’affection était disséminée chez 4 chiens, avec atteinte des poumons (3), du foie (2), des noeuds lymphatiques (2), de la rate, du pancréas, du rein, des glandes surrénales et du coeur (un cas chacun). Trois chiens souffraient simultanément d’une autre tumeur distincte (hémangiosarcome atrial, séminome, trichoépithéliome). Les auteurs détaillent les traitements entrepris, le pronosticétant mauvais : la durée de survie médiane a été de 3 jours (1 à 92 jours).

MARIANI (CL) : Histiocytic sarcoma with central nervous system involvement in dogs : 19 cases (2006-2012). Journal of Veterinary Internal Medicine. 2015. Advanced publication.

BACTÉRIOLOGIE

Infections postopératoires : une antibiothérapie empirique semble adéquaté

Les infections des sites chirurgicaux (ISC) ne sont pas rares et pourraient représenter un défi thérapeutique dans le cadre d’une progression des antibiorésistances bactériennes. Malgré la nécessité d’une antibiothérapie prudente et rationnelle, peu d’études ont été menées sur la résistance des germes responsables d’ISC. L’objectif de ce travail dont les résultats sont publiés dans Acta Veterinaria Scandinavica est d’estimer la distribution des infections bactériennes postopératoires en fonction du type d’intervention (propre, propre contaminée, contaminée, sale), de la durée de l’hospitalisation, de l’utilisation ou non d’antibiotiques, etc. Pendant trois ans, quatre cliniques de référés ont participé à cette enquête, en Suède. Des écouvillonnages des plaies chirurgicales contaminées ont été réalisés. 194 germes ont été isolés, dont à peu près deux tiers de staphylocoques. Le germe le plus fréquent était Staphylococcus pseudintermedius (46 %) puis venaient les streptocoques bêtahémolytiques (24 %). On ne trouve pas de relation entre la nature du germe et le type de chirurgie pratiquée, la durée d’hospitalisation ou la profondeur de l’infection nosocomiale, à l’exception d’Escherichia coliqui est plus souvent isolée lors d’infections profondes. Les antibiotiques des anciennes générations semblent pouvoir être employés en première intention, les résistances apparaissant rares. On n’a identifié que trois cas d’infection par S. pseudintermedius résistant à la méthicilline. Aucun S. aureus résistant à la méthicilline n’a été mis en évidence. Une antibiothérapie avec les molécules habituelles, les plus anciennes, est donc rationnelle en attendant les résultats d’un éventuel antibiogramme.

WINDAHL (U) : The distribution of pathogens and their antimicrobial susceptibility patterns among canine surgical wound infections in Sweden in relation to different factors. Acta Veterinaria Scandinavica. 2015. Vol 11. DOI : 10.1186/s13028-015-0102-6.

CHIRURGIE

Amputations : peu de complications

Les auteurs évaluent les risques de complications des amputations des membres chez le chien et le chat. 67 cas sont présentés, 39 concernant des chiens et 28 des chats. Des complications infectieuses et/ou inflammatoires sont survenues dans 20,9 % des cas. Des infections sont apparues chez 12,8 % des chiens et 3,6 % des chats. Seule une complication qualifiée de majeure a été à déplorer, dans le postopératoire immédiat. Des complications mineures sont signalées dans 13,4 % des cas juste après la chirurgie et dans 6 % des cas lors de la visite de contrôle. L’âge des animaux est le seul facteur prédictif de complications postopératoires.

PATHOLOGIE OSSEUSE

Héritabilité de la dysplasie de la hanche

La dysplasie de la hanche est une préoccupation majeure parmi les éleveurs de chiens de races de grand format, pour lesquelles des programmes de sélection génétique sont souvent mis en place par les clubs de race. Cette étude néo-zélandaise se penche sur les pedigrees de 3 172 chiens (2 983 scores de dysplasie de la hanche) bergers allemands, Labrador retrievers, golden retrievers et rottweilers de 1990 à 2011. L’héritabilité du score de la dysplasie de la hanche est de 0,32 pour le berger allemand, 0,37 pour le Labrador retriever, 0,29 pour le golden retriever et 0,52 pour le rottweiler. Seuls les bergers allemands montrent une amélioration progressive du score de dysplasie

de la hanche avec une diminution de 0,13/an. Bien que l’héritabilité du score de la dysplasie de la hanche soit modérée pour ces 4 races de chiens, l’amélioration est faible au cours des 30 dernières années. L’EBV (Estimated Breeding Value) est un outil statistique de prédiction de maladies génétiques utilisé pour sélectionner les chiens reproducteurs, disponible pour de plus en plus de races canines. L’utilisation de cet outil semble plus pertinent que le score de dysplasie individuel pour sélectionner les chiens reproducteurs.

Soo et coll. Genetic evaluation of the total hip score of four populous breeds of dog, as recorded by the New Zealand Veterinary Association Hip Dysplasia Scheme (1991–2011). New Zealand Veterinary Journal 2015 Mar 63(2):79-85.

PATHOLOGIE DIGESTIVE

Gastroentérites hémorragiques aiguës : l’antibiothérapie semble inutile

Les gastroentérites hémorragiques idiopathiques récemment regroupées sous le terme de syndrome aigu de diarrhée hémorragique (SADH) se caractérisent par des vomissements d’apparition aiguë, une anorexie, une léthargie, avec parfois hématémèse et apparition d’une diarrhée hémorragique malodorante. Le SADH est susceptible de faire courir un risque de bactériémie : la nécrose de la muqueuse peut en effet favoriser la pénétration de germes dans le sang. Les auteurs rappellent qu’une bactériémie transitoire peut aussi survenir chez des chiens par ailleurs en bonne santé. Une antibiothérapie est en général recommandée chez les animaux souffrant de SADH. Pour autant, il s’agit d’une arme à double tranchant qui peut, aussi, entraîner des modifications néfastes de la flore digestive. L’objectif de cette étude est d’identifier l’incidence de la bactériémie chez des chiens atteints de SADH. Elle a inclus 87 chiens souffrant de SADH idiopathique, qui ont été comparés à 21 sujets témoins en bonne santé. 14 sur 87 (16 %) du groupe de SADH avaient des hémocultures positives. On rencontrait notamment des Clostridium sp (4), Corynebacterium accolens (1), d’autres corynébactéries (1), des bactéries Gram + corynéformes (2), Staphylococcus pseudintermedius (2). Chez quatre chiens, les germes isolés ont été considérés comme des contaminants. Chez trois des chiens du groupe témoin (14 %), on a également trouvé des hémocultures positives. Il s’agissait d’un Clostridium sp, d’un Corynebacterium sp et d’une Escherichia coli hémolytique. Dans le groupe SADH, on ne trouvait pas de différences entre les patients pour la clinique, la mortalité, les paramètres hématobiochimiques, que l’hémoculture soit positive ou non. Pour les auteurs, l’incidence des bactériémies chez les chiens souffrant de SADH idiopathique est donc basse et comparable à celles observées chez des chiens en bonne santé. Dans ces conditions, l’antibiothérapie ne semble pas indiquée dans le traitement de ce syndrome.

UNTERER (S) : Prospective study of bacteriemia in acute haemorrhagic diarrhea syndrome in dogs. Veterinary Record. 2015. DOI : 10.1136/vr.102521.

CANCÉROLOGIE

Fibrosarcomes de la cavité buccale

Cette étude rétrospective présente 65 cas de fibrosarcomes de la cavité buccale. L’âge médian des patients était de 8 ans (1,5-13 ans), le poids médian de 33,9 kg (7,7-56,5 kg). Vingt-neuf races étaient représentées, on comptait notamment 22 golden retrievers, 9 Labrador retrievers et 5 bergers allemands. Les tumeurs (parfois multiples) étaient situées en regard du maxillaire (44), de la mandibule (17) et du palais ou de la muqueuse buccale (4). Le pronostic varie en fonction de la localisation : la durée de survie médiane a été, respectivement, de 488, 301 et 40 jours pour ces trois localisations. Pour la durée de survie sans progression, les chiffres sont respectivement de 254, 149 et 1 jours. Les patients étaient à divers stades au moment du diagnostic : T1 (4), T2 (11) et T3 (47). La durée de survie médiane n’a pas été atteinte pour les chiens au stade T1, elle a été de 739 et 255 jours aux stades T2 et T3. Quarante et un chiens souffraient de lésions ostéolytiques, qui ne semblent pas influencer le pronostic. Seuls deux patients, dans cette étude, présentaient des métastases au niveau des noeuds lymphatiques loco-régionaux. Les auteurs présentent ensuite les différentes modalités de traitement entreprises. La durée de survie médiane des chiens ayant subi seulement une intervention chirurgicale (radicale ou conservatoire) a été de 249 jours tandis qu’elle a été de 506 jours en cas de chirurgie suivie de radiothérapie. Seuls 4 chiens ont reçu une chimiothérapie, ce nombre est insuffisant pour conclure. Le grade histologique a également une influence sur le pronostic : durée de survie médiane de 575 jours pour les tumeurs de grade 1, de 194 jours lors de grade 2, de 367 jours pour les tumeurs de grade 3, de manière inattendue. D’autres études prospectives sont nécessaires pour évaluer les meilleures méthodes de traitement de ces tumeurs.

