L’accident sur la voie publique

© pepe

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L’accident sur la voie publique est un motif de consultation assez fréquent en médecine des petits animaux. Ils impliquent généralement des chats, des chiens ou des animaux de la faune sauvage. Lorsqu’il s’agit d’animaux de la faune sauvage, il faut être réaliste concernant le coût et les chances de réintroduction dans le milieu naturel ; si l’on veut qu’ils survivent dans la nature, il faut qu’ils soient complètement guéris.

Les animaux ayant subi un accident peuvent souffrir aussi bien de blessures superficielles telles que des hématomes ou des abrasions, que de blessures internes mettant en jeu le pronostic vital qu’il faut diagnostiquer et traiter rapidement. Il est important de déterminer la durée depuis laquelle l’animal a subi l’accident lorsqu’il est présenté en consultation. Cette information, associée à l’état général de l’animal, permet d’estimer la gravité de ses blessures.

Les animaux amenés plusieurs heures après un accident, qui semblent assez vifs et dont les signes cardiovasculaires et respiratoires semblent stables, ont peu de chance d’avoir subi un traumatisme sévère, mais on conseille tout de même de les surveiller au cas où les symptômes apparaîtraient de façon retardée.

Examen clinique

L’examen clinique se concentrera d’abord sur les blessures mettant en jeu le pronostic vital. Les tests nécessitant une palpation, des manipulations et l’évaluation de l’amplitude des mouvements (souvent douloureuse) seront reportés à la fin de l’examen clinique. Les blessures les plus visibles sont souvent les moins graves à court terme. Certains animaux blessés souffrent beaucoup et sont très anxieux : il convient de les manipuler avec douceur et précaution.

Il faudra évaluer rapidement la présence éventuelle d’une hémorragie et l’état des systèmes respiratoires et vasculaires.

Hémorragie : lorsqu’il y a une artère qui saigne vers l’extérieur, il faut arrêter l’hémorragie immédiatement en appliquant une pression dessus. Il est possible de se contenter de la pression d’une main afin de pouvoir finir l’examen clinique. Les saignements mineurs de plaies cutanées peuvent être laissés de côté à ce stade.

Le système respiratoire : il faut s’assurer que l’animal respire encore et que ses voies respiratoires sont dégagées. On évaluera ensuite sa fréquence respiratoire, les efforts éventuels qu’il fournit pour respirer et le schéma respiratoire. On part généralement du principe qu’une détresse respiratoire est associée à une blessure thoracique, bien qu’un halètement puisse également résulter de la peur, du stress ou de la douleur. La cyanose est un symptôme sévère indiquant que la respiration est sévèrement compromise. l’auscultation et la percussion du thorax peuvent suggérer la présence d’un pneumothorax (bruits thoraciques dorsaux très clairs associés à une baisse des bruits pulmonaires à la percussion), d’un hémothorax (sons cardiaques assourdis et absence de bruits pulmonaires audibles ventralement ; son mat au niveau ventral du thorax à la percussion), ou de contusions pulmonaires (crépitements).

Le système circulatoire : on vérifiera son intégrité en écoutant le rythme cardiaque, en évaluant le pouls, sa qualité, la couleur des muqueuses et le temps de remplissage capillaire. lorsqu’on a une tachycardie, des muqueuses pâles, un temps de remplissage capillaire lent et une mauvaise qualité du pouls, il est très probable que l’animal souffre d’un choc hypovolémique causé par une hémorragie (interne ou externe) pouvant être en train de s’aggraver.

Evaluation des autres fonctions

Une fois les systèmes respiratoires et circulatoires vérifiés (ou rétablis), le vétérinaire évaluera rapidement les autres fonctions :

Le comportement du chien sera caractérisé de vif/actif, à léthargique ou moribond. les animaux sévèrement blessés peuvent être choqués à cause d’une hypovolémie, d’une hypoxie, d’une atteinte cérébrale ou de blessures orthopédiques (bien que dans ce dernier cas, l’animal est en général encore assez alerte).

Les symptômes d’atteinte cérébrale incluent une baisse du niveau de conscience, des convulsion, ou une variation de la taille des pupilles. Les autre signes de traumatisme crânien pouvant indique une atteinte du cerveau sont la présence de plaie extérieures, une fracture de la mâchoire, un hémorragie oculaire ou auriculaire, un port de tête penché ou une position anormale des yeux.

Le propriétaire reconnaît généralement facilement les blessures musculo-squelettiques, et elles représentent souvent son inquiétude principale. Elle ne mettent pourtant pas le pronostic vital en jeu à court terme et pourront être examinées en détail plus tard, lorsque les paramètres vitaux de l’animal seront stabilisés.

Les blessures superficielles peuvent sembler alarmants mais elles pourront être examinées de façon complète plus tard.

Après l’examen clinique initial, on pourra classer les traumatismes dont l’animal souffre comme :

  • mettant en jeu le pronostic vital et nécessitant un traitement médical immédiat (ex : choc, pneumothorax)
  • des blessures sévères nécessitant un traitement chirurgical une fois l’animal stabilisé (ex : fracture d’un membre)
  • des blessures mineures nécessitant un traitement chirurgical (ex : déchirures cutanées).
  • Ne nécessitant pas de traitement chirurgical avec une hospitalisation (ex : hématome mineur).

Examens complémentaires

En cas d’accident, les examens complémentaires suivants peuvent être indiqués :

  • une abdominocentèse : une méthode simple et rapide permettant de déterminer s’il y a du liquide (en particulier du sang) à l’intérieur de l’abdomen.
  • Des clichés radiographiques : particulièrement utiles pour évaluer les atteintes thoraciques et orthopédiques
  • une échographie : c’est l’examen le plus indiqué lorsque l’on souhaite déterminer avec certitude s’il y a du liquide (urine, sang) ou non dans l’abdomen ou l’espace pleural.
  • Une analyse sanguine et un examen biochimique : pour servir de référence et afin de détecter des lésions hépatiques, rénales, vésicales ou musculaires, on évaluera au minimum l’hématocrite, les protéines totales, l’urée, la créatinine, la glycémie et les électrolytes. Les analyses sanguines n’aident pas forcément à détecter une hémorragie interne, car l’hématocrite est souvent normal jusqu’à ce que le volume sanguin soit rétabli.

Traitement et soins

La stabilisation du système respiratoire 

Lorsqu’il y a des signes d’insuffisance respiratoire ou de choc hypovolémique, il faut mettre l’animal sous oxygénothérapie. Les animaux souffrant d’un pneumothorax doivent être surveillés de près. Certains guérissent spontanément, mais si la respiration se détériore, il est nécessaire d’effectuer une thoracentèse.

La stabilisation cardiovasculaire

S’il y a des signes cliniques d’un choc hypovolémique, on injectera des bolus de cristalloïdes. Pour les animaux souffrant d’une hémorragie interne (abdominale, pleurale, pulmonaire ou intracrânienne), il est nécessaire de trouver un compromis entre le soutien cardiovasculaire à apporter tout en limitant l’hémorragie. Lorsqu’on détecte des signes indiquant la présence de contusions pulmonaires (tachypnée avec des crépitements audibles), il faut administrer des quantités largement inférieures à celles-ci si l’on souhaite limiter l’aggravation de l’hémorragie pulmonaire.

Les soins généraux

L’analgésie : tous les animaux ayant subi un accident auront mal et nécessitent une analgésie. Les animaux en état critique recevront initialement de la péthidine ou de la méthadone le temps de finir l’examen clinique. Il ne faut pas administrer d’analgésique ayant un effet sédatif avant d’avoir pu évaluer le comportement de l’animal. On évitera l’administration d’AINS chez les animaux instables sur le plan cardiovasculaire.

Le confinement : il permettra d’éviter d’aggraver les blessures et de limiter les mouvements de l’animal. On conseille de le mettre dans un environnement calme et sombre.

L’antibiothérapie : on administrera des antibiotiques à tous les animaux qui ont des plaies ou qui sont susceptibles d’avoir besoin d’une opération chirurgicale. Plus on la met en place rapidement, plus on limite les chances de développement d’une infection.

Blessures les plus communes

Une hémorragie abdominale interne : causée par une rupture de la rate, du foie ou des reins. Il faut alors perfuser l’animal avec un volume important et opérer rapidement pour arrêter l’hémorragie. Il est possible de limiter l’hémorragie intra-abdominale dans certains cas en appliquant un bandage compressif sur l’abdomen.