CAS CLINIQUE

Fracture Salter-Harris de type II du fémur distal chez un jeune chat : traitement chirurgical

Cinq types de fracture Salter-Harris existent et sont décrits en médecines vétérinaire et humaine. Nous décrivons ici le cas d’un chat de 9 mois présenté avec une fracture Salter-Harris de type II suite à une chute du troisième étage, traitée par mise en place de broches de Rush. (in l’Essentiel n°369)

Un chat européen mâle non castré de 9 mois est présenté en consultation d’urgence suite à une chute du 3e étage survenue moins de 24 heures auparavant. Aucun antécédent médical n’est connu et les vaccins sont à jour.

Examen clinique

Un examen clinique de type A CRASH PLAN est réalisé. Les anomalies détectées sont une polypnée modérée et une douleur à la palpation du membre postérieur gauche. L’état de l’animal étant jugé stable, un examen orthopédique complet est réalisé. A l’examen à distance, l’animal présente une boiterie de grade 5 du membre postérieur gauche (boiterie permanente avec suppression d’appui). A l’examen rapproché, un gonflement de l’extrémité distale du fémur gauche et du grasset gauche est mis en évidence. Des craquements et une instabilité sont présents à la mobilisation.

Examens complémentaires

Au vu de la polypnée présente à l’admission, une atteinte respiratoire profonde telle que des contusions pulmonaires ou un pneumothorax est suspectée. Une radiographie thoracique est faite après injection de 0,1mg/kg de morphine par voie IM. Une zone d’opacification alvéolaire est présente au niveau du lobe crânial gauche. Ces images sont compatibles avec des contusions pulmonaires. Dans le cadre d’un bilan traumatologique complet, une échographie A-FASt1 est réalisée à l’admission puis 4 h après. Aucun épanchement abdominal n’est à signaler.

Des radiographies osseuses du fémur distal et du grasset gauche et droit, en vue de face et de profil, sont réalisées et mettent en évidence une fracture distale du fémur au niveau du cartilage de croissance, entreprenant l’épiphyse et une partie de la métaphyse distale du fémur gauche. Une légère bascule de l’épiphyse distale est présente. La fracture correspond à une fracture Salter-Harris de type II du fémur distal gauche (figures 1 et 2).Un bilan sanguin est réalisé et se trouve dans les normes.

Réanimation pré-opératoire

Le chat est mis sous perfusion de Ringer Lactate à 5 ml/kg/h. Le protocole d’analgésie pré-opératoire comprend une injection de 0,1 mg/kg de morphine toutes les 4 h et, après réhydratation, l’administration per os de méloxicam une fois par jour. Une radiographie thoracique de contrôle est faite dès le lendemain de l’admission. elle montre une nette diminution des contusions pulmonaires. L’intervention chirurgicale est donc programmée.

Intervention chirurgicale

Le protocole anesthésique et analgésique se compose d’une prémédication au diazépam (0,5 mg/kg) et à la morphine (0,1 mg/kg) puis d’une induction au propofol (dose à la demande). Le relais anesthésique gazeux volatil est un mélange isoflurane-oxygène. L’antibioprophylaxie est effectuée par une injection préopératoire d’Excenel® (30 mg/kg). L’analgésie est multimodale et apportée par l’injection de morphine au besoin (0,1 mg/kg IV) et de méloxicam (0,2 mg/kg SC). L’intervention chirurgicale est effectuée par une voie d’abord latérale du fémur distal et du grasset. La réclinaison crâniale du muscle quadriceps, caudale du muscle biceps fémoral et la luxation de la patelle médialement permettent un abord rapide du site de fracture. La réduction est maintenue par un davier à pointe. L’utilisation de broche centromédullaire de 1,2 mm est retenue ici et une technique de broches de Rush est effectuée. L’insertion se fait, en portion latérale, légèrement proximalement à l’insertion du tendon du muscle extenseur commun des doigts et au même endroit médialement. Une fois l’ancrage proximal obtenu, la stabilité du montage est évaluée. Un lavage abondant du site chirurgical est réalisé. La fermeture est effectuée plan par plan par des sutures musculaires puis des surjets sous-cutané et cutané.

Post-opératoire

Des radiographies du fémur distal, de face et de profil, sont réalisées en postopératoire immédiat. Celles-ci montrent une réduction correcte de la fracture et un placement satisfaisant des broches en Rush Pin. A noter que le croisement des broches de Rush Pin est situé au-dessus du trait de fracture. La gestion de la douleur est continuée par une injection de morphine (0,1 mg/kg IV), toutes les 4 heures. L’antibiotique (céfalexine) est répété 8 heures postopératoires par voie intraveineuse puis en prise orale (Therios®, 15 mg/kg) deux fois par jour pendant 10 jours. L’anti-inflammatoire est poursuivi 7 jours après l’intervention chirurgicale.

Suivi

L’activité a été réduite au strict minimum pendant 4 semaines après l’intervention chirurgicale. La plaie a été maintenue propre et sèche par application d’un antiseptique doux deux fois par jour. Les contrôles clinique et radiographique sont effectués à 4 et 8 semaines post-opératoires et montrent une très bonne cicatrisation osseuse déjà obtenue à 4 semaines et aucune déstabilisation du montage. L’ablation du matériel d’ostéosynthèse est conseillée au bout de 4 semaines mais est refusée par le propriétaire. Dès le contrôle à 4 semaines et lors des autres suivis aucune boiterie n’était présente.

Discussion

Lors de traumatisme, une prise en charge des fonctions vitales est nécessaire avant d’investiguer puis de traiter l’atteinte orthopédique. L’évaluation des fonctions vitales de l’animal se fait à la réception de l’animal par le système d’évaluation « ABCDE » puis lors de l’examen clinique d’urgence par le système d’évaluation « A CRASH PLAN ». Dans notre protocole de gestion d’un animal traumatisé, une radiographie thoracique de face et de profil est systématiquement effectuée pour rechercher d’éventuelles contusions pulmonaires, comme dans notre cas, mais aussi un éventuel pneumothorax, un épanchement thoracique, une hernie diaphragmatique… Une recherche systématique d’épanchement abdominal est effectué par une échographie 4 quadrants type « A-FAST »1. Dans notre cas, la présence de contusions pulmonaires a retardé de 24 heures l’intervention chirurgicale afin d’attendre la disparition radiologique de cette anomalie et surtout l’amélioration des signes cliniques.

Cinq types de fracture Salter-Harris existent et sont décrits en médecines vétérinaire et humaine. Ces atteintes se situent au niveau du cartilage de croissance et correspondent pour le type I à une atteinte de l’épiphyse seule, le type II à une atteinte de l’épiphyse et d’une partie de la métaphyse, le type III à une partie de l’épiphyse, le type IV à une partie de l’épiphyse et de la métaphyse et enfin le type V est un écrasement du cartilage de croissance. Dans ce dernier cas, la radiographie peut ne pas apporter de suspicion de cette atteinte et le diagnostic se fait alors a posteriori, après avoir constaté une épiphysiodèse. Les fractures de Salter-Harris du fémur distal les plus fréquentes chez le chat sont les fractures de type I et II comme c’est le cas ici. Bien que n’étant pas une fracture articulaire, au vu de l’âge et de la localisation, une réduction anatomique rapide et une stabilisation rigide sont nécessaires. Différentes méthodes de stabilisation existent pour ce type de fracture et celle-ci peut être réalisée par la pose de broches de Rush comme dans le cas présenté, mais aussi par l’insertion en croix ou parallèle de broches de Kirschner. Lors de présentation de fracture Salter-Harris de type II, dans laquelle une partie de la métaphyse est restée fixée à l’épiphyse distale du fémur, une vis de traction transversale peut être ajoutée au montage afin de fixer au mieux le fragment métaphysaire. Cette technique n’a pas été retenue dans notre cas compte-tenu de la faible taille du fragment métaphysaire. La durée entre l’apparition de la fracture et l’intervention chirurgicale a été relativement faible facilitant ainsi la réduction anatomique. Si la réduction n’est pas parfaite, le fragment distal peut être stabilisé en position imparfaite légèrement crâniale.

Lors de la réalisation d’une technique de broches de Rush, présentée ici, l’insertion se fait sur la surface non articulaire, latéralement et médialement au niveau des condyles. L’insertion doit être placée aussi caudalement que possible sur les condyles, au plus près des ligaments collatéraux. Dans notre cas, l’insertion est certainement trop crâniale par rapport au site d’insertion optimal. L’orientation de l’insertion des broches est proximale mais aussi crâniale, afin d’apporter une courbure contre la corticale osseuse tant sur un plan frontal que sagittal, augmentant ainsi la solidité du montage. Le suivi et les soins postopératoires sont très importants lors d’intervention chirurgicale en orthopédie. Une restriction d’activité est indispensable pendant 4 semaines postopératoires chez de jeunes patients. A cet âge-là, le temps de consolidation clinique est estimé à 2 à 3 semaines. Lorsque cette intervention est réalisée sur un très jeune animal, dont la croissance est encore très active, les broches doivent être retirées au bout de trois à cinq semaines. Dans notre cas, le chat est proche de la fin de sa croissance osseuse, ce qui a incité le propriétaire à ne pas réaliser l’ablation des broches, qui ont dans tous les cas très peu tendance à rompre ou à migrer avec le temps. En ce qui concerne le pronostic, un retour à une fonction locomotrice bonne à excellente est autour de 90 % lors d’atteinte épiphysaire. Des cas de raccourcissements fémoraux sont décrits lors d’intervention chez de très jeunes animaux chez lesquels le matériel d’ostéosynthèse n’a pas été retiré après cicatrisation osseuse.