Une blessure thoracique : les contusions pulmonaires au niveau d’un lobe par exemple, sont fréquentes et généralement détectées à la radiographie. On a souvent des fractures des côtes chez les chiens de grande taille. Ces blessures sont très douloureuses et limitent les efforts respiratoires. Il est important de donner une bonne analgésie, mais il n’est généralement pas nécessaire d’effectuer une stabilisation chirurgicale. Les ruptures diaphragmatiques sont plus courantes chez le chat que chez le chien. Il n’est généralement pas conseillé d’opérer immédiatement, il est préférable d’attendre que l’animal soit stabilisé. Il ne faut pas oublier l’importance de l’oxygénothérapie et d’un confinement dans un endroit calme.

Les blessures au niveau de la tête : elles peuvent être associées à une atteinte cérébrale, il faut donc surveiller de près le niveau de conscience de l’animal (durant au moins 48h si le traumatisme crânien est sévère). Si l’on suspecte une augmentation de la pression intracrânienne (ex : myosis et/ ou diminution du niveau de conscience), il faut surélever la tête d’environ 20 degrés (ex : en plaçant le chien sur un plan incliné ou un chat sur un presse­ papier incliné), éviter d’effectuer une compression sur les veines jugulaires, et éviter de faire tousser ou éternuer l’animal (ex : mise en place d’un cathéter intra-nasal). On supplémentera l’animal en oxygène et on le perfusera pour soutenir son système cardiovasculaire afin de maintenir une pression artérielle normale. Il est parfois préférable d’utiliser une perfusions de NaCl hypertonique (7,2% NaCI, 3-5 ml/kg) à la place d’un volume trop important de cristalloïdes. Le mannitol est indiqué chez les animaux ayant subi un traumatisme initial très sévère ou les animaux dont l’état se dégrade malgré le traitement initial. Il n’est plus conseillé d’administrer des corticoïdes car des études humaines ont montré qu’ils peuvent être nocifs lors de traumatisme cérébral sévère.

Les fractures de la tête (et en particulier la séparation de la mandibule au niveau de la symphyse) : on a fréquemment des fractures dentaires et des traumatismes au niveau de la langue. Il faut s’en occuper dès que l’animal est stable. On observe souvent une hémorragie nasale qui s’arrête spontanément sans complication. L’animal va généralement perdre la vision lors d’hémorragie intraoculaire ou de proptose, il faut donc envisager une énucléation.

Les fractures du bassin et des membres postérieurs : elles sont fréquentes et facilement détectables à la radiographie. Le clinicien doit discuter avec le propriétaire des possibilités de traitement et de leur coût probable dès que possible.

Les fractures vertébrales : elles sont moins courantes que les dislocations vertébrales. Il faut faire attention lors de l’interprétation des clichés radiographiques car beaucoup de dislocations redeviennent alignées à la suite des contractions musculaires, ce qui peut conduire à sous-estimer la gravité des lésions nerveuses. L’évaluation de la nociception consciente est la plus importante à effectuer dans tous les cas de traumatisme vertébral.

La hernie ventrale/l’éviscération : elle est causée par un arrachage des muscles abdominaux s’attachant au pubis, elle est fréquente chez le chat. On a parfois des fractures pelviennes ou un traumatisme vésical concomitant, mais ces complications restent rares. L’étendue de cette blessure est souvent sous­-estimée et sa réparation difficile.

Les blessures de dégantement : elles peuvent conduire à une perte importante de peau au niveau des extrémités distales des membres. Le traitement est long et nécessite parfois une greffe de peau. Bien qu’il soit généralement possible de sauver l’extrémité du membre, il faudra parfois envisager d’amputer si le budget du client est limité.

L’arrachement des griffes : il est fréquent lorsque le chat a été traîné le long de la route. Bien qu’elle ne représente pas une blessure sévère en elle-même, elle peut être un indicateur intéressant d’accident de la route lorsqu’on ne connaît pas l’anamnèse.

Suivi du blessé

Un accident de la route peut être à l’origine de très nombreuses blessures de nature et de complexité variable. Il faut examiner très régulièrement un animal qui ne guérit pas comme prévu. Certaines blessures peuvent mettre en jeu le pronostic vital et conduire à la mort de l’animal.

Il faut savoir également que l’amputation d’un membre peut être la solution la plus rentable lors de fracture complexe, en particulier lorsque la chirurgie a peu de chance de rétablir une bonne fonctionnalité du membre.

Présence d’un corps étranger dans le pharynx

© Galyna Andrushko

© Galyna Andrushko

Les corps étrangers bloqués dans le pharynx sont fréquents chez les chats et les chiens ; on les retrouve plus particulièrement chez les jeunes car ils sont très curieux. Ils sont généralement ingérés à la suite d’un jeu, ou en essayant d’avaler des morceaux de nourriture trop gros ou de forme irrégulière. Les objets très volumineux peuvent obstruer les voies respiratoires et provoquer une asphyxie. lorsqu’un corps étranger s’ancre dans les tissus mous du pharynx, il provoque souvent un abcès qui va gonfler et parfois aller jusqu’à occlure le pharynx.

 



Diagnostics différentiels

  • Tumeur pharyngée, ex : carcinome amygdalien, polype dans la trompe d’Eustache
  • Plaie pharyngée
  • Amygdalite
  • Malformation du pharynx chez les races prédisposées
  • Affection des voies respiratoires supérieures
  • Fracture d’une corne hyoïdienne.


Signes cliniques

Bien qu’il existe plusieurs hypothèses diagnostiques à envisager, lorsque le problème apparaît brutalement et que l’animal semble en détresse respiratoire, la suspicion d’un corps étranger bloqué dans le pharynx sera la principale hypothèse diagnostique. Il arrive que le propriétaire sache exactement quel est le problème et/ou que le corps étranger soit facilement visible à l’examen clinique.

Les signes cliniques classiques d’un corps étranger dans le pharynx sont des coups de patte vers la bouche, l’impression que l’animal est en train de s’étouffer et un ptyalisme, qui est parfois teinté de sang. Si le nasopharynx est touché, l’animal éternue et produit des bruits et des ronflements intenses, en particulier chez les chats. Il arrive souvent que l’animal refuse de manger, et lorsqu’il essaie, il manque de s’étouffer. Généralement avec le temps, la détresse que cause la présence d’un petit corps étranger s’estompe, et les symptômes deviennent plus subtils. Ils incluent un refus de s’alimenter, un gonflement et une douleur dans la région parotidienne ou la gorge. Si l’on observe une adénomégalie des nœuds lymphatiques rétropharyngés, leur augmentation de taille peut provoquer des signes engendrant une confusion avec une protrusion d’un disque cervical. Les corps étrangers migrants qui ne sont pas retirés (ex : épillet) peuvent provoquer une fibrose touchant les masséters et rendant l’ouverture complète de la bouche difficile, même sous anesthésie générale. Si le corps étranger est de grande taille, ex : une balle, l’occlusion du pharynx peut provoquer une dyspnée sévère ou une asphyxie. Les corps étrangers nasopharyngés chroniques peuvent induire l’apparition d’un écoulement nasal mucopurulent.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est parfois possible d’apercevoir le corps étranger au cours de l’examen de la cavité buccale sans sédation. Lorsque l’on soupçonne fortement la présence d’un corps étranger mais qu’il n’est pas visible, ou qu’il est difficile d’examiner la cavité buccale, il faut réaliser un examen complet sous anesthésie générale. On pourra ainsi examiner l’oropharynx, le nasopharynx, et rechercher la présence de plaies ou de fistules pharyngées. Il est essentiel d’avoir un éclairage de bonne qualité; on pourra s’aider d’une lampe frontale, d’un laryngoscope ou d’un endoscope flexible. Il faut s’attarder sur l’examen des cryptes amygdaliennes et du nasopharynx, en réfléchissant le palais mou.

Les clichés radiographiques permettront de détecter la taille et la position d’un corps étranger métallique ou osseux, ainsi que tout déplacement de tissu mou en région cervicale secondairement à la formation d’un abcès. l’échographie de la région cervicale peut aider à localiser un corps étranger radio-transparent et à déterminer la nature d’un gonflement à la base du cou. Il faut toujours avoir recours à l’imagerie lorsque l’on suspecte la présence d’un corps étranger mais qu’il est impossible de le voir, ou encore lorsqu’on peut voir un point d’entrée.