CAS CLINIQUE

Hypothyroïdie congénitale : à propos d’un cas chez un Yorkshire de 3 ans

L’hypothyroïdie congénitale, également appelée « crétinisme », est rarement diagnostiquée chez le chien. Elle se caractérise le plus souvent par un retard de croissance ainsi que par une morphologie inhabituelle (membres et cou courts, tête large, macroglossie…). Elle peut être à l’origine de signes cliniques très variés (retard mental, hypothermie, constipation, sténose des conduits auditifs, troubles cutanés…) et n’est pas toujours associée à la présence d’un goitre. L’existence d’une transmission autosomale récessive a été mise en évidence chez les fox terriers toy et chez le rat terrier qui présentent une hypothyroïdie congénitale associée à la présence d’un goitre (déficit avéré en peroxydase thyroïdienne). (in l’Essentiel n°368)

Gipsy, une chienne yorkshire terrier stérilisée de 3 ans, est référée pour exploration d’une anomalie des voies respiratoires supérieures. Une consultation d’urgence a été motivée 15 jours plus tôt chez le vétérinaire traitant par l’apparition de difficultés respiratoires aiguës. Les crises de dyspnée inspiratoire sont caractérisées par une respiration bruyante et difficile durant le sommeil. Des radiographies thoraciques ont révélé un collapsus trachéal. La chienne reçoit actuellement de la prednisolone à 1 mg/kg/jour (Microsolone® ) et du furosémide à 2 mg/kg/jour (Dimazon® ) prescrits à cette date. Malgré le traitement, aucune amélioration clinique n’a été constatée. Par ailleurs, elle présente un très net retard de croissance par rapport aux autres chiens de sa portée. Elle pèse 2,3 kg. L’animal n’a jamais aboyé, ce qui a toujours étonné ses propriétaires. La chienne n’est pas intolérante à l’effort. Elle ne présente aucun autre antécédent.

Examen clinique

L’examen clinique à distance révèle un animal de petit format, qui présente une surcharge pondérale modérée, des membres courts et une tête un peu large. L’animal est normotherme. L’auscultation cardiaque et pulmonaire est sans anomalie. Un sifflement inspiratoire est audible à l’auscultation de la trachée. Une toux est déclenchable à la palpation du larynx et de la trachée. Une gêne importante est objectivée lors de la palpation du larynx. L’examen nous oriente ainsi vers une atteinte des voies respiratoires supérieures (hormis les cavités nasales).

Diagnostic différentiel des atteintes des voies respiratoires supérieures (larynx et trachée extrathoracique)

Principales causes d’atteintes laryngées chez le chien :

hypoplasie congénitale ;

paralysie (myopathie ou polyneuropathie périphérique d’origine hormonale, idiopathique, paranéoplasique, dégénérative agissant sur les muscles ou l’innervation du larynx, affection du nerf laryngé récurrent par une masse médiastinale (abcès, tumeur), traumatisme laryngé dû à une morsure, une blessure ou à la présence d’un corps étranger vulnérant) ;

collapsus (toute origine) ;

infection (abcès…) ;

masses et nodules (tumeurs, polypes…) ;

oedème laryngé (toute origine).

Principales causes d’atteintes trachéales chez le chien :

collapsus ;

sténose (congénitale, cicatricielle) ;

compression intra ou extra-luminale (néoplasie, abcès, corps étranger…).

Examens complémentaires

Une endoscopie des voies respiratoires supérieures révèle un défaut d’abduction des deux cartilages aryténoïdes laryngés associé à un mouvement paradoxal de ces deux cartilages lors de l’inspiration. Aucune autre anomalie n’est observée. L’examen de la trachée et des premières voies bronchiques est normal. L’examen de l’oesophage met en évidence une dilatation anormale de ce dernier, évoquant un mégaoesophage. La présence d’une paralysie laryngée est donc objectivée, créant une gêne majeure au passage de l’air dans la trachée. Il est donc probable que le collapsus trachéal suspecté soit fonctionnel lors de la phase inspiratoire. Néanmoins, une anomalie primaire de la trachée ne peut être exclue avec certitude. Une absence de contraction du muscle cricoaryténoïdien dorsal est donc fortement suspectée, liée dans la très grande majorité des cas à une atteinte neurologique du nerf laryngé récurrent.

Des radiographies thoraciques (vue de face, projection ventro-dorsale ; vue de profil droit) ont été réalisées avec anesthésie générale. Une déviation ventrale de la trachée ainsi qu’une délimitation anormale des muscles longs dorsaux ont été objectivées sur la vue de profil confirmant la présence d’un méga-oesophage suspecté lors de l’endoscopie. A ce stade, les résultats des examens complémentaires sont en faveur d’une polyneuropathie périphérique avec une paralysie laryngée et un méga-oesophage.

Recherche de l’origine de la polyneuropathie

Un bilan biologique révèle une anémie modérée non régénérative. La concentration en T4 totale est de 7 nmol/l donc basse (valeurs normales comprises entre 13 et 51 nmol/l). La thyroxine libre est de 5,3 pmol/l (valeurs normales comprises entre 7,7 et 47,6 pmol/l) et la TSH est de 0,07 ng/ml (valeur usuelle inférieure à 0,5 ng/ml). Un scanner corps entier est réalisé afin d’exclure une éventuelle néoplasie qui pourrait être à l’origine d’une atteinte du nerf laryngé récurrent ou d’un phénomène paranéoplasique. Il ne révèle aucune anomalie. Un dosage des anticorps anti-récepteurs d’acétylcholine est réalisé et négatif (0,03 nmol/l donc inférieur strictement à 0,6 nmol/l). Un dosage des anticorps anti-nucléaires est également effectué et est négatif. Dans ce contexte clinique, l’hypothèse d’une hypothyroïdie congénitale est privilégiée pour expliquer la polyneuropathie périphérique.

Diagnostic et traitement

Compte tenu de l’anamnèse, de la clinique et de l’ensemble des résultats des examens complémentaires, un diagnostic d’hypothyroïdie congénitale est établi. Le traitement initial (prednisolone, furosémide) a été interrompu. La chienne reçoit 20 μg/kg/jour de lévothyroxine en une prise à heure fixe. Un contrôle de la T4 est prévu 15 jours plus tard. Deux semaines après la mise en place de la supplémentation en hormone thyroïdienne, la valeur de la T4 est normalisée. La chienne présente une nette amélioration clinique. Elle n’a plus fait de crise de dyspnée durant son sommeil et le cornage est moins marqué. Elle parvient désormais à aboyer. Elle est également plus dynamique selon ses propriétaires. Après 3 mois de traitement, l’état général de l’animal est stable, un léger cornage persiste de façon transitoire quand l’animal dort ou lors d’un exercice très prolongé. Il n’affecte pas la qualité de vie de la chienne. La complémentation en hormone thyroïdienne est toujours de 20 μg/kg/jour et les propriétaires effectuent des contrôles réguliers de la T4 chez leur vétérinaire traitant. Une endoscopie de contrôle a été proposée mais refusée dans un premier temps par les propriétaires.

Discussion

Quelle est l’originalité de ce cas et du diagnostic ? L’hypothyroïdie congénitale est une maladie rare chez le chien. Le diagnostic tardif, établi avec des moyens simples et la présentation clinique atypique chez cette chienne font l’originalité de ce cas. La présence d’un collapsus trachéal secondaire à la paralysie laryngée est également à souligner. L’inspiration engendre une dépression qui, en présence de la paralysie laryngée, induit un collapsus trachéal secondaire. Enfin, la réponse au traitement est positive et rapide chez cette chienne. En effet, elle n’a plus présenté de crises de dyspnée après la mise en place du traitement et après 15 jours de complémentation, elle est parvenue à aboyer pour la première fois. Selon ses propriétaires, la chienne est vive, dort moins et sa qualité de vie n’est pas altérée.

Quelles sont les limites des examens complémentaires réalisés ? La valeur de TSH obtenue est dans les valeurs usuelles. Néanmoins, 13 à 38 % des animaux hypothyroïdiens ont une valeur de TSH normale. Dans certains cas douteux, il peut être nécessaire d’effectuer une recherche d’anticorps anti-thyroglobuline ou un dosage de T4 en dialyse à l’équilibre, ce qui n’a pas été réalisé ici compte tenu du contexte clinique fortement évocateur. Comme cela est décrit chez l’homme, il semblerait que chez le chien, 30 à 50 % (voire plus de 50 % selon Ettinger1) des patients atteints d’une myasthénie localisée (mégaoesophage et/ou atteinte des muscles faciaux, laryngés ou pharyngés sans atteinte locomotrice) soient séronégatifs lors du dosage des anticorps anti-récepteurs d’acétylcholine. L’administration de glucocorticoïdes peut également diminuer le nombre d’anticorps anti-récepteurs d’acétylcholine. Toutefois, compte tenu du contexte clinique, nous avons exclu cette hypothèse diagnostique avec quasi certitude.

Faut-il espérer une amélioration clinique grâce à la supplémentation en hormone thyroïdienne ? La réponse au traitement des chiens hypothyroïdiens présentant un mégaoesophage ou une paralysie laryngée a montré des résultats variables. Une description de 4 cas portant sur des chiens hypothyroïdiens présentant un mégaoesophage a permis de mettre en évidence une légère amélioration clinique chez 3 chiens et une résolution totale chez le quatrième grâce à la supplémentation en hormone thryroïdienne. Néanmoins, l’examen radiographique a révélé la persistance d’un mégaoesophage chez les 4 chiens après deux mois de supplémentation. Dans une autre description de cas, 1 chien sur les 4 atteints d’hypothyroïdie associée à un méga-oesophage a eu une résolution clinique et radiographique complète 3 mois après le début du traitement. Le méga-oesophage n’est pas réapparu à l’arrêt de la supplémentation.

Dans une étude portant sur 66 chiens hypothyroïdiens, la paralysie laryngée a été mise en évidence chez 5 d’entre eux. De plus, chez 2 d’entre eux, aucune amélioration n’a pu être constatée grâce au traitement. La supplémentation en hormone thyroïdienne n’améliore donc pas toujours les signes respiratoires chez les chiens hypothyroïdiens, alors que les signes typiques de polyneuropathie, comme la faiblesse, s’améliorent. L’hypothèse la plus probable est que le diagnostic est établi tardivement alors que l’atrophie du muscle cricoaryténoïdien dorsal est déjà irréversible. Une étude a montré que les chiens présentant une paralysie laryngée ont 21 fois plus de risque d’avoir un mégaoesophage que le groupe contrôle. La présence d’un méga-oesophage semble également assombrir le pronostic. L’option chirurgicale est envisageable chez des animaux présentant une paralysie laryngée secondaire à une hypothyroïdie. Elle sera proposée si l’animal ne répond pas à la supplémentation en hormone thyroïdienne après 8 semaines de traitement et si sa qualité de vie est altérée. Il existe de nombreuses techniques chirurgicales décrites. Celle qui est privilégiée à l’heure actuelle est la latéralisation du cartilage aryténoïde.

CAS CLINIQUE

Intoxications par les champignons : mise au point à propos d’un cas

Les intoxications par les champignons chez les animaux sont nettement moins fréquentes que chez l’homme, mais elles ne sont pas exceptionnelles. Ce cas clinique nous permet de rappeler lesquelles sont les plus habituelles, ainsi que la conduite à tenir face à de tels cas. (in l’Essentiel n°368)

Fin octobre à Dinard (35), un chiot golden retriever est surpris en train de vomir des champignons. Les propriétaires notent alors une excitation inhabituelle de l’animal, des modifications de son comportement ainsi que des troubles de la vision. ils l’emmènent donc immédiatement chez le vétérinaire.

Examen clinique

A l’examen clinique, on note effectivement de l’agitation, de l’amaurose, ainsi que des tremblements et une marche sur le cercle. La température est normale et il n’y a pas d’anomalies cardiorespiratoires. L’anamnèse relatant leur ingestion certaine peu avant l’apparition des signes, le diagnostic d’intoxication par des champignons est avancé. Le chiot est hospitalisé et dans les heures qui suivent présente un état d’abattement. il reçoit une injection de dexaméthasone (Dexazone® ), puis est laissé au calme sous perfusion de solution de chlorure de sodium isotonique. L’amélioration est rapide dans les heures qui suivent, le chiot mange et les signes nerveux s’estompent, avec néanmoins la persistance d’un abattement modéré. Le lendemain, les signes ont totalement disparu et le chiot rentre chez lui.

Un diagnostic difficile

Lorsque l’ingestion de champignons a été observée par le propriétaire ou, comme chez ce jeune chien, est connue par l’observation des vomitats, l’hypothèse d’une intoxication vient aisément à l’esprit. Mais ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut, et le diagnostic d’une intoxication par les champignons chez les animaux est souvent difficile lorsqu’il ne peut se baser que sur des signes cliniques. La présence de champignons dans le jardin, les lieux de promenade ou dans les prés où pâturent les herbivores est banale et l’identification des espèces est délicate. On peut rencontrer en France plusieurs dizaines d’espèces de champignons dangereux, de toxicité variée, sans lien avec la classification mycologique ni le biotope.

Plusieurs syndromes

Du point de vue toxicologique, on les regroupe donc en syndromes, dont la détermination repose d’abord sur le délai d’apparition des premiers symptômes. Lorsque ceux-ci apparaissent de façon retardée par rapport à l’ingestion, c’est-à-dire environ 6 à 12 h plus tard, il faut penser au syndrome phalloïdien et au syndrome orellanien. Le premier correspond à l’évolution d’une hépatite aiguë cytolytique et est provoqué en particulier par l’amanite phalloïde (Amanita phalloides), l’amanite vireuse (A.virosa), l’amanite printanière (A.verna), le lépiote brun incarnat (Lepiota brunneoincarnata) ou la galère marginée (Galerina marginata). Le second est caractérisé par une insuffisance rénale aiguë et fait suite à l’ingestion de différentes espèces de cortinaires (Cortinarius sp). L’un et l’autre sont de pronostic très réservé. Lorsque les signes cliniques apparaissent rapidement (dans les 3 h suivant l’ingestion), les principaux syndromes rencontrés sont les syndromes résinoïdien, muscarinique et atropinien. Le premier est le plus banal et le moins grave, il est lié à une gastro-entérite par irritation de la muqueuse digestive provoquant vomissements et diarrhée.

Les champignons responsables sont nombreux, on peut citer les amanites comestibles consommées crues, le bolet de satan (Boletus satanas), l’entolome livide (Entolomas lividum), l’agaric jaunissant (Agaricus xanthoderma)… et divers autres champignons communs.

Le syndrome muscarinique est observé après ingestion de divers inocybes et clitocybes, qui renferment de la muscarine, substance à action voisine de l’acétylcholine. Les symptômes correspondent aux troubles liés à un hyperpéristaltisme et une hypersécrétion généralisée : salivation, jetage, larmoiement, vomissements, diarrhée, encombrement bronchique, avec myosis et bradycardie. Ce tableau est donc très voisin de celui rencontré lors d’intoxication par les insecticides organophosphoréscarbamates et le traitement repose également sur l’injection d’atropine ou de glycopyrrolate. Le syndrome atropinien (ou panthérinien) est d’expression neuro-psychique et c’est celui auquel on peut penser dans le cas présenté ici.

Syndrome atropinien

Il peut être causé par l’ingestion de champignons tels que la bien connue amanite tue-mouches (A. muscaria), l’amanite panthère (A. pantherina) ou encore l’amanite jonquille (A.gemmeta ou junquillea), qui affectionnent les sous-bois des régions tempérées sur divers continents. Ces champignons ne renferment pas d’atropine, mais de l’acide iboténique et du muscimol, qui présentent une analogie structurale avec l’acide glutamique et le GaBa, ce qui peut expliquer en grande partie le tableau observé, voisin de celui rapporté lors de surdosage d’atropine : d’abord excitation, désorientation, hallucinations, mydriase, ataxie, tremblements et parfois convulsions, puis dans une deuxième phase prostration et somnolence. L’ingestion de ces champignons, en particulier d’amanite tue-mouches, peut entraîner également des nausées et des vomissements qui apparaissent très rapidement. Le pronostic du syndrome atropinien est généralement favorable lors de détection et prise en charge précoce et la rémission totale des symptômes survient en 24-48 h, ce qui a bien été le cas chez le jeune Golden présenté.

Le traitement à mettre en place est éliminatoire et symptomatique. il faut respecter les vomissements s’ils sont précoces, car ils permettent d’évacuer des morceaux de champignons. si l’animal ne vomit pas, on peut administrer du charbon activé qui limitera la résorption des toxines (0,5 à 1 g/kg). Pour lutter contre les convulsions, on utilisera de préférence les benzodiazépines (diazépam, midazolam). si l’on doit faire appel aux barbituriques (phénobarbital), il est conseillé de le faire sous monitoring respiratoire en raison de leur action synergique sur les récepteurs GaBa, qui peut entraîner une dépression respiratoire.

Le CaPaE-Ouest enregistre chaque année une vingtaine d’appels à propos de champignons et dans 9 cas sur 10 ces appels concernent le chien. il s’agit le plus souvent de suspicion d’intoxication par des champignons non précisés. Les cas pour lesquels les champignons ont pu être identifiés concernent principalement les amanites phalloïdes et tue-mouches et de façon accessoire quelques inocybes, psylocybes et panéoles. Les doses toxiques des champignons sont difficiles à préciser et les quantités ingérées par les animaux sont rarement connues. Les cas avérés d’intoxication animale par les champignons sont peu nombreux dans la littérature ; les raisons en sont sûrement la difficulté de diagnostic, car le tableau clinique est peu spécifique et les possibilités de confirmation analytique sont très limitées. Seules quelques toxines bien identifiées peuvent être mises en évidence dans des laboratoires spécialisés, comme par exemple l’amanitine de l’amanite phalloïde que l’on peut retrouver dans l’urine. La confirmation repose donc plutôt sur l’identification du champignon, à condition de le retrouver et de le reconnaître, mais tous ne sont pas aussi caractéristiques que l’amanite tue-mouche…

SYNTHESE

Prévalence d’uretères rétro-caves et de veine cave caudale double chez le chat : une étude rétrospective

La prévalence d’uretères rétro-caves (en anglais circumcaval ureters) et de veine cave caudale double a été évaluée chez 301 chats par Bélanger et coll. dans l’American Journal of Veterinary Research. Les auteurs se penchent sur la signification de ces anomalies et sur leur incidence éventuelle sur la santé des animaux porteurs. (in l’Essentiel n°366)

Lors d’uretère rétro-cave, l’uretère droit décrit un trajet anormal, qui passe en « S » en arrière de la veine cave au niveau de L4. Cette malformation serait liée à une anomalie congénitale du développement de la veine cave inférieure. De façon comparable, une altération du développement artériel ferait passer l’uretère en arrière de l’artère iliaque en L5 (uretère rétro-iliaque).