Traitement

Une fois le corps étranger identifié, il faut le retirer puis contrôler l’œdème, la douleur ou l’infection pharyngée. Il est parfois possible de retirer certains corps étrangers oraux sans sédation, en particulier s’il est accessible et n’a pas perforé de structure buccale. Cependant, les animaux ayant un corps étranger bloqué dans le pharynx doivent généralement subir une anesthésie générale. Il faut bien explorer les plaies pharyngées pour retirer tous les débris d’un corps étranger puis les flusher avec une solution saline tiède. Avant de flusher, il faut mettre une sonde endotrachéale parfaitement ajustée au diamètre trachéal et incliner la tête de l’animal vers le bas pour éviter toute fausse-route. On administrera des antibiotiques à large spectre s’il y a des lésions dans la paroi pharyngée. Les AINS seront utilisés pour réduire le gonflement des tissus mous et la douleur.

Les blessures pharyngées cicatrisent généralement très vite. Il n’y en a que très peu qui nécessitent d’être suturées, mais si c’est le cas, il faut mettre le minimum de points possible. S’il semble difficile ou douloureux pour l’animal d’avaler de la nourriture, on lui proposera de la glace un peu ramollie, et une fois qu’il a commencé à manger, il ingèrera les aliments mous plus facilement.

Traitement spécifique des corps étrangers les plus fréquents dans le pharynx

Les arêtes de poisson, les os irréguliers (vertèbres) : les os fins (cartilagineux) se coincent souvent chez le chat, on les retrouve typiquement plantés 1 à l’horizontale dans le pharynx et ancrés dans les tissus mous. On les retirera facilement à l’aide d’une pince hémostatique, mais il est généralement nécessaire d’effectuer une anesthésie généra le. On trouve souvent des os de forme irrégulière chez les chiens, il est facile de les trouver et de les retirer. Les lésions tissulaires sont souvent minimes.

Les hameçons : les chats sont touchés lorsqu’ils jouent avec les mouches ou mangent l’appât. Les chiens peuvent aussi manger l’appât ou d’attraper une ligne de pêche qui bouge. Il faut essayer autant que possible lorsqu’il reste une ligne attachée à l’hameçon, de la préserver et d’empêcher l’animal de l’avaler. L’ardillon de l’hameçon rend son extraction très difficile lorsqu’on essaie de le tirer vers l’extérieur, il est donc plus facile de l’extraire en le poussant à travers les tissus mous. Si l’œil de l’hameçon est large ou s’il n’y a pas suffisamment de place pour le manipuler, il peut s’avérer nécessaire de couper l’hameçon en deux avant de pouvoir le retirer. Cependant, la majorité des hameçons sont constitués d’acier très résistant et ne peuvent être sectionnés qu’à l’aide d’une scie à métaux adaptée (et pas d’un coupe ongles). Les hameçons qui ont migré depuis le pharynx vont parfois se loger dans l’œsophage ou l’estomac. Dans ce cas, il faut effectuer un cliché radiographique et faire une endoscopie pour déterminer la position exacte de l’hameçon et évaluer les lésions tissulaires. Certains peuvent être retirés par endoscopie, sinon il faut opérer.

Les fils et les aiguilles : l’aiguille peut se planter en travers du pharynx ou s’enfoncer profondément à la racine de la langue. Au contraire des hameçons, elles sont généralement faciles à retirer avec une pince hémostatique. Il est utile de préserver le fil pouvant être attaché à l’aiguille afin de la localiser plus facilement et de pouvoir la bouger au cours de l’extraction.

Les épillets, les brins d’herbe, les ébarbures de certaines plantes : ces corps étrangers sont généralement ingérés lorsque l’animal se lèche ou ingère des plantes. Les épillets s’enfoncent souvent dans les cryptes des amygdales, et les brins d’herbe vont souvent se loger dans le nasopharynx, à l’arrière du palais mou. Les épillets vont commencer à migrer à travers la muqueuse si on ne les trouve pas et retire pas rapidement, ce qui rend leur localisation encore plus difficile et provoque une vive réaction inflammatoire dans les tissus mous.