Rappels anatomiques

Les uretères prennent leur origine dans le pelvis rénal, puis ils courent caudo-ventralement et médialement dans l’espace rétropéritonéal et se terminent au niveau de la vessie.

L’uretère droit suit un trajet étroitement associé à la veine cave.

L’uretère rétro-cave (ou circumcaval) présente les caractéristiques suivantes :

– il passe dorsalement à la veine cave ;

– en raison d’une anomalie de développement atteignant la veine cave caudale (CVC), impliquant la veine caudale cardiale droite du système embryonnaire veineux, celle-ci persiste après la naissance au lieu de subir une dégénérescence. Cela pousse alors l’uretère pendant sa migration en le prenant au piège. C’est alors que l’uretère rétro-cave se développe ;

-en médecine humaine, il est observé lors d’une naissance sur 100, presque exclusivement sur le c.t. droit. Un uretère rétro-cave a été rapporté en association avec un situs inversus viscerum. Le rapport lié au sexe (homme/femme) est de 2/1 ;

– en médecine féline, l’uretère sort du rein et présente un trajet rétro-péritonéal jusqu’à la vessie. Il entre avec un angle aigu à la surface dorsale de la vessie, puis forme un tunnel dans la paroi musculaire et s’ouvre dans la lumière vésicale ;

– en médecine des animaux de compagnie, les uretères rétro-caves ont selon la litt.rature une incidence faible. Ils ont été décrits chez 2 chiens et 5 chats : 2 femelles bouvier bernois chez lesquelles ils étaient associés, pour 1 cas, à un hydro-uretère et à une hydronéphrose. Chez 4 des 5 chats, on avait un uretère rétro-cave droit, et chez tous on observait une obstruction urétérale au niveau du segment proximal, à quelques centimètres crânialement à l’endroit où la veine cave croisait l’uretère.

Population étudiée

301 cadavres de chats euthanasiés vers l’âge de 3 ans dans un refuge au Canada.

Les cadavres furent examinés pour les variations anatomiques des uretères et de la veine cave. Chez ceux qui présentaient un uretère rétro-cave les examens suivants furent effectués :

– mesures de la longueur, largeur et épaisseur du rein ;

– examen macroscopique des uretères pour évaluer une évidence nette d’obstruction urétérale.

Résultats :

– on n’observe pas de prédilection associée au sexe pour les anomalies anatomiques observées ;

– 35,2 % (n = 106) des 301 chats avaient au moins un uretère rétro-cave !

– Uretère rétro-cave droit chez 92 des 106 chats (30,6 %). La longueur moyenne du rein droit était plus grande que celle du rein gauche. Chez les chats avec un uretère rétro-cave droit, la longueur moyenne du rein droit .tait de 4,39 Å} 0,53 cm et celle du rein gauche de 4,16 Å} 0,61 cm.

– Uretère rétro-cave gauche chez 4 des chats (1,3 %).

– Uretères rétro-caves bilatéraux chez 10 chats (3,3 %).

– Aucun de ces chats ne présentait les anomalies suivantes : hydronéphrose, dilatation du pelvis rénal, dilatation de l’uretère proximal à l’endroit où il encercle partiellement la veine cave.

– 7,0 % (21 chats des 301 chats avaient une double veine cave caudale. Chez deux chats atteints, cette dernière anomalie fut la seule anatomiquement identifiée.

Les auteurs concluent que la prévalence d’un uretère rétro-cave est élevée chez le chat. Les chirurgiens doivent être informés de cette variation anatomique lorsqu’ils réalisent des interventions comme néphrectomie, uretérostomie, transplantation rénale.

SYNTHESE

La cryptosporidiose : évaluer le risque zoonotique

Les coccidies du genre Cryptosporidium sont des agents pathogènes digestifs fréquemment retrouvés dans les populations humaines ou animales. Plutôt de bon pronostic chez les immunocompétents, la cryptosporidiose se révèle particulièrement dangereuse chez les humains immunodéprimés. Bien que la possession de chiens et de chats ne semble pas être un élément majeur de risque pour les propriétaires, des précautions hygiéniques doivent être prises en cas de cryptosporidiose avérée chez un animal de compagnie et plus particulièrement dans un foyer hébergeant un individu immunodéprimé. (in l’Essentiel n°365)

Les deux espèces les plus souvent incriminées lors d’épidémies de cryptosporidiose chez l’homme sont C. hominis (dont l’hôte principal est l’homme) et C. parvum (dont les hôtes principaux sont les ruminants et l’homme). L’espèce C. parvum peut aussi parasiter le chien et le chat, mais cela reste rare. En effet, dans ces espèces, ce sont respectivement C. canis et C. felis qui sont les principales sources d’infection. Cryptosporidium canis et C. felis ont été également retrouvés chez l’homme, mais cela semble anecdotique, certains auteurs mettant même en doute le pouvoir pathogène de C. canis pour les humains. Les principales sources de contamination zoonotiques sont donc les ruminants (en particulier les bovins), le risque lié aux chiens et aux chats apparaissant très faible chez l’humain immunocompétent. Par contre il faut considérer que les carnivores domestiques atteints de cryptosporidiose présentent un risque sanitaire réel pour les humains souffrant de déficit immunitaire.

La cryptosporidiose chez le chien et le chat : épidémiologie

Quelle que soit l’espèce hôte, la contamination par les cryptosporidies se fait par voie oro-fécale : ingestion d’eau et d’aliments contaminés, léchage des congénères ou des surfaces. Le comportement maternel de toilettage des carnivores domestiques favorise la contamination des jeunes animaux. La forme infestante des cryptosporidies est l’oocyste, éliminé en grand nombre dans les selles des animaux malades. Ces oocystes sont extrêmement résistants dans le milieu extérieur et restent infestants après un séjour de plusieurs mois dans de l’eau douce ou de l’eau de mer. Ingérés par l’hôte, les oocystes libèrent des sporozoïtes dans la lumière intestinale. Ces sporozoïtes gagnent les cellules de l’épithélium de l’intestin grêle et y forment des vacuoles parasitophores. Il s’en suit une phase de réplication asexuée, puis de multiplication sexuée aboutissant rapidement à la formation de très nombreux oocystes. Certains d’entre eux, lysés dans la lumière intestinale, sont source d’auto-infection. La sommation des différentes phases de multiplication et la possibilité d’auto-infection permet la génération d’un nombre très élevé d’oocystes. Les oocystes éliminés dans les selles sont directement infectants (figure 1). La période prépatente est de 2 à 14 jours pour C. canis et de 3 à 7 jours pour C. felis. La période patente (c’est-à-dire la période d’excrétion d’oocystes) est de 48 à 116 jours chez le chat et de 21 à 88 jours chez le chien. La prévalence de la cryptosporidiose chez le chien et le chat en France est mal connue. Une étude de 1989 a montré une prévalence de 10 % chez le chien (Chermette et Blondel), mais une autre étude de 2008, menée dans des élevages, n’a pas permis de mettre en évidence des cryptosporidies. Les différentes études épidémiologiques publiées n’ont montré aucune différence de prévalence entre les chiens vivant seuls et ceux vivant en collectivité.

Signes cliniques et diagnostic

La cryptosporidiose est le plus souvent asymptomatique chez les carnivores domestiques. Cependant chez les jeunes animaux ou chez les animaux souffrant d’une immuno-dépression, elle pourrait être à l’origine d’une diarrhée de l’intestin grêle, parfois accompagnée d’hyperthermie, de vomissements, de troubles de la prise alimentaire et d’une perte de poids. La diarrhée peut durer plusieurs jours, plus rarement plusieurs semaines. Il semble que les chatons soient en général plus symptomatiques que les chiots. Chez le chat, C. felis est parfois responsable d’une gastrite chronique. Le diagnostic définitif nécessite le recours à des examens complémentaires sur prélèvement de selles. L’excrétion d’oocystes étant parfois intermittente, il est conseillé, en cas de résultat négatif, de refaire l’examen 15 jours plus tard.

L’examen complémentaire de choix était jusqu’à présent la coloration de Zielh-Neelsen sur frottis fécal, éventuellement après flottaison et enrichissement par centrifugation. Les oocystes colorés en rouge se distinguent nettement des fèces de couleur bleu-vert. Cet examen ne permet pas l’identification d’espèce.

Des tests rapides pour la détection des antigènes fécaux semblent sensibles mais peu spécifiques.

Les techniques de PCR sont à la fois sensibles et spécifiques. Elles peuvent donner une évaluation quantitative de la charge parasitaire et permettre une identification d’espèce.

Traitement

L’infection évoluant vers la guérison spontanée, particulièrement chez le chat, il est recommandé de s’en tenir au traitement symptomatique de la diarrhée : réhydratation, pansement intestinal, antispasmodiques. Une antibiothérapie est préconisée par certains auteurs lors de cas rebelles. L’usage parfois décrit de la paromomycine hors AMM est à proscrire, car il expose à un risque élevé d’insuffisance rénale. L’azithromycine hors AMM pourrait être un recours dans les cas où un traitement purement symptomatique serait insuffisant. Il faut garder à l’esprit que le pouvoir pathogène des cryptosporidies n’étant pas clairement défini chez les carnivores domestiques, une diarrhée rebelle observée chez un animal excréteur de cryptosporidies peut être causée par un tout autre agent pathogène (ou avoir une origine non infectieuse…).

Prévention des contaminations

En France, la prévention des contaminations humaines et animales à la maison repose sur des mesures générales d’hygiène :

retrait des déjections animales de l’environnement et protection des aliments et des sources d’eau potable ;

respect des règles d’hygiène élémentaires par les propriétaires d’animaux : lavage des mains après manipulation des animaux, interdiction des lits, interdiction du léchage du visage. Si un animal de compagnie a été diagnostiqué positif à la cryptosporidiose, ces règles seront renforcées : port de gants et de blouse pour les soins.

limitation des contacts entre les humains immuno-déprimés et les chiens et chats en général et tout particulièrement les jeunes animaux plus susceptibles d’être contaminants.

en cas de risque de contamination avéré, destruction des oocystes dans l’environnement. Ceux-ci sont sensibles à la chaleur (1 mn à 72 °C ou 5 mn à 64 °C) ainsi qu’à certaines substances chimiques en contact prolongé (ammoniaque à 5 %, formol à 10 %, eau oxygénée) . Il existe dans le commerce des désinfectants d’élevage revendiquant une efficacité sur les cryptosporidies. Leur emploi n’est pas toujours aisé à la maison et leur intérêt doit être mis en balance avec leur toxicité potentielle.

SYNTHESE

Prurit : comment le quantifier ?

Le prurit est défini comme une « sensation désagréable entraînant le désir de se gratter ». Il s’agit du premier motif de consultation en dermatologie vétérinaire. Son intensité est très variable, en fonction de la dermatose (certaines maladies sont considérées comme peu prurigineuses- démodécie ou dermatophytose par exemple ; d’autres comme très prurigineuses- gale sarcoptique par exemple) mais également en fonction de la personne qui l’évalue… Le prurit est en outre une cause majeure de perte de qualité de vie, à la fois pour le chien et pour son propriétaire. (in l’Essentiel n°364)

Il apparaît donc opportun de pouvoir quantifier le plus précisément possible l’intensité et plus globalement les caractéristiques de ce symptôme, afin de pouvoir décider du traitement adapté et aussi afin de pouvoir objectivement évaluer son amélioration suite à la thérapeutique. Chez l’homme, de nombreux scores ont été proposés, utilisant des techniques objectives qui permettent de quantifier l’intensité du prurit (accéléromètres, actigraphie, polysomnographes, caméras vidéos) et des techniques subjectives (échelles verbales, échelles numériques, échelles catégorielles, questionnaires) qui permettent de quantifier les caractéristiques du prurit. Un récent consensus a été proposé par une société savante (international Forum for the Study of itch). Malheureusement, aucun score de prurit fiable à 100 % n’est à l’heure actuelle disponible dans la littérature vétérinaire…

Recommandations de l’IFSI

Chez l’homme, une revue consensuelle récente s’est intéressée à comparer les différentes techniques d’évaluation du prurit pour recommander celles qui sont les plus adaptées aux essais cliniques. Le constat est que très peu de scores ont été validés et que des études supplémentaires sont nécessaires… toutefois, ce groupe d’experts propose comme outils de référence : les échelles d’intensité du prurit, l’évolution du prurit (ex : le nombre de jours sans démangeaison, le nombre d’heures de démangeaisons quotidiennes, le degré de prurit, etc.), l’index de bénéfice ressenti par le patient, l’index de qualité de vie, les conséquences du prurit (anxiété, dépression et troubles du sommeil) et des mesures quantitatives (actigraphie…).

Scores de prurit en médecine vétérinaire

De nombreux moyens de quantification du prurit ont été utilisés dans la littérature vétérinaire (graduations numériques, critères de gravité, graduations analogiques). Toutefois, le seul score ayant réellement été étudié et validé est une échelle analogue visuelle (Hill et al., Vet Dermatol 2007), représentée dans la figure ci-dessus. Cette échelle est un moyen composite d’évaluer le prurit, mélangeant un système analogique visuel et des critères catégoriels. Il s’agit d’un outil qui a démontré sa facilité d’utilisation, son efficacité et qui apparaît reproductible. Cette échelle a par la suite été comparée à une échelle numérique et a démontré sa supériorité et sa capacité à discriminer les dermatoses prurigineuses par rapport à celles qui ne le sont pas (Rybincek et al. Vet Dermatol 2008). Les scores obtenus permettent en outre d’évaluer efficacement l’amélioration obtenue après traitement. Ils ne peuvent toutefois pas être utilisés de façon continue (i.e. un chien qui présente un prurit côté à 8 n’est pas nécessairement deux fois plus atteint qu’un chien côté à 4). Récemment, une équipe française s’est intéressée à la caractérisation du prurit dans diverses dermatites allergiques et a proposé un score composite de prurit intéressant prenant en compte une quantification par le propriétaire et une cotation par le vétérinaire en fonction de données d’intensité, de fréquence et de localisation (Bruet et al. Vet Dermatol 2013). Cette méthode de quantification n’a toutefois pas été validée.

Scores associés

Des études récentes se sont penchées sur la qualité de vie des propriétaires ou des chiens présentant un prurit. Elles se sont toutes intéressées au prurit. Sans le quantifier réellement, les scores de qualité de vie sont clairement corrélés au niveau de prurit exprimé par le chien, tant pour lui-même que pour son propriétaire.

Recommandations pour le futur

Il est clair qu’une uniformisation des moyens de quantifier et de caractériser le prurit est nécessaire en médecine vétérinaire. Un groupe de travail de l’ICADA (International Committee for Allergic Diseases of Animals) a récemment été constitué afin de mettre en place des essais visant à harmoniser un système de cotation dans un futur proche.

SYNTHESE

Le chien brachycéphale : anesthésie et gestion de la détresse respiratoire

Les bouledogues et autres carlins sont des chiens de plus en plus fréquents en pratique canine car très à la mode. Or, les modifications morphologiques appréciées chez ces chiens sont à l’origine de nombreuses affections chroniques invalidantes. A l’occasion du dernier congrès national de l’AFVAC, les Drs Luca Zilberstein et Céline Pouzot-Nevoret ont fait le point sur la gestion d’une dyspnée aiguë chez le chien brachycéphale. (in l’Essentiel n°365)

Un brachycéphale présenté en détresse respiratoire aiguë suite à une décompensation brutale de difficultés respiratoires chroniques est une urgence. le chien présente une dyspnée intense, les muqueuses sont cyanosées, le chien est stressé (ses propriétaires également), des syncopes sont possibles. La sélection génétique appliquée aux brachycéphales a entraîné une disproportion entre le squelette facial et les tissus mous : la langue est trop volumineuse, le palais mou trop long, la trachée souvent très étroite.

D’autre part, la cage thoracique est petite, les chiens brachycéphales sont volontiers obèses et les poumons ont peu de place pour se déployer. le volume résiduel pulmonaire est donc faible et les apnées sont très mal supportées chez ces chiens. enfin, pour pallier l’insuffisance d’oxygénation chronique et/ou en cas de stress, le chien respire plus vite, ce qui demande chez le brachycéphale un effort musculaire donc une augmentation de la température corporelle. Pour évacuer la chaleur, le chien doit respirer plus vite encore, ce qui finit par provoquer un collapsus trachéal.

Rompre le cercle vicieux

Pour gérer au mieux la dyspnée, la première chose à faire est d’anesthésier le chien pour suppléer sa respiration inefficace. L’anesthésie est en effet le seul moyen d’arrêter le cercle vicieux, en stoppant les efforts respiratoires, le stress et l’hyperthermie. Pendant la préparation du matériel nécessaire, le chien est placé sous oxygène grâce à une sonde nasale par exemple, en évitant les cages à oxygène mal ventilées. La sédation est essentielle car elle va rapidement diminuer le stress du chien. on utilise au choix la médétomidine (1-5 mg/kg/heure/IV) qui présente l’avantage d’avoir un antidote, la lidocaïne (50 mg/kg/minute/IV) ou le butorphanol (jusqu’à 0,1 mg/kg/heure/IV) en perfusion continue. L’utilisation d’acépromazine (0,03 mg/kg) est possible mais sa durée d’action longue peut être gênante. L’induction de l’anesthésie se fait par voie intraveineuse (kétamine, alfaxan, propofol, etc.), le plus important étant de pouvoir rapidement intuber l’animal et le mettre sous oxygène via la sonde endotrachéale. L’anesthésie est poursuivie grâce à un anesthésique volatil (iso/sévoflurane) ou en perfusion continue (butorphanol 0,1 mg/kg/heure ou propofol 0,6 mg/kg/minute). L’oxygénation doit être active par ballonnement pour augmenter l’oxygénation alvéolaire et soulager le travail respiratoire. Des corticoïdes sont administrés par voie intraveineuse (dexaméthasone) pour diminuer l’inflammation des voies respiratoires supérieures. L’éphédrine en spray au niveau du larynx entraîne une vasoconstriction périphérique et diminue l’inflammation locale. Si les sécrétions trachéo-bronchiques sont trop importantes, on injecte de l’atropine ou du glycopyrrolate. La température corporelle est surveillée et le chien est refroidi si besoin.