Les balles : cela se produit généralement lorsque le chien attrape une balle qui est trop petite par rapport à sa taille. La balle est alors coincée à l’arrière de la bouche au-dessus de la racine de la langue. La respiration est alors sévèrement compromise et le risque de mort par asphyxie est très élevé. Le temps que l’animal soit présenté, il est généralement en dyspnée sévère et il faut tout mettre en œuvre pour que l’animal ne soit pas stressé et se calme. Le plus facile est de retirer la balle avec une anesthésie générale d’action courte, mais il faut préparer tout le matériel nécessaire à une trachéotomie d’urgence avant l’induction. Une fois le chien anesthésié, on fixera la balle en manipulant le larynx de l’extérieur, puis on l’attrapera avec un gros clamp. Il faut souvent beaucoup d’efforts pour arriver à extraire la balle. Pendant cette opération, le chien ne peut généralement pas respirer, il faut donc extraire la balle aussi vite que possible si l’on n’a pas fait de trachéotomte. On pourra faciliter le retrait des balles remplies d’air (ex: balle de tennis) en les perçant d’abord, afin qu’elles s’aplatissent lorsqu’on les attrape.

Les échardes de bois : on les retrouve chez les chiens qui jouent avec des morceaux de bots ou qui ont un comportement destructeur. Bien que le chien soit parfois présenté avec des signes cliniques typiques de détresse et d’étouffement, il est très fréquent que ces signes soient devenus chroniques. Les échardes de bois sont souvent à l’origine de la formation d’abcès à la base de la langue ou dans la région cervicale supérieure, mais sont difficiles à identifier et localiser. Comme elles ne sont pas radio-opaques, l’échographie est plus utile que la radiographie pour les détecter.

Les blessures par pénétration d’un bâton : elles sont fréquentes et se produisent lorsqu’un chien attrape un bâton au vol en jouant. Ces blessures doivent toujours être examinées de façon complète sous anesthésie générale. Les lésions tissulaires peuvent être importantes et sont souvent très contaminées.

Suivi et soins

Si le diagnostic est établi rapidement et que le corps étranger est retiré sans anesthésie générale, le coût ne sera pas excessif et l’animal n’aura besoin que de quelques médicaments pour s’en remettre. En revanche, si les signes persistent après le retrait du corps étranger, il faut rechercher rapidement une autre cause.

=> En complément de cette fiche, vous pouvez lire le cas clinique d’Umphrey, soigné à la clinique de Neuilly pour ce problème précis.

La torsion de l’estomac chez le chien

Bauch kraulenSi votre chien essaie de vomir sans y parvenir, semble courbé vers l’avant et a du mal à se lever, et que son abdomen est tendu, dur au toucher, contactez immédiatement votre vétérinaire : ces symptômes indiquent potentiellement une torsion de l’estomac (aussi connue sous le nom de dilatation gastrique ou volvulus), la deuxième cause de mortalité chez les chiens après le cancer.

L’estomac de l’animal est tendu en raison d’excès de gaz et donc se tord, ce qui coupe l’irrigation en sang. Ces torsions se manifestent principalement chez les chiens de grande race à large poitrail comme les Saint-Bernard, les bergers allemands et les dogues danois.

Les symptômes

Une torsion survient communément après que le chien ait mangé un repas copieux, suivi d’une activité intense. Voici les signes auxquels il faut être attentif :

  • douleur abdominale
  • abdomen distendu
  • hauts-le-coeur non suivi de vomissements
  • hyperactivité
  • respiration accélérée

Si vous observez le moindre de ces signes, il s’agit d’une urgence vétérinaire.

Quel traitement ?

Une fois l’animal pris en charge, le vétérinaire évaluera son état. Si le chien est dans un état stable, le vétérinaire tâchera de soulager la pression dans l’estomac. S’il n’y parvient pas, une intervention chirurgicale sera nécessaire pour stopper la torsion.

Même si l’intervention se passe bien, il peut y avoir des complications par la suite. Une torsion de l’estomac peut perturber la circulation sanguine, le niveau d’électrolytes et l’équilibre des fluides du corps. Il se peut donc que le chien doive rester hospitalisé pendant au moins une semaine.

Autres cas

Sans qu’il soit à chaque fois question de torsion de l’estomac, il se peut que votre chien manifeste des signes de gonflement de l’abdomen :

*Ballonnements : l’estomac contient trop de gaz, mais n’est pas tordu. Les causes et les signes cliniques sont cependant les mêmes que dans le cas d’une torsion, et peuvent y conduire. Il est donc nécessaire d’emmener le chien chez le vétérinaire assez rapidement.

*Lésions massives :  il peut s’agir d’organes hypertrophiés, en raison d’un cancer ou d’une autre maladie, par exemple un foie enflé chez des chiens souffrant d’insuffisance cardiaque ou de la maladie de Cushing.