Gérer le réveil

Qu’il s’agisse d’un chien anesthésié pour une chirurgie de convenance, une césarienne ou suite à une dyspnée, le réveil est une période critique. En effet, les chiens brachycéphales ont fréquemment des gastrites et oesophagites chroniques qui favorisent les vomissements et régurgitations au moment du réveil. L’agitation, le stress de l’animal au réveil peuvent induire une crise dyspnéique, d’autant plus que le larynx est le siège d’une inflammation (sonde endotrachéale, chirurgie du voile du palais). Le réveil doit donc se faire au calme, sous surveillance étroite. Pour anticiper les complications au retrait de la sonde, il faut être prêt à rendormir le chien si besoin. Le matériel doit être à portée de main : anesthésique, sonde trachéale, source d’oxygène.

Avant de retirer la sonde, on aspire les sécrétions qu’elle contient et on peut mettre une sonde nasale de façon à continuer à oxygéner le patient pendant et après le retrait de la sonde. Une fois que la sonde est retirée, le chien est placé en position sternale, tête surélevée, gueule ouverte, langue tirée pour dégager au maximum les voies respiratoires. Pour limiter l’inflammation du larynx, de la dexaméthasone à dose anti-inflammatoire est administrée. Les corticoïdes locaux en spray (Flixotide® en pharmacopée humaine par exemple) sont très efficaces, notamment après un raccourcissement du voile du palais (une pression au moment de l’extubation puis toutes les 1 à 4 heures). Le chlorure de sodium hypertonique en inhalation a une action anti-oedémateuse et anti-inflammatoire et améliore le fonctionnement de l’appareil mucociliaire.

Prévenir les troubles digestifs

Lors de syndrome brachycéphale, 97 % des chiens présentent également des troubles digestifs chroniques (gastrite, oesophagite). Il est donc essentiel de prévenir et traiter ces troubles après toute anesthésie et toute chirurgie en prescrivant, pendant une quinzaine de jours, un gastrokinétique (métoclopramide) ou un anti-émétique (maropitant) si les vomissements sont importants, un anti-acide (cimétidine, oméprazole), un pansement gastrique (sucralfate, sulfate d’aluminium, alginate de sodium) et des corticoïdes (prednisolone). L’anesthésie du chien brachycéphale, en détresse respiratoire ou pour une chirurgie, ne doit plus être une source de stress pour le praticien. Il faut être prêt à agir et à réagir et ne pas hésiter à (r)endormir l’animal si celui-ci n’est pas capable de respirer correctement.

SYNTHESE

Infections respiratoires bactériennes : quel antibiotique en première intention ?

Quel antibiotique choisir en cas d’infection respiratoire profonde ? C’est la question à laquelle tentent de répondre Rheinwald et coll. dans le Veterinary Record du 3 avril. Cette étude a été menée en Allemagne chez 502 chiens. Elle permet d’identifier les principaux germes en cause, des antibiogrammes ayant été réalisés. Dans l’attente du résultat des analyses, l’enrofloxacine semble la molécule la mieux adaptée pour un premier choix empirique. (in l’Essentiel n°368)

Les infections respiratoires bactériennes profondes sont relativement fréquentes chez le chien. A côté des bactéries pathogènes primitives comme Bordetella bronchiseptica ou Streptococcus equi subspecies zooepidemicus peuvent intervenir de nombreux germes responsables d’infections secondaires. Ces infections opportunistes, rappellent les auteurs, peuvent être favorisées par différents facteurs comme les infections virales, les infestations parasitaires, les inflammations, traumatismes, les fausses déglutitions, les cancers, les phénomènes d’immunodéficience, les anomalies des mécanismes de défense locale, etc. En première intention, il est nécessaire d’utiliser l’antibiotique potentiellement le mieux adapté. Des études antérieures ont donné des résultats variables quant à la nature des germes isolés. Pour certains auteurs, on isole plus volontiers des entérobactéries alors que d’autres signalent l’importance de Bordetella bronchiseptica et Pasteurella sp. Une autre publication fait état de l’isolement de mycoplasmes dans un tiers des cas. D’une manière générale, les germes les plus résistants isolés dans ce contexte seraient Escherichia coli et Pseudomonas sp.

Une étude sur 502 prélèvements

Cette très importante série de cas (493 chiens, 502 prélèvements de liquide de lavage broncho-alvéolaire) permet d’en savoir davantage sur les germes en cause et leur sensibilité. Elle a été collectée à l’Université Vétérinaire de Munich. Pour être inclus, les patients devaient présenter un ou plusieurs des signes cliniques suivants : jetage (89 chiens), toux (350), dyspnée/tachypnée (132) anomalies à l’auscultation pulmonaire (250). L’âge médian était de 6 ans, on comptait à peu près autant de mâles que de femelles, 108 races étaient représentées dont 113 chiens de race croisée (22,7 %), 46 teckels (9,2 %), 29 bergers allemands (5,8 %), 18 caniches (3,6 %) et 16 Yorkshire terriers (3,2 %). Les échantillons ont été recueillis par endoscopie, sous anesthésie générale. Seuls les germes aérobies ont été recherchés. Les antibiotiques testés étaient ceux les plus couramment employés en pratique : enrofloxacine, gentamicine, céphalosporines de première génération, ampicilline, amoxicilline, amoxicilline/ acide clavulanique, sulfamides potentialisés, céfotaxime, doxycycline.

Les streptocoques sont les plus fréquents

Dans 176 échantillons (35,1 %), aucune bactérie n’a pu être isolée. Une bactérie unique a été obtenue dans 172 prélèvements (34,3 %), deux ou plus dans 154 cas (30,7 %). Des bactéries Gram + et Gram – ont été cultivées en même temps à 105 occasions (32,2 %). Bactéries Gram + et Gram – ont été cultivées séparément, respectivement, dans 19,9 et 44,5 % des cas. Les bactéries les plus souvent isolées ont été : Streptococcus sp (30,7 % des prélèvements positifs), Staphylococcus sp (18,7 %) puis viennent Pasteurella sp (16 %), Pseudomonas sp (14,4 %), Des entérobactéries ont été identifiées dans 28,8 % des échantillons, dont 48 Escherichia coli (14,7 %).

Une bonne activité de l’enrofloxacine

La plupart des souches isolées (85,7 %) étaient sensibles à l’enrofloxacine (86,8 % des Gram – et 82,6 % des Gram +). Les bactéries Gram + étaient sensibles pour 91,9 % d’entre elles à l’amoxicilline/acide clavulanique alors que 85,9 % répondaient aux céphalosporines de première génération. En revanche, 59 % des germes Gram – étaient sensibles à l’amoxicilline/acide clavulanique et 60 % aux céphalosporines de première génération. De plus, la sensibilité des germes à une association des deux antibiotiques les plus efficaces a été estimée. Parmi toutes les souches isolées, 89,8 % étaient sensibles à l’association enrofloxacine-amoxicilline/acide clavulanique (93 % des Gram + et 88,6 % des Gram -). Les auteurs signalent toutefois une diminution de la sensibilité des germes, en fin d’étude par rapport à son début, à l’enrofloxacine (elle a été menée sur une période de 23 ans). Les Escherichia coli apparaissent de plus en plus résistants au fil du temps.

Dans la discussion, les auteurs retiennent les points suivants :

Streptococcus sp et Staphylococcus sp sont les germes les plus souvent isolés alors que des études plus anciennes mettaient en avant Pasteurella sp et Bordetella bronchiseptica.

dans cette étude, Bordetella bronchiseptica a été isolée dans 8 % des cas seulement, elle représentait la seule bactérie considérée comme primitivement pathogène chez le chien.

Mycoplasma sp n’a été isolée que dans 3 % des cas, mais des milieux de culture spécifiques n’ont pas été utilisés.

D’une manière générale, l’enrofloxacine a été dans cette étude l’antibiotique le plus actif, notamment sur les pasteurelles (100 %), les entérobactéries à l’exception d’Escherichia coli (88 %), les chiffres étant de 91 % pour Bordetella bronchiseptica, 73 % pour Escherichia coli, 72 % pour Pseudomonas sp. Les Escherichia coli sont de moins en moins sensibles à cet antibiotique au fil des années de progression de l’étude.

Plus de 90 % des Gram + étaient sensibles à l’amoxicilline/acide clavulanique, ce qui correspond aux résultats d’études antérieures. Pour autant, en première intention, cette association ne peut pas être conseillée lors d’infections par germes Gram -, à l’exception de Pasteurella multocida et Bordetella bronchiseptica. Par ailleurs, l’ampicilline et l’amoxicilline seules ne peuvent être recommandées même pour les Gram +, 50 % des staphylocoques et 76 % des streptocoques seulement y étant sensibles.