*Perte de masse musculaire : la maladie de Cushing peut entraîner une diminution musculaire, et ainsi donner l’impression d’un abdomen élargi.

*Accumulation de fluides abdominaux : causés par une insuffisance cardiaque, hypoprotidémie, ou péritonite.

*Gestation : si le propriétaire n’est pas au courant de la gestation d’une femelle, un abdomen élargi peut évoquer une torsion de l’estomac.

Quelle prévention ?

Si votre chien est trop glouton et/ou voleur entre les repas, prenez soin de placer sa nourriture hors de sa portée. Donnez-lui deux ou trois petits repas par jour, plutôt qu’un seul de taille conséquente. Séquencez les repas en plusieurs moments si votre chien a tendance à tout ingurgiter d’un seul coup. Et ne lui faites pas faire d’exercice intense juste après son repas.

Comment lire l’étiquette d’un aliment industriel ?

© philippe

© philippe

C’est une préoccupation courante chez les propriétaires : comment distinguer un aliment pour chien ou chat d’un autre, comment juger de sa qualité nutritionnelle et de la provenance des ingrédients ?

Selon un document de la FACCO établi en 2001, tout ce qui est écrit sur l’étiquette d’un aliment industriel est soumis à la réglementation, certaines mentions étant obligatoires et d’autres facultatives. Les aliments diététiques, « ayant un objectif nutritionnel particulier » et prescrits par les vétérinaires sont soumis à des contraintes supplémentaires.

Les mentions « aliment complet » (suffit à assurer une ration journalière) ou « aliment complémentaire » (nécessairement associé à d’autres aliments pour constituer une ration complète) ainsi que l’espèce à laquelle l’aliment est destiné doivent être impérativement mentionnées.

La liste des matières premières (poulet, riz, haricots verts par exemple) ou des catégories de matières premières (viandes et sous-produits animaux, féculents, légumes, céréales…) doit être notée, les ingrédients étant généralement cités dans l’ordre décroissant de leur importance en poids brut dans la composition de l’aliment.

A noter que plus la liste est détaillée, plus la formule de la recette est fixe : si au contraire le détail de la composition est succinct, les matières premières pourront être modifiées au gré des approvisionnements du fabricant. En somme, aucun paquet ne sera semblable à l’autre.

Voici comment il faut comprendre certains descriptifs des étiquettes (nous prenons l’exemple d’un aliment « goût boeuf ») :

  • « au goût de bœuf » : contient moins de 4% de bœuf
  • « au boeuf » ou « avec du boeuf » : quantité comprise entre 4% et 14%
  • « riche en boeuf » : quantité comprise entre 14 % et 26%
  • « marque boeuf » : quantité comprise entre 26% et 100%
  • « tout boeuf » : 100% viande de bœuf

Détail de la composition de l’aliment

L’analyse moyenne comprend obligatoirement la teneur en protéine brute, matières grasses, cellulose brute, humidité (facultative pour les croquettes) et cendres brutes (minéraux). Ces teneurs sont le plus souvent exprimées en grammes pour 100 grammes d’aliment ou pourcentage. Les autres constituants (sodium, calcium, phosphore…) sont indiqués de façon facultative.

Quid des additifs ?

Tout additif ajouté – colorant, conservateur, antioxydant – doit être agréé par l’Union européenne. Il est alors mentionné en ajoutant « additif CE ». Si des vitamines sont incorporées à la recette, seules les teneurs en vitamines A, D3 et E sont obligatoires. La teneur indiquée correspond alors à celle présente dans l’aliment avant sa date de péremption. De même, l’ajout de cuivre dans l’aliment s’accompagne de l’indication du nom spécifique de l’additif et de la teneur ajoutée.

Un mode d’emploi doit toujours accompagné la description du produit, concernant la situation physiologique de l’animal concerné (chiot ou chaton, adulte ou senior), la mise à disposition de l’eau et les conditions de conservation. Une quantité indicative journalière, en boîte ou grammes en fonction de l’âge ou du poids de l’animal peut être disponible. Chaque animal étant unique, seul un suivi régulier de son poids et de son état corporel permet de vérifier si la quantité d’aliment ingérée est correcte.

Le cas de Mya : une paralysie laryngée

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Crédit photo : Louise François

Mya est arrivé au refuge de Cuy-Saint-Fiacre en 2008, après avoir mordu un enfant. Il est l’un des plus anciens pensionnaires et fait partie des doyens d’AVA.