Si une couverture antibiotique large apparaît nécessaire chez un chien gravement atteint, dans l’attente des résultats d’analyse, des associations d’antibiotiques sont conseillées par certains auteurs. Ici, cependant, associer l’amoxicilline/acide clavulanique à l’enrofloxacine n’apporte qu’un bénéfice modéré (90 % de germes sensibles) par rapport à l’enrofloxacine seule (86 %). La différence n’est pas statistiquement significative.

Cette étude ne s’est pas penchée sur les anaérobies. Des publications ont cependant montré une proportion significative de ces germes dans les infections respiratoires profondes (48 % lors de fausses déglutitions). Dans ce cas précis, l’enrofloxacine n’est pas indiquée car elle a une activité limitée sur ces bactéries.

Parmi les bactéries fréquemment isolées, Pseudomonas sp et Escherichia coli se sont montrés relativement peu sensibles aux antibiotiques les plus couramment utilisés, ceci étant en accord avec des publications antérieures. Moins de 35 % des Pseudomonas sp étaient sensibles aux bêta-lactamines, sulfamides potentialisés et doxycycline. Moins de 50 % des E. coli étaient sensibles à la doxycycline, l’ampicilline, l’amoxicilline ou aux sulfamides potentialisés. Les moindres résistances ont été constatées pour la gentamicine et l’enrofloxacine. 72% des Pseudomonas étaient sensibles à ces deux antibiotiques, 73 et 70 % des E. coli à ces deux molécules, respectivement.

De manière intéressante, la doxycycline, largement utilisée en première intention dans cette indication, est en général peu efficace sauf contre Bordetella bronchiseptica (100 %). Les auteurs déconseillent cet antibiotique en première intention, par rapport à leurs résultats.

En conclusion, ils estiment nécessaire la réalisation d’un lavage bronchoalvéolaire en cas d’infection bactérienne respiratoire profonde, ainsi que d’un antibiogramme. Pour autant, en l’attente des résultats, l’enrofloxacine semble le meilleur choix empirique.

SYNTHESE

Pancréatite chronique féline : le trio pathologique infernal

La pancréatite féline s’exprime souvent avec un cortège d’affections intercurrentes : lipidose hépatique, affections inflammatoires digestives et hépatiques, obstruction du canal biliaire, diabète sucré, carence en vitamine B12, K et folates, lymphome intestinal, néphrite, thrombo-embolisme pulmonaire, épanchements pleural et péritonéal. Kenneth Simpson en donne une remarquable synthèse dans le Journal of Small Animal Practice de janvier 2015. (in l’Essentiel n°367)

Bien qu’on parle souvent de la fameuse triade (pancréas, foie, intestins), présente dans 50 à 56 % des formes cliniques, on a peu de critères précis de l’atteinte spécifique de chaque organe, qui nécessite une biopsie de chacun d’entre eux pour poser un diagnostic de certitude. Les études réalisées post-mortem ont la fâcheuse tendance à surévaluer l’incidence des cholangites neutrophiliques ou des pancréatites suppurées. La mise en place louable d’une standardisation des critères anatomopathologiques pour le diagnostic de cette entité montre que leur reproductibilité n’est pas évidente et que la comparaison des études réalisées antérieurement à leur adoption est délicate.

Diagnostic de forte suspicion

La suspicion d’une pancréatite et de sa triade se fait sur les symptômes, associant anorexie, perte de poids et de masse musculaire, douleur abdominale (avec ou sans épanchement), diarrhée, vomissements, ictère, hépatomégalie, épaississement de la paroi intestinale, présence éventuelle d’une masse pancréatique, fièvre ou hypothermie, dyspnée, voire état de choc. Les anomalies biochimiques concernent les ALT, AST, GGT, PAL, la bilirubinémie et le taux de vitamine B12 ou K, des folates, celui de la lipase pancréatique féline (fPL) et son immunoréactivité (fPLI). L’examen échographique permet souvent de confirmer fortement la suspicion avec des anomalies pour le pancréas (canal pancréatique, hyperéchogénicité des marges), le foie (modification de taille, cytoponction échoguidée possible avec culture), intestins (augmentation de la musculeuse).

L’étiopathogénie de la pancréatite chronique reste un mystère mais la technique d’hybridation in situ en fluorescence (FISH) a permis de voir comment la colonisation ascendante du canal pancréatique s’effectue, de même qu’une translocation de la flore bactérienne intestinale. A cette infection s’ajoutent des dysfonctionnements immunitaires et des causes idiopathiques conduisant à une réaction inflammatoire. La pancréatite chronique peut survenir d’emblée ou à la suite d’une pancréatite aiguë, d’une obstruction du canal biliaire. Elle peut également conduire à la survenue, rare, d’une insuffisance pancréatique exocrine.

Intérêt de l’immunohistochimie

Toute la question est de savoir s’il y a une seule cause affectant les trois organes, ou si chaque organe réagit indépendamment. L’atteinte initiale du pancréas et la réponse inflammatoire systémique peuvent contaminer le foie et favoriser la translocation de la flore bactérienne intestinale, conduisant à une cholangite neutrophilique voire une septicémie. La mise en évidence par FISH de germes entériques (E. coli, Enterococcus sp, Streptococcus sp) dans le foie et le canal pancréatique sont en faveur de ce scénario pathogénique. L’autre hypothèse serait une inflammation intestinale princeps (de type lymphoplasmocytaire) conduisant à une dysbiose et à la translocation de la flore avec une contamination directe du pancréas (les bactéries sont rarement retrouvées au niveau de l’ampoule de Vater, où bile et jus pancréatique se déversent ensemble dans le duodénum) ou par voie hématogène. Ce scénario se produit dans les pancréatites modérées à graves, avec des cholangites neutrophiliques.

A l’opposé, chez les chats présentant des cholangites ou pancréatites lymphocytaires, on n’observe pas de colonisation bactérienne mais des dysfonctionnements autoimmuns, conduisant à des cholangites et pancréatites à médiation immune. Chez ces chats, le conduit biliaire présente des caractéristiques similaires à celles rencontrées en humaine dans la cholangite sclérosante primitive.

Cette affection est liée à une augmentation des IgG4/IgE sériques, qui peut également toucher les glandes salivaires, la thyroïde et les reins. Des néphrites sont régulièrement décrites chez les chats atteints de cholangites et/ou pancréatites.

Thérapie personnalisée pour chaque patient félin

Le traitement doit toujours être établi au cas par cas, en veillant à éviter des interactions médicamenteuses indésirables. Sur les chats présentant des vomissements, une douleur abdominale, le traitement de soutien fera appel à la fluidothérapie, l’analgésie, des anti-émétiques et des antibiotiques. La douleur abdominale ne s’exprime pas toujours ouvertement, parfois par de simples signes discrets de nausée, mais ne doit pas dispenser de l’administration de buprénorphine translinguale ou de fentanyl. Le maropitant a également, au-delà de son action antiémétique, une action analgésique par l’inhibition des récepteurs viscéraux NK1. Il ne faut pas hésiter à poser une sonde naso-oesophagienne pour réalimenter rapidement les chats anorexiques. La plupart des chats répondent bien au traitement de soutien. L’échec thérapeutique doit faire rechercher rapidement une pancréatite nécrosante, une septicémie, une coagulation intravasculaire disséminée ou un cancer du pancréas. La laparotomie exploratrice doit être envisagée dans la foulée, d’une part pour confirmer la suspicion diagnostique par l’analyse histologique (avec la technique du FISH) des trois organes, mais également pour mettre en évidence si besoin des infections bactériennes ou une obstruction du canal biliaire. On profitera de l’anesthésie générale pour poser un tube d’oesophagostomie. Lorsque l’infection bactérienne est maîtrisée ou éliminée et que le diagnostic de pancréatite/entérite lympho-plasmocytaire est confirmé, on peut prescrire avec sécurité des corticoïdes ou d’autres médicaments immunosuppresseurs (chlorambucil).

La fonction hépatique sera soutenue par des anti-oxydants comme l’acétylcystéine et S-adénosyl-méthionine. L’antibiothérapie sera affinée en fonction des résultats de la culture réalisée, mais on utilisera d’emblée un antibiotique à spectre large (amoxicilline-acide clavulanique, céphalosporines, fluoroquinolone, métronidazole). En fonction des résultats de la biopsie intestinale, on ajustera le traitement. La présence d’infiltrats neutrophiliques et granulomateux devra faire suspecter une péritonite infectieuse féline. Pour des entérites lymphoplasmocytaires de bas grade, la modification alimentaire avec des protéines hydrolysées est souvent suffisante. En l’absence d’une réponse thérapeutique, ou avec une atteinte plus sévère, on y ajoutera un traitement avec de la tylosine et des corticoïdes. La supplémentation en vitamine B12 est toujours indiquée, les affections chroniques gastro-intestinales conduisant souvent à des carences. La présence d’un lymphome (identifiable par PCR ou immunocytochimie) nécessitera un traitement immunosuppresseur, avec du chlorambucil.

Si l’on a beaucoup progressé dans la connaissance de la pancréatite chronique féline depuis sa première description en 1989, de nouvelles études sont nécessaires pour mieux comprendre l’étiopathogénie, le rôle des IgG4 et l’atteinte d’autres organes comme le rein, au-delà de la triade pathogénique classiquement décrite.