En novembre, Mya a été atteint d’une paralysie laryngée, un problème avec les nerfs et les muscles qui contrôlent le larynx, ce qui a entraîné des difficultés sévères à respirer.

Quels sont les symptômes ?

Cette maladie peut être héréditaire ou peut être développée dans le cadre d’un processus tumoral, mais dans le cas de Mya, elle est le résultat d’un processus dégénératif. La paralysie laryngée peut être traitée si elle est reconnue tôt. A noter que la paralysie laryngée peut être associée à des laryngites chroniques, des atteintes du système nerveux central et/ou des nerfs crâniens, des tumeurs loco-régionales et de l’hypothyroïdie. Ces affections peuvent parfois être résolues si la paralysie laryngée est détectée à temps et soignée.

Les symptômes comprennent la perte ou un changement dans la voix, comme enrouement, toux ou étouffement, surtout après avoir mangé et de la difficulté à l’exercice. Mya a été soigné par le docteur Benaïm pour une forme sévère, avec une insuffisance respiratoire aiguë dès le moindre stress ou effort.

Les problèmes peuvent empirer par temps humide, pendant l’exercice et si le chien souffre d’obésité.Toutes les races, et les chiens de tout âge peuvent développer une paralysie laryngée, mais elle est plus fréquente chez les chiens âgés, et les grandes races comme le labrador et le golden retriever, le Saint-Bernard, le bouledogue et bull terrier.

Comment opérer ?

Le diagnostic est confirmé par une laryngoscopie sous anesthésie générale. Une opération chirurgicale, la laryngoplastie, est réalisée en urgence. La chirurgie consiste à placer une prothèse laryngée permettant de maintenir le larynx ouvert. Les voies respiratoires sont de nouveau dégagées.

Crédit photo : Louise François

Crédit photo : Louise François

Les signes de maladie chez le chat

C’est connu, les chats sont des animaux qui dissimulent leur maladie, leur faiblesse ou leur douleur, notamment dans des cas de maladies chroniques (dentaires, rénales ou cardiaques). C’est un reste de leur existence sauvage, où ils devaient impérativement éviter d’attirer l’attention d’éventuels prédateurs.

Mais ceci pose évidemment un problème au propriétaire qui ne verra pas forcément à temps les signes démontrant que son chat est malade. Il est donc d’autant plus important d’être observateur et de savoir repérer ce qui est « normal » dans le comportement du chat, et ce qui ne l’est pas.

Que faut-il observer ?

  • son poids : en a-t-il pris ? Perdu ?

  • sa consommation d’eau et de nourriture : perd-il son appétit ou mange-t-il davantage ? A-t-il plus soif que d’ordinaire ?

  • sa propreté : va-t-il plus souvent dans sa caisse ? Moins souvent ? La boude-t-il ? Fait-il des bruits bizarres ? Urine-t-il plus que d’habitude ?

  • son énergie, son activité, sa mobilité

  • la qualité de son sommeil

  • son apparence physique : fait-il toujours bien sa toilette ? A-t-il perdu du poil, celui-ci s’est-il terni ?

  • son comportement : ses interactions avec les humains et autres animaux

  • ses expressions : vocalise-t-il plus que d’habitude ou, au contraire, est-il silencieux ?

  • sa respiration

  • la couleur de ses gencives

Surveillez également s’il vomit, s’il a la diarrhée, s’il y a du sang dans ses urines, des écoulements oculaires, nasaux ou génitaux, une démarche instable ou une respiration difficile.

Les chats aiment bien sûr se cacher dans des endroits calmes, dissimulés et sombres comme un placard, une armoire, un dessous de lit. Il est généralement normal de ne pas les voir pendant un moment. Néanmoins, lorsqu’ils sont malades, ils se cachent également pour garder un maximum d’énergie et éviter les risques de douleur.

La prévention et des examens réguliers sont les meilleures armes pour détecter une éventuelle maladie de façon précoce et la traiter rapidement. Votre vétérinaire doit vous poser les bonnes questions notamment sur les changements parfois subtiles que votre chat peut avoir manifestés, et qui peuvent avoir un impact sur sa qualité de vie. Un suivi préventif à chaque étape de sa vie est la garantie d’une long vie en bonne santé